'Tes yeux sont fait de verre. Ils se brisent. Tu es loin d'être brave.
Tu es aussi seule qu'un chien dans un chenil. Tes mains
Eclatent sous la fournaise. Tes bras sont coupés et bandés sans soin.
Ta voix est lointaine. Ton hurlement est étonnant.
Il n'y a pas de prières ici. Ici, il n'y a aucun changement.' – Anne Sexton, Angels Of The Love Affair
Chapitre 5 Cruel espoir
Un soleil de plomb, un ciel sans nuage… l'été. Le parc de Poudlard rempli d'étudiants qui se prélassent au soleil. Je me déplace au fil du vent, personne ne me voit, personne ne me connaît, je ne les connais pas – Non, je connais l'un d'eux – je peux voir Ginny au bord du lac…
Mais ce n'est pas Ginny. Elle lui ressemble avec ses cheveux roux et son joli visage effronté, mais son nez et ses cheveux sont un peu plus longs que mon amie. Et elle est plus jeune, surement pas plus de quatorze ans.
Elle enlève ses chaussures et trempent ses pieds dans le lac.
« Attention, le calamar risque de t'attraper. » Le garçon roux assis à côté d'elle, ne lève même pas la tête du livre qu'il est en train de lire lorsqu'il lui parle.
Elle lui jette un sourire malicieux au dessus de son épaule. « Ne sois pas si vieux jeu. »
Le garçon sourit, sans lever les yeux de son livre. Il s'agit du 'Manuel de Métamorphose Avancée'.
Je commence à parcourir le livre, jusqu'à-
« Tu es bien le seul à étudier un jour avant le début des grandes vacances » dit la fille en levant les yeux au ciel. Des yeux bruns. Plus grands, plus sombres que ceux de Ginny…
Il ne lève toujours pas les yeux de son livre. « Ce n'est pas parce que tu te fous des BUSE et des ASPIC, que tout le monde doit faire pareil. »
Elle renvoie d'un geste irritable ses cheveux vers l'arrière. « J'ai des choses plus intéressantes à faire pour occuper mon temps. » Elle sourit à un groupe de garçons de sixième année, gagnant un petit sifflement admiratif de l'un d'entre eux.
« Hé, laisse notre sœur tranquille ! »
Ce cri ne vient pas du garçon roux, mais de la personne assise juste à côté de lui. Un garçon que je n'arrive pas à voir…
Le décor s'estompe, s'efface. Les ténèbres. Le silence.
Un murmure.
« Tes enfants. »
Du froid. De la pierre froide tout le long de mon dos.
Mes enfants. Comme ils seront, ou comme ils auraient pu être ?
Des gouttes de sueur coulent sur mon visage.
J'ouvre les yeux. Il n'y a pas de soleil ici.
Ma langue se décolle de mon palet. J'ai un gout désagréable, amer, de vomi.
Je me relève avec difficulté, dans une position assise. Ma tête pulse sous la douleur. Elle palpite d'un rythme sourd et me martèle les yeux.
Je m'appuie les poings contre les tempes, essayant de chasser le rêve de mon esprit. Je ne peux pas me permettre de m'y attarder. Il ne me sert qu'à espérer.
L'espoir est une chose cruelle. Il vous fait croire que les choses pourraient aller mieux, si seulement vous y croyez assez fort. J'avais l'habitude d'y croire avant.
Je ne suis plus sure maintenant. Je ne sais plus à quoi je dois croire.
« Vous devez avoir la tête plus claire maintenant. Vous avez dormi comme un bébé. »
Je sursaute à cette voix et je me retourne pour voir Lucius debout à l'autre bout de ma cellule. Il me sourit d'un air narquois.
Un sourire de dédain.
« Je commençais à penser que vous pourriez ne jamais vous réveiller. »
Se serait-il senti un minimum coupable si ça avait été le cas ?
Non. Pas après ce qu'il m'a fait subir la dernière fois qu'il m'a vu. Aucun sentiment, aucun remord.
Je saisis instinctivement une mèche de cheveux entre mes doigts, simplement pour m'assurer qu'ils sont toujours là. Dieu merci, c'est le cas.
Il est plus facile de s'attarder sur ça, que sur la douleur.
« Vous n'êtes pas très bavarde aujourd'hui, Sang-de-Bourbe » dit-il de sa voix trainante. « Quel changement ça fait après ces quelques jours. Vous sembliez pourtant avoir envie de parler, jusqu'ici. »
Parler. Oui, je n'ai rien fait d'autre que parler. Stupide, faible comme je suis, je leur ai donné tout ce qu'ils ont demandé.
Je me sens sale. J'ai besoin de me laver, de gratter la culpabilité jusqu'à m'en défaire.
Mais comment pourrais-je m'en défaire ? Ils vont tous mourir. Ron, Harry, tous les Weasley, tout ça à cause de ma stupide faiblesse.
Ca n'est peut être pas si catastrophique. Tu ne leur as pas donné l'emplacement du Terrier.
Espoir. Cette flamme cruelle brûle dans ma poitrine. Je répète encore une fois cette petite prière pour sauver ma santé mentale - C'est bon, tout va bien, c'est bon, c'est bon, c'est bon…
Lucius pointe sa baguette magique sur le sol en face de moi et un petit morceau de pain ainsi qu'un verre d'eau apparaissent.
« S'il vous plait, mangez. »
J'approche de la nourriture, mon bon sens et ma faim l'emportant sur ma fierté. Il ne me faut pas longtemps pour terminer le repas. Je mange jusqu'à la dernière miette, j'avale l'eau en quelques secondes, et j'ai encore tellement faim que j'ai envie de pleurer.
Une fois achevé mon piteux repas, je lève les yeux vers lui pour le dévisager. Son sourire s'élargit. Je ne dis rien.
« Alors, vous n'avez vraiment pas l'intention de me parler ? » il demande finalement. « Quelle déception. J'aimais tellement nos petites conversations... »
« Vous voulez quelque chose ? » je demande avec lassitude.
Son sourire tremble légèrement lorsque je refuse de jouer avec lui.
Je savoure ce tremblement. C'est une petite part de pouvoir que je possède sur lui : je peux le mettre en colère. Et si je ne peux pas manger, je peux au moins me nourrir de cette colère.
« Le Seigneur des Ténèbres m'a demandé de vous conduire à la Grande Salle. »
Tout mon souffle semble quitter mon corps. J'espérais ne jamais revoir Voldemort à nouveau.
« Pourquoi ? » je demande, essayant de le faire parler pour retarder au maximum le moment où je reverrai ce visage immonde. « Pourquoi veut-il me voir ? Il a dit qu'il n'avait pas le temps de s'occuper de moi. »
« Oh s'il vous plait, arrêtez de rêver ! » Ricane-t-il. « Cette réunion ne va pas être centrée autour de votre petite personne. Non, il souhaite seulement que vous soyez là pour célébrer son retour, qui ne devrait plus tarder si tout se passe comme prévu. »
« Son retour ? » je demande, un creux à l'estomac.
« Et bien… » Il s'inspecte sciemment les ongles et les astique sur ses vêtements, créant ainsi une parfaite image de nonchalance. « Son retour de la maison des Weasley. »
Quoi ?
Mes entrailles se recroquevillent et se retournent. J'essaye de parler. J'ouvre la bouche et essaye de sortir des mots, mais rien ne vient.
Il sourit, brisant de ce fait la pseudo indifférence qu'il avait mis en place.
« Lorsqu'il a découvert que Potter résidait chez les Weasley, il a décidé de leur rendre une petite visite. »
Sa voix est lourde d'un plaisir sadique. Des mots se créent dans mon esprit. Des mots stupides, vides de sens, sans aucune importance, des mots pour m'empêcher de sombrer dans les ténèbres de la culpabilité.
« Comment… comment sait-il où ils habitent ? »
« Ma chère enfant, je pensais que vous étiez sensée être intelligente. » Il laisse échapper un petit rire. « Vous pensiez vraiment que pendant ces deux dernières années, nous négligerions l'emplacement des habitations des deux meilleurs amis de Harry Potter ? Certes, vous avez été plus facile à traquer que Weasley, avec votre ridicule 'annuaire téléphonique' Moldu. »
Je ne comprends pas.
« Si vous saviez où habitaient les Weasley, pourquoi les avez-vous laissé tranquilles tout ce temps ? »
Il lève les yeux au ciel sous l'exaspération. « Pourquoi n'essayez-vous pas de deviner ? Pourquoi n'utilisez-vous pas votre incroyable cerveau de Moldu, pour changer ? »
Je ravale mon indignation et essaye de réfléchir à la situation de manière logique.
« Vous avez voulu les laisser en vie au cas où vous auriez besoin d'eux pour atteindre Harry. »
Le sourire de Lucius s'élargit.
« Bien. » Son sourire triomphant est tellement large que je suis surprise que son visage ne se déchire pas en deux. « Je dois dire que c'est rare, tellement rare de trouver quelqu'un de votre… milieu avec un minimum d'intelligence. »
« Donc vous supposez que parce que quelqu'un est né Moldu, il doit forcement être stupide… »
« Oh mais c'est une hypothèse qui a une quantité substantielle de preuves à l'appui. » Son sourire disparaît. « Il suffit simplement de regarder le monde Moldu pour se rendre compte de leur indéniable stupidité. S'engourdissant délibérément l'esprit avec leur ridicule 'technologie'. Repoussant les limites de l'univers jusqu'à la rupture, incapables de s'apercevoir que certaines choses sont mieux sans eux. Si catégoriques que le progrès doit forcement être crée pour leur propre compte… »
« Mais vous ne pouvez pas arrêter le progrès ! » je dis d'un ton brusque. « Les choses doivent changer. C'est le seul moyen pour faire évoluer une espèce. »
Il tend sa baguette et une piqure se propage rapidement sur ma joue. J'avale la bile qui remonte dans ma gorge.
« Des imbéciles, chacun d'entre eux, » poursuit-il en m'ignorant royalement. « Ingrats de la culture, méprisants de l'intelligence. Faut-il s'étonner après que des abominations comme vous, viennent dans notre monde et essayent de semer ces propos derrière eux ? »
Bien que je veuille lui répondre, je garde ma bouche fermée, ne souhaitant le provoquer plus encore. Je suis peut être lâche, mais je suis fatiguée de la douleur.
Il me ricane au nez, méprisant presque ma servilité avant de continuer son monologue.
« Mais je ne suis pas venu ici pour débattre sur le sujet de votre infériorité. Oui, c'est la raison du pourquoi nous avons laissé en vie cette famille pathétique – au cas où ils puissent être utilisés comme outil dans la guerre contre Potter. C'était un pari, je l'avoue, mais qui a certainement porté ses fruits, vous ne pensez pas ? »
Je ne réponds pas. Je respire profondément, essayant de contrôler mon cœur qui bat tellement fort dans ma poitrine que j'ai l'impression qu'il va percer mes côtes.
« Mais le Seigneur des Ténèbres n'est pas sans pitié. Il pense qu'il pourrait être… agréable pour vous de revoir votre ami une dernière fois avant son exécution. Vous serez brièvement réunis avec Potter lorsqu'il reviendra avec le Seigneur des Ténèbres, avant qu'il ne règle définitivement cette affaire une bonne fois pour toute. » Il tousse délicatement. « Vous êtes autorisée à montrer votre gratitude. »
Je sens les larmes déchirer mon estomac et bruler mes paupières. Je ne peux respirer alors que le monde entier s'écroule sur moi, me fait suffoquer, me prive d'air.
J'ai tué Harry. Je l'ai tué.
Des larmes brûlantes s'échappent de mes yeux et roulent sur mes joues.
Et Ron, et Ginny, et les autres ? Que va-t-il se passer pour eux ?
Que penses-tu qu'il va se passer pour eux ?
« Pourquoi ? » Chaque mot est un effort. « Pourquoi me permettrait-il de dire au revoir à Harry ? »
Lucius hausse les épaules avec élégance. « Je lui ai suggéré, et il était tout à fait séduit par l'idée. »
Mon visage se crispe dans un air renfrogné. « Qu'est-ce qui vous a fait penser que je souhaitais voir mon meilleur ami se faire tuer ? »
« Oh, vous me jugez mal. Je n'ai pas imaginé un seul instant que vous voudriez voir ça. » Il sourit de nouveau de son petit sourire malsain, sa satisfaction remplissant l'air comme le ronronnement chaud d'un chat caressé. « C'est précisément pourquoi je l'ai suggéré en premier lieu. »
« Mais c'est quoi votre problème ? » Les mots explosent avant que je puisse les stopper. Je me lève pour me mettre à son niveau. « Comment pouvez-vous… comment pouvez-vous vous comporter ainsi avec un autre être humain ? Vous êtes malade, vous vous nourrissez de la souffrance… »
Ma vision se trouble, la pièce tourne autour de moi et je titube un peu. Je parviens à me tenir debout mais toutes les choses oscillent autour de moi, et je me sens osciller, et ma tête oscille…
Une étreinte sur mon bras me stabilise et m'équilibre. Je m'appuie à cette prise alors que ma tête redevient claire et que je me ressaisis.
« Vous ne devriez pas vous énerver. »
Je le regarde pour voir qu'il me sourit d'un air railleur. « Vous ne devriez pas me provoquer » je lui réponds, lui crachant presque les mots à la figure.
Ses lèvres se recroquevillent sous le mépris et ses yeux se baissent vers mon corps qu'il détaille avec dégout.
C'est alors que je me rappelle que je suis nue.
Je m'arrache à son étreinte et tombe à terre, me blottissant contre moi même en ramenant mes genoux contre ma poitrine. Mon cœur bat à tout rompre, sous ma propre humiliation.
Il me regarde, un muscle pulsant dans sa mâchoire, et durant quelques instants je me demande s'il ne va pas commencer à me crier dessus.
Puis soudain, il commence à rire, d'un rire cruel et moqueur.
« Je ne vois pas pourquoi vous prenez la peine de vous cacher. Pensez-vous réellement que je suis intéressé par votre corps ? »
Bien que j'essaye de la stopper, je sens une rougeur écarlate de honte m'inonder le visage.
« Je suis désolé de vous décevoir, Miss Granger, » dit-il avec un ricanement de dégout. « Mais je crains que vous n'ayez pas de chance. Je ne touche pas aux Sang-de-Bourbe. »
Que je n'ai pas de chance ?
« Vous… arrogant-»
« S'il vous plait ! » il relève sa main. « Il ne faut pas être vulgaire. »
Il jette à mes pieds un petit sac de tissus.
« Je serai très reconnaissant si vous pouviez mettre ceci. »
Je prends le paquet et le secoue. C'est une lourde robe de laine rouge sang.
« Où sont mes propres vêtements ? »
Je ne sais pas pourquoi je demande ça. Les vêtements que je portais étaient sales. Cette robe est propre au moins.
Mais ces vêtements étaient les miens.
« Les vêtements Moldus ne sont pas les bienvenus ici. » Sa lèvre se recroqueville encore. « Vous porterez des vêtements un peu plus appropriés à partir de maintenant. »
« Oh, bien sur » je murmure. « Parce que mes vêtements étaient un peu trop décontractés pour un cachot. »
Un des muscles de sa mâchoire se crispe légèrement, trahissant une véritable émotion. Il s'agit soit d'un éclat de sourire soit d'une étincelle de colère.
J'aimerai pouvoir lire en lui. J'aimerai connaître le moindre soupçon de pensée.
« Ne soyez pas insolente, » dit-il calmement. « Vous savez bien que je n'aime pas ça. »
De la colère alors. Ca devait être de la colère.
Nous nous regardons en silence pendant quelques instants. Ses yeux plongent dans les miens et j'essaye de garder l'esprit clair. Ainsi, s'il utilise la Legilimencie, je ne lui ferais pas le plaisir de lire dans mes pensées. Pas sans lutter en tout cas.
Je ne sais pas ce qu'il cherche, de tout façon. Mais ce regard intense et pénétrant me fait penser qu'il cherche quelque chose dans mon esprit.
J'aimerai savoir ce qu'il cherche.
« Allez-vous vous habiller ? » Il demande finalement. « Je suppose que vous ne souhaitez pas exposer votre corps plus longtemps. »
Je ravale le cri de rage qui menace de me submerger et je force ma voix à être aussi calme que la sienne.
« Je serai heureuse de me rhabiller si seulement vous me laissiez un peu d'intimité. »
Donc, j'attends de lui de la compassion maintenant ? Je dois vraiment être stupide.
Il ricane face à ma demande, comme je m'y attendais. « Je ne pense pas, non. »
J'aurai dû m'en douter.
« Pourquoi ? »
Il incline son menton de manière hautaine.
« Je ne vois pas pourquoi une Sang-de-Bourbe me dicterai mes actes. »
Je me retiens de crier de frustration. J'en ai vraiment marre de ces jeux tordus sur le pouvoir ! Ca prend toujours la même direction ; mon refus, la douleur, mon obéissance forcée, un bref répit…
Et puis la douleur de nouveau.
Je suis trop fatiguée pour recommencer cette mascarade.
Je passe la robe au-dessus de ma tête et la descend vers le bas de mon corps. Elle est très lourde, se colle à ma peau en sueur et me gratte.
Mais je suis de nouveau habillée au moins. J'ai un peu plus de dignité, de décence. Je suis reconnaissante au moins de ça.
Lucius hoche froidement la tête.
« Ca n'était pas si difficile, si ? »
Je me lève, appréciant de pouvoir enfin me mettre à sa hauteur sans aucune honte. Oui, je suis son égale et il ne me convaincra pas du contraire.
« Vous ne comptez pas me donner de chaussures ? » je demande.
Il ricane à nouveau à ma demande. « Je ne pense pas que vous êtes en mesure de quémander plus de bonté que vous ne méritez. »
Plus de bonté ?
Il fait claquer ses doigts comme si j'étais un de ses chiens.
« Allons, » dit-il vivement. « Le Seigneur des Ténèbres sera bientôt de retour, et nous ne voulons pas le faire attendre. »
« Oh non, nous ne voulons pas contrarier Voldemort, n'est-ce pas ? »
Pourquoi ais-je dis cela ? Ca ne va faire que l'énerver, alors pourquoi j'ai dit ça ?
Son visage se durcit sous la colère. « Vous osez dire le nom du Seigneur des Ténèbres ? »
« Pourquoi je me gênerai ? » je demande, tout à coup indifférente à l'idée de l'énerver. Les mots sortent librement de ma bouche, sans me soucier de leurs conséquences. « C'est seulement un nom. Ce n'est pas ma faute si vous êtes un lâche terrorisé par un simple mot. »
Il paraît vraiment énervé maintenant. C'est le seul moment où j'arrive à lire en lui – je peux dire quand il est en colère. C'est le seul instant où ses yeux montrent de l'émotion.
Je réalise encore une fois trop tard que j'ai dépassé les limites.
« Lâche » il murmure en ne me quittant pas des yeux. « Vous aimez me décrire de cette façon n'est-ce pas ? Pourquoi ? Est-ce que vous vous sentez mieux dans votre peau ? Est-ce que ça fouette votre ego déjà surgonflé de penser que je suis aussi lâche que vous ? Vous qui avez trahi vos amis avec tant de facilité… »
« Non » je réponds. « J'ai donné mes amis parce que je n'avais pas le choix. Au moins, j'ai essayé de garder un certain honneur. Mais vous, où sont la bravoure et l'honneur dans le fait de torturer quelqu'un qui est à votre merci ? Quel courage il y a-t-il à faire votre sale boulot dans l'obscurité, contre ceux qui n'ont aucun moyen de vous combattre, au lieu de se retrouver d'égal à égal dans le monde extérieur ? »
Il me regarde fixement.
« Vous parlez de choses que vous ne pouvez pas comprendre. » Sa voix me donne la chair de poule. « Dites-moi, avez-vous déjà forcé quelqu'un à vous servir contre sa volonté ? Avez-vous déjà causé tant de douleur à une personne, qu'elle vous supplie de la laisser mourir ? Avez-vous déjà tué un être humain ? »
« Bien sur que non- »
« Exactement » dit-il avec satisfaction. « Vous parlez de bravoure et de lâcheté mais vous ne saurez jamais ce qu'est le vrai courage. Se battre contre ceux qui vous attaquent, comme vous le faites – ce n'est pas de la bravoure. Tout animal sauvage ferait la même chose – c'est de l'instinct humain de base, rien de plus. »
« Ce n'est pas- » je balbutie. « Je pourrais simplement faire ce que vous me demandez de faire, ça serait certainement plus facile pour moi. Mais je ne veux pas car je n'ai aucun principe qui me pousse à le faire. »
« Donc vous préférez être blessée avant de trahir vos amis ? Vous préférez être contrainte à la trahison. » Son visage se crispe sous son ricanement. « Ce n'est pas de la réelle bravoure, c'est de la bravoure forcée. Et le résultat reste le même, dans tous les cas. »
« Donc, qu'est-ce que de la 'réelle bravoure' dans ce cas ? » Je lui balance ces mots comme des couteaux dans son visage satisfait et hautain. « Tuer des innocents, des gens sans défense ? Forcer quelqu'un à faire des choses que vous ne voulez pas faire vous-même ? Torturer une adolescente pour la simple et unique raison que c'est une Sang-de-Bourbe ? »
Il me regarde longuement et durement. « Non. La vraie 'bravoure' correspond à bousculer ses idéaux, quel qu'en soit le coût. J'ai commis des actes que la société considère comme horrible pour servir ma cause. Au risque de se couper du monde entier, il faut oublier les principes de 'bien' et de 'mal' pour atteindre son but ; ça, c'est du vrai courage. »
Pendant un court moment, je ne peux plus parler. Les mots tourbillonnent dans mon esprit mais mes pensées n'arrivent pas à les développer de manière adéquate.
Finalement, je retrouve ma voix.
« Vous n'avez pas à réagir de cette façon. Il y a d'autres moyens… »
« Oh vraiment ? » il m'interrompt. « D'autres moyens pour éradiquer la vermine telle que vous ? Non, j'ai bien peur qu'il n'y en ai pas. Pour une quelconque raison, les gens assimilent nos actions à des meurtres de nos jours. »
« Bien sur qu'ils l'assimilent à un meurtre ! Nous ne sommes pas de la vermine ! Nous sommes des êtres humains tout comme vous ! »
« Si vous le dites, Sang-de-Bourbe » dit-il, les sourcils levés.
« Ce que vous faites n'est pas de la bravoure. Si vous n'étiez pas un lâche, vous n'obéiriez pas à votre maître. Vous refuseriez de commettre de telles atrocités en son nom. »
« Pourquoi refuserais-je ? » il demande. « Vous semblez persuadée que ce que je fais me pose un dilemme d'ordre moral. Et bien je dois vous dire Miss Granger, que je n'ai pas le moindre problème avec ça. Tout ce que j'ai à faire, je le fais pour la bonne cause, et pour cela je suis prêt à aller aussi loin que je le pourrais, quel que soit le prix. »
« Mais pourquoi ? » je demande avec désespoir.
« Parce que la fin justifie les moyens ! » dit-il, élevant la voix par l'exaspération.
Le souvenir de la nuit de ma capture me revient inexplicablement en tête.
« Vous m'avez déjà dit ça avant. » Je le regarde intensément, désireuse de le voir réagir par n'importe quelle façon. « Je me demande… Y croyez-vous vraiment ? »
« Je n'ai pas de temps pour ça ! » dit-il, soudain hargneux.
Peut être que la conversation devient un peu trop personnelle pour lui.
Il me saisit sauvagement le bras avant de m'amener violemment hors de la salle. Je le laisse me trainer dans le couloir, trop fatiguée, trop malade et trop confuse pour protester.
Nous arrivons devant la lourde porte de pierre de la Grande Salle, la peau de mon bras me brûlant à l'endroit où il m'étreint. Nous ne nous sommes pas parlé depuis que nous avons quitté ma cellule mais le petit discours qu'il m'a fait dans la chambre continue à remplir mon esprit et engorge mon cerveau.
Peut importe mes efforts, je ne peux me résoudre à le comprendre.
Peut être que tu devrais faire un peu plus d'efforts.
Pourquoi le ferais-je ? Pourquoi devrais-je essayer de comprendre un tel raisonnement ?
Je ne peux pas.
Ou tu ne veux pas ?
Le son des voix qui s'élèvent, filtre de derrière la porte.
Voldemort est-il déjà de retour ?
Faites que ça se soit mal passé. S'il vous plait, faites qu'ils aient échoué. Pourvu que tout le monde aille bien…
Je regarde Lucius qui fronce légèrement les sourcils, avant d'ouvrir la porte et de me pousser à l'intérieur.
La salle est remplie de personnes en robes noires. Presque tous se regardent comme s'ils étaient au milieu d'une bagarre. L'air vibre et brûle alors que certains d'entre eux se soutiennent et que d'autres crient et hurlent de rage et de confusion.
Quelque chose a dû mal tourner !
Aucun d'entre eux ne parle à Voldemort, qui se tient au centre de la pièce, son horrible visage pâle tendu dans une rage inhumaine.
Je tressaille involontairement à sa vue, mon corps secoué de terreur. Lucius baisse les yeux quelques secondes vers moi, comme s'il avait senti ma peur.
Que ressent-il lorsqu'il voit son maître ? S'est-il habitué à ce visage au fil du temps, ou a-t-il appris à ravaler sa peur ?
Voldemort porte ses mains frêles jusqu'à ses tempes, avant de rejeter sa tête en arrière et de crier à travers la salle.
« SILENCE ! »
Ce cri me fait perdre tout mon souffle.
Tous les Mangemorts se taisent instantanément. Mon cœur bat si fort que je peux le sentir dans mes oreilles.
Voldemort laisse durer le silence d'une façon insupportable.
Comment peuvent-ils axer leurs vies sur les humeurs de cet homme ?
Tu dois faire la même chose maintenant. Tu n'as pas d'autre choix que de t'y soumettre.
« Vous êtes stupides, tous inutiles ! » il crie, regardant tour à tour ses serviteurs, qui semblent tous reculer légèrement devant lui. « Ca ne vous suffit pas d'avoir échoué, il faut aussi que vous m'insultiez en vous accusant les uns les autres ? Comment osez-vous vous comporter ainsi en ma présence ? »
Une soudaine lueur d'espoir me donne le vertige. Quelque chose a dû mal tourner ! Pourquoi agiraient-ils ainsi sinon ?
Voldemort se retourne vers nous. « Et bien, ne reste pas là ! » il siffle à Lucius. « Amène-la ici ! »
Lucius m'attrape sous le bras, me soulevant presque alors qu'il m'amène vers Voldemort.
« Mon Seigneur ? » demande Lucius alors que nous arrivons devant Voldemort. « Est-ce que tout s'est bien passé ? »
« Non, ça ne s'est pas bien passé » répond brièvement Voldemort. « Nous nous sommes rendus comme prévu à la maison des Weasley, mais contrairement à ce que vous m'aviez dit, Potter n'y était pas. »
Il n'était pas là-bas ?
Lucius retient son souffle près de moi.
Harry est vivant ! Il est vivant !
Mais qu'en est-il des autres ? Qu'en est-il de ceux qui étaient là-bas ? Je ne vais pas me réjouir, pas avant de savoir que tout le monde est sauf.
« Mon Seigneur, j'ignorais totalement que les informations que je vous ai fourni étaient défectueuses » dit rapidement Lucius d'une voix légèrement tremblante. « La fille m'a assuré que ce qu'elle a dit était la vérité, et la plume ne l'a pas contredit… »
« Je n'ai pas le temps pour des excuses. » Voldemort lève la main. « Je ne te blâme pas mais je te demande de veiller à ce que la fille soit punie pour cela. »
Oh bon Dieu, mais pourquoi ? Je n'ai aucune idée du pourquoi il n'était pas là !
Ca n'a pas d'importance. Sois seulement reconnaissante que ce que tu as dis n'était finalement pas la vérité.
« Nous nous sommes frayés un chemin vers la maison mais ils ont dû nous voir venir. »
Ils ?
Oh mon Dieu, non…
Voldemort se détourne de nous et commence à arpenter la salle en parlant. Je pense que ce discours n'est pas seulement adressé à Lucius, mais à la salle entière. « Lorsque nous sommes entrés dans la maison, toutes les personnes présentes ont soit transplané, soit utilisé la poudre de Cheminette. »
Il s'arrête un moment, posant sa main sur son front comme s'il s'agissait d'un souvenir douloureux.
« Il ne nous a fallu que peu de temps pour nous apercevoir que Potter n'était pas présent. » Voldemort enlève la main de son front et se retourne vers Lucius, qui se crispe près de moi. « Quelques Aurors ont essayé de nous tenir à distance pendant que les autres s'échappaient. J'ai cherché la fille, la plus jeune des Weasley, pensant peut être rattraper un peu ce fiasco. Mais je ne l'ai pas trouvé. Elle a dû s'échapper avant qu'on ne rentre dans la bâtisse. »
Je soupire de soulagement aussi discrètement que possible.
« Cependant, » ajoute Voldemort, coupant ainsi mon réconfort. « Le voyage n'a pas été totalement vain. Nous avons réussi à capturer une personne qui nous sera très utile, je pense. »
Non…
Je ne peux respirer. Du vomi me brûle le fond de la gorge.
Qui ont-ils capturé ?
Voldemort se tourne vers un groupe de Mangemorts à l'autre bout de la salle, et claque des doigts vers eux. « Amenez-le. »
Deux des hommes se détachent du groupe de Mangemorts, trainant un corps inerte entre eux deux. Un corps avec des cheveux roux flamboyants.
Oh non. Non non nononon, ça n'est pas possible !
« Ranimez-le » dit froidement Voldemort.
Je regarde, oubliant même de respirer, alors qu'un Mangemort pointe sa baguette sur le garçon et… et…
Je ne vois pas pourquoi je m'embête encore à espérer. C'est lui. Il n'y a aucun doute.
« Enervantum. »
Un gémissement brise le silence, puis sa tête se relève lentement, ses yeux vacillants paresseusement alors qu'ils se concentrent sur Voldemort.
Voilà. Il n'y a plus aucun espoir maintenant.
« Ron ! »
Son visage se tourne vers moi au son de ma voix.
« Toi ! » il dit incrédule, les yeux grands comme des soucoupes.
Je ne peux m'arrêter de penser. Je m'arrache de l'étreinte de Lucius et me précipite vers Ron, jetant mes bras autour de son cou. Les Mangemorts qui le retenaient le libère et nous tombons tous les deux au sol.
« Je pensais que tu étais morte ! » il murmure d'une voix rauque.
Je me penche en arrière et dirige ma main vers son visage. J'essuie le filet de sang qui s'échappe du coin de sa bouche et il halète alors que le bout de mon doigt effleure maladroitement la profonde entaille sur sa joue.
« Mon Dieu, je suis désolée » je dis précipitamment.
« J'vais bien, » il marmonne à travers ses larmes. « C'pas ta faute. Ils- »
« Chut, préserve tes forces. »
Je pose sa tête sur mon épaule, le basculant d'avant en arrière tout en le tenant contre moi. Des larmes épaisses coulent rapidement sur mon visage pour atteindre ses cheveux roux. Il ne devrait pas être ici, il ne doit pas être ici.
Et pourtant… Je pensais ne jamais revoir son visage.
Je soupire et relève la tête, avalant difficilement, essayant de garder un certain contrôle sur moi-même. Mon regard se dirige vers Lucius qui est justement en train de… nous regarder.
Mais son regard est très différent de celui de Voldemort. Ses lèvres sont retroussées comme si… Comme si quoi ?
Je ne sais pas. Honnêtement, je commence à croire qu'il est incapable de connaître une vraie émotion, et encore moins la comprendre.
Voldemort se tourne vers Lucius qui se détourne de moi, me privant de la possibilité de déchiffrer son expression.
Je ne sais même pas pourquoi je tente de la décrypter. Je n'arriverais jamais à le comprendre.
« Ce sont de touchantes retrouvailles, n'est-ce pas ? » demande Voldemort d'un air moqueur.
Lucius ne sourit pas. Il se contente d'hocher légèrement la tête.
« Comme vous le dites, Mon Seigneur. »
Voldemort hausse légèrement les sourcils. « Et bien, quoi que tu en penses, tu ne peux pas nier son importance à notre cause. Maintenant, nous n'avons pas un, mais deux des plus proches amis de Potter sous notre contrôle. Notre avantage est… monumental. »
Je resserre Ron tout contre moi. J'aimerai figer le temps, seulement garder ce moment – je veux seulement rester ici avec Ron, tous les deux comme ça pendant assez longtemps pour tout oublier.
« Si je peux me permettre, comment avez-vous réussi à mettre la main sur le garçon ? » La voix de Lucius transperce la bulle que j'avais formé autour de nous.
« Ca a été d'une facilité déconcertante » répond Voldemort. « Il s'est précipité sur nous dès que nous sommes entrés dans la maison, en criant comme un fou. Je suppose qu'il voulait se venger pour son amie ici présente. »
Lucius échappe un petit rire, ce qui déchire mon doux cocon, me ramenant brutalement à la surface.
Il vaut dix fois mieux que vous, espèce de…
« Je l'ai assommé avant de pouvoir lui causer le moindre dommage » continue Voldemort. « Mais j'avais remarqué sa couleur de cheveux et son âge, et j'en ai conclu qu'il s'agissait probablement de Ronald Weasley. Il n'a pas été facile de le sortir de la maison, les autres adultes ont essayé de nous en empêcher. Je suis heureux de dire que deux d'entre eux sont morts dans leur tentative. Un vieux fou aux cheveux roux, je suppose que c'était le père du garçon, a été grièvement blessé mais je pense qu'il pourra s'en remettre… »
Ron relève la tête. « Si il meurt… » Sa voix est lourde et inégale. « Si il meurt, je vous jure que je vous- »
« Vous allez quoi ? » Le coupe Lucius. « Qu'allez-vous faire, garçon stupide ? »
Ron se défait de mon étreinte et se met debout. Je me relève rapidement alors qu'il trébuche, le soutenant du mieux que je peux. Voldemort rit doucement alors que Lucius se moque ouvertement.
« TAISEZ-VOUS ! » Ron hurle, tenant mon bras si fort que ses ongles rentrent dans ma peau. « Si mon père meurt, je vais vous bousiller, je vous le jure ! »
Voldemort arrête de rire, mais garde son sourire immonde. Le visage de Lucius s'assombrit et je ressens ce sentiment familier de terreur me serrer le cœur.
« Vous parlerez quand on vous le demandera, mon garçon » dit doucement Lucius avant d'abaisser sa baguette vers Ron. « Endoloris ! »
Ron tombe au sol, hurlant de douleur, secoué de spasmes.
Je tombe au sol. Si seulement je pouvais faire quelque chose – n'importe quoi pour l'aider.
Mais comment pourrais-je l'aider alors que je sais, je sais très bien, qu'il serait prêt à accepter la mort si celle-ci lui permettait de lui enlever cette douleur…
Et rien ne peut arrêter cette douleur.
A part Lucius.
« Arrêtez ! » je crie à Lucius. « Arrêtez ! Il ne mérite pas ça ! S'il vous plait… »
Mais il se contente de me regarder, sa bouche étirée par un petit sourire alors que Ron continue de se tordre de douleur, de hurler, et ma tête me fait mal avec ses cris.
« POURQUOI ? » Des mots inutiles et stériles sortent de ma bouche. « QU'A-T-IL FAIT ? ARRETEZ, ARRETEZ ! »
« Assez ! » La voix de Voldemort couvre mes cris.
« Comme vous voulez, Mon Seigneur. » Lucius lève sa baguette.
Dieu merci ! Merci, merci.
Je tends la main vers le petit tas tremblant et gémissant représentant mon ami, l'entourant de mes bras, lui murmurant de banales stupidités pour le réconforter.
« Tout va bien. C'est bon, tout va bien se passer, je te le promets. »
« S'il y a quelqu'un qui doit punir son insolence, ça doit être moi, Lucius. » La voix de Voldemort est légèrement teintée de reproche.
« Je suis désolé, mon Seigneur. Je ne pouvais simplement pas supporter son impudence une minute de plus. »
Salaud sans cœur ! Pourquoi pourquoi pourquoi avez-vous fait ça ?
« Hmm. » Voldemort fronce les sourcils avant de se retourner vers moi et Ron. « Ne t'inquiète pas, mon garçon. Les blessures de ton père n'étaient pas mortelles. Nous ne voulons pas nous débarrasser de lui, pas tant que nous avons son fils entre nos mains. Pense aux avantages que nous pourrions tirer de cette situation. »
Ron lève légèrement la tête. Son corps est tremblant dans mes bras.
« Que voulez-vous dire ? » il demande faiblement.
Voldemort rit alors que Lucius lève les yeux au ciel.
Je sais ce que Voldemort veut dire. Je le devine, du moins. Ils pourraient faire chanter les Weasley pour qu'ils leur donnent tout ce qu'ils veulent, en ayant Ron en leur pouvoir. Qui sait ce qu'un parent est capable de faire pour sauver son enfant ?
« Nous n'avons pas Harry Potter » lui répond Voldemort. « Mais nous pouvons vous utiliser tous les deux pour en tirer avantage. Mais tout d'abord… »
Il se tourne vers ses Mangemorts. « Williams ? »
Un vieil homme s'avance méfiant, la respiration lourde.
« Carrow a été pris par les Aurors, n'est-ce pas ? » La façon dont Voldemort a posé la question me fait être certaine qu'il connaissait déjà la réponse.
« O-oui, mon Seigneur » répond Williams d'une toute petite voix.
« Vous étiez tous les deux assignés à vous battre contre un des Aurors qui essayaient de nous empêcher de prendre le garçon, c'est bien ça ? »
« Mon Seigneur, » halète Williams, « nous avons essayé. Nous avons vraiment essayé mais il a assommé Carrow… »
« Ca faisait deux contre un, » Voldemort l'interromps, une finalité terrible dans ses mots. « Je n'ai pas de temps pour l'échec. »
Il tire sa baguette de sa robe alors qu'il s'assoit à son trône.
« Adieu Williams » dit-il tranquillement.
« NON ! » Williams se jette à plat ventre, rampant vers Voldemort. « Non mon Seigneur ! J'ai toujours été loyal ! Ce n'était pas ma faute ! S'il vous plait, mon Seigneur, s'il vous plait ! »
« Ne t'embarrasse pas, Williams. » Voldemort se penche en arrière et pointe sa baguette sur le vieil homme en pleurs à ses pieds. « Avada kedavra ! »
Un bruit se forme dans ma gorge alors que le vieil homme est frappé en pleine poitrine par la lumière verte. Toute la douleur, la peur, l'émotion, la vie, disparaissent de ses yeux, et il tombe sur le plancher, les lunettes de travers sur son visage vieux et maigre.
Il est… il…
Je n'avais jamais vu un mort jusqu'à maintenant.
Comment peut-il être… et si rapidement…
Juste… parti.
« Par Merlin ! » Ron murmure. Je regarde son visage horrifié tourné vers le cadavre en face de nous et mon étreinte se resserre instinctivement sur sa main.
Au moins, je l'ai avec moi maintenant.
Tu ne devrais pas être heureuse de ça.
Les Mangemorts attendent dans un silence terrifié, un signe de Voldemort. Ils ne semblent même pas être capables de bouger sous la peur.
Comment peuvent-ils vivre comme ça ?
« Nous devons agir rapidement. » La voix de Voldemort est froide, autoritaire et parfaitement calme. « Premièrement, contacte nos espions au Ministère et dit leur ce qui s'est passé. J'ai besoin d'eux pour atteindre Carrow avant qu'il ne soit interrogé, pour lui lancer un Oubliette ou même pour le tuer si nécessaire. »
L'un des Mangemorts face à Voldemort s'incline devant lui avant de se retourner et de quitter la salle.
Voldemort baisse les yeux vers moi et Ron, qui respire difficilement près de moi.
Je me souviens ce que j'ai ressenti quand j'ai vu Voldemort pour la première fois. Comme si je n'avais jamais rien vu de pire que son visage. Il me semble que je ne ressens plus cela maintenant – peut être simplement parce que je sais à quoi m'attendre, ou… je ne sais pas.
« Lucius, il me semble que tu as sollicité l'aide de Bella et d'Antonin pour ton travail avec la Sang-de-Bourbe hier. »
« C'est exact, mon Seigneur » répond rapidement Lucius.
« Qu'est-ce que- » Ron commence à parler mais j'agrippe sa main, en secouant légèrement la tête face à son regard interrogateur.
« Dans ce cas, je pense que le meilleur est que je vous confis à tous les trois ces deux là, » continue Voldemort. « Vous serez responsables des informations que vous leur soutirerez et toute utilisation que nous en ferons. Ta première tâche est de poursuivre ce que tu as déjà commencé. Je veux toutes les informations que je t'ai demandé, chaque petit détail. Suis-je assez clair ? »
« Certainement, mon Seigneur. »
Lucius s'incline devant Voldemort avant de claquer des doigts devant plusieurs Mangemorts et de montrer Ron d'un geste. J'essaye de garder mon étreinte sur la main de Ron alors qu'il est trainé par terre, mais nous sommes arrachés l'un de l'autre.
C'est comme si on m'arrachait une partie de moi.
« Ne t'inquiète pas ! » je dis rapidement. « Tout va bien se passer. »
Mes mots sonnent creux, comme une mauvaise tirade dans une pièce de théâtre.
Avant qu'il ne puisse me faire signe, les Mangemorts le font sortir de la salle.
Une poigne de fer sur mon bras.
Je n'avais même pas remarqué qu'il s'était approché.
Je regarde Lucius qui me fixe sans aucune émotion, avant de me tirer hors de la salle pour me ramener à ma cellule.
