Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.
Chapitre 32
Ann revint au bout de quelques minutes, le visage fermé, marmonnant quelque chose d'inintelligible et se laissa tomber entre Belinda et Emilie très occupées à ne rien faire, assises sous l'une des arcades de la cour principale, chacune contre un pan de mur, le visage tourné vers le soleil.
« Ann ? Je croyais que tu étais avec Lucrezia ? » demanda paresseusement Emilie.
La jeune fille blonde secoua la tête tout en refaisant sa queue de cheval et souffla :
« Non ! J'étais partie avec Lucrezia, mais Peter est arrivé… et comme je n'ai pas envie de tenir la chandelle… »
Ses deux amies hochèrent la tête de concert en soupirant.
« Je croyais que c'était fini, moi, leur histoire, remarqua Belinda.
-Disons que ça n'en finit pas de finir, si tu veux mon humble avis », ajouta Emilie en levant les yeux au ciel et en grimaçant.
Toutes les trois rirent un peu et Belinda qui se sentait d'humeur frivole en profita pour taquiner sa voisine.
« Hum, enfin, en parlant d'histoire qui dure, commença-t-elle avec un regard appuyé en direction de la jeune fille aux cheveux courts : où en es-tu avec Gabelli ? »
Emilie rougit violemment et ramena vivement ses jambes sur sa poitrine en haussant les épaules :
« C'est idiot ! C'est juste un ami, tu le sais ! »
Ann et Belinda échangèrent des regards de connivence et hochèrent la tête d'un air entendu.
« Moi je trouve que Gabelli n'est pas mal. Il est assez aimable, pour un Slytherin. Intelligent, en plus, mais si tu n'es toujours pas avec lui après tout ce temps, c'est perdu, tu le sais, non ? »
Luna Lovegood continua d'arpenter les arcades avec un sourire rêveur aux lèvres, tandis que Emilie crut que sa peau allait prendre feu à force de rougir.
« La prochaine fois, je vous suggère de publier une annonce dans La Gazette du sorcier », dit-elle à ses amies demeurées muettes d'embarras.
Toutes les trois restèrent un peu à profiter du beau temps quand Belinda remarqua un attroupement en dehors de la cour, vers le chemin menant au lac, et sauta de l'arcade pour aller voir ce qu'il se passait, bientôt rejointe par Ann. A cette distance, aucune ne voyait se qui causait le rassemblement, mais bientôt plusieurs Gryffondors arrivèrent en courant, disant qu'ils avaient vu depuis leur tour Ombrage s'en prendre à Hagrid. Emilie s'avança elle aussi avec les autres élèves qui se trouvaient dans la cour, quand ils entendirent quelqu'un crier depuis l'extérieur :
« Allez chercher madame Pomfresh ! Allez chercher madame Pomfresh ! »
Passé un instant d'incertitude, deux garçons se trouvant près de l'escalier principal rentrèrent immédiatement et partirent en courant en direction de l'infirmerie. Bientôt, la cour fut noire de monde et une rumeur folle gagna l'assistance à la vitesse de l'éclair : « Ombrage a tué McGonagall ! ».
Quand deux agents du Ministère arrivèrent dans la cour en lévitant devant eux le professeur inanimé, suivis d'une Dolorès Ombrage ébranlée mais blême de rage, un silence de mort descendit, rompu peu après par la voix ferme de la guérisseuse ordonnant qu'on amène McGonagall dans l'infirmerie au plus vite.
Les élèves suivirent des yeux le cortège, découvrant en haut des degrés les professeurs Flitwick et Chourave aux visages noirs de colère. Snape, qui venait manifestement d'arriver en courant, laissa passer madame Pomfresh et le corps de McGonagall, puis se planta en haut des marches et toisa avec dédain la petite femme vêtue de rose qui avait entamé l'ascension de l'escalier. Bientôt, Ombrage rejoignit l'avant-dernière marche et hésita un instant, finissant par faire plusieurs pas de côté pour contourner l'homme en noir qui refusait de bouger. Personne ne sut qui hurla le premier, mais un bruit immense enfla bientôt dans cour pleine à craquer et la directrice regagna son bureau sous des huées qui retentirent jusque dans la grande salle.
.
Personne ne dormit beaucoup cette nuit là et l'on sut plus tard, au petit matin, grâce à des élèves qui allèrent subrepticement glaner des renseignements vers la tour des Gryffondors, que McGonagall n'était pas morte mais gravement blessée et qu'elle avait été transférée à Sainte-Mangouste. Emilie était passée en vitesse dans les cachots en quête informations, mais n'y avait pas trouvé Snape qui n'avait d'ailleurs laissé aucune indication à son intention. Flitwick était aussi absent de son bureau et deux éclaireurs partis en reconnaissance du côté des quartiers des Poufsouffles rapportèrent que Chourave semblait elle aussi s'être volatilisée.
On savait à présent ce qui s'était passé : Ombrage avait signifié son renvoi à Hagrid mais s'était heurtée à McGonagall qu'elle avait assaillie de pas moins de quatre Stupefix. Tous étaient d'avis que si leur professeur de Métamorphose s'en sortait, elle pourrait être considérée comme une véritable miraculée.
Depuis que l'on avait appris les absences des trois autres chefs de maison, les spéculations allaient bon train sur la suite des évènements. Pour certains, optimistes, Ombrage serait renvoyée et on retrouverait Dumbledore. D'autres insinuaient que les trois professeurs étaient en train de comploter pour déposer la directrice et que l'un des trois serait nommé directeur à sa place. En entendant cette hypothèse saugrenue, plusieurs s'écrièrent qu'ils préféraient encore Ombrage à Snape, même si l'on murmurait qu'au moins on aurait pu apprendre des choses utiles en Défense contre les Forces du mal avec lui. L'excitation s'apaisa pourtant rapidement car la plupart étaient réalistes et savaient qu'Ombrage avait été nommée par Fudge en personne et que tous les professeurs, dont McGonagall, étaient en probation depuis plusieurs mois : peu de choses étaient donc susceptibles de changer.
.
Le lendemain matin, les élèves prirent leur petit déjeuner dans une atmosphère irréelle. Tous tombaient de sommeil et la vision d'un soleil radieux ne faisait que renforcer le sentiment d'impuissance de tous ceux soumis aux règles absurdes et inflexibles d'Ombrage.
La table des enseignants avait une disposition inhabituelle : le haut siège d'Ombrage, qui avait auparavant appartenu à Dumbledore, était entouré de deux places vides, celles de Trelawney et d'Hagrid, licenciés. Les trois chefs de maisons s'étaient ensuite placés les uns à côté des autres, dans l'ordre des tablées, en laissant vacante la place qu'aurait dû occuper McGonagall. Jamais un repas ne s'était déroulé dans un si grand calme, uniquement troublé par le bruit des couverts ou de quelques remarques chuchotées. Ombrage présidait, tentant de se comporter comme si de rien n'était mais dut reculer quand Snape poussa la grossièreté, en sortant de table, à passer devant elle en lui claquant la porte au nez tandis que les autres professeurs se contentaient de la dévisager de façon méprisante.
En sortant, Emilie croisa Alessandro qui, avec les quelques autres élèves ayant choisi cette option, devait passer son examen de Runes. Le jeune homme avait l'air de ne plus être capable de tenir debout mais il lui fit un clin d'œil et, en s'approchant d'elle, lui glissa à l'oreille sur un ton satisfait :
« Que Dieu vienne en aide au crapaud si Snape a décidé de lui rendre la vie impossible.
-Laisse-la aller en enfer, au moins ça leur fera de l'occupation, je pourrais même fournir des chaudrons, répliqua Emilie avec un air vindicatif, provoquant un sourire fatigué sur les traits de son ami.
-Le Choixpeau s'est trompé, Emilie… » fit-il en s'éloignant et en secouant légèrement la tête.
Cependant, bien plus que l'attitude du professeur de Potions, ce fut la surprise concoctée par les jumeaux Weasley qui contribua à faire entrer cette journée dans la légende.
.
Le cours de Botanique touchait à sa fin et les serres devenaient étouffantes sous le soleil de juin qui pénétrait largement par les verrières.
Chourave avait conçu ces dernières leçons comme des révisions mâtinées d'approfondissement et ces cours avaient quelque chose de rassurant pour la plupart des élèves qui vérifiaient ainsi par eux-mêmes leurs progrès.
Vers 15 heures 30, une série de bruits sourds évoquant des explosions ébranla les serres et, après un instant de stupéfaction, malgré les appels au calme de leur professeur, la classe entière se mit à courir dans les allées et rejoignit la cour extérieure devant l'entrée principale du château. Là, les élèves retrouvèrent les cinquièmes années qui avaient interrompu leur dernier examen et toutes les autres classes qui courraient dans les couloirs de Poudlard pour débouler à leur tour dans la cour où les jumeaux Weasley avaient décidé de quitter l'école en fanfare… mais sans leurs ASPICs.
La démonstration de Fred et Georges avait en réalité débuté à l'intérieur du château, juste dans le hall précédant la grande salle, par le déclenchement de feux d'artifices figurant un dragon de feu qui avait ébranlé à plusieurs reprises les portes du lieu où se tenait l'examen d'histoire de la magie surveillé par Ombrage. C'étaient ces bruits sourds de la tête du dragon agissant comme un puissant bélier qui avaient alerté les élèves et fait croire à des explosions. A ce que l'on racontait, la directrice avait été ensuite poursuivie dans l'allée centrale de la grande salle par le dragon qui avait fini par se désintégrer en une multitude de petits feux d'artifices multicolores, soufflant quelque peu la coiffure impeccable et maculant de suie le tailleur rose du crapaud.
Le show n'était cependant pas terminé et les élèves arrivés après la pièce maîtresse de l'évènement purent tout de même assister à un festival de petites explosions colorées, de créatures fantastiques lâchées dans les airs, certaines faisant semblant de vouloir se ruer sur les spectateurs, suscitant cris et rires de soulagement.
Fait curieux, alors que quelques mois auparavant le moindre désordre de grande échelle aurait immédiatement attiré plusieurs professeurs ou un chef de maison, aucun enseignant ne jugea nécessaire d'intervenir. Certains, placés face à l'entrée du château jurèrent même qu'ils avaient vu Snape, appuyé sur la rambarde en avant de la vaste baie abritant la grande horloge, sourire de toutes ses dents pendant toute la durée du feu d'artifice, une vision si incongrue qu'elle les fit frissonner longtemps mais personne ne les crut et ceux qui protestèrent de leur bonne foi se virent sèchement conseiller d'aller consulter un spécialiste à Sainte-Mangouste. En revanche, il fut établi que Flitwick avait exprimé à haute et intelligible voix son approbation et avait même déclaré avec un grand sourire que ce jour là les jumeaux avaient fait honneur à la matière qu'il enseignait. Chourave, quant à elle, était restée un peu en retrait mais avait applaudi chaleureusement en dodelinant de la tête.
Quand le dernier feu d'artifice fut consumé, un silence assourdissant tomba sur la cour : les élèves placés près de l'entrée du hall laissaient petit à petit place à la directrice échevelée descendant les marches, suivie à quelques mètres de distance par Rusard tenant Miss Teigne dans ses bras. En bas, les jumeaux Weasley qui s'étaient avancés au milieu de la cour se contentèrent de sourire avec dédain quand Ombrage leur signifia leur renvoi. Ce fut elle qui dut quitter la scène la première, dans un silence humiliant. La grande inquisitrice ne savait sans doute pas qu'à cet instant elle venait de perdre la bataille de Poudlard.
ooooo
Dans la pagaille qui suivit, alors que chacun essayait soit de quitter le château, soit au contraire, d'y rentrer, Emilie perdit une partie de ses camarades et se demanda, tout en piétinant sur les marches, si elle allait se diriger vers le premier étage où devait avoir lieu le cours d'allemand, ou si elle n'allait pas suivre l'exemple de quelques uns des élèves qui avaient décidé de rejoindre leurs quartiers pour discuter des évènements et s'octroyer un peu de temps libre. Un minimum de réflexion aboutit à la constatation qu'elle n'avait pas le choix : en effet, les professeurs connaissaient bien la composition de leurs classes, faisaient l'appel au début de chaque cours, et elle ne tenait pas à risquer un sermon de la part de Snape si celui-ci venait à découvrir qu'elle faisait l'école buissonnière.
La jeune fille orienta donc ses pas un peu à contrecœur vers un escalier secondaire situé à proximité de l'entrée de l'infirmerie, qui permettait d'arriver à côté de la salle qu'occupait d'ordinaire le professeur Raspberger.
Il y avait un monde fou dans le hall : chacun allait dans une direction différente, certains stationnaient et se racontaient ce qu'ils avaient vu, d'autres cherchaient leurs amis et essayaient d'atteindre les marches des escaliers principaux pour mieux distinguer les personnes présentes. Debout près d'un petit banc de pierre appuyé au mur jouxtant la porte de l'infirmerie, Weasley et Granger semblaient en grande discussion, penchés vers le mur. En s'approchant, Emilie vit que l'objet de leur débat était Potter, blanc comme un linge, assis sur le banc, le dos au mur. Elle ne put rien saisir de leur conversation dans le brouhaha ambiant, mais, alarmée, demanda quand même :
« Est-ce que ça va ? Je peux aller chercher madame Pomfresh… »
Elle s'interrompit en voyant le regard hostile que lui jeta Weasley, mais réitéra tout de même sa question en voyant que Potter semblait frissonner de fièvre.
« J'ai des morceaux de sucre sur moi, si vous voulez. Si c'est de l'hypoglycémie, cela devrait aider.
-C'est bon, il n'a pas d'hypermachin. Pas besoin de potions ou de trucs douteux », jeta Weasley qui se plaça de manière protectrice devant son ami.
Voyant l'air blessé de la Serdaigle, Granger intervint en lançant un regard sévère au grand rouquin.
« L'hypoglycémie, Ron, c'est quand on a un déficit en sucre : on devient très faible et on risque de s'évanouir, expliqua-t-elle en se retenant de lever les yeux au ciel, avant d'ajouter à l'intention de Emilie : merci, c'est gentil, mais ça va aller. De toutes façons nous sommes juste à côté de l'infirmerie ».
Emilie hocha la tête et tendit tout de même à la Gryffondor trois morceaux de sucre enveloppés dans un mouchoir en papier, extraits de l'une des poches de son sac, avant de s'éloigner.
.
Lorsque Snape reparut dans les cachots, Emilie sentit tout de suite que quelque chose de grave avait dû se passer.
Les heures qui avaient suivi le spectacle organisé par les Weasley (dont les ragots propagés par des centaines d'adolescents un peu envieux clamaient qu'ils allaient bientôt commercialiser leur propre gamme de produits) n'avaient guère apporté de modification au train-train quotidien, mais beaucoup d'élèves avaient pour la première fois depuis longtemps senti un petit vent de liberté et d'insouciance flotter vers Poudlard.
A 17 heures, Emilie était descendue dans les cachots, négligeant la bibliothèque où elle se doutait qu'après une semaine et demi d'examens elle n'y verrait pas Alessandro et sachant qu'il y avait peut-être une toute petite chance que son père risque de lui fournir quelques informations supplémentaires sur les conséquences du chahut et aussi sur l'état de santé de McGonagall dont on était toujours sans nouvelles. Snape n'était pas là, mais dix minutes à peine après son arrivée, elle entendit la porte d'entrée claquer à toute volée et vit le professeur de Potions fou de rage se diriger vers la cheminée avant de se tourner vers elle, semblant tout juste réaliser sa présence.
« Vas dans ta chambre, Emilie », ordonna Snape d'une voix sans expression, contrastant avec le masque coléreux qui déformait les traits de son visage.
Peu désireuse de fournir un motif de reproche, Emilie se dirigea docilement vers la porte située dans un coin du mur en face de la cheminée. Snape n'attendit pas quelle soit partie pour se retourner, saisir le pot de poudre de cheminette et murmurer une série d'incantations tout en dessinant des mouvements complexes avec sa baguette. Bien qu'ignorant le ou les sortilèges employés, l'impression de froid et la puissance étonnante et un brin séductrice qui émanait de la magie employée ne laissait guère de doute sur sa nature : Snape était en train d'utiliser de la Magie noire, sans doute pour pouvoir passer au travers de la surveillance mise en place par Ombrage sur le Réseau de poudre de cheminette. Fascinée, Emilie resta à observer sur le seuil de la porte.
Les hautes flammes, d'un violent jaune orangé, changèrent brusquement de nature et s'apaisèrent en prenant la teinte verdâtre caractéristique. Une main appuyée sur le manteau de la cheminée, penché vers les flammes, Snape cria à plusieurs reprises le nom de « Black » d'une voix tranchante. Au bout de quelques minutes, la tête d'un Sirius Black clairement mécontent, se dessina dans les braises.
« Que veux-tu, Servilus ?
-Black, comment se fait-il que Potter n'ait pas réussi à te joindre tout à l'heure ? siffla dangereusement Snape.
-Me joindre ? Comment ? demanda Black sur ses gardes.
-En s'introduisant par effraction dans le bureau d'Ombrage et en utilisant sa cheminée il y a moins d'une heure ! hurla Snape, hors de lui.
-Où est Harry, Servilus ? » formula Black avec tout l'arrogance dont il était capable.
Snape ne répondit pas et coupa la connexion. Lorsqu'il se retourna, il sentit sur lui le regard d'Emilie qui se tenait toujours devant la porte de sa chambre et avait à l'évidence tout entendu.
« Reste ici et ne t'éloigne sous aucun prétexte. »
Emilie se contenta de hocher la tête. Elle n'arrivait pas à comprendre pourquoi son père avait paru si anxieux de contacter Black, pour finalement ne rien lui dire, mais elle mourrait de curiosité.
Survolant du regard les quelques meubles de la pièce, les yeux du professeur de Potions s'arrêtèrent sur un manteau déposé sur l'un des bras du divan. Snape s'en approcha en deux longues enjambées et sortit précipitamment, l'inquiétude gravée sur son visage.
Parcourant les couloirs aussi vite que ses longues jambes pouvaient le lui permettre sans pour autant courir, il avait jeté un Reducto sur le manteau qu'il avait attrapé en partant et l'avait fourré dans l'une des poches de sa robe dont le tissu volait derrière son dos avec un effet dramatique fort satisfaisant, si toutefois Snape avait été d'humeur à s'en apercevoir.
Lorsqu'il avait quitté le bureau d'Ombrage avec des pulsions meurtrières dirigées envers plusieurs personnes de l'assistance, et en tout premier lieu Potter pour être si évident, la situation avait atteint un statu quo grotesque avec une directrice manifestement en train de perdre l'esprit et les imbéciles boutonneux de sa Brigade inquisitoriale tenant à leur merci quelques membres éminents de ce qui avait été l'Armée de Dumbledore. La phase « codée » de Potter, en y repensant Snape renifla dédaigneusement, avait semé un début de panique dans son esprit, mais une panique uniquement dirigée envers l'Ordre du Phœnix. Il avait craint en effet, le temps de contacter Black, que leur organisation n'ait été percée à jour, anéantie, et que son propre rôle n'ait été découvert par la même occasion. Rassuré sur ce point, l'esprit du Maître des Potions s'était tout de suite attelé à la conséquence logique de ce quiproquo et en était arrivé très vite à la conclusion que Potter était manipulé. Pire que le démantèlement de l'Ordre du Phœnix, la perspective d'un Potter trompé par le Seigneur des Ténèbres suffisait à générer une véritable peur chez l'espion pourtant habitué à faire face aux plus graves situations.
« Il est au Ministère, il a Patmol ». Snape grinça des dents : si Drago Malefoy n'avait pas compris que Potter prévenait Snape d'une possible action du Seigneur des Ténèbres et n'avertissait pas son père, le professeur jurait d'aller en personne déposer un cierge devant la statue de saint Georges. Son recours à de vieilles superstitions moldues enracinées dans son esprit quand il n'était encore qu'un enfant, montrait l'ampleur du trouble qui s'était emparé de lui.
Parvenu devant le bureau d'Ombrage, Snape se retint de l'ouvrir d'un coup de pied mais força son visage à prendre une expression presque obséquieuse avant de frapper. Devant le l'absence de réponse, il tourna la poignée et ne trouva qu'une pièce déserte, portant quelques traces de la lutte qui s'y était déroulée plusieurs dizaines de minutes auparavant. Jurant intérieurement, Snape sortit et partit en toute hâte en direction des cachots, vérifiant sur son chemin qu'il ne croisait personne ayant assisté à la scène de tout à l'heure.
L'arrivée d'un Severus Snape manifestement de mauvaise humeur jeta un froid dans la salle commune des Slytherins. Leur chef de maison ne s'embarrassa pas de politesses mais ordonna en aboyant presque à un troisième année, dont le seul tort était de se trouver sur son chemin, d'aller chercher Drago Malefoy.
Dès qu'il aperçut le jeune homme aux cheveux blonds sortant des dortoirs des garçons, Snape tourna des talons et lui enjoignit de le suivre dans son bureau.
« Où sont les autres ?
-Les autres ? répéta Malefoy un instant sans comprendre.
-Ceux qui étaient avec vous pour ce petit raout dans le bureau de la directrice, Drago ! » soupira Snape en plissant les yeux.
Le visage de Malefoy se détendit et il expliqua :
« Ombrage est partie avec Potter et Granger et nous a demandé de relâcher les autres, mais Rusard leur donnera une retenue, ajouta après coup Malefoy avec un sourire mauvais qui s'évanouit cependant lorsqu'il vit le regard froid du professeur le fixer sans ciller.
-Où est partie madame Ombrage ? », demanda Snape dans un murmure.
Malefoy se racla la gorge et répondit :
« Je ne sais pas. Granger a parlé d'une arme secrète que seule elle et Potter connaissent et ils sont partis. »
Snape le regarda, incrédule :
« Une arme secrète ? Laquelle ?
-Elle n'a rien voulu dire. »
Malefoy se balança d'un pied sur l'autre et déglutit, sentant que la réponse était loin de satisfaire son chef de maison. Snape s'approcha, toisa l'élève debout devant lui et chuchota avec mépris :
« Elle bluffait, Drago. C'est l'une des plus anciennes tactiques employées pour gagner du temps et un Slytherin s'y est laissé prendre. »
Tandis que Snape se détournait et s'apprêtait à ordonner à Malefoy de quitter les lieux, le jeune homme s'enhardit et posa la question qui lui brûlait des lèvres :
« Pourquoi Potter vous a-t-il prévenu de ce qui se passe au Ministère de la Magie ? »
Snape se retourna lentement et répondit, son visage plus inexpressif que jamais, avant de le congédier :
« Parce qu'on lui a dit de me faire confiance, Drago, et parce que je dois faire en sorte que tout se déroule comme prévu ».
Déterminé à épuiser toutes les possibilités avant d'agir, Snape se lança à l'assaut des escaliers menant à la tour de Gryffondor. Après un bref mais intense concours de regards meurtriers avec la Grosse Dame gardant l'entrée, le Maître des Potions fit une entrée grandiose dans la salle commune où plusieurs dizaines d'élèves étaient encore en train de commenter l'exploit des Weasley en attendant d'aller dîner.
Les professeurs avaient naturellement accès à tous les quartiers abritant les élèves, mais il était rarissime que vienne un enseignant autre que le chef de maison. Flitwick avait fait un bref passage la veille au soir en raison de l'absence de McGonagall, mais l'arrivée du chef des Slytherins était si inattendue que les adolescents en restèrent pétrifiés tandis que ceux qui étaient dans les dortoirs arrivaient, intrigués par le silence soudain.
Promenant un regard menaçant devant lui, Snape ne put discerner la présence des membres du Golden Trio, ni de Londubat d'ailleurs, mais avisa les jumeaux Weasley qui s'étaient arrangés pour se placer devant une table basse dont le plateau paraissait recouvert d'un monceau de papiers brillants suspects.
« Weasley et Weasley, énonça Snape en laissant trainer sa voix sur les voyelles avec un petit sourire méprisant : suivez-moi ».
Une fois dehors, à l'abri d'un Mufliato lancé silencieusement (le Maître des Potions n'était pas assez idiot pour donner l'incantation et les mouvements de baguette aux pires agitateurs de l'école), le visage de Snape reprit son aspect inexpressif :
« Où sont Potter, Granger et votre frère ? »
Les jumeaux se regardèrent et firent face au professeur :
« Aucune idée, dit l'un des deux, tandis que l'autre continuait :
-Nous ne les avons pas vus cet après-midi, mais il y avait les examens… »
Snape pinça les lèvres et leur adressa un regard qui se voulait excédé :
« Je vais reformuler ma question : les avez-vous vus après votre petite… démonstration ? Ils ont été arrêtés chez la directrice après avoir tenté d'utiliser sa cheminée pour contacter quelqu'un à l'extérieur de Poudlard », ajouta Snape espérant que même des Gryffondors comprendraient l'allusion.
Cette fois-ci, Fred et Georges perdirent leur air moqueur et se contentèrent de secouer la tête, tandis que Snape repartait en direction des cachots.
