Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.
Chapitre 27
Altercation avec Granger et Weasley. Méfie-toi.
Emilie rempocha sa pièce de 100 lires et releva la tête, remarquant soudain que la voix de Snape s'était tue :
« J'apprécierais d'avoir toute ton attention à l'avenir, Emilie. Gabelli peut attendre. »
Emilie pinça les lèvres, baissa légèrement la tête et plongea les yeux dans le grand chaudron de cuivre devant lequel se tenait son père.
En dépit du fait que l'on était jeudi et non samedi, Snape l'avait autorisée à rester dans ses appartements ce soir-là. Après un dîner rapidement expédié, tous deux s'étaient dirigés vers le laboratoire privé du professeur qui devait achever la potion Tue-Loup.
Plusieurs de ses ingrédients avaient été discutés lors des cours supplémentaires du samedi soir et la jeune fille qui avait vu Remus Lupin après les vacances de Pâques avait demandé à son père s'il réalisait cette potion. Dans un premier temps, Snape n'avait pas voulu impliquer sa fille dans cet aspect de ces activités clandestines et avait prétexté l'extrême complexité de la potion, bien au-delà des connaissances et des compétences d'Emilie. Puis, comme la gamine ne semblait pas décidée à laisser tomber le sujet, il avait fini par accepter de discuter avec elle des grands principes en lui montrant la préparation de certains ingrédients délicats et, de guerre lasse, avait enfin proposé qu'elle assiste à la fin de la cuisson, particulièrement longue.
Quand ils avaient pénétré dans le laboratoire, deux heures auparavant, le chaudron contenant la potion en cours avait été placé sous Attente. La potion Tue-Loup était l'une des potions les plus longues et difficiles à mettre en œuvre et la moindre erreur était irrécupérable. Si une potion n'était pas parfaite, elle pouvait poser un danger pour le sujet qui l'avalait ou bien n'avoir aucune efficacité ce qui, dans le cas de loups-garous, pouvait avoir des conséquences dramatiques.
Snape se tenait debout devant une table carrelée rectangulaire et contrôlait à intervalles réguliers le feu sous le chaudron. Tous les ustensiles étaient en cuivre, l'emploi de l'argent étant à proscrire pour un traitement destiné à un lycanthrope. Emilie se trouvait en face, de l'autre côté de la table, et avait posé ses affaires sur une autre table un peu plus loin. Vêtue d'une robe usagée ayant appartenu à son père, qu'il avait ajustée à ses mensurations rapidement avant de commencer, en lui disant que la potion ayant une odeur caractéristique il valait mieux que ses propres robes ne soient pas exposées à ses vapeurs, elle observait avec attention et en silence (son père avait insisté sur ce point avec force) les différentes phases de la préparation, notant des questions sur un parchemin et les réservant pour la fin. Quand Snape terminait une phase, il plaçait le chaudron sous Attente et leur octroyait une pause occupée à boire une tasse de thé, avaler un biscuit et jeter un œil aux rayonnages.
Snape continua de compter à haute voix le nombre de « tours » donnés dans le sens des aiguilles d'une montre. A 67, il faudrait tourner de façon à former un huit (trois fois), puis ajouter 2,40 grammes de poudre de lichen, reprendre les tours, mais cette fois-ci dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Le Maître des Potions n'avait guère besoin de relire la recette, mais il avait pris soin de noter chaque phase sur un parchemin et les cochait toujours à la fin de la partie terminée car, avec la fatigue, il était possible de se tromper. De même, compter à haute voix était un moyen de vérifier qu'il n'avait pas oublié un tour.
Il régnait une chaleur étouffante dans la salle mais il n'était pas possible d'aérer avant la fin du processus car des particules de poussière entrainées par les courants d'air risquaient de polluer la potion, de même qu'un soudain refroidissement de l'atmosphère pouvait compromettre la cuisson. Emilie avait demandé quelques minutes auparavant si les livres ne risquaient pas d'être endommagés par la température et l'humidité, ce qui lui avait valu un regard sévère et une moue incrédule de la part de son père qui lui avait révélé que les étagères étaient protégées par un sortilège. Évidemment, elle aurait eu mieux fait de réfléchir avant de parler, s'était-elle dit en pensant au soin méticuleux que son père apportait d'ordinaire aux livres.
Fascinée, Emilie regardait la louche tourner à un rythme égal, former de larges cercles, puis, à 67, altérer sa course pour former grands huit, avant de revenir à des cercles sans cesse enchaînés.
Les cours du samedi mettaient parfois en œuvre des potions complexes, mais n'excédant jamais le niveau des ASPICs. Leur propos était avait tout d'approfondir les notions que Emilie avait vues en cours pendant la semaine, sa connaissance des ingrédients et de leur préparation. S'il arrivait régulièrement à la jeune fille d'aller se coucher fourbue en trouvant ces cours et les exigences de son père difficiles, cela n'avait rien à voir avec la potion que Snape était en train de réaliser sous ses yeux. La plupart des élèves pensaient qu'il suffisait de mélanger trois ingrédients et de touiller vaguement le liquide pour avoir une potion. Beaucoup d'entre eux considéraient les Potions comme de la « cuisine », une matière où on se souillait les mains avec des ingrédients parfois répugnants et souvent dangereux, et donc inférieure aux spécialités de Sortilèges ou Métamorphose où, là au moins, on ne risquait pas de se salir les mains. S'ils pouvaient assister un jour à l'élaboration d'une telle potion, songea-t-elle, peut-être que certains changeraient d'avis et auraient plus de respect pour la matière et le degré de compétence requis.
Bientôt, Snape fit entendre de sa voix basse et de son articulation précise le chiffre 67 et il plaça le chaudron sous Attente avant de cocher l'étape réalisée sur son parchemin. Emilie sortit et alla chercher la théière et les biscuits.
« Que voulait Gabelli ? »
Emilie avala un morceau de cookie au chocolat avant de répondre avec prudence :
« Hum… rien de spécial. »
Snape fronça les sourcils et reprit :
« Il t'envoie un message pour ne rien dire ? Je l'avais mal jugé : et dire que je pensais qu'il était l'un des rares adolescents de ce château à posséder un minimum d'intelligence et de sens commun… »
Emilie grimaça et préféra continuer de grignoter son biscuit plutôt que de s'enferrer, mais son père n'avait de toutes façons pas l'intention de la laisser répondre.
« Je crois te l'avoir déjà dit, Emilie, commença-t-il en soupirant : je ne veux pas que tu te mêles de choses qui ne te regardent pas. Les affaires des Slytherins ne concernent qu'eux et l'idée d'une solidarité entre les différentes maisons est une utopie que Gabelli et toi allez devoir abandonner un jour ou l'autre. La divulgation des secrets d'une maison n'est pas appréciée à Poudlard, mets-toi bien ça dans la tête. »
Sentant que Snape avait sans doute deviné l'usage de sa liste de sortilèges et peut-être aussi le prêt du recueil, Emilie lutta pour rester impassible.
« J'aimerais aussi que tu sois plus prudente dans tes… associations. »
Snape but une gorgée de thé et éloigna soudain la tasse de ses lèvres en fixant le liquide d'un air soupçonneux.
« Qu'est-ce que c'est ?
-Un sencha. C'est un thé vert. »
Snape regarda sa fille sans rien dire quelques instants avant de hocher la tête en soupirant et de porter de nouveau la tasse à sa bouche. Le goût d'Emilie pour les thés était quelque chose qui le surprenait encore, surtout de la part d'une adolescente élevée en France. Elle détestait le café, mais avait un stock de thés et d'herbes en tous genres impressionnant. Pour le Maître des Potions, qui n'avait guère connu que le mauvais English Breakfast en sachet que préparait sa mère à la maison et l'Earl Grey très standard de Poudlard, la variété des thés prisés par sa fille était une véritable découverte, même s'il n'avait encore été convaincu par aucune des mixtures qu'elle lui avait fait avaler. Le thé fumé flattait son odorat, mais il n'appréciait guère son goût un peu âcre. Le thé vert lui donnait l'impression de manger du gazon, une chose qui ne lui était d'aucun attrait. Il ne tenait pourtant pas à commander un café à en Elfe et risquer de réveiller ses insomnies chroniques, pas quand il avait le malheur de commencer la journée du lendemain par un cours de cinquièmes années Gryffondors et Slytherins, après une soirée passée à concocter l'une des potions les plus difficiles de sa profession…
Emilie examinait subrepticement Snape dont le palais était manifestement en train d'analyser la boisson et qui ne semblait pas encore avoir décidé si cette variété lui plaisait ou non. Il avait beau la taquiner sur ses thés « bizarres » et sur ses recettes de tisanes (heureusement qu'il ne savait pas qu'elle en échangeait régulièrement avec Luna Lovegood ! rit elle intérieurement), elle savait que la curiosité continuait à l'entrainer à essayer les thés qu'elle préparait. Elle préférait en tous les cas garder la main sur l'élaboration du thé, plutôt que de se retrouver avec le genre de sachet infect qu'elle devait déjà ingurgiter le matin.
Snape posa sa tasse et se leva de sa chaise :
« Les prochaines étapes demandent une grande concentration car il faut réciter plusieurs incantations. N'ouvre la bouche sous aucun prétexte et laisse Gabelli tranquille. Est-ce bien compris ? »
Sans attendre de réponse, le Maître des Potions prit de nouveau place derrière le chaudron et leva le sort d'Attente. Le liquide à la surface parcourue de petits frémissements était devenu qu'une belle couleur ambrée. Snape augmenta la température de cuisson et commença à tourner la louche en traçant de grands huit. Quand la potion commença de bouillir en dégageant une vapeur blanche qui s'épancha hors du récipient, Snape ajouta deux ingrédients réduits en poudre et commença ses incantations, traçant parfois des runes de sa baguette au-dessus du chaudron sans pour autant s'arrêter de remuer le liquide.
Au cours de l'heure qui suivit, la potion changea à plusieurs reprises de nuances et son odeur se fit si âcre qu'Emilie éprouva quelques difficultés à respirer. Heureusement, le repas était déjà loin… La chaleur était devenue presque intolérable et la jeune fille sentait ses habits lui coller à la peau. Snape avait retiré sa longue veste noire avant de commencer et portait une robe lâche montrant des traces de brûlures et de décolorations sur les manches. Malgré la transpiration et la vapeur qui lui collaient les cheveux sur le crâne et plaquaient de longues mèches noires de chaque côté de son visage qu'il essuyait parfois d'un revers de la manche, rien ne semblait pouvoir briser sa concentration. Incommodée par la chaleur et le manque d'air frais, Emilie avait été s'assoir à plusieurs reprises avant de revenir régulièrement observer le contenu du chaudron. Elle accueillit avec un soulagement non dissimulé le sort d'Attente qui concluait cette phase et suivit sans tarder son père hors du laboratoire.
La température du salon paraissait presque fraiche en comparaison, malgré le feu brûlant dans la cheminée. Snape eut soudain l'air plus pâle et fatigué que d'habitude et partit en direction de sa chambre en demandant à sa fille de commander des sandwiches à un Elfe. Lorsqu'il revint, les cheveux manifestement tout juste séchés, portant une chemise propre et tenant sa robe à la main, il trouva Emilie assise près de la cheminée sirotant une menthe à l'eau, les jambes étalées devant elle et jetant de temps en temps des regards pleins de convoitise sur le plateau contenant plusieurs petits sandwiches appétissants.
« Tu peux manger, tu sais. »
Emilie se jeta sur les sandwiches, tandis que son père faisait de même, puis se servait de l'eau.
« La raison pour laquelle les Potions du type de la potion Tue-Loup sont si rares sur le marché n'est pas uniquement lié à leur complexité, mais aussi à la force magique dont doit faire preuve le sorcier qui la réalise, expliqua Snape. Une potion, même la plus simple, prend une partie de l'énergie du sorcier : c'est pourquoi un Moldu pourrait préparer les ingrédients et tout exécuter correctement mais n'obtiendrait jamais quelque chose d'efficace, précisa-t-il en secouant la tête. Quand une potion est du niveau de la Maîtrise, elle requiert encore plus de force. Lorsqu'elle contient des incantations, elle taxe très vite la force du sorcier. Il faut donc étudier très attentivement la recette, déterminer les endroits où l'on peut arrêter temporairement le processus sans altérer la Potion pour pouvoir reprendre des forces. Cela suppose aussi de connaître l'étendue de son pouvoir pour savoir si on a la capacité de réaliser une telle potion.
-Est-ce que l'on peut épuiser totalement sa… « réserve » de force magique ? demanda Emilie un peu inquiète.
-Oui. C'est très rare, mais c'est un risque. Il y a une raison pour laquelle certains sorciers ne peuvent exécuter certains sorts. La Magie noire, notamment, dès qu'on l'exerce sans artefact, requiert une très grande force et une énorme concentration. Plus un sort est complexe, plus il suppose de transformations et plus il requiert de pouvoir. Il est plus facile de transformer une tasse en vase, qu'une tasse en divan. C'est lié à la différence de nature des objets, mais aussi à la force nécessaire à un tel changement. »
Emilie réfléchit un long moment aux implications de ce que venait de dire Snape.
« Est-ce que cela est enseigné à Poudlard ? On ne m'a jamais parlé de cela à Beaux-Bâtons. »
Snape avala une gorgée d'eau et reprit :
« Non. C'est étrange, mais cet aspect fondamental de la magie n'est pas abordé lors de l'apprentissage et c'est regrettable. Ceux qui se mêlent de Magie noire, fit-il en grimaçant, y sont plus vite confrontés que les autres car la plupart des textes insistent sur la puissance magique nécessaire pour certains sorts.
-Que se passe-t-il si on épuise son pouvoir ? Est-ce que l'on meurt ? Est-ce l'on devient un Moldu ?
-On ne meurt pas, mais on perd son pouvoir. On devient, en fait, un Cracmol. Mais à la différence d'un Cracmol qui n'a jamais eu le moindre pouvoir, on a connu la magie et on a perdu quelque chose de fondamental…
-Y-a-t-il un moyen de récupérer ce pouvoir ? demanda immédiatement Emilie.
-La magie n'accorde pas de secondes chances, Emilie, prévint sévèrement Snape : si ton pouvoir est épuisé, c'est fini. Comme si on avait soufflé une bougie. En revanche, s'il reste de la « réserve », comme tu dis, il est possible de recouvrer son pouvoir. En partie ou en totalité, j'avoue que je l'ignore. »
Snape se leva de son siège et se dirigea vers le laboratoire. Une pendule au cadran de cuivre maintenu dans un caisson de bois indiquait 23 heures.
« J'aimerais que tu essayes à l'avenir de ressentir l'emploi de la magie, que tu arrives à te rendre compte de la puissance que requiert, ou non, un sortilège.
-Comment cela ? interrogea Emilie en le suivant : peut-on visualiser le niveau employé ? »
Snape ne put empêcher un sourire amusé d'apparaître sur son visage d'ordinaire sévère.
« Si tu imagines quelque chose comme des rayons lumineux, ou mieux, une jauge à essence, je suis navré de devoir te décevoir… »
Emilie éclata de rire et s'arrêta soudain, complètement ahurie :
« Tu sais conduire ?
-Non ! répondit-il sur un ton presque scandalisé : bien que mon cher père eut sans doute donné sans hésiter tout ce qu'il possédait pour me voir me comporter comme un Moldu, je n'ai pas appris à conduire. Cela ne veut pas dire que je suis totalement ignorant. Snape regarda Emilie dont les yeux ronds trahissaient la surprise et ajouta d'un ton amer : oui, Emilie, je suis un Sang-mêlé. Et ferme la bouche, cette expression ne te sied pas du tout. »
Emilie reprit brusquement pied dans la réalité et se dirigea vers le centre du laboratoire.
« Il reste encore deux bonnes heures de travail. Si tu es fatiguée, tu peux aller te coucher »
Emilie secoua la tête et s'installa pour observer la suite de la préparation, usant de toute sa concentration pour empêcher son esprit de battre la campagne à la recherche d'indices sur la vie de son père en dehors de Poudlard.
