Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.
Chapitre 34
Un Enervo avait suffit à faire reprendre conscience à Lupin qui n'eut pas le temps d'articuler un mot, immédiatement trainé en direction de la bibliothèque par un Snape fou de rage qui avait abandonné temporairement son vocabulaire châtié pour débiter les pires grossièretés qu'il connaissait et qui le laissa tomber sur le tapis râpé devant la cheminée en lui ordonnant de contacter Dumbledore.
L'espion maudit encore une fois l'organisation de l'Ordre du Phœnix qui concentrait toutes les informations et tous les moyens de contact entre les mains manipulatrices de Dumbledore. Personne ne savait, pas même Minerva McGonagall, où se trouvait le directeur depuis sa disparition spectaculaire en avril. Personne, sauf Remus Lupin. Seul Dumbledore avait la possibilité de contacter les autres membres du groupe : pour des raisons évidentes de sécurité, la plupart des membres ignoraient l'identité de leurs complices. Personne ne connaissait le rôle de Severus Snape en dehors du noyau dur de l'Ordre du Phœnix et l'espion n'avait pas la possibilité de contacter directement quiconque. Quand le directeur avait quitté Poudlard, Snape s'était retrouvé totalement isolé, redoutant la moindre action d'envergure des Mangemorts qu'il aurait sans doute été incapable de prévenir à temps.
Lupin semblait enfin avoir réussi à établir une communication entre la place Grimmaurd et l'endroit où se cachait le vieux sorcier. Le visage inquiet d'Albus Dumbledore apparut dans les flammes et Snape poussa Lupin sur le côté sans ménagement :
« Albus, Black s'est échappé ! »
Le choc paraissait avoir ôté la parole au vieil homme dont les yeux s'écarquillèrent à mesure qu'il envisageait les conséquences de ce qu'il venait d'apprendre.
« Où en est l'opération ? interrogea Snape d'une voix pressante.
-Sirius sait-il où se trouve Harry ? »
Snape hocha la tête d'un mouvement sec, faisant tomber plusieurs mèches de cheveux devant ses yeux. Son visage n'était plus qu'un masque crispé et il répéta sa question :
« Où en est l'opération ?
-Les Aurors cernent le Ministère, ils ne peuvent s'échapper.
-C'est trop tard, Albus ! cria Snape : si Black a réussi à pénétrer dans le bâtiment, il deviendra l'appât idéal et Potter se livrera de lui-même au Seigneur des Ténèbres ! »
La conversation s'interrompit, aucun des deux interlocuteurs ne paraissant avoir de solution à proposer. Lupin tourna la tête vers Snape, surpris de l'entendre respirer bruyamment : pour la première fois l'homme semblait incapable de dissimuler efficacement ses émotions et ses yeux n'exprimaient plus qu'un terrible désespoir. Sa décision prise, Lupin prit la parole :
« Albus, il faut contacter Tonks, Maugrey et Kingsley. Dites-leur que nous nous retrouverons d'ici dix minutes à l'entrée des visiteurs. Il faut que les Aurors qui ont pris position autour du Ministère nous laissent passer. Harry et Sirius m'écouteront. »
Dumbledore hocha la tête :
« Dix minutes, Remus ».
Remus Lupin se retourna et saisit sa veste, abandonnée au début de la journée sur le dossier d'un fauteuil. Snape n'avait pas dit un mot, mais restait planté devant la cheminée, les bras croisés sur sa poitrine et son visage de nouveau inexpressif en partie dissimulé par les longues mèches de cheveux noir corbeau qui pendaient mollement sur son front et le long de ses joues. Lupin marqua un temps d'arrêt et vit l'homme en noir prendre un objet dans sa poche puis l'entendit murmurer un Engorgio.
« Potion de renouvellement d'énergie. La version la plus forte. Tu auras environ deux heures, mais tu as intérêt à trouver un endroit où te reposer rapidement car la baisse de tension sera très brutale. »
Lupin remercia le Maître des Potions, prit le flacon et avala la potion d'un beau vert amande sans se poser de questions avant de gagner la sortie en courant.
Snape attendit encore quelques minutes, alla récupérer son manteau, appliqua un charme sur son visage et transforma ses vêtements noirs en un complet gris avant de sortir discrètement de la maison, de réapposer rapidement les sortilèges de protection sur la porte et de se diriger avec calme vers le métro à deux rues de là en longeant les murs. Sûr de ne pas avoir été suivi, l'espion apparut dans un chemin désert du Dorset, puis à proximité de Christ College à Oxford, près des voies ferrées menant à la gare du Pré-au-Lard et enfin, avec son habituel uniforme noir, à l'extérieur des grilles de Poudlard.
ooooo
Snape posa son manteau sur une chaise et déboutonna lentement sa veste avant de se laisser tomber sur le divan, les coudes sur les genoux et la tête entre les mains. Un léger bruit derrière lui finit par attirer son attention : le Maître des Potions tourna la tête et entrevit Emilie dans l'encadrement de la porte menant à sa chambre. Snape fronça les sourcils, puis ouvrit la bouche pour lui demander pourquoi elle n'avait pas regagné son dortoir quand il se rappela lui avoir donné l'ordre de ne pas bouger. Depuis combien de temps attendait-elle, au juste ? Il avait perdu toute notion du temps. Renonçant à parler, il ferma la bouche et se détourna, fixant d'un air morne le sol dallé en avant de la cheminée. Le timbre de la pendule sonna bientôt. Il était 22 heures. Il ne restait plus à l'espion qu'à attendre que Dumbledore daigne l'avertir que tout était perdu ou… pas.
Emilie avait attendu pendant des heures, d'abord dans sa chambre, bondissant au moindre bruit au cas où il se fut agit de la porte d'entrée, puis dans le salon en allant d'étagère en étagère, de chaise en chaise, pour finalement retourner dans sa chambre. Elle ignorait ce qui s'était réellement passé, comment Potter et ses amis avaient bien pu quitter Poudlard, mais elle savait que son père n'était pas le genre d'homme à paniquer sans raison. Et malgré le contrôle admirable qu'il avait exercé sur ses traits, Emilie savait que l'anxiété qui le rongeait aurait poussé n'importe qui d'autre à se ronger les ongles, se torde les poignets ou encore à faire les cents pas.
Quand elle avait enfin entendu la porte s'ouvrir, elle n'avait pas réagi tout de suite, mais s'était dirigée lentement vers le salon, inquiète de l'accueil que lui réserverait Snape en découvrant qu'elle l'avait manifestement attendu. De façon absurde, elle nota qu'il portait une chemise d'un blanc presque éblouissant par rapport au noir de son pantalon et de sa veste. Extrêmement pudique, Snape n'était pas du genre à se promener devant qui que ce soit en bras de chemise ou, pire, en pyjama. Lorsqu'il rentrait dans ses appartements, il ôtait sa robe et dénouait généralement les boutons supérieurs de sa veste. S'il allait travailler à ses potions, il se débarrassait de sa veste trop ajustée mais enfilait une robe défraichie qui lui permettait d'éviter de se salir et constituait une sorte d'armure le protégeant du monde extérieur. Voir son père assis avec cette simple chemise fripée, les épaules rentrées alors qu'il se tenait d'habitude le plus droit possible, suffisait à confirmer que ce qui c'était passé aujourd'hui était extrêmement grave et elle se sentit gagnée par l'appréhension.
Emilie n'osait pas bouger. Elle ne savait pas combien de temps s'était écoulé depuis le retour de son père. Cinq minutes ? Dix minutes ? Une heure ? Snape ne bougeait pas, prostré devant la cheminée où les braises restaient désespérément rouges. Elle fit porter son poids sur sa jambe gauche, soulageant l'autre. Le léger mouvement suffit, semble-t-il, à tirer Snape de sa torpeur.
« Tu devrais aller te coucher, Emilie » fit-il d'une voix lasse.
Emilie ne bougea pas et son père se tourna vers elle en se laissant aller contre le dossier du divan :
« Emilie… »
La jeune fille fit un pas vers le salon et respira profondément :
« Je peux te faire du thé et commander à manger »
Snape secoua la tête et remua une longue main pâle en signe de dénégation, mais elle n'en tint pas compte et appela un Elfe qui disparut en promettant de revenir avec de la soupe bien chaude et des sandwiches. Ignorant les sourcils froncés de son père, elle alla chercher une théière et du thé dans un placard situé au bas d'une étagère et partit préparer du thé dans le laboratoire.
Quand elle revint, Snape était en train de manger une soupe aux légumes avec avidité et ne leva que brièvement les yeux vers elle. Profitant du plateau déposé par l'Elfe, Emilie se servit un petit sandwich au thon et put enfin apaiser sa faim : dans son inquiétude, elle n'avait pas pensé à se restaurer. La voyant manger elle aussi, son père l'examina et secoua légèrement la tête d'un air désapprobateur. Sa fille se contenta de le regarder en haussant les épaules, prête à braver les remontrances : ce n'était pas un homme clairement affamé qui allait pouvoir lui faire la leçon. Petit à petit Snape paraissait reprendre des forces : ses gestes étaient plus sûrs, ses yeux avaient retrouvé leur éclat perçant, mais son visage était marqué, les rides plus prononcées que jamais sur la peau blême.
Une demi-heure plus tard, des flammes vertes s'élancèrent dans la cheminée et un visage qu'Emilie n'eut pas le temps d'identifier se dessina dans le foyer. Snape bondit, prit le bras de sa fille et l'entraina vers sa chambre en lui ordonnant de fermer la porte et en jetant un Silencio sur la pièce.
« Harry est sain et sauf, Severus ».
Soupirant de soulagement, Snape s'appuya à l'un des montants de la cheminée et se prépara à écouter le récit de Lupin.
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Il ne savait pas s'il devait être soulagé ou s'il devait se lamenter sur le désastre absolu qu'avait été cette expédition au Ministère de la Magie. Que ces imbéciles, Potter en tête, s'en soient sortis était presque miraculeux. Snape se sentit de nouveau en proie à la colère : Granger, Weasley frère et sœur, cette écervelée de Lovegood et Londubat. Merlin ! Londubat ! Un garçon aussi susceptible de se casser la figure tout seul que d'annihiler la moitié de la planète avec une simple potion contre le rhume, et aussi naturellement combattif qu'un salsifis ! Comment Potter avait-il pu les entrainer là-dedans ? Granger avait été assez gravement blessée et Snape attendait d'avoir un diagnostic définitif pour commencer à préparer les potions qu'elle devrait prendre. Qu'avaient-ils donc dans la tête : pensaient-ils vraiment que la magie pouvait « réparer » un être humain comme une voiture ? Snape résista à l'envie de se servir un Firewhisky et s'assit à son bureau, la tête dans les mains.
Il se sentait étrangement vide et dépourvu d'émotions. Pourtant, ceux qui pensaient que le Maître des Potions était un être froid et incapable de ressentir quoi que ce soit se trompaient lourdement. L'Occlumencie était seul le moyen efficace d'enfouir ce que l'on ressentait pour garder un esprit clair, et surtout pour ne pas être trahi par ses pensées. En toute logique, pensait l'espion en essayant d'analyser cette étonnante absence de sentiments, il aurait dû ressentir du soulagement et, soyons honnête, même de la joie. Sirius Black était mort. L'enfant, l'adolescent, l'homme qui l'avait tourmenté presque sans répit pendant les deux-tiers de sa vie avait disparu pour de bon.
Sans prévenir, les souvenirs se bousculèrent tout d'un coup dans son esprit : Black se moquant de lui en le voyant pleurer en arrivant à Poudlard, avant même de connaître son nom, raillant ses vêtements usés et dépareillés, trop grands ou trop petits mais jamais à sa taille. Black prenant un malin plaisir à lui lancer des sortilèges au détour d'un couloir, inconscient de ce que son souffre-douleur était en train de se forger une résolution de fer et de compulser fiévreusement tous les livres de sortilèges plus ou moins douteux sur lesquels il arrivait à poser les mains. Black et Potter bientôt rejoints par Pettigrow. Lupin, toujours un peu à l'écart, ne se mouillant pas les mains mais n'intervenant jamais. Et puis Black l'attirant dans le souterrain du Saule cogneur. Black… Snape soupira et ferma les yeux. Non, il n'était pas heureux de la mort de son ennemi. Il ressentait presque… du regret. De son adolescence, qui restait-il ? Regulus Black avait disparu, probablement mort en voulant échapper à son serment envers le Seigneur des Ténèbres. Rosier, mort. Mulciber lui donnait désormais la nausée. Bellatrix était folle à lier. Potter et Black étaient morts. Pettigrow n'était qu'un salaud qui se trainait dans l'ombre de ceux qui étaient plus forts que lui en grappillant des miettes. Lily…
Snape se releva brusquement, faisant presque tomber sa chaise et commença à faire les cent pas. Selon Lupin, Dumbledore devait rentrer à Poudlard avec Potter. Les autres avaient été envoyés en avant. L'arrivée de Tonks, Lupin et Maugrey au Ministère dans le sillage de Black avait eu pour conséquence de fournir des témoins embarrassants. Bellatrix, Dolokhov et Greyback étaient déjà des fugitifs, aussi, leur statut ne changerait pas. Malefoy, en revanche, était perdu.
Snape s'arrêta et fronça les sourcils : le désastre pour l'Ordre du Phœnix était aussi un fiasco pour le Seigneur des Ténèbres qui s'était impliqué en personne dans un plan mis en œuvre par Malefoy. On allait chercher des personnes à blâmer : Malefoy, évidemment, mais son arrestation n'était qu'une question d'heures. Snape avait été tenu à l'écart de l'opération, mais un minimum d'esprit de déduction pourrait suffire à comprendre qu'il était aux premières loges pour connaître la disparition de Potter et pour prévenir l'Ordre du Phœnix. « Il est au Ministère, il a Patmol » : crétin ! hurla mentalement l'espion en passant ses mains sur son visage, comme pour chasser ses appréhensions. L'horloge sonna discrètement la demie de 23 heures.
La douleur le prit par surprise et il lâcha sa tasse de thé qui alla se fracasser par terre en envoyant des morceaux de porcelaine un peu partout. Marmonnant quelques insultes bien senties, l'espion boutonna sa veste, érigea le plus fort bouclier qu'il put maîtriser autour de son esprit et alla chercher en hâte le lourd manteau et le masque signifiant son allégeance. De retour dans le salon, il remarqua la lumière filtrant depuis la chambre de sa fille et lança à travers la porte après avoir frappé trois coups secs :
« Couche-toi, Emilie. Ne m'attends pas. »
Sautant du lit où elle était assise depuis plus d'une heure, la jeune fille courut à la porte, mais quand elle l'ouvrit, Snape était déjà parti. Un pied baignant dans un liquide répandu par terre, Emilie découvrit les restes d'une tasse éparpillés sur le sol dallé et le tapis. Un Evanesco débarrassa le sol du thé et un Reparo rendit à la tasse son intégrité, sans pouvoir ôter de l'atmosphère une lourde impression de menace.
