'« Ce doit être le bois, » se dit-elle pensivement, « où les choses et les êtres vivants n'ont pas de nom. Je me demande ce qui va arriver à mon nom, à moi, lorsque j'y serai entrée… Je n'aimerais pas du tout le perdre, parce qu'on serait obligé de m'en donner un autre et qu'il serait presque sûrement très vilain.»' – Lewis Carroll, De l'autre côté du miroir.
Chapitre 8 Questions et réponses
'Je veux que vous puissiez profiter pleinement des nouvelles commodités qui s'offrent à vous avant de vous présenter devant moi ce soir. Je vous ai laissé une robe que je souhaite vous voir porter, mais veillez à ne la mettre qu'au moment où vous êtes prête à me rejoindre. Soyez bien consciente que les choses deviendront particulièrement critiques pour Weasley si vous refusez de vous conformer à mes désirs. J'attends patiemment votre arrivée. Malefoy.'
Mes yeux parcourent furieusement le morceau de parchemin avant de le déchirer en deux, en quatre, en huit, en seize, et de laisser les morceaux tomber au sol.
Mon arrivée ? Mon arrivée où ? Où veut-il que j'aille ?
Et même si je savais où aller, comment Diable suis-je sensée m'y rendre ? Cette saloperie de porte est fermée ! S'attend-t-il à ce que je la brise de la tête ? Il n'y a même pas de fenêtre, pour l'amour de Dieu !
Et pourquoi veut-il me voir ?
Je ne veux plus jamais le voir après ce qu'il s'est passé la dernière fois.
Je soupire, assise sur mon nouveau lit, jetant un œil à ma nouvelle chambre.
Enfin, je suppose qu'elle doit être ma nouvelle chambre. C'est là que je me suis réveillée en tout cas, après m'être endormi d'épuisement dans l'espèce de placard dans lequel il m'avait enfermé après m'avoir battue.
Quelqu'un a dû me transporter ici pendant que je dormais. Dieu seul sait pourquoi je ne me suis pas réveillée pendant qu'il me portait.
Je suppose que ça pourrait être pire. La pièce est peut être sombre, terne et vieille et les murs en pierre ne sont pas spécialement rassurants mais c'est un palace par rapport à ma cellule précédente. J'ai un vrai lit maintenant ! Non seulement ça, mais j'ai aussi une salle de bain.
Une salle de bain bien réelle !
S'en est presque risible, vraiment.
Je n'ai aucune idée du pourquoi j'ai eu le droit à une vraie chambre, mais je ne m'en inquiète pas pour l'instant. Peut être que je lui poserais la question un jour.
Bon, il veut que je me rende 'présentable' et que je m'habille avec une robe qu'il m'a laissé. Je suppose qu'il veut parler du vêtement vert soyeux posé délicatement sur une chaise devant la coiffeuse.
Mais où Diable veut-il que j'aille une fois que je me serais habillée ?
Une étape à la fois. Lave-toi en premier, et change-toi. Ensuite et seulement ensuite, tu chercheras ce qu'il a voulu dire.
Je m'avance sur le sol à pas feutrés et atteins la salle de bain. Je tourne les robinets de la baignoire, encastrée dans le sol. Je laisse le bain se remplir d'eau pure avant de refermer les robinets et de faire tomber cette immonde robe rouge et épaisse de mon corps.
Je m'assois sur le bord de la baignoire et glisse mon corps dans l'eau. Le liquide atteint ma taille lorsque mes pieds touchent le sol. Chaques coupures et ecchymoses me brûlent au contact de l'eau chaude mais je continue de m'enfoncer, de plus en plus, jusqu'à ce que le liquide brulant atteigne mon cou. Peut être que si je reste ici assez longtemps, je pourrais faire bouillir ma culpabilité et faire disparaître l'ensemble de ma douleur et de ma colère.
Je voudrais les voir souffrir tellement qu'ils préféreraient mourir.
Je me saisis d'une brosse rugueuse et d'un morceau de savon, et les utilisent pour épurer le sang séché, la crasse et la sueur.
J'aimerais voir Bellatrix hurler et se tordre de douleur sous le sortilège Doloris, m'implorant d'arrêter.
Ma peau vire au rouge crabe sous la chaleur de l'eau et sous la rugosité de la brosse, mais je ne m'arrête pas, alors même que les poils s'accrochent aux coupures et aux éraflures.
J'aimerais voir Dolohov être obligé de se promener nu dans les rues, accablé par l'humiliation, avant de voir ses propres organes génitaux bruler devant lui.
Je lave mes cheveux, me grattant furieusement le cuir chevelu, avant d'immerger mon corps entier sous l'eau, bloquant tout autour de moi.
Je voudrais voir Lucius souffrir. J'aimerais le voir tout perdre. Je veux le voir perdu dans son propre désespoir, pleurant, hurlant et gémissant jusqu'à ce qu'il s'effondre d'épuisement. J'aurais souhaité avoir planté ce couteau droit dans son cœur car il mérite tout ça.
Je me rue vers la surface, remplissant d'air mes poumons, essuyant les gouttes d'eau sur mon visage.
Mon Seigneur, laissez-moi voir Lucius souffrir avant que je ne meure. Permettez-moi de rire de lui alors qu'il souffre à mes pieds. Oh mon Dieu, permettez-moi de le voir souffrir, je vous en serai très reconnaissante.
Je sors de la baignoire, éclaboussant le sol carrelé d'eau savonneuse. Mon corps fume littéralement de la vapeur.
Amen.
Je me saisis d'une serviette accrochée au mur, l'enroulant autour de moi comme une couverture. Je rentre dans la chambre, me sèche et m'assois devant la coiffeuse.
Le visage qui me regarde depuis le miroir est à peine reconnaissable. Une énorme entaille me barre la joue, une autre sur mon nez, et des ecchymoses me couvrent la pommette, le front…
Je retourne dans la salle de bain pour trouver une brosse à dents et du dentifrice. Ils me permettent de me débarrasser du gout dans ma bouche que j'ai depuis quelques jours. Je brosse durement mes dents, me rince la bouche et recrache tout dans l'évier : les larmes, le sang, le vomi, tout ce que j'ai enduré ces derniers jours.
Je retourne dans ma chambre (Ce n'est pas ta chambre !) et me rassois devant la coiffeuse.
Salaud. Comment veut-il que je me rende présentable en ressemblant à quelqu'un sortant d'un ring de boxe ?
Comme répondant à ma question, une petite bouteille posée sur la coiffeuse me saute aux yeux. Je la saisis et lis l'étiquette.
'Pour une cicatrisation instantanée de la peau – Supprime chaque jour les coupures et les ecchymoses.'
Je suis prise durant une seconde d'un rire hystérique, avant que je ne dévisse la bouteille et la tamponne sur mes blessures. Ca me pique mais les coupures et ecchymoses disparaissent en un clin d'œil, comme si elles n'avaient jamais existé.
Je me redresse vers l'arrière, m'observant plus attentivement dans le miroir. Ce n'est pas la même fille à laquelle je suis habituée que je vois dans le miroir. J'ai subi trop de choses maintenant. Mes yeux sont devenus sauvages, le regard de quelqu'un qui a trop vécu dans la crainte continuelle.
Je me lève et secoue la robe qu'il m'a laissée pour que je la voie plus correctement.
Elle est vraiment… magnifique. Je n'ai pas l'habitude de rester béate devant des vêtements mais cette robe… Elle est vraiment sublime. Elle semble avoir la taille parfaite pour moi.
Je ne veux pas la porter. N'y a-t-il pas autre chose que je pourrais mettre ?
Je la repose et marche vers la garde-robe, ouvrant la lourde porte en bois massif avec un peu de difficulté.
J'ai le souffle coupé par un petit rire incrédule alors que je jette un œil à toutes les robes qui la remplissent. Des robes en laine, de plusieurs couleurs, brunes, noires, grises ou vertes. Des couleurs immondes.
Je referme les portes et reprends la robe vert émeraude, la portant avec difficulté au dessus de ma tête. Elle tombe en plis soyeux sur le sol, recouvrant intégralement mes pieds. Je lace les lacets avec difficulté dans mon dos, le haïssant silencieusement de ne pas m'avoir donné de sous-vêtements ni de chaussures, je le hais, le hais, salopard…
Mon regard est attiré par mon reflet dans le miroir alors que je m'apprête à lacer le dernier lacet dans le haut de mon dos.
Oui, elle me va parfaitement. Elle effleure mes hanches et embrasse ma taille et mes seins. Elle s'adapte trop bien, beaucoup trop bien…
Je chasse cette pensée, car je ne peux pas me permettre de m'inquiéter sur ce sujet, et fini de nouer le dernier lacet de ma robe.
Je suis tout à coup aspirée par une sorte de vide, tout disparaît, se dissout, fusionne dans l'air…
Un espace noir. Les ténèbres. Aucune lumière, aucun bruit.
Une sorte de vide intersidéral, peut être ?
Non, pas un vide. Le carrelage froid ne serait pas présent sous mes pieds sinon.
Et puis, les vides intersidéraux n'existent pas vraiment, n'est-ce pas ?
Mais il n'y a rien ici ! Juste l'obscurité. Un silence noir et froid. Rien.
Garde ton calme. C'est encore un jeu dont il a le secret, pour te tester, rien de plus.
Je prends une profonde inspiration. Inspiration, expiration.
Je marche vers l'avant, m'enfonçant dans les ténèbres. Lentement, calmement, m'empêchant presque de respirer… Qui sait ce qui pourrait y avoir dans cette pièce ? Où suis-je ?
Je continue à marcher, un pas devant l'autre. Je me force à compter mes pas jusqu'à ce que finalement, mes doigts entrent en contact avec…
De la pierre. De la pierre froide. J'expire, bougeant ma main et oui, c'est un mur.
C'est une pièce vide c'est tout. Juste une pièce vide, sombre et silencieuse.
Je me retourne et appuie mon dos contre le mur, glissant lentement vers le sol. Je tire mes genoux jusqu'à ma poitrine.
Merde !
Quelque chose vient de bouger. Je l'ai entendu dans un coin, quelque chose a bougé !
Je me redresse sur mes pieds.
« Qui est là ? » Ma voix est fragile, vacillante dans l'obscurité.
Pas de réponse.
Il n'y a pas d'air dans cette pièce. Je ne peux pas respirer, je ne peux pas penser correctement.
« Ne jouez pas avec moi ! » je souffle.
Silence. Rien d'autre que le silence, l'obscurité et ma peur – tout ça m'étrangle, m'étouffe.
Ma sensation disparaît par une voix trainante et froide, la voix que je déteste la plus au monde.
« Ne vous excitez pas, Sang-de-Bourbe. »
Une petite lumière rouge sombre jaillit de nulle part dans les airs et une lanterne apparaît au plafond de la petite salle en pierre.
Et il est là, debout dans un coin de la pièce, la baguette soulevée et un sourire terrible sur les lèvres.
Je retiens mon souffle. Durant une fraction de seconde, il ressemble presqu'à Voldemort avec sa peau pale, ce sourire cruel et l'éclairage rouge.
Bien qu'il sourit, son regard est impassible et froid. J'y vois un aspect personnel entre nous, et maintenant il veut sa vengeance, oh mon Dieu…
Respire. Garde ton sang-froid. Fais-le parler, ce silence ne te mènera nulle part.
« Pourquoi sommes-nous ici ? »
Il sourit plus largement.
Cette lumière rouge sang donne à son visage un air d'horrible sculpture.
« Vous le découvrirez en temps utile. » Il passe son index le long de sa baguette. « Pourquoi n'essayez-vous pas d'être un peu patiente ? C'est une magnifique vertu, vous ne pensez pas ? »
J'essaye de respirer calmement.
« Où sommes-nous ? » je demande.
Il ne s'arrête pas de sourire. « Nous sommes dans la cave de la maison » il dit d'une voix trainante.
« Quelle maison ? » je demande d'un air absent. « Celle où nous sommes arrivés… l'autre jour ? »
« Hmm » il hoche la tête légèrement. « La maison que nous avons rejoins hier. Elle appartenait aux parents de ma femme. Bellatrix en a hérité lorsqu'ils sont morts, comme elle était l'ainée, et elle nous a autorisé à rester ici pendant un moment. »
« Pourquoi sommes-nous dans la cave ? » je demande, ma tête martelant sous la panique.
Il sourit toujours de ce sourire sarcastique. « J'ai pensé qu'il pourrait être intéressant pour nous de passer du… temps ensemble. Lorsque nous aurons terminé, vous pourrez regagner votre chambre. »
« Est-ce que… est-ce que Ron est ici aussi ? Dans la maison je veux dire » j'ajoute à la hâte, car je ne veux pas qu'il se fasse des idées.
« Oui, il est ici » il répond. « Il est arrivé avec Bella et Antonin, environ une heure après que nous soyons arrivés. Il a sa propre chambre, tout comme vous, et comme il n'a opposé aucune résistance, je suppose qu'il va très bien. Vous n'avez donc pas à vous soucier pour lui. »
Je soupire de soulagement.
« Mais ne pensez pas que vous allez réussir à me distraire en me faisant parler. »
Merde.
Il lance un petit coup de baguette en face de lui et une table et deux chaises apparaissent dans l'espace entre nous. Des aliments sont disposés sur la table, tellement de nourriture que ça me rend presque malade de faim. Des plats énormes, des tartines de beurre…
Il ricane à l'expression de mon visage avant d'aller s'asseoir à l'une des chaises.
« Voulez-vous manger avec moi, Miss Granger ? »
Je… Quoi ?
Que fait-il, par Merlin ? Quel genre de jeu veut-il encore mettre en place ?
Ses yeux se rétrécissent. « Asseyez-vous. »
Sa voix est tellement calme que je sais que je dois faire ce qu'il me dit. Mais je ne veux pas m'asseoir pour manger avec lui. Qui sait ce qui pourrait se passer ?
Ses lèvres se recroquevillent sous la colère et en quelques enjambées, il me tient le bras et le tord, me forçant à m'asseoir avant de rejoindre sa chaise.
« Voilà qui est mieux. » Il verse du vin dans deux gobelets d'argent, m'en tendant un et levant le sien.
« Au Seigneur des Ténèbres. »
Il lève le verre à ses lèvres sans quitter mon visage des yeux.
Je jette mon gobelet à travers la pièce. Il touche le mur avec un bruit creux et le liquide rouge sang éclabousse la pierre alors que le gobelet tombe au sol.
Il n'a même pas cillé. Il continue de sourire alors qu'il fait revenir le gobelet vers la table et le remplit de vin à nouveau.
Puis il lève sa baguette vers moi.
« Impero ! »
Ah, c'est mieux. Rien, le néant, oh il fait si chaud dans le néant !
'Levez la coupe.'
Je fais ce qu'on me dit, pourquoi devrais-je en douter ? Oh oui, je ferai tout ce que me demande cette voix, tout, tout.
'Dites les mots...'
Quoi ?
'Dites les mots !'
Mais…
'Dites les !'
Oh, tout pour vous, tout. Garde- moi juste dans cette chaleur et je ferai tout pour vous. S'il vous plait.
« Au Seigneur des Ténèbres. »
'Bien. Maintenant, buvez le vin.'
Oh oui, oui. Je ferai tout et n'importe quoi pour vous. Seulement pour vous…
Juste… Gardez moi ici… avec vous… ne me laissez pas…
Le sort disparait. Je peux sentir l'acidité du vin sur ma langue.
Il me sourit maintenant. J'ai fais ce qu'il voulait et il se réjouis du mal être qu'il aperçoit sur mon visage alors que je me rend compte que j'ai trinqué à la santé de Voldemort.
« S'il vous plait. » Il fait un geste vers la nourriture. « Mangez. »
Bien que mon instinct me hurle de manger autant que je le peux, je lutte de toutes mes forces. Je ne vais pas jouer avec ces petits jeux de malade avec lui.
Je presse mes mains et baisse le regard vers mes genoux.
« Oh ma chère. » Il soupire fortement et de manière exagérée. « S'il y a une chose que je ne supporte pas chez les Sang-de-Bourbe, c'est qu'ils soient mal élevés. Peut être avez-vous besoin d'un peu plus de… persuasion ? »
« Non ! » je dis précipitamment. « N-Non, je… je vais manger. »
Je lève le verre de vin vers ma bouche et verse le liquide dans ma gorge, si rapidement que des gouttes glissent sur mon menton. Je m'essuie le menton avant de reposer durement le gobelet sur la table.
J'utilise une fourchette pour me servir de la nourriture, que je mange rapidement. Même si je mange pour me sauver d'une nouvelle vague de douleur, ça fait tellement longtemps que je n'ai pas mangé que j'ai l'impression que je pourrais le faire indéfiniment, sans m'arrêter.
Il ne mange rien, contrairement à moi. Il se contente de me regarder, en silence.
Je fais une petite pause pour mâcher, avaler, et pause doucement la fourchette sur le coin de mon assiette.
Il me sourit, d'un sourire sans joie. « Terminé ? »
Je lui fais un signe de tête, sans un mot.
Il se lève et lève sa baguette. La table, la nourriture, le vin, la chaise, tout disparaît à part la chaise sur laquelle je suis assise.
Ne panique pas. Tu ne dois pas paniquer.
Il se dirige vers moi, lentement, et pose une main sur chacun des accoudoirs de la chaise. Il se penche vers moi, s'approchant de plus en plus près, me souriant. Je me penche en arrière de façon impulsive.
« Avez-vous apprécié votre repas, Sang-de-Bourbe ? »
Je le regarde, serrant les lèvres, aucun son ne sortant de ma gorge.
Je n'ai pas peur de vous !
Menteuse.
« Qu'est-ce que vous faites ? » Je ne sais pas quoi dire d'autre.
Il ricane et fait quelques pas en arrière, se dirigeant derrière ma chaise. Je ne bouge pas, regardant droit devant moi. Les poils de mon dos se hérissent.
« Vous n'avez pas répondu à ma question, si ? »
Sa main se glisse sous mes cheveux, venant caresser ma nuque.
C'est… chaud.
Mon souffle est coincé dans ma gorge.
Qu'est-ce que… qu'est-ce qu'il fait ?
Ses doigts s'enfoncent sur le côté de mon cou et je tourne la tête vers lui involontairement alors qu'il s'accroupit près de moi. Il me sourit encore. « Je veux que vous me disiez si vous avez apprécié votre repas. »
Ok. D'accord. Il n'y a pas de mal à ce que lui réponde, si ?
« Oui. »
Cette réponse minuscule semble suffisante pour lui. Il ne s'arrête pas de sourire.
« Bien. Je ne manquerais pas de féliciter pour vous les Elfes de Maison. Ils se sont donnés beaucoup de mal pour vous préparer ce repas. »
Je ravale mon exclamation de rage mais il peut lire ma réaction sur mon visage.
« Ah, ça vous dérange, n'est-ce pas ? Mais vous devriez être heureuse. Les Elfes de Maison ont été heureux de cuisiner pour nous. Vous voyez, ils savent où est leur place. » Une lueur froide s'insinue dans ses yeux et il se lève, enlevant durement sa main de ma nuque. C'est seulement au moment là que je m'aperçois que je retenais mon souffle. « Pourquoi ne connaissez-vous pas la votre, Miss Granger ? Vous êtes pourtant bien plus intelligente qu'un Elfe, non ? »
Oh. Donc voilà pourquoi il m'a conduit ici.
« Je pense qu'il est temps que vous appreniez où est votre place. » Sa voix est calme, si calme qu'il parle presque à voix basse. « Puisque vous semblez si réticente à l'accepter. »
Ce sera donc sa revanche.
« Levez-vous. »
Je fais ce qu'il me dit. Il fait disparaître ma chaise d'un coup de baguette.
« Je veux que vous répondiez à quelques questions. » Il sourit face à l'expression de mon visage. « Oh ne vous inquiétez pas, elles vont être très différentes de celles que je vous ai déjà posé. Ces questions ont une nature beaucoup plus subtile mais non moins importante, je pense. »
Je prends une grande inspiration, sentant mes muscles tendus à l'extrême.
« Qui sont vos parents, Miss Granger ? »
Quoi ?
Je le regarde sans comprendre. « Pensez-vous vraiment que je vais vous amener directement à eux ? »
Il lève les yeux vers le plafond. « Utilisez votre cerveau pour une fois, Sang-de-Bourbe. Si nous avions besoin de vos parents, pensez-vous vraiment que nous n'aurions pas déjà mis la main sur eux ? Nous connaissons déjà leur nom et leur adresse, sinon comment est-ce que je vous aurais trouvé ? »
Respire Hermione.
Ce qu'il dit est logique mais je ne comprends pas pourquoi il me demande ça, dans ce cas.
« Si vous savez déjà tout ce qu'i savoir sur mes parents, pourquoi me demandez-vous qui ils sont ? »
Il fait tranquillement virevolter sa baguette entre ses doigts, ses yeux ne quittant pas mon visage. « Je ne crois pas que vous ayez répondu à ma question. Je répète : qui sont vos parents ? »
« David et Jane Granger. »
Une claque piquante atteint ma joue, sans qu'il ne me touche. Va-t-il se lasser de ce petit jeu ?
« Mauvaise réponse. » Il est vraiment tout sourire. Il peut s'amuser comme il veut avec moi, maintenant. « Encore une fois, qui sont vos parents ? »
Que veut-il de moi ? Mais qu'est-ce qu'il veut, bon sang ?
« Je vous l'ai dit, David et Jane Gran- »
La piqure revient sur ma joue avant que je ne finisse ma phrase.
« Ma chère. Moi qui croyais que vous aviez une intelligence correcte. Dois-je être un peu plus clair sur ce que je demande ? Qui êtes-vous ? »
Réponds lui calmement. Ne le laisse pas voir ton esprit.
« Hermione Granger. »
Il soupire d'exaspération. « Les Moldus n'ont aucun sens de la subtilité. Vous ne me laissez vraiment pas le choix, je vais être encore plus clair. Qu'êtes-vous ? »
Un soupçon de compréhension traverse mon esprit.
Je me redresse.
« Une sorcière. »
Mauvaise réponse.
Il sourit, me visant de sa baguette, et une langue de feu me parcoure le dos, une sensation de brûlure.
« Vous savez très bien que c'est une mauvaise réponse. Vous avez devant vous un sorcier Son pouvoir lui a été transmit par le sang. Vous, vous êtes une Moldue, une Moldue à laquelle on a donné une baguette magique. Il y a un monde de différences entre nous, Sang-de-Bourbe. Je vous serais donc gré de ne pas nous placer dans la même catégorie. Je répète, qu'êtes vous ? »
Dieu que ça va être difficile. C'est vraiment personnel maintenant. Il utilise son temps libre pour m'inculquer une leçon.
Je dois rester forte.
« Une sorcière. »
Il ne me lance pas de sort comme je m'y attendais. Il se contente de me regarder intensément, laissant durant une seconde ses yeux monter et descendre sur mon corps.
« Vous êtes-vous interrogé sur le pourquoi je vous ai demandé de porter cette robe ? »
Il agite sa baguette et un énorme miroir apparaît sur le mur en face de moi.
« Regardez-vous. »
Mon esprit se téléporte quelques jours en arrière.
'Regardez-vous… Vous n'êtes pas ce qu'on appelle une beauté, n'est-ce pas ?'
Ces mots sont gravés dans mon cerveau pour le restant de mes jours. Que va-t-il faire de moi cette fois ?
Nos deux reflets nous observent dans le miroir. Son visage est froid. Le mien est pale et terrifié.
Il baisse les yeux du miroir et se saisit de ma main. Je sursaute légèrement et il ricane alors qu'il apporte ma main devant ses yeux pour y examiner les brulures et les contusions.
« Vous avez toujours été désobéissante. Pour dire la vérité, je n'ai jamais rencontré quelqu'un de si exaspérant. J'aurais espéré en avoir fini avec vous le plus tôt possible, mais le destin a été bien plus cruel, vous ne pensez pas ? »
Je ne lui réponds pas. Je suis bien trop concentrée sur ses doigts glissant sur ma main, effleurant ma peau. Il frotte son pouce contre la cicatrice brillante de brulure au milieu de ma main, puis il déplace ses doigts au dessus de mon poignet, les faisant glisser sur mon bras nu, jusqu'à mon épaule.
« J'ai eu raison de choisir cette robe pour vous, je pense. » Sa voix est calme, trop calme alors qu'il se tient juste derrière moi, regardant fixement mon reflet dans le miroir, ses doigts légèrement posés sur mon épaule. « La couleur vous va à ravir. Et la coupe… »
Il ne finit pas sa phrase, laissant les mots s'évanouir dans les airs. Sa main se déplace sur mon épaule. Je la sens à travers le tissus alors qu'elle se déplace dans mon dos et sur ma taille, ses doigts serpentant autour d'elle en s'y attardant quelques secondes. Seulement quelques secondes, mais des secondes interminables.
« Vous vous demandez probablement pourquoi j'ai choisi cette robe pour vous. » Je frémis à sa voix soudain redevenue froide et coupée, alors qu'il enlève rapidement sa main de ma taille. « Je l'ai choisi afin que vous puissiez comprendre à quel point elle est inappropriée pour une personne telle que vous. Vous êtes une Moldue. Pire qu'une Moldue, vous êtes une Sang-de-Bourbe. Vous n'avez pas à porter les vêtements d'une sorcière. »
Il tord sa baguette et vient déchirer rapidement la robe au milieu de mon corps.
Je baisse les yeux.
Ma robe est déchirée en deux.
« Qu'est-ce que vous faites ? »
Je me saisis des deux morceaux de robe pour les tenir contre moi, mais ses mains se saisissent de mes cheveux et il me tire vers l'arrière avant de coincer mes bras derrière mon dos.
Non non non NON !
« Arrêtez ! S'il vous plait, arrêtez ! »
« Fermez-la, Sang-de-Bourbe. Vos plaintes incessantes sont fatigantes à la longue. »
Merde, que va-t-il faire ? Je n'aurai jamais pensé qu'il… Je pensais qu'il ne voudrait jamais me…
Il retire la robe de mon corps alors qu'il retient toujours mes bras derrière mon dos.
« Ces vêtements sont destinés aux sorcières. » Sa voix me fait monter les larmes aux yeux. « Vous êtes une Moldue. Vous êtes inférieure à un Elfe de Maison. Vous n'êtes pas digne de porter de tels vêtements. »
Il lance la robe déchirée à l'autre bout de la pièce et me jette au sol. Je me recroqueville en boule instantanément. Je veux rentrer chez moi, je veux mon papa et ma maman, je veux qu'on me laisse seule.
Il s'accroupit près de moi et me roule violement sur le dos, bloquant mes jambes et mes bras. Je me débats mais il bloque mes cuisses avec ses genoux. Je commence à pleurer, à pleurer de peur.
« Bon Dieu, ça me rend malade » il murmure, me regardant de haut en bas.
Tais-toi ! Je le hais tellement que j'aimerais qu'il meure tout de suite, là, maintenant.
« Qu'est-ce que vous faites ? » je sanglote, des larmes coulant de mes yeux et roulant jusqu'à mes cheveux.
Il me gifle au visage. « Je ne pense pas vous avoir demandé de parler » il siffle. « Mais puisque vous me le demandez, je tiens à vous rappeler ce que je vous ai déjà dit précédemment : je suis prêt à commettre n'importe quel acte odieux pour servir ma cause. »
« S'il vous plait, non… »
Il me gifle à nouveau le visage, à l'autre joue cette fois. « Vous parlerez quand on vous le demandera ! » Il pointe sa baguette sur mon visage. « Qu'êtes vous ? »
Je ne réponds pas. Je suis trop terrifiée pour lui répondre.
Il gronde de rage alors que je serre les lèvres. Il me gifle à nouveau avant de se lever, oh merci mon Dieu, merci ! Il pointe sa baguette au sol et un petit tas de matière brune apparaît.
« Levez-vous et rhabillez-vous » il me lance.
Je me saisis rapidement de la petite matière brune. C'est une robe de lin brun clair. Je la glisse avec empressement au dessus de ma tête, reconnaissante de ne plus être nue devant lui plus longtemps. Je blottis mes genoux contre ma poitrine, toujours effrayée. J'ai vraiment cru que cette fois, il allait…
« Levez-vous ! »
Je me lève à la hâte et regarde mes pieds.
Haine. Haine. Haine.
« Vous trouverez des vêtements similaires dans votre garde-robe. » Il se saisit de mon menton, m'obligeant à regarder son pâle et cruel visage. « Vous vous habillerez en fonction de votre statut, vous avez compris ? »
Je ne lui réponds pas car je sais que ma voix sera tremblante, et je ne veux pas lui donner cette satisfaction.
Haine. Haine. Haine.
Ses doigts s'enfoncent dans mon menton, tirant mon visage plus près du sien.
« J'ai dis, avez-vous compris ? »
« Oui. » Je sens mes yeux pleins de larmes alors que je lui réponds. Haine, haine, haine, haine, haine !
Il sourit et me libère de son emprise. « Bien. »
Il agite sa baguette et le miroir disparaît du mur.
Je pince les lèvres et essaie de ne produire aucun son.
« Je vous le demande encore une fois, qu'êtes-vous ? »
Haine.
Haine.
HAINE, HAINE, HAINE, HAINE, HAINE !
« Je vais vous dire ce que vous êtes ! Vous êtes un salopard de malade ! » je hurle. Au moment même où je crie ces mots, ma tête est envoyée violemment contre le mur derrière moi. La douleur me traverse et je tombe au sol, haletante.
« Je ne comprends pas comment vous pouvez être aussi têtue. » Il se rapproche de moi, de plus en plus près. « Et je comprends encore moins votre manque de courtoisie. »
Je ne peux pas croire ce qu'il vient de dire.
« N'était-ce pas un acte de gentillesse de vous offrir un si bon repas ? » il poursuit, ignorant l'éclat de rire haineux sortant de ma bouche. « Nous avons partagé un repas de manière civilisée, non ? J'aurai pensé qu'en contrepartie, vous feriez acte de gratitude, ou au moins de bonnes manières. »
Il pointe sa baguette sur moi.
« Vous ne méritiez pas ce repas. Il était trop bon pour une personne comme vous. Et puisque vous ne semblez pas être reconnaissante, je ne vois pas pourquoi vous garderiez cette nourriture que vous avez mangée. »
Il se recule et un jet de lumière orange me touche à l'estomac…
Mon ventre est parcouru de vagues, et non, non, pas encore ! De l'acide me brûle la poitrine, contractant ma gorge, et je vomis sur le plancher. Toute la nourriture récemment avalée se répand sur le sol.
Je m'accroupis et prends de profondes inspirations. Il pointe sa baguette sur le vomi, qui disparaît tout comme il avait disparu quelques jours auparavant.
Il fait apparaître un verre d'eau dans sa main, qu'il me tend.
« Contrairement à vous, Sang-de-Bourbe, je ne manque pas de courtoisie. Buvez ceci. »
Pendant quelques secondes, j'ai envie de lui jeter le verre à sa figure horrible, mais je ne le fais pas. Je bois, sentant l'eau fraiche et claire rincer ma bouche et laver ma poitrine. Le verre disparaît de ma main lorsque j'ai fini, ne tenant plus rien d'autre que de l'air.
« Levez-vous. »
Je fais ce qu'il me dit, tremblante, le regardant dans les yeux avec toute la dignité dont je suis encore capable.
« Qu'êtes-vous ? »
Oh, pour l'amour de Dieu, est-ce que ça en vaut vraiment la peine ? Quel est l'intérêt franchement ? Ca va durer éternellement si je ne lui réponds pas.
Alors, laisse durer éternellement. Tu as promis. Tu as juré de ne pas le laisser gagner.
Je ravale tout l'orgueil qui me reste et lui réponds.
« Vous semblez très lent à comprendre » je respire un éclat de rire. « Et vous dites que je suis stupide ? »
Le muscle de sa mâchoire se crispe mais je ne m'arrête pas.
« Je suis une sorcière, et rien de ce que vous puissiez faire ne pourra le changer. Je suis désolée si on vous a appris des choses différentes au cours de votre vie, mais c'est comme ça. Le fait que je sois une née-Moldue ne me donne pas moins de pouvoir magique que vous. »
Il y a un long silence alors qu'il se contente de me regarder. Il fait apparaître un fin couteau dans les airs, qu'il saisit par la poignée.
J'avale difficilement alors qu'il fait tourner la lame entre ses doigts.
« Ah, comme un instrument peut devenir dangereux lorsqu'il est en de mauvaises mains. » Il lève les yeux et me sourit. « Mais vous savez tout ça, n'est-ce pas ? »
Mon Dieu, il ne me laissera jamais en paix pour ce que je lui ai fait. Il va continuer à utiliser cette excuse pour me faire souffrir, souffrir, encore et encore.
J'aurai préféré ne l'avoir jamais poignardé. Ou alors, j'aurai préféré lui avoir planté le couteau dans sa gorge au lieu de son bras.
Son bras. A quoi ais-je pensé au moment là ?
Il fait un pas vers moi. « Vous êtes une sorcière, vous dites. Dites moi, pourriez-vous donner votre vie pour cette idée ? »
« Bien sur » je réponds, mon souffle serré dans ma poitrine.
« Bien sur. » Sa voix est calme, si calme. Je reconnais cette intonation dans sa voix. Il lève le couteau et appuie la lame sur ma joue. « Toute sorcière ferait la même chose. Vous ne serez pas la dernière et certainement pas la première. Mais après tout, pour une Née-Moldue vous devez le savoir mieux que quiconque, n'est-ce pas ? »
Je fronce les sourcils. « Que voulez-vous dire ? »
Son sourire vacille. « Je parle de la persécution que vos ancêtres ont fait subir aux miens. Je vais dire une chose sur les Moldus : ils peuvent être stupides, mais ils sont certainement très inventifs concernant l'art délicat de l'assassinat. Ils ont utilisé toutes sortes de méthodes de torture face aux sorciers et sorcières. J'imagine que c'était un jeu pour eux. Quelle technique ils vont choisir cette fois ? La noyade ou la strangulation ? L'étau ou le feu ? »
J'avale difficilement. « C'était une époque différente. Je ne peux pas me sentir fière de ce que mes ancêtres vous ont fait dans leur ignorance… »
« Ca n'est pas dû à une époque précise ! » il réplique, son sourire disparaissant complètement. « Votre orgueil, votre stupidité et votre ignorance subsistent. Et vous avez l'audace de venir polluer notre société en envoyant vos enfants dans notre monde comme si de rien n'était ! Dites-moi, savez-vous combien de temps il faut pour mourir lorsque vous êtes brûlé vif ? Avez-vous déjà senti la chair qui brûle ? »
Ma bouche est sèche. Je ne peux pas parler. Je bégaie juste d'une terreur muette. Le couteau est sur le point de déchirer ma peau.
« Ils pensaient pouvoir les sauver de cette façon » je dis finalement. « Ils n'étaient pas au courant à l'époque. Leur religion leur a dit que la seule façon de sauver l'âme d'une sorcière, était de la brûler vive, et oui, ils ont eu tord, mais ils ont vraiment cru- »
« Oh, et je suis sur que leurs victimes devaient être très reconnaissantes d'être brûlées vives » il dit avec un sourire victorieux. « Je suis sur qu'elles se rendaient compte des bonnes intentions de leurs bourreaux lorsqu'elles les suppliaient de les tuer plus vite. »
Je lui lance un regard furieux, haineux. « Ne vous avisez pas d'utiliser la souffrance humaine pour me prouver votre bon raisonnement- »
« Je ferai ce que je veux. Je suis sur qu'ils ne me blâmeraient pas. Au moins, mes ancêtres n'étaient pas des meurtriers, eux. » Il s'écarte de moi.
Je prends quelques secondes pour reprendre mon souffle. Mon pouls pulse à mes oreilles. « Que voulez-vous de moi ? Voulez-vous me brûler vive aussi, afin que je puisse vous prouver ma bonne foi ? »
Il lève un sourcil vers moi. « Voudriez-vous ? »
Pendant un instant, je reste sans voix, incrédule.
Il sourit. « Et bien, peut être que la méthode du bucher est un peu extrême. »
Il dirige lentement la lame du couteau sur ma joue. La pression éclaire mon visage. Elle n'est pas assez forte pour me couper la peau ou pour me faire mal, mais assez pour que je ressente des picotements désagréables.
« Mais seriez-vous prête à mourir pour cette idée absurde que vous êtes une sorcière ? Si ce devait être une mort sans douleur, le feriez-vous ? Mourir pour sa foi, l'ultime acte de noblesse. Le fantasme suprême d'un Gryffondor, j'imagine. »
Je ne lui réponds pas, d'une part parce qu'il n'attend pas de réponse, d'autre part car mon souffle est emprisonné dans ma gorge et je ne sais pas si j'y arriverais.
Je sens la lame courir sur ma clavicule.
« N'avez-vous pas peur de la mort, Sang-de-Bourbe ? »
J'avale durement. Le couteau est bercé par les battements furieux de mon cœur.
« Tout le monde meurt. » Ma voix vacille dans l'air, sans aucune réelle certitude.
« En effet. » Il me lance un sourire narquois. « Qui le sait mieux que moi ? J'ai été prêt à donner ma vie pour ce que je crois, depuis que j'ai été en mesure de parler. Mais je me demande : êtes-vous vraiment prête à faire la même chose ? Ou êtes-vous vraiment le lâche ici ? »
Il encercle mon poignet de ses doigts, le levant vers lui. Il éloigne le couteau de ma poitrine, le saisissant fermement entre le pouce et la paume de sa main, alors que ses doigts courent sur la mienne, effleurant les cicatrices, les brulures et les bleus autour de mes doigts.
« Cette pauvre petite main a vécu tellement de choses depuis notre première rencontre » il murmure. « Ca me brise presque le cœur de devoir lui faire encore plus de mal. Mais vous ne me laissez pas le choix en me poussant trop loin. »
Je réalise trop tard ce qu'il est en train de faire, alors qu'il appuie verticalement le couteau sur l'intérieur de mon poignet, déchirant, ouvrant la peau, et le sang se déverse de la plaie. Je sors un minuscule cri de douleur et il appuie la lame sur la veine bleue et délicate, et ça fait mal, tellement mal, et le sang se déverse, coule, coule…
Le sang rouge et chaud coule sur mon poignet. Peut être que je pourrais… Oui, appuyer sur la plaie, arrêter le sang de couler.
« Que voulez-vous ? Que voulez-vous de MOI ? »
« Je veux que vous admettiez ce que vous êtes » il dit d'une voix trainante. Il ne se soucie pas, il ne se souciera jamais. Je pourrais mourir et il s'en foutrait.
Dis-lui ! Tu sais ce qu'il veut, il suffit de lui dire !
Je ne lui dirais pas !
« Je suis une sorcière ! »
Ses yeux lancent des éclairs de colère et il amène mon autre main vers lui, enfonçant violemment la lame dans la veine, la coupant, l'entaillant, déchirant la chair.
La douleur ne peut se décrire. Il faudrait un nouveau dictionnaire et inventer de nouveaux mots pour cela.
« Vous allez mourir si vous n'admettez pas ce que vous êtes ! Et malgré vos protestations, je ne pense pas que vous soyez disposée à aller aussi loin. Donc admettez-le. Dites-moi ce que vous êtes. »
Je ne veux pas mourir.
Cette pensée submerge toutes les autres. Je ne veux pas mourir. Je sais qu'ils me tueront à la fin, mais tant que je suis en vie, il y a encore de l'espoir. Et c'est le principal.
Ca n'a donc pas d'importance, pas vraiment. Le dire ne veut pas dire que j'y crois, si ?
Si ?
« Je suis une Sang-de-Bourbe » je gémis, me tenant les poignets pour essayer d'arrêter le flux du sang.
Il sourit largement et m'arrache la main d'un de mes poignets, laissant le sang gicler sur le sol.
« Mais encore Miss Granger, mais encore ? »
Je dois continuer. Lui donner ce qu'il veut. Que veut-il d'autre ?
« Une erreur. Un monstre. Une Moldue qui se fait passer pour une sorcière. »
Il sourit plus encore, d'un sourire sadique, et il approche mes poignets et, oh mon Dieu, ça me fait mal…
Et soudain, cette chaleur merveilleuse se répand alors qu'une lueur dorée sort de sa baguette, et le sang s'arrête de couler.
Mais les cicatrices demeurent. Des cicatrices roses et épaisses m'entourant les poignets.
« Je pense que nous allons les laisser. » Il fait passer son doigt le long des cicatrices avant de lâcher ma main. « Un joli petit rappel pour vous si jamais vous oubliez à nouveau votre statut. »
Salaud. Que vont penser les gens lorsqu'ils verront ces cicatrices ?
Il cherche au fond de mes yeux. La main invisible de la Legilimencie sonde mon cerveau avant de se retirer.
« Ais-je bien entendu ? » Il sourit mais son sourire n'arrive pas à atteindre ses yeux. « Qui pensez-vous qu'il pourrait voir ces cicatrices, exactement ? Qui avez-vous peur de déplaire ? Vous ne réussirez jamais à sortir d'ici. » Son sourire ne quitte pas son visage et il me saisit tout à coup par les cheveux, m'amenant près de lui, verrouillant ses yeux dans les miens, et il est si près, si près… « Vous allez mourir ici, vous ne comprenez pas ? »
Je vais mourir ici. Ici, dans la maison qui appartenait aux parents de Bellatrix. Ici, dans cette grotte, sous la colline surplombant le lac. Et Ron mourra avec moi, et ça sera de ma faute. Personne ne va venir nous sauver, et rien ne peut nous aider.
Je me sens coupée en deux, déchirée par le milieu.
« Alors, qu'attendez-vous ? » Je prends sa main qui tient le couteau et le dirige vers ma poitrine. « Pourquoi vous ne me tuez pas maintenant ? C'est ce que vous voulez, n'est-ce pas ? »
Ses yeux lancent des éclairs avant de se dégager loin de ma peau.
« Cette idée est tentante mais je crains que je ne puisse pas l'assouvir. Je n'en… Nous n'en avons pas encore fini avec vous. Nous avons des plans vous concernant. »
« Quels plans ? » Je sens la panique grimper en moi. « Qu'avez-vous encore besoin ? »
« Ca ne vous concerne pas encore. » Il donne un petit coup de baguette et le couteau disparaît de sa main. « Maintenant, pour revenir à notre affaire, dites-moi qui sont vos parents. »
Fais chier ! Si je dois mourir ici, je ne vais pas le laisser continuer à jouer avec moi.
« David et Jane Granger. »
« Non ! » il hurle avant de me frapper au visage. Ma tête part sur le côté et je ravale les larmes qui brûlent sous mes paupières.
« Pourquoi me faites-vous ça ? » je demande calmement, fixant son regard de glace.
Il me ricane au nez. « Je crois que vous savez pourquoi » il répond d'une voix trainante. « Croyez-vous vraiment que j'allais vous laisser tranquille après votre comportement d'hier soir ? »
La colère me frappe si fort que j'ai l'impression d'être à nouveau malade.
« Croyez-vous que ce que je vous ai fait est plus grave que ce que vous m'avez fait à moi ? Le croyez-vous vraiment ? » Je laisse les mots sortir de ma bouche. Je veux qu'ils lui fassent mal. « Je serai ravie si la seule chose que vous m'ayez faite depuis le début, ait été un simple coup de couteau. »
« Ce n'est pas la blessure qui me dérange. » Son visage est tendu par la colère. « J'ai enduré bien pire que cette tentative pathétique de violence. »
J'ai presque envie de sourire. Presque. Il peut prétendre ce qu'il veut, mais j'ai vu dans son regard la douleur qu'il a ressenti lorsque je lui ai planté le couteau dans l'épaule.
« Ce qui me dérange, c'est l'audace dont vous avez fait preuve » il poursuit en élevant la voix. « Une Moldue qui est violente envers moi ! Et ce n'est pas la première fois, qui plus est. Souvenez-vous lorsque vous m'avez giflé et martelé de coups de poings dans votre ancienne cellule. »
« ET QUEL DROIT AVEZ-VOUS D'ETRE VIOLENT AVEC MOI ? » je lui dis folle de rage. Je m'en fous maintenant, j'ai dépassé le seuil pour m'en soucier. « Et concernant Ron ? C'est un Sang Pur. Je croyais que ça voulait dire quelque chose pour vous ? Vous avez dit une fois que les tortures étaient réservées aux nés Moldus, alors pourquoi l'avoir blessé lui ? »
Il ouvre sa bouche pour répondre et je peux voir les mots se former sur ses lèvres avant qu'il ne stoppe. Il prend une grande inspiration avant de me répondre.
« Le garçon vient d'une famille qui a trahi son sang. De plus, son incroyable stupidité m'irrite au delà de mes propres convictions. »
Tais-toi ! Espèce de gros salopard, tu ne connais rien de lui !
Il effleure légèrement le bout de ses doigts le long de ma joue, un sourire moqueur sur les lèvres. « Je ne vois vraiment pas ce que vous lui trouvez. Vous avez pourtant un minimum d'intelligence comparé à lui. Je ne comprendrais jamais pourquoi vous êtes attirée par ce résidu de garçon sans cervelle. »
Voilà. Je craque.
« Et par quel 'résidu' devrais-je être attirée dans ce cas ? Par quelqu'un comme vous, c'est là que vous voulez en venir ? »
Sa main se retire vivement de mon visage et je pince mes lèvres avant d'en dire plus.
Pourquoi ais-je dis cela ?
Je… Je ne sais pas.
Le regard sur son visage me terrifie au delà de la mort. C'est de la rage pure et absolue, supérieure à tout ce que j'ai pu voir auparavant.
Je commence à bégayer, essayant de réparer les erreurs que j'ai commises. « Je suis désolée, je ne voulais pas dire… »
Ses doigts se pressent sur mes lèvres, absorbant la fin de ma phrase.
Il sourit maintenant. Juste d'un petit sourire, ses sourcils baissés dans une expression aussi dangereuse que sa rage.
« Taisez-vous » il murmure, alors que ses doigts quittent mes lèvres et viennent encercler ma taille. « Soyez tranquille, ma petite Sang-de-Bourbe. » Ses mains s'enfoncent plus fermement dans mes reins, ses doigts pelotonnés dans le tissu moelleux de ma robe. « Maintenant… »
Il m'attire plus près de lui dans un mouvement brusque.
Non–
Je me tourne pour lui échapper mais il me tient fermement, me poussant dans le mur derrière moi avant même que je ne puisse respirer.
Je suis coincée, prise au piège entre lui et la pierre froide.
Entre le marteau et l'enclume…
Ca aurait pu me faire rire autrefois.
Il baisse les yeux sur moi avec ce regard dangereux et prédateur. Il y a quelque chose de froid et dur dans ses yeux et je n'aime pas, je n'aime pas ça du tout…
« S'il vous plait, je suis désolée- »
« Chut… » Il pose une de ses mains sur ma joue, repoussant les mèches de cheveux.
« Maintenant, revenons à ce que vous disiez juste avant… »
Sa voix est basse, beaucoup trop basse. Il ramène mes hanches jusqu'à ce qu'elles touchent les siennes et mes entrailles se resserrent alors qu'il encercle mes cheveux autour de ses doigts, et il est près, tellement près… Oh mon Dieu, où tout ceci va me mener ? Je pensais que j'étais à l'abri de ça avec lui…
Le pensais-tu vraiment ?
Je… je ne sais pas.
Je suppose que j'aurai dû réaliser que ça finirait comme ça. Il a tout pouvoir sur moi après tout, à part sur ce point…
Tout pouvoir à part sur ça.
Ses doigts s'enfoncent plus loin dans mes cheveux et il n'y a rien d'autre au monde que lui, qui me presse contre la pierre. Mes poings serrés sont pressés contre ma poitrine. Je ne vois rien d'autre que son visage, son visage pale et aristocratique, son sourire narquois et ses yeux gris froids comme la glace.
Il s'approche de mon visage, de plus en plus près, et je ne peux respirer…
Je ne peux penser…
Seulement… fermer mes yeux…
Puis ses doigts se resserrent sur mes cheveux et ma tête part en arrière, heurtant violemment le mur.
Ma tête se fracasse, se brise en mille morceaux, et merde, putain ! Ca fait si mal que je ne peux même pas penser, ow ow merde !
Il est implacable. Je n'ai même pas eu le temps d'éloigner ma tête du mur qu'il me chuchote furieusement à l'oreille.
« Comment osez-vous penser que je puisse ne serait-ce qu'envisager de faire une telle chose ? Pensez-vous vraiment que je veuille me salir les mains sur une Sang-de-Bourbe, en particulier sur vous… vous ! Bon Dieu, regardez-vous ! J'aimerais mieux me jeter d'une falaise plutôt que de vous toucher. Vous m'avez compris ? »
Je gémis légèrement, des larmes de douleur, de rage et d'humiliation coulant de mes yeux, mais je ne peux pas lui répondre. Il maintient sa prise sur moi, sa poigne se renforçant sur mes cheveux, me faisant sortir un petit cri.
« J'ai dis, m'avez-vous compris ? »
« Oui. » je murmure et mon humiliation est maintenant à son comble.
Je le regarde du coin de l'œil, et il semble pendant un moment prêt à me frapper à nouveau, mais il finit par me libérer, lâchant mes cheveux et s'écartant de mon corps. Je glisse sur le sol, complètement abasourdie par ma propre humiliation.
Il se détourne de moi et passe sa main sur le dos de son élégante chevelure blonde, mais je ne peux pas voir l'expression de son visage.
Mais lorsqu'il se retourne pour me regarder en face, son expression redevient insondable et sa voix est de nouveau fraiche et coupée.
« Maintenant, revenons au but premier de notre petit entretien. »
« Qui êtes-vous ? » il demande, des heures et des heures plus tard.
« Une Sang-de-Bourbe. » Ma voix est machinale. « Une erreur. Un monstre. Une Moldue qui se fait passer pour une sorcière. »
« Qui sont vos parents ? »
« Des sales Moldus. » Des larmes me montent aux yeux alors que mes lèvres sortent ses mots, mais je ne laisserais pas ces larmes couler devant lui.
« Qui est votre Maitre ? »
« Voldemort. » Il peut aller en Enfer s'il pense que je vais à nouveau pleurer devant lui.
« Pardon ? »
Je prends une profonde inspiration et mes côtes me font légèrement souffrir, comme pour me rappeler à l'ordre.
« Le Seigneur des Ténèbres. »
« A qui devez-vous obéir ? »
« A mes supérieurs. » Mes larmes se durcissent alors qu'une boule se forme dans ma gorge. Je ne le laisserais jamais plus revoir mes larmes, jamais.
« Et qui sont vos supérieurs ? »
Ca y est. Juste quelques mots de plus, et ça sera fini. « Les Sang Pur. »
C'est fini. Ca a prit une éternité mais c'est finalement fini.
Il sourit. Je crois que c'est le seul véritable sourire sincère que j'ai pu voir sur son visage de salopard. « Je savais que votre esprit pouvait être brisé. » Sa voix est douce alors qu'il se moque de moi. « Et il semble que j'avais raison, n'est-ce pas ? »
Je me sens comme morte.
Mon Seigneur, laissez-moi voir Lucius Malefoy souffrir. Laissez-moi le voir crier et hurler, et me supplier…
« N'allez-vous pas me répondre, Sang-de-Bourbe ? » il me demande de sa voix trainante. « Avais-je raison ? Est-ce que votre volonté a été brisée ? »
Je réponds en serrant les dents. « Oui. »
Laissez-moi le voir mourir…
Il sourit plus largement, se nourrissant de ma haine et de ma honte. « Bien. »
Il se recule et invoque avec sa baguette un bol de soupe, un morceau de pain et un verre d'eau.
« S'il vous plait, servez-vous. Vous devez avoir faim. »
Va en Enfer.
L'Enfer est trop clément pour lui.
« Quand vous aurez terminé, vous pourrez aller dormir. Je pense qu'il serait préférable pour vous de rester ici un petit moment. Je n'en ai pas encore totalement fini avec vous. Je veux m'assurer que le message est bien passé. »
Donc ce n'est pas fini. Ca ne sera jamais fini, jamais.
Il passe un doigt sur ma joue. Je m'écarte loin de lui. Il ricane.
« Je regrette de ne pouvoir rester avec vous plus longtemps, mais j'ai des affaires importantes à régler. En attendant, je vous souhaite de beaux rêves. »
Il fouille dans sa robe et en sort une petite clé.
« Le Grand Hall. »
A peine eut-il prononcé ses mots que la clé devient rouge vif, et la dernière chose que je vois est son sourire narquois avant qu'il ne disparaisse dans les airs.
Je glisse au sol, lentement.
Oh mon Dieu, laissez-moi le voir souffrir, je vous serai reconnaissante pour l'éternité… Amen.
Comment ose-t-il ? Comment ose-t-il ce salopard ? Je le hais avec sa putain d'idée de Sang Pur, son autosatisfaction et son sourire de salaud…
Je me saisis du plateau de nourriture et le lance à travers la pièce. Il s'écrase contre le mur et tombe sur le plancher dans un bruit tonitruant, l'eau se répandant sur le sol, laissant le gobelet vide rouler sur le plancher.
Je regarde fixement le sol, ne souhaitant rien d'autre que la lumière disparaisse et que les ténèbres m'engloutissent.
