Bonjour,

Me voilà de retour après une absence prolongée pour cause de boulot scolaire (sigghhh … enfin, ça y est, c'est fini !!!).

J'espère que ce texte, très mélancolique (comme le reste des songfics de cette fic) vous plaira. Tout le monde ne partagera peut-être pas cette vision de ce personnage (qui est, une fois de plus, à deviner), mais la chanson m'a tout de suite inspirée pour écrire ce texte …

Un petit cadeau pour remercier tous ceux qui m'ont très gentiment attendue et encouragée ces jours-ci : ) Vous êtes vraiment adorables !

Disclaimer : les personnages sont à J.K. Rowling. La chanson « Le paradis blanc » (paroles en gras) est à Michel Berger.

Rating : K.

Bonne lecture à tous, anciens ou nouveaux : )


Mon paradis blanc

Encore un Noël sans neige.

Encore un Noël froid et gris. Triste et long. Long sans toi.

Toi … Qui n'est jamais là.

Il y a tant de vagues et de fumée

Le nez à la fenêtre, je guette. Patiemment, j'attends. Je t'attends. Mais il fait froid dehors, la buée a envahi les carreaux glacés, et le brouillard dehors m'empêche de voir plus loin que l'empreinte givrée de ma main …

Je ne vois rien.

Qu'on n'arrive plus à distinguer

Je ne te vois pas arriver. Je ne vois pas le cuir de tes bottes imprimer tes pas dans la neige. Je n'entends pas le vent s'engouffrant dans ta cape.

C'est juste le vent dans les branches mortes que j'entends. C'est juste les empreintes des elfes de maison que je distingue dans l'allée en bas.

Le blanc du noir

Tu sais, ces elfes, incompétents et inutiles. Ces elfes paresseux et peu serviables. Eux là, qui s'activent pourtant à ramener le grand sapin dans le salon, qui y allume un feu dans la cheminée pour me réchauffer, eux …

Eux qui sont là.

Et l'énergie du désespoir

Contrairement à toi.

Le téléphone pourra sonner

Je scrute, encore et encore, du mieux que mes yeux fatigués me le permettent encore. Mon corps s'engourdit et se raidit sur la chaise où j'ai grimpé pour atteindre la fenêtre. Je vais en redescendre, je crois.

Je vais même peut-être descendre au salon, aider mère qui décore sûrement déjà l'arbre de Noël.

Ce sapin qu'on devait décorer ensemble. Tu m'avais promis, rappelle-toi.

Ou peut-être est-ce moi qui ai rêvé cette promesse. Ce ne serait pas la première que tu ne tiendrais pas, après tout.

Il n'y aura plus d'abonné

Je quitte mon perchoir. Je ne te verrais pas arriver, de toutes façons. Je ne te vois jamais arriver.

Parce que tu ne viens jamais quand je t'appelle. C'est toujours quand je ne m'y attends pas que tu es là.

Et plus d'idée

Tu es là quand je n'y pense pas, tu es reparti le temps que je me retourne.

Que le silence pour respirer

Et c'est de nouveau ton dos que je vois s'éloigner. Je crois que dans des dizaines d'années, je me souviendrais parfaitement des cheveux doux de mère, du bleu acier de ses yeux, de son parfum et de la soie de ses robes … Mais de toi, je ne pourrais que dessiner l'ombre d'un dos qui me rejette, un dos qui ne me sourit jamais.

Recommencer là où le monde a commencé

C'est encore un Noël sans neige, cette année. J'aurais aimé qu'il neige, juste un peu, même. Pour faire ce fameux bonhomme de neige dont nous avions parlé, il y a quelques années.

Des années que j'attends qu'il neige, pour le réaliser.

Des années que je t'attends pour le commencer.

Je m'en irai dormir dans le paradis blanc

J'aurais aimé qu'il neige, même si je suis grand. Je suis grand dans un corps pourtant encore petit : tu pourrais encore me porter sur tes épaules, je ne serais pas lourd dans tes bras.

Nous pourrions faire la course dans la neige, jusqu'au lac du parc, qui doit être gelé. Nous pourrions nous amuser à glisser dessus, et rire, rire, rire comme des enfants !

Où les nuits sont si longues qu'on en oublie le temps

Tout ça, j'en rêve nuit après nuit ; je me l'imagine, jour après jour. J'y crois, mais toujours … toujours en vain.

Tout seul avec le vent

J'y crois à tort, parce qu'au fond je sais bien que tu ne me prendrais pas sur tes épaules : j'ai atteint l'âge de raison, et je suis trop grand pour ces enfantillages.

Et puis après tout, tu ne m'as jamais porté sur tes épaules. Ni pris dans tes bras. Alors pourquoi commencerais-tu aujourd'hui ?

Et puis, je sais bien que courir dans la neige, c'est une perte de temps. Et le temps, c'est de l'argent.

Et oui, je n'ignore pas que glisser sur la glace, ce n'est pas digne des hommes que nous sommes. On sait se tenir mieux que tous ces rustres, dans la famille ! Oh oui !

Comme dans mes rêves d'enfant

Oh oui, c'est vrai que dans les familles bien, on ne fait pas de bisous aux enfants, on ne leur raconte pas des histoires pleines d'aventures, on ne joue pas au cheval sur une rampe d'escalier … Oui, je sais que tout ça n'est pas bon pour moi, et que je suis bien mieux sans.

Oui, c'est vrai …

Alors sans doute que je devrais revoir ma liste pour Noël, non ? Je risquerais d'être un peu déçu de n'avoir pas eu ce qui est écrit dessus, sinon …

Je m'en irai courir dans le paradis blanc

Ecoute, tu vois, mère se débrouille bien toute seule avec le sapin. Ta jolie poupée de porcelaine, comme tu l'appelles, décore la maison avec la même tendresse qu'une petite fille émerveillée. Et puis les elfes l'aident bien.

Moi je serais de trop. Je vais aller dehors, sans déranger personne. Et puis, qui sait, peut-être que si je marche assez longtemps dans le jardin, je trouverais un coin tranquille.

Un coin où il fait froid. Assez pour qu'il neige.

Loin des regards de haine

Assez pour que mon cœur se glace. Pour que mon esprit s'embrume. Pour que mon corps gèle.

Et des combats de sang

J'oublierais la douleur de ne pas te voir, j'effacerais les souvenirs de ton absence de tendresse. Et mon corps ne se souviendra peut-être pas qu'il a été façonné de tes légères tapes, de tes coups de canne esquissés. Peut-être arrivera-t-il à s'imaginer que c'est de tes caresses et de tes baisers qu'il s'est forgé, si semblable au tien.

Retrouver les baleines

Et peut-être alors que quand je rentrerais, je verrais le sapin que mère a fini, brillant de mille feux dans le salon réchauffé par la cheminée.

Parler aux poissons d'argent

Peut-être que je la verrais rire aux éclats, ranimant un instant son pâle visage de couleurs de vie, comme si elle avait bu de ce délicieux vin que tu sors pour nos invités.

Comme, comme, comme avant

Et peut-être que tu seras là, lui tenant la main, te retournant soudain vers moi en m'appelant « ton fils ». Le tien, tu sais.

Avec un sourire, et un regard plein de fierté.

Mais même juste le sourire, tu sais, ça m'irait.

Y a tant de vagues, et tant d'idées

Le vent se lève, il fait encore plus froid. Trop peut-être pour qu'il neige, maintenant … Je ne sais plus à quelle température il peut neiger, et ça pourtant je devrais m'en rappeler. Tu me l'as appris. Comme toutes ces choses sérieuses et utiles qu'on lit dans les livres, comme toutes ces connaissances, pragmatiques et instructives qu'on m'enseignera bientôt en cours.

Qu'on n'arrive plus à décider

Là, pourtant, je n'ai rien retenu. Rien qui me revient. J'entends bien en moi la voix de mère me recommandant de prendre un manteau, m'avertissant du danger de trop s'éloigner quand le soir tombe, me disant qu'elle m'aime et qu'elle serait triste s'il m'arrivait quelque chose …

Mais je n'ai pas de pull chaud sur le dos, je ne sais pas où je marche et la nuit tombe pourtant déjà. Je n'ai rien écouté de ce qu'elle a dit.

Parce que c'est ta voix que je voulais avoir dans la tête.

Le faux du vrai

Parce que c'est de tes conseils, voire de tes corrections s'il le fallait que j'aurais aimé apprendre tout ça.

Et qui aimer ou condamner

Mais tu n'es pas là, tu n'es jamais là ! J'ai besoin de toi, mais je ne pourrais jamais te le dire … parce que les rares fois où tu es là, face à moi … ces rares fois, tu ne me regardes pas. Je n'existe pas.

Le jour où j'aurai tout donné

Moi, l'héritier de la famille. Je suis ton héritier. Mais ce n'est ni de ta fortune ni de ta réussite dont j'aurais aimé hériter. J'ai tes traits, mais c'est bien tout ce que tu me laisseras d'un quelconque lien entre nous.

Que mes claviers seront usés

J'ai essayé, je crois, d'être digne de toi. De faire tout ce que tu voulais, de me fondre dans le moule de l'héritier parfait. Et le pire, c'est que je suis en train d'y arriver. Mais est-ce vraiment ce que nous voulons ?

D'avoir osé

As-tu envie d'avoir un double de toi en tout petit ? En moins doué, de toutes façons … En moins parfait, parce qu'il y aura toujours quelque chose à redire sur ce que je fais, sur ce que je suis …

Puis-je esquisser l'espoir de dire que ce n'est pas ça, ce dont tu veux ?

Toujours vouloir tout essayer

J'ai tellement envie de me dire que je suis né pour autre chose que l'assurance de voir le domaine prospérer, les affaires fleurir, le nom resté gravé dans la légende …

Et recommencer là où le monde a commencé

J'ai juste envie de rentrer, que la porte s'ouvre, et que tes bras s'ouvrent en même temps.

Je m'en irai dormir dans le paradis blanc

C'est là, le seul endroit où je veux être. Le seul.

Où les manchots s'amusent dès le soleil levant

Et là, j'oublierais qu'il fait froid et qu'il ne neige pas. Ca n'aurait plus d'importance qu'on ne puisse pas faire ce bonhomme de neige, parce qu'on serait trop occupés à se raconter nos journées, nos chagrins, nos rêves et nos secrets.

Et jouent en nous montrant

On serait trop occupés à bâtir mille projets qui pourraient nous occuper mille autres soirs encore. On s'inventerait des mondes où on serait les seuls à pouvoir aller, et même mère n'aurait pas le droit d'y entrer.

Ce que c'est d'être vivant

On courrait ensemble, je volerais sur ce balai que tu m'as offert, juste pour que tu ries de mes cabrioles sans compter mes performances. On mangerait des gâteaux en mettant de la crème partout, et on s'en ficherait de mettre les coudes sur la table.

Je m'en irai dormir dans le paradis blanc

Et quand je me réveillerais le matin, ce ne sera plus comme tous ces matins : je verrais que ce n'était pas juste un rêve, que tout ça est vrai, et que ça ne changera jamais.

Je verrais que la vie vaut d'être vécue, comme ils disent. Les autres.

Où l'air reste si pur

Je serais heureux de te ressembler, dans cette autre vie. Je serais fier de marcher à tes côtés, parce que tu serais fier aussi. Et je n'aurais plus honte si je trébuche, parce que tu m'aiderais à me relever.

Qu'on se baigne dedans

J'oserais sourire quand tu es là, et tu n'appellerais plus ça de l'impertinence. Tu me sourirais aussi, et mère n'en reviendrait pas qu'on soit comme ça, si peu emplis de dignité et de savoir-vivre !

A jouer avec le vent

Mais il fait froid, là. Juste un peu trop froid, et l'heure passe. Je vais rater le réveillon de Noël, je ne serais pas là à temps pour recevoir mes paquets renfermant toutes mes désillusions … Le temps que j'arrive, la dinde sera trop cuite.

Comme dans mes rêves d'enfant

Mais même ces cadeaux pas drôles et ce repas raté, j'aurais aimé les vivre. J'aurais aimé les vivre avec toi.

Papa.

Comme, comme, comme avant

J'ai trop froid pour rentrer, je crois que je vais rester dans ce coin du parc, près du grand arbre. J'arriverais peut-être à me réchauffer. A me dire que tout ira bien, qu'on viendra me chercher.

Parler aux poissons

Même si les pas que j'entendrais crisser sur le sol seront ceux des elfes. Peut-être de mère, si elle ose affronter la tempête qui se lève.

Peut-être elle, oui. Au moins elle.

Et jouer avec le vent

Je ferme les yeux, mais c'est juste pour quelques minutes. Après je rentrerais, oui, promis. Je rentrerais, j'ouvrirais cette lourde porte, derrière laquelle on m'attendra.

Derrière laquelle tu m'attendras.

Comme dans mes rêves d'enfant

Derrière laquelle tu ne m'attendras pas. Mais je peux peut-être juste rêver un peu, là …

Ca me réchauffera un peu. Ce sera un cadeau de Noël en avance. Même si ça ne se fait pas. Même si je ne devrais pas.

Ne m'en veux pas.

Comme avant

Est-ce que c'est ta voix, inquiète, que je viens d'entendre crier mon nom ? Dis ?