Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.

Chapitre 29

Severus Snape observa à couvert sa fille en train de déguster avec toutes les apparences de la plus intense satisfaction un morceau de gâteau au chocolat. Même si elle continuait de prétendre que les gâteaux préparés par les Elfes de Poudlard n'étaient pas comparables à ceux qu'elle et sa grand-mère faisaient, il était clair que celui-ci était à son goût.

Habituellement, ils commençaient à s'entrainer dès qu'Emilie arrivait, vers 14 heures ou 14 heures 30. Ce dimanche, cependant, Emilie était arrivée plus tard, très fatiguée, et Snape avait jugé plus sage de la faire manger et se reposer un peu avant d'avancer dans l'apprentissage des sortilèges issus du livre qu'il lui avait confié à Noël.

Après avoir quelques instants prétendu ne plus être intéressée par ce qu'il restait du gâteau, Emilie se pencha et coupa deux parts, en en proposant une à Snape qui déclina :

« Tu as tort.

-Sans doute, mais je ne suis pas gourmand. »

Emilie mangea quelques bouchées en silence, les yeux fixés sur la cheminée éteinte, semblant retourner un problème ardu dans son esprit.

« Est-ce que tu aimes un plat en particulier ?

-Non. Il y a des aliments que j'apprécie et d'autres pas, comme tout le monde, répondit Snape en se demandant où elle voulait en venir.

-Mais on préfère toujours quelque chose, non ? Moi, par exemple, j'adore la brandade et quand j'étais petite, je mangeais tout le temps des crêpes au sucre !

Snape regarda un long moment sa fille, un peu perplexe, renonçant à savoir ce que pouvait bien être la « brandade » et se demandant plutôt s'il avait, comme elle, des souvenirs de plats qu'il avait aimés dans son enfance. Il renifla dédaigneusement à l'évocation des repas préparés dans la maison de l'Impasse du Tisseur : sa mère n'avait pas su cuisiner, venant d'une famille de sorciers, certes tombée en déchéance, mais comptant encore un vieil Elfe qui se chargeait des tâches ménagères. Tobias Snape, aussi loin qu'il s'en souvenait, n'avait jamais rien eu d'un gourmet raffiné et n'avait plus qu'en de rares occasions mangé chez lui quand il avait fini par sombrer dans l'alcool. Non, les repas de l'Impasse du Tisseur n'éveillaient aucune nostalgie en lui, consistant pour l'essentiel en conserves réchauffées ou pommes de terre pauvrement accommodées. Quant au souvenir de sa mère confinée à sa cuisine, le plus souvent larmoyante ou abrutie par les vociférations et les menaces de son mari, il suffisait à lui donner la nausée.

Il avait sans doute gardé trop longtemps le silence car il finit par remarquer que sa fille le contemplait étrangement. Ne sachant que faire, il se contenta de répondre doucement à sa dernière question, le visage complètement inexpressif :

« Non, il n'y a rien que je préfère. »

Le silence s'installa et pour une fois aucun des deux ne sut comment le rompre, Snape perdu dans des souvenirs d'enfance qu'il aurait volontiers tout fait pour oublier, et Emilie sentant qu'elle avait sans le vouloir provoqué une situation embarrassante.

L'air était toujours un peu frais dans les cachots et la jeune fille se frotta les mains, cherchant à les réchauffer un peu. Snape lui saisit la main droite et déclencha sans un mot un feu dans la cheminée d'un petit mouvement de sa baguette. Ni Emilie ni Snape n'étaient tellement à l'aise face aux démonstrations d'affection. Emilie laissa sa main dans celle plus grande et étonnamment chaude de son père et profita quelques minutes de la chaleur des flammes. Le léger coup de cloche de la pendule marquant 16 heures rappela les deux occupants des lieux à la réalité et Snape se leva pour faire de la place dans la pièce en quelques coups de baguette.

« Si tu voulais bien te lever deux minutes, cela m'éviterait de conjuguer un Wingardium leviosa avec un charme annihilateur de poids… » fit le Maître des Potions sur un ton sarcastique et avec un petit sourire en coin qui s'élargit en découvrant l'air faussement outragé de sa fille qui finit tout de même par quitter sa chaise.

« C'est si gentiment demandé, fit-elle d'un air pincé, le nez en l'air et le dos très droit dans une tentative d'imitation de McGonagall qui ne passa pas inaperçue de Snape.

-Après tout, j'ai une réputation à laquelle je tiens, ma chère », déclara le professeur avec un air si supérieurement dédaigneux et ton si satisfait qu'Emilie ne put s'empêcher de rire.

L'heure qui suivit fut employée à vérifier que les sortilèges appris la semaine précédente étaient sus. Emilie avait dû apprendre près d'une centaine de sorts en quelques mois : Snape vérifiait qu'elle était capable de s'en souvenir et lui demandait toujours d'exécuter quelques sorts supplémentaires pour contrer la même attaque. Ses réflexes s'amélioraient, mais elle avait toujours tendance à privilégier quelques défenses sans prendre la peine de les varier, ce qui la rendait prévisible. De son côté, Snape contrait chaque sort avec élégance, sans jamais paraître surpris et avec un certain flegme qui, après qu'elle eut reçu son cinquième maléfice de picottis, commença à donner quelques envies de meurtre à Emilie qui aurait juré qu'il employait la Legilimencie. L'énervement finit par nuire à la concentration de la jeune fille et Snape baissa sa baguette en faisant signe à sa fille de s'assoir sur le divan poussé contre le mur derrière elle tandis qu'il prenait une chaise pour lui faire face.

« Il faut veiller à garder le contrôle de tes émotions : plus les sentiments que l'on éprouve sont forts, plus on court le risque de se laisser emporter et de perdre sa concentration. La colère et la haine sont mauvaises conseillères, ajouta Snape avant de continuer : un combat n'est pas une conversation entre gens civilisés autour d'une tasse de thé. Il n'y a pas de règles, dit le Maître des Potions en allongeant ses longues jambes devant lui : et toutes ces histoires de salut de l'adversaire -il haussa les épaules-, d'honneur et de respect ne sont que des âneries. Il te faudra toutes tes facultés pour, dans un premier temps, évaluer la force et les compétences de ton adversaire, commença-t-il à énumérer en comptant sur ses doigts : puis il te faudra l'observer et essayer de deviner ce qu'il prépare, réfléchir au sort le plus approprié pour le contrer en choisissant le plus efficace pour atteindre ton but et celui qui te causera le moins de fatigue. Un petit sourire apparut sur le visage de Snape : les moqueries et les provocations sont parmi les plus anciennes tactiques employées pour déstabiliser un opposant… à juste titre, il faut bien l'avouer. »

Emilie se laissa aller dans le divan, regardant son père entre ses paupières mi-closes, la mine boudeuse.

« Pour répondre à la question que tu n'as pas osé poser : non, je n'ai pas employé la Legilimencie. D'ailleurs, tu t'en serais rendue compte tout de suite, je pense. »

Snape se redressa et fixa sérieusement le visage aux sourcils froncés de sa fille :

« Nous sommes tous trahis par notre visage et nos gestes. La moindre expression peut donner un indice sur ce que tu envisages de faire. Pour l'instant, tu penses trop fort, et il suffit de te connaître un peu pour pouvoir anticiper tes actions. Tes mouvements de baguette sont aussi trop amples, ajouta-t-il d'un ton critique. Il faut que tu fasses en sorte de réduire ces mouvements, y compris lorsque tu apprends de nouveaux sortilèges dans les autres matières. Quel dommage que tu ne sois pas arrivée en première année à Poudlard ! déclara le Maître des Potions avec un ton sarcastique : tu aurais immédiatement compris que je n'aime guère le « foolish wand waving »… Ceci dit, tu as un avantage important par rapport aux autres élèves : tu sais lancer les sorts silencieusement. Cependant, reprit Snape, un coin de sa bouche relevé et une expression amusée dans les yeux, j'apprécierais à l'avenir que évites de faire du play-back avant de lancer un sort… »

Emilie soupira et passa ses mains sur sa figure, tentant de chasser la fatigue qui l'envahissait de nouveau. Son père la regarda un instant en silence et leva un sourcil :

« Puis-je savoir pourquoi tu es si fatiguée aujourd'hui ?

-J'ai testé… enfin, expérimenté des choses tard hier, au sujet de la magie, de l'utilisation de la baguette », soupira Emilie, qui éprouvait des difficultés à ordonner ses idées.

Snape se leva et marcha vers la cheminée où le feu décroissait rapidement.

« Il faudra que l'on travaille ta capacité à exécuter de la magie sans baguette. Je n'ai pas besoin, continua-t-il sur un ton sévère en se retournant vers la jeune fille, d'insister sur l'avantage que cela pourrait te procurer, ni sur le fait que cela doit rester un secret. La magie sans baguette est une arme à double tranchant, reprit-il avec le même sérieux que lorsqu'il délivrait un cours : tu as pour toi l'effet de surprise, mais si tu ne maîtrises pas assez cette technique tu cours le risque de t'épuiser. Il est très difficile de focaliser un sortilège sans baguette. »

Emilie se redressa et demanda soudain :

« Tu sais faire de la magie sans baguette ? »

Snape se contenta de lever un sourcil.

« D'accord, d'accord, je n'ai rien demandé, soupira Emilie en levant les yeux au ciel.

-Je prétendrais n'avoir rien entendu », rétorqua le maître des Potions en levant le menton d'un air faussement dédaigneux.

Snape se rassit et se pencha vers Emilie, les coudes sur ses genoux, de nouveau sérieux :

« Je voudrais que nous puissions terminer ce livre avant la fin de l'année scolaire. Il ne reste plus grand-chose à voir et j'aimerais que nous passions ensuite immédiatement à la question des protections et de l'Occlumencie. Tu te débrouilles correctement dans ce domaine, mais tu ne connais qu'une infime partie de cette discipline. La magie sans baguette pourra attendre encore un peu », conclut-il.

Emilie hocha la tête et, après un silence de quelques minutes, regarda son père dans les yeux :

« Tout ça… est-ce que cela suffira vraiment quand Vol- euh, celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom attaquera ? Les Mangemorts sont bien plus forts…

-Non, ils ne sont pas plus forts que d'autres, lança Snape en serrant les poings : certains sont même un peu plus bêtes… Emilie, ne commets pas l'erreur de sous-estimer ou sur-estimer quelqu'un, l'admonesta-t-il en la fixant de ses yeux noirs. La différence qu'il existe entre les Mangemorts et les autres est qu'ils connaissent un peu, parfois même très bien la Magie noire et qu'ils n'hésiteront jamais à lancer un Impardonnable. Ils auront aussi tendance à choisir un sort qui fera souffrir leur adversaire, plutôt que d'opter pour un sort plus efficace mais qui flattera moins leur côté sadique. Je veux que tu saches te défendre, reprit-il en voyant l'expression effrayée sur le visage de sa fille, mais quand le Seigneur des Ténèbres attaquera Poudlard, tu seras loin. Ce combat n'est pas le tien, ne t'en mêle pas. »

Emilie ouvrit la bouche pour parler mais la referma en voyant Snape lever sa main devant lui, lui signifiant ainsi que la discussion était close.

ooooo

La semaine précédant les examens fut éreintante. Alessandro était dans un état de nervosité tel qu'il lui arrivait de répondre plus que sèchement à Emilie qui finit par lui demander d'un air buté et sur un ton plein de ressentiment s'il voulait encore qu'elle lui fasse réviser ses Runes, ou s'il préférait se débrouiller seul. Le jeune homme prit soudain conscience de la façon dont il traitait son amie et veilla à garder son calme auprès d'elle.

Cependant, comme plusieurs autres élèves qui subissaient les mêmes affres, il n'arrivait plus à dormir et il finit par aller trouver son chef de maison pour lui demander une potion de Sommeil sans rêves, pensant qu'il aurait plus de chances de l'obtenir ainsi qu'en faisant le siège de madame Pomfresh qui était intraitable sur le sujet. Quand Snape entendit la requête de Gabelli, il crut un instant avoir mal entendu :

« Monsieur Gabelli, corrigez-moi si je me trompe, mais vous souhaitez que je vous donne une potion de Sommeil sans rêves », demanda-t-il d'une voix si basse que l'adolescent dut tendre l'oreille pour saisir la phrase avant de hocher la tête, malheureusement sans se rendre compte du danger potentiel dans lequel il se trouvait.

Snape se leva avec brusquerie et s'approcha suffisamment de son élève pour paraître menaçant :

« Me prenez-vous pour un simple Potionneur ou, mieux encore, un vulgaire apothicaire ? siffla-t-il. Je suis votre chef de maison et je n'ai pas pour habitude de fournir des drogues à mes élèves ».

Alessandro comprit enfin, mais trop tard, la stupidité de sa demande et se contenta se secouer frénétiquement la tête en marmonnant des paroles inintelligibles et en essayant de gagner la sortie. Snape fut plus rapide et claqua la porte en se plaçant sur la trajectoire du jeune homme : il tenait enfin un bon prétexte pour donner une leçon à un garçon qui prenait depuis trop longtemps un malin plaisir à contourner ses ordres ou à prétendre qu'il ne les entendait pas.

« Vous venez de gagner une semaine de consigne. Oui, monsieur Gabelli, reprit-il en élevant la voix devant le visage blême de l'adolescent : deux heures passées à récurer des chaudrons chaque soir suffiront peut-être à vous fatiguer assez pour vous donner envie de dormir, qu'en pensez-vous ? »

Alessandro gémit intérieurement : si cela avait concerné quelqu'un d'autre, la remarque de Snape aurait suffit à le faire rire.

ooooo

Assise sur une chaise tapissée de velours bleu, Emilie buvait tranquillement sa tasse de thé en répondant aux questions de son chef de maison sur sa scolarité.

Filius Flitwick aimait recevoir ses étudiants et son caractère aimable les engageait souvent à venir le trouver pour parler de questions d'orientation ou de problèmes familiaux et amicaux que le professeur les aidait à résoudre. S'il ne maternait pas ses élèves comme avait tendance à le faire Pomona Chourave, il restait beaucoup plus accessible que Minerva McGonagall et Severus Snape, dont il savait pourtant de source sûre qu'il faisait grand cas de ses charges tout en ayant l'air de ne pas y toucher.

Le petit professeur continua d'observer Emilie Snape qui attendait de terminer son thé pour en venir au motif de sa visite. Quand il y repensait, il s'étonnait d'avoir mis tant de temps à deviner les liens existant entre le chef des Slytherins et la Serdaigle. La ressemblance était étonnante, mais heureusement la jeune fille avait des traits adoucis et un caractère qui, bien que pas toujours très facile, n'avait pas été gâté par les mauvais traitements et les remords qui consumaient son père. Tous les deux paraissaient bien s'entendre, mais sa curiosité restait insatisfaite : aucun d'eux ne commentait leurs relations et ils maintenaient une certaine distance en public. Néanmoins, qu'elle soit sa fille ou non, le fait que Snape, qui ne supportait pas grand monde, continuât de lui donner des cours de Potions et la tolérât dans les cachots plusieurs soirs de suite était le signe clair d'une véritable entente.

Emilie posa enfin sa tasse et regarda son chef de maison.

« Vous vouliez me parler d'un sortilège ?

-Hum, oui, enfin, pas un sortilège précis, mais plutôt d'un concept…

-Je vous en prie, allez-y », encouragea Flitwick.

Emilie regarda la table et essaya de trouver une façon intelligente mais non alarmante d'aborder le sujet.

« Voilà : j'ai lu des livres de fantasy moldus. Ce sont des romans où souvent la magie, enfin ce que les Moldus imaginent être de la magie, joue un grand rôle, tenta-t-elle d'expliquer : dans l'une de ces séries, il y avait l'idée d'un objet qui était le… réceptacle de serments. En fait, les gens prêtaient plusieurs serments à l'aide de la magie et l'objet les forçait à les respecter. »

Voyant le petit professeur froncer les sourcils, Emilie enchaîna, un peu gênée :

« Bon, ce ne sont que des romans, mais je me demandais si ce genre de chose était possible ? Par exemple… »

Flitwick secoua la tête et ferma les yeux quelques secondes. Quand il les rouvrit, il garda les sourcils froncés et réfléchit à haute voix :

« Cela doit être possible, mais nous risquerions de flirter de très près avec la Magie noire, si vous me permettez cette expression… Désireux de rassurer la jeune fille, Flitwick continua : je ne veux pas que vous croyiez que l'idée d'assurer le respect d'un serment soit forcément mauvaise, non pas du tout. Mais le concept de lier un être à un objet est très dangereux et surtout discuté dans des ouvrages de Magie noire.

-Mais y a-t-il d'autres possibilités qu'un serment inviolable ? »

Flitwick ouvrit grand les yeux et fixa l'adolescente devant lui qui sentit qu'elle était certainement allée trop loin et fit machine arrière :

« Les seuls serments que nous ayons étudiés, au niveau théorique bien sûr, sont les serments inviolables ou bien des liens entre deux personnes, par sortilège ou bien par la magie du sang, mais cela n'a rien à voir avec un serment…

-Non, en effet. En dehors d'un serment inviolable, seul un lien scellé par la magie du sang, et encore, un lien particulièrement fort, pourrait s'approcher de la puissance d'un serment inviolable. Cependant, il ne ferait que lier deux personnes, et non veiller à leur parole. Mais ce sont des actions très lourdes de conséquences et, en ce qui concerne la magie du sang, particulièrement difficiles à mettre en œuvre, réfléchit Flitwick à haute voix, les yeux perdus dans le lointain : en fait, je ne pense pas que quiconque puisse, consciemment, réaliser un lien scellé par la magie du sang plus compliqué que les liens du mariage, en laissant de côté certaines abominations de la Magie noire, bien entendu. Non, cette piste n'est pas la bonne. »

Emilie hocha la tête et laissa son visage être gagné par un petit sourire défaitiste :

« Evidemment, c'est pour cela que les romans existent…

-En effet, mademoiselle », répondit Flitwick avec un sourire.

L'adolescente fronça les sourcils, tourna sa tasse dans ses mains et avança :

« Et… je me demandais… est-ce que le Fidelius ne peut s'appliquer qu'à des lieux ?

-Comment cela ? demanda Flitwick tout d'un coup intrigué.

-Et bien, le Fidelius fait en sorte que personne ne peut révéler une localisation, à l'exception de la personne récipiendaire du sortilège. Emilie s'assura de l'approbation de Flitwick et continua : est-ce que le Fidelius pourrait s'appliquer à une action ? Par exemple, faire en sorte qu'un secret ne soit jamais révélé ? »

Flitwick appuya son dos contre sa chaise et fixa un point du mur derrière Emilie en lissant ses moustaches. Pendant quelques minutes pas un bruit ne troubla le silence du bureau, puis le professeur baissa ses yeux sur la table.

« Cette approche pourrait être intéressante, mais elle nécessiterait l'altération du Fidelius qui est déjà un sortilège particulièrement complexe à mettre en œuvre. Pour être clair, il faudrait partir de la base du Fidelius et développer un nouveau sortilège. »

Emilie pondéra les paroles de Flitwick et demanda :

« Y a-t-il des livres sur le Fidelius, professeur ?

-Non, pas à ma connaissance, pas sur ce sortilège en particulier. Il faudrait regarder dans des livres plus généraux sur les sortilèges de protection et les serments. Voulez-vous vraiment creuser la question ? interrogea Flitwick surpris et un peu soupçonneux.

-Cela m'intéresserait beaucoup, mais je ne suis pas sûre d'avoir le niveau.

-Non, en effet, mais si vous désirez faire des recherches, je n'y vois aucun inconvénient. Toute occasion est bonne pour apprendre. Cependant je ne veux pas que ce projet soit mené au détriment de vos études, sommes-nous d'accord ? »

Emilie hocha la tête vivement tandis que son chef de maison prenait un parchemin et commençait à écrire.

« Je vous donne une première liste d'ouvrages qui pourront vous aider sur le Fidelius et la théorie des sortilèges de protection, ainsi que les serments. Je vais vous faire aussi un passe pour la section interdite, mais n'en abusez pas, ajouta-t-il en relevant les yeux et en lui adressant un regard sévère qui montrait qu'il n'était pas complètement dupe de la manœuvre : sachez que madame Pince communique à chaque professeur la liste des livres que ses élèves ont consulté dans cette partie de la bibliothèque. Je reste à votre disposition pour parler de vos recherches, bien entendu », acheva-t-il avec un sourire chaleureux.

Emilie salua son chef de maison et partit en tenant à la main ses deux précieux parchemins.

Quelques minutes plus tard, ayant gagné la bibliothèque, Emilie posa son sac et ses livres et attendit qu'Alessandro relève la tête. Elle devait bien avouer qu'il avait une mine affreuse et elle se demanda s'il ne fallait pas qu'il s'arrête un peu de réviser s'il voulait arriver à bout de ses examens qui commenceraient la semaine prochaine. Le jeune homme abandonna la lecture de son manuel d'Arithmencie et fixa un regard las sur son amie, le menton appuyé sur sa main gauche.

« Je n'ose même pas te demander si ça va.

-Non, ce n'est pas la peine », soupira Alessandro.

Emilie lui fit un petit sourire de commisération et inspira avant de débiter d'une traite en chuchotant :

« J'ai vu Flitwick : il pense que le Fidelius est une piste intéressante, mais il faudra sans doute créer un nouveau sortilège en s'en inspirant. Voyant Alessandro cligner des yeux pour acquiescer, elle ajouta : j'ai une liste de livres à consulter et un passe pour la section interdite. »

Cette fois-ci, Alessandro trouva la force de sourire :

« Excellent ! Tu es sûre que tu n'es pas une Slytherin déguisée ? » fit-il en la taquinant.

Emilie secoua la tête en souriant :

« Flitwick acceptera de discuter de l'avancée des recherches avec moi. Cela risque de prendre du temps, mais il doit y avoir une solution.

-Oui. Pourras-tu me copier la liste ? Je regarderai les livres aussi et on pourra en discuter.

-Très bien. Est-ce que tu veux qu'on révise les Runes après dîner ? »

Alessandro grimaça et secoua la tête :

« Non. Je ne peux pas, j'ai une retenue avec Snape toute la semaine. »

Emilie écarquilla les yeux mais Alessandro parla avant qu'elle n'ait eu le temps d'ouvrir la bouche :

« Non, je t'en prie, ne me demande surtout pas pourquoi… »

ooooo

Protection : a Wizard's Guide to Light and Dark Spells

Keeping Faith : Vows through Spells and Blood

Madame Pince examina d'un œil sévère la jeune Serdaigle en face d'elle, pinça, si cela était encore possible, un peu plus ses lèvres blêmes, relut la liste et le passe et intima à Emilie Snape l'ordre de la suivre.

Introduire un étudiant dans la section interdite était toujours une épreuve pour la bibliothécaire qui n'avait jamais accordé la moindre confiance à aucun d'entre eux. Certains allaient même jusqu'à dire qu'elle aurait volontiers refusé des livres aux professeurs si elle avait eu la possibilité de le faire. Arrivée devant la grille, madame Pince rajusta la monture de ses lunettes sur son long nez, toisa la jeune fille et lui ordonna de se tourner. Emilie fut si surprise qu'elle crut que ses yeux allaient sortir de leurs orbites.

« Vous ne pourrez venir ici que sur mon autorisation et je vous ouvrirai la porte, grinça la vieille femme : maintenant, tournez-vous, je n'ai pas l'intention de changer les sorts et les mots de passe à chaque fois que vous déciderez de venir travailler. »

Emilie obéit et entendit quelques secondes plus tard la grille tourner sur ses gonds. Mue par la curiosité elle tourna la tête afin de voir comment se présentait la partie interdite de la bibliothèque, mais elle ne put apercevoir que des étagères de bois sombre qui semblaient s'étendre à perte de vue avant d'être rappelée à l'ordre par le dragon.

« Je ne vous ai pas autorisée à vous retourner, mademoiselle. »

Il y eut un bruit de parchemin froissé et madame Pince articula clairement :

« Accio Protection : a Wizard's Guide to Light and Dark Spells,accio Keeping Faith : Vows through Spells and Blood. »

Avec un bruit assourdi, deux livres vinrent se placer dans les mains tendues de la bibliothécaire qui s'empressa de refermer l'entrée de la section et ordonna à l'élève de la suivre. Elle s'arrêta enfin devant une petite table située en face de son bureau, à l'entrée de la bibliothèque.

« Aujourd'hui, vous travaillerez à cette table. Je vous interdis d'emporter les livres où que ce soit dans la bibliothèque. Vous me rapporterez les ouvrages dès que vous aurez fini. »

Emilie hocha la tête et s'installa, en déplorant le fait qu'elle ne pourrait pas montrer ces livres à Alessandro. La table où elle était contrainte de travailler comportait en effet deux inconvénients majeurs, jugea Emilie. Le premier était qu'elle ne pouvait échapper à la surveillance du dragon qui semblait ne jamais la quitter des yeux. Le second était qu'elle se trouvait à l'entrée de la bibliothèque et donc visible de tous ceux qui entraient ou sortaient des lieux, et qui, en la voyant installée là, savaient immédiatement qu'elle lisait des livres de la section interdite.

La fameuse loi de Murphy sembla s'enclencher cet après-midi même avec l'arrivée toutes voiles dehors de Severus Snape, profitant d'un intercours pour ramener quelques livres. Le professeur et la bibliothécaire ne semblaient guère s'apprécier, si l'on en jugeait la manière dont la chauve-souris laissa tomber les livres sur le bureau, le menton dédaigneusement relevé, son grand nez légèrement plissé comme s'il relevait une odeur déplaisante et la furie qui jaillit quelques secondes des yeux du dragon. Faisant demi-tour en prenant soin de faire claquer les talons de ses lourdes bottes, le Maître des Potions avisa soudain la présence de sa fille à la table de la réserve et se dirigea vers Emilie qui tenta de faire comme si elle n'avait rien vu en se dissimulant derrière le lutrin maintenant le lourd volume qu'elle lisait. Une main pâle aux longs doigts effilés saisit l'un des livres posés sur la table et deux yeux noirs lurent le titre porté sur la reliure. Emilie se força à regarder le visage de son père en prenant soin de montrer une expression, non pas innocente ce qui aurait été le meilleur moyen de se trahir, mais neutre comme s'il était parfaitement normal pour une quatrième année de consulter ce genre d'ouvrage.

Snape ne dit rien, mais fit le tour de la table en pinçant les lèvres et s'empara cette fois-ci du deuxième tome placé sur le lutrin dont il parcourut la première page et le sommaire avant de le rendre à sa fille avec un regard interrogateur.

« C'est pour un petit projet d'étude pour le professeur Flitwick », expliqua Emilie d'un air dégagé.

Snape se contenta de froncer les sourcils et de la dévisager longuement d'un air soupçonneux avant de s'éloigner. Une heure plus tard, ce fut au tour d'un autre rat de bibliothèque de s'intéresser aux lectures de la Serdaigle. Emilie sursauta en réalisant qu'une autre personne se trouvait à proximité immédiate et était manifestement en train de lire par-dessus son épaule. Hermione Granger. La jeune fille se demanda un instant si le seul moyen de lire un livre intéressant et rare sans être dérangé par la Gryffondor ne serait pas d'aller travailler dans les toilettes, quand une voix perçante et éraillée s'éleva depuis l'autre côté de la pièce :

« Mademoiselle Granger, vous n'avez pas d'autorisation pour lire ces ouvrages. Veuillez quitter cet endroit sur le champ. »

Emilie entendit Granger souffler bruyamment, la vit s'éloigner à petit pas pressés, le dos bien droit et ne put s'empêcher de rire intérieurement. La surveillance du dragon avait parfois du bon…

En une semaine, Alessandro et Emilie eurent chacun de leur côté examiné les autres livres figurant sur la liste de Flitwick.

Ils comprenaient bien mieux à présent ce qu'étaient les serments et comment fonctionnait le Fidelius. En théorie, il semblait que l'on puisse arriver à altérer le Fidelius pour protéger un secret et pas seulement un lieu, mais le sort était si complexe qu'il leur faudrait des heures de travail pour commencer à l'apprendre et déterminer les changements à introduire.

Alessandro avait contacté Oriana, Walter, Galaad et Vladimir et leur avait confié l'avancée du projet, sans mentionner (et pour cause !) comment il avait pu arriver jusqu'à Flitwick, mais chacun avait sa petit idée à ce sujet. Oriana était à peu près du même niveau qu'Alessandro en Sortilèges et ils avaient décidé de travailler tous les deux une heure ensemble chaque jour, dans la salle commune des Slytherins : ils étaient sûrs que personne n'irait soupçonner quoi que ce soit dès l'instant où ils resteraient dans un lieu public. Pour l'instant et en attendant de trouver une solution, les cinq maintinrent leurs réunions et commencèrent à vraiment travailler les sortilèges de Défense contre les Forces du mal, mais sans chercher à recruter qui que ce soit. Alessandro réalisa en outre plusieurs copies de la liste de sorts fournie par Emilie : en se tenant déjà à ce programme, les Slytherins seraient certains d'être au moins au même niveau que l'Armée de Dumbledore et ses épigones.