'Dieu m'endurci contre moi-même,

Ce lâche avec une voix pathétique

Qui a envie de se reposer et de se réjouir

Moi, véritable traître pour moi-même;

Mon ami le plus infidèle, mon ennemi juré,

Mon propre boulet attaché à mon pied.' – Christina Rossetti, Qui pourra me sauver ?

Douleur, nom commun - Sensation physique ou morale pénibleSensation physique anormale et pénible ressentie dans une partie du corps, provoquée par le mauvais fonctionnement d'un organe ou par une agression extérieure Sentiment pénible, détruisant la quiétude de l'âme, provoqué par une peine morale Souffrance affectant l'être tout entier.


Chapitre 3 La vertu de l'obéissance

Où est-il ?

Je plie mes genoux sous mon menton et les entoure de mes bras pour m'y blottir.

Je tremble. Mes dents claquent sous le coup de la peur.

Je souhaiterai presque qu'il fasse ce qu'il a à faire tout de suite, plutôt qu'il me laisse là à attendre.

Il ne m'a pas dit quand il reviendrait. Il ne m'a même pas regardé lorsqu'il m'a ramené à ma cellule. Il s'est juste contenté de claquer la porte derrière moi lorsque j'ai osé lui demander ce qu'il allait se passer à son retour.

Il ne m'a pas regardé une seule fois.

Il semble que de longues heures se soient écoulées depuis. Il est possible qu'il ne se soit en réalité passé que cinq minutes, mais le temps passé dans la peur s'écoule toujours tellement plus lentement.

Pourquoi ne revient-il pas ?

Tu devrais être contente qu'il ne soit pas encore revenu. Tu sais bien ce qu'on lui a ordonné de faire. Tu as entendu ce que Voldemort a dit…

Je ne suis pas impatiente qu'il revienne, pour l'amour de Dieu !

C'est juste… Je déteste rester assise ici, à attendre. A me demander ce qu'il va se passer. Attente interminable.

Il le fait probablement exprès. Utiliser la souffrance mentale en me laissant dans l'ignorance la plus totale, en me faisant imaginer ce qu'il pourrait faire de moi ou non.

Et que va-t-il faire de moi ?

Si on prend en compte le fait qu'on m'appelle la sorcière la plus brillante de mon âge, alors c'est une question totalement stupide. Bien sur que je sais ce qu'il va me faire…

Seulement, je ne connais pas vraiment les détails, et c'est bien ça le pire en quelque sorte. Je ne sais pas à quoi et comment me préparer.

Bon, au moins ça ne sera pas Voldemort qui me torturera cette fois. Je suppose que je devrais en être heureuse. Si jamais je vois encore une fois ce visage affreux, je fais une syncope.

Mon Dieu, ces yeux. Je ne pourrais jamais les oublier. Rouge, sans âme, des pupilles comme celles des serpents, des yeux sans fond – si parfaits dans leur cruauté.

Je prends ma tête dans les mains, me tirant les cheveux pour essayer de me sortir ce visage de mon crâne.

Au moins, Lucius est… je ne sais pas…

Humain. De chair et de sang. Réel.

Peut être qu'il ne me blessera pas. Il pourrait simplement utiliser le Veritaserum. Je ne vois vraiment pas pourquoi il ne ferai pas ça… Ca doit certainement être plus rapide, et plus doux, n'est-ce pas ? Juste une gorgée et tout serait fini.

Mais je n'ai pas le droit d'espérer qu'il utilise cette méthode. Au moins, s'il me torture, j'aurai la possibilité de surmonter la douleur. Je préfère passer par tous les tourments plutôt que de leur donner les informations qu'ils veulent… Pas vrai ?

Je n'avais encore jamais réalisé à quel point une peur intense pouvait blesser physiquement.

Peut être que je pourrais lui mentir. Ca me permettrait peut être de m'en sortir. Je pourrais faire semblant de ne pas supporter la douleur, et lui donner de fausses informations. Je vais devoir faire en sorte que mes mensonges ne causent de tort à personne, et si j'y arrive je pourrais être en mesure de passer entre les mailles du filet sans trahir mes proches.

Mais alors… quand ils auront eu les informations qu'ils cherchent, ils vont me… me…

Mon cœur manque un battement, alourdi par la terreur absolue.

Je n'ai que dix-sept ans. Je ne veux pas mourir.

Il m'arrivait de rester éveillée certaines nuits, m'interrogeant sur la mort. Et de ce qui pourrait y avoir après. Il est difficile de bien respirer lorsqu'on commence inévitablement à envisager la notion d'oubli, de l'infini…

Je resserre mon étreinte sur ma tête, m'arrachant presque les cheveux.

Je ne vais pas y penser. Je ne veux pas.

Mais comment pourrais-je ne pas y penser ?

Non, je dois me ressaisir. Je ne peux pas leur laisser avoir ce qu'ils veulent.

Je lâche ma tête, et je contemple mon jean crotté.

J'aimerai tellement me laver et changer de vêtements. Je porte ces vêtements depuis… depuis combien de temps suis-je ici ?

Je l'ignore mais je porte ces vêtements sales depuis bien trop longtemps.

Je me demande s'ils vont m'apporter des vêtements propres ?

Pourquoi le feraient-ils ? Ils ne t'ont même pas donné à manger, alors pourquoi te fourniraient-ils des vêtements propres ?

Mon estomac grogne douloureusement. Je n'ai rien mangé ni bu depuis le jour où il m'a enlevé. J'avais diné quelques heures plus tôt. Si j'avais su au moment là que c'était, pour ainsi dire mon dernier repas, je l'aurai savouré un peu plus. Le poulet grillé et les légumes n'auraient jamais été aussi bons.

Actuellement, je suis plus assoiffée qu'affamée. Ma gorge est si sèche qu'elle en est presque douloureuse. La salive me colle à la gorge alors que j'essaye de l'humidifier.

Je m'allonge sur le dos et regarde le plafond sans vraiment le voir. Mon esprit est saturé, si saturé qu'il est sur le point d'exploser.

Comment Diable vais-je faire pour ne pas céder à ce qu'ils veulent ?

Je me rappelle clairement le visage de Lucius, hilare alors que Voldemort venait de me torturer.

C'est un sadique. Un véritable sadique.

Il doit vraiment me détester pour pouvoir rire ainsi alors que je hurle de souffrance.

Pourquoi me hait-il autant ?

Ne pense pas à ça. Tu peux toujours en avoir une idée, mais tu ne le sauras probablement jamais. Essaye juste de garder la tête claire.

J'ai besoin de me préparer. J'ai besoin de me durcir avant qu'il ne revienne. Je dois être prête.

Et… comment ?

Je commence par faire quelques exercices de respiration. J'inspire, j'expire. D'une respiration profonde et rythmée. Inspiration, expiration.

Je tends tous les muscles de mon corps, aussi fort et aussi longtemps que possible, puis je les relâche. Je le fais encore et encore. Inspiration, expiration.

Je tends mon corps aussi loin que je le peux, allongeant mes jambes et mes orteils, levant les bras haut au dessus de ma tête. Je sens la chaleur des picotements le long de mes membres.

Respire. Inspiration, expiration. Respire. Respire.

J'essaie de renforcer mon esprit aussi bien que mon corps. Je ne m'attarde pas sur des pensées heureuses devenir sentimentale en ce moment, reviendrait à devenir vulnérable. Je me concentre plutôt sur toutes les horreurs que ce genre de personnes est capable de faire. Je me concentre sur chaque petit brin de douleur qu'ils ont infligé à ceux que j'aime. Je porterai ma colère telle une armure.

Les élèves pétrifiés en deuxième année. Les grands yeux jaunes qui me fixaient dans le miroir que j'avais en main. Les sentiments de culpabilité de Ginny concernant le Basilic. Mimi Geignarde enfermée à jamais dans son corps d'adolescente. Sirius, croupissant dans une cellule d'Azkaban. Les cauchemars de Harry concernant le cimetière où il a vu Cédric Diggory mourir.

La porte émet un déclic.

Je me remets sur pieds aussi vite que je peux. Je ne vais pas le laisser commencer avec un avantage sur moi.

Lucius entre silencieusement dans la pièce. Il ferme doucement la porte derrière lui et la verrouille avec sa baguette. Il ne sourit pas, il ne se moque pas, il ne fronce pas les sourcils. Son visage est un masque blanc, ne montrant aucune émotion.

Je ne vais pas avoir peur de lui, je ne veux pas.

Il est seul. Il pense sans doute que ce sera un jeu d'enfant et donc qu'il n'a besoin d'aucune aide pour me faire parler.

Ou peut être est-il gourmand, et préfère garder la gloire pour lui seul.

De toute façon, je suis enfermée dans une cellule avec un homme qui veut me voir souffrir.

J'ai besoin d'être forte. Je dois garder en mémoire ces images de haine et de souffrance.

Les yeux de Neville, brillants de larmes alors qu'il parle de sa mère. Bellatrix Lestrange se moquant de lui.

Il dirige son regard sur moi, rapidement et calmement.

« Maintenant Miss Granger, vous allez répondre à mes questions. Vous allez y répondre rapidement, et vous allez y répondre correctement. Dois-je être plus clair ? »

Respire. Inspiration, expiration.

« Vous allez devoir me tuer avant que je ne vous dise quoi que ce soit. »

Il sourit avec condescendance. « Mettons tout ceci en pratique, voulez-vous ? »

J'ai chaud. La pièce est chaude et étouffante et ma respiration rythmée s'échappe alors que je n'arrive pas à remplir mes poumons assez rapidement.

Je ne peux pas laisser la peur me battre. Je remplis mon esprit de colère et de haine.

Harry rongé par la culpabilité, après avoir involontairement attiré Sirius vers une mort certaine. Ron allongé sur un lit d'hôpital après avoir été empoisonné.

Il sort une petite fiole de sa robe et me la tend.

« Puis-je vous offrir un verre ? »

Poussée par l'instinct, je lui arrache presque la petite bouteille des mains et la porte avidement à mes lèvres desséchées. Je sens le merveilleux liquide envahir ma gorge.

Oh mon Dieu, mais qu'est-ce que je fais ?

Je lui remets rapidement la bouteille dans ses mains, furieuse de ma propre stupidité. Il aspire un petit rire alors qu'il reprend le breuvage.

« Oh, vous pensez que je suis en train de vous piéger ? Vous croyez vraiment que je suis assez stupide pour me contenter de verser quelque chose dans votre verre ? Quelque chose pour délier votre langue ? Vous m'offensez Miss Granger. Croyez le ou non, j'essayais seulement de faire preuve d'hospitalité. »

D'hospitalité ?

Il prend une longue gorgée du liquide, avant d'enlever le flacon de ses lèvres et de me sourire. « Oui, je voulais être poli. Mais puisque vous ne semblez pas vouloir boire… »

Il renverse la bouteille, ce qui permet au contenu d'éclabousser le plancher. Je regarde le clair liquide courir sur les sombres pavés, avant de disparaitre entre les interstices.

Salaud. Espèce d'enfoiré… Oh, j'ai tellement soif !

Il range la bouteille dans sa poche et sort de ses robes un parchemin et une plume. Il fait léviter par la magie le bout de papier, et la plume vient se positionner juste devant, prête à gratter. Cette méthode ressemble trait pour trait à celle qu'utilise Rita Skeeter. Mais cette plume n'est pas vert acide comme a pu être la sienne, elle est plutôt rouge sang et beaucoup plus petite. Il reste debout devant le parchemin et tourne son visage vers moi, remarquant ma curiosité.

« Il s'agit d'une plume spéciale » me fit-il remarquer comme s'il s'agissait d'un premier entretien professionnel. « Si vous dites la vérité, l'encre écrira en noir si vous mentez, elle sera rouge. » Il me sourit d'une manière moqueuse. « Simple précaution, vous comprenez. S'il vous plait, ne vous sentez pas offensée dans le fait que je ne vous croie pas capable de dire la vérité. »

Zut. Bon, le mensonge n'est plus une option. J'aurai dû me douter qu'il ferait en sorte que je dise la vérité. Mais il me reste encore une alternative j'ai encore la possibilité de garder ma bouche fermée.

Il se recule d'un pas face au parchemin et à la plume en lévitation et commence à parler d'une voix forte et claire.

« Lucius Malefoy, entrevue avec la prisonnière Sang-de-Bourbe dans la cellule numéro quinze. »

La prisonnière Sang-de-Bourbe ? Est-ce que 'Hermione' serait trop demandé ?

La plume se met à gratter le parchemin d'une encre noire. Lucius hoche la tête d'une satisfaction apparente, avant de revenir vers moi avec un petit sourire.

« Etes-vous prête ? »

Montre lui que tu es forte.

Je lui souris à mon tour, étirant mes lèvres avec une certaine difficulté. « Bien sur. »

Il hausse les sourcils face à mon audace, mais continue de sourire, appréciant ce petit jeu de sa propre confection. Il tire sa baguette de sa robe. « Dans ce cas, nous pouvons commencer. »

Quel stupide mensonge.

« Pour commencer, Miss Granger » dit-il presque poliment. « En guise d'échauffement si je puis dire, je veux que vous me citiez les noms des amis de Harry Potter. »

Quoi ?

Je le regarde fixement. « Je peux me tromper mais votre fils n'est-il pas à l'école avec nous ? » je demande. « Ne serait-il pas plus facile pour vous d'obtenir cette information par son biais ? Je sais qu'il n'est pas brillant mais il n'est quand même pas stupide au point de ne pas avoir vu qui étaient les amis de Harry à Poudlard. »

Je reçois une claque cinglante sur le visage, bien qu'il ne m'ai pas touché. J'avale difficilement.

Il ne sourit plus du tout.

« Je ne vous ai pas demandé d'insulter mon fils, Sang-de-Bourbe » dit-il en pointant sa baguette sur moi. « Je vous conseille de faire disparaître cette attitude exaspérante de Miss Je-sais-tout. Il me semble vous avoir demandé de citer les noms des amis de Potter. »

« Vous savez qui sont ses amis. » Bien que je veuille rendre son travail aussi difficile que possible, je ne vois vraiment pas pourquoi il me demande ce genre de chose. « Vous devez bien avoir une idée, sinon pourquoi m'auriez-vous fait venir ici pour répondre à vos questions ? »

La piqûre aiguë me cingle à nouveau la joue, mais j'étais prête cette fois.

« Vous semblez bien lente à comprendre que je ne suis pas ici pour vous faire la conversation, aussi passionnante soit-elle. » Sa voix redevient très calme. Je dois commencer à l'agacer. « Je veux que vous me disiez ce que j'ai besoin de savoir. La raison pour laquelle je n'ai pas demandé cette information à Drago, est qu'il ne vous a jamais vu en dehors de Poudlard. Il ne peut donc pas me dire quels sont les amis de Potter en dehors de l'école. Mais vous, si. Donc, si vous voulez rendre les choses plus faciles, je vous suggère de me donner le nom de chacun de ses amis. Il est cependant inutile de vous citer vous-même ou de citer ce bon à rien de fils de Arthur Weasley. Il n'a absolument aucune valeur. Si nous ignorerions que vous trois êtes aussi proches, vous ne seriez pas ici. »

Je concentre toute mon énergie à le haïr pour avoir osé qualifier Ron de personne sans valeur. Bon, c'est vrai que Ron peut être un peu idiot parfois, mais il est également doux, attentionné et drôle, et Lucius Malefoy ne serait même pas digne de lui cirer les bottes.

Il commence à taper du pied, dans l'attente d'une réponse.

« Vous voulez les noms des amis de Harry ? » dis-je, essayant de garder ma voix aussi calme que possible. « Je vais vous les donner. »

Ses sourcils s'arquent sous la surprise. Il ne s'attendait pas à ce que je lui donne les réponses aussi facilement.

« Et bien, je vous remercie de me rendre la vie un peu plus facile. Il semble que vous ayez un peu de bon sens, après tout. »

« Vous voulez ces noms ou non ? » je demande.

Il fait une pause. « S'il vous plait. »

Il va me faire mal. Mon Dieu ce qu'il va me faire mal.

« Leurs noms sont Donald Duck, Mickey Mouse, Kermit la grenouille-»

Il ne reconnaît pas les noms que je cite, ce sont des inventions Moldues après tout. Mais il sait que ce sont des idioties sans même jeter un œil à l'encre du parchemin. Son visage s'assombrit par la colère mais je ne m'arrête pas pour autant.

« Timide, Dormeur, Simplet, Tom Pouce »

Je jette un œil à la plume. Elle fonctionne parfaitement, griffonnant sur le papier chaque stupide mot que je dis. Je commence à rire. Je sais que je devrais arrêter, que ce n'est pas vraiment drôle mais je ne peux plus m'empêcher de rire. Je ris tellement que je n'arrive même plus à sortir mes mots de ma-

La douleur me stoppe net.

Je souffle et baisse mon regard vers ma main. Mes doigts sont… pliés… en arrière.

« Je suis heureux que vous trouviez ça amusant » dit Lucius, sa voix dégoulinant d'un sarcasme impitoyable. « Après tout, si nous ne pouvons pas rire de nous même, de quoi pouvons-nous rire ? »

Je lève les yeux vers lui, m'attendant à le voir sourire. Mais il n'en est rien. Son visage est à nouveau un masque froid alors qu'il pointe sa baguette vers ma main. Je rebaisse la tête pour voir que mes doigts sont presque pliés à angle droit. Horrifiée, j'essaye de me servir de mon autre main pour les maintenir en place, mais cela s'avère inutile car ils continuent quoi que je fasse à être tirés vers l'arrière. Vers l'arrière, et encore vers l'arrière.

« Ah… Aaah ! »

« Ca fait mal, n'est-ce pas ? »

Je sens la peau de ma paume tellement tendue qu'elle est proche de la déchirure. Les os de mes doigts pointent sous la peau, et se fissurent alors qu'ils souffrent de la pression. Je serre les dents, mais même en essayant de me retenir, je commence à crier des mots sans réel sens sous le coup de la douleur.

« Est-ce que ça fait mal, petite Sang-de-Bourbe ? » Il doit élever la voix pour que je l'entende par delà mes supplications. « Sentez-vous vos doigts se briser, criant pour qu'on leur fasse grâce ? Est-ce que dissimuler l'information que je demande, vaut cette souffrance ? Vous pouvez y mettre fin vous savez tout de suite, si vous le voulez vraiment. Dites moi ce que je veux savoir. »

Ils sont repliés au maximum de leur capacité, mais la pression continue implacablement à les pousser vers l'arrière, encore et encore. La pression devient insupportable et je ne peux rien faire contre elle. Je commence à crier. Oh mon Dieu, pourquoi ça ne s'arrête pas ?

Dit lui juste les noms des amis de Harry.

« NON ! » je hurle, et au moment où je pousse ce cri, une énorme douleur se propage en moi alors que mes articulations se déchirent. Je hurle à l'agonie et les larmes commencent à rouler sur mes joues, et cette pression…

Elle s'arrête.

Mais la douleur reste.

Je regarde ma main. Mes doigts sont difformes et tordus. Je n'arrive pas à les bouger, peu importe les efforts que je fais.

« Vous… Ils sont totalement brisés-» je m'étouffe dans un sanglot.

« Félicitations, Miss Granger. »

Je berce ma main détruite contre ma poitrine comme s'il s'agissait d'un animal blessé ou d'un bébé en pleurs. Je m'affale contre le mur, m'y pesant de tout mon poids dans un effort désespéré pour rester sur mes pieds. Je détourne la tête, dissimulant mon visage à sa vue. Je ne vais pas lui donner la satisfaction de voir la souffrance dont il est responsable.

J'entends ses pas se déplacer dans la pièce, s'arrêtant juste devant moi.

« Je pense que nous ferions mieux de continuer » dit-il d'une voix parfaitement calme.

Aucune émotion. Aucun remord. Aucune pitié. Comment peut-il être aussi calme après ce qu'il vient de me faire ?

« Je veux que vous me donniez les noms des amis de Harry Potter. »

Je lève la tête et le regarde à travers les larmes qui brulent mes yeux. « Vous êtes… cruel… Vous… inhumain. »

« Croyez-moi, j'ai déjà entendu ce discours auparavant » dit-il en me coupant la parole, tout en roulant des yeux d'un air ennuyé. « Tout commentaire que vous allez faire sur ma personne, n'est absolument pas nouveau pour moi. »

Il s'en fout. Il n'en a strictement rien à faire-

Je ne peux pas le regarder. Je laisse glisser mon regard vers le sol.

« Maintenant, » poursuit-il d'une voix basse, « dites-moi ce que je veux savoir et je réparerai votre main en une seconde. »

Non. C'est totalement absurde. Personne ne pourrait faire subir ça à autre être humain…

Ca serait si terrible de lui dire ce qu'il veut ?

OUI !

Pourquoi ?

« Ma patience n'est pas illimitée, Sang-de-Bourbe. » Sa voix m'arrache de mes pensées. « Je vous conseille de ne pas aggraver vous-même les choses. »

Je le hais. Je le hais tellement que j'aimerai qu'il meure.

« Pourquoi avez-vous tellement besoin de cette information ? » je demande, furieuse que ma voix prenne une intonation incontrôlable. « Pourquoi avez-vous besoin de connaître les amis de Harry ? Cette information vaut-elle de torturer un être humain pour l'acquérir ? »

J'agrippe mes pauvres doigts détruits sur ma poitrine, mon corps entier s'agitant de façon incontrôlable. Un long silence s'installe, uniquement ponctué par ma respiration lourde.

« Cette information est importante, croyez-moi. Pensez-vous que je vous demanderai de me la fournir si elle n'était pas importante ? » Sa voix est à nouveau très calme. Je ne le regarde pas lorsqu'il me parle. « Et je n'apprécie pas du tout vos reproches. Vous pourriez mettre fin à ces souffrances en un claquement de doigts mais vous n'avez même pas l'intelligence de base pour sauver votre peau. On pourrait dire que vous avez vous même attiré cette douleur sur vous, avec votre entêtement et votre obstination. »

« Que voulez-vous que je fasse ? » Je pleure des larmes de douleurs. « Que je vous dise ce que vous voulez et par là même que je trahisse les gens que j'aime ? Vous voulez que je sois comme vous, et que j'abandonne tous mes principes pour survivre ? »

« C'est une mauvaise chose, à vous entendre » répond-t-il avec nonchalance. « Croyez moi, vous ne survivrez pas à ce genre de situation aussi longtemps que vous déciderez de rester fidèle à vos principes. »

Il me saisit par le menton et m'oblige à le regarder. Son expression est impénétrable. « Maintenant, allez-vous m'aider, et ainsi vous aider vous-même ? Ou avez-vous besoin d'un peu plus de… persuasion ? »

Même si je sais déjà ce que je vais répondre, j'ai du mal à faire sortir les mots de ma bouche. « Je ne vous aiderais jamais, salopard ! »

Il me lâche le menton et se saisit brutalement de ma main blessée, sans se soucier de mes os brisés.

« N'en avez-vous pas assez fait ? » je hurle.

Il s'arrête, me regardant d'un regard aussi froid que la pierre. « Il apparaît que non. »

Il touche ma paume du bout de sa baguette magique, et murmure une incantation que je ne peux entendre.

C'est alors que ma main commence à brûler.

Au début, il s'agit seulement d'un picotement, à peine plus douloureux qu'une piqure d'ortie. Mais il se développe rapidement, de plus en plus chaud, pour exploser dans une brûlure infernale. Elle se déplace le long de mes nerfs, et mon bras est secoué de secousses électriques. Un fer à repasser est pressé à même ma peau et je crie, je crie, tombant à genoux alors qu'il tient toujours ma main dans la sienne et qu'il appuie toujours le bout de sa baguette dans ma paume.

Je peux sentir ma peau bouillir !

Je griffe sa jambe de ma main valide, hurlant à ses pieds. « Mon Dieu, ohmondieu, s'il vous plait- »

Il enlève sa baguette de ma peau et laisse tomber ma main. Je m'effondre par terre, laissant tomber ma main meurtrie sur le sol. Je la regarde, étalée sur la pierre noire. Rabougrie, d'une couleur rouge-violette, des brindilles cassées à la place des doigts, et la chair rouge et brûlée se gonflant de cloques sous mes yeux.

Oh mon Dieu.

« Croyez moi, Sang-de-Bourbe, j'ai énormément de choses de mauvais gout dans ma manche, si vous continuez à me défier » dit-il d'une voix parfaitement maitrisée.

Je reste accroupie au sol, sanglotant et haletant dans une tentative vaine de réduire la douleur émanant de ma main.

Dis lui, c'est tout.

Je ne veux pas !

Je lève les yeux vers lui, sanglotant tellement fort que c'est à peine si je m'entends. « Allez vous faire foutre ! » je lui hurle.

Il se venge en marchant sur ma main cassée. Je crie d'un hurlement rauque alors qu'il m'écrase mes doigts brisés et ma peau brûlée.

« Salaud ! »

« Je suis fatigué de vous le demander, je vous préviens donc que c'est la dernière fois. » Il doit crier pour se faire entendre de mes gémissements. « Qui sont les amis de Harry Potter ? »

Ma peau brûlée et mes os brisés sont broyés sous sa botte. La douleur, l'angoisse et la souffrance m'engloutissent et m'empêchent de penser à quoi que ce soit d'autre. La douleur est au-dessus et au-delà de ma compréhension. Ce n'est plus quelque chose que je ressens, mais quelque chose qui est en moi. Je ne suis que douleur.

Il suffit de le faire, Hermione. Rien n'est pire que cette douleur.

Je vais le faire. Je ne peux pas continuer. Je ne peux pas supporter plus. Je peux arrêter ça…

« Moi, » je commence à pleurnicher. « Et Ron. Nous sommes ses plus proches- »

Ecrasement, craquement, cri de douleur-

« Je sais déjà ça, fillette. » Sa voix est soulevée par l'impatience. « Je vous ai dit qu'il était inutile de me parler de vous deux. Je veux les noms de ses autres amis, ceux que je ne connais pas. »

Je ne peux pas lui dire, je ne peux pas.

Sa botte m'écrase plus encore, encore, oh, nooooon…

« Neville Londubat, » je lâche. « Luna Lovegood, Rubeus Hagrid, oh silvousplait silvousplait… Ginny Weasley… »

Je m'arrête, horrifiée par ce que je fais, mais je sens une contorsion, une déchirure, non, non, non !

« Quelqu'un d'autre ? » me demande-t-il, ignorant mes cris de souffrance.

Qui il y a-t-il d'autre ? Qui d'autre, quelqu'un d'autre-

« Dean Thomas et Seamus Finnigan, il partage une chambre avec eux. Remus Lupin, Nymphadora Tonks, Fol œil… je n'arrive pas à penser – s'il vous plait arrêtez, s'il vous plait… Mr et Mme Weasley. Fred et George Weasley. Fleur Delacour. Ernie McMillian. Justin Finch Fletchley. Colin Creevey. » Je m'arrête, avalant brillamment. « Je n'arrive pas à en trouver d'autres- »

« Essayez, Sang-de-Bourbe. »

Sa botte m'enfonce la main dans la pierre-

« S'IL VOUS PLAIT… Je vous dis la vérité, je ne vois personne d'autre, je le jure, JE LE JURE ! »

Il enlève sa botte de ma main.

Je me roule en boule, tremblant sous l'agonie, pleurant de douleur et de dégout face à ce que je viens de faire.

Qu'ais-je fais ?

Je peux encore le voir à travers mes larmes. Il se dirige vers le parchemin en lévitation, et l'inspecte. Lorsqu'il voit la couleur de l'encre, il se retourne vers moi avec un petit sourire satisfait.

Je ne peux plus le regarder, pas après ce qu'il vient de me faire. Je ferme les yeux, essayant de me couper du monde extérieur, disparaître dans l'obscurité…

« Vous voyez. » J'entends ses bottes sur le sol de pierre, s'approchant de moi et s'arrêtant près de mon corps frissonnant. « Nous pouvons travailler ensemble quand vous vous appliquez. »

Que puis-je répondre à ça ? Je lui ai donné ce qu'il veut.

Je l'ai aidé.

Cette idée m'est insupportable.

Un silence s'installe alors qu'il attend une réponse. Voyant qu'il n'en reçoit aucune, il saisit de nouveau ma main brûlée. Son touché me procure de nouveaux spasmes de douleur le long du bras.

« Oh non, laissez la tranquille ! » Je gémis sans lever les yeux vers lui. Je presse ma tête sur le sol, sentant la pierre froide sur mon crâne.

Il presse sa baguette contre ma main. Mon corps tout entier se tend, attendant la douleur.

Mais ce qui vient n'est pas ce que j'attends. Un flot de chaleur se déverse sur ma main, la traversant jusqu'à l'extrémité de mes doigts. Et il n'y a aucune douleur. Seulement un profond apaisement.

Je lève lentement la tête, sans vraiment y croire. Je regarde ma main…

Elle est guérie. Je peux bouger mes doigts à nouveau et la brulure a cessé, laissant seulement une cicatrice rouge et brillante à la place. Les ecchymoses autour de mes doigts sont toujours là mais elles ne me procurent aucune douleur. J'avale ma salive alors que les larmes sèchent sur mes joues.

Il lâche ma main mais je continue à le regarder, fascinée par la rapidité et la facilité qu'il a eu à me guérir.

« Vous pensiez vraiment que vous seriez différente des autres, Sang-de-Bourbe ? »

Ma tête se redresse face à ce changement de voix. Son visage est… étrange. « Chacun d'entre vous, chaque personne que j'ai eu à torturer, vous avez tous cru que vous pourriez supporter la douleur. Mais aucun de vous ne pourra jamais réussir. Je vous l'ai déjà dit, lorsque je veux quelque chose, je m'assure toujours de l'obtenir. »

« Mais à quel prix ? » je demande, ma gorge douloureuse d'avoir trop crié. « Jusqu'où pouvez-vous aller pour obtenir ce que vous voulez, jusqu'à ce que vous vous détestiez pour ça ? »

Son visage est toujours illisible. « La fin justifie les moyens. Je ne m'attends pas à ce que vous compreniez cela. Votre esprit est bien trop jeune pour comprendre ce concept. »

« Je vais vous dire ce que je ne comprend pas. » Je dis ces mots sans même réfléchir aux conséquences qu'ils pourraient causer. « Pourquoi torturez-vous des gens pour leur soutirer des informations ? Pourquoi ne pas utiliser tout simplement le Veritaserum ? Ca rendrait surement les choses plus faciles, non ? »

Je m'arrête avant de pouvoir en dire plus.

Ne nous fait pas croire que tu es contente qu'il n'ai pas utilisé cette méthode. Un ticket gratuit loin de la douleur et de la culpabilité…

Il esquisse un sourire dément et crispé et approche son visage tout près du mien – il est bien loin de revêtir le calme olympien qu'il utilisait jusqu'à maintenant.

« Oh non, je ne pense pas. » Il s'accroupit près de moi et vient poser doucement sa baguette sur ma joue. « Cette méthode est beaucoup plus…intéressante, vous ne pensez pas ? Je ne vais pas le nier, ça me met en colère lorsque vous ne faites pas ce que je dis. L'insolence est une chose que je ne peux supporter de quiconque, encore moins venant d'une Sang-de-Bourbe. Mais c'est si… satisfaisant de vous voir finalement adopter une obéissance volontaire. »

La colère me frappe si fort que je me sens tout à coup malade. Elle me ronge de l'intérieur, me déchire les entrailles.

« Pourquoi m'avez-vous fait subir ça ? » je crie en me remettant sur mes pieds. Il me suis et se lève à son tour, ne me permettant pas de me tenir au-dessus de lui, même durant une seule seconde. « Il vous a dit que vous pouviez utiliser toutes les méthodes que vous vouliez pour me faire parler, je l'ai entendu. Pourquoi aviez-vous besoin de me torturer ? Vous n'aviez pas à le faire ! Vous pouviez utiliser le sortilège de l'Imperium sur moi, ou bien la potion de vérité. Mais vous ne l'avez pas fait. Vous avez choisi l'option qui donne le plus de souffrances, alors même qu'elle est la plus difficile. Pourquoi voulez-vous me faire souffrir ? Je ne vous ai jamais rien fait ! Pourquoi me détestez-vous autant ? »

Un long silence s'installe. Mes mots tourbillonnent autour de nous. Le sourire a disparu de son visage.

« Vous êtes une Sang-de-Bourbe » répond-t-il finalement, presque simplement. « C'est pourquoi je vous hais. C'est pourquoi j'ai choisi de vous torturer au lieu d'utiliser des méthodes plus simples. Tout Mangemort aurait fait la même chose, je ne suis pas différent sur ce point. Parce que toute occasion d'enseigner une leçon à l'un d'entre vous, est toujours bonne à prendre. »

« Quelle leçon ? Qu'est-ce que j'ai besoin d'apprendre ? »

« Votre place jeune fille, votre place ! » Sa voix augmente avec l'exaspération et la colère. « Aucun de vous, nés Moldu, ne connaît sa place. Vous vous faites passer pour des sorciers et sorcières, agissant comme si vous apparteniez à notre monde. Et vous, vous êtes la pire de votre espèce. Vous, avec votre attitude je-sais-tout et votre snobisme intellectuel. Vous vous pensez égale à nous, sorciers au sang pur, alors que vous n'êtes qu'un caprice de la nature. Voilà pourquoi je veux vous faire souffrir. »

Il se détourne de moi rapidement et se dirige de l'autre côté de la salle. Il s'arrête devant la porte de ma cellule et passe sa main gantée le long de son élégante chevelure blonde, avant de prendre une profonde inspiration.

Tout va bien. Garde ton sang-froid. Tu ne vas pas te laisser distraire par l'émotion quand même ? Tu ne dois pas être sentimentale, tu comprends ?

Je le regarde se calmer et lorsqu'il se retourne vers moi, son visage est de nouveau impassible.

« Jusqu'à présent, il semble que nous ayons progressé » dit-il, comme si les dernières minutes n'avaient jamais existé. « Vous m'avez donné les noms des amis de Potter. Non sans mal, je vous l'accorde mais votre bon sens semble l'avoir emporté sur vos soi-disant 'idéaux'. Je vous remercie pour la générosité que vous avez fait preuve, en nommant autant de noms. »

Le sang pulse dans mes veines, transportant tant d'émotions avec lui. De la haine, de la culpabilité, de la confusion.

Comment peut-il savoir que je lui ai donné beaucoup de noms ?

« Oui, le jeune Harry semble très populaire » continue-t-il. « Mais après tout, pourquoi ne le serait-il pas ? Le Garçon Qui A Survécu a toujours été destiné pour le culte du héros. »

S'en est trop, l'accumulation semble se faire sentir.

Ne craque pas cette fois. Essaye de rester forte.

« La chose commune concernant les héros, c'est qu'ils ont toujours des femelles près d'eux » dit-il d'une manière futile.

Oh mon Dieu, non !

« Je veux que vous me donniez les noms de toutes les filles avec lesquelles il a eu… une relation amoureuse » dit-il avec un petit ricanement.

Je ne peux pas le croire !

« Pourquoi ? » je demande.

Je sens à nouveau un coup de poing invisible m'enfoncer l'estomac. Il ressemble à celui que j'ai reçu lorsque je faisais face à Voldemort. Je me plie en deux, toussant et suffocant alors que j'essaye de reprendre mon souffle. Je me tiens l'estomac pour essayer de faire cesser cette douleur sourde et battante.

« Vous allez arrêter de me questionner, Sang-de-Bourbe. Je pensais avoir été clair. »

Je regarde vers lui. Il tient sa baguette prête pour me jeter un sort si je refuse de lui répondre. Son visage est légèrement crispé par la colère.

Dis lui juste ce qu'il veut savoir.

Non !

Il va te blesser encore plus si tu ne le fais pas. Penses-tu honnêtement pouvoir y faire face à nouveau ?

Mais la douleur de ma main cassée et brûlée me semble déjà loin.

Je peux y faire face à nouveau. Il le faut.

Je me lève, droite comme un piquet, ignorant les élancements douloureux dans mes côtes.

« Et je pensais avoir été claire sur le fait que je ne vous donnerai jamais volontairement des informations. »

Il lève les yeux au ciel.

« Quelle misère » dit-il dans un soupir. « Vous savez, c'est face à ce genre de comportement que j'ai été formé. Pourquoi ne voulez-vous pas nous rendre les choses plus faciles, à tous les deux ? »

Je lève les sourcils, essayant de réfléchir à une réponse appropriée.

« Je suppose que je suis juste une fille compliquée. »

Durant un bref instant, sa bouche s'étire dans ce qui semble être un sourire.

Du moins, je pense que ça y ressemblait…

Mais la seconde d'après, il avait disparu.

Il lève sa baguette, et s'immobilise un instant, les sourcils froncés par la concentration.

« Maintenant, quelle serait la méthode la plus… convaincante que je puisse utiliser ? »

J'attends. J'attends une éternité alors qu'il continue sa petite mascarade. Je sens mon estomac se nouer alors que je me demande ce qu'il va faire de moi. Je suppose que c'est l'effet qu'il recherchait.

« Je pourrais utiliser le Doloris, bien sur » dit-il tranquillement, comme s'il était en train de se rappeler un doux rêve. « Mais où serait le plaisir, la variété dans tout cela ? C'est tellement… évident, vous ne trouvez pas ? »

Je ne veux pas lui répondre. Mais ce n'est pas comme s'il s'attendait à une réponse de ma part.

Il donne un petit coup de baguette vers le bas.

Je sens…

Rien.

Seulement le vide.

Mon esprit a quitté ma tête.

Oh, que c'est beau.

Toute la douleur, la peine…

Disparues.

Juste cette chaleur, cet enthousiasme, cette joie, et il n'y a plus de peine, plus de douleur, plus de–

Un couteau. Dans une main pâle.

Je le prends.

'Coupez votre jambe. '

Non, ne le fais pas…

Le doute est effacé par cette voix chaude et réconfortante, par une facilité aussi déconcertante que s'il s'agissait de Dieu.

'Coupez votre jambe. Ca ne vous fera pas mal, je vous le promets.'

Il a raison.

Rien ne peut me faire de mal. Rien ne peut me blesser. Pas avec cette étroite, douillette et confortable chaleur qui m'entoure.

Je ferais tout ce qu'il veut.

J'enfonce le couteau dans ma jambe–

ARRRGHHHH!

'Vous n'avez pas mal, pas vraiment. Enfoncez mieux le couteau dans votre cuisse.'

Douleur, douleur, TELLEMENT de douleur !

'Non, ça ne fait pas mal. Enfoncez le couteau plus profond.'

'Encore…'

'Encore…'

Soudain, la voix disparaît.

Oh mon Dieu, ma CUISSE !

Je ne ressens rien d'autre qu'une épouvantable douleur. Elle s'écrase sur moi si vite et si fort que je ne m'entends même plus hurler. Je tombe sur le sol sous le coup de la douleur et du choc. Je baisse les yeux avec horreur vers ma jambe mutilée.

Jesus Christ !

Mon jean est en lambeaux et ma cuisse porte de profondes tranchées sanglantes et dégoulinantes. La boue de mon jean se mélange à mon sang pour former un amas dégoutant. De la boue, du sang, de la peau en lambeaux mais le couteau a disparu, et ohmondieu ohmondieu ! Je sens mon propre sang, chaud, collant, noir, couler des plaies hors de ma jambe, et tomber sur le plancher, formant des paquets commençant à coaguler.

Je dois lui dire. Je le dois.

« D'accord, je vais vous dire ce que vous voulez savoir ! Seulement, s'il vous plait, s'il vous plait, soignez ma jambe ! »

« Donnez moi les noms des filles avant » dit-il sans aucune once d'émotion. « Alors, peut être que j'étudierais votre proposition. »

« S'il vous plait, je vous en supplie- »

« Non. Dites moi d'abord ce que je veux savoir. »

« Pourquoi ne m'aidez-vous pas ? »

Pas de réponse.

Je dois arrêter ce saignement.

Mon T-shirt peut être. Oui.

« Ginny ! » je hurle, en passant mon T-shirt au dessus de ma tête pour l'appuyer frénétiquement sur mes blessures. « Il était avec Ginny mais ils se sont séparés il y a quelques semaines. »

« Ginny ? » je ne le regarde pas lorsqu'il parle. « Ginny Weasley ? La fille de Arthur Weasley ? »

« Oui ! » Je n'entends même plus ce que je dis. Je sais juste qu'il faut que j'arrête cette douleur avant qu'elle ne me tue. Mon T-shirt absorbe le sang, mais il continue de couler. Rien ne l'arrête, rien…

« Et bien, il s'agit certainement d'informations précieuses. Quelqu'un d'autre ? »

« S'il vous plait, ma jambe… »

« Je veux le reste des noms avant, Sang-de-Bourbe. Votre jambe peut attendre. Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas encore vous laisser mourir. »

« Mais ça fait mal- »

« Oui, je sais. C'est bien le but, n'est-ce pas ? »

Salaud, sadique, malade, enfoiré–

Je gémis de douleur.

« Durant notre cinquième année, il est sorti avec une fille qui s'appelle Cho Chang » dis-je désespérément. « Mais il n'y a personne d'autre. »

« En êtes-vous sure ? »

« Personne d'autre, JE LE JURE ! »

Il se dirige vers le parchemin pour vérifier si je dis la vérité.

Oh mon Dieu, pourquoi ne m'aide-t-il pas ?

« Seulement deux petites amies, » dit-il avec un petit rire. « L'adolescent le plus connu du monde sorcier et vous n'avez que deux noms à me donner. Mon Dieu que c'est pathétique ! Mais assez surprenant, je dois l'avouer. »

Comment peut-il continuer ainsi alors que je suis en train de me vider de mon sang juste à côté de lui ?

Je me sens tellement mal. Je vais m'évanouir si ça continue…

« Oh, pardonnez moi. J'avais complètement oublié votre petit accident. »

Il pointe sa baguette sur ma jambe et je sens cette merveilleuse et familière chaleur se propager. La blessure se referme, emprisonnant la boue séchée.

Le sang ne disparaît pas, cependant.

« Rhabillez-vous » dit-il brusquement.

Je cligne des yeux avant de me souvenir. Mon T-shirt. J'avais oublié.

Mais je ne suis pas… Je veux dire, j'ai des sous-vêtements pour l'amour de Dieu ! Et de toute façon, il n'a pas besoin de me regarder de cette manière, étant donné que je ne suis qu'une 'misérable saleté sur sa botte.'

Je fais glisser mon T-shirt trempé au dessus de ma tête, les fibres se collant à mon corps. Je sens le sang encore frais s'infiltrer dans le coton et jusque sur ma peau.

Il hoche la tête vers moi.

« Et bien, il semble que vous pouvez obéir aux ordres après tout. Les informations que vous avez fournies seront, je n'en doute pas, utilisées à bon escient. »

Je serre les poings, rentrant mes ongles dans ma paume.

« Oui, je suis sur que ces deux filles vont se révéler très utiles à notre cause. »

Des larmes commencent à couler sur mes joues. Ma gorge est secouée de sanglots. Je sers la mâchoire pour les retenir, mais je ne peux pas échapper à l'ombre grandissante qui s'insinue en moi. Le poids de la culpabilité.

« Ginny Weasley ! » se délecte-t-il. « Je me souviens d'elle à onze ans chez Fleury&Bott. Si jeune, si innocente. Je savais qu'elle serait la personne idéale pour être manipulée par le Journal. Elle s'avérait assez naïve pour le laisser contrôler son esprit, je l'ai vu immédiatement. Et le fait qu'elle soit une Weasley rendait la situation encore plus savoureuse. »

Je pense à Ginny, et aux cauchemars dont elle fait encore face à cette histoire. Quelque chose en moi se brise en mille morceaux.

« Trop lâche pour faire votre propre travail, c'est bien ça ? » Dis-je avant de pouvoir me stopper. Ma voix est débordée par l'émotion tandis que je me mets debout. « Vous auriez pu donner ce journal à Drago, et lui dire comment l'utiliser. Vous n'aviez pas besoin d'utiliser une fillette de onze ans pour faire le sale boulot. Mais vous avez préféré ruiner la vie d'une jeune adolescente plutôt que de vous retrouver mouillé dans une sombre affaire. Vous êtes attaché à débarrasser Poudlard des Nés Moldus, mais vous vous souciez plus encore de votre propre réputation, n'est-ce pas ? »

Son visage perd le peu de couleur qu'il arborait.

« Ne parlez pas de ce que vous ne comprenez pas- »

« Je ne comprends que trop bien ! » Je hurle, incapable de me contrôler davantage. Les mots résonnent dans mon crâne. « Vous n'êtes qu'un lâche ! »

Son visage est un masque entier de colère. Ses traits sont tirés par la fureur. « Comment m'avez-vous appelé ? »

« VOUS AVEZ TRES BIEN ENTENDU ! » J'ai vraiment perdu le contrôle cette fois. Toute ma rage, toute ma peine, toute ma peur, se déversent dans les cris, les larmes et les mots. « Si vous n'aviez qu'une once de courage, qu'une once d'honneur en vous, vous seriez au moins resté fidèle à votre Maitre après sa chute. Mais vous ne l'avez pas été. Vous l'avez renié plutôt que d'aller à Azkaban et d'assumer vos actes. »

« FERMEZ VOTRE SALETE DE BOUCHE ! » Rugit-il.

« NON ! Vous avez été lâche lorsque vous avez brisé ma baguette. Vous ne m'avez même pas donné la moindre chance de me défendre. Vous sentez-vous fort lorsque vous torturez des adolescents sans aucun moyen de se défendre ? Vous êtes un lâche, un lâche, un LACHE- »

Son poing frappe ma mâchoire. De petites étoiles commencent à danser devant mes yeux, et le goût métallique du sang emplit ma bouche. Le coup est si fort que je perds l'équilibre. Au moment même où j'atteins le sol, il m'assène un coup de pied dans l'estomac, puis un deuxième, puis un troisième… Je me mets à crier.

Et il y eu un silence. Je le vois se retourner et se diriger à l'opposé de la pièce. Il reste dos à moi durant plusieurs secondes.

Je ne peux pas respirer… J'ai trop mal…

Pendant ce qui semble durer une éternité, je me masse l'estomac de la main, essayant d'atténuer un temps soit peu la douleur. Il ne se retourne pas pour me faire face.

Je me redresse finalement en position assise, m'adossant contre le mur. Mon estomac me brule, ma main est écarlate, meurtrie, et je suis couverte de sang.

Il a réussi à mettre mon corps dans un état déplorable en seulement 24 heures.

Après quelques minutes, il se tourne à nouveau vers moi. Son visage semble avoir du mal à garder son calme. Il regarde ses chaussures. Je suis son regard : elles sont brillantes et humides.

« J'ai votre sang dégoutant sur mes bottes » dit-il avec dégout. « Essuyez les, maintenant. »

Je lève les yeux vers lui, n'en croyant pas mes oreilles.

« Nettoyez les vous même. »

Un petit silence s'installe. Les muscles de sa mâchoire se crispent. Il perd de nouveau le contrôle de lui même. Il va de nouveau me blesser.

« Avez-vous besoin d'une autre leçon sur l'obéissance, jeune fille ? »

« TAISEZ-VOUS ! » je hurle. « Pensez-vous que je me soucie de l'obéissance ? Comment pouvez-vous rester là, à m'ordonner de vous cirer les bottes après ce que vous m'avez fait aujourd'hui ? Pensez-vous vraiment que c'est en me forçant à vous obéir que vous allez me convaincre de votre supériorité ? Et bien, vous vous trompez lourdement ! L'obéissance est vide de sens si elle est forcée. Peut importe ce que vous faites de moi, vous ne pouvez pas me donner l'envie de vous obéir. »

« JE FAIS CE QUE JE VEUX ! » il me hurle, perdant tout son contrôle. « Vous ne semblez pas comprendre : vous êtes à ma merci ! Comment osez-vous me parler de cette façon ? Vous devriez ramper à mes pieds, disposée à faire tout ce que je vous ordonne. Pourquoi continuez-vous avec cette insupportable insolence ? Ne retenez-vous rien de votre infériorité ? Pensez-vous que je ne puisse pas vous blesser plus encore ? »

Il pointe sa baguette sur moi.

Oh non, OH NON…

« ENDOLORIS ! »

Non ! Nooooooon ! Je ne peux pas, mon Dieu, JE NE PEUX PAS ! Ca brûle, je brûle ! Je m'étale sur le sol, mon corps est secoué de convulsions incontrôlables de douleur. Pourquoi ? Pourquoi n'arrête-t-il pas ?

Il lève le sort, mon corps continuant à frissonner. Je suis accroupie à ses pieds, tout comme il le souhaite. Je le regarde à travers mes larmes.

« Pourquoi ? » je lui demande, épuisée par la douleur. « Pourquoi me faites-vous ça ? »

Il garde le silence, sa baguette toujours pointée sur moi.

« S'il vous plait… S'il vous plait, arrêtez. » Je m'agrippe au bas de ses robes comme s'il s'agissait d'une bouée de sauvetage. « Vous n'avez pas à faire ça. Ce n'est pas juste, vous le savez. Voudriez-vous que Drago soit torturé de la même façon pour ses valeurs ? Il a le même âge que moi. »

Son visage ne cille même pas lorsque j'évoque son fils, mais je ne m'arrête pas. Je dois l'atteindre.

« S'il vous plait, vous devez bien avoir un peu de gentillesse en vous. Vous n'êtes pas votre maitre, vous n'êtes pas inhumain, Lucius… »

« Comment osez-vous utiliser mon prénom ? »

Il semble absolument révolté mais je continue à parler.

« Vous devez avoir un peu de compassion en vous. Vous êtes un être humain, vous devez en avoir ! Pouvez-vous continuer comme ça ? Allez-vous réussir à dormir ce soir, ou resterez-vous éveillé en vous rappelant de mes hurlements ? »

Ses yeux se détournent de mon visage. L'aurais-je touché ?

« Pouvez-vous me regarder dans les yeux après ce que vous m'avez fait subir aujourd'hui ? » je demande calmement.

Durant un bref instant, il semble qu'il ne puisse pas.

« S'il vous plaît » je continue, la voix tremblante. « S'il vous plaît- »

« Lâchez moi » dit-il, m'assénant un violent coup de pied dans les côtes. Je hurle de douleur et tombe sur le côté. Je lève les yeux vers lui. Son regard de pur dégout me glace le sang. « Suis-je censé être touché par votre pathétique discours ? Comment osez-vous me demander de vous plaindre ? Je vous hais ! »

Il se détourne violemment, s'approchant du parchemin et de la plume en lévitation pour les fourrer dans sa robe.

Je me demande vaguement combien de passages il va montrer à Voldemort. Peut être va-t-il détruire tout ce qui est hors sujet par rapport à ce qui était demandé. J'imagine qu'il ne voudra pas lui montrer la plupart de nos échanges. Certains pourraient être embarrassants pour lui…

« Nous reprendrons notre entretien demain. » Ses lèvres remuent à peine lorsqu'il parle, et il prend soin de ne pas me regarder. « J'attends une meilleure coopération de votre part à mon retour. En attendant… »

Il pointe sa baguette vers le sol : un verre d'eau et un minuscule morceau de pain apparaissent sur la pierre.

« Vous pouvez penser ce que vous voulez de moi, Sang-de-Bourbe » dit-il en ouvrant la porte de ma cellule à l'aide de sa baguette. « Mais vous ne pourrez jamais dire que je n'ai pas le sens de l'hospitalité. »

Il claque la porte, la verrouillant derrière lui.

Je reste durant quelques instants, toujours recroquevillée au sol. Je lève la tête et commence à fixer le plafond, alors que des larmes silencieuses se forment au coin de mes yeux.

Je ne peux rien sentir. La douleur m'a anesthésié.

Mais je peux penser…

Je ne peux pas me permettre de penser. Si je me mets à penser, je vais devoir faire face à ce que j'ai fait.

Mais je dois y faire face. Je ne peux pas y échapper. Cette pensée va m'engloutir, me détruire. Ma tête va exploser sous le poids de ce que j'ai fait.

J'ai trahis mes amis. Je m'étais promis de ne jamais leur fournir d'information qui pourrait les aider dans leurs desseins. Mais je l'ai fait, et si facilement…

Je me mets à quatre pattes et rampe jusqu'à mon 'lit'. Je vois l'inscription gravée alors que je m'approche de la paille.

'Ne les laissez pas gagner'

J'ai échoué.

Je m'effondre sur le lit de paille, heureuse de cette chaleur. Je m'accroupi en boule, tirant la fine couverture jusqu'à mon menton, dans l'espoir de sombrer dans des ténèbres sans fond, où la douleur n'est plus présente.

Je commence à sangloter. Je ne peux pas m'en empêcher. Les larmes coulent sur mes joues alors que mon nez dégouline. Je pleure, pleure, jusque tard dans la nuit, mais personne ne peut m'entendre.