'Quelles sont ces mains là ? Ah ! Elles m'arrachent les yeux ! Tout l'océan du grand Neptune suffira-t-il à laver ce sang de ma main ?' - William Shakespeare, Macbeth


Chapitre 6 Persuasion

Mon cerveau me martèle le crâne. La douleur bloque mes oreilles et palpite derrière mes yeux. Ce mal de tête me trouble la vue.

Où est Ron ? Où est-il ?

Rien ne peut arrêter ce mal de crâne. Ni mes profondes respirations, ni en me frottant les tempes, ni en m'éclaboussant le visage lorsque je suis allée à la salle de bain. Rien, rien, rien.

Que vont-ils faire de lui ?

J'arpente maintenant ma cellule de long en large, essayant en vain de me vider la tête.

J'aimerai vraiment savoir combien de temps s'est écoulé depuis qu'on m'a ramené à ma cellule. Il n'y a aucun moyen de le savoir. Je peux seulement le deviner.

Je pense que ça fait un sacré moment cette fois. J'ai l'impression que toute une vie s'est écoulée.

Tout ce que j'arrive à penser, c'est ce qu'ils pourraient faire à Ron en ce moment même.

Je serre les poings, enfonçant mes ongles dans la peau douce de ma paume.

Peut être qu'ils ne lui feront aucun mal. Peut être qu'ils ne torturent que les Sang… les nés Moldus. Lucius m'a laissé entendre que c'était le cas. Peut être qu'ils vont prendre en compte le sang pur de Ron, et utiliser le Veritaserum.

Mais s'ils comptaient le faire, pourquoi Lucius… souriait quand Ron était frappé par le Doloris ?

Pourquoi n'aurait-il pas sourit ?

Il hait Ron. Je ne sais pas vraiment pourquoi mais il le hait. Probablement presqu'autant qu'il me hait pour mon sang 'impur', aux vues de son expression lorsqu'il était face à lui.

Je sers les poings si fort que mes ongles s'enfoncent dans la peau. Du sang, mon sang, glisse dans les plis de ma paume. Du sang chaud, collant.

J'ai mené mon ami jusqu'ici. J'ai mené mon meilleur ami à la douleur et à la misère.

Et à la mort.

Je ne peux le supporter.

Je cogne mon poing sur le mur le plus proche. Je le racle sur la pierre brute, me déchirant la peau au niveau des phalanges. J'ai besoin de me faire du mal, de charcuter ce corps, et par la même la personne odieuse qu'il contient.

Je m'arrête en arrivant au bout du mur et je m'appuie le front contre la pierre froide. De la sueur coule sur mon visage, collant mes cheveux à mon cou.

Mais la douleur de ma main n'atténue pas la douleur insupportable de ma tête.

Un 'click' sonore lorsque la porte de ma cellule se déverrouille. Je me retourne mais je sais déjà de qui il s'agit.

Son apparence est encore une fois impeccable. Il n'a pas un seul cheveu de travers. Ses vêtements sont somptueux, mélange de noir et de vert émeraude, avec de fines broderies argentées.

Il dirige son regard vers moi, ses lèvres légèrement pincées. « Ma chère enfant, vous devriez vraiment prendre un peu plus soin de vous même. » Un petit sourire éclaire son visage. « Vous avez une mine horrible. »

Je lui lance une grimace. « Vous auriez vous aussi une mine horrible si vous deviez vivre dans de telles conditions. »

Il s'approche de moi et me saisit le menton, me détaillant le visage. Il me tourne la tête de gauche à droite, m'inspectant comme une enfant sale.

« Etes-vous malade ? » demande-t-il finalement, retenant toujours mon menton. « Votre apparence semble l'énoncer. »

Il se tient beaucoup trop près de moi.

« Qu'est-ce que ça peut vous faire ? » je demande, rencontrant son regard de pierre.

Il me regarde attentivement, le visage dépourvu d'expression. « Je ne peux pas me permettre d'avoir une prisonnière malade » dit-il finalement.

« Oh, mais vous pouvez vous permettre de la torturer, n'est-ce pas ? » J'arrache mon visage de son emprise, furieuse de sa compassion artificielle. « Vous êtes très compréhensif, merci beaucoup. »

Il sort sa baguette de sa poche et un poids électrique me parcoure le corps. La douleur part aussi vite qu'elle est arrivée. Mon souffle est légèrement coupé.

« Je vous ai dis maintes et maintes fois de ne pas être insolente » dit-il calmement en bougeant à peine les lèvres. « Pourquoi vous n'apprenez pas ce qu'on vous enseigne ? »

Il y a des milliers de réponses que je pourrais donner à cette question, mais je ne dis rien. J'aimerai mais je ne peux pas. La fraicheur de ce coup me laisse la bouche fermée.

Nous nous regardons longuement l'un l'autre et pendant que je regarde dans ses yeux gris et froids, je me demande encore une fois ce qu'ils contiennent dans leur profondeur.

Il peut lire mes pensées. Ce n'est pas juste que je ne puisse en faire autant.

« Où est Ron ? Qu'avez-vous fait de lui ? »

Un petit sourire étire ses lèvres mais il n'arrive pas jusqu'à ses yeux. « Ah oui, le jeune Mr Weasley. Si je puis m'exprimer ainsi, vous semblez très attachée à ce garçon. »

Mon visage bouillonne alors que j'essaye de garder mon esprit vide d'émotions. Je ne lui donnerai absolument rien par le biais de la Legilimencie.

« Je dois vous avouer, je me suis senti nauséeux à la vue de vos petites retrouvailles. » Sa bouche se tort en un sourire. « J'aurai pensé que votre intelligence basique vous aurai prévenu de minauder comme une vulgaire adolescente amourachée, lorsque votre propre vie penche dans la balance. »

Je ne sais pas où il veut en venir. Je ne sais pas si je veux savoir où il veut en venir. Tout ce que je sais, c'est que cette conversation m'embarrasse.

« Où. Est. Ron ? » J'appuie chaque syllabe, n'en ayant rien à faire qu'il me punisse pour ma soi-disant 'insolence'.

Il hausse légèrement les sourcils mais ne me blesse pas, contrairement à ce que j'attendais. « Ne vous vexez pas. Je vous assure que vous serez réunis bien assez tôt. » Il fait tranquillement virevolter sa baguette entre ses doigts. « Il est amené en ce moment même vers votre cellule. J'ai un plan bien particulier pour ce garçon. »

La panique s'effondre sur moi et je commence à bafouiller. « S'il vous plait, non. » J'agrippe ses vêtements. « Ne lui faites pas de mal. Torturez moi si vous voulez, mais ne lui faites pas de mal. Il n'a rien fait, il ne mérite pas- »

Il arrache violemment sa robe de mes mains. « Veuillez ne pas salir mes vêtements par vos mains sales. » Le dégout déforme ses traits. « Ils sont propres de ce matin. »

Je laisse couler l'insulte. « S'il vous plait, ne le torturez pas. »

« Je suis désolé, mais je pense que c'est un peu tard pour ça. » Il sourit franchement maintenant, d'un sourire qui illumine ses yeux. « Nous avons déjà travaillé sur lui la nuit dernière, pour lui soutirer des informations. Je suis heureux de dire qu'il a très vite craqué. Ils craquent tous. »

Je me sens… malade.

Il sourit toujours.

Nous l'avons questionné sur tout ce que vous ne pouviez pas nous fournir, sur toutes les activités de Potter depuis que vous aviez disparu, et où il comptait aller pour essayer de vous sauver. Non seulement cela, mais nous lui avons également demandé de nous dire tout ce qu'il pouvait sur Potter lui même – ses espoirs, ses rêves, ses peurs, ses secrets. Des choses que seul un meilleur ami peut connaître. »

Je prends une profonde inspiration à cette dernière phrase. Comment diable Lucius Malefoy peut-il savoir que je me suis toujours sentie un peu isolée face à mes amis ? Comment peut-il savoir à quel point j'envie la proximité qu'entretiennent Ron et Harry ? Et ma façon de savoir qu'ils étaient plus proches l'un de l'autre qu'ils ne l'ont jamais été avec moi ?

Il a vraiment dû faire beaucoup de recherches sur moi avant de m'amener ici.

Bon sang, que connaît-il de plus ?

« Le jeune Ronald Weasley a prouvé qu'il est une vraie mine d'or niveau informations » il poursuit, de son sourire ô combien satisfait. « Mais je pense que nous lui avons soutiré tout ce que nous recherchons. Je veux que le reste vienne de vous. Et je pense qu'aujourd'hui, vous ne montrerez qu'une toute petite résistance à ce que je demande. »

J'expire, incrédule. « Vraiment ? »

Il hoche la tête. « Oh oui, vraiment. Vous voyez, j'ai la conviction que pour obtenir une victoire rapide, il faut connaître entièrement la mentalité de l'ennemi. J'ai donc pris beaucoup de peine à comprendre votre mentalité de Gryffondor. Et je m'aperçois qu'avoir sous notre contrôle quelqu'un que vous aimez, peut être un avantage considérable. »

« Je ne vois pas de quoi vous voulez parler » dis-je résolument, essayant d'ignorer cette peur nouvelle qui menace de m'engloutir.

Il sourit, me regardant profondément dans les yeux. J'essaye de garder mon esprit vierge. Je déteste cette violation de mes pensées.

« Oh, je pense que vous voyiez parfaitement où je veux en venir » il dit tranquillement.

Il commence à tourner autour de moi, me parlant tout bas dans un monologue béat.

« Vous aimez tenir face à la douleur infligée aussi longtemps que vous le pouvez. Vous considérez ça comme de la bravoure, du courage. Certains pourraient appeler ça de la stupidité. Vous tenez aussi longtemps que vous le pouvez, jusqu'à ne plus pouvoir en supporter davantage, et vous cédez alors à mon désir. »

Je frissonne.

« Votre idéologie irritante et votre insupportable idée de bravoure m'ont fait réfléchir à ce qui pourrait vous inciter à adopter une obéissance volontaire. Et j'ai commencé à me demander… combien de temps seriez-vous capable de tenir si quelqu'un que vous aimez se faisait torturer en échange de votre silence ? »

Mon cœur s'arrête de battre durant quelques secondes alors qu'il confirme mes craintes.

Que vais-je faire ?

Il s'arrête en face de moi. Il me touche presque.

« Peut être allez-vous découvrir que la bravoure n'a pas de sens. Vous réaliserez peut être que votre profonde idéologie qui a bercé votre vie, a en fait été construite sur un mensonge. » Il tend la main et passe son pouce sur ma joue. « Ou peut être que vous me prouverez le contraire. Si vous êtes si courageuse, vous serez en mesure de regarder votre ami souffrir pour votre notion ridicule de 'ce qui est juste'. C'est une situation délicate mais également fascinante pour vous, n'est-ce pas ? Je l'avoue, je suis très intéressé de voir comment tout cela va se passer. »

Alors que son pouce repose sur mon menton, je sens ma bouche s'entrouvrir, sortant des mots alors même que je sais que je ne devrais pas les dire.

« Vous dites que vous me comprenez » je dis tranquillement. « J'aimerai pouvoir dire la même chose sur vous. J'aimerai pouvoir comprendre comment vous pouvez faire ce genre de choses. Comment vous vous sentiriez si quelqu'un torturait votre femme devant vous pour vous soutirer des informations ? Que feriez-vous si quelqu'un torturait Drago pour vous atteindre ? »

Une rapide et brusque claque.

J'en ai le souffle coupé. Je ne m'y attendais pas.

Ses traits sont durs maintenant. « Ne parlez pas de ma femme. » Sa voix est calme et menaçante, m'incitant à ne pas aller plus loin. « Ni de mon fils. Ils ne vous concernent pas. »

« Oh non, je ne dois pas parler de votre famille. Ca rendrait les choses trop personnelles, n'est-ce pas ? »

« Qu'entendez-vous par là ? » Sa voix est parcourue de glace.

J'ignore pourquoi mais je veux le pousser plus loin. Je veux qu'il se rende compte que je le connais pour ce qu'il est.

« Lorsque les choses deviennent un peu trop personnelles, vous devenez automatiquement violent avec moi, avant que je ne puisse aller plus loin. Dès que je mentionne votre famille, ou que j'utilise votre prénom, ou lorsque j'essaye de trouver la moindre trace d'humanité qui pourrait se cacher en vous, vous coupez la conversation avant que je ne puisse m'y plonger plus profondément. »

« Vraiment ? » dit-il, le visage impassible. « Et bien, puisque vous semblez si déterminée à faire ma psycho analyse, peut être pourriez-vous m'en dire plus sur moi même ? »

Il me provoque. Il me pousse à aller plus loin.

Bon et bien si c'est ce qu'il veut, c'est ce qu'il aura.

« Si vous établissez un lien personnel avec quelqu'un, vous ne serez pas en mesure de faire votre devoir correctement, car vous serez impliqué émotionnellement. C'est pourquoi vous avez toujours été distant quand vous me torturez - vous n'êtes pas un monstre sans émotion. »

Il ricane à cette dernière phrase. « Et qu'est-ce qui vous fait croire que je ne suis pas un 'monstre sans émotion' ? Vous ne me connaissez même pas- »

« Je commence à vous connaître » je lui réplique. « Et je sais que vous êtes un être humain comme moi, même si vous n'agissez pas en tant que tel. Et j'en suis donc arrivée à une seule conclusion : vous êtes distant quand vous me torturez parce que vous ne voulez pas être impliqué émotionnellement. »

« C'est pour cela ? » Il semble presque amusé. Presque. « Je vous en prie, continuez. »

Je prends une grande inspiration pour calmer mes nerfs. « Vous semblez ne pas prendre cette idée au sérieux, mais vous êtes lié à moi maintenant, que vous le vouliez ou non. Vous pouvez être en colère contre moi et me lancer des sorts sans raison, mais ce ne sont pas les actions d'une personne indifférente. »

Il a vraiment du mal à garder son calme maintenant. Je peux voir son visage se crisper de colère alors qu'il essaye de maintenir son calme et d'avoir une expression neutre.

Jusqu'où va-t-il aller pour me prouver que j'ai tort ?

« Mais ce que je veux savoir, c'est : pourquoi vous me détestez ? » Je le provoque délibérément maintenant, le poussant encore et encore, jusqu'à ses derniers retranchements. « Je ne vous ai jamais rien fait. Nous nous étions à peine adressé la parole avant que je ne vienne ici. Bon, je ne m'entends pas avec votre fils mais à part ça vous n'avez aucune raison de me détester. J'étais au Ministère cette nuit de l'année dernière mais si vous aviez pris la peine de me questionner, vous auriez su que je ne voulais pas vraiment être présente, et vous ne pouvez pas nier que ce n'est pas ma faute si vous avez été capturé. »

« Je me fous de savoir que vous étiez présente au Ministère » dit-il hargneusement, son irritabilité l'emportant finalement. « Vous avez été inconsciente pendant une bonne partie de la bataille. J'ai à peine remarqué votre présence, pour être tout à fait honnête. Et je n'en ai strictement rien à faire de vos petites querelles avec mon fils. Les disputes de cour de récré sont loin de me préoccuper. »

« Alors, pourquoi ? » Je connais bien sur déjà la réponse, mais je veux le pousser aussi loin que je peux. « Pourquoi me détestez-vous ? »

« Je vous l'ai déjà dit maintes et maintes fois ! Combien de fois dois-je encore vous le dire ? » Son visage est blanc de rage. « Vous ne devriez pas être dans notre monde. Vous et vos semblables n'êtes que des parasites, et pourtant vous vous baladez dans mon monde, le polluant et vous l'appropriant. »

Maintenant, je suis vraiment curieuse. « Est-ce bien ça ? » je demande tranquillement. « Est-ce que tout se résume à… la peur ? »

Ses yeux se resserrent vers moi. « Quoi ? »

« Vous m'avez bien entendu » je lui dit hargneusement. « Est-ce que toute votre haine, tous vos préjugés se résument simplement à une peur de perdre votre place dans la société ? Avez-vous juste peur que les nés Moldus vous évincent de votre place ? »

« Pourquoi, par Merlin, serait-ce la raison de vous haïr ? » Sa voix est forte et son visage a perdu toute couleur. « Comment pourrais-je être préoccupé par le fait que vous pourriez me faire perdre ma position ? Regardez-vous ! Une banale Sang-de-Bourbe adolescente, sans argent, et d'une intelligence basique. Comment pourriez-vous me prendre la moindre chose ? Savez-vous au moins ce que je vaux ? Etes-vous consciente de la puissance que j'ai dans les milieux que je fréquente ? »

« Vous avez raison » je continue, essayant d'ignorer le fait que ma tête me lance si fort que je sens que je vais m'évanouir. « Je ne pourrais jamais vous supplanter dans votre position, pour la simple et bonne raison que vous n'avez jamais eu à travailler pour avoir ce que vous avez aujourd'hui. Les gens normaux doivent travailler dur pour gagner de l'argent et pour avoir une bonne position sociale. Mais vous, tout ce que vous avez eu à faire, c'est d'être bien né. »

Son regard de pur dégout me terrifie et je me tais avant d'aller plus loin.

« Ce que vous ne serez jamais » dit-il sans remuer les lèvres.

Il donne un petit coup de baguette vers moi et… des ongles. Des ongles me raclent le visage, les bras, poitrinejambesgenoux, que ça s'arrête, que ça cesse, des éraflures me griffent le visage, que ça s'arrête s'il vous plait… des couteaux m'enfoncent l'estomac, le tordant, frictionnant frénétiquement mes bras, et oh oh ohohohoh –

Ca disparaît…

J'ouvre les yeux et les baisse vers mes bras.

Ils sont couverts d'éraflures écarlates. Mais pas des éraflures dues à un sort, non. Elles viennent de mes propres ongles…

Je frissonne involontairement.

« Quand allez-vous enfin apprendre votre place ? » Je le regarde pour voir son visage tellement rempli de dégout que ça me fait tressaillir. « Arrogante, pathétique petite fille, allez-vous finir par comprendre ? »

La porte s'ouvre à la volée.

Mon cœur bat dans ma gorge alors que Dolohov et Bellatrix traine Ron à l'intérieur de ma cellule. Il est conscient cette fois, mais son visage est d'un blanc nacré, presque vert, et il grimace de douleur.

« Vous en avez mis du temps. » Lucius ne prend pas la peine de cacher l'irritation dans sa voix.

« Il a insisté pour se défendre » dit Bellatrix alors qu'elle et Dolohov jettent Ron à terre. Il tombe sur le côté, grognant de douleur. Bellatrix lui jette un rire méprisant alors qu'elle va verrouiller la porte de la cellule. « Il nous a fallu un certain temps pour le maitriser. »

Ron halète faiblement, agrippant son estomac et grimaçant de douleur. Mon cœur s'ouvre en deux.

« Que lui avez-vous fait ? » Je m'avance rapidement vers Ron. « Espèces de salauds, que lui avez-vous fait ? »

Des crochets invisibles m'attrapent aux bras et je suis tirée en arrière, plaquée violemment au mur. Mon corps entier hurle de douleur et un feu d'artifice éclate derrière mes paupières.

Mais je ne tombe pas. Je reste où je suis, maintenue au mur par le lien invisible.

« Vous allez rester là, Sang-de-Bourbe »murmure doucement Lucius alors que Bellatrix se moque de moi de l'autre côté de la salle. « Vos répugnantes démonstrations d'affection pour ce garçon me rendent malade. Vous êtes ici pour une raison et une seule, est-ce clair ? »

Des larmes perlent au coin de mes yeux face à cette cruauté. « S'il vous plait- »

« Non. » Il coupe ma phrase, et par la même mon espoir. « J'ai décidé de n'offrir aucune aide ni aucun confort à votre ami. Nous ne voudrions pas rendre la situation trop personnelle, n'est-ce pas ? »

La haine s'empare de moi si fortement que je ne peux plus parler. Je tremble contre le mur alors que je regarde ce visage froid, dur et suffisant.

Je n'ai jamais autant haï une personne que Lucius Malefoy en cet instant.

« Alors, par quoi on commence aujourd'hui ? » demande Dolohov, son visage tordu s'illuminant alors qu'il met en place le bout de parchemin et la plume. Il passe sa main dans ses cheveux graisseux et je ne peux m'empêcher de remarquer l'hématome autour de son œil.

Ron doit s'être battu mieux que moi.

« Tout d'abord, je veux que tu donnes cette potion au garçon. » Lucius sort une petite bouteille noire de sa robe. Dolohov tend sa main avec impatience mais Lucius passe son bras au dessus et donne la potion à Bellatrix. Celle-ci la regarde curieusement alors que le visage de Dolohov arbore une déception presque comique.

Je rirais si la situation n'était pas si horrible.

« Qu'est-ce que c'est ? » demande Bellatrix, tenant la bouteille et la regardant d'un regard affamé.

« Je l'ai confectionné la nuit dernière. C'est une petite potion ingénieuse, si je peux m'exprimer ainsi. Tant qu'elle fera effet, il sera toujours capable de parler, de crier, mais il sera incapable de répondre aux questions qui ne lui sont pas directement destinées. »

Oh mon Dieu.

Dolohov commence à sourire de façon carnassière. « Donc, tu veux que ce soit elle qui réponde à nos questions, pas lui ? »

Lucius incline la tête. « C'est mon intention, oui. »

Bellatrix laisse échapper un petit rire aigu. « Oh, c'est presque trop cruel Lucius ! » chantonne-t-elle, sa voix pleine de joie.

Je regarde le visage de Lucius qui me sourit ironiquement et je ne souhaite rien d'autre que de le mettre en pièces, le déchirer en lambeaux. Je ne peux pas le croire. Je ne comprend pas comment un être humain peut être aussi immonde !

« Aide-moi Antonin » dit Bellatrix en retroussant ses manches et en débouchant le petit flacon. Un petit 'pop' se fait entendre et une légère fumée s'échappe du goulot.

Dolohov saisit brutalement Ron toujours à genoux, lui tirant la tête vers l'arrière. Ron commence à se débattre frénétiquement, poussant et tirant contre la poigne de Dolohov.

« Enlevez vos saletés de mains, espèce de gros malade- »

Bellatrix lui assène un sort de sa baguette en plein estomac et Ron se plie en deux, hurlant de douleur. Je lutte de toutes mes forces contre mes liens invisibles, mais je ne peux rien faire contre eux.

Lucius me sourit toujours d'un air narquois.

Bellatrix se déplace vers Ron alors que Dolohov essaye de lui ouvrir la bouche. Ron se tourne vers moi et me crie avec frénésie.

« Ne fais rien, Hermione- »

Dolohov maintient sa mâchoire ouverte alors que Bellatrix penche le goulot de la fiole au dessus de lui. Un épais liquide vert foncé sort de la bouteille, se déversant dans sa gorge.

« C'est bien petit bébé, prend ton médicament » couine Bellatrix.

Ron s'étouffe et s'étrangle. Un haut-le-cœur me prend lorsque le liquide déborde sur son menton et s'écoule de son nez.

« Arrêtez ! » je hurle. « Laissez le tranquille ! Il va s'étouffer ! »

« Mais non » dit Lucius de sa voix trainante. « C'est un brave garçon, je suis sur qu'il peut l'avaler. »

Ron s'effondre vers l'avant, secoué par la toux. Il respire d'un râle profond alors qu'il essuie le liquide fétide de son menton.

Je suis désolée Ron, je suis tellement désolée…

« Etes-vous prête à répondre à nos questions, Miss Granger ? »

Je ne réponds pas à Lucius. Je regarde juste Ron sur le sol qui récupère peu à peu son souffle.

Un lien invisible me saisit le visage et m'oblige à plonger mes yeux dans le visage pâle et froid de l'homme que je hais le plus au monde.

« Je veux que vous me disiez… que vous nous disiez où Potter avait prévu de se rendre lorsque vous l'avez vu pour la dernière fois ? »

Pourquoi ? Pourquoi me demande-t-il ça ? Pourquoi ne me demande-t-il pas autre chose ?

« Ne leur dit pas, Hermione ! » me crie Ron. « Ne leur dit rien, tu entends ? »

Lucius sourit. « Inutile de crier, Weasley. »

« Ta gueule Malefoy ! » Ron lui souffle, alors qu'il titube légèrement quand il essaye de se remettre sur pieds.

« Comment oses-tu lui parler de cette façon ? » Bellatrix lève sa baguette avec fureur. « Comment oses-tu, espèce de traitre à ton sang ? Endoloris ! »

Et il y a les cris. Des cris horribles qui entourent la salle. Ils me brulent les tympans alors que Ron tombe et se débat au sol.

« ARRETEZ ! » je hurle. « S'IL VOUS PLAIT, ARRETEZ ! »

« Assez, Bella. »

Bellatrix lève sa baguette à la demande de Lucius et Ron s'effondre au sol, gémissant et pleurnichant, et je ne peux pas bouger pour l'aider, je ne peux pas.

Lucius me regarde. « Dites nous ce que nous voulons savoir. »

J'essaie de ne pas céder à la panique. Je prends une grande inspiration. Je dois rester logique.

Bon. Si je refuse de leur dire, ils vont torturer Ron à nouveau. Et je ne peux pas laisser ça se reproduire, je ne peux pas.

Mais si je dis où Harry compte se rendre, ils seront en mesure de le trouver, et s'ils le trouvent, ils le tueront, il n'y a aucun doute là dessus. Et non seulement j'aurai mené mon meilleur ami à la mort, mais en plus la guerre sera perdue. Harry est l'Elu, n'est-ce pas ?

Je regarde Ron qui se remet difficilement sur ses pieds.

« Ne fais pas ça, Hermione » dit-il tranquillement. « Quoi qu'ils me fassent, je pourrais le supporter. Ne donne pas Harry- »

Ses mots sont coupés alors que Dolohov se saisit du devant de son vêtement et lui assène un violent coup de poing dans la mâchoire. « On ne t'a pas demandé de parler, petit salopard ! »

« Met-le à terre. »

Dolohov obéit à l'ordre de Lucius et jette Ron à terre. Je baisse le regard vers mon ami qui hoche la tête vers moi en silence.

Comme si ce hochement de tête allait rendre ma décision plus facile.

« Pensez-y, Miss Granger. » Lucius marche lentement vers moi. « Il suffit juste d'y penser. Le jeune Ronald a surement déjà assez souffert. » Il arrive à ma portée et se penche pour me chuchoter à l'oreille. « Si vous répondez à ma question, nous lui épargnerons toute autre souffrance. »

« Laissez-la tranquille ! » Ron se met à crier mais il est vite arrêté par Dolohov qui lui assène un coup de pied dans le ventre. Des larmes coulent de mes yeux alors que j'essaye frénétiquement de trouver une solution.

Ron ou Harry ?

C'est le choix qui se présente à moi. Je dois choisir entre mes deux meilleurs amis.

« Voulez-vous le voir souffrir plus encore ? » Lucius chuchote à mon oreille comme un petit diable sur mon épaule. « Parce qu'il va souffrir. Il va beaucoup souffrir si vous refusez de nous répondre. »

J'ouvre les yeux. Ron est couché sur le sol et se frotte l'estomac en haletant.

C'est tellement difficile. C'est la chose la plus difficile qu'il m'ait été donné d'affronter.

« Allez, Sang-de-Bourbe ! » Bellatrix me crie d'impatience. Des étincelles sortent de l'extrémité de sa baguette.

Lucius me saisit le menton et m'oblige à lui faire face. « Petite imbécile » il me murmure, si bas que je ne pense pas que les autres puissent l'entendre. « Ne voyez-vous pas que vous avez la possibilité de sauver quelqu'un que vous aimez ? » Il me tourne la tête pour faire face à Ron. « Ce garçon compte plus que tout pour vous, beaucoup plus que Potter je dirais. Je l'ai vu dans vos yeux. Vous pouvez le sauver, et si facilement. »

Je ne sais pas quoi faire !

Ron me regarde, les yeux brulants de conviction. « Ne t'inquiète pas pour moi » il murmure. « Je peux le faire. Je peux supporter tout ce que ces salauds vont me faire. »

Lucius perd finalement patience. Il soupire d'exaspération et s'éloigne de moi pour s'approcher de Ron. « Vous vous souvenez de ce délicieux petit sort que j'avais lancé sur votre main, Miss Granger ? Celui qui brûle la peau ? Celui qui la fait bouillonner sous la chaleur ? »

Mon estomac se recroqueville sous l'horreur. « S'il vous plait, non… »

Il ne m'écoute pas. Il se tourne vers bellatrix. « Qu'en penses-tu ? A quel endroit ? »

Elle sourit à son beau-frère, se léchant presque les lèvres devant lui. « Peut être que ça pourrait être plus… convaincant au niveau des bras ? »

Lucius lui sourit et pointe sa baguette sur l'épaule de Ron.

« Non. » Bellatrix se saisit du bras de Ron et le tourne légèrement, passant son doigt sur la peau pâle de la face interne du bras. « La peau est plus sensible par là. »

Ron la regarde avec une expression horrifiée.

« Tu sais toujours comment les choses doivent se faire, Bella » murmure Lucius, caressant de son doigt sa joue et descendant le long de son menton. Une rougeur apparaît sur ses joues et lui sourit avant de se retourner vers Dolohov.

« Donne-moi un coup de main, tu veux ? » elle lui demande avec insouciance.

« S'il vous plait, blessez moi si vous voulez que je parle, mais ne le blessez pas lui… »

Ils ne m'écoutent pas.

Bellatrix et Dolohov saisissent Ron et lui déchire son T-shirt. Son ventre est couvert de contusions et de bleus tellement profonds que certains sont presque noirs, alors que d'autres oscillent entre le jaune, le vert et le pourpre, comme une palette de couleurs immonde.

« Lâchez moi, pauvre salop- »

Lucius l'empêche de continuer en lui assénant une claque au visage.

Je ne sais pas quoi faire, que vais-je faire ?

« S'il vous plait ! Il n'a rien fait, s'il vous plait ! »

Lucius m'ignore et dirige sa baguette sur l'intérieur du bras de Ron.

« Ne dis pas un mot, Hermione ! » Ron crie, mais ses mots sont aspirés par ses hurlements alors que sa peau commence à brûler au niveau de la baguette. Ce son me déchire les entrailles, me transperce le cœur, la tête, les oreilles.

Je ne peux pas laisser faire ça, je ne peux pas !

« Arrêtez arrêtez ! Je vais vous dire, je vais tout vous dire ! »

Mais il ne s'arrête pas.

Lucius fait glisser sa baguette le long du bras de Ron, lentement jusqu'à sa paume, laissant une marque écarlate brûlante sur son sillage. Le visage de Ron se plie sous la douleur et des larmes coulent sur ses joues. Je ne peux pas le supporter. Je ferai tout ce que je peux pour l'aider.

Je leur dis tout ce qu'ils veulent – Dieu me vienne en aide, mais je leur dis tout. Je leur dit que Harry avait l'intention de rester au Terrier jusqu'au mariage de Bill et Fleur, et qu'il avait ensuite l'intention de se rendre à Godric's Hollow pour se recueillir sur la tombe de ses parents.

« Et après ? » demande Bellatrix, élevant la voix pour se faire entendre des cris de Ron. Elle lui tient toujours le bras alors que Ron se tort sous sa poigne. « Où a-t-il l'intention d'aller après ? »

J'hésite, connaissant les enjeux de cette question. Il ne s'agit pas seulement de la sécurité de Harry, mais de la sécurité du monde entier…

« Je ne sais pas. »

C'est vrai. Techniquement, c'est vrai. Je sais ce qu'il va faire, mais je n'ai absolument aucune idée de où il compte aller pour trouver les Horcruxes.

Lucius enlève sa baguette de la peau de Ron alors que Dolohov lâche Ron pour aller inspecter le parchemin. « Elle dit la vérité. »

J'empêche le soupir de soulagement qui menace de sortir de mes lèvres. Cette plume a un défaut finalement. Elle ne détecte pas lorsque je cache quelque chose qu'on ne m'a pas directement demandé.

Merci mon Dieu.

Mais je leur ai à nouveau donné Harry.

Tout se passera bien. Il n'ira surement pas à Godric's Hollow maintenant, et il ne retournera surement pas au Terrier. C'est bon, tout va bien, tout va bien…

« Antonin, vient le tenir à nouveau » dit Lucius alors qu'il déplace sa baguette vers l'autre bras de Ron.

« Qu'est-ce que vous faites ? » je demande désespérément. « Je vous ai dit où Harry allait ! Qu'est-ce que vous faites ? »

Il se tourne vers moi, me souriant légèrement. « Qu'ais-je l'air de faire ? »

« Mais je vous ai donné ce que vous voulez ! »

« Oui je sais » il sourit. « C'est une décision purement esthétique. Je ne supporte simplement pas le manque de symétrie. »

Il presse sa baguette sur la peau de Ron, sur la peau douce et vulnérable du dessous de son bras, la faisant glisser vers le bas dans un concert de hurlements.

« ARRETEZ ! » je hurle. « QUE VOULEZ-VOUS DE MOI ? ARRETEZ ! »

Mais c'est inutile. Je ne peux que crier et hurler mais je ne peux rien faire d'autre que d'écouter les hurlements de mon meilleur ami.

Je n'en peux plus. Je ferme les yeux.

Mais les cris continuent, horribles, insupportables, tels les hurlements d'une Banshee[1], encore, encore, encorencorencore…

Le silence.

J'ouvre les yeux.

Ron est allongé par terre, deux grands sillons sanglants lui parcourant l'intérieur des bras.

Mon cœur se brise en deux.

Je regarde Lucius et une rage immense, débordante me submerge alors que des cris sortent de ma bouche.

« Pourquoi n'avez-vous pas arrêté ? Par Merlin, pourquoi ? »

Lucius fait virevolter sa baguette entre ses doigts, souriant d'une grande satisfaction face à son œuvre. Il ne me donne pas de réponse.

« Allez-vous le guérir ? » Je ne sais pas pourquoi je demande ça. Je ne sais pas pourquoi je m'attends à de la bonté venant de lui, après tout ce qui s'est passé. « Vous m'avez guéri l'autre jour. »

Bellatrix le regarde, incrédule. « Mais pourquoi diable, l'as-tu guérie ? Nous allons nous débarrasser d'elle, de toute façon- »

Lucius lève la main et elle ferme la bouche comme un piège se refermant. Elle se contente de me regarder, les yeux plissés. Lucius fronce les sourcils avant de me répondre.

« Non, je ne pense pas le faire. Je ne suis pas sur de pouvoir me pardonner après avoir fait preuve de compassion face à un Weasley. »

« Espèce de salaud ! » Les larmes me déchirent les entrailles avant de couler et d'inonder mes joues. « Vous n'êtes rien d'autre qu'un LACHE, salopard et dégoutant ! Comment pouvez-vous faire ça à un garçon de 17 ans, juste parce que vous haïssez son père ? Vous êtes un malade, un malade, un putain de- »

Un poing invisible me frappe au visage. Ma tête part sur le côté face à la violence du coup.

Mais ce n'est pas Lucius cette fois.

Bellatrix se rapproche de moi, le visage blanc de rage. « Petite salope impertinente ! » elle me crache sur la joue. « Comment oses-tu parler comme ça à tes supérieurs ? »

Une lumière orange jaillit de sa baguette et me frappe à l'estomac, et des vagues de nausées me parcourent encore et encore, comme une marée nauséabonde. Je me tords et me débat contre mes liens invisibles, et mon corps est parcouru de spasmes allant de mon ventre jusqu'à ma poitrine, remontant jusqu'à ma gorge et oooh non, pas encore !

Du vomi m'arrive dans la bouche, encore et encore. Il déborde de mes lèvres et par le nez. J'essaie de respirer mais l'acide retombe dans ma gorge, m'étouffant.

Mais soudain, mes voies respiratoires se rouvrent et mon estomac cesse de se soulever alors que le sort m'abandonne. Ron a les bras autour du cou de Bellatrix et la tire loin de moi. « Ne va pas lui faire du mal, espèce de salope- »

C'est une bataille perdue d'avance. Dolohov lève la baguette vers Ron, le projetant contre le mur.

« Petit salaud stupide ! » Dolohov rugit. « Comment oses-tu lever la main sur elle ? Tu n'es rien d'autre que de la merde sur sa chaussure, tu m'entends ? Endoloris ! »

Ron hurle et tombe à nouveau au sol. Oh pitié, combien de temps ça va durer ?

« Non ! » je crie. « S'il vous plait, arrêtez ! Pitié ! »

« Assez, Antonin. »

Dolohov semble un instant se demander s'il pourrait ne pas obéir à l'ordre de Lucius, mais lève finalement sa baguette et les cris de Ron s'arrêtent, le laissant recroquevillé au sol, frissonnant.

Je commence à sangloter. Des sanglots lourds me parcourent le corps entier.

Un éclat de rire se répercute à l'autre bout de la pièce. « Pensez-vous vraiment avoir le contrôle sur la situation ? » Bellatrix a légèrement le souffle court après son combat avec Ron, mais ses yeux sont fous et fiévreux comme ils ne l'ont jamais été. « Pensez-vous nous dominer ? Pensez-vous vous échapper ? » Elle laisse à nouveau échapper un éclat de rire. « Vous devez vraiment abandonner ces idées folles ! Nous obtiendrons ce que nous voulons, peu importe le temps que ça prendra. Vous ne pouvez pas y échapper. Vous allez devoir l'accepter. A partir de maintenant, vous allez nous obéir. Vous allez nous obéir jusqu'à ce que nous en ayons fini avec vous, et après nous vous élimineront. »

J'aimerais pleurer, crier, saigner. Tout plutôt que de faire face à la véracité de ses paroles.

« Totalement vrai, Bella. » Lucius se tourne vers moi. « Il serait sage d'écouter ces paroles. »

Je ferme les yeux, essayant de faire abstraction de tout ça. Mais ils n'en ont pas encore fini avec nous.

« Voulez-vous nous parler de l'Ordre, Miss Granger ? »

La voix de Lucius me fait ouvrir les yeux.

Comment puis-je leur donner ce qu'ils veulent sans à nouveau mener des gens innocents à la mort ?

Mais comment puis-je tenir contre eux sans qu'ils ne blessent à nouveau Ron ?

Je garde le silence alors que j'essaye de me décider. Je sens que tout s'écroule sur moi, un poids beaucoup trop lourd à porter.

« Allez-vous nous répondre, Sang-de-Bourbe ? » demande Lucius en me regardant attentivement.

Je regarde Ron qui tremble sur le sol, des larmes se serrant sous ses paupières. Je regarde Lucius, Bellatrix, Dolohov, avant de reposer le regard sur Lucius.

« Comment réussissez-vous à dormir la nuit ? »

Lucius sourit d'un sourire paternaliste. « Assez facilement, je pense que vous vous en doutez. »

J'ouvre et ferme la bouche plusieurs fois, comme un poisson rouge muet, jusqu'à ce que Lucius finisse par perdre patience.

« Je suis désolé de vous faire ça, Sang-de-Bourbe » dit-il sans aucun remord dans la voix. « Mais je crains que vous ne me laissiez pas le choix. Je n'ai tout simplement pas le temps pour l'hésitation. »

Il lève sa baguette, mais pas vers Ron.

« Imperio ! »

Mes pensées disparaissent. Mes sentiments s'envolent. Oh, que c'est merveilleux !

De la lumière, une chaleureuse lumière. Je suis libérée du mur. Oh, vous êtes si beau ! Vous feriez n'importe quoi pour moi, c'est bien vrai ?

'Et vous devez me retourner la même faveur, n'est-ce pas ?'

Un sourire. Un hochement de tête. Tout pour vous.

'Alors, prenez ce couteau.'

Le couteau. Il brille dans ma main. Il n'est pas lourd du tout. Garde- moi juste comme ça pour toujours, et je ferai n'importe quoi pour vous. Oh, je vous le promets, je…

Une main. Méconnaissable. Ce n'est pas la mienne.

'Coupez le pouce.'

Non.

'Coupez le pouce.'

Un pouce. A qui est ce pouce ?

Si chaud, si confortable…

« Hermione ? S'il te plait Hermione, essaye de le combattre. S'il te plait… »

Une main chaude chasse cette voix intruse loin de moi.

'Coupez le pouce.'

Oui, oh oui.

La lame dans la chair rencontre une résistance mais s'enfonce plus loin.

Je ferai n'importe quoi pour cette voix, n'importe quoi…

Le déchirement de la chair, le sang qui bouillonne.

Tout…

La chaleur me quitte doucement, remplacée par des cris, de la douleur, du sang.

Mais ce n'est pas mon sang, ni ma douleur.

Ni mes cris.

Oh… oh mon Dieu ! Merde merde merdemerde !

Ron hurle. Il berce sa main. Sa main sanglante…

Je me regarde.

Du sang. Du sang partout, collant et sombre sur mes mains, sur le sol.

Oh mon Dieu ! !

Un pouce, son pouce, trainant sur le sol, entouré d'une flaque de sang, coupé nettement.

Oh mon Dieu !

De nouveaux cris. Mes cris, ses cris. Trop de bruit, trop de sang, oh Dieu tout puissant, je suis en Enfer.

Nous sommes en Enfer. Lucius nous y a emmené.

Je leur dis tout. Je leur crie. Je leur dis tout et n'importe quoi. Je leur dis tout ce que je sais sur l'Ordre, au sujet des membres de l'Ordre, de ce que j'ai vu de leurs activités. Je leur donne leurs noms, leurs adresses, leurs traits de personnalité, les noms de leurs amis, des membres de leur famille, de leurs connaissances. Je leur dis tout, tout et n'importe quoi pour arrêter la douleur de Ron.

Après un petit moment, quand je n'arrive plus à trouver autre chose à leur dire, Lucius lève la main vers moi.

« C'est assez. »

J'avale mon souffle, essuyant mes lèvres humides.

Dolohov dirige ses yeux vers le parchemin. « Elle dit la vérité. »

Lucius me lance un petit sourire froid. « Bien. Nous pouvons passer à autre chose, alors. »

« Non, attendez ! » je rampe vers Lucius, oubliant mon orgueil, qui n'a jamais réellement compté de toute façon. « S'il vous plait, remettez-lui son pouce en place. Je sais que c'est possible si on s'y prend assez rapidement. Je ferai n'importe quoi, s'il vous plait… »

« N'importe quoi, vraiment ? » me demande Dolohov en riant. Mais Lucius le fait taire.

« S'il te plait Antonin, n'utilises pas ce ton. » Il baisse son regard vers moi alors que les larmes me brûlent les yeux. Il me regarde trop longtemps à mon gout.

Finalement, il s'éloigne de moi et s'approche de Ron qui se recroqueville en gémissant sur le sol.

« Prenez le pouce et venez le joindre à sa place initiale. »

C'est à moi qu'il parle. Il me faut une seconde pour le réaliser.

Mais… Oh, je ne peux pas le toucher…

J'ai un haut-le-cœur, ravalant le vomi qui me monte à la gorge alors que je ramasse l'objet froid, inanimé et charnu représentant le pouce de Ron. Je viens le tenir au-dessus de sa plaie, me parlant à moi-même pour essayer de tenir. Ne fais pas attention au sang, ne regarde pas la chair en lambeaux…

Je frémis, gémissant en même temps que Ron. Lucius tourne son regard vers moi et pointe sa baguette vers le doigt coupé. Une lumière chaude et dorée apparaît, fixant le pouce, scellant la peau sans aucun pli.

Ron est soudain silencieux, regardant son pouce incrédule alors que les larmes se tarissent sur ses joues.

Je me penche et embrasse sa joue, tenant son visage dans mes mains ensanglantées.

« Je suis tellement désolée, je ne voulais pas, je ne savais pas… »

Il me regarde et me saisit fermement la main, hochant la tête avec ses yeux vides. Il ne dit rien.

Le sait-il ? Sait-il vraiment que je ne savais pas ce que je faisais, et que je n'arriverais jamais, jamais à me pardonner ?

Je suis tellement désolée…

J'entends le rire léger de Lucius. « J'espère que vous êtes fière de votre jeune ami, Sang-de-Bourbe ? » il ricane. « J'espère que vous êtes fière de ce misérable pleurnichard qui ne peut pas supporter la douleur plus de cinq minutes sans pleurer comme un bébé. Vous êtes bien assorti tous les deux. »

La tête de Ron se redresse alors qu'il tremble de colère près de moi.

« J'aimerai vous voir lutter cinq minutes comme je l'ai fait, espèce de grosse merde ! »

Bellatrix se précipite vers lui, mais Lucius tend le bras pour l'arrêter. Il a un sourire narquois.

« J'ai vécu tout autant ce que vous avez enduré, si ce n'est plus » dit-il calmement et toujours souriant, même si je décèle une légère ombre dans son regard. « Oh oui, contrairement à l'opinion populaire, nous ne traitons pas nos prisonniers plus durement que vous ne traitez les prisonniers d'Azkaban. »

Non, il… il ment. Les Aurors ne pourraient pas… L'Ordre ne laisserait pas faire ça.

Son sourire s'élargit en voyant ma réaction. « Vous ne me croyez pas, Sang-de-Bourbe ? Et bien, permettez moi de vous dire que vous n'avez absolument aucune idée de ce que les nouveaux gardes d'Azkaban font subir à leurs prisonniers pendant leur temps libre. Ils utilisent certaines techniques pour que les prisonniers se sentent aussi désespérés que lorsqu'il y avait les Détraqueurs. »

« Vous mentez » je murmure.

« J'ai bien peur que non. » Dolohov fait un pas en avant. « J'y étais aussi, grâce à vous deux et à vos petits amis. J'ai tout vu. Croyez-moi, ce qu'on vous fait subir n'est qu'un pique-nique comparé à ce qu'ils m'ont fait la première nuit où je suis rentré en prison. »

Mais… Ils ne feraient pas… Ils ne pourraient pas !

Ron se reprend avant moi. « Même si c'est vrai, ce n'est pas une putain d'excuse ! » il s'enflamme. « Qu'est-ce que nous vous avons fait pour mériter ça ? »

« As-tu vraiment besoin de poser cette question ? » demande Bellatrix. « Regardez-vous : une Sang-de-Bourbe et un traitre à son sang. As-tu encore besoin d'une 'excuse', comme tu le dis ? »

« Même s'ils vous ont traité aussi mal que vous nous avez traité, » dit Ron en tremblant, ignorant la réponse de Bellatrix, « vous le méritez bien, après tout ce que vous avez fait. Vous avez bien mérité tous ces putains de trucs ! »

Lucius se tourne vers Dolohov. « Après toi, Antonin. »

Dolohov s'avance vers Ron, la baguette levée et une horrible expression carnassière sur le visage. « Tu vas avoir des problèmes, mon garçon. »


C'est… fini.

Ca a pris des heures, mais c'est fini.

Lucius verrouille la porte après que Bellatrix et Dolohov aient trainé Ron hors de la cellule, et il se tourne vers moi avec un sourire.

« Et bien, cette soirée a vraiment été très… instructive, vous ne trouvez pas ? Nous avons eu la moindre petite information que nous vous demandions. Il a fallu un certain temps, je vous l'accorde, mais c'est fini maintenant. J'ai ce que je voulais. »

Je reste assise, parfaitement immobile sur le sol. Aussi immobile qu'une pierre, tandis que l'odeur du sang me rempli les narines et se propage le long de ma langue.

Du sang. Le sang de Ron encore sur mes mains.

Le sang me tâche la peau, de la même façon que les souvenirs tâchent mon esprit…

S'il vous plait, arrêtez… S'il vous plait s'il vous plait… Dis-nous tout sur Dumbledore, Sang-de-Bourbe… Ne lui faites pas de mal, je vous en prie… Parlez-nous de Nymphadora Tonks maintenant… Non attendez, vous avez promis de ne pas lui faire mal… J'ai menti Miss Granger…

Je me frotte les mains, étalant le sang sur mes paumes. Il ne se détache pas. Il ne se détachera jamais.

Combien de personnes ais-je envoyé à la mort ce soir ? Combien de personnes ais-je trahi ?

« Dites-moi, ma brave petite Sang-de-Bourbe, avez-vous appris quelque chose sur le courage ce soir ? »

Je n'ai jamais ressenti autant de colère dans toute ma vie. Elle bouillonne et fume comme un volcan au plus profond de moi. Elle va me consumer. Je tremble en me remettant sur pieds, serrant la mâchoire alors que ma tête pulse si fort que j'ai l'impression qu'elle va éclater.

« Allez vous faire foutre. » Ces quatre petits mots s'échappent de ma gorge.

Il sourit plus franchement, se nourrissant de ma rage et de ma douleur. Il se rapproche plus près de moi, me plaquant contre le mur. « Je ne veux pas être trop optimiste, mais il semblerait que vous ayez finalement appris la vertu de l'obéissance. Vous avez semblé plus encline à faire ce que je vous ai demandé aujourd'hui. Il semblerait que vous soyez revenue sur vos principes. »

Je ne peux pas le supporter. Je veux briser chaque parcelle de son visage froid. J'aimerai le poignarder profondément, pour le faire saigner, pour le faire hurler…

Pour lui faire ressentir ce que j'ai ressenti.

Il est tout près de moi maintenant, faisant se redresser les poils sur ma peau, faisant grandir la haine à l'intérieur de moi. Haine. Haine.

« J'ai peine à croire du comment on puisse faire une telle chose. » Je ne le regarde pas, mais son sourire illumine son visage, je le sais. « A votre meilleur ami. Au garçon que vous aimez. Ca a dû lui briser le cœur, j'en suis sur. Si vous aviez vu le regard de trahison qu'il arborait alors que vous souriez en lui plongeant le couteau dans la main. »

La colère explose en moi, me brisant en mille morceaux.

« Vous… Vous êtes malade, tordu… Vous… Vous… »

J'ai de la peine à trouver mes mots.

Il rit.

C'est tout. Son rire me casse en deux. Ma main s'envole et je le gifle au visage.

Une empreinte de main ensanglantée apparaît sur sa joue pâle.

Je m'en fous, je le gifle encore, et encore. Puis je tape mes poings sur sa poitrine. Je le frappe, le frappe encore, de mes poing serrés, hurlant de rage, de douleur, de frustration et de haine totale.

Il attrape mes poignets, s'éloignant loin de mon étreinte. La rage a blanchi son visage, ce qui rend l'empreinte de ma main encore plus visible. Il lève sa propre main et me gifle à son tour, une fois, deux fois, trois fois, beaucoup plus durement que je ne l'ai frappé. Ma tête part en arrière à chaque coup, jusqu'à ce que finalement je m'écroule au sol, échappant des larmes et des gémissements de douleur.

« Vous m'avez obligé à le faire ! Vous m'y avez obligé ! Je ne le voulais pas ! »

Il me tire les cheveux en arrière, brûlant mon cuir chevelu sous son emprise. « Comment osez-vous ? Il murmure. « Comment osez-vous lever la main sur moi ? »

« ET POURQUOI PAS ? » je hurle. « Vous m'avez fait souffrir, nom de Dieu ! Pourquoi n'aurais-je pas le droit de vous voir souffrir aussi ? »

Il lève sa baguette sur mon visage, les traits tirés par la fureur. Je balance ma tête en arrière, me préparant à ce qu'il va me faire.

Mais rien ne vient. Il laisse juste s'échapper un petit rire sans joie, caressant ma joue du bout de sa baguette. « Regardez-vous » il murmure. « Si… faible. »

« Je ne suis pas faible- »

« Ah non ? » il demande. « Regardez à quelle vitesse vous m'avez donné tout ce que je voulais. Juste un peu de douleur, un peu de souffrance, et vous chantez comme un oiseau, un petit oisillon. Vous n'arrivez pas à résister au sortilège de l'Impérium. Quel type de courage représentez-vous ? On se demande bien pourquoi vous avez été mis à Gryffondor… La maison des courageux, c'est bien ça ? »

Ces mots… Ils touchent mon point sensible au plus profond de moi. Parce que… je ne devrais pas être à Gryffondor… J'ai été mise dans cette maison parce que je voulais y être. Le Choixpeau magique lui même me l'a dit.

Je pense que tu es définitivement une Serdaigle. Avec un tel cerveau, une telle logique ! Non ? Tu veux vraiment être à Gryffondor ? Bon, si tu en es sure…

Il cherche dans mes yeux et j'essaye de garder mes pensées vierges. Je ne vais pas le laisser voir ça, je ne veux pas qu'il sache…

Trop tard. Il sourit encore et pendant un moment, ma tête me fait si mal que ma vision se trouble, transformant le visage en face de moi en une trainée rose, noire, puis jaune, et rouge, rouge, rouge,…

« Est-ce vrai ? » Sa voix me ramène sur terre et ma vue me remontre son visage grimaçant. « Serdaigle ? Pas étonnant que vous soyez si faible. Tout ce que connaît cette maison, c'est la réflexion et la logique. »

« Je suis une Gryffondor ! » je dis. « Le Choixpeau m'y a mis, il ne l'aurai pas fait si ce n'était pas ma place- »

« Mais si, Sang-de-Bourbe. Vous savez ça. Il le ferait car il a l'idée absurde que ce sont nos choix qui font ce que nous sommes. Vous feriez mieux de renoncer à cette idée ridicule. Il y a certaines choses que vous ne pouvez pas changer. »

« Ce n'est pas vrai ! » Mes mots sonnent faux. Je ne les crois même plus moi même.

Il me regarde attentivement durant un long moment. La colère semble avoir quitté son visage. « Pensez-vous vraiment ce que vous dites ? Drago m'a parlé de votre ridicule croisade pour les droits des Elfes. Nous avons bien rit de cette petite histoire. Pensez-vous vraiment changer le monde en bien, petite Sang-de-Bourbe ? »

Je ne réponds pas. Il en sait déjà trop sur moi. C'est comme s'il voulait tout savoir sur moi, comme s'il voulait explorer jusqu'à l'intérieur de mon estomac, de mes boyaux, de mon âme.

Je ne vais pas m'exposer aussi facilement face à lui.

« Sommes-nous vraiment si différents, vous et moi ? » il demande d'une voix redevenue très calme. « Nous voulons tous les deux changer le monde. Je veux débarrasser le monde magique des Moldus et j'utilise des méthodes extrêmes pour obtenir ce que je veux. Vous, vous voulez que les Elfes soient libres. Vous pensez peut être que le monde n'en sera que meilleur. Quelles mesures avez-vous prises pour atteindre vos objectifs ? »

Il plonge à nouveau dans mon esprit. Je peux le sentir en moi, une main invisible rampant autour de mon cerveau.

Oh, je m'en fous. Qu'importe ce qu'il découvre, de toute façon. Rien ne compte, pas après ce que j'ai fais à Ron aujourd'hui…

« Et bien, je n'aurai jamais pensé que je verrais une telle cruauté de votre part, par tous les diables ! » Son rire illumine son visage. « Quelle hypocrite vous faites, me faire la leçon sur ma brutalité ! Offrir des vêtements aux Elfes. » Il produit un 'tss-tss' de désapprobation. « Les Elfes de Maison ne veulent pas être libres. Vous saviez cela. Et pourtant, vous avez tenté de la leur imposer. »

« Mais ils ont besoin de liberté ! » je dis désespérément. « Des tyrans comme vous leur ont lavé le cerveau ! Chaque créature a le droit d'être libre, ils s'en rendront compte à la fin. »

Mais je me parle à moi-même. Il ne m'écoute pas. Ses yeux restent braqués sur mon visage et il fronce légèrement les sourcils. « Nous ne sommes pas si différents, après tout. Nous avons tous les deux eu recours à la cruauté pour arriver à nos fins. La seule différence que j'ai, c'est que moi je l'admets, au moins. »

S'en est trop pour moi. Des larmes s'échappent de mes yeux alors que je cède finalement à la pression.

« Je ne suis pas comme vous ! Jamais ! »

Mes mots sortent par saccade alors que je sanglote. Je me hais pour ça. J'essaye d'arrêter de pleurer mais je ne peux pas.

« Non, vous avez raison. » Il me lâche et me jette au sol. « Nous ne sommes pas pareils. Je ne me suis jamais mis dans un état pareil devant mes ennemis. C'est une honte, vraiment. Je pourrais presque avoir du respect pour vous, si vous n'aviez pas cette satanée faiblesse. »

Il se détourne de moi et quitte la pièce, fermant doucement la porte derrière lui. Il me laisse en pleurs, recroquevillée en boule sur le sol, tremblante, blessée, malade, et baignant dans le sang de mon meilleur ami.


[1] La Banshee ou Banshie est un être légendaire, issu du folklore irlandais et écossais. Son hurlement annoncerait une mort prochaine. Le cri de la Banshee est le plus horrible qu'on puisse imaginer.