Bonjour,

Voici un nouvel OS pour cette fic. C'est toujours assez triste, mais je crois que c'est aussi ce que je veux faire ressortir de ces fragments d'enfance des personnages : s'ils ont la capacité d'être heureux, ils n'en ont pas moins traversé des moments douloureux dans leur enfance …

Chaque enfant se bâtit comme il le peut, avec toutes les ressources dont il dispose … mais il reste avant tout un enfant, qui peut très vite souffrir.

J'espère toutefois que malgré la mélancolie et l'amertume de cet OS, vous aimerez ce nouveau texte (dont une fois de plus je ne vous donne pas le personnage principal, vous laissant le deviner).

Merci à tous ceux qui suivent cette série d'OS, ça me fait très plaisir …

Disclaimer : les personnages sont à J.K. Rowling. La chanson « Le manège » (paroles en gras) est à Stanislas.

Rating : K.

Bonne lecture à vous.


Un dernier tour de manège

Tu te rappelles, maman, ce manège qu'il y avait sur la grand-place ? Te souviens-tu de la couleur de ses magnifiques chevaux de bois, de ses calèches grandioses ?

Je le revois, moi, de temps en temps …

Un tour de manège
Autour de nos vies

Mais j'ai grandi, et c'est drôle, vraiment, de se dire aujourd'hui que ces chevaux me paraissent si petits ! Tu vois, maman, quand j'étais enfant, ils me paraissaient si grands … presque géants !

Et quand je montais dessus, quand on voulait bien que je fasse un tour sur un de ces destriers inanimés, je riais, si fort …

Trop fort, peut-être ? Mais je m'amusais tant, maman …

Nos vies

Tout le monde dit que tu as un si joli sourire, maman.

Qui tournent en rond

J'en ai hérité, je crois. Et cette pensée me fait sourire.

Il paraît que papa disait toujours : « Un sourire vaut tous les trésors du monde. » Je crois que je suis d'accord. Un sourire vaut tout.

Un tour de magie

Il vaut mieux que tout.

Pour voir

Mieux que les larmes, en tout cas.

Si le voyage
Vaut le coup

Alors, quand je repasse devant ce manège, si vieux et presque délabré, je continue à sourire. Parce que dans mes souvenirs, il sera toujours le manège de mon enfance. Le manège qui me faisait éclater de rire, si fort, presque trop fort, mais on s'en fout …

Au moins je riais.

Un tour de manège

Je riais et j'oubliais tout, le temps de ces quelques minutes d'insouciance.

Autour de nous qui
Tournons autour de nous

Le temps de ces quelques minutes d'enfance …

Un tour de toupie

Je riais plus fort que les autres enfants sans doute pour que tu m'entendes, maman … Je voulais sans doute n'être qu'au centre de ton cœur, pendant un instant. Etre ton enfant, juste un petit instant.

Je riais pour que tu me souries, en retour.

Pour voir

Parce que ton sourire, maman, c'est la plus belle chose au monde qui me soit donné de voir …

Si notre amour
Vaut le tour

Même si je sais que tu souris tout le temps. A tous les gens.

A moi, comme aux autres.

Tourne

Peut-être qu'en fait, tu as toujours été comme ça.

Tourne

Je ne me rappelle plus, j'avoue …

Tourne

Je te le demanderais, tiens, la prochaine fois que je te verrais. Même si tu ne te rappelleras peut-être plus non plus. Le temps passe, et les souvenirs s'éloignent. C'est normal.

Un tour de manège
Autour de nos vies

Même moi, je grandis. Je m'éloigne peu à peu de ce petit garçon qui riait fort sur son cheval de bois, là, sur la grand-place. Mais pourtant, chaque fois que je repasse devant, j'y repense, un peu. Je transforme dans ma tête ces vieux bouts de bois dont la peinture s'écaille en magnifiques destriers flamboyants.

Et la magie renaît.

Nos vies
Qui tournent en rond

Et je redeviens ce petit enfant, qui voulait passer des heures, sur ce manège, à tourner, tourner, tourner … jusqu'à en oublier le présent, jusqu'à en oublier d'exister.

Jusqu'à en oublier … jusqu'à tout oublier …

Un tour de magie

Si je ferme les yeux, je peux presque sentir les sensations enivrantes que je ressentais alors, quand je tournais sans fin, agrippé à ce fidèle cheval de bois …

Pour voir

Et si j'ouvre les yeux, je devine ton sourire sur chaque maman qui regarde chaque enfant encore enthousiaste à l'idée de monter sur ces marionnettes désarticulées, sur ces chevaux qui ne font plus vraiment rêver pourtant, aujourd'hui …

Si le voyage

Les années passent, maman, mais la douleur reste. Le pincement au cœur me reprend chaque fois que je passe devant ce manège …

Vaut le coup

Mais t'aimer, continuer à t'aimer, ça veut dire passer chaque fois devant ce fragment de mon passé. Alors je le fais.

Pincement au cœur ou pas, je le fais.

Ce beau manège

Je repasse devant quand je veux te voir.

Ce grand manège

Et même si je suis aujourd'hui grand, presque trop dans ce corps que je ne reconnais pas, je reste au fond de moi ce petit garçon qui voulait toujours s'arrêter pour faire un tour de manège.

Me met la tête
À l'envers

Et dans ma tête, dans mes souvenirs, je suis assis sur un de ces chevaux, riant si fort … priant si fort pour qu'il m'emmène loin.

Ce beau manège

Parce que tu sais, si je demandais chaque fois à y monter, c'était afin de reculer, pour mieux sauter.

Ce grand manège

Prendre de l'élan, pour que mes petits pieds m'entraînent aussi loin qu'on me le demandait …

Me met le cœur
En l'air

Même plus loin ! Je rêvais de décoller, que ce cheval s'envole et m'enlève. Loin de tout.

Notre amour tourne encore

Loin de toi.

Un tour de manège
Autour de nous qui

Je sais, c'est cruel de dire ça. En fait, je ne te le dis pas. Mais oui, je le pense parfois. Chaque fois que je passe devant ce manège de bois.

Prenons tous les détours

Mais même si je te le disais, maman, tu continuerais à sourire. Sans doute que toutes les mamans du monde font ça … Sans doute. Elles continuent de sourire même quand leurs enfants leur disent des choses méchantes.

Mais toi, quoique je te dise, tu restes impassible. Souriant de ton si joli sourire.

Un tour de tournis

C'est beau, une maman qui sourit à son enfant.

Pour voir

C'est beau, et je ne me lasse pas de te voir sourire.

Si le voyage

Même si ça me fait mal à chaque fois …

Vaut le coup

Même si en repartant, je me sens encore plus abandonné que quand je suis venu.

Encore plus orphelin, au fond.

Un tour de manège

Enfant, je voulais parfois rester là, à tourner sur ce manège jusqu'à en être malade … Jusqu'à être si malade que je me sentirais vivant. Vivant dans la douleur.

Autour de nos vies
Qui montent et qui descendent

Parce qu'ainsi, alors, j'aurais pu connaître un peu de vos vies, à papa et toi. Etre comme vous. Vivants, dans la douleur.

J'aurais pu être un peu plus votre fils. L'être juste un peu, en fait …

Un tour de looping

Même si dans ton sourire immortel, je sais bien que je suis à jamais en toi. Mais trop loin pour que tu me voies. Trop petit pour que tu me reconnaisses aujourd'hui dans ce grand jeune homme que je suis devenu.

Pour voir
Si notre amour
Vaut le tour

Maman, tu sais, chaque fois que je repasse devant ce manège, je pense à toi. Et à papa.

Et je repense aussi à ce désir que j'avais enfant.

Tourne

Celui de jouer, jusqu'à m'enivrer … pour tout oublier.

Tourne

Celui de tourner, jusqu'à en être malade … pour vous ressembler

Tourne

Celui de tourner, jusqu'à m'envoler … pour vous oublier.

Un tour de manège
Autour de nos vies

Allons, maman, ne prends pas au sérieux tout ce que je dis … N'oublie pas que je t'aime, avant tout. N'oublie pas que je n'oublierais jamais que je suis ton fils, avant tout. N'oublie pas que je suis ton fils !

Nos vies
Qui tournent en rond

Parce que, même si tu me souris comme tu souris aux autres, même si dans tes yeux j'y lis juste une lointaine bienveillance … même si quand tu me voies, tu ne m'appelles pas « ton fils » … je serais toujours là.

Assis sur un de ces chevaux de bois, à tourner en riant trop fort …

Ou assis là, près de toi, à prier pour que tout ne soit qu'un jeu.

Un tour de magie

A prier en silence pour que tu souris soudain, avec plus de malice, et me dises : « Bouh ! Je t'ai bien eu ! »

Pour voir
Si le voyage
Vaut le coup

Pour qu'enfin, je puisse t'appeler « maman ».

Et pour qu'enfin, tu saches que je suis ton fils.

Ce beau manège

Le temps passe, et la peinture s'écaille sur le bois vieilli de ces chevaux de bois.

Ce grand manège

Et je dépasse maintenant largement ces pantins aux sourires figés pour l'éternité.

Me met la tête
À l'envers

Mais les revoir me serre toujours le cœur. Je m'y revois, enfant.

Ce beau manège

Sur la grand-place, les gens ne sont plus les mêmes, les boutiques ont changé. Mais deux choses sont toujours là … mais pour combien de temps encore ?

Ce grand manège

Il reste toujours ce manège, où je m'arrêtais toujours, avant de venir te voir.

Me met le cœur
En l'air

Et il reste cette bâtisse, dont tu ne sortiras pas. Comme un grand cercueil où, après y avoir passé ta vie, tu mourras. En souriant.

Comme toujours.

Notre amour tourne toujours

Sans jamais m'avoir appelé ton fils, maman.