'Il n'est que trop aisé de descendre aux enfers,

Les palais de Pluton nuit et jour sont ouverts ;

Mais rentrer dans la vie, et revoir la lumière,

Est un bonheur bien rare, un vœu bien téméraire.' – Virgile, l'Enéide.

La boisson que vous vous apprêtez à boire est extrêmement chaude. S'il vous plait, buvez la à petites gorgées.


Chapitre 4 En Enfer

Je devrais bouger un peu. Je suis couchée depuis tellement longtemps que mon corps entier me fait mal.

Je pelotonne mes jambes contre mon ventre. Même ce simple geste constitue un effort.

Je vais finir par être malade à force de regarder le plafond de ma cellule. Je le fixe depuis des heures sans réellement le voir.

Je me suis uniquement contenté de me lever lorsque cette femme au visage renfrogné est venue me chercher pour m'emmener à des toilettes au fond du couloir. Et une autre fois pour manger la nourriture qu'il m'avait laissé.

Je n'ai pas dormi. Comment pourrais-je dormir alors que mon esprit est tellement embrumé que je n'arrive même pas à penser ?

Au début, j'ai pleuré. J'ai pleuré, pleuré, jusqu'à ce que mes larmes se tarissent. J'ai maintenant l'impression qu'elles ne pourront plus jamais couler.

Au tout début, seul mon corps était anesthésié, mais mon esprit semble l'être aussi maintenant. Les heures passées m'ont projeté au cœur d'une brume blanche et stérile.

Je me sens vide et abandonnée. Perdue.

J'écarte ma couverture avec mon pied, soudain incapable de supporter cette forte chaleur. Je suis trempée de sueur.

J'ai besoin de plus de nourriture ! Et de plus d'eau. Un verre d'eau et une miche de pain ne sont vraiment pas assez pour me faire tenir. La faim me donne des maux de tête… Ou peut être n'est-ce pas la faim ? Je ne sais pas.

Pour la première fois de ma vie, je veux que mon esprit me laisse tranquille. Je veux qu'il me laisse dormir, qu'il évite de me torturer.

Pourquoi j'ai fait ça ?

Pourquoi n'ais-je pas tenu le coup ?

Que vont-ils faire aux gens que j'ai cité ?

Pourquoi n'ais-je pas été plus courageuse ?

Je ne pourrais jamais plus dormir.

Quel est ce bruit ?

Mes yeux irrités clignent en se dirigeant vers la porte de ma cellule. Des pas.

Ils ne viennent pas forcement pour moi. Je ne suis pas la seule prisonnière présente dans ce couloir. J'ai entendu fréquemment des personnes entrer et ressortir d'autres cellules depuis que Lucius m'a laissé, mais aucune d'elles n'est venue me voir. Mais les hurlements des gens qu'elles venaient voir, se répercutaient dans tout le couloir et à l'intérieur même des cellules alentours.

C'est assez pour vous rendre fou.

J'entends deux paires de pieds, pas une seule. La première paire de chaussures clique vivement, tandis que la deuxième martèle le sol fortement.

Il me semble reconnaître le son de la première paire de chaussures.

Je m'assois lentement, gémissant légèrement alors que mes muscles craquent de ne pas avoir été utilisés depuis des heures.

Les bruits de pas s'arrêtent devant ma cellule et je vois un visage pale jeter un œil à travers la fenêtre à barreaux de ma porte.

Il est de retour.

Je dois être forte cette fois. Je sais à quoi m'attendre de sa part, maintenant. Je vais me battre, et gagner.

Je me relève aussi rapidement que mon corps meurtri me l'autorise, essuyant la sueur collée à mon front. Ma tête m'élance douloureusement alors que je me mets sur les pieds.

Bon sang, j'espère que je ne vais pas tomber malade. C'est tout ce que je souhaite.

La porte s'ouvre et Lucius entre dans la pièce. Mais il n'est pas seul cette fois. Il est avec un autre sorcier, lui aussi porte une robe noire et n'est pas masqué. Il a la même taille que Lucius et à peu près le même âge, je dirai. Son visage pâle et tordu me rappelle vaguement quelque chose, mais impossible de me rappeler exactement.

« Bonjour, Miss Granger, » dit Lucius d'une voix trainante. « Je suppose que vous vous rappelez de Antonin Dolohov ? Vous vous êtes rencontrés au Ministère de la Magie, il me semble. »

Oh mon Dieu, je m'en rappelle. Comment pourrais-je oublier ce violent coup reçu en pleine poitrine, puis cette douleur insupportable avant de sombrer dans les ténèbres ? Je n'avais pas vu son visage au moment là, mais sa photo avait été publiée pendant une année entière dans la Gazette du Sorcier après ça.

Il doit s'être échappé de prison en même temps que Lucius. Il faisait certainement partie des six cités par la Gazette.

Ce moment où je lisais cet article me parait tellement loin maintenant… Comme s'il s'agissait d'une autre vie.

« Et bien ! Vous avez bien grandie depuis la dernière fois où je vous ai vu, ma chère » dit Dolohov avec un sourire. « Je ne peux pas t'en vouloir d'avoir souhaité la garder pour toi hier, Lucius. Elle est vraiment mignonne. »

Oh, non de Dieu.

La manière dont il me regarde me dérange et me fait me sentir sale. Ses yeux me parcourent de haut en bas, glissant sur moi comme de la vase.

Lucius lève ses sourcils de façon incrédule. « Et bien, chacun ses gouts je suppose. Tous les gouts sont dans la nature. »

La haine coule en moi, bondissant dans mon corps épuisé, ce qui a l'effet de le réveiller.

Vous, vaniteux, arrogant…

Dolohov commence à s'approcher doucement de moi.

« Tu sais que c'est une Sang-de-Bourbe, Antonin ? » demande Lucius.

« Je peux regarder même si je n'ai pas le droit d'y toucher.»

Quoi ?

Je me pousse contre le mur, enroulant mes bras autour de ma poitrine. Je ne veux pas qu'il s'approche de moi. Je me sens sale à cette seule pensée.

Lucius s'appuie contre le mur, un petit sourire en coin face à ma propre gêne.

Mais un autre sentiment se fait également ressentir en lui. Une sorte de… dégout ?

Dolohov est bien trop près de moi maintenant. Je peux voir chaque ligne, chaque muscle de ses traits tordus. Il semble légèrement plus jeune que Lucius, mais de pas beaucoup, je pense. Je croise ses yeux et lui lance un regard de défi.

Il ne remarque pas mon expression cependant. Il ne regarde pas mon visage.

« Ses vêtements ne sont pas indispensables, n'est-ce pas ? »

Il donne un petit coup de baguette magique et mes bras sont arrachés de ma poitrine, soulevés au dessus de ma tête et maintenus au mur.

Non non non NON !

Je tortille furieusement mon corps mais impossible de bouger mes mains clouées au mur. Il rit doucement et avec un mouvement violent de baguette, me déchire la moitié inférieure de mon T-shirt.

Je me tords et lutte contre le poids invisible sur mes poignets, alors que la colère bout en moi.

« Mais bordel, qu'est-ce qui ne va pas chez vous ? » je lui hurle.

« Mais tout va bien chez moi, Sang-de-Bourbe. » dit-il avec une grimace horrible. « Maintenant, reste tranquille, d'accord ? »

Je jette un œil à Lucius, me demandant s'il va sagement rester à regarder son ami me traiter comme un morceau de viande.

Lucius a perdu son sourire en coin. Il avance de quelques pas et pose une main sur l'épaule de Dolohov, l'écartant de moi fermement.

« Nous ne touchons ni aux Moldus ni aux Sang-de-Bourbe, Antonin » dit-il d'une voix parfaitement calme. « Le Seigneur des Ténèbres est très clair sur ce point, tu le sais. Je pense donc que tu devrais essayer de te contrôler. »

Dolohov lève les sourcils et se détourne de moi, ses mains levées en guise d'approbation.

Le poids invisible qui me clouait au mur disparaît et je tombe légèrement en avant. J'enroule à nouveau mes bras autour de moi, collant fermement mon T-shirt déchiré contre ma poitrine.

Merci mon Dieu.

Je respire profondément, une vague de soulagement se propageant en moi tellement rapidement que je me sens presque faible.

« Si tu le dis, Lucius, » ajoute Dolohov de façon peu complaisante. « Toutefois, ce que le Seigneur des Ténèbres ne sait pas, ne peut pas le blesser… »

« En effet. Mais s'il entend parler de tes… goûts peu communs, je ne pense pas qu'il serait très satisfait. Tu sais ce qu'il pense de certaines choses. De plus, un Sang Pur comme toi ne doit pas se salir les mains sur une Sang-de-Bourbe. De toute façon, je n'arrive pas à comprendre pourquoi tu voudrais de cette petite chienne quelconque. »

Dolohov se met à rire. J'ai envie de pleurer.

N'écoute pas, ce ne sont que des mots vides de sens.

« Arrête de perdre ton temps, maintenant. » La voix de Lucius est dure alors qu'il donne cet ordre. Il est évident qu'il occupe un rang plus élevé que celui de Dolohov. « Nous avons un travail à faire. Installe le parchemin et la plume. »

Lucius sort de sa cape le bout de parchemin et la plume qu'il a utilisé hier, et les tend à Dolohov. Ce dernier les saisit et après m'avoir lancé un regard répugnant, se dirige vers le fond de la pièce pour les faire léviter.

Lucius se tourne vers moi et pose son regard sur le mien. Il lève sa baguette, d'un mouvement lent et délibéré. Je baisse le regard et voit mon T-shirt se sceller, les deux bouts de tissus déchirés fusionnant sans aucun pli.

Je croise son regard. Il est aussi froid que d'habitude, sans aucun signe de chaleur ou de gentillesse.

Je sens malgré tout un mot au plus profond de moi, mais je l' avale vivement avant de pouvoir le dire à haute voix.

Je ravale mon 'merci'.

Il est hors de question que je lui dise merci. Je m'y refuse.

D'un autre côté, il ne m'a jamais blessé… de cette façon. Non seulement ça, mais il ne laisse personne le faire non plus. Ca au moins, c'est un plus.

Je ne m'étais encore jamais sentie reconnaissante dans aucun des préjugés des Sang Pur. Jusqu'à aujourd'hui.

Il se détourne et marche vers Dolohov.

J'aimerai vraiment qu'il fasse moins chaud ici ! La sueur dégouline sur ma peau, ce qui me rend mal à l'aise.

« On va pouvoir commencer ? » demande Dolohov à Lucius, ses yeux s'illuminant sous l'impatience.

« Je pense que oui » répond Lucius. « Bien que j'ai dit à Bella qu'on l'attendrait. Tu sais bien qu'elle adore ce genre de chose… »

Dolohov se met à glousser.

Bella ? Oh s'il vous plait, pas cette horrible femme !

« Mais peu importe » continue Lucius. « Ca lui apprendra à être un peu plus ponctuelle la prochaine fois. »

Peut être qu'elle ne viendra pas. Avec un peu de chance, je resterai seulement avec eux deux.

Quel étrange espoir tu as.

Lucius se tourne vers le parchemin et la plume en lévitation, et commence à parler d'une voix claire, conformément à hier.

« Lucius Malefoy, assisté par Antonin Dolohov, suite de l'interrogatoire de la Sang-de-Bourbe dans la cellule 15. »

Je DETESTE lorsqu'il m'appelle comme ça…

C'est à ce moment que je réalise qu'il ne m'a jamais appelé par mon prénom.

Bon Sang, ma tête me fait mal.

La plume griffonne d'une encre noire les quelques mots sur le parchemin, alors que Lucius se tourne à nouveau vers moi.

« Miss Granger, » dit-il presque poliment. « Vous vous souvenez du processus, je suppose. Nous allons vous poser des questions et si vous n'y répondez pas correctement, vous serez punie. C'est bien clair ? »

J'incline légèrement la tête, ne lui donnant rien de plus.

Il me sourit légèrement. Peut être pense-t-il que j'ai finalement appris à lui obéir.

« Très bien. Pour commencer, il me semble intéressant que vous nous parliez des relations qu'entretient Harry avec sa famille. »

La famille de Harry. Il doit parler des Dursley. Ils ne doivent pas être intéressés par les sentiments que porte Harry à ses parents décédés.

Je pourrais répondre à cette question. Harry déteste les Dursley. Le dire à Lucius ne causerait de tort à personne. Ca signifierait seulement qu'il ne servirait à rien pour Voldemort de les utiliser pour l'atteindre.

Mais je n'ai pas l'intention de rendre le travail de Lucius si facile pour lui.

Pour eux. Il n'est pas tout seul cette fois.

Dans un sens, j'aurai préféré qu'il le soit. Je sais à quoi m'attendre avec lui, au moins. Je ne sais pas du tout de quoi Dolohov est capable, ou de ce que peut faire Bellatrix si elle arrive.

Il attend une réponse.

« Ses parents sont morts, Lucius. » Il tressaille légèrement lorsque j'utilise son prénom. « Je pensais que tout le monde savait ça. »

Je sens à nouveau cette claque cuisante sur ma joue, mais j'y suis tellement habituée maintenant que je ne retiens même pas mon souffle. Je garde obstinément mon regard fixé au sien.

« Premièrement Sang-de-Bourbe, je pensais avoir été clair hier, que je n'accepte aucune insolence de votre part. Deuxièmement, vous savez pertinemment que je ne voulais pas parler des parents de Potter. Je parlais de la famille qui l'héberge. Son oncle, sa tante et son cousin. Ne feignez pas la stupidité s'il vous plait. Ca ne vous correspond pas. »

Que veut-il dire par là ?

Ca n'a aucune importance.

Je ne vais pas lui répondre, même si cette réponse ne causerait aucun dommage. Je ne vais pas lui répondre car je ne vais pas le laisser me dominer à nouveau.

« Je suis désolée, » je dis en observant étroitement sa réaction. « Harry ne nous a jamais parlé de sa famille. Je ne connais rien sur eux. »

Il prend une profonde inspiration. Il sait que je mens. Bien sur qu'il le sait. Il s'approche tout près de moi et me saisit le menton, me dominant de toute sa hauteur.

« Vous semblez épuisée » dit-il d'une voix condescendante. «Vous n'avez pas l'air d'être en pleine santé non plus, si je peux me permettre. Je ne pense pas que vous puissiez supporter une trop grande douleur ce soir. »

« Tout va bien chez moi ! » je lui crache, alors même que ma tête m'élance tellement que mes oreilles sifflent. « Je suis parfaitement capable de résister à tout ce que vous allez me lancer. Je vous propose d'ailleurs de ne pas perdre votre temps, car je ne vous répondrais pas. »

Je m'attends à le voir sourire, à ce qu'il saisisse l'opportunité que je lui présente pour me causer encore plus de douleur. Je m'attends à ce qu'il tente instantanément de m'extirper une réponse.

Mais il n'en est rien. Il me rend seulement un regard dur, sa main tenant toujours mon menton.

« Ce n'est pas très sage de me provoquer, Miss Granger. Je pense vous avoir donné une leçon hier. » Il apporte sa baguette près de mon visage et l'utilise pour m'écarter une mèche de cheveux sur ma joue. « Ne soyez pas stupide, d'accord ? »

« Je ne suis pas stupide ! » je lui dit d'un ton hargneux. J'en ai marre qu'il me dise ça. « Si j'étais vraiment stupide, je vous aurait dit ce que pense Harry de sa famille sans hésitation. »

Il respire profondément par le nez, sa bouche pincée en une ligne fine.

La façon que j'ai de l'envoyer promener me terrifie, mais m'incite en même temps à me sentir exaltée, excitée. Satisfaite. La facilité que j'ai à le mettre en colère est le seul petit morceau de pouvoir que je détiens sur lui.

« Oh allez, Lucius ! » Je sursaute légèrement à la voix de Dolohov. J'avais presque oublié sa présence. « Elle ne va pas répondre, pas sans un petit encouragement. Laisse moi lui donner une leçon. »

« Non » répond Lucius, ses yeux toujours sur moi. Ses mots me sont destinés, je le sais. « Je veux lui donner l'opportunité de nous répondre, avant.»

Il se détourne, me laissant de l'espace pour respirer à nouveau. Je regarde le visage pale et tordu de Dolohov face à celui aristocratique et sans défaut de Lucius Malefoy.

« Votre attitude a changé par rapport à hier, » je dis calmement en le regardant. « Ne me dites pas que vous avez écouté ce que je vous ai dit. »

Son visage s'assombrit légèrement.

Oui. Met le en colère. Utilise ce pouvoir sur lui.

Dolohov le regarde de manière suspicieuse.

« De quoi est-ce qu'elle parle ? »

Je lève les sourcils vers Lucius qui me regarde furieusement.

Je te défie de lui dire.

Je te défie de lui dire ce putain de truc !

« De rien. Elle pense juste être maligne, c'est tout. »

Il s'approche de moi à grands pas, et m'attrape brutalement le bras pour me trainer jusqu'au centre de la pièce. Je me dégage de sa prise et ils commencent tous les deux à me tourner autour, comme des lions face à leur proie.

« Harry Potter ne vous a jamais parlé de sa famille ? » demande Lucius impatiemment. « Depuis combien de temps êtes-vous ami avec lui ? Ca doit bien faire… six ans, non ? C'est difficile à croire que durant tout ce temps, il ne vous ai jamais parlé de sa famille, même pas de façon rapide. »

Sa voix est tendue par la rage. Il ne va pas tarder à craquer. Il va me torturer puisque je ne vais toujours pas lui donner ce qu'il veut.

« Je vous l'ai dit, je ne peux pas vous aider. » Ma voix commence à vaciller. « Il ne m'a jamais parlé d'eux. »

Dolohov s'arrête devant le parchemin en lévitation et jette un œil à ce qui est écrit. « Elle ment. »

« Bien sur qu'elle ment ! » Siffle Lucius, perdant finalement patience.

Oh mon Dieu, il va me blesser à nouveau !

Bien sur qu'il va te blesser. Que pensais-tu qu'il allait faire alors que tu refuses de lui donner ce qu'il veut ? Tu as tout fait pour ça.

Lucius s'approche tout près de moi, si près qu'il me marche presque sur les pieds. « C'est votre dernière chance » me dit-il à voix basse, à voix tellement basse que mon cœur se met à battre la chamade. Je ne pense pas qu'il souhaite que Dolohov l'entende. « Vous savez ce que je peux faire. Je peux vous faire connaître des horreurs au delà de l'imagination par un simple mouvement de baguette. Dites moi ce que je veux savoir et vous n'aurez pas besoin de passer par encore plus de douleur. » Il fait une pause et lorsqu'il recommence à parler, sa voix est si faible que je peux à peine l'entendre. « N'avez-vous pas bien appris votre leçon depuis hier ? »

J'inspire profondément, essayant de garder les idées claires.

Pourquoi ne le laisserais-je pas gagner, juste pour cette fois-ci ?

Parce que tu t'es promis de ne plus jamais le faire. Ne les laisse pas gagner – tu te souviens, Hermione ?

Je rencontre ses yeux et lorsque je parle, ma voix est aussi basse que la sienne.

« Non. Je suppose que je n'apprends pas vite, finalement. »

Une lueur brille dans ses yeux. Il se recule et s'adresse à Dolohov sans même me jeter un regard.

« A toi l'honneur, Antonin. »

Pourquoi il ne le fait pas lui-même ? Ces derniers jours, il semblait prendre du plaisir à me faire souffrir.

C'est alors que je me souviens de lui, riant alors que Voldemort me torturait. Il paraît tellement à l'aise quand il observe quelqu'un d'autre faire le sale boulot à sa place.

Espèce de lâche.

Il me regarde, les sourcils légèrement froncés.

Je me souviens quand Harry m'a parlé de la Legilimencie. Cette mystérieuse télépathie que Rogue essayait de lui enseigner. Qu'avait-il dit ? Que tu dois garder le contact visuel avec la personne.

Je ne suis pas capable de pratiquer moi-même la Legilimencie, mais je suis sure qu'un sorcier confirmé comme Lucius le peut.

Je pense au mot 'lâche' aussi fort que je le peux alors que je laisse mon regard fixé sur le sien. Je crie le mot dans ma tête, concentrant chaque nerf, chaque particule de mon cerveau sur ce petit mot, tandis que je le fixe tellement intensément que mes yeux commencent à piquer.

Son froncement de sourcils s'intensifie alors qu'il continue de fixer mon regard. Il sait à quoi je pense. J'en suis sure.

Très bien.

Dolohov me fait revenir à la réalité en s'avançant d'un pas, ses traits illuminés par l'excitation.

« Garde la consciente si tu le peux » dit calmement Lucius.

Si tu le peux ? Oh misère !

Dolohov sourit de complaisance. « Je ne suis pas idiot, tu sais. »

Lucius grimace doucement, démontrant qu'il n'est pas tout à fait d'accord avec son point de vue.

Mon envie de rire s'évanouie instantanément lorsque mon regard se pose sur Dolohov. Il fait ce mouvement latéral si familier de sa baguette, murmurant une incantation que je ne peux entendre tellement mon cœur hurle dans mes oreilles, pas encore, pas encore, non !

Une lumière violette sort de sa baguette.

Oh mon Dieu, ma POITRINE ! Mes côtes sont brisées, mes organes se sont tassés, et ça fait mal, ça fait tellement mal ! Je veux m'évanouir, m'enfoncer dans les ténèbres, sans aucune douleur, sans aucune…

Je suis toujours consciente.

Tout est noir, mais la douleur demeure, tourne dans mes veines, dans mon cœur, dans ma poitrine. Elancements, étirements, craquements.

Une douleur violente dans mes genoux alors que je tombe, puis seulement le noir, la douleur, et les voix.

« Donnez-nous l'information, Miss Granger » résonne la voix de Lucius. « Cette information n'est rien comparé à ce que je vous ai demandé hier. Vous ne connaissez même pas ces gens. En quoi cela vous dérange qu'on puisse connaitre des choses sur eux ? »

Non. Ne les laisse pas gagner, neleslaissepasgagner.

Un étau m'écrase les côtes comme un python étouffant sa proie.

« Contentez-vous de dire 'oui' si vous voulez nous aider » dit Lucius d'une voix lointaine. « Nous pouvons stopper cette douleur maintenant, si vous le souhaitez… »

Une nouvelle vague de douleur m'écrase la cage thoracique. Je suis prise de vertiges, malade de douleur… Pourquoi suis-je encore consciente ?

Ma tête arrête de fonctionner, plus de pensées, seulement la douleur. Mes côtes fendues, mes os fissurés, personne ne mérite ça, personne, personne…

J'ouvre la bouche –

Et puis tout s'arrête.

Les spasmes de douleurs vibrent toujours en moi mais l'intensité diminue à chaque pulsation.

Mon esprit redevient clair. Je ne sens pas que mon corps, mais également le sol froid en dessous de lui. Les ténèbres disparaissent autour de moi.

J'ouvre doucement les yeux.

Pourquoi ont-ils arrêté ?

Je lève légèrement les yeux, le corps tremblant, et je réalise que nous sommes maintenant quatre dans la pièce.

La porte de ma cellule est ouverte et une femme brune est langoureusement adossée au chambranle, un sourire radieux sur son beau visage.

« Vous vous amusez bien, on dirait » demande-t-elle, sa voix regorgeant d'un plaisir sadique. Elle fait un pas dans la salle et claque la porte derrière elle, la verrouillant d'un minuscule mouvement de baguette.

Dolohov se recule face à elle, la regardant avec une sorte de vénération confondue, tandis que Lucius la regarde d'égale à égale, avec un petit sourire.

« Tu es en retard » dit-il, sans réel reproche dans la voix.

Elle hausse les épaules, son sourire malveillant ne quittant pas ses lèvres.

« Un petit contretemps. Rodulphus et moi avons rencontré des Moldus promenant leur chien » dit-elle en se léchant la lèvre supérieure. « J'ai bien peur que nous n'ayons pas résisté. »

J'avale difficilement ma salive.

Dolohov commence à glousser. Lucius lève les sourcils vers elle, partageant son sourire démoniaque.

« En effet. Mais les affaires passent avant le plaisir, tu le sais bien Bella. »

Elle lance un sourire en coin à son beau-frère avant de déplacer le regard vers moi. Je ne sais pas comment je rencontre ses yeux. Ils sont joueurs, comme s'il y avait trop d'énergie présente en eux.

« Vous ne semblez pas faire un début très brillant, n'est-ce pas ? » Dit-elle moqueuse. « Elle a à peine une éraflure sur elle. A-t-elle parlé ? »

« Pas encore, mais elle va le faire » dit Lucius en me jetant un coup d'œil. Il est maintenant placé à côté de Bellatrix. « Elle l'a fait hier, et assez rapidement. »

La colère pulse à travers moi comme un incendie et je parle sans avoir eu le temps de me retenir.

« Vous avez du m'extirper chaque mot de la bouche, et vous le savez… »

Il dirige rapidement sa baguette vers moi et mes dents se referment sur ma langue avant que je ne puisse dire quoi que ce soit d'autre.

« Vous parlerez quand on vous en aura donné l'ordre » rétorque Lucius alors que je grimace sous la douleur. Diabolique, arrogant, espèce de lâche vindicatif.

« Elle a bien trop de fierté, et je me demande bien pourquoi. » Sa voix dégouline de sarcasme alors qu'il me lance un sourire de dédain. Il s'adresse à Bellatrix mais ses paroles me sont destinées. « Certains penseraient qu'une simple Moldue serait déconcertée face à des Sang Pur comme nous. »

« Je ne suis pas une Moldue » je commence à dire, mais Lucius me force à mordre ma langue de nouveau. Mes dents s'enfoncent dans l'épaisseur charnue de ma langue, coupant la chair, la faisant saigner.

Bellatrix émet un petit ricanement malicieux.

« Bien, première chose à faire : nous devons briser son esprit. » Ses yeux brillent d'excitation. « La douleur physique est un outil merveilleux elle est supérieure à beaucoup d'autres choses. Rien n'est plus fiable pour desserrer les langues tenaces. Mais le mieux est de l'affaiblir d'abord. Ca rend le travail beaucoup plus facile sur le long terme. »

Elle est malade. Complètement tordue. Une parfaite psychopathe !

« Et bien sur, » continue-t-elle. « Ce sont des choses beaucoup plus intéressantes pour nous, n'est-ce pas ? »

Dolohov se met à rire de manière cynique, d'un rire grinçant et guttural. Lucius sourit légèrement et me montre de la main en répondant à Bellatrix.

« Pourquoi ne commences-tu pas ? »

Je lève le regard vers lui. L'horreur me coupe le souffle et mon cœur s'arrête.

Son sourire s'élargit lorsqu'il voit mon trouble.

« Allez Bella, » dit-il de sa voix trainante. « Montre-nous ce que ça donne. »

Je ne peux pas le croire ! S'il veut me faire mal, pourquoi ne le fait-il pas lui même ?

« Lâche » je murmure.

Il me voit, mais il est le seul. Son sourire disparaît instantanément et les muscles de son visage se raidissent légèrement alors qu'il lit sur mes lèvres.

Bellatrix s'avance vers moi, s'accroupit et se penche sur mon visage. Je rencontre ses yeux délirants, essayant de garder mon expression la plus neutre possible.

« Tu es en sueur ma chérie » dit-elle avec mépris. « Est-ce qu'il fait trop chaud pour toi, ici ? Je pensais pourtant que cette cellule était un peu frisquette. »

A-t-elle vraiment besoin de le souligner ? J'ai si chaud que mes cheveux sont collés à mon cou.

« Peut être que tu as trop de vêtements ? »

Non. Oh mon Dieu, non !

Je me sens nauséeuse alors que la panique pulse dans mes veines.

Je jette un œil à Lucius, m'attendant à ce qu'il s'interpose comme il l'avait fait avec Dolohov. Mais il ne dit rien. Il regarde seulement Bellatrix avec un léger froncement de sourcils.

Elle se relève.

« Lève toi, Sang-de-Bourbe, » dit-elle. « C'est impoli de rester assise devant tes supérieurs. »

Elle est si similaire à Lucius. Peut être qu'il ne s'est pas marié avec la bonne sœur. Mon Dieu, quelle union démoniaque ça aurait donné !

« Pourquoi pensez-vous que je suis encore sur le sol ? » je dis calmement. « Je ne vois aucun de mes supérieurs ici. »

Elle continue de me sourire.

« Oh, la petite chérie, » dit-elle. « Elle a des idées au-dessus de son rang. Néanmoins, je suis sure que je peux trouver un remède à ça. »

Des spasmes de douleurs me parcourent par vague dans le dos, encore, et encore.

Et encore.

Chaque vague est de plus en plus forte, de plus en plus douloureuse, de plus en plus dure à supporter.

Lève toi Hermione. Ca n'en vaut pas la peine.

Je me redresse avec peine. La douleur s'arrête instantanément tandis que je me remets sur pieds.

Je les regarde un à un. Bellatrix sourit de triomphe. Dolohov rit de moi. Le visage de Lucius est de nouveau un masque froid.

« Elle est obstinée la petite » dit Bellatrix. « Je pense qu'abimer sa dignité lui ferait le plus grand bien. » Elle se tourne vers son beau-frère. « Veux-tu avoir cet honneur, Lucius ? »

Les lèvres de Lucius se tordent de dégout.

« S'il te plait Bella, j'ai mangé i peine une demie heure… »

Ces mots me font vraiment mal. Ils me blessent comme une claque en plein visage. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne peux pas le supporter. Il fait vraiment tout son possible pour que je me sente comme de la merde.

« Aller, faites-vous plaisir ! » Bellatrix se tourne vers Dolohov en haussant les épaules. « Je sais que tu as des… penchants, on va dire. Tu peux le faire. »

Dolohov s'approche de moi, se frottant les mains de satisfaction. Je sens mon estomac se retourner entièrement. Je fais un pas en arrière, mais il se contente de rire, appréciant l'instant.

Eloigne-toi de moi, ne me touche pas ! Je ne veux pas qu'il…

Mon dos cogne contre le mur. Je me presse contre la pierre alors qu'il se tient devant moi, si près que je peux sentir son haleine putride et la chaleur de cette dernière sur le visage. J'en ai des haut-le-cœur.

« Je vais aimer ça » dit-il en se léchant d'avance les lèvres.

Je ne vais pas le laisser faire !

Je ne vais pas les laisser faire !

Il se place devant moi et passe sa main sous mon T-shirt, sur mon ventre. Tous mes muscles se tendent involontairement. Je ne peux pas le supporter. Je lui envoie un violent coup de pied à l'entre-jambe.

Il recule, hurlant sa douleur en se tenant l'endroit sensible. Bellatrix hurle de rire. Je jette un œil à Lucius pour voir comment il réagit à mon 'manque d'obéissance'.

Ses lèvres tremblotent légèrement, comme s'il réprimait son envie de rire.

« Espèce de petite GARCE ! » rugit Dolohov, stoppant l'hilarité générale. Il commence à revenir vers moi mais Lucius le saisit par le bras avant qu'il puisse me rejoindre.

« Allons allons, Antonin, ne le prend pas comme une attaque personnelle » dit-il doucement. « Après tout, quelle femme qui se respecte te laisserait t'approcher si près d'elle si elle n'est pas payée en retour ? »

Bellatrix sourit à la remarque tandis que le visage de Dolohov se colore sous le ressentiment.

Bellatrix braque sa baguette vers moi et je m'effondre au sol. J'essaye de bouger… mais tous mes muscles sont mous et inutiles.

C'est exactement le même sort que Lucius a utilisé sur moi quand on était dans les bois.

Je déteste ce sort. Je le déteste encore plus que celui qui ligote le corps, parce qu'avec ce dernier, mon corps peut au moins bouger. Là, ils peuvent manipuler mon corps comme ils le souhaitent et je suis obligée de l'accepter car je n'ai pas le choix.

Je suis affalée sur le côté. Je suppose que c'est mieux que d'être sur le dos. Au moins comme je suis mise, je peux voir une grande partie de la salle.

Je regarde Lucius, me préparant à le voir faire quelque chose, n'importe quoi, pour m'aider. Mais il ne me regarde même pas. Ses yeux sont délibérément fixés sur un point imaginaire, loin de mon regard.

Espèce de lâche.

C'est la seule pensée qui me réconforte.

« Aller Antonin, » dit Bellatrix avec suffisance. « Elle ne se rebellera plus maintenant, tu peux en être sur. »

« Est-ce vraiment nécessaire, Bella ? » Demande Lucius avec un froncement de sourcils. N'est-ce pas un peu ingrat pour notre statut ? C'est une Moldue après tout. »

« Tu as dit qu'elle avait trop d'orgueil » répond-t-elle. « Quoi de mieux que de commencer par le briser ? Et comme tu le dis, c'est une Moldue. Elle a donc la même place qu'un animal. Et les animaux n'ont pas besoin de vêtements. C'est logique, n'est-ce pas ? »

Il ne répond pas mais hoche légèrement la tête.

Je retiens ce hochement de tête et l'ajoute à la longue liste de raisons qui me font le haïr.

Mes entrailles se recroquevillent alors que Dolohov s'accroupit près de moi, m'enlevant chaque parcelle de vêtement avec une lenteur terrible. Ma peau a la chair de poule. NON, ça ne peut pas arriver, je veux ma maman et mon papa, je ne veux pas qu'ils me voient nue, je ne veux pas, non…

Lucius ne me regarde pas.

Je le fixe, plus pour me distraire qu'autre chose.

Je le hais tellement. Je m'accroche à cette haine pour ne pas devenir folle.

Regarde moi, espèce de lâche !

Des gouttes de sang séché tombent sur ma peau alors que mon T-shirt est soulevé au dessus de ma tête. Stop ! STOP !

Je les supplierai si je pouvais parler.

Il fait glisser mon jean boueux le long de mes jambes, lentement, très lentement.

Lorsque je pensais au plaisir que j'aurai ressenti en changeant de vêtements, je ne m'imaginais pas ça du tout.

Lucius a toujours son regard fixé loin de moi. Il le garde loin devant.

Regarde-moi. Regarde ce que tu n'as pas arrêté.

Dolohov fait finalement disparaître mes sous-vêtements et sa respiration s'accélère.

Je regarde Lucius, des larmes de pure humiliation perçant au coin de mes yeux. Il ne me regarde pas. Pourquoi ?

Pourquoi ?

REGARDE-MOI !

A ce moment, ses yeux se posent sur moi. Mais il ne cherche pas à voir mon corps. Il me regarde droit dans les yeux.

LÂCHE ! Je hurle dans ma tête, concentrant chaque atome de mon être sur cette syllabe.

Son visage se voile. Il peut entendre ce que je pense. Bien. Peut être même qu'il peut sentir la colère que je ressens maintenant.

Une main moite et froide se pose sur mes hanches, sans que je puisse sursauter. Mon Dieu, c'est si humiliant ! Ca ne lui suffit pas d'avoir eu l'autorisation de me déshabiller, bordel de merde ?

Mais au moment même où il pose sa main sur moi, il la retire vivement comme s'il avait été brulé.

« Je me suis résigné à ce que tu la regardes, Antonin. Mais tu ne peux pas la toucher. » Lucius pointe sa baguette sur Dolohov. « C'est une Sang-de-Bourbe, rappelle-toi. Essaye de montrer un minimum de dignité. »

« Oh aller ! » commence à implorer Dolohov. Mais Bellatrix lui coupe la parole.

« Non Antonin, les toucher n'est pas autorisé. Tu le sais bien. Nous le savons tous. »

Si je le pouvais, je frissonnerai.

Dolohov s'écarte de moi à contre cœur et je sens mon corps trembler. Je reconnais cette sensation : elle signifie que je peux à nouveau bouger. Je m'assois aussi vite que je peux et ramène mes genoux tout contre ma poitrine, essayant de cacher mon corps au maximum.

Je les regarde un à un. Dolohov me lorgne avec envie. Bellatrix sourit avec jubilation. Lucius a le visage impassible.

Je déteste le fait que je ne puisse pas utiliser la Legilimencie alors que lui le peut. Je donnerai n'importe quoi pour savoir ce qu'il pense. Je n'ai jamais eu autant de difficulté à interpréter une personne.

« Donc, » Bellatrix se tourne vers Lucius. « Que doit-on lui soutirer en premier ? »

« Les relations qu'entretient Potter avec sa famille actuelle. » répond-t-il d'une voix hachée et professionnelle. « Jusque là, elle ne nous a rien dit. Elle nous affirme qu'il ne lui a jamais parlé d'eux. »

« Aura-t-elle changé d'avis maintenant ? » Dit Bellatrix en se moquant de moi. « Quelle méthode avez-vous utilisé pour la faire parler ? »

« Antonin a utilisé un sort sur elle » dit Lucius indifféremment. « Mais il semble qu'il n'ait pas eu beaucoup d'effet. »

Qu'il n'ait pas eu beaucoup d'effet ? J'aimerai le voir lutter cinq minutes contre ce sort. Et c'est moi qui le lui lancerais. Regarder ce salaud hurler d'agonie, oh oui !

« Ah, son vieux sort préféré ! » dit Bellatrix en gloussant vers Dolohov. « Tu sais que je l'adore Antonin, mais tu devrais penser à te diversifier de temps en temps. »

« Pourquoi me diversifier si il fonctionne ? » Je peux entendre le ressentiment dans la voix de Dolohov. « Elle n'aurait pas tardé à parler si tu ne nous avais pas interrompu. »

« C'est exact, je suis sur qu'elle aurait parlé. » Lucius lève les yeux vers Bellatrix. « Mais je dois dire que je suis d'accord avec toi Bella. La variété est le piment de la vie, après tout. »

Bellatrix me sourit et mes dents grincent sous la terreur.

« Lucius, je suis sure que tu peux faire mieux qu'Antonin. » Elle fait un signe vers moi. « Laisse moi voir tes méthodes favorites. Je pourrais apprendre un truc ou deux. Améliorer ma technique peut être. »

Dieu tout puissant. Je suis quoi, un rat de laboratoire ?

Lucius baisse les yeux vers moi, le visage complètement illisible.

Va-t-il le faire ? Je pensais peut être que vu ce que j'ai dis hier, il ne serait pas capable de me blesser aujourd'hui…

Comme je me trompais. Il s'avance vers moi calmement, faisant tournoyer sa baguette entre ses doigts.

Je me blottis contre le mur, déterminée à lui cacher mon corps, même s'il ne semble pas s'y intéresser.

Il est au-dessus de moi et tapote sa baguette sur son menton en me regardant, réfléchissant au sort qu'il va me lancer.

Comment ais-je pu penser que je l'avais touché ? Comment suis-je assez stupide pour croire que Lucius Malefoy, qui a tué et torturé sans aucun remord, puisse éprouver de la pitié pour une Sang-de-Bourbe adolescente ?

Il abaisse lentement sa baguette et la pointe vers mon visage. Pendant quelques instants, rien ne se passe et je me demande s'il m'a vraiment lancé un sort. Je tremble et je frissonne alors que j'attends et me demande…

Jusqu'à ce que mes yeux commencent à bruler.

Non, ça ne se peut pas, ça doit être autre chose…

Je me frotte les yeux à la hâte, mais ça ne fait qu'accentuer la sensation. Je continue de frotter mas la brulure s'aggrave, de pire en pire, et des épingles, des aiguilles, des centaines de piqures m'agressent les yeux…

Je vois encore ! Tout est flou mais je peux encore voir à travers l'espace entre mes doigts. Je frotte mes yeux désespérément mais il y a comme une humidité… des larmes ou… autre chose.

J'essuie le liquide de mes yeux et mes doigts m'apparaissent couverts de sang.

Je commence à crier sous le choc et l'horreur et la douleur de mes yeux qui brulent et qui pleurent du sang, et oh mon Dieu, comment j'arrive encore à voir ? Je sens le sang couler de mes yeux et glisser sur mon visage. J'ai l'impression d'avoir des clous enfoncés dans les yeux, essayant de les faire sortir de leurs orbites, et je sais que je ne peux plus continuer. Je ne veux pas finir aveugle…

« Il les déteste, d'accord ? » je leur crie. « Il ne peut pas les supporter. Il ne veut même plus vivre avec eux. »

Pendant quelques secondes d'agonie, rien ne se passe.

Puis d'un coup, mes yeux cessent de me bruler.

Je respire fortement, essuyant autant que je peux le sang de mon visage. Je sens sous mes doigts la chaleur et la viscosité du sang. Lorsque j'ouvre mes yeux à nouveau, ma vision n'est plus floue.

Ca me surprend toujours la façon que j'ai d'être en pleine agonie une minute avant, et de me sentir parfaitement bien l'instant d'après.

La magie ne semble jamais aussi merveilleuse que dans ces instants.

Je peux les voir se regarder tour à tour, chacun portant sur le visage une expression de profonde déception.

Oh mon Dieu, que leur ais-je dis ?

Tout va bien. Ils ne peuvent faire de mal à personne avec ce que tu leur as dit. Tout va bien, tout va bien, tout va bien…

Je répète cette petite prière dans ma tête pour chasser toutes les autres pensées qui menacent de m'assiéger que je suis faible, dégoutante, ignoble…

C'est bon, tout va bien, c'est bon, c'est bon, c'est bon…

Dolohov vérifie le parchemin avant de se retourner vers les deux autres, qui attendent sa réponse avec une expression très sombre.

« Elle dit la vérité. »

Lucius et Bellatrix font une moue dédaigneuse.

« Merde » dit Bellatrix dans un souffle.

« Ce n'est pas grave, » dit Lucius. « Elle a nommé beaucoup de gens hier, qu'on pourra utiliser à leur place. Lorsqu'il aura besoin, il aura une grande quantité de noms à sa disposition. Il aura à faire une croix sur sa famille, mais je suis sur que ça ne lui posera aucun problème. »

Ils se retournent tous les trois vers moi. Je resserre plus fortement mes genoux contre ma poitrine.

« Vous vous débrouillez bien pour le moment, Miss Granger » dit Lucius d'une voix calme et de nouveau presque agréable. « Peut être commencez-vous à comprendre que dans ce monde, il n'existe aucune morale, aucun principe seulement des notions irrationnelles auxquelles certains fous s'accrochent. »

Je prends une grande inspiration par le nez. Je ne vais pas lui offrir une plus grande victoire que ce qu'il a déjà.

« J'ai bien peur de ne pas comprendre. » Ma voix tremble bien que j'essaye de la garder calme. « Peut être ais-je besoin d'un nouveau professeur. Ou peut-être que vous devriez réviser vos méthodes, Monsieur. »

Je m'attends à recevoir la familière claque en plein visage, mais elle ne vient pas. Les trois Mangemorts se contentent de se tenir devant moi en souriant.

« Oh, c'est un brave petit bébé, n'est-ce pas ? » Dit Bellatrix.

« Tu ne peux pas savoir à quel point tu as raison, Bella » dit Lucius en me regardant avec un petit sourire. « Elle fait tout ce qu'elle peut pour maintenir un semblant de courage. Mais tu aurais du la voir hier après quelques instants de douleur je l'ai vu pleurer comme une petite fille ! »

Ses mots me brisent quelque chose au plus profond de moi.

« Je ne suis pas une petite fille ! » je hurle, frappant de mon poing le mur derrière moi. « Je ne suis pas un bébé ! J'ai dix-sept ans. Je suis autant adulte que vous ! »

Un long silence s'installe puis Bellatrix commence à ricaner doucement, avant que les trois n'éclatent de rire. Puis ils commencent à m'applaudir, à se moquer. Leurs mains claquent lentement, dans un applaudissement de pure dérision.

Je ne le supporte pas. Je ne supporte pas qu'ils se moquent de moi !

« LA FERME ! » je hurle. J'aimerai me lever pour leur faire face et pour être à leur niveau, mais la volonté de laisser mon corps caché l'emporte sur mon orgueil. « FERMEZ-LA ! FERMEZ-LA ! »

Ils s'arrêtent d'applaudir et leur rire disparaît alors qu'ils me regardent incrédules, le sourire aux lèvres.

« Peut être a-t-elle besoin de plus de leçons, Lucius » dit Dolohov. « Il semble qu'elle ait encore des choses à apprendre. »

Ils me regardent tous alors que j'essaye de contrôler ma respiration et par la même mes réactions.

« Posons lui une nouvelle question » dit Bellatrix, ses yeux pétillant de défi. « Mais nous allons lui en poser une qu'elle ne voudra pas nous donner sans se battre. Faisons lui réaliser à quelle vitesse elle craque sous la pression. Je suis sure que son orgueil en prendra un coup. »

Lucius lui sourit. « J'aime ton idée, Bella. Et j'ai une petite idée de ce qu'on pourrait lui demander. Comme tu le sais, le Seigneur des Ténèbres a toujours été incapable d'atteindre Potter quand il était chez son oncle et sa tante. Mais comme la Sang-de-Bourbe nous l'a informé, Potter ne vit plus chez eux. Si nous pouvons découvrir où il habite en ce moment, le Seigneur des Ténébres sera en mesure de le chercher sans avoir à se soucier de la protection que sa mère lui a léguée. »

Oh… oh non.

Oh mon Dieu, mais qu'est-ce que j'ai fait ?

Comment aurais-je pu savoir que ce que je leur ai dit, puisse conduire à ce sujet ?

Non, ça n'a aucune importance. Ce n'est pas grave car je ne vais pas leur donner cette information. Même pas en m'envoyant en Enfer.

Lucius se retourne vers moi.

« Où est Harry Potter, Sang-de-Bourbe ? »

Je me mets à le dévisager, mais je ne lui réponds pas. C'est une chose de mettre ses amis en danger comme je l'ai fait hier, mais s'en est une autre de les transférer en plein milieu de la ligne de tir. En plus, leur avouer où se trouve Harry, n'est pas seulement le mettre en danger ça les conduirait aussi vers Ron et à tous les autres Weasley, ainsi qu'à toute personne venant assister au mariage.

Ils me regardent tous, attendant une réponse, mais je ne regarde que Lucius. Il sait que je ne vais pas répondre sans me battre, il doit le savoir maintenant. Mais il continue d'attendre ma réponse, un petit sourire sur le visage.

Il aime ça. Il aime me forcer à avouer ce que je ne veux absolument pas leur donner. Il peut bien détester ma 'désobéissance', mais il aime tout autant me voir céder et me soumettre.

Je lève la tête aussi haute que je le peux avant de répondre.

« Je ne vous le dirai pas » je réponds en premier lieu à Lucius plutôt qu'aux deux autres. Mon vrai combat est contre lui, je le réalise maintenant. Il a commencé dès la première seconde où il est apparu dans ma chambre. « Vous savez très bien que je ne vais pas vous répondre. Mieux encore, je ne peux pas vous répondre. Vous pouvez donc aussi bien passer à la question suivante puisque vous ne recevrez aucune réponse à cette question. »

Ils continuent tous les trois à sourire, mais c'est Lucius qui a le sourire le plus large. Il aime ce jeu, il y a joué avec moi à plusieurs reprises déjà.

« Nous allons voir ça » dit-il calmement. « Je suis persuadé que vous allez nous parler, et bien assez tôt. »

Je ne leur dirai rien, jamais, jamais, jamais…

« Allons-nous utiliser le Doloris ? » demande Dolohov en retroussant ses manches.

« Non, » dit Lucius. « Pas encore. Je pense que nous pouvons nous permettre une petite expérimentation d'abord. »

Une expérimentation ?

Mon corps se tend, se préparant à ce qui va venir avec une certaine lassitude.

Combien de temps va passer avant que tu ne tombes malade à ce jeu, Hermione ?

Je chasse cette pensée de mon esprit, je la rejette, la tue, et me concentre sur ce que Lucius va faire de moi.

Mais il me surprend. Au lieu de pointer sa baguette sur moi, il la pointe devant lui et fais apparaître un joli petit miroir dans sa main.

Qu'est-ce que…

Dolohov et Bellatrix le regarde curieusement alors qu'il s'accroupit près de moi. Je resserre mes bras autour de mes genoux, les tirant au maximum contre ma poitrine. Je regarde mes genoux et je m'aperçois qu'ils sont meurtris.

« Vous allez finir par tomber malade, vous savez » il me murmure. « Tout le monde finit par y être. »

Je l'ignore mais il me met le petit miroir devant moi.

« Regardez-vous Miss Granger. »

Je vois mon visage pâle et cireux me regarder avec des yeux bordés de rouge et entourés de cercles violets. Je peux le dire, j'ai déjà eu meilleure mine. Des traces de sang et de saleté me barbouillent le visage et mes cheveux broussailleux sont collés à mon crâne par la sueur et la graisse.

« J'imagine que vous n'avez jamais vraiment aimé votre image, n'est-ce pas ? » me demande Lucius d'une voix froide et cruelle. « Je dois vous dire que je ne vous blâme pas. Vous n'êtes pas exactement ce qu'on peut appeler une beauté. »

Les mots me frappent comme une claque. Je n'ai jamais été heureuse de mon physique. Encore plus par ce que je vois dans ce miroir. Et mon complexe a été confirmé par ses paroles. Il me trouve immonde.

Qu'est-ce que tu en as à faire de ce qu'il pense de ton physique ?

Je m'en fiche ! Il peut continuer avec son air supérieur, son arrogance, ses vêtements couteux, et… et…

Mon visage.

Il change.

Mes… mes dents. Mes deux dents de devant sont en train de grandir ! Elles grandissent, grandissent et je ne peux plus les recouvrir de ma lèvre, et avant de me rendre compte de ce qu'il se passe vraiment, j'ai une mâchoire digne d'un castor. Merde.

Un gémissement s'échappe de mes lèvres, et je sens un frisson parcourir ma tête. Je passe instinctivement ma main sur mon crâne et mes cheveux tombent en touffes épaisses entre mes doigts.

Je m'étouffe dans un sanglot en appuyant ma main sur ma tête, mais ma chevelure brune s'échappe d'entre mes doigts et avant même de m'en rendre compte, je me retrouve parfaitement chauve.

Je ne peux rien tenir de plus entre mes doigts. Je fonds en larmes et couvre mes yeux de mes mains pour ne plus apercevoir mon reflet immonde dans le miroir.

Je l'entends se lever et s'éloigner de moi. Je me blottis contre le mur nu et, tiens mon crâne chauve de mes deux mains, sanglotant entre mes nouvelles dents.

Bellatrix éclate de rire.

Comment peut-elle trouver ça drôle ?

« C'est brillant ! » Elle rit si fort qu'elle peut à peine parler. « C'est absolument fabuleux ! »

Je commence vraiment à pleurer maintenant. Je gémis de douleur, d'humiliation, de haine, en me cramponnant à ma pauvre tête chauve.

« Miss Granger, » Lucius doit lever la voix pour couvrir les rires de Bellatrix. « Vous n'avez pas à rester comme ça. Si vous me dites ce que je… ce que nous voulons, je ferais en sorte que vos cheveux repoussent et que vos dents rétrécissent à nouveau. Il suffit de me faire signe. »

« Qui pensez-vous que je suis ? » je dis en ayant du mal à articuler. Mes nouvelles dents me font souffrir lorsque j'essaye de parler. « Pensez-vous que j'attache une importance à mon ph-physique…»

C'est ce que j'essaye de dire, en tout cas. Mais je n'y arrive apparemment pas très bien. Chaque mot me fait bégayer. Mes dents me font zozoter et baver.

Je peux entendre Dolohov et Bellatrix hurler de rire. De nouvelles larmes me viennent aux yeux et je continue de m'accrocher à mon crâne, sanglotant en me balançant d'avant en arrière. J'ai la gorge serrée. J'avale ma peine avec difficulté.

Je suis un monstre !

« Oh, c'est trop ! » dit Bellatrix, en ayant du mal à reprendre son souffle avec son fou rire. « Grandiose ! Tu n'étais déjà pas terrible avant, mais alors là c'est l'apothéose ! »

Je la hais, JE LA HAIS !

« LAISSEZ MOI TRANQUILLE SALE GARCE SANS COEUR ! » je hurle.

Pendant un moment, je garde les mains serrées sur ma tête, en essayant de contrôler mes sanglots. Il me faut quelques instants pour m'apercevoir qu'ils se sont arrêtés de rire.

Je lève les yeux vers eux. Ils sont tout sourire.

« Vous pensez être courageuse ? » demande Lucius, un sourire sadique ornant son visage. « Vous pensez être forte ? Parce que je ne pense pas que vous l'êtes. Je pense que vous faites semblant. Je peux voir la peur et la douleur inscrites sur votre visage hideux. Combien de temps allez-vous continuer cette mascarade ? »

« Je suis une garce sans cœur ? » dit Bellatrix, une lueur horrible brillant dans ses yeux noirs alors qu'elle continue à me sourire. « Oh crois moi, je n'ai même pas encore commencé. Continue petite fille, et je vais te montrer à quel point je peux être sans cœur. »

Elle soulève lentement sa baguette.

« Endoloris ! »

Oh pitié, c'est pire, TELLEMENT PIRE ! Douleur atroce, si atroce, que je ne dois pas être loin de mourir…

Elle disparaît. Je m'écroule sur le côté, pleurant en silence.

« A ton tour, Antonin ? »

« Oh non, s'il vous plait ! »

Ils ne m'écoutent pas, ils s'amusent trop.

La voix profonde de Dolohov se fait entendre clairement.

« Endoloris ! »

Noooooonnnnn ! Je n'en peux plus, je ne peux plus ! Des larmes acides s'échappent de ma tête déchiquetée, qu'est-ce que j'ai fais ? QU'EST-CE QUE J'AI FAIS ? »

La douleur disparaît. Je ne peux m'arrêter de trembler, et je ne peux m'empêcher de pleurer, gémissant à travers mes dents immondes.

J'entends la voix de Lucius par delà mes sanglots.

« Je ne peux pas vous laisser tout le plaisir. »

Oh non ! Qu'est-ce qui ne va pas chez lui ?

« Endoloris ! »

Oh non, NON ! De plus en plus mal, je ne peux plus penser, plus respirer, plus… Ca ne s'arrête pas, douleur sans fin, éternelle, l'Enfer, une griffe à travers les flammes, des murs de feu, souffrance embrasée, liquide en fusion, une flamme d'un bleu glacé, que ça finisse, partir loin, me laisser mourir…

« LAISSEZ MOI MOURIR ! »

Alors que je hurle ces mots d'agonie, la douleur cesse. Elle a finalement cessé.

Je me roule en boule, secouée de tremblements incontrôlables.

Respire. Je dois continuer à respirer. Inspiration, expiration. Lentement. Inspiration, expiration…

Je ne peux même pas ouvrir les yeux.

Dis-leur, Hermione. Tu ne peux pas continuer comme ça.

Si je peux ! Je peux encore continuer !

Je dois continuer.

Je le dois !

« Parlez, Miss Granger. » J'entends la voix de Lucius loin, très loin de moi. « Parlez et vous pourrez mettre fin à tout ça. Le choix est entièrement entre vos mains. »

« Vous avez déjà dit ça » je murmure. « Mais ça ne s'est pas arrêté. Ca ne se finira jamais. »

Un long silence s'installe. J'ai du mal à reprendre mon souffle. La sueur coule le long de mon dos nu.

« Nous pouvons continuer dans cette lancée si vous le souhaitez. » La voix de Lucius est plus proche qu'elle ne l'était précédemment. « Mais je ne vous conseille pas de nous amener sur ce terrain. Vous ne semblez pas en mesure de le supporter. »

Je garde la tête allongée sur le sol et lui réponds ave toute la force de ma rage et de ma haine.

« Je ne vous parlerai pas » je murmure toujours mais je suis sure qu'ils peuvent m'entendre. « Je vous ai tout donné, toutes les informations que vous vouliez jusqu'à maintenant. C'est suffisant pour vous. Je ne vais pas vous conduire directement à mes amis. Je préfère mourir, vous pouvez comprendre ça. »

Il y a un long, très long silence.

Peut être qu'ils vont arrêter. Peut être qu'ils vont réaliser que je ne leur parlerai pas cette fois-ci, peu importe ce qu'ils me font subir.

Je me sens soudain soulevée à la verticale, loin du sol crasseux et froid. Pendant un bref instant je les aperçois tous les trois, avant d'être violemment poussée sur le mur derrière moi. Une douleur lancinante me traverse le corps. J'ai l'impression que tous les os de mon corps sont brisés et je suis meurtrie, toute meurtrie. J'essaie de me décoller du mur mais une force invisible me maintient en place.

Oh mon Dieu, je suis nue !

Mais je suis étendue contre la pierre et peu importe comment je me tortille, rien ne peut changer le fait qu'ils voient… tout. Tout du monstre chauve, tuméfié et ensanglanté que je suis.

« Pourquoi tu ne veux pas nous dire ? » demande Bellatrix. Le sourire a finalement disparu de son visage. Je ne pense pas qu'elle apprécie lorsque les choses ne se passent pas comme elle le souhaite. « Pourquoi ? Est-ce que ça te fait sentir forte de ne rien nous dire ? Est-ce que tu as l'impression d'avoir un peu de pouvoir, un minuscule pouvoir face à la situation dans laquelle tu es ? »

« Je pense que ça lui donne une bonne image d'elle même, » dit Lucius à Bellatrix, tout en me regardant. « En refusant de nous parler, elle peut se convaincre que c'est elle qui est dans le vrai, qu'elle est du bon côté. Elle peut se dire qu'elle est une bonne personne en refusant de nous parler, même si elle sait que le résultat final est… inévitable. »

« Ca n'a rien à voir avec ma propre conviction ! » je dis incrédule. « Je fais ça pour protéger les gens que j'aime ! Vous ne pouvez pas comprendre ça ? »

Question stupide.

Lucius me ricane au nez. « L'amour est un sentiment surfait, Miss Granger. Il ne vaut certainement pas qu'on meurt pour lui. Vous vous en rendrez compte un jour. »

Je ne le comprends pas. C'est comme s'il parlait une langue différente.

« Vous n'aimez pas votre femme, ou votre fils ? » je demande, bien que j'ai reçu un coup de pied la dernière fois que j'ai évoqué son fils. « Vous ne donneriez pas votre vie pour eux, si vous le pouviez ? »

Je ne sais pas vraiment ce que je cherche. Qu'il se sente coupable peut être ?

Il se détourne de moi, regardant Bellatrix. « Peut être qu'on devrait prendre une approche différente. »

« Que veux-tu dire ? » lui demande Dolohov.

« Je veux dire que si elle ne réponds pas à la cruauté, elle répondra peut être à la bonté. »

Il s'avance vers moi et sort le miroir de sa poche, me le mettant devant le visage. Les larmes s'accrochent à mes paupières alors que je me prépare à revoir mon reflet.

Mais une fois de plus, mon visage change. Mes dents… oh merci mon Dieu, elles rétrécissent ! Elles retrouvent progressivement une taille normale. Je perds mon souffle alors que je vois mon visage retrouver un semblant de normalité.

Et presqu'au même moment, mes cheveux repoussent. La calvitie disparaît entièrement, faisant place à des cheveux bruns touffus, entourant ma tête comme un halo lumineux. Je passe ma main sur ma tête pour vérifier qu'il ne s'agit pas d'une illusion donnée par le miroir. Mais non, mes cheveux sont là, ils sont là ! C'est magnifique, c'est merveilleux ! Epais, moelleux, touffus, sauvages…

Je ne me plaindrais plus jamais, jamais de mon apparence.

Mais ça ne s'arrête pas là.

Mes cheveux… continuent de changer. La couleur se modifie subtilement, atteignant un brun chocolat au lieu du châtain terne. Et tous les frisottis se transforment en de ravissantes boucles tombant en cascade sur mes épaules.

Et puis… il y a autre chose. Je crois que c'est mon visage en lui même.

La différence est subtile, et en même temps immense. Mes os semblent plus fins. Mes yeux sont plus grands et plus larges, avec des cils si longs qu'on pourrait presque me confondre avec Bambi. La couleur revient sur mes joues et mes lèvres sont pulpeuses et parfaitement roses.

Je suis… très belle. Je n'arrive même pas à me décrire. C'est encore moi, mais je suis très différente. L'apparition que j'ai fais au Bal de Noël paraît bien pale face à ça.

C'est comme si tous mes défauts avaient été gommés, et avaient été remplacés par des traits plus gracieux.

« Regardez ce que nous pourrions faire de vous. » La voix de Lucius effleure mes cheveux. Elle semble… bizarre. « Avec un physique comme cela, qui aurait besoin d'amour ? Des hommes adultes tomberaient à vos pieds. Des guerres ont été menées pour des physiques de ce genre. Votre apparence peut vous apporter puissance, richesse, au delà de vos rêves les plus fous. »

Je le regarde et il me sourit légèrement.

« L'amour ne peut pas rivaliser avec ce que nous pouvons vous offrir » il murmure.

Je regarde dans le miroir, vers mon magnifique visage et j'ai envie de pouffer de rire. Je ne sais pas pourquoi.

Je redirige mes yeux vers Lucius. Son regard n'est pas du tout le même que celui que j'ai pu voir avant. Il n'y a pas de haine, ni de mépris. Ils ne sont pas non plus sans expression comme ils l'ont souvent été quand il me torturait. Son regard est lourd alors qu'il baisse les yeux vers mon visage et un petit sourire se déplace sur ses lèvres.

C'est… bizarre.

Le sort qui me tenait au mur, disparaît. Je tombe presque sur le sol, mais réussi finalement à garder l'équilibre.

Lucius se déplace en face de moi et rencontre mon regard.

« Avons-nous un accord, Miss Granger ? » il demande, levant un sourcil vers moi. « Allez-vous nous dire ce que nous voulons savoir en échange de cette apparence ? »

Je pourrais presque rire face à sa proposition. Si Lucius pense que je vais leur donner Harry en échange d'une nouvelle apparence, alors il ne m'a pas bien cerné.

Je regarde de nouveau mon beau visage dans le miroir et je lui dis mentalement au revoir avant même de lui répondre.

« Non. »

Presqu'à l'instant où le mot sort de ma bouche, mes cheveux sont à nouveau épais et mon visage est aussi clair qu'il a toujours été.

Au moins, j'ai de nouveau mes cheveux et mes dents sont normales.

Je jette un œil à Lucius qui me regarde fixement.

« Idiote » il murmure, de sorte que je sois la seule à entendre.

« J'en ai ASSEZ ! » crie soudainement Bellatrix. Je sursaute et arrache mon regard de celui de Lucius. J'avais de nouveau oublié que Bellatrix et Dolohov étaient là.

Elle tourne autour de nous, son visage blanc de fureur et me saisit par les cheveux, me trainant au centre de la pièce. Mon cuir chevelu me brûle et je tombe à genoux.

Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? Il y a quelques minutes, elle était morte de rire, et maintenant…

Elle me tort les cheveux et commence à parler dans mon oreille avec hystérie.

« Pourquoi ? Hein ? Pourquoi ? » Sa voix est très aigue, grinçante et couinante comme une souris prise dans un piège. « Pourquoi tu ne parles pas ? Qu'est-ce que tu y gagnes ? Pourquoi tu ne fais pas ce qu'on te dit ? »

J'entends Lucius parler derrière moi.

« Elle en est incapable, Bella. »

« Personne n'en est incapable ! » elle l'interromps et me tire plus fort par les cheveux. Je sens mon cuir chevelu se déchirer et la douleur me pousse à parler, même si je sais que je ne devrais pas.

« Si, je le suis. Je suis désolée mais je ne ferai pas ce que vous me demandez. Je ne vous dirais pas où est Harry. »

« SI, TU NOUS LE DIRA ! » elle hurle à mon oreille. Maintenant, je sais que Harry avait raison : cette femme est complètement folle.

Elle lève sa baguette magique.

« ENDOLORIS ! »

Oh pitié, pas encore ! Je ne peux pas le supporter ! Ma peau se consume, mes os sont en feu, de l'acide, des chocs électriques, des couteaux…

Elle lève le sort, sa main toujours accrochée à mes cheveux.

« Dis-nous ! DIS-NOUS OU IL EST ! »

La sueur coule sur mon visage. Je peux gouter sa salinité sur mes lèvres.

Dis-lui Hermione.

NON !

Je ne lui répondrais pas. Je ne lui livrerai pas Harry.

Elle se lève alors, et me lance à nouveau le sort.

Et encore.

Et encore.

Encore, encore, encore.

Il n'y a pas de fin, il n'y aura jamais de fin ! Ca brule, ça brule, un feu sans fin…

Encore, encore et encore. J'essaye de les compter, mais la douleur efface les numéros de mon esprit.

Les ténèbres prennent le relais. Une lutte dans l'obscurité. Sombrée dans l'inconscience mais toujours capable de sentir la douleur dans le vide sombre de l'agonie. Je n'entends que mon propre rythme cardiaque.

Oh mon Dieu, pourquoi n'arrête-t-elle pas ? Pourquoi ?

Des lames, des couteaux, des pointes.

Du feu, de l'acide, de la glace.

De la chair, du sang, des os.

Jeveuxmourir jemenfous riennestpire… que… ça…

Le sort me touche à nouveau. J'attends dans l'obscurité.

Mais la douleur ne revient pas. Je recouvre mon corps et les ténèbres s'éloignent.

J'ouvre les yeux et je ne vois rien. Je me pose sur les coudes, mon estomac se tordant et tournant. De l'acide brulant me monte à la gorge. J'ai des haut-le-cœur, et l'acide, la nourriture et l'eau se déversent alors que je vomis sur le plancher.

Comment puis-je vomir autant après avoir mangé si peu ? Des morceaux de nourriture me collent aux avant-bras et dans mes cheveux.

Aucun d'eux ne s'exclament sous le dégout comme je l'aurai imaginé. Lucius s'approche et fait disparaitre le vomi d'un coup de baguette.

Peut être est-il habitué à ce genre de chose.

Je lève les yeux vers son visage, espérant plus que tout y voir de la pitié.

Mais il n'y en a pas. Il n'y a rien. Juste du vide dans ses yeux gris.

« Allez-vous parler ? » me demande-t-il.

Je vais le faire. Dieu, aidez-moi, mais je vais leur parler.

Mais je ne peux pas !

Je garde le silence, luttant contre mon instinct qui me dit de parler.

Tais-toi. Sois calme, calme, calme…

Il me regarde avec des yeux de pierre.

« Tu vas parler, petite salope ! » crie Bellatrix. Je tourne légèrement la tête et je vois qu'elle est littéralement retenue par Dolohov.

Je rejette un œil à Lucius.

« Ne me dites pas que vous voulez une autre dose de douleur, Sang-de-Bourbe ? » dit-il d'une voix très calme. « Nous n'arrêterons pas tant que vous ne nous avez pas répondu. Vous le savez. »

Dis-le, dis-le, dis-le !

Non !

Lucius attend quelques instants avant de pointer sa baguette sur moi.

« Endoloris ! »

Une explosion de douleur, des éclats de verre dans chaque parcelle de mon corps, dans chaque muscle, chaque veine, dans chaque… non, non, c'est fini, je ne peux pas, je ne peux plus…

« Non ! » je hurle, et la douleur disparaît à nouveau.

Je regarde Lucius. Il me dévisage sans aucune émotion et je sais que c'est fini. Je ne peux pas continuer. Je ne peux plus emmagasiner, j'ai atteins mes limites.

« Dites-moi. »

Il me dit ça sans aucun doute sur ce que je vais lui dire. Il sait qu'il a gagné.

« Il est allé au Terrier » je murmure, mes yeux se remplissant de larmes. « La maison de Ron. Il est chez les Weasley. »

Ma gorge se ferme sous les larmes, mes yeux me brulent et je ne peux pas en dire plus. Mais ce n'est pas comme si ça importait. Le mal est fait.

Lâche.

TAIS TOI TAIS TOI !

Dolohov se dirige vers le parchemin.

« Elle dit la vérité. »

Je saisis ma tête avec les mains et me balance d'avant en arrière, voulant tout oublier, tout disparaître.

« Oh, cessez de pleurnicher, » rétorque Lucius d'une voix trainante. « C'est fini maintenant, non ? »

Je veux mourir.

Bellatrix commence à rire de manière triomphale.

J'essaye de me lever mais je retombe à quatre pattes presqu'aussitôt.

Pourquoi je n'arrive pas à être forte ? Pourquoi n'ais-je pas résisté ?

Ils allaient te tuer, Hermione.

Je m'en fiche ! J'aurai dû les laisser faire !

Lâche, faible, pathétique…

J'ai horriblement mal à la tête.

Je veux rentrer chez moi, retrouver ma famille, retrouver mon lit.

Je veux me réveiller de ce cauchemar.

J'entends la voix de Lucius.

« Nous devons prévenir le Seigneur des Ténèbres » dit-il aux deux autres. « S'il agit rapidement, il peux encore mettre la main sur Potter à la maison des Weasley. »

Ils ne savent pas où se trouve le Terrier. C'est bien. Ils ne seront pas en mesure de les trouver…

Je sens que je m'effondre.

Lucius se met à rire. « Bravo, Sang-de-Bourbe. »

Je peux voir l'inconscience en face de moi, il m'emmène cette fois loin de tout, et je n'entends rien d'autre que le silence et les ténèbres infinies.