'Je succombe à tant de maux : je sais quels forfaits j'ose accomplir, mais ma fureur est plus forte que la prudence, et cette passion cause les plus grands malheurs des hommes.' - Euripide, Médée

Notre troupe est fière de vous présenter une tragédie en quatre actes.


Chapitre 7 Vengeance

Je n'ai pas bougé de mon lit depuis ma dernière pause toilette.

J'ai compté le nombre de pierres au plafond. 152 pierres noires, toutes légèrement différentes les unes des autres, que ce soit en texture, en taille ou en forme.

152 pierres.

Ou peut être ais-je fait une erreur. Peut être que je devrais les compter à nouveau, juste pour être sure…

Je bouge légèrement mon corps. Ce petit mouvement bouge la paille dans mon dos, perce ma robe et me frotte la peau.

Je veux retourner à la salle de bain. J'ai besoin d'utiliser l'évier. J'ai besoin de laver mes mains à nouveau. La dernière fois que je les ai lavé, j'ai laissé mes mains ensanglantées sous le jet jusqu'à ce que l'eau soit de nouveau propre, mais elle n'a pas fait disparaître l'odeur. La puanteur du sang me couvre les doigts comme un résidu collant.

J'ai l'impression que je ne réussirais jamais à me débarrasser de l'odeur du sang de Ron.

Je dois me lever. Même si la seule chose que je puisse faire est de marcher en rond dans ma cellule, c'est toujours mieux que de rester allongée. Mais ma tête bat si fort que je ne peux même plus me lever sans avoir le vertige.

Après réflexion, il vaut peut être mieux rester immobile.

Je regarde fixement le plafond, perdue dans mes pensées. J'ai si chaud que je ne peux plus le supporter. La sueur ruisselle sur mon visage, courant sur mes lèvres et jusqu'à ma langue. Elle absorbe mes vêtements, les collant à ma peau.

J'adorerais un long bain tiède. Me plonger dans l'eau fraiche, la sentir tourbillonner autour de moi, mettre ma tête sous l'eau et tout oublier. Rester dans un silence complet, effaçant le monde alentour alors que l'eau me presse les oreilles.


Beaucoup de temps s'est passé depuis qu'ils m'ont quitté. Il s'est écoulé des lustres depuis que Bellatrix et Dolohov ont emmené Ron et que Lucius ait claqué la porte de la cellule en me traitant de pathétique. Il a du se passer plus d'une journée. Peut être deux, peut être trois.

Je n'en ai vraiment aucune idée.

J'aurai presque pu penser qu'ils me laisseraient mourir ici, s'ils ne m'avaient pas amené de la nourriture et conduit de temps en temps à la salle de bain.

Peut être que c'est un nouveau jeu qu'ils mettent en place. Me donner trop de temps pour penser : trop de temps pour tourner la situation en boucle dans ma tête.

Je parie que c'est une idée de Lucius.

C'est un homme intelligent. Il sait bien que la douleur physique n'est pas la seule façon de faire souffrir une personne.

- Ca a dû lui briser le cœur, j'en suis sur. Si vous aviez vu le regard de trahison qu'il arborait alors que vous souriez en lui plongeant le couteau dans la main -

Je porte les mains à mes yeux, enfonçant les poings dans mes paupières pour tenter de brûler ses mots de ma mémoire.

J'ai envie de hurler. J'ai envie de me faire mal, de saigner, de pleurer. Je veux souffrir pour ce que j'ai fais.

Il avait raison. Je suis si faible, si pathétique.

Tu es lâche. Tout comme lui.

Je ne suis pas comme lui ! Nous n'avons absolument rien de commun tous les deux.

Mais c'est trop tard. Les mots qui m'ont marqué l'esprit au fer rouge, sont toujours aussi brulants.

- Nous ne sommes pas si différents, après tout. Nous avons tous les deux eu recours à la cruauté pour arriver à nos fins –

Je ne suis pas cruelle ! Les Elfes de Maison méritent leur liberté, comme tout le monde. J'essayais seulement de les aider.

Mais… tout le monde me disait que c'était une chose cruelle à faire. Même Hagrid dit que les libérer reviendrait à être cruel envers eux.

Et je ne l'ai pas écouté. J'ai simplement continué à faire ce qui me paraissais juste, alors même que tout le monde me disait que j'étais dans l'erreur.

C'est une autre chose que j'ai en commun avec…

Je claque violemment ma tête sur le sol. Je couvre mes yeux de mes mains, laissant les larmes percer au coin de mes paupières.

Je n'ai rien de commun avec lui.


Des bruits de pas se répercutent en écho dans le corridor, brisant le silence interminable.

« Sortez les de là. » Je ne reconnais pas cette voix féminine que j'entends en dehors de ma cellule. « Amenez les à l'entrepôt. Nous passerons la nuit la bas et nous bougerons dans la matinée. Il y a une cachette dans le Nord, le Seigneur des Ténèbres nous a donné l'autorisation de l'utiliser. »

Il y a un craquement, comme le bruit d'une porte de cellule qui s'ouvre. Mes yeux se dirigent automatiquement vers ma porte, mais elle reste fermée.

J'écoute attentivement et j'entends un bruit de frottement, comme quelque chose de dur trainé le long du corridor.

C'est un bruit horrible car je peux en identifier la cause. Quelqu'un est trainé sur le sol. Sa peau frotte contre la pierre.

Il n'est accompagné d'aucun bruit de protestation cependant.

Je voudrais aller jusqu'à la fenêtre de ma cellule pour voir ce qu'il se passe, mais je n'ai pas l'énergie de me lever.

Le frottement s'éloigne, devenant de moins en moins fort à mesure qu'il se déplace le long du corridor, puis le silence s'installe à nouveau.

Je reste parfaitement immobile sur mon lit de paille, les yeux fixés sur ma porte.

Que s'est-il passé au juste ?

Actuellement, je m'en fous. Je suis trop fatiguée.

J'ai besoin de dormir…

Je serai chanceuse si j'y arrive. D'autres voix percent dans le corridor. Je n'entends pas bien ce qu'elles disent, mais elles sont de plus en plus fortes au fur et à mesure qu'elles progressent vers ma cellule.

Je ne peux pas avoir un instant de repos. Pas même lorsqu'ils décident de me laisser seule quelques jours.

Il n'y a pas de place pour la paix. Il n'y en a que pour la peur et la culpabilité.

Je commence à pouvoir distinguer les doux murmures des voix.

« … notre responsabilité. Je n'aime pas plus que toi cette idée, mais nous allons devoir les prendre avec nous. »

Je connais cette voix. Elle a été ma compagne constante ces derniers jours.

Il n'est pas seul. Quelqu'un d'autre est avec lui.

« Ces sales marmots sont plus une source de problèmes qu'autre chose. » Je connais également cette voix. Le couple s'arrête de l'autre côté de ma porte alors que la femme pousse un soupir résigné. « Sais-tu où nous allons ? »

« Je suis marié à ta sœur depuis des années : bien sur que je sais où nous allons. Je me suis rendu plusieurs fois à cet endroit. »

« Tu vas devoir faire attention. » Est-ce de la préoccupation dans sa voix ? « Ils sont à sa recherche et tu ne leur es pas inconnu. Ils pourraient te suivre s'ils attendent à l'extérieur- »

« Raison de plus pour ne pas perdre plus de temps ici, alors » dit-il en lui coupant froidement la parole. « Nous devrions partir le plus vite possible. Je prends la fille, je sais comment elle fonctionne après tout le temps que j'ai passé avec elle. Toi et Antonin prenez le garçon. »

Non. Je ne veux pas être seule avec lui. Je ne veux même plus le voir

« On va se séparer » continue Lucius. « Ainsi, s'ils attrapent un de nous, le Seigneur des Ténèbres aura encore un des deux prisonniers sous la main. »

« Bonne idée » approuve Bellatrix. « Je dois trouver Antonin avant de partir, mais je vous rattraperai assez vite. » Un court silence s'installe avant qu'elle ne reprenne d'une voix beaucoup plus douce. « Bonne chance, partenaire. »

Lucius rit légèrement. « Partenaire, effectivement. » Nouveau silence. « Je te revois bientôt. Je l'espère. »

Le bruit des pas s'éloigne le long du couloir, avant de disparaître. La porte de ma cellule se déverrouille et s'ouvre.

Pourquoi ne peut-il pas me laisser seule ?

Ses yeux tombent immédiatement sur moi alors qu'il rentre dans la cellule.

Je ne bouge pas. Je n'ai tout simplement pas assez d'énergie. Quoi qu'il en soit, il pense que ma place est au sol, non ? Il n'a vraiment pas de quoi se plaindre.

Il fait claquer ses doigts vers moi. « Vous, debout. »

J'ignore la vague de colère dans ma poitrine. Je suis trop fatiguée pour lui désobéir.

Je me roule tremblante vers le sol, arrivant même à me mettre sur mes pieds mais à peine je me redresse, que mes genoux se dérobent sous moi et je tombe à quatre pattes.

Il me saisit le menton, levant ma tête.

« Vous avez une mine horrible » dit-il sans ménagement. « Je vous trouvais mauvaise mine la dernière fois que je vous ai vu, mais ce n'était rien comparé à votre tête aujourd'hui. Qu'est-ce qui ne va pas chez vous ? »

Il me parle. Je viens seulement de le remarquer.

Son visage vacille et oscille devant moi, se transformant en une silhouette colorée. Je ne peux me concentrer sur quoi que ce soit sans que le monde tourne autour de moi.

Il me donne une petite claque sur le visage. Pas par malice, je ne pense pas. Seulement pour aiguiser mon attention.

« Je ne vais pas bien. Je pensais que vous l'aviez remarqué depuis la dernière fois. »

Il lève les yeux au ciel et il lâche mon menton pour se saisir d'une petite bouteille à l'intérieur de ses robes. C'est la même qu'il m'avait proposé lorsque je suis arrivé ici.

« Là. » Il me la tend. « Buvez ça. »

Tremblante, je tends la main vers la bouteille, la portant à mes lèvres et versant son contenu dans ma gorge. Je me fous de savoir s'il s'agit d'eau ou non. Ca ne m'intéresse plus. Je bois tout ce qu'il y a dans la bouteille, jusqu'à la dernière goutte. L'eau coule le long de ma gorge desséchée mais elle n'arrête pas ma tête de m'élancer.

Je baisse la bouteille, léchant mes lèvres fébrilement.

Son visage est tendu par l'impatience lorsqu'il me regarde. « Est-ce que ça va mieux ? »

J'essaie de me relever, mais je retombe presque immédiatement. « Je n'ai pas l'impression » je murmure.

Il se relève, soupirant d'exaspération.

« Bordel » marmonne-t-il avec tellement de véhémence que j'ouvre les yeux. Il me regarde avec une telle maitrise qu'il me fait vraiment peur. « Pourquoi rendez-vous toujours les choses si difficiles ? »

Il exécute une sorte de rotation de sa baguette, faisant apparaître de grosses cordes. Il me lève en une position assise avant de m'agripper les poignets et de les attacher ensemble.

Je me surprends moi même de ma propre passivité et de mon manque de lutte.

« Qu'est-ce que vous faites ? »

Il ne me regarde pas. Il tire sur les cordes m'emprisonnant les poignets, me brûlant la peau.

« Nous avons un voyage à faire et je ne vous fait aucune confiance pour ne pas tenter une évasion. »

Il tire si fort sur la corde que j'ai l'impression que mon sang est coupé. Il attache ensuite mes chevilles et lorsqu'il juge enfin que je ne représente plus aucun problème, il me porte dans ses bras.

Lorsqu'il m'a enlevé, il a eu besoin de me jeter un sort pour pouvoir me porter. Aujourd'hui, je suis si fatiguée que je ne m'en soucis même plus. Je suis seulement heureuse de ne pas être obligée de marcher.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? » je demande faiblement. « Où allons-nous ? »

« Je vous l'ai dit » murmure-t-il alors qu'il me porte hors de ma cellule. « Nous avons un voyage à faire. »

« Mais ? »

« Qu'importe la destination ! » il répond hargneusement, se déplaçant rapidement dans le couloir. « Nous quittons ce lieu pour nous rendre à un nouvel endroit. Vous ne devez certainement pas être assez attachée à votre cellule pour qu'elle vous manque, si ? »

« Non, je pensais juste- »

« Vous pensiez juste me faire perdre mon temps en me posant des questions stupides. » Nous arrivons à l'escalier au bout du couloir, et commençons à le monter. « Vous découvrirez bien assez vite où nous nous rendons. »

Nous atteignons le haut des escaliers et nous déplaçons rapidement le long du couloir correspondant aux appartements des Mangemorts. Une panique apparente règne autour de nous, et beaucoup d'entre eux courent avec affolement, récupérant quelques affaires et se précipitant vers la Grande Salle.

« Que se passe-t-il ? » je demande à nouveau, mais ma gorge est si sèche que ma voix se transforme en un murmure à peine audible.

Je ne pense pas qu'il m'ait entendu. Ou bien il m'a ignoré.

Nous nous arrêtons un instant devant une porte que Lucius déverrouille de sa baguette, avant de faire venir jusqu'à nous un petit sac. Il l'attrape sans me lâcher et nous repartons vers la salle principale.

Nous nous frayons un chemin parmi les nombreuses portes et les passages menant à la vieille cabane, que nous avions pris en sens inverse il y a déjà si longtemps. Je me sens sur le point de pleurer de soulagement lorsque nous sortons enfin à l'air libre, loin de cette affreuse prison.

L'air frais me frappe comme de l'eau glacée. Les arbres sont denses au-dessus de ma tête et Lucius doit lancer un Lumos pour me distinguer. C'est la nuit. L'air est légèrement humide, l'odeur froide de la nuit. De l'air frais me pique les joues et remplit mes poumons.

Je suis encerclée par des sentiments que je ne pensais pas connaître à nouveau.

Mais je n'ai pas beaucoup de temps pour en profiter. Il me pose au sol dans une position assise et s'accroupit à côté de moi, me tendant sa main.

« Votre main, Miss Granger. »

Mon esprit retourne à cette nuit dans ma chambre, cette nuit où tout a changé. « Votre main, Miss Granger… »

J'essaye de me dégager de mes liens, remuant les membres, mais il se contente de me rire au nez et me saisit les cheveux.

« Inutile d'essayer de vous échapper » il murmure, me serrant les cheveux si fort que mon crâne est douloureux. « Où pensez-vous aller ? Regardez-vous : malade, affaiblie, ligotée. Comment pensiez-vous réussir ? »

J'essaie de me tourner loin de lui mais il m'étreints le bras tout en resserrant sa prise sur mes cheveux, m'amenant plus près de lui.

« Non. » Il n'a même pas élevé la voix. « N'y pensez même pas. Même si vous vous échappiez, je suis sur que vous le regretteriez. »

« Pourquoi ? » je demande, sans avoir assez de force pour élever la voix au-dessus d'un murmure. « Comment pourrais-je regretter de m'éloigner de vous ? »

Ses lèvres se recroquevillent dans un sourire crispé. « Vous semblez oublier que je détiens votre petit ami. » Son sourire s'élargit lorsqu'il voit mon visage se colorer de rage. « Oh oui, je sais maintenant quelle méthode utiliser pour avoir votre obéissance. Conformez-vous à mes désirs ou je veillerai à ce que Ronald Weasley connaisse des souffrances au delà de la compréhension humaine. Et je m'arrangerai pour me mêler à cette petite fête. »

Merde. Il m'a eu, prisonnière d'une prison de soumission pour mon amitié avec Ron. Et il le sait.

« Maintenant, » il me tend la main encore une fois, « prenez ma main et venez avec moi. Essayez de faire ce qu'on vous dit sans poser de problème pour une fois. »

A contrecœur, je tends les bras, ouvrant maladroitement une de mes mains. Il me sourit.

« Bien. Peut être il y a-t-il un espoir pour vous, finalement. »

Il glisse lentement et délibérément sa main dans la mienne, enveloppant ses doigts autour des miens. Je frissonne involontairement à ce contact et la seule chose que je vois avant de Transplaner, est son visage pâle ricanant vers moi.

Nous sommes aspirés dans l'habituel espace étroit et sans air que provoque le Transplanage. La sensation désagréable disparaît progressivement. Il se lève près de moi alors que j'amène mes poignets liés contre mon front pour frotter mon crâne de mes mains, essayant de faire disparaître cette perpétuelle sensation de malaise.

Je baisse les mains et cligne des paupières.

Nous sommes à côté d'un immense lac noir. De la brume enveloppe la surface de l'eau, comme une épaisse couverture, la lune lui donnant des reflets argentés.

Il s'approche du bord du lac, repoussant sa cape en arrière et sortant sa baguette de sa poche. Il taillade son poignet, créant une entaille sanglante sur sa peau. Il accueille la blessure sans le moindre gémissement. Il secoue son poignet au dessus de l'eau, permettant aux gouttes de sang de tomber à la surface. Il referme sa plaie et s'éloigne un peu du bord, et commence à parler d'une voix claire et profonde.

« Je fais partie de la noble et très ancienne maison des Black. » Sa voix revient vers nous en écho. « Je requière un passage par le lac. »

A peine a-t-il fini de parler qu'il se retourne vers moi et se penche pour me porter une fois de plus.

« Vous n'êtes pas de la famille Black » je dis faiblement.

« Ma foi, vous êtes bien astucieuse. Votre intelligence ne cessera jamais de m'étonner. »

« Bien. » Je souffle ce mot, fermant les yeux d'épuisement résigné. « Je me demandais seulement… »

Je laisse les mots en suspens, les faisant disparaître dans l'air.

« Je ne suis peut être pas un Black mais je suis marié avec une » dit-il après un court silence. « En me mariant avec Nar… avec ma femme, je suis devenu une partie de sa famille. Mon sang devient comme le sien. »

Fanatisme des Sang-Pur. Leur logique tordue n'aura jamais aucun sens pour moi.

« Ah, nous y sommes. »

Mes yeux s'ouvrent à ses mots, pour apercevoir un petit bateau sortir de la brume, flottant silencieusement sur l'eau. La torche bleue à sa proue libère une sinistre lueur vacillante à la surface de l'eau. Il s'approche silencieusement de nous et vient heurter la rive.

Il me porte dans la barque et s'installe derrière moi, poussant du pied le bateau jusqu'à la berge. Je me retourne comme je peux, fixant la rive qui s'éloigne progressivement de nous. Ma chance de s'échapper…

Son bras s'enroule autour de ma taille.

Je sursaute lorsque je sens sa poigne de fer autour de moi, tel un boa qui enroule sa proie, vous amenant lentement à la mort.

« Qu'est-ce que vous faites ? » je murmure.

Il regarde vers moi, sans expression aucune. « Ce lac est connu des Moldus locaux comme étant particulièrement dangereux » il chuchote. « Beaucoup d'entre eux sont morts en nageant dans ces eaux ou en essayant de le traverser par bateau, et les seuls qui aient survécu sont tous devenus fous. Par conséquent, je vous conseille de me laisser être près de vous. Croyez-moi, je ne souhaiterais en aucun cas être aussi prêt de vous si cela n'était pas absolument nécessaire. »

Il resserre son emprise autour de ma taille et bien que je n'apprécie pas sa proximité, je ne fais rien pour l'éloigner. Je sais qu'il n'y a pas de malentendu. Ce n'est pas comme s'il se servait de cette excuse facile pour tenter de me toucher il a déjà été assez clair sur le fait que je le répugnais.

Et pourtant… Je n'aime pas ça. Je n'aime pas la façon qu'il a de me serrer tellement fort les côtes, qu'il pourrait me broyer les os.

Je peux sentir son souffle chaud sur ma nuque.

Ca me rend mal à l'aise.

Nous flottons tranquillement sur l'eau, la barque créant des ondulations hypnotisantes à la surface du lac. Le clair de lune ajoute une lueur argentée sur le bleu profond. L'eau a l'air si tranquille, sereine. Elle ne pourrait pas paraître moins dangereuse.

« Vous n'avez pas besoin de vous accrocher à moi » je dis calmement. « Il n'y a rien ici. »

Je lève les yeux vers lui, mais son regard fixe la surface de l'eau. « Il se pourrait qu'en raison de ma présence sur le bateau, ils restent tranquillement au fond de l'eau. Si nous avons de la chance. »

« Mais pourquoi- »

« Chut. » Sa voix me coupe, arrêtant durement mes mots. « Il n'est pas prudent que vous les alertiez de votre présence. »

« Je ne comprends pas- »

« Par Merlin, pourriez-vous faire une seule fois ce qu'on vous dit ? » il siffle, luttant pour ne pas élever la voix. « Je ne dis pas cela pour moi. Si vous saviez ce que vous risquez, vous fermeriez votre bouche ! »

Je pince mes lèvres à sa remarque, ne répondant rien. Quelque chose le préoccupe, et je ne veux pas m'attirer plus d'ennuis que je n'en ai déjà.

Nous avançons tranquillement sur l'eau mais son emprise autour de moi reste tendue, bien que rien ne semble se passer. Je peux sentir sa poigne à travers mes vêtements.

Je laisse mes yeux vagabonder à la surface de l'eau, fixant les ondulations argentées. A certains moments, j'ai l'impression que quelque chose bouge sous la surface. Je peux voir les reflets étranges de la lumière, ou bien est-ce le mouvement d'une chose indiscernable sous la face sombre de l'eau…

Une pensée horrible me transperce. Lorsque Harry me racontait la grotte en pleine mer et l'eau grouillant de morts…

« Il n'y a pas d'Inféri ici, n'est-ce pas ? » je chuchote, essayant d'ignorer la panique au fond de mon estomac.

« Non » il murmure, « mais il y a des êtres qui sont tout aussi dangereux s'ils se sentent provoqués. Et ils voient votre nature comme une provocation. Pouvez-vous donc garder votre bouche fermée ? »

Ma nature ? Que veut-il dire par ma 'nature' ?

A ton avis ?

Je suppose…

Les Sang-de-Bourbe. C'est ce qu'il doit vouloir dire par ma 'nature'.

Mais ils ne s'en prennent pas qu'aux Sang-de-Bourbe, mais aux Moldus aussi… Oh mon Dieu !

Tout va bien se passer. Ils ne t'ont pas encore attaqué, et puis tu as Lucius avec toi…

Donc j'ai besoin de Lucius pour me protéger maintenant ?

Cette pensée me donne le tournis pendant quelques secondes.

Finalement le brouillard s'éclipse, révélant un long mur en pierre sur le flanc d'une haute colline. Il y a une petite ouverture dans le mur, comme une petite grotte. L'embarcation se dirige droit sur elle.

La barque commence à trembler.

Le bras se resserre autour de ma taille.

Je jette un œil à la surface de l'eau. De longs bras verts sortent de l'eau, saisissant le bord de la barque et la balançant de droite à gauche.

Des voix. Etranges, musicales, haut perchées.

« La Sang-de-Bourbe ! »

« Une Moldue tente de traverser le lac ! »

« Stoppez la Moldue. »

Les voix s'arrêtent, fusionnant entre elles pour former un horrible bruit, inhumain.

La poigne de Lucius se resserre autour de ma taille, m'amenant si près de lui que sa joue se pose sur le côté de mon crâne.

« Restez tout près de moi. Cramponnez-vous à moi aussi fort que vous pouvez. Ne lâchez surtout pas, vous comprenez ? »

Je lève les yeux vers lui. Son visage est tendu par l'inquiétude. Je hoche la tête et accroche mes mains liées autour de son bras aussi fort que possible.

Il me regarde d'un air grave pendant quelques secondes mais il est distrait par le bateau qui commence à tanguer de façon inquiétante, tiré par les mains cadavériques toujours accrochées à ses bords.

« Merde » il marmonne, sortant sa baguette de sa robe et la pointant sur l'eau.

« Immobilus ! »

La barque s'immobilise devant l'ouverture de la grotte. Elle ne se fait plus balloter, mais elle n'avance plus non plus.

Je me penche pour regarder si ces… choses sont toujours là, mais il me ramène fermement en arrière.

« Restez là » dit-il d'une voix rigide. « Ne bougez que si c'est nécessaire, vous entendez ? »

Au moment même où il dicte ces paroles, les mains cadavériques sortent de l'eau et s'agrippent à nouveau au bateau.

« Stupefix ! »

La lumière rouge jaillit de la baguette de Lucius vers les créatures, mais elle traverse leurs corps comme s'il s'agissait de fantômes.

« Stupéfix ! » il crie de nouveau. « Avada kedavra ! Stupefix ! Immobilus ! »

Mais les sortilèges traversent les mains sans même les toucher, alors qu'elles se saisissent de moi, me tirent les vêtements, les cheveux, mon corps, me tirant hors de l'embarcation. Lucius tente de me retenir et je m'agrippe à lui mais mes poignets attachés l'un à l'autre m'empêchent de garder ma prise. Les mains de ces créatures sont fortes, trop fortes alors qu'elles me tirent hors du bateau, et merde ! Elles me tirent…

« Tenez bon ! » il hurle.

Mais je ne peux pas, je ne peux pas, trop fort –

« Les Moldus ne passent pas. » La voix musicale se tord de rire. Ils m'arrachent à son emprise. Je me débats de toutes mes forces contre eux, essayant de rester accroché au bras de Lucius, à ses vêtements, au bateau, mais je ne peux pas, je passe par dessus bord, et oh mon Dieu, qu'est-ce que je vais faire ?

Je touche l'eau avec un 'plouf' cinglant.

Je flotte comme un bouchon avant de couler, l'eau se refermant sur moi.

L'eau m'entoure de tous les côtés, bloquant tout : le son, la douleur, le monde entier. Elle enveloppe mon corps en feu d'une douce fraicheur. D'une fraicheur si agréable. Et le silence.

Qu'est-ce que je fais ? Je ne veux pas les combattre. Je veux rester ici pour toujours. Continuer à flotter dans ce néant, là où je peux tout oublier… la peine, la peur, mes pensées.

Les mains glacées me tirent vers les profondeurs et je peux enfin voir leurs visages. Une couleur verdâtre avec de grands yeux blancs et vides, des dents pointues découvertes par un sourire alors qu'ils rient en me trainant vers l'obscurité toujours plus profonde…

Je veux aller avec eux. Je ne veux ni penser, ni sentir, ni savoir. Je veux seulement disparaître dans cette abysse, oh oui prenez moi avec vous.

Tout à coup, un liquide écarlate et épais se déverse et tourbillonne autour de moi, faisant fuir les créatures qui se dispersent rapidement. Leurs voix se dissipent alors qu'ils disparaissent tous, me laissant seule, flottant au milieu du lac, mes cheveux et ma robe rouge tourbillonnant autour de moi.

De l'air… J'en ai besoin. Oh mes poumons, ils me font mal ! Je ne peux pas respirer, respirer, je ne peux pas voir –

Je ne veux pas mourir.

Une poigne de fer entoure ma taille et je suis remontée.

J'atteins la surface et mes poumons se remplissent d'un air merveilleux, si vite que ma gorge et ma poitrine me font mal. Je tousse, rejetant une quantité d'eau impressionnante, alors que je continue d'être soulevée, soulevée…

Je tombe dans le bateau, crachant toujours plus d'eau et essayant de respirer comme je le peux.

Est-ce qu'il… Est-ce qu'il vient de me sauver ?

« Pourquoi n'avez-vous pas tenu bon ? »

« J'ai essayé ! » je dis d'une respiration sifflante entre deux quintes de toux.

« Pas assez apparemment ! » Ses doigts s'enfoncent dans mes épaules trempées, et il est trempé également, sa chevelure blonde ruisselant sur ses épaules. Ses yeux flamboient de colère.

« Petite fille stupide ! » Il maintient son emprise sur mes épaules, se tenant si près de mon visage que ma vision se trouble. « Pourquoi n'avez-vous pas fait ce que je vous disais ? »

Je respire fortement, regardant l'eau couler sur son visage.

Il rompt en premier le contact visuel et passe sa main sur son crâne. Lorsqu'il me regarde à nouveau, il a repris le contrôle, toute émotion disparue.

Il se tourne vers l'avant du bateau.

« Finite Incantatem » il murmure, et la barque commence à avancer vers la grotte.

« Pourquoi sont-ils partis ? » je demande tranquillement.

« J'ai versé mon sang dans l'eau. » Il tire la baguette de sa robe et la pointe sur son poignet, faisant apparaître une lueur dorée qui vient entourer la large coupure écarlate qui guérie rapidement.

« Comment ça a pu m'aider ? » je demande d'un air ébahi.

« Ces créatures s'en prennent aux Sang-de-Bourbe » répond-t-il d'un ton neutre. « J'ai pensé que le fait de verser mon sang les ferait disparaître. Mon intuition s'est avérée correcte. »

Je ne dis rien. Je reste assise, frissonnante alors que la barque s'enfonce au plus profond de la grotte.

Il se lance un sort de séchage, puis me fixe quelques instants les sourcils froncés, avant de pointer sa baguette sur moi. Je soupire de plaisir sous cette chaleur merveilleuse qui se répand sur moi.

« Vous n'avez pas pu en déverser autant » je dis. « Il y avait beaucoup trop de sang dans l'eau- »

« J'ai lancé un Amplificatum au moment où le sang coulait » il répond avant que je ne puisse finir ma phrase.

Ma mâchoire se crispe légèrement sans que je puisse m'en empêcher. Je n'avais pas pensé à ça.

Nous naviguons en silence sur de l'eau calme. Aucune de ces….choses ne nous dérange, bien que je pense les apercevoir de temps en temps sous la surface de l'eau, avant de disparaître rapidement.

J'essaie de garder mes yeux fixés sur le lac, plutôt que sur l'horizon qui ne me montre que des ténèbres en face de nous.

Finalement, le plafond de la grotte s'élargit pour nous révéler une énorme caverne souterraine. Le plafond est si haut que je ne peux l'apercevoir, et les murs sont baignés de la lumière bleue des torches enflammées, donnant à la pièce une lumière inquiétante et froide.

Et au milieu de cette grotte se trouve une énorme… maison. Si on peut appeler ça comme ça. Sa taille est impressionnante, presque aussi grande qu'un château. Elle est tellement complexe et grandiose que j'en ai le souffle coupé. Ca ressemble à une image d'un livre que j'avais petite – un château aussi magnifique que terrifiant.

La barque atteint la rive d'une pente douce. Il sort de l'embarcation, rassemble ses affaires puis s'occupe de moi. Il me mène jusqu'à la porte de la maison, qu'il ouvre pour y révéler une lourde obscurité.

« Bienvenue dans votre nouvelle demeure, Sang-de-Bourbe » il murmure avant de refermer la porte derrière nous, nous plongeant dans le noir.

« Lumos ! »

De la lumière filtre à travers la pièce mais elle ne suffit pas pour que j'aperçoive grand chose autour de nous. Lucius semble savoir où il va, cependant. Il me porte à travers ce qui semble être plusieurs couloirs.

Finalement, nous passons la porte d'une pièce que je n'arrive pas à distinguer dans l'obscurité. Il me pose sur quelque chose de doux avant de se retourner vers la porte que nous venons de franchir.

« Collaporta ! »

La porte se scelle d'elle même avec un léger 'click' familier.

Je suis une fois de plus enfermée dans une chambre avec un homme qui me hait.

Même situation, environnement différent.

« Nox. »

La salle plonge dans l'obscurité alors qu'il prononce l'incantation. Je reste tranquille, très calme, ne sachant pas vraiment quoi faire.

Que fait-il ? Est-il toujours là ?

Soudain, une sombre lumière orange filtre dans la pièce. Je m'aperçois que je suis assise sur une chaise longue dans un salon très sombre et très humide, dans un pur style Victorien très effrayant, sans fenêtre et seulement doté d'une porte. C'est horrible. C'est exactement le genre d'endroit qu'ils décrivent dans les histoires d'horreurs pour enfants. Ceux qui me terrifiaient et m'empêchaient de bien dormir pendant des semaines.

Et il y a… des choses dans la pièce. Des choses dégoutantes servant de décorations. Sur la cheminée, sur le sol, sur de petites tables… Des crânes, des animaux morts étrangement conservés, des bouteilles étranges et poussiéreuses dont j'imagine que le contenu n'est certainement pas anodin.

Lucius s'approche de moi et dirige sa baguette vers mes poignets et mes chevilles. Les cordes qui m'entravaient se rompent et tombent au sol.

Je me frotte les poignets, essayant de les revigorer.

Il me saisit le menton, scrutant mon visage, le tournant de gauche à droite.

« Et bien, c'est quoi le problème avec vous ? » il demande impatiemment.

« Pourquoi ça vous regarderait ? » Je libère mon visage de son emprise. Il m'a dit il y a peu de temps qu'il ne voulait pas me toucher plus que nécessaire, et le sentiment est tout à fait réciproque.

« A quoi sert un prisonnier qui arrive à peine à marcher devant moi ? dit-il exaspéré. « J'ai des plans vous concernant, et ils requièrent votre pleine santé. »

J'aurai du deviner qu'il ne s'agissait pas d'inquiétude de sa part.

Mais dans ce cas, à quoi ça me sert de résister ? S'il veut véritablement me guérir, alors je n'ai pas à me plaindre.

Je baisse le regard en signe d'accord, et il hoche la tête avant de se détourner vers la cheminée pour allumer un feu.

Je ne le regarde pas. Je ne peux pas voir ce qu'il fait de toute façon. Il me tourne le dos.

Je jette un œil à la salle. Il y a tellement de choses dégoutantes qui trainent. Ca ressemble à Square Grimmauld mais en pire car au moins là bas, mes amis égayaient la pièce et la rendait plus habitable. A quand remonte la dernière fois où quelqu'un a nettoyé cette pièce ?

Attendez une minute… Qu'est-ce que c'est que ça ?

Je m'étouffe presque alors que je me pousse vers l'arrière, loin de l'énorme serpent mort planté d'un couteau, au pied du sofa.

Attendez une seconde… Un couteau ?

Je regarde Lucius. Il est toujours dos à moi.

Je rejette un œil au serpent et j'essaie de ne pas frissonner alors que je saisis cette horrible peau écailleuse, et oh nooon, je tire lentement le couteau de la chair. Du sang noir s'écoule lentement hors de la plaie mais loin de mes mains, heureusement.

Je m'écarte à nouveau, le plus loin possible, à l'autre bout du sofa. Ce n'est pas un couteau énorme, mais sa taille est quand même correcte, et sa lame semble assez nette.

Sans vraiment penser à ce que je fais, je glisse le couteau à l'intérieur de ma robe. Je rejette un œil à Lucius, retenant mon souffle de peur qu'il se retourne.

Je ne sais pas ce que je vais faire mais je vais devoir y penser sérieusement.

Es-tu une meurtrière, Hermione ? Serais-tu prête à aller aussi loin ?

Je ne sais même pas de quoi je suis capable, pour être honnête.

Finalement, il se retourne et vient vers moi, me tendant un gobelet argenté.

« Buvez ça. » Sa voix est froide et coupée.

Je regarde dans le gobelet et reconnais la potion. J'en ai pris assez de fois lorsque j'étais à l'infirmerie pour une fièvre ou une grippe, et je l'ai concocté moi même pendant les cours de potions.

Mais je ne peux pas boire quelque chose qui vient de Malefoy, si ?

Il me regarde hésiter devant la boisson.

« Qu'est-ce que vous attendez ? » il demande impatiemment. « Je n'ai pas besoin de vous tuer, pas encore en tout cas. »

« Pouvez-vous vraiment m'en vouloir ? » je dis calmement. « Vous m'avez traité si durement jusqu'ici, pourquoi vous ferais-je confiance ? »

Je sens une petite claque me cingler la joue mais je ne montre aucun signe de douleur.

« Ne soyez pas insolente » dit-il sèchement. « Buvez. »

Je glisse ma main dans ma poche, sentant la lame du couteau sous mes doigts.

Pas encore. Attends.

Je lève la coupe à mes lèvres et boit la potion rapidement. Elle est vraiment très douce, presque écœurante alors qu'elle s'infiltre dans mes entrailles, et je sens ma tête devenir moins lourde et la douleur disparaître alors que mon corps devient plus frais.

Il hoche la tête alors qu'il me regarde boire la potion. « Bien. Levez-vous. »

Je pose la tasse sur le sol et me met sur mes jambes sans aucune difficulté.

Je me sens prête à tout affronter.

Pas encore. Echafaude un plan d'abord. Attends.

Il me regarde en continuant d'hocher la tête face à mes progrès, le visage fermé.

Qu'est-ce que je fais ? C'est peut être le seul moment où je suis seule avec lui. Je dois saisir cette occasion maintenant ou qui sait quand une autre opportunité se représentera ?

Mais qu'est-ce que je peux faire pour Ron ? Je ne peux pas m'échapper d'ici sans savoir comment l'aider ?

Mais si j'attends qu'il arrive ici, je vais devoir affronter Bellatrix et Dolohov en plus. Ca risque déjà d'être assez difficile avec Lucius, alors avec les deux autres, c'est impossible.

Réfléchis. Garde les idées claires. Fais ça progressivement, un pied devant l'autre.

« Où est Ron ? »

Sa bouche se tord dans un rictus de mépris. « Toujours autant attachée à ce garçon ? »

« Où est-il ? » je lui dit d'une voix sèche, ne supportant pas qu'il me nargue sur quelque chose qui ne le regarde absolument pas.

Il hausse les sourcils, arborant un sourire triomphal. « Je me demandais, votre ami sait-il les réactions qu'il provoque chez vous ? Est-il au courant de votre… passion brûlante ? »

Mon visage me brûle mais je ne lui réponds pas. Je ne lui donnerai pas cette satisfaction.

Ne l'écoute pas. Ce ne sont que des mots vides de sens…

« Ou… » Poursuit-il sans remords. « Vous garde-t-il sous sa main ? Vous garde-t-il comme un plan de sauvegarde dans le cas où il ne trouverait personne d'autre ? »

« Non ! » je réponds énergiquement.

« Non ? » Il me regarde dans le blanc des yeux. Je peux le sentir dans mon esprit, fouillant dedans. Je cligne des yeux une fois, deux fois, trois fois, pour essayer de l'empêcher de lire mes pensées, surtout maintenant. Il pourrait y voir le couteau…

Il arbore un sourire déformé, presque pervers alors qu'il enfonce son regard dans le mien, fouillant dans mes souvenirs, tirant mes pensées.

Je ne pense pas qu'il ait vu le couteau. Pas encore.

« Je vois quelqu'un » dit-il malicieusement. « Un visage dans vos pensées. Une autre fille, une rivale face à vos sentiments. Quel est son nom ? »

Je ne réponds pas mais il n'a pas besoin de ma réponse. Ses mots réveillent toute ma jalousie et toute ma colère.

« Lavande, vous dites ? C'est un joli nom pour une jolie fille. » Il se retire de mon esprit et s'approche de moi. Sa voix est si faible que je peux à peine l'entendre. « Ca vous blesse n'est-ce pas, qu'il l'ai choisi plutôt que vous ? Quelqu'un si simple, avec seulement le dixième de votre intelligence. »

« Ce n'est pas vrai » je réponds vivement.

Mensonges, Hermione.

« Je pense que si. Je pense que vous avez réalisé qu'il a dû choisir entre la fille intelligente et la fille jolie, et il a choisi la beauté. La fille jolie et bête qui lui offre plus que ce que vous ne pourrez jamais lui offrir. »

Je sens mon pouls battre dans mes oreilles alors que je sers le couteau dans ma poche. J'essaye de laisser couler ses paroles. Je ne veux pas les entendre, je me fous de Ron et de Lavande, je m'en fous !

Il enlève doucement une mèche de cheveux de mon visage. « C'est un défaut commun à bon nombre d'adolescents, Sang-de-Bourbe. » Sa voix est faible, trop faible. « Ils ne peuvent pas voir au delà de l'aspect physique. Ils aiment ce qu'on leur dit d'aimer. Ils ne connaissent pas encore assez bien leur esprit pour savoir ce qu'ils veulent vraiment. »

Je reste clouée sur place, retenant presque mon souffle. Je ne sais pas de quoi il parle.

Je ne veux pas savoir de quoi il parle.

« Maintenant, dites-moi » poursuit-il. « Comment avez-vous réagit lorsque vous avez su qu'il avait choisi quelqu'un d'autre que vous ? Avez-vous été résignée ou vous êtes-vous vengé ? Une femme éconduite est plus à craindre que tous les feux de l'Enfer à ce qu'on dit, et vous avez un sacré tempérament à ce que j'ai pu voir. Je sais que c'est l'option que vous avez choisi. »

Ses doigts tracent une lente et délibérée ligne sur ma joue, de mes yeux à mon menton, son regard toujours plongé dans le mien. Je cligne plusieurs fois, sans grand espoir.

« Ah. » Il sourit alors qu'il capture mes pensées et mon cœur s'arrête un instant. Mais son sourire ne s'estompe pas. Il n'a pas dû fouiller assez profondément, il a dû voir que ce qu'il cherchait. « Vous avez utilisé la tactique la plus vieille du monde, n'est-ce pas ? La jalousie. J'aurai pensé que fréquenter intentionnellement son grand rival de Quidditch serait un peu trop Serpentard pour vous, Miss Granger. »

« Qu'en savez-vous? » je demande, rompant finalement mon silence et éloignant mon visage loin de sa main. « Vous ne savez rien de moi. »

Il braque sa baguette sur mon visage et je sens le picotement d'une nouvelle gifle.

« Oh ma chère » Il continue de sourire alors qu'il range sa baguette dans sa cape. « Et j'étais là, à penser que nous avions une conversation tout à fait agréable. »

Je prends une profonde inspiration, utilisant toute ma force d'esprit pour l'ignorer.

Un pied devant l'autre.

« Pourquoi sommes-nous ici ? » je demande.

Ses sourcils se redressent. « Bon Dieu, votre curiosité est diablement féline. » Il penche légèrement la tête en arrière dans un geste hautain. « Notre quartier général a dû être évacué. Carrow a avoué notre position après sa capture, et avant que nous ne puissions l'en empêcher. »

Une peur glacée traverse mon dos. Ils vont me punir pour cela, je le sais. Cette information me donne un sentiment résigné.

Comment oses-tu te sentir résignée ?

Son sourire pervers ne disparaît pas de son visage. « Vous semblez un peu effrayée, Sang-de-Bourbe » il rit. « Je ne peux pas vous blâmer. J'ai reçu l'ordre de vous punir pour cet événement malheureux, et comme vous le savez, je suis toujours heureux d'exécuter les ordres. »

« Pourquoi ? » je demande, mes poumons se vidant de leur air. « Je pensais vous avoir dit la vérité ! Harry aurait dû être là-bas, vous avez bien vu que la plume disait que je ne mentais pas ! »

« Ca n'a aucune importance » répond-t-il en douceur. « Ce sont vos informations qui nous ont mené jusqu'ici, que vous disiez la vérité ou non. » Il dirige vers moi un regard désagréable. « Et maintenant, je suis coincé ici au beau milieu de nul part dans un vieux manoir, avec votre seule compagnie. »

« Personne d'autre ne va venir ici ? » Ma voix est soudain plus aigue que d'habitude, à mon grand désarroi.

Il sourit à mon malaise, satisfait. Il connaît le sentiment de peur qu'il engendre en moi. « Oh si. Bella et Antonin arriveront bientôt avec votre petit ami. Nous ne serons pas seuls très longtemps. » Il hausse les sourcils avec suffisance. « Désolé de vous décevoir. »

Je prends une grande inspiration. « Quand vont-ils arriver ? » je demande.

Son visage se fronce légèrement. « Bientôt » dit-il avec soin, d'une voix très calme. « C'est suffisant pour vous. Votre curiosité morbide finira par vous créer des problèmes si vous n'arrivez pas à la contrôler. »

Respire Hermione. Il ne sait pas, pas encore…

Je sens la lame dans ma poche. Elle est chaude vu le temps que j'ai passé à la tenir. Je la fais glisser entre mes doigts.

« Je ne comprends pas pourquoi vous êtes aussi pressée que le garçon arrive. » Son sourire vacille sur son visage, comme si quelque chose l'amusait. « Remarquez, son incroyable stupidité vous fait presque passer comme une personne intelligente en comparaison. C'est peut être pour cette raison que vous le voulez près de vous… »

« Ron n'est pas stupide ! » je réponds hargneusement. « Et moi non plus. »

« Il est stupide. Vous… et bien, vous avez une intelligence de base, je vous l'accorde, mais rien de phénoménal comparé à un Moldu. »

Ses paroles titillent mon amour propre. « On m'a dit que j'étais la meilleure élève de ma promotion- »

« Oh, vous êtes tellement fière de ça, n'est-ce pas ? Drago m'a parlé maintes et maintes fois de votre main toujours levée en classe. Aimez-vous tant montrer votre intelligence et dans le même temps, rabaisser vos camarades ? »

« Non ! » Mes joues s'empourprent à cette phrase. « Je lève la main en classe car je connais la réponse aux questions posées- »

« Mentez-vous à vous même si vous le souhaitez, mais pas à moi » il me coupe de nouveau. « Au moins, je suis honnête au sujet de ma propre supériorité. Vous, vous ne pouvez même pas être honnête envers vous-même. »

Je ne lui réponds pas. Je glisse mes doigts sur la lame du couteau.

« Si intelligente » dit-il calmement en me regardant de haut en bas. « Sans pitié aussi, d'après ce que j'ai pu entendre. »

« De quoi parlez-vous ? »

Il me sourit de plus belle, mais quelque chose de nouveau apparaît sur son visage. Quelque chose qui ressemble, si je ne me trompe pas, à du respect. « J'ai entendu des histoires sur vous au fil des années, Miss Granger. Des histoires désagréables. »

Qu'a-t-il en tête ?

« Par exemple » il continue. « J'ai eu vent de cette pauvre Miss Edgecombe sur la façon dont vous l'avez défiguré après qu'elle ait trahi votre petit groupe de Défense contre les Force du Mal et qu'elle vous ait livré à Dolores Ombrage. »

Je retiens mon souffle.

« C'était un sort cruel. » Sa voix est douce, presque séduisante. « Si astucieux, mais si cruel. Digne d'un vrai Serpentard. N'avez-vous jamais considéré que le Choixpeau vont ait envoyé dans la mauvaise maison ? »

« Non ! » je souffle.

Il ricane légèrement. « Non, vous avez probablement raison. La meilleure chose concernant les Serpentards, c'est qu'ils ne laissent pas entrer les Sang-de-Bourbe. C'est une honte, vraiment. Qui sait ce que vous auriez pu devenir si vous n'aviez pas ce satané défaut- »

« Pourquoi serait-ce un défaut ? » C'est à mon tour de lui couper la parole.

Je vous ai déjà dit pourquoi. » Il lève les yeux au ciel. « Vous n'avez aucun droit d'étudier la magie. J'ai hérité ce talent de mes ancêtres, certains font partie des plus grands sorciers et sorcières qui ont foulé cette terre. Vous, vous n'êtes rien de plus qu'un caprice de la nature. »

« C'est totalement ridicule. »

« Oh vraiment ? » Il se penche vers moi et met sa main sur ma joue, emmêlant les mèches de cheveux autour de ses doigts. « Comment vous appelleriez-vous dans ce cas ? »

J'ignore le sentiment désagréable dans ma poitrine et lui répond. « Une sorcière ? »

Pourquoi ma réponse est-elle interrogative ?

« Une sorcière. » Il enfonce plus profondément ses doigts dans mes cheveux. « Je vois. Je me demande combien de temps il va vous falloir pour penser autrement. »

Pendant quelques instants, une lueur dans ses yeux me terrifie, sans que je ne sache ce qu'elle représente.

Il secoue légèrement la tête, chassant cette lueur de ses yeux et enlevant sa main de mes cheveux. « Où pensez-vous avoir obtenu ces 'pouvoirs' ? » il me demande tranquillement. « Le sang est tellement important. Le sang se transmet de sorcier à sorcier. Le sang est la chose la plus importante dans le monde sorcier. J'aurai supposé que votre supposée intelligence aurait été au courant de cela. »

Le sang. Je peux sentir à nouveau le sang de Ron, je le vois luire devant mes yeux. Je peux revoir son pouce sur le sol, un objet inanimé et mort. Mon estomac se retourne de nouveau, encore et encore, et je me sens malade. Le pouce de Ron. Je l'ai coupé.

Lucius me regarde, un sourire horrible sur le visage. « Vous vous souvenez de ce que vous avez fait, n'est-ce pas ? » Sa voix est lourde de joie sans pitié. Des larmes commencent à perler. « Vous vous souvenez comment vous avez coupé le pouce de sa main. »

Tout mon instinct me dit de hurler contre lui, de crier ma rage, de lui faire mal, de le faire saigner, hurler, oh oui, ça doit être si bon de lui planter le couteau, maintenant.

Mais je ne le fais pas. Je dois garder mon sang-froid si je veux utiliser ce couteau à bon escient. Je ne dois pas perdre le contrôle.

« Comment avez-vous pu me faire ça ? » Ma voix est calme et tranquille, comme la sienne. « Comment pouvez-vous traiter les gens de cette façon ? »

« Parce que je le peux. » Il lève les yeux en me répondant, fatigué de mes vaines tentatives de décrypter une once d'humanité en lui. « Maintenant, je pense qu'il est temps pour vous d'aller au lit, petite fille. »

« J'ai dix-sept ans » je lui réponds aigrement.

Il ricane. « On ne dirait pas vu la façon dont vous vous comportez. »

Il se saisit de mon bras.

Maintenant Hermione.

Je sors le couteau de ma poche et le met au niveau de son visage.

Sa réaction n'est pas ce que j'attendais.

Je pensais, j'espérais voir une réelle peur, et bien que la peur filtre légèrement sur son visage et lui fait reprendre son souffle, elle disparaît dans la seconde pour laisser place au plus petit des sourires.

« Ma chère, quelle idiote vous faites. » Sa voix est faible mais parfaitement stable.

« N'avez-vous pas peur ? » je lui souffle, ma main tremblant devant son visage, le couteau vacillant dangereusement. Je prends une profonde respiration pour essayer de me calmer.

« Ma chère amie, pourquoi Diable devrais-je avoir peur ? » Son sourire se dessine plus nettement, creusant son visage.

« Je pourrais vous tuer. »

« Et c'est sensé me faire peur ? » Sa voix est basse et pleine de défis. « Faites-le. »

J'halète soudainement.

Est-ce que je peux le faire ?

Je devrais le faire. Je devrais le découper en morceaux après tout ce qu'il m'a fait.

Mais… je ne peux pas être comme lui. Je ne peux pas être une meurtrière.

Fais le Hermione ! Il le mérite !

Il me regarde en silence. Son sourire ne le quitte pas alors que je réfléchis.

Il sait que je ne peux pas le faire. Il le sait !

« Et bien alors ? » il me provoque. « Vous le voulez, non ? Après tout ce que je vous ai fait, vous devez certainement le vouloir. Mais je suis curieux : après m'avoir tué, comment comptez-vous vous y prendre pour retraverser le lac, sans aucune aide ? »

« Taisez-vous ! » Je souffle. Ma main tremble plus encore alors que mon plan commence à prendre l'eau.

Il se moque de moi, d'un petit rire faible. J'avance ma main, glissant la lame contre sa joue. Des reflets argentés apparaissent sur sa peau pâle et il cesse de rire, ses yeux s'abaissant vers le couteau avant de revenir vers moi. Son sourire est toujours là, mais une faible lueur de peur filtre dans ses yeux, et oui c'est mon tour maintenant, espèce de salaud !

« Nous allons conclure un marché, Lucius. » Le pouvoir est entre mes mains maintenant. Si j'arrive à garder mon sang-froid, je pourrais me sortir de là.

« Ah, une négociation » répond-t-il. J'ai l'impression qu'il est presqu'en train de s'amuser. Presque. « Et bien je vous écoute, Sang-de-Bourbe. Quelle est votre proposition ? »

Il parle avec une réelle confiance. Pourquoi n'est-il pas plus effrayé ?

« Je veux que vous me donniez votre baguette. » Ma voix est calme et ferme. Je ne tremble pas, je n'ai pas peur.

« Pour quoi faire ? Vous pensez transplaner d'ici ? Dites moi, si le transplanage était possible dans cette grotte, croyez-vous vraiment que je me serais donné tout ce mal pour vous faire traverser le lac ? »

Je prends une grande inspiration. Je n'avais pas pensé à ça.

« Effectivement. Dans ce cas, je veux que vous me fassiez traverser la rivière. »

« Ou sinon ? »

« Sinon je vous tue ! » Je resserre ma poigne sur le couteau, l'enfonçant plus profondément mais pas jusqu'à percer la peau. Pas encore.

« Je vois. » Sa voix reste calme, il n'a pas l'air de comprendre que c'est moi qui ais le pouvoir maintenant ! « Un service contre ma propre vie. Quelle originalité. Mais je dois vous avertir, votre évasion ne me mettra pas dans la meilleure des humeurs. Et qui sait sur qui je pourrais passer ma mauvaise humeur… »

Merde ! Il peut utiliser Ron pour me faire chanter, et il sait pertinemment que ça marchera.

« Je ne vous laisserai pas repartir une fois de l'autre côté ! » Ma voix tremble. « Vous allez me faire traverser le fleuve puis vous viendrez avec moi. Je vous livrerai à l'Ordre et vous leur direz exactement où se trouve cet endroit pour qu'ils viennent sauver Ron. »

« Vous vous attendez donc à ce que je me rende en échange de ma propre vie ? » Il rit et la lame étincelle sur sa joue. « Pourquoi par Merlin, ferais-je cela ? La mort est préférable à l'emprisonnement. Je préférerais mourir plutôt que de laisser les gardiens d'Azkaban mettre la main sur moi. Alors allez-y, tuez-moi ! Qu'est-ce que vous attendez ? »

Je me raidit, prête à lui faire mal, le poignarder, le mettre en pièce. Le détruire comme il m'a détruit.

Mais… je ne peux pas ! Je ne peux pas le faire. Je ne suis pas une meurtrière.

Il se moque de moi alors que je lutte intérieurement contre moi même, la lame tremblant sur sa joue.

« Vous ne pouvez pas, n'est-ce pas ? Vous n'avez tout simplement pas le courage. Vous n'êtes rien d'autre qu'une stupide petite fille qui joue avec des jeux d'adultes. Mais je ne peux que m'en vouloir. C'est moi qui vous ai appris à jouer avec un couteau, après tout. »

Tous les souvenirs horribles reviennent à la surface. La façon dont j'ai planté le couteau dans ma propre cuisse, comment j'ai coupé le pouce de mon meilleur ami, et toutes les autres choses : ma main brulée, mes doigts cassés, les hurlements de Ron, mes hurlements, son sang, mon sang, et la douleur, douleurdouleur… Tous ces souvenirs hurlent en moi, me brûlent, et son visage se déforme en face de moi, et je le hais, je le hais, je le hais ! Je veux le voir mourir. Qui s'en soucie ? Il le mérite !

Je redresse ma main mais il attrape mon poignet avant que la lame ne puisse l'atteindre.

Je n'ai pas le temps de réfléchir.

Je lui assène un coup de pied au tibia. Il aspire son souffle et desserre sa prise sur mon poignet. Je m'arrache de son emprise mais il s'empare de moi, essayant de saisir mes bras, ma taille, mes cheveux.

Je m'agite et me débat, c'est ma seule chance. J'essaie de me débarrasser de lui mais il me saisit à la taille et non ! Je ne le laisserais pas reprendre le pouvoir sur moi, je dois… je dois…

Je plante le couteau dans son épaule.

Oh mon Dieu !

Un cri sort de sa bouche, un hurlement de douleur et d'horreur alors qu'il se plie en deux.

Oh… Oh Dieu.

Le sang se déverse de sa plaie et coule entre ses doigts alors qu'il se saisit de son épaule.

Je m'éloigne de lui, horrifiée et engourdie, et rien n'a de sens, et mon Dieu, merde ! Je ne peux pas croire à ce que je viens de faire. Je… Je… Oh mon Dieu !

Il sert les lèvres, respirant fortement par le nez alors qu'il arrache le couteau de sa plaie, le visage crispé par l'agonie.

Puis il lève les yeux vers moi, d'un regard rempli de haine. Je n'ai jamais été autant effrayée qu'à cet instant, car maintenant c'est personnel, c'est vraiment et complètement personnel. Ce n'est plus seulement une lutte entre un prisonnier et son bourreau, non. Maintenant c'est lui et moi, moi et lui, il n'y a que cela. Juste lui et moi.

« Espèce de petite SALOPE ! »

Je me détourne de ce rugissement de haine et je cours. N'importe où, peu importe, mais je ne peux pas le laisser mettre la main sur moi, pas maintenant. Tout a changé.

Je m'effondre sur la porte, secouant la poignée encore et encore, criant « Laissez moi sortir ! » mais il n'y a personne, il n'y a que lui. Mais rien ne va changer et je suis toujours coincée et, oh noooon !

Ses mains m'agrippent les épaules et il me fait pivoter. Son visage est devant moi, tordu et blanc de rage et de haine et je vois son poing devant mes yeux avant qu'il ne me touche, m'écrasant le visage.

Je tombe au sol, des étoiles dansant devant mes yeux, et mon visage est cassé, brisé, et je ne peux pas supporter la douleur, cette douleur sans fin, elle ne finira jamais.

Il s'accroupit près de moi, me saisit le col de ma robe d'une main, et me frappant de l'autre main, encore et encore, encore et encore, cassant les os, déchirant la peau, et la douleur me consume. Il enfonce son pied botté dans mon estomac, dans ma poitrine et il me frappe encore et encore, ponctuant ses coups par des mots de haine.

« Stupide, » claque, « dégoutante, » gifle, « petite garce ! » Son poing me frappe le visage, mon nez est en sang et je crie, je sanglote, et mon visage est déchiré, je peux sentir le sang sur ma langue. « Vous allez regretter de ne pas être morte, croyez-moi ! »

Il s'arrête finalement, me laissant tomber sur le sol. Je sens le monde tourner autour de moi, et oh mon Dieu, mon visage !

Je ne connais plus rien d'autre que le sang et la douleur.

Il se lève, me saisissant par les cheveux et poussant ma tête en arrière pour que je le voie, brûlant mon cuir chevelu, et tout est douleur, tout.

« Je vais vous le faire payer. Je vais vous regarder souffrir avec grand plaisir. » Il baisse les yeux vers mon visage, et j'essaie de stopper les larmes qui coulent sur mes joues. Son visage est si déformé et blanc de haine qu'il ne ressemble même plus à un visage humain. « Vous devriez faire attention » il dit calmement, la respiration rapide. « Ou un jour vous me pousserez trop loin et je finirai par vous tuer. »

Je ne doute pas une seule seconde de ses paroles.

Il me traine par les cheveux vers la sortie de la salle et le long du couloir, jusqu'à ce que finalement il ouvre une porte et me pousse dans une pièce sans lumière, verrouillant la porte derrière lui, et me laissant seule dans le noir le plus complet.