Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.
Chapitre 33
La porte se referma avec un bruit sourd et Emilie passa la tête dans l'encadrement de la porte de sa chambre. Depuis une heure, elle attendait patiemment mais pensait que Snape avait dû partir, étant donné qu'il avait pris la précaution de prendre son manteau. Elle s'était trompée et attendait d'avoir quelques éléments de réponse sur ce qui l'avait mis dans un tel état quelque temps auparavant.
Son père s'était dirigé tout de suite vers le laboratoire et Emilie avança tranquillement, l'air de rien, vers la porte ouverte. Elle n'était pas arrivée à un mètre de l'entrée qu'elle entendit une voix grave déclarer :
« La curiosité est un vilain défaut. Je préfèrerais que tu n'entres pas, Emilie.
-D'accord », répondit la jeune fille qui choisit cependant de rester à l'endroit où elle se trouvait, d'où elle avait une vue partielle sur le laboratoire.
Snape devait se trouver sur la droite, près d'une table qui lui était cachée par un pan du mur du salon. Elle le vit soudain se diriger d'un pas décidé vers le fond du laboratoire qui abritait la réserve personnelle du Maître des Potions. Quand il revint, il tenait une grosse jarre de terre cuite contre sa poitrine et un pot de faïence dans la main droite. Snape soupira en la voyant l'observer mais ne dit rien et se dirigea vers la table derrière laquelle il se tenait auparavant. Emilie ne pouvait plus se fier qu'à son ouïe et à son odorat, quand elle perçut l'odeur désagréable mais caractéristique d'un produit pétrolifère. Bientôt, elle entendit la voix de Snape s'élever pour lancer plusieurs incantations et sentit le froid et la puissance familière de la Magie noire. Après plusieurs minutes de silence, Snape énonça clairement les noms, à quelques secondes d'intervalle, d'Harry Potter, de Ron Weasley et d'Hermione Granger. Plus un bruit n'émanait du laboratoire, mais sans être très futé et en prenant en compte la scène de l'heure précédente, il semblait évident qu'il avait tenté de localiser les trois personnes qu'il avait nommées.
Quelque temps après, Snape émergea de la pièce et regarda sa fille durant quelques instants avant de parler, visiblement fatigué :
« Il vaut mieux ne pas toucher à la Magie noire, mais il est parfois impératif de l'utiliser. Il n'appartient qu'au sorcier qui l'emploie de s'en servir pour nuire ou pour un autre but, moins… nocif ».
Emilie hocha la tête et essaya d'obtenir des explications, profitant de l'humeur relativement communicative de son père :
« Ils ont disparu ? »
Snape fronça les sourcils sans la quitter des yeux, avant de détendre les traits de son visage et de répondre :
« Oui. Potter a encore une fois voulu ne s'en remettre qu'à lui-même et est selon toute probabilité en train de se diriger droit dans un piège. Pour autant que je sache, cet imbécile y entraine aussi Granger et Weasley ! » ajouta-t-il d'un ton mordant.
Snape passa une main sur son visage et sembla prendre une décision :
« Je renouvelle mes consignes : tu restes là. Je risque d'être absent longtemps, mais quoi qu'il arrive ne tentes rien. »
Devant l'air interrogateur de sa fille, Snape se borna à secouer la tête en la regardant sévèrement, puis se débarrassa de sa robe, récupéra son manteau et repartit en fermant la porte derrière lui avec soin. Vingt minutes après, l'homme en noir atteignait les grilles de Poudlard et disparaissait.
ooooo
« Qu'est-ce que tu fais là, Servilus ? » cracha Black en sortant de ce qui avait certainement été un salon du temps de la splendeur de la « noble famille Black ».
Snape pinça le haut de son nez, prit une profonde inspiration, nota avec dégoût l'aspect négligé du propriétaire de la maison et aperçut avec soulagement Remus Lupin arriver de la cuisine.
« Je suppose que Potter n'est pas là ? » insinua Snape dédaigneusement.
Remus Lupin intervint avant que son ami ait eu le temps de recouvrer ses esprits :
« Pourquoi Harry serait-il là, Severus ? » demanda-t-il calmement mais d'une voix où perçait l'inquiétude.
Le Maître des Potions examina avec une certaine pitié l'éphémère professeur de Défense contre les Forces du mal qui soutint son regard. Lupin, en bras de chemise, avait l'air plus mort que vif, les yeux cernés de noir. Snape savait, ayant réalisé la potion Tue-loup quelques jours auparavant, que la pleine lune était tout juste révolue. Si la potion ôtait son agressivité au loup-garou, la transformation en revanche restait physiquement très éprouvante.
« Severus ! » appela Lupin.
Snape reprit pied dans la réalité, réalisant qu'il venait sans doute de rater une partie de la conversation : Black avait les yeux qui lançaient des éclairs et le Maître des Potions songea avec mépris que l'homme semblait presque avoir l'écume aux lèvres, comme le chien qui était sa forme d'Animagus. Il n'y pouvait rien : il haïrait Black sans doute jusqu'à la fin de ses jours.
Refusant de perdre son temps et son calme, Snape choisit de s'adresser uniquement à Lupin.
« Lupin, il faut que tu contactes Dumbledore. Tout de suite, ajouta-t-il en voyant l'absence de réaction du loup-garou.
-Et pourquoi donc, Servilus ? Pour que tu préviennes tes petits camarades ? insinua Black avec un éclair mauvais dans le regard.
-Pour que j'essaye, une fois encore, de sauver ce qui peut l'être pendant que tu te contentes de rester à ne rien faire et de m'insulter ! rétorqua l'homme en noir en relevant le menton et en élevant la voix.
-Retournes à tes potions, Servilus, c'est encore ce que tu sais faire de mieux, hein ? Te terrer dans tes cachots sombres et humides en attendant de connaître le vainqueur pour aller te trainer à ses pieds, lâ… »
Black n'eut pas le temps d'achever sa phrase, Snape ayant sorti sa baguette et en ayant pointé le bout sur sa jugulaire.
« Cela suffit, chien, siffla le Maître des Potions qui abaissa sa baguette et chercha des yeux le témoin de la scène pour ajouter rapidement : Lupin, contacte Dumbledore immédiatement. Potter à disparu et je sais où il est, mais nous n'avons plus de temps à perdre. »
Devant l'indécision du loup-garou et les signes de défiance que lui adressait son ami, Snape saisit son bras et le secoua avec violence :
« Maintenant, Lupin ! Ou préfères-tu que le Seigneur des Ténèbres trouve Potter avant ? »
La question eut le mérite d'inciter Lupin à bouger mais Black se jeta sur le Maître des Potions en criant :
« Ne l'écoute pas, il ment ! Où est Harry, Servilus ? Est-ce toi qui l'as livré à Voldemort ? »
Snape se dégagea, plaqua violemment Sirius Black contre le mur et lui tordit le bras :
« Si le Seigneur des Ténèbres capture Potter, tu ne pourras que blâmer ta propre folie, Black, gronda Snape : qui à enjoint à Potter à ne pas écouter ses aînés ? Qui lui a pourri l'esprit avec des contes sur son père et la gloire des Maraudeurs ? Qui lui a répété qu'il ne pouvait pas me faire confiance ? Qui…
-Ça suffit, Severus ! »
Remus Lupin posa sa main sur l'épaule de Snape qui recula brutalement comme s'il avait été brûlé et le regarda avec une expression difficile à déchiffrer. Peu à peu, sa respiration se calma et il fixa sérieusement le visage de Lupin, excluant Black de son champ de vision.
« Le Seigneur des Ténèbres a un lien avec l'esprit de Potter et l'utilise pour lui envoyer des visions, vraies ou fausses.
-Arthur Weasley, dit Lupin en hochant la tête.
-Oui, acquiesça Snape qui reprit en coulant un regard haineux vers Black : cependant, Potter a nié avoir eu d'autres visions, mais je sais qu'il a continué d'en recevoir. Cet après-midi Potter et ses petits amis ont fait irruption dans le bureau d'Ombrage pour utiliser sa cheminée afin de contacter Black. Ces imbéciles se sont fait prendre, mais Potter a cru bon de m'avertir que le Seigneur des Ténèbres avait « Patmol ».
A ces mots, Black dévisagea le Maître des Potions d'un air incrédule.
« Où étais-tu, Black, quand il a essayé de te contacter ? »
L'homme aux cheveux bouclés haussa les épaules, puis fronça les sourcils et hurla :
« Kreattur ! »
Un Elfe malpropre et décrépit, à l'expression pleine de rancœur, apparut et déclama en s'inclinant, d'un ton emprunt de fausse sollicitude :
« Kreattur vit pour servir la noble maison des Black. Que désire le maître ? »
Sirius Black se jeta sur la créature et la secoua en passant une main autour de son long cou maigre :
« Quels Black sers-tu, Kreattur ? Moi, Sirius, ou ma folle cousine ? As-tu parlé à Harry aujourd'hui ? devant le silence maléfique de l'Elfe, Sirius Black hurla de nouveau : réponds, je te l'ordonne ! As-tu…
-Oui, maître, répondit Kreattur obséquieusement : le Sang-mêlé Harry Potter a parlé à Kreattur dans la cuisine et a demandé à parler au maître. Kreattur lui a répondu que le maître n'était pas là », acheva l'Elfe avec un sourire mauvais.
Black allait frapper l'Elfe quand une main pâle l'arrêta et une voix grave murmura :
« Impero. Kreattur ne parlera à personne de la conversation de ce soir. Kreattur n'a vu que Sirius Black et Remus Lupin ici ce soir. »
Black laissa partir l'Elfe et se retourna vers Snape, momentanément muet. Le Maître des Potions s'adressa de nouveau à Lupin :
« Contacte Dumbledore tout de suite. Il doit avertir Kingsley et les autres de se tenir prêts et envoyer les meilleurs de leurs rangs au Ministère de la Magie.
-Où, Severus ?
-Si l'attaque contre Arthur il y a quelques mois avait la moindre signification, il y a des chances pour qu'il soit au Département des Mystères, soupira Snape qui ajouta : Potter est certainement accompagné de Weasley et Granger. Il conclut d'un air las : ils sont probablement attendus. »
ooooo
Debout dans un coin sombre de la cuisine, Severus Snape attendait. A quelques mètres de lui, ses deux anciens ennemis, Sirius Black et Remus Lupin, étaient assis à la table, le loup-garou buvant un café dans une tentative puérile de conserver un semblant de normalité à la situation.
Black fixait un point au loin devant lui, les mains à plat sur la table. L'ancien joli cœur de Poudlard avait été brisé par son emprisonnement à Azkaban. S'il n'avait pas été aussi aveuglé par la haine, Snape aurait pu en ressentir de la pitié, ayant lui aussi avant son procès fait un court séjour dans la prison, le cœur glacé par la proximité des Détraqueurs. Cependant, la réalisation que Black resterait à jamais un adolescent attardé, trop irresponsable à son avis pour se voir confier la garde de Potter, ne faisait qu'attiser son mépris. Qu'il se sente lui-même toujours prisonnier de ses propres tourments adolescents et des conséquences de ses choix irréfléchis, n'infléchissait en rien le dégoût qu'il ressentait face à son ancien ennemi.
Lupin releva la tête en direction de Snape et désigna sa tasse. Snape se contenta de secouer la tête : jamais il ne s'assiérait à côté de Black, à sa table. Le Maître des Potions observa Lupin à son tour. Le loup-garou avait curieusement réussi à gagner son respect, même si, ayant une longue mémoire et un côté rancunier assez développé, il ne pouvait oublier la passivité dont le loup-garou avait fait preuve lorsque ses amis s'étaient complus à faire de sa vie un enfer. Sa lycanthropie lui avait interdit d'avoir une vie confortable ou une vie de famille. Peu d'employeurs en effet se risquaient à faire confiance à un loup-garou et il devait cacher son état pour décrocher une place. La gratitude que Lupin lui manifestait à chaque fois qu'il lui apportait la potion Tue-loup le mettait à la fois mal à l'aise et lui faisait chaud au cœur. Mal à l'aise, parce que l'initiative ne venait pas de Snape et qu'il agissait sur l'ordre de Dumbledore. Chaud au cœur, parce que Lupin était l'une des très rares personnes qui le remerciât quand tout le monde prenait ses potions comme un dû.
Snape soupira et appuya son dos contre le mur froid. Plus de quinze ans après, ce n'était plus Lupin qu'il craignait, mais Black. Que douze ans passés à croupir à Azkaban pour un crime qu'il n'avait pas commis ne lui ait laissé qu'un désir de vengeance était compréhensible. Ce qui l'était moins, c'était la confiance aveugle que continuait à lui manifester Dumbledore alors que l'homme était à l'évidence instable.
Le Maître des Potions ne pouvait s'empêcher de ressentir un sentiment de catastrophe imminente et n'osait pas quitter des yeux son ancien ennemi. S'il jugeait correctement l'attitude de Lupin, celui-ci aussi se méfiait. Il devait reconnaître que Lupin était ce que la plupart des gens désignaient comme « quelqu'un de bien ». Intègre. Réfléchi. Conscient des conséquences de ses actes. Au fond de son cœur, bien caché derrière toutes les couches successives de vêtements noirs, Severus Snape regrettait à présent que sa rancœur, son désir de vengeance et les vestiges de sa peur viscérale à l'égard du loup-garou l'aient conduit à orchestrer son licenciement. Lupin avait été un bon professeur et (Snape grimaça intérieurement) avait exercé une influence bienvenue sur Potter. Malheureusement, Black avait réussi à détruire en quelques visites la confiance que Lupin avait mis des mois à bâtir.
Un mouvement soudain ramena Snape brutalement à la réalité. Black venait de se lever et allait quitter la pièce, retenu par Lupin qui avait attrapé l'un de ses bras :
« Laisse-moi, Remus !
-Où vas-tu Sirius ? » demanda sévèrement l'homme aux cheveux châtains qui, à la lumière blafarde des ampoules électriques, semblait à bout de forces.
Black soupira, se dégagea et répondit à voix basse :
« Marcher un peu : je n'en peux plus, Remus ».
Lupin et Snape échangèrent des regards inquiets et le Maître des Potions fit signe à son compagnon de suivre Black. Quand Lupin fut sorti de la pièce, Snape quitta le coin où il avait passé les trois dernières heures et se dirigea silencieusement vers l'évier près duquel se trouvait un pot de café. Frottant ses bras, puis pliant une jambe après l'autre pour rétablir la circulation sanguine, il prit un mug ébréché et y versa le café bien fort et encore chaud, grâce à un sort de préservation. L'arôme du liquide suffit à lui donner le sentiment d'un surcroit d'énergie. Snape avala lentement le café, savourant chaque gorgée et en tirant une chaleur bienvenue : malgré sa lourde veste descendant aux genoux et son épais manteau, l'espion était transi.
Pas un bruit ne troublait le silence de la maison abandonnée. Snape esquissa de nouveau la comparaison avec un tombeau : voilà ce que représentait à ses yeux le 12 place Grimmaurd. Le sépulcre d'une génération, décimée par la première guerre contre Voldemort, n'abritant plus que trois morts-vivants toujours prisonniers de leur adolescence. Et un Elfe, mais Kreattur ne comptait pas : il avait été oublié par la mort.
Le silence commençait à jouer des tours à ses nerfs à vif : lui qui se savait capable de patienter des heures, des jours, des semaines ou des mois durant avant d'obtenir une information ou de mettre en œuvre un plan compliqué se sentait tout d'un coup oppressé par le silence qui était descendu sur l'ancienne cuisine. Aucun bruit de conversation ne lui parvenait et Snape se demanda si Black avait finit par aller dormir ou s'il était parti chercher consolation dans une bouteille d'alcool. Où était Lupin ?
Tous ses instincts subitement en alerte, Snape sortit en courant de la cuisine et jeta un Lumos d'une voix rauque en direction d'une applique solitaire, fixée sur le mur du couloir plongé dans la pénombre. Allongé par terre, les yeux fermés et le corps rigide, Remus Lupin faisait face à l'entrée dont les sortilèges protecteurs avaient été désamorcés.
