'Plus que jamais, je sens l'horreur de ce lieu ; j'ai peur... j'ai terriblement peur... et il m'est impossible de m'enfuir. Je suis entouré par des terreurs que je n'ose même pas imaginer' - Bram Stoker, Dracula
Peur, nom féminin - Crainte, frayeur, émotion pénible produite par l'idée ou la vue d'un danger appréhension du danger ou de la douleur effroi, anxiété alarme hantise d'une situation.
Chapitre 2 La peur
Il fait tellement sombre…
Où suis-je ?
Je remue les paupières mais l'obscurité est la seule chose que je peux voir. Une étrange obscurité verte.
Mon Dieu, j'ai soif.
Un gémissement s'échappe de mes lèvres desséchées.
Ma vision est floue. Je ne vois que cette étrange couleur verte foncée.
Où suis-je ?
Je cligne des yeux et les choses redeviennent progressivement nettes. Un plafond bas, des pierres noires, une lumière verte…
Et je me souviens…
Je m'assois rapidement, grimaçant de douleur. Chaque muscle de mon corps me fait souffrir, mais ce n'est rien comparé à mon mal de crâne. Mes oreilles bourdonnent d'une façon insupportable. J'ai l'impression d'avoir reçu sur la tête la massue d'un Troll.
Je regarde autour de moi tout en me massant doucement l'arrière de mon cou.
Je me trouve dans une toute petite… une minuscule cellule je suppose.
Je cligne plusieurs fois des yeux. J'ai du mal à faire autrement. L'unique flambeau offre assez de lumière pour apercevoir la pièce entière mais l'obscurité toujours présente force mes yeux à s'adapter.
Non pas qu'il y ait beaucoup de choses à voir, à part ce tas de paille recouvert d'une couverture, que je suppose être un lit.
Bon, j'imagine que ça aurait pu être pire.
Et quelle situation aurait pu être pire que celle-là ?
Je ne suis pas blessée… du moins pas encore. Et je suis encore vivante.
Je prends une profonde inspiration. J'ai besoin d'être logique.
Premièrement… vais-je bien ?
Je me regarde. Il y a des ecchymoses en forme de doigts sur mon bras, ce qui n'est pas surprenant il m'a tenu si fort que j'avais l'impression qu'il allait me casser le bras. Non, ce qui me surprend c'est à quel point je suis sale. Ca devait vraiment être boueux dehors. Mes vêtements sont couverts de crasse.
Je fais courir mes doigts le long de mon jean, grattant la saleté froide et humide avec mes ongles. Je porte ma main devant mon visage et frotte la boue entre mes doigts et mon pouce. La sensation me soulage un peu.
Je déplace mes doigts sur mon autre bras, celui qui porte des ecchymoses. J'entoure les marques violettes avec ma main sale, ignorant la légère douleur provoquée par la pression.
Ces ecchymoses avaient du apparaître assez rapidement. A moins que je ne sois là depuis un bon moment.
Est-ce que je serai déjà au Terrier en ce moment s'il n'était pas apparu dans ma chambre ?
Mon nez et ma gorge commencent à me piquer.
Pourquoi Diable ont-ils besoin de moi ?
Ne pouvaient-ils pas me laisser tranquille ?
Je ne sais pas ce qu'ils vont faire de moi, mais je peux imaginer. Ils doivent avoir besoin de moi pour quelque chose dans le cas contraire, Lucius m'aurait tué dès le début.
Je tremble. Je sais que ces gens sont capables de tout pour obtenir ce qu'ils veulent. Il suffit de voir la mère de Neville à Ste Mangouste pour s'en rendre compte ses yeux totalement inexpressifs, ses cheveux tombant. Elle n'est même plus en mesure de reconnaître son propre fils, bordel de merde ! Quel genre d'horreurs ont-ils utilisés pour la mettre dans un état pareil ?
Comment vais-je pouvoir supporter ce genre de douleur ? Harry m'a dit qu'elle n'était semblable à aucune autre, et que tant que tu ne l'as pas connu, tu ne peux pas t'en rendre compte.
J'aurai tant aimé que Harry soit avec moi.
J'aurai tant aimé que Ron soit avec moi.
Je me roule en boule, recroquevillant mes jambes contre ma poitrine.
Est-ce que quelqu'un sait que j'ai disparu ?
Peut être ont-ils envoyé des personnes pour essayer de me sauver…
Bien sur. Et donc, les membres de l'Ordre vont simplement venir jusqu'au repère secret des Mangemorts et te sauver, c'est bien ça ?
Je ferme les yeux, irritée par ma stupide espérance.
Pauvres Maman et Papa. Que vont-ils faire ? Ils savent que nous sommes en guerre, je leur ai tout expliqué mais pour être honnête, je ne pense pas qu'ils aient vraiment mesuré le danger…
Jusqu'à maintenant.
Je donnerai tout pour être à la maison. Je souhaiterais juste me réveiller dans mon lit et me préparer pour aller au Terrier. Maman m'embêterait en m'expliquant l'importance d'un bon petit déjeuner et papa chargerai mes bagages dans la voiture. Ils n'aiment pas lorsque je transplane ils avaient insisté sur le fait qu'ils me conduiraient là-bas eux-mêmes.
Je veux ma maman. Je veux qu'elle me sert fort dans ses bras et me dise que tout va bien.
Je veux voir Ron et Harry. Ils ont toujours été si maladroits pour me réconforter lorsque quelque chose n'allait pas. Cette maladresse serait la bienvenue aujourd'hui.
Que vont-ils faire ? Vont-ils abandonner la chasse aux Horcruxes pour me rechercher ?
J'espère que non. Je veux qu'ils continuent et qu'ils ne perdent pas une seule seconde à cause de moi…
Mais au fond, je sais qu'ils vont se dire que la destruction de Voldemort peut attendre et qu'ils devraient essayer de me sauver d'abord.
Et pendant ce temps, un temps précieux va être perdu et des gens vont continuer à se faire tuer tandis que Voldemort sera toujours vivant.
Peut être que j'ai été amenée ici pour ce motif. Lucius et Voldemort lui même savent très bien que Harry laissera tout tomber pour sauver ses amis.
Et Ron sera à ses côtés, prenant des risques lui aussi.
Et s'il leur arrivait malheur à cause de moi ?
Aller, ne prétend pas non plus que tu t'opposes à ce qu'ils viennent te sauver…
Je me claque mentalement. Je ne veux pas poursuivre cette pensée.
Je ne vais pas me laisser pleurer. Je ne peux pas. Tant que je suis vivante, il reste un espoir. Je ne dois penser ni à mes amis, ni à mes parents, ni à ce que je vais devenir.
Je dois me concentrer sur ma situation actuelle et à rien d'autre.
Je me lève et me dirige vers la porte de ma cellule sur la pointe des pieds, afin de jeter un œil discret par la fenêtre à barreaux.
Très bien. Un couloir. Bordé d'autres portes identiques à la mienne.
Peut être que je ne suis pas seule.
« Bonjour ? » je lance.
Silence.
La porte ne contient aucune poignée, mais je la pousse de toutes mes forces avec mon épaule. Je pousse, pousse, jusqu'à ce que j'abandonne en poussant un cri de frustration. Je me détourne de la porte et décolle mes cheveux collés par l'effort sur mon front.
Bien. Il y a-t-il autre chose ?
Non. Rien à part ces quatre murs nus et la paillasse qui me sert de lit.
Enfoirés. Laisser les gens dormir sur de la paille comme des animaux. Même à Azkaban, ils te donnent un vrai lit.
Oui mais eux, enfermaient les prisonniers avec des créatures qui leur supprimaient toute joie de vivre.
C'est différent. La plupart des prisonniers d'Azkaban étaient des Mangemorts.
Et donc, Sirius et Hagrid étaient des Mangemorts, c'est ça ?
Mais la façon dont ils traitent les prisonniers à Azkaban, n'est rien comparée à ce que ces derniers font subir à leurs ennemis.
En es-tu bien sure ?
Je chasse cette pensée de mon esprit et m'accroupit sur mon nouveau 'lit'. J'enlève la couverture et commence à fouiller dans la paille. Je ne sais pas exactement ce que je recherche. Peut être qu'un ancien prisonnier a laissé quelque chose pour le prochain pauvre bougre qui terminerait dans cette cellule. Mais tous mes espoirs disparaissent lorsque je sens le sol de pierre vierge.
Je m'assois sur le sol, essayant de ne pas être déçue.
Qu'est-ce que tu espérais ? Que quelqu'un te laisse une baguette magique, un déguisement, un plan du bâtiment ?
Je sens toute l'amertume de mes larmes au creux de ma gorge alors que je regarde sans comprendre le désordre de ce qu'était censé être ma couchette.
Une petite minute… qu'est-ce que c'est que ça ?
Il y a quelque chose d'écrit sur le bas du mur, à moitié caché par la paille.
Je m'approche plus près du mur. L'écriture est inégale comme si elle avait été sculptée lentement avec une petite pierre, ou même un ongle.
« A l'Ordre – Ne les laissez pas gagner. »
Je pousse un petit cri sous la surprise.
« Ne les laissez pas gagner. »
Je ne peux pas me détacher de ce message. Je reste scotchée à ces quelques lettres. Elles s'inscrivent dans mon cerveau.
« Ne les laissez pas gagner. »
Je ne veux pas. Je ne peux pas. Je ne vais pas les aider à gagner cette guerre. Je me fous complètement de ce qu'ils vont faire de moi. Ils n'auront rien de moi, rien du tout…
J'entends un doux murmure, de plus en plus fort à chaque seconde. J'écoute attentivement.
Des voix d'hommes, qui se déplacent lentement le long du couloir.
Il ne peut y avoir aucun sort de silence sur ces murs. Je dois être le seul prisonnier ici.
Ou bien le seul prisonnier encore en état de parler.
Je rampe jusqu'à la porte et colle mon oreille sur le bois.
« …Il faudra sans aucun doute mettre en place une lutte fastidieuse. »
C'est lui. Le salaud qui m'a amené ici.
« N'est-elle pas un de ces sales gosses que nous avions poursuivis au Ministère ? »
Cette voix plus profonde et plus accentuée ne lui appartenait pas. Il s'agit sans aucun doute de celui qui nous avait interpellé lorsque l'on était arrivé au Quartier Général.
« Oui, elle en faisait partie. » Les voix se turent en arrivant devant ma porte, et un bref silence s'installa. « Zut, nous sommes en retard. »
« Et bien, nous ferions mieux de nous dépêcher avant de –»
« Non, vas-y Antonin. Ca ne sert absolument à rien que tu viennes avec moi. Présente mes excuses au Seigneur des Ténèbres et dis lui que je lui emmène la fille dans peu de temps ».
Le Seigneur des Ténèbres ? Oh mon Dieu, non !
J'entends des pas disparaître au loin. Et soudain, une incantation murmurée suivie d'un 'clic'.
Je me précipite de l'autre côté de la pièce et me tapie contre le mur.
C'est lui. Lucius Malefoy. Ou 'cet enculé de Lucius Malefoy', comme Ron l'appelle parfois.
Ca ne me fait plus rire maintenant.
Il fait un pas dans la salle et me salue d'un sourire moqueur.
« Ah, vous êtes réveillée. Bien. Réveiller des personnes inconscientes peut souvent prendre du temps. C'est prévenant de votre part de me soulager de ce poids. »
La haine me traverse comme un courant électrique de la racine de mes cheveux à la pointe de mes orteils.
Il ne semble pas être conscient de mon dégout. « Avez-vous bien dormi, Sang-de-Bourbe ? »
Va en enfer.
Il rit doucement en voyant l'expression de mon visage.
« Mais bien sur vous avez bien dormi. Pardonnez moi. » Il balaye la pièce d'un petit geste prospère. « Et comment trouvez-vous vos quartiers ? Ce n'est pas la plus grande salle que nous ayons, je vous l'accorde, mais elle possède une certaine… ambiance. »
Je le regarde sans comprendre.
« Mais après tout, vous avez grandi dans une maison Moldue n'est-ce pas ? » il garde son sourire tordu aux lèvres. « Je crois pouvoir dire que cette petite chambre charmante est un véritable palace par rapport à ce que vous avez l'habitude de côtoyer. »
Son discours ressemble tellement à ce que son pathétique de fils aurait pu dire.
Comment réagit Harry face aux insultes de Drago ? Avec les poings habituellement. Ron réagirait de la même façon, mais toutes les fois où il a daigné utiliser les mots, ces fois là avaient été les plus simples, et d'une certaine manière les plus brillantes…
Je fixe mon regard dans celui de Lucius et je sens les mots de Ron sortir de ma bouche :
« Va te faire foutre Malefoy.»
Il lève les sourcils alors que son visage demeure impassible.
« Cette réponse pitoyable ne mérite pas que j' y réponde. » Il me tend la main. « Venez. Mon Maitre souhaite vous rencontrer et il ne permettra pas qu'on le fasse attendre. »
Son Maitre ?
Non, je ne peux pas.
Je me recroqueville de terreur et me presse au maximum contre le mur.
Il sourit franchement maintenant. Mais c'est tout sauf une expression agréable.
« Ah, pas aussi courageuse que nous voulons l'admettre, n'est-ce pas Miss Granger ? » Il marche lentement à travers la pièce jusqu'à être debout devant moi, son horrible sourire ne quittant pas son visage.
« Où est passé l'exaspérant courage des Gryffondor ? Il semble avoir disparu à la simple énonciation du Seigneur des Ténèbres. » Il lève les sourcils et me lance un regard rempli de dégout. « Je ne suis pas surpris. Vous n'êtes pas exactement le genre de personne qu'il préfère. Mais vous pouvez être assurée que pour le moment, vous ne craignez rien. Il ne veut pas vous tuer… pas encore.»
Je reste là, à respirer profondément, m'accrochant à son 'pas encore' comme à une bouée de sauvetage. Ce 'pas encore' me donne un peu de temps, au moins.
Du temps pour quoi ?
Je ne sais pas… seulement…du temps.
« Maintenant » dit-il en s'éloignant de moi, « voulez-vous faire ce que je vous dit et venir avec moi, ou vais-je encore une fois devoir utiliser la force ? »
Non.
C'est la seule pensée qui me vient à l'esprit. Je n'irai pas.
Le suivre n'est pas une option pour moi.
Je m'enfonce encore plus contre le mur, souhaitant par tous les moyens m'y fondre et disparaître.
Il attend un petit moment, avant de braquer sa baguette dans ma direction.
Des crochets invisibles me tirent et me remettent debout. Il fait un pas vers moi et braque son regard sur mon visage.
« Il est inutile d'essayer de résister Sang-de-Bourbe » dit-il tout en essayant de cacher l'exaspération dans sa voix. « Le Seigneur des Ténèbres souhaite vous voir et si vous pensez une seule seconde qu'il puisse tolérer la moindre désobéissance, alors vous n'êtes qu'une imbécile. »
Je plonge dans ses yeux gris et froids. Je ne sais pas ce que je recherche. De la compassion peut être, ou simplement un soupçon de bonté. Mais je n'y trouve rien. J'aurai très bien pu tout aussi bien plonger dans un lac gelé.
« Etes-vous une imbécile Miss Granger ? »
Je lui rends une grimace renfrognée. « Non. »
« Alors prouvez le. » Il fait tournoyer sa baguette entre ses doigts. « Ne rendez pas la situation plus difficile qu'elle ne doit l'être. »
Vu les circonstances, quels choix s'offrent à moi ? Il m'obligera à y aller de toute façon, même si j'essaie de résister.
A contrecœur, je lui donne un très léger signe de tête. Il sourit, et passe alors derrière moi, me poussant vers la porte de ma cellule.
Je trébuche dans le couloir et il me relève violement avant de me pousser vers la gauche. Le silence est total alors que je marche aussi lentement que possible, sa baguette pointée dans mon dos.
J'avale ma salive avec difficulté. J'entends… des bruits. De faibles pleurs se font entendre derrière les portes de certaines cellules.
Il semble que je n'étais pas seule dans ce couloir après tout.
C'est un long couloir. Sa traversée semble durer une éternité. Mes pieds nus se posent doucement sur le sol de pierres froid. Les chaussures de Lucius résonnent vivement derrière moi.
Et soudain… un escalier de pierre en colimasson composé de tant de marches que je sens la sueur perler en bas de mon dos et un début de point de côté alors que nous continuons son ascension. Mais toutes les fois où je ralentis l'allure, il me touche dans le dos du bout de sa baguette, et une pointe de douleur s'insinue en moi à ce contact. J'en ai tout d'abord le souffle coupé, mais je retrouve très vite le contrôle, m'efforçant de ne pas réagir.
J'essaye juste de ne pas ralentir l'allure.
Nous nous engageons ensuite dans un nouveau couloir. Aucune des portes de celui-ci ne comporte de barreaux. Aucun sanglot ne se fait entendre non plus.
Je suppose que je me trouve dans les quartiers des Mangemorts, même si le simple fait qu'ils puissent dormir au dessus d'une prison soit pour moi une énigme.
J'imagine que Lucius dort ici maintenant qu'il est recherché par le Ministère.
Non pas que cela m'importe de savoir où il vit. Une fois que j'aurai vu Voldemort, je ne reverrai probablement plus jamais Lucius.
Au bout du couloir, nous arrivons devant une lourde porte richement sculptée. La porte légèrement entrouverte renvoie un bruit de grincement au fur et à mesure que nous l'approchons.
Je jette un coup d'œil par l'embrasure de la porte pour apercevoir une large pièce, horriblement familière. Des mains se posent sur mes épaules et me poussent à travers la porte entrouverte.
La pièce est plongée dans un silence complet, bien que j'aperçoive une dizaine de personnes présentes.
C'est un silence pesant, rempli de tension et de peur.
Ils sont vêtus de grandes robes noires et forment un demi cercle autour de l'énorme trône qui domine toute la salle. Ce même trône surplombé d'un grand serpent de pierre.
Et ce trône n'est plus vide désormais.
Oh mon Dieu, mon Dieu !
Tout le monde se retourne vers nous, vers moi, lorsque nous entrons dans la salle. Aucun d'eux ne porte de masque.
Je suppose qu'ils n'ont pas besoin de protéger leur identité devant ceux dont ils ne comptent pas laisser la vie.
Je fixe rapidement mon regard sur le sol. Je ne veux pas le voir, ni savoir à quoi il ressemble.
On me pousse vers le trône. J'essais de contrôler ma respiration.
Sois courageuse Hermione. Sois une Gryffondor.
Un couple de Mangemorts s'écarte pour nous laisser passer, alors que nous nous dirigeons vers cette chaise grotesque. Soudain, mes jambes se dérobent sous mon poids et je tombe à genoux sur le sol dur. Une douleur traverse mes jambes et j'entends les Mangemorts ricaner.
Ne les laisse pas gagner…
Je me relève en tremblant. Je pourrais être terrifiée au delà de tout ce que je peux imaginer, mais j'ai encore ma fierté.
Je ne veux pas regarder ce trône. Mais ma fierté risque de ne pas me mener bien loin.
Lucius fait un pas devant moi et s'avance pour adresser la parole à l'homme sur le trône.
« La fille que vous avez exigé, mon Seigneur. »
Les moqueries des Mangemorts se dissipent alors qu'ils attendent la réponse, et un silence tendu remplit de nouveau la pièce. Cela me paraît durer une éternité.
« Laisse-moi voir son visage. »
Oh mon Dieu, cette voix ! Elle est si aigue et si… froide. Mais il n'y a pas que ça, il y a autre chose. Il y a quelque chose dans cette voix, comme des ongles grinçant sur un tableau noir. Elle s'insinue en moi, me faisant frémir.
Si le simple fait d'entendre sa voix me faire frissonner, comment vais-je réagir en le voyant ?
« Lève les yeux, Sang-de-Bourbe. » La voix de Lucius. Elle ressemble trait pour trait à celle qu'il utilisait un moment auparavant, lorsque nous étions seuls : trainante et froide. Mais il y a une nouvelle note en elle, quelque chose qu'elle n'avait pas avant.
Je pense que c'est de la peur.
« Lève les yeux ! » me siffle-t-il avec colère.
Je ne vais pas regarder ce trône, je ne veux pas. Je ne veux pas voir…
Je ne peux pas.
Je ne peux pas !
« Elle ne semble pas être en mesure de faire ce que tu dis, Lucius. »
De nouveau cette voix froide. Je résiste à l'envie de grimacer.
« Oh, j'ai appris à connaître cette fille durant notre voyage pour venir ici, mon Seigneur » dit la voix de Lucius. Je ne m'étais pas trompé, il y a bien de la peur dissimulée dans cette voix. Il y a une sorte de… d'audace forcée dans ses mots. « Elle semble tout à fait incapable d'obéir volontairement. J'ai essayé de lui apprendre l'humilité mais elle a été réticente à accepter l'idée qu'elle est inférieure à nous. »
Je ne suis pas inférieure à toi, pauvre salop !
« Je pense cependant qu'avec un minimum de persévérance, sa volonté pourrait être brisée » ajoute Lucius d'une voix trainante. « Elle est seulement une enfant, après tout. »
J'ai dix-sept ans. Je ne suis plus une enfant.
Dans ce cas, pourquoi ne regardes-tu pas ce trône ?
« C'est la même chose avec tous les Moldus, Lucius. » J'aimerai porter mes mains à mes oreilles pour ne plus entendre cette voix affreuse, mais je ne serais pas faible. « Ils ne peuvent pas se rendre compte de leur propre insignifiance. Ils sont si faibles, si inutiles par rapport à nous, et pourtant ils ne peuvent pas le voir. Leur arrogance refuse d'accepter leur infériorité. Et comme ils n'ont pas réussi à nous détruire, ils ont décidé de pousser leurs enfants dans notre monde, les faisant passer pour des sorciers ou dans ce cas, pour des sorcières. »
Je suis une sorcière. J'ai autant de pouvoir magique que n'importe lequel d'entre vous !
Du coin de l'œil, je peux voir le bas de sa robe bouger alors qu'il se lève de son trône et s'approche de moi.
Je ne peux respirer tellement j'ai peur. Je peux sentir la piqure des larmes sous mes paupières et je serre les dents dans la lutte. Je ne suis pas faible, je ne suis pas faible…
Mais je n'arrive pas à le regarder.
Il s'arrête à quelques pas de moi. Je peux apercevoir une grande partie de son corps dans sa robe noire. Il est grand, et très mince, je pense. Et ses mains… Elles sont comme deux grandes araignées blanches. Sa peau ne semble avoir aucune couleur je peux voir les veines pourpres en transparence.
Mais je ne peux pas encore voir son visage et j'en suis heureuse.
« Regarde-moi Sang-de-Bourbe. »
Je ne veux pas.
Je sens un gout de nausée au fond de ma gorge. Je suis tellement effrayée.
Je ne le regarderai pas !
Il est tout près de moi. Pas aussi près que Lucius a régulièrement pu l'être au court de ces dernières 24h mais assez proche tout de même. Je peux sentir… quelque chose qui émane de lui. Je peux presque sentir sa cruauté, s'infiltrant dans l'air autour de nous, à en polluer l'atmosphère.
Est-ce seulement le fruit de mon imagination ? Je l'ignore. Mais je tremble de peur.
« Le Seigneur des Ténèbres vous a ordonné de le regarder, Sang-de-Bourbe » résonne une nouvelle fois la voix de Lucius. Il est en colère contre moi, je peux l'entendre à l'intonation qu'il utilise. « Vous allez obéir à votre nouveau maitre. »
Hier, j'aurai répondu à Lucius que personne n'était mon maitre, et encore moins ce soi-disant Seigneur des Ténèbres. Mais là je ne peux pas. Si Lucius m'effrayait, ce n'était rien comparé à la terreur que je ressens face à la présence de son maitre.
Voldemort se met à rire doucement.
« Il semble que tu perds ton autorité Lucius » raille-t-il. Sa voix est aussi douce et sinistre qu'un serpent rampant sur l'herbe fraiche. « Avant d'aller à Azkaban, tu pouvais sans effort faire tomber à tes pieds n'importe quel sorcier adulte. Il semble maintenant que tu n'ais même plus la force de convaincre une simple écolière.»
Un rire nerveux parcoure le cercle des Mangemorts, et lorsque Lucius prend la parole, sa voix est tendue.
« Si vous me permettez mon Seigneur… »
Je vois ses pieds s'approcher de moi, sa baguette tendue vers le bas. Je sens alors un poids invisible sur mon dos, m'obligeant à me mettre à quatre pattes sur le sol. Mes paumes frottent durement la pierre. J'essaye de me relever mais la force exerce toujours une pression sur le dos.
Tout va bien. Il ne s'agit pas d'une réelle obéissance je ne veux pas ramper devant lui…
Une main invisible me saisit le menton. Elle me force à lever la tête et à leur faire face.
Non…
Ce… ce n'est pas un humain. Son visage. Le visage de Voldemort. Il ne peut pas être un homme. Il est comme un serpent, mais avec des traits humains. Et ses yeux ! Ils sont… rouges, avec des fentes en guise de pupille. Mais ce n'est pas la chose la plus terrifiante. Il n'y a aucune… lumière, aucune âme derrière ces yeux. Les regarder revient à se plonger dans un profond gouffre de cruauté.
Il fait courir ses yeux sur mon visage, semblant presque déçu. Je… je ne peux pas continuer à le regarder. Je ne peux plus déplacer ma tête mais je peux encore déplacer mes yeux. Je les décale du visage de Voldemort et vient les poser sur Lucius. Son visage, que j'ai tant hait hier, est au moins humain. Ses yeux sont peut être froids, mais il y a… quelque chose derrière.
Quelque chose d'humain, quoi qu'il en soit.
« Voici donc la fameuse Hermione Granger dont toi et ton fils m'avez parlé, Lucius » Voldemort s'adresse à Lucius mais je peux voir du coin de l'œil qu'il me fixe toujours. « Vu ce que tu m'as dit ce matin, je m'attendais à un peu plus d'esprit de sa part. Je dois avouer que je suis un peu déçu. Les regarder lutter contre nous est toujours amusant -»
« Il semblerait que votre présence ait fait disparaître une bonne partie de son arrogance, mon Seigneur -» commençe Lucius d'une voix suave.
Voldemort retient un petit rire. « Tu n'as pas perdu ta grande capacité à dire ce que les gens souhaitent entendre, Lucius. »
Je me déteste de ne pas riposter, mais alors que mon audace était hier à son apogée, tout mon courage m'a aujourd'hui abandonné. Je n'ai jamais, jamais eu aussi peur de toute ma vie. Je me croyais terrifiée hier, mais cette terreur paraît bien pâle face à celle que je ressens en ce moment.
« Regarde-moi. »
Je ne peux pas. Je ne peux pas le regarder à nouveau. Je garde mes yeux rivés sur Lucius, qui accueille mon regard fixe par un haussement de sourcil.
« REGARDE-MOI ! »
Je sens une décharge de douleur striant mon visage. Je retient mon souffle et regarde Voldemort malgré moi. Je plonge dans ses yeux rouges et sans âme lorsqu'il me parle.
« Ah, petite Sang-de-Bourbe » dit-il en me souriant. « Si tu savais à quel point tu vas te révéler utile. Tu as passé ta vie entière sans avoir aucune valeur, rejetée aussi bien par ton peuple que par le notre. Mais tu as aujourd'hui la chance de trouver enfin un sens à ta vie avant de mourir, en nous prouvant que tu peux être utile à notre cause. »
Avant de mourir ?
Ils vont me tuer. Je suis déjà allée bien bas, mais il vient de le confirmer. Ils vont obtenir ce qu'ils ont besoin, puis ils vont me tuer.
Et je ne reverrai jamais Maman et Papa, ni Ron, ni Harry !
« Ce que tu dois te demander, c'est de quelle façon tu peux nous aider ? » Son regard ne quitte pas le mien. Il s'insinue en moi comme de la glace. « Veux-tu nous rendre la tâche plus facile ou bien découvrir jusqu'à quel point tu peux supporter la douleur ? »
Comment pourrais-je répondre à ça ? Je dis que je veux les aider, et je me transforme en traitre. Je dis que je ne veux pas, et ils vont me torturer. Je ne peux pas choisir entre ces deux extrémités.
Je garde ainsi le silence.
Ses yeux ne semblent pas en colère. Je ne pense pas qu'il y ait assez d'humanité dans ses yeux pour qu'ils paraissent en colère. Mais ils sont d'une certaine façon plus obscurs, et lorsque sa voix perce le silence de la salle, sa fureur se fait entendre.
« Réponds moi, fillette ! »
Une douleur pointue atteint encore mon visage. J'ai le souffle coupé, mais je ne répondrais pas.
« Voyez-vous ça ? » Il crie presque maintenant. « Voyez-vous comment cette insolente Sang-de-Bourbe me désobéit ? »
Il retourne vers son trône et s'y assoies. Durant un long moment, le silence emplit la salle tandis qu'il me fixe durement. Je peux sentir un frisson s'échapper du cercle des fidèles. Ils semblent être plus effrayés par ses silences que par ses paroles.
« Punie la pour moi, Lucius. »
Je regarde Lucius, qui sort déjà sa baguette. Il reste un instant avec la baguette levée, puis l'abaisse lourdement vers moi d'un mouvement latéral.
Un coup de poing énorme s'abat sur mon estomac. Tout mon oxygène s'évapore alors que mes entrailles s'embrasent. Mon Dieu que ça fait mal ! Ma tête tombe en avant et mes cheveux tombent en cascade sur mon visage alors que je cherche à respirer.
« Tu vas me répondre, fillette ! »
La voix de Voldemort à nouveau. Je lève la tête vers lui, respirant lourdement par le nez puis je déplace mon regard vers Lucius, dont les yeux sont plus froids et plus détachés que jamais.
Comment peut-on blesser quelqu'un comme ça, sans se sentir le moins du monde coupable ?
Je m'en fous. Il n'est pas important.
Je renvoie mon regard sur Voldemort, et je lui donne la seule réponse que je peux donner.
« Je ne vous dirai rien. » Je ne peux pas me lever mais je lève là tête aussi haut que je le peux, respirant fortement dans l'espoir de me débarrasser de la douleur dans mon estomac et mes côtes. « Vous pouvez me torturer, vous pouvez me tuer. De toute façon je sais que vous ferez les deux. Mais je ne vous aiderai pas à gagner cette guerre. La douleur que vous m'infligerez ne sera rien pour moi, aussi longtemps que je souffrirais pour une cause juste. »
Voldemort sourit. Non, ce n'est pas un sourire la façon dont ses lèvres s'étirent est tout simplement terrifiant. Aucun sourire ne peut ressembler à ça. Il lève sa baguette…
« Endoloris ! »
Oh DIEU ! De la douleur, tant de douleur, comme je n'en ai JAMAIS connu. C'est comme si chaque nerf de mon corps était en feu et je ne connais plus rien, rien, rien, à part la douleur. Je griffe le sol, mes bras, mon visage, ça ne s'arrêtera pas, il ne l'arrêtera pas, Dieu aide moi, JE NE PEUX LE SUPPORTER…
Le silence. Un silence miraculeux, et une absence de douleur.
Je suis étalée sur le sol, ma tête posée sur la pierre froide. Je tremble et j'ai mal partout.
Des rires. Les Mangemorts, Voldemort, Lucius, tous rient de moi.
Je viens de connaître plus de douleur physique en quelques minutes que je n'en ai connu dans ma vie entière, et ils se moquent de moi.
Jésus Christ.
« La douleur ne te fais rien, Sang-de-Bourbe ? » ricane Voldemort. « Ton indifférence est bien dissimulée La douleur semble te déranger énormément. »
Je lève la tête. Je regarde Lucius qui se penche vers moi avec un sourire triomphant. Il est tellement plus facile de le regarder lui, plutôt que Voldemort.
Tu aimes ça n'est-ce pas ? Je pense au plus profond de moi. Je déverse toute ma haine et toute ma colère en le regardant.
« Vous êtes un lâche. »
Je voulais seulement le penser, pas le dire mais mes lèvres se sont mises à bouger, formant les mots silencieusement.
Lucius me regarde, le sourire disparaissant de son visage.
Je pense qu'il sait ce que j'ai dit.
Voldemort ne me regarde plus. Il se tourne vers Lucius qui éloigne son visage du mien pour le diriger vers son maitre.
« Je la laisse à ta charge » dit Voldemort d'une voix sèche à Lucius. « Je pense que tu comprendras si je te dis que même si les informations qu'elle nous donne sont importantes, je n'ai pas de temps à perdre à les obtenir. »
Ils veulent que je leur donne des informations. Il vont me torturer pour ça, et puis ils vont me tuer…
Ne les laisse pas gagner.
« Je veux que tout ce qu'elle dise soit mis par écrit, mot pour mot » ordonne la voix de Voldemort. « Tu peux faire appel aux autres si nécessaire, aussi longtemps qu'ils n'ont pas d'autres tâches à accomplir. » Il fait une pause avant de reprendre. « Je n'ai que faire des méthodes utilisées, à partir du moment où tu m'obtiens les informations nécessaires. As-tu bien compris, Lucius ? »
« J'ai bien compris, mon Seigneur. »
Lucius s'incline devant son maitre, et ce dernier lève la main dans ma direction.
« Emmène-la. Et assures toi qu'elle parle. »
Je regarde Lucius, qui me sourit malicieusement.
« Ca sera un réel plaisir, mon Seigneur. »
