'Que vous êtes belle ! Vous êtes plus belle encore dans la colère qu'au repos. Je ne vous demande pas votre amour donnez-vous à moi avec votre haine, donnez-vous à moi avec cette charmante colère, donnez-vous à moi avec votre dédain qui m'enchante cela me suffira.' - Charles Dickens, Le mystère d'Edwin Droods

Mesdames et Messieurs, nous rencontrons actuellement des difficultés techniques. Nous nous excusons pour ces désagréments et espérons retrouver un service normal le plus rapidement possible.


Chapitre 9 L'entracte

Des hurlements. Des hurlements vrillant mon cerveau, battant à mes oreilles, les hurlements des âmes emprisonnées dans les profondeurs de l'Enfer. Des hurlements d'enfants, je suis désolée, si désolée, désoléedésoléedésolée… Un rire. Un rire horrible, moqueur, que je ne connais que trop bien… Mais il change. Plus aigu. Plus sauvage. Plus froid. Voldemort, non, non non, ne me faites pas ça, je ne peux pas, j'ai tout perdu, Lucius m'a tout pris, comment pouvez-vous me demander ça maintenant ? La voix de Ron 'Ne me mens pas.' Il ne peut pas comprendre. Les cris des enfants se tarissent mais le rire de Voldemort devient plus sauvage, plus fort, s'il vous plait, ce n'était pas ma faute, je n'ai pas voulu ça, ne me faites pas ça, je ne peux pas, je ne veux pas, Sang-de-Bourbe, Sang-de-Bourbe, 'Hermione !', Sang-de-Bourbe -

« NON ! »

Je me redresse, tremblante, secouée de sanglots et de larmes coulant sur mon visage, et je ne peux respirer, je ne peux…

S'il vous plait, ne me faites pas choisir !

Des mains m'agrippent les épaules. Je les frappent, les repoussent loin de moi, et, oh, qu'est-ce qu'il se passe ?

« Hermione, c'est moi ! »

Je m'arrête, regardant le visage en face de moi. Il ondule devant mes yeux et soudain tout devient clair, limpide alors que j'aperçois enfin son visage.

« Mon Dieu, Ron ! »

Je jette mes bras autour de son cou et il me tient tout près de lui, pressant ses lèvres sur mon front tremblant. Ce n'était qu'un cauchemar. Un stupide cauchemar.

« Tout va bien, Hermione. »

Je pousse un profond soupir, chassant l'horreur du cauchemar de mes pensées. Je m'éloigne de lui pour mieux le regarder, posant mes mains sur son visage, passant mes doigts sur son nez, sur ses joues maigres, sur ses coupures et ses ecchymoses.

« Tu vas mieux ? » il demande.

Je laisse tomber mes mains de son visage, me sentant tout à coup stupide. « Oui. C'était seulement un cauchemar. » Je regarde autour de moi durant une seconde. Je suis toujours dans la pièce minuscule mais il y a de la lumière maintenant. Cette sombre lumière rouge. La pièce est heureusement vide, il n'y a que Ron et moi. Il se saisit de mon bras qu'il serre pour me réconforter. Ce geste est si doux, si simple, que je fonds en larmes.

« Qui y a-t-il ? » il demande, un soupçon de panique dans sa voix. « Qu'est-ce qui s'est passé ? »

Je prends mon visage dans mes mains.

« Je suis tellement désolée, Ron. »

« Pourquoi es-tu désolée ? »

Les larmes coulent plus rapidement, inondant mes doigts.

« Je suis désolée pour tout. » Ces mots sortent en sanglots. « Je suis désolée qu'ils t'aient capturé. Je suis désolée de t'avoir trahi toi et Harry. Je suis désolée qu'ils t'aient torturé pour que je parle. Je suis désolée d'avoir coupé ton pouce… »

Je commence à sangloter si fort que je ne peux même plus parler. Je presse mes doigts sur mes yeux mais les larmes continuent de couler.

Il tire mes mains loin de mon visage. « Ecoute moi » dit-il fermement. « Tu n'as pas à être désolée. Mon pouce va bien, tu vois ? » Il me le montre et le fait bouger alors que je sors un rire minuscule. « Ils ont utilisé l'Impérium sur toi. Qu'est-ce que tu aurais pu faire ? Et est-ce que c'est toi qui a choisi qu'ils me torturent pour qu'ils te fassent parler ? »

Je secoue la tête faiblement.

« Exactement. » Il frotte doucement mon bras. « Et ne t'en veux pas d'avoir donné des informations sur Harry. Je sais ce qu'ils ont fait pour te faire parler. Ils m'en ont assez fait pour que je leur parle aussi. »

Je hoche la tête. « Il m'a… Ils m'ont dit qu'ils t'avaient torturé pour que tu parles.

Il hoche la tête à son tour. « Et je n'ai pas pu le supporter, pas plus que toi. Je leur ai dit des choses… »

Il s'arrête, et je sais qu'il se sent autant coupable que moi. Ils ont dû lui demander des choses sur Harry, sur sa famille, ou sur l'Ordre.

J'agrippe sa main. « Tu ne pouvais pas faire autrement, Ron » je dis tranquillement. « Aucun être humain ne pourrait supporter ce genre de douleur. Je sais – ils ont fait la même chose sur moi. »

C'est drôle, tu peux trouver les mots pour le rassurer facilement, mais tu ne peux pas en faire autant sur toi !

Il me lance un petit sourire amer.

C'est alors que je remarque que son regard a changé. Je pense que c'est dans ses yeux… Ils ont une ombre qu'ils n'avaient pas avant qu'il ne soit capturé. Il ressemble presque à une personne différente.

Mais je suppose que je suis également très différente de la fille que j'étais avant. Aucun de nous ne sera jamais plus le même.

« Qui t'a amené ici ? » je lui demande.

« Personne » il dit. « Je me suis réveillé dans la chambre qu'ils m'ont donné, et j'ai trouvé une note à côté de mon repas. Cet anneau était posé dessus. » Il soulève sa main pour me montrer un petit anneau argenté sur un de ses doigts. « La note disait que si je voulais te voir, il me suffisait de mettre cet anneau, ce que j'ai fait avant d'être téléporté ici. »

Je hoche la tête. « Est-ce que la note disait qui en était l'auteur ? » je demande.

Il secoue la tête, mais je sais déjà qui a écrit cette note. Bien sur que je le sais.

Pourquoi a-t-il autorisé Ron à venir me voir ?

« Te gardent-ils prisonnière ici ? il demande indigné, regardant la pièce minuscule. « Merde, moi j'ai une vraie chambre ! »

« Non, je ne pense pas que je vais rester ici très longtemps » je lui dis rassurante. « J'avais ma propre chambre moi aussi, mais… mais Lucius m'a dit qu'il voulait me garder ici un petit moment. »

Le visage de Ron s'assombrit. « Pour quoi faire ? »

« Il ne m'a pas dit » je réponds. Je ne veux pas lui dire ce qu'il s'est réellement passé dans cette pièce. Je ne veux pas qu'il s'inquiète trop pour moi.

Je déteste la façon dont je dois mentir à mon meilleur ami, à cause de ce salaud de Lucius Malefoy.

« Je suis sure que ce n'est pas grand chose » je dis à la hâte, en voyant ses oreilles devenir pivoine, signe d'un danger venant de lui. « Il m'a dit que je ne serai pas ici pour longtemps. Je pense qu'il essai seulement d'embrouiller mon esprit en me gardant enfermée ici pendant un petit moment. Mais il n'y a rien d'insurmontable, ne t'en fais pas. »

« Salaud » il murmure. Qu'est-ce qu'il veut de toi, maintenant ? »

« Il n'a rien dit » je réponds. Je pourrais lui dire ce qu'il s'est réellement passé mais je ne veux pas l'inquiéter outre mesure ! « Je pense qu'il veut seulement m'apprendre à être obéissante, c'est tout. J'ai été un peu… dure avec lui quand nous sommes arrivés ici. Il n'y a rien que je ne puisse gérer, vraiment. Je l'ai à peine vu depuis que nous sommes arrivés. »

« Salaud » dit-il encore, ses lèvres s'étirant en une ligne mince.

Je frotte son bras dans ce qu'il me semble être un geste réconfortant. « Tu as donc ta propre chambre, toi aussi ? » je demande innocemment, essayant de changer de sujet.

Il se permet un petit sourire réticent. « Oui. Elle est sympa en fait, bien mieux que la cellule que j'avais avant. »

Je lui donne une grimace en retour. « Ah, et as-tu une coiffeuse, une garde-robe, et ta propre salle de bain, comme moi ? »

Il rit alors, et je ris avec lui. Ca fait du bien de sourire – de sourire vraiment. « Oh oui ! » dit-il. « J'ai même plus que ça. »

Je lui souris d'un air moqueur. « Qu'est-ce que tu as d'autre ? »

« Un tapis » dit-il, et notre fou rire reprend de plus belle.

Il s'approche de moi et nous nous asseyons dos au mur, côte à côte. Je pose ma tête sur son épaule et il passe doucement ses doigts dans mes cheveux.

Qu'est-ce que c'était ?

Mes yeux se déplacent durant quelques instants dans un coin de la pièce. J'aurais juré avoir entendu…

Rien. C'est une très vieille maison. Elle doit souvent grincer.

Je ferme les yeux, savourant ce moment car je sais qu'il ne durera pas longtemps.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé lorsqu'ils sont arrivés au Terrier ? » je demande après un certain temps. J'ai besoin de savoir exactement ce qu'il s'est passé. J'ai besoin que ça soit clair dans mon esprit, de connaitre les conséquences de ma trahison.

Ca ressemble à de l'auto flagellation, mais je le mérite, non ?

Ron prend une profonde inspiration. « Nous étions dans le salon, essayant de trouver un plan pour te sauver. Tonks était là, ainsi que Lupin et quelques autres de l'Ordre. La plupart d'entre eux ont essayé de nous convaincre d'abandonner. Ils ont dit que tu étais sans doute déjà morte. Mais moi et Harry… et bien, on ne l'acceptait pas. On ne voulait pas renoncer à toi. »

Mon estomac se retourne alors que je sens un profond amour pour eux deux.

« Quoi qu'il en soit, Ginny est venus interrompre la dispute en nous disant que des Mangemorts approchaient de la maison. Moi et Harry, on s'apprêtait à combattre, mais Tonks l'a assommé avant qu'il ne puisse faire quoi que ce soit. »

« Je retiens mon souffle. « Pourquoi a-t-elle fait ça ? »

« Elle a dit que l'Elu n'avait pas à risquer sa vie tant qu'il n'était pas tout à fait près à combattre Voldemort. Elle l'a entrainé vers la cheminée et a utilisé la poudre de Cheminette pour le faire sortir de là. Je ne sais pas où elle l'a amené. »

Je secoue la tête. « Par Merlin, Harry doit être furax contre elle. »

« J'imagine » dit Ron tranquillement.

« C'était habile de sa part, cependant. » Je me souris à moi même. J'ai toujours apprécié Tonks.

« Ouais. » Il y a une tristesse dans sa voix. Aucun de nous deux n'avouons notre pensée commune – le fait que nous ne la reverrons sans doute jamais. Ron secoue la tête. « Quoi qu'il en soit, au moment même où ils disparaissaient dans la cheminée, les Mangemorts enfonçaient la porte. Maman a attrapé Ginny et a transplané, mais les autres sont restés pour se battre. Papa a essayé de me convaincre de Transplaner, mais je n'ai pas voulu. »

Je lève la tête pour le regarder. « Pourquoi n'es-tu pas parti quand tu en avais encore la possibilité ? »

Il sourit tristement. « Je ne pouvais pas renoncer à toi, Hermione. Je savais que les Mangemorts t'avaient kidnappée. »

Mon estomac est complètement vide. Tout est de ma faute, tout. Il serait à la maison avec sa famille s'il n'avait pas fait ça pour moi.

Je vais vraiment me mettre à pleurer. Je renifle et lui sourit, essayant de garder mes larmes au plus profond de moi. Je me saisis de sa main et la serre très fort.

« Hermione ? » Il y a de l'hésitation dans sa voix. « Malefoy, il… Enfin je veux dire, je sais que tu étais sous sa responsabilité au début. Il me l'a dit la première fois qu'ils m'ont questionné. Mais bon, je veux dire… »

Je sens mon cœur se serrer douloureusement.

« Il… » Ron devient légèrement rouge alors qu'il essaye de continuer. « Lorsqu'ils ont essayé de me faire parler, je ne voulais rien leur dire au début. Mais ensuite, il… » Il presse durement ses lèvres.

« Qu'est-ce qu'il a fait, Ron ? »

Il me regarde alors droit dans les yeux et je vois tellement de colère et de peur qu'il ne ressemble plus du tout à Ronald Weasley.

« Il m'a dit que si je ne leur donnais pas ce qu'ils voulaient, alors… » Il prend une profonde respiration avant de continuer. « Il a dit qu'il te violerait devant moi. »

Quoi ?

Je n'en crois pas mes oreilles.

De toutes les choses horribles, méchantes, immondes, il a pu –

« Est-ce qu'il… est-ce qu'il t'a touchée ? Si c'est le cas, je te jure que- »

« Non, il ne l'a pas fait » je dis à la hâte. « Et je ne pense pas qu'il le fera un jour, alors ne t'inquiète pas pour ça. »

« Comment le sais-tu ? » il demande désespérément.

« Je le sais parce que… parce qu'il… il y a fait allusion et il a rigolé et a dit qu'il ne salirait pas ses mains sur un déchet comme moi. Il a dit 'Je ne touche pas aux Sang-de-Bourbe'. Et de toute façon, quand Dolohov… »

Je m'arrête, laissant les mots disparaître dans l'air car je ne veux pas lui parler de ça.

Mais trop tard.

Les oreilles de Ron deviennent cramoisies de colère. « Qu'est-ce que Dolohov a fait ? »

« Rien » je dis beaucoup trop rapidement, mais sa prise se resserre sur ma main.

« Dis moi, Hermione. »

« Ce n'était rien. »

Rien ? Il n'avait pas envie de 'rien', lui…

J'éloigne cette pensée. « C'était juste… et bien, Dolohov a en quelque sorte essayé… mais Lucius l'a stoppé. Il a dit qu'il faisait honte aux Sang Pur- »

La respiration de Ron est soudainement lourde.

Je serre sa main. « Ron, ce n'est pas grave ! Ce que je veux dire, c'est que Lucius ne les laisserait pas faire ce genre de chose, donc tout va bien. »

« Je vais le tuer » il dit calmement.

« Qui ? Lucius ? »

Il s'arrête. « Tous. Lui et Dolohov. Je vais les tuer pour ce qu'ils t'ont fait. »

Je passe mon bras autour de ses épaules. « Je vais bien. Et toi alors ? Ils t'on traité bien pire qu'ils ne m'ont traité- »

« Non, pas du tout » il dit tranquillement. « Lorsqu'ils sont arrivés pour me torturer la première fois, ils m'ont dit que j'étais chanceux de ne pas être né Moldu comme toi. Ils ont dit qu'ils seraient plus indulgents avec moi à cause de mon sang. Il n'a pas fallu longtemps avant que Malefoy me menace de te blesser si je ne lui répondais pas. »

Je continue de frotter son bras, ne sachant pas quoi faire d'autre. « Ca va aller Ron. Je te le promets… »

« Comment peux-tu promettre ça ? » il demande violemment. « Comment peux-tu dire que tout va bien se passer alors que nous sommes entre les mains de ces psychopathes ? Alors qu'ils ont dit qu'ils allaient nous tuer lorsqu'ils n'auront plus besoin de nous ? Alors que tu as un putain de violeur après toi, avec seulement ce salopard de Malefoy pour te défendre ? »

Je garde le silence, fixant le sol. Je presse mes lèvres pour arrêter mes larmes de couler.

« Nous devons sortir d'ici, Hermione. »

« Comment ? » je demande. « Je veux dire, ça pourrait être possible si on parvient à sortir de la maison sans rencontrer personne en chemin. Mais on aurait à traverser le lac à la nage, et je ne pourrais alors pas venir avec toi. »

« Qu'est-ce que tu veux dire ? » il demande, fronçant les sourcils. « Tu sais nager, non ? »

« Oui. Mais il y a… des créatures dans le lac » je dis. « Elles ont essayé de me tuer quand on a traversé la rive. Elles s'en prennent aux nés Moldus, c'est peut être pour ça que tu ne les a pas vu. »

Ron aspire son souffle. « C'est de ça qu'elle voulait parler. »

« Quoi ? » je demande.

« Bellatrix a dit à Dolohov qu'on était chanceux de tous être des Sangs Purs. »

Je soupire. « Oui, ça doit être- »

« Mais on ne peut pas renoncer ! » il dit avec acharnement. « On doit pouvoir faire quelque chose ! »

« Je ne le pense pas, Weasley. »

Merde !

Ma tête se retourne pour apercevoir sa figure émergeant du néant alors qu'il enlève une cape d'invisibilité sur son corps, un sourire en coin horrible sur les lèvres. Sa baguette dans sa main est prête à l'emploi alors qu'il jette le morceau de tissu sur le sol.

Je reprends mes esprits bien avant Ron.

« Depuis combien de temps êtes-vous là ? » je demande, alors que Ron et moi nous mettons sur nos pieds.

« Depuis assez longtemps, Sang-de-Bourbe. » Lucius sourit alors qu'il me répond. « Assez longtemps. »

« Mais… » Ron commence à bégayer. « Vous n'étiez pas là lorsque je suis arrivé. Vous deviez déjà être invisible avant que je n'arrive ! »

Avant qu'il n'arrive ? Est-il en train de dire que Lucius était là pendant que je dormais ?

Lucius lève les yeux au ciel. « Votre vivacité d'esprit ne cessera jamais de me surprendre, Weasley. Je suppose que vous avez hérité de l'intelligence entière de votre famille ? »

« Arrêtez de me rabaisser, espèce de salopard ! »

Ron se jette en avant mais Lucius recule rapidement et le vise de sa baguette sans aucune trace de panique.

« Endoloris ! »

« AAAAARRRRRRGGGGGGHHHHHH! »

Les hurlements de Ron me déchirent les entrailles alors qu'il tombe au sol, se tordant de douleur. Je me jette sur Lucius mais alors que je l'atteins, il me saisit à la gorge et me tient à bout de bras. J'en ai le souffle coupé, étouffant sous ses doigts, et bien qu'il garde sa baguette levée vers Ron, ses yeux sont posés sur moi, froids et plein de colère, alors que les cris de Ron encerclent la salle.

« S'il vous plait- » je murmure ce mot, essayant de le faire sortir de ma gorge. Sa lèvre se recroqueville et il lève le sort, avant de me jeter au sol à côté de lui. Je rampe vers le corps de Ron secoué de tremblements et je passe mes bras autour de lui, le berçant contre moi.

« S'en est presque risible » dit Lucius d'une voix trainante, mais son visage est loin d'être souriant. Il est rempli d'une étrange expression de colère que je n'arrive pas à comprendre. « Vous êtes tous les deux incroyablement pathétiques. »

Ron lève la tête du sol. « Va te faire foutre, Malefoy ! »

De la colère brute et dangereuse apparaît pendant une courte seconde sur le visage de Lucius, avant d'être remplacée par un sourire horrible.

« Saviez-vous que votre amie m'appelle Lucius ? » Son regard s'attarde un instant sur moi avant de revenir vers Ron. « Elle sait très bien que je n'aime pas ça, et pourtant elle insiste pour m'appeler par mon prénom. Pourquoi, à votre avis ? Peut être qu'elle est de plus en plus attachée à moi- »

« Ron, non ! » je crie alors que Ron se rue vers lui.

« Impedimenta ! »

Ron est violemment projeté vers l'arrière, heurtant le mur, et des cris de douleur sortent de sa bouche alors que son corps touche durement la pierre impitoyable. Mais il ne tombe pas à terre comme je m'y attendais. Il reste où il est, collé au mur.

« Et vous allez rester où vous êtes » murmure Lucius alors qu'il se tourne vers moi, « ou je veillerai à ce qu'il souffre encore plus. »

Je me remets sur pieds, tremblant de la tête aux pieds alors qu'il se dirige lentement vers moi.

« Que voulez-vous ? » je demande doucement.

Il ne me répond pas. Il se contente de sourire en s'approchant de moi, se penchant plus près afin de me parler plus intimement.

« Je dois vous avouer que j'ai bien apprécié la petite conversation que vous avez eu tous les deux. » Il ricane en baissant les yeux vers moi, la voix tellement basse que moi seule puisse l'entendre. « Oui, j'ai trouvé ça très… amusant. Je tenais à vous remercier de m'avoir offert un divertissement d'une telle qualité. »

Je sens mon visage rougir.

Mais pourquoi ? Pourquoi devrais-je me sentir embarrassée ? S'il voulait écouter notre conversation, ça ne regarde que lui.

« Pourquoi étiez-vous là ? je lui souffle. « Pourquoi étiez-vous ici… » Seul, à me regarder dormir, à me regarder rêver, « à écouter notre conversation ? »

Il hausse les sourcils, ricanant.« Voulez-vous vraiment une réponse à cette question ? »

« Laissez-la tranquille, Malefoy ! » grogne Ron. Lucius pointe sa baguette sur lui sans même le regarder. Je ne sais pas ce qu'il a fait, mais Ron avale son souffle dans un soupir.

« Ce n'est pas à vous que j'adressais la parole, Weasley. »

« Arrêtez ! » je lui souffle. « Vous n'avez pas besoin de le blesser ! »

« Et je ne le ferais pas s'il arrive à garder la bouche fermée et que vous vous empêchez d'être insolente. Avez-vous déjà pensé que vous pourriez presque me trouver agréable si vous faisiez ce que je demande ? »

Agréable ?

Je tourne mon regard vers Ron qui respire durement par le nez en regardant Lucius avec une haine que je n'avais jamais vu sur son visage.

Je sens des doigts accrocher durement mon menton.

« Regardez moi, pas lui. »

Je fais ce qu'il dit, mais il ne me laisse de tout façon pas d'autre choix. Il lâche mon menton, me souriant de nouveau.

« Bien. Quant à votre précédente question, je vous dirai que j'ai assez de compassion pour permettre à votre ami de venir vous voir, mais je ne suis pas fou pour autant. Je ne suis pas assez stupide pour vous laisser tous les deux seuls ensemble. Qui sait ce que deux adolescents bourrés d'hormones pourraient faire ensemble, pour passer le temps ? »

« Qu'est-ce que ça peut vous faire, ce qu'on peut faire ensemble ? » je demande, mon embarras me tirant ces mots indignés.

La colère durcit ses traits. « Oh, croyez moi Sang-de-Bourbe, je me fous totalement de connaître votre sordide petite vie amoureuse. »

« Dans ce cas, pourquoi- »

Il me coupe en me giflant au visage. Ma tête est jetée vers l'arrière et je mords l'intérieur de ma joue pour empêcher les larmes de couler.

« Laissez la tranquille, espèce de salaud ! » La voix de Ron vient à mon secours, mais soudain…

« Silencio ! »

Ron ouvre et ferme sa bouche en silence, regardant Lucius avec une haine pure et totale.

« Vous parlerez quand on vous le demandera, jeune homme » dit tranquillement Lucius. « Je suis en train de parler avec la Sang-de-Bourbe, et je crains que vous ne soyez pas le bienvenu dans notre petite conversation. »

J'ouvre ma bouche de rage, mais il pointe alors sa baguette sur mon cœur.

« Et ne pensez même pas le défendre » dit-il calmement. « Ou je veillerai à ce qu'il souffre beaucoup plus que par un simple sort de silence. »

Je serre les lèvres, les gardant fermées.

Merde.

Il s'approche plus près, de plus en plus près, et il éloigne mes cheveux de mon épaule alors qu'il me parle doucement à l'oreille.

« Ne pensez pas pouvoir vous en sortir avec votre impertinence. J'ai passé une bonne partie de ma journée d'hier à vous inculquer ce que je ne tolère pas de votre part. Et je ne veux pas croire que j'ai perdu mon temps. »

Il passe sa main dans mes cheveux et me tire la tête en face de lui, beaucoup trop près.

« Ais-je perdu mon temps, Sang-de-Bourbe ? »

Je ravale les larmes qui brûlent mes paupières. « Non. »

Il sourit légèrement. « Bien. »

Il libère mes cheveux et s'éloigne de moi.

Je regarde le visage de Ron, rouge de colère, et je me dirige automatiquement vers lui.

« Non. » Lucius n'a même pas à lever la voix. « Je ne pense pas. » Il me pousse vers l'arrière, jusqu'au mur. « Restez là, et ne bougez pas tant que je ne vous n'en donne pas l'ordre. »

J'en ai presque le souffle coupé. Mais je garde mon visage aussi dur que le sien alors que je le regarde froidement et longuement.

« Maintenant, allons-nous laisser le jeune Weasley parler à nouveau ? »

Il pointe sa baguette sur Ron, attendant mon approbation avec un sourire moqueur.

« Oui, s'il vous plait » je dis calmement, le haïssant de tout mon être.

Il sourit.

« Finite Incantatum. »

Il y a quelques secondes de silence, puis…

« Vous êtes un salopard, Malefoy. »

Lucius se retourne au son de la voix de Ron et vient se poster près de moi. Je déteste ça car ça donne l'impression qu'il y a moi et Lucius d'un côté, et Ron tout seul de l'autre. Sa baguette vient effleurer doucement, très doucement ma hanche, me rappelant qu'il a le contrôle sur moi.

« C'est quoi votre problème ? » demande Ron, la voix tremblante de haine. « Vous prenez votre pied à faire souffrir les gens, c'est ça ? »

Je retiens mon souffle mais Lucius lui ricane au nez.

« Je n'irai pas jusqu'à dire que je… ah, 'prends mon pied', mais je dois admettre que mes scrupules ont tendance à m'abandonner quand il s'agit de la famille Weasley. Je pense que ça s'est bien ressenti durant la première année de votre sœur à Poudlard, vous ne pensez pas ? »

Le visage de Ron se crispe sous un masque de rage, mais il ne peut faire aucun mouvement. « Ne parlez pas de ma sœur, Malefoy. »

Lucius se met à rire véritablement. Il balance sa tête en arrière et commence à pouffer. « Je parle de ce que je veux et de qui je veux, Weasley. Et ça inclut tous les membres sans valeur de votre famille. Je pourrais vous rappeler que vous n'êtes pas en mesure de me donner des ordres. »

Ron respire fortement, comme s'il avait couru. « Je ne parlais pas seulement de moi et de ma famille » dit-il finalement. « Vous semblez prendre plus de plaisir à blesser Hermione que moi. Quand vous êtes venu pour me soutirer des informations, vous avez laissé cette salope de Bellatrix faire le sale boulot. Vous ne m'avez jamais blessé pour atteindre Hermione. Je ne peux qu'imaginer ce que vous lui avez fait subir lorsque vous avez été seul avec elle. Et vous n'avez aucune putain de raison de faire ça ! Vous ne faites ça que parce qu'elle est née Moldue ! »

« Sa situation de Née Moldue n'a pas sa place dans l'histoire » dit froidement Lucius. « Je l'ai torturé parce que c'était de mon devoir. Je peux vous assurer que j'en aurais fait autant sur vous si vous aviez été mon prisonnier. »

J'ai envie de hurler. Mais je ne le fais pas cependant.

« Ne faites pas comme si vous connaissiez quelque chose sur moi, mon garçon » continue Lucius. « Ou sur elle, d'ailleurs. »

Qu'est-ce que… Qu'est-ce que ce genre de phrase est censé vouloir dire ?

« De quoi vous parlez, putain ? » Ron demande, incrédule. « Elle est mon amie- »

« Et elle est ma prisonnière » réplique Lucius d'une voix trainante. « Ce qui signifie que j'ai vu des côtés de sa personnalité qu'elle n'aurait pas voulu vous montrer, même pas en rêve- »

« Je suis là, vous savez ! » je cris subitement.

Un court silence s'installe.

« Et qui le sait plus que moi ? » marmonne Lucius avec véhémence. « Merde, je ferais n'importe quoi pour me débarrasser de vous, une bonne fois pour toute. »

Ces mots me blessent plus durement que je ne veuille bien l'admettre. Je ne sais pas pourquoi, c'est juste…

La porte émet un 'click' et s'ouvre violemment sur Bellatrix, suivie de près par Dolohov. Ils sont tous les deux souriants, s'esclaffant presque.

« Lucius, tu ne devineras jamais ce qu'il s'est passé ! » dit Bellatrix en reprenant son souffle.

Lucius se contente de lever un sourcil vers elle. « Je n'ai pas le temps de jouer aux devinettes. Que s'est-il passé ? »

« Ils ont accepté, Lucius » dit Dolohov avant de se retourner pour verrouiller la porte. « Ils acceptent de faire ce que nous voulons, quand nous voulons, et ils attendent patiemment nos ordres. Tout ce qu'ils attendent en retour, c'est qu'on ne fasse pas de mal à leur petit garçon. »

Bellatrix laisse échapper un rire triomphant pendant que Lucius se retourne vers Ron, un sourire en coin.

« Et bien, et bien » il sort d'une horrible voix trainante et pleine de malice. « Avez-vous entendu ça, mon garçon ? Vos parents ont accepté de servir le Seigneur des Ténèbres. Que pensez-vous de cela ? »

C'est comme si le sol disparaissait sous mes pieds. Je peux à peine comprendre ce qu'il se passe, sous le choc.

Le visage de Ron devient blanc, si blanc qu'on a l'impression que tout son sang l'a quitté.

« Mais… Ils ne pourraient pas… Ils n'auraient jamais… » il bafouille.

« Oh, mais si ils l'ont fait ! » Bellatrix lui coupe la parole. « Et ils l'ont fait sans hésiter un seul instant. Qu'est-ce que ça te fait, La Belette ? Tu nous a trouvé deux nouveaux serviteurs pour le Seigneur des Ténèbres ! »

« Mais, ils n'ont pas pu ! » dit Ron désespérément.

Lucius lève les yeux au ciel. « Honnêtement, j'aurai pensé que vous en seriez heureux. Vous auriez préféré qu'ils nous disent : 'Non, nous ne voulons pas vous servir, tuez notre fils. Nos principes sont plus importants que sa propre vie'. C'est ça que vous auriez aimé entendre ? »

Ron ne lui répond pas mais la tristesse se lit sur son visage. Je peux le voir par la blancheur de sa peau et les larmes dans ses yeux.

Lucius retient un ricanement. « Je ne le pense pas. »

« Vous êtes des SALOPARDS ! » crie Ron soudainement. « Ce sont mes parents, espèces de gros malades, de salauds de psychopathes ! Comment pouvez-vous utiliser le propre fils pour que ses parents vous obéissent ? C'est si faible, si tordu ! J'espère que vous brulerez tous en Enfer, espèces de putain de- »

« Stupefix ! »

« Non ! »

Le mot sort de ma bouche au moment même où le jet de lumière rouge atteint Ron en pleine poitrine, et le fait tomber au sol.

Je pince les lèvres et ferme les yeux, me laissant tomber à genoux, car qu'est-ce que je peux faire d'autre ? Ils ont tous leur baguette alors que je n'ai rien.

« Merci Antonin. J'ai cru un instant que nous allions encore devoir supporter un autre de ses coups de gueule. » Je garde les yeux fermés, essayant d'ignorer les mots de Lucius. « Ramène-le à sa chambre et ne t'occupe plus de lui pendant un moment. Laisse-lui seulement un peu de nourriture au moment où il se réveillera. »

J'ouvre les yeux pour voir Dolohov ouvrir la porte et pointer sa baguette sur Ron. Ce dernier se redresse et flotte dans les airs, comme une marionnette. Il flotte vers Dolohov qui referme la porte derrière eux.

« Salauds. » Je me remets sur pieds, secouée de tremblements pleins de haine. « Qu'a-t-il fait pour mériter ça ? »

Ma gorge se referme.

J'ouvre la bouche et essaye de sortir des sons, mais je n'y arrive pas, peu importe les efforts que je fais. Je peux respirer mais je ne peux pas parler.

Bellatrix a sa baguette pointée sur moi.

« Nous n'avons pas le temps d'écouter tes excès de colère, Sang-de-Bourbe » elle me siffle. « Le garçon n'a pas été blessé, il a seulement été mis sous silence pendant un petit moment. J'aurai pensé que tu en serais contente. »

J'ouvre la bouche automatiquement, mais aucune réponse indignée ne vient. Je fais donc tout mon possible pour les mépriser par un simple regard. Je leur lance un regard furieux.

Bellatrix se tourne vers Lucius, toute souriante. « C'est tellement agréable lorsqu'elle garde la bouche fermée, tu ne trouves pas ? »

« Oh Bella, tu n'imagines pas à quel point. » dit-il en me lançant un regard en biais.

Elle passe ses bras autour de son cou, le rapprochant d'elle. Il lui sourit avant qu'elle ne dépose un baiser sur ses lèvres.

Ma bouche ne s'ouvre pas mais mon estomac se retourne alors qu'il pose ses mains sur sa taille, la rapprochant plus près de lui.

J'ai envie de vomir.

N'est-il pas marié ? Et avec sa sœur, bordel de merde !

Mais bon, après tout ce qu'il m'a fait, je ne serai pas surprise qu'il couche avec sa belle-sœur.

Mais… pourquoi a-t-elle fait ça devant moi ? Pourquoi n'a-t-elle pas voulu garder ça privé ?

Elle répond à ma question muette en me regardant du coin de l'œil alors qu'elle l'embrasse.

Il s'éloigne d'elle, gardant ses mains sur ses hanches, tandis qu'elle pose sa main sur sa joue.

« Tu devrais aller voir le Seigneur des Ténèbres et lui donner ces bonnes nouvelles » il lui murmure, d'une voix si faible que je dois tendre l'oreille pour l'entendre.

« Pourquoi ne viendrais-tu pas avec moi ? » elle lui demande, faisant glisser son doigt sur ses vêtements. « Nous pourrions le lui dire ensemble. Il nous récompensera grassement, j'en suis sure- »

« Non. » Il se détache d'elle, arrachant sa main de sa poitrine. « Je crains que non, Bella. J'ai des… affaires à finir ici. » Il me regarde intensément, et elle tourne la tête vers moi pour me lancer un regard qui me gèle sur place.

« Et bien, ça ne devrait pas prendre plus de cinq minutes je suppose ! » dit-elle avec vivacité. « Je vais t'attendre, et nous pourrons y aller ensemble. »

« Non, je pense que tu devrais y aller seule » dit-il fermement. « Ca pourrait t'aider à retrouver ses bonnes grâces si tu lui donnes ces nouvelles. Après tout, il n'a pas été particulièrement plaisant avec toi depuis l'incident du Département des Mystères- »

« Il n'a pas été très plaisant non plus avec toi ! » dit-elle indignée.

« Non, en effet » il répond calmement. « Mais mon travail avec la Sang-de-Bourbe m'a remonté dans son estime, je pense. »

« Je ne vois vraiment pas pourquoi tu dois encore rester avec elle aujourd'hui. Tu étais avec elle toute la journée d'hier. »

Je pourrais presque rire. Est-ce qu'elle est réellement jalouse… de moi ?

Oh, par Merlin !

« Et j'en suis désolé » il répond d'une voix trainante, clignant des yeux vers elle. « Mais j'ai bien peur qu'il n'y ait aucun moyen de contourner ce désagrément. Le Seigneur des Ténèbres m'a demandé de la punir pour l'incident fâcheux de Carrow. Je ne peux pas me permettre de lui désobéir, tu le sais très bien. »

Oh, espèce de salaud ! Si je pouvais parler, je jure que je lui aurais dit la vérité sur ce qu'il s'est réellement passé !

« Et de toute façon » il continue. « C'est toi qui était responsable des Weasley. A aucun moment, je n'y ai pris part. » Il passe un doigt sur son menton, l'obligeant à lever vers lui son visage boudeur. « Tu devrais y aller seule, Bella » dit-il d'une voix charmeuse. « Je ne voudrais pas m'octroyer un simple bout de ta propre victoire. Elle est entièrement à toi. »

Elle semble se convaincre de ses mensonges hypocrites. Elle lui sourit, apaisée, avant de lui déposer un léger baiser sur les lèvres.

« Je te verrai plus tard, alors. »

Elle se détourne de lui, me lançant un dernier regard meurtrier avant de quitter la salle en fermant la porte derrière elle. Lucius dirige sa baguette derrière elle, et la porte se verrouille à nouveau.

« Donc, » il s'appuie contre le mur, un petit sourire sur son visage. « Nous y revoilà, Sang-de-Bourbe. Juste vous et moi, une fois de plus. »

Je le regarde. Je le hais.

« Oh, excusez moi. » Il sourit en levant sa baguette. « J'avais complètement oublié votre petit soucis. Finite Incantatum. »

C'est comme si ma gorge s'ouvrait de nouveau.

« Que voulez-vous encore de moi, bon sang ? » je lui souffle alors que je me met sur pieds. « Pourquoi n'êtes-vous pas allé avec elle ? Je ne veux pas que vous soyez ici. »

Il sort un petit rire incrédule. « Et bien, et bien, je veux seulement parler avec vous. Pas besoin d'être si susceptible. »

« Susceptible ? » Susceptible est un peu léger comparé à mon humeur. La susceptibilité est bien loin de rivaliser avec la haine et la rage que je ressens contre lui. « Susceptible ? »

Il rit. « Calmez-vous, ma chère et émotive prisonnière. »

« Non, je ne me calmerai pas ! » je crie. « Partez. Rattrapez Bellatrix et allez avec elle ! Laissez-moi seule. »

Je me détourne de lui et m'appuie contre le mur, appuyant mon front contre la pierre froide.

« Non » dit-il après un certain temps. « Non, je pense que je préfère rester ici. Bella peut être tellement… répétitive. »

Je pousse un minuscule éclat de rire alors que je me retourne vers lui afin de lui faire face à nouveau.

Il est plus proche qu'il ne l'était juste avant.

« Et je ne le suis pas, je suppose ? » Je le regarde longtemps et durement. « Je passe mon temps à essayer de lutter contre vous, à tomber en larmes, et à finir par céder à ce que vous me demandez. Si ça, ce n'est pas répétitif, je ne sais pas ce que c'est. »

Il… il ne me répond pas. Il se contente de me regarder, s'approchant de plus en plus près de moi. Il a une expression étrange sur le visage… C'est comme si quelque chose l'amusait.

« Oui, en effet. Mais vous admettrez que la haine est tellement plus… intéressante que l'adoration. Par exemple, je suis persuadé que vous me trouvez bien plus intéressant que votre ami Weasley, même si vous préférez sa compagnie à la mienne. »

« Comment pouvez-vous suggérer cela ? » je demande, incrédule. « Voldemort lui même pourrait être un sujet fascinant, mais ça ne signifie pas que je chercherais sa compagnie si j'en avais le choix ! »

Il ricane et je crie presque de frustration, mais je me force à canaliser ma colère sur quelque chose de plus utile. Si il préfère la haine à l'affection, alors il doit être servi avec moi.

« Dites-moi » je lui lance, et j'espère que ces mots vont le blesser. « Est-ce que votre femme sait que vous couchez avec sa sœur ? »

Son visage se contracte dans un froncement de sourcils.

« Quelle importance si elle est ou non au courant ? » il demande tranquillement. « La façon dont je traite ma femme ne vous concerne en rien. »

Un long silence s'installe entre nous. Je regarde dans ses yeux gris et froids, rétrécis par la colère. Ils sont comme de la glace.

« Pourquoi avez-vous dit à Ron… » je commence, ne sachant pas comment finir ma phrase. Je ne suis pas sure de vouloir connaître la réponse.

« Pourquoi je lui ai dis quoi ? » Sa voix est calme.

« Vous avez dit à Ron que vous me violeriez devant lui s'il ne répondais pas à vos questions » je marmonne.

Son visage se durcit. « Quelle importance ? » il demande tranquillement. « Qu'importe ce qu'il a cru ? Je ne l'aurai pas fait de toute façon. »

« Je sais ça ! » Je sens mon visage rougir sans que je ne puisse l'en empêcher. « Mais c'était si… faible d'utiliser cette astuce pour le faire parler ! »

« Et bien, c'était une occasion trop tentante pour passer à côté ! » Un petit sourire malicieux éclaire son visage. « Vous auriez dû voir l'expression de son visage lorsque je lui ai décris exactement ce que je voudrais vous faire, et sur la façon que j'aurai de m'assurer que vous apprécierez chaque minute- »

Il a dit à Ron ce qu'il voudrait me faire ?

« Vous êtes un incroyable salaud ! »

Je bondis vers lui, l'humiliation et la rage tapant à mes oreilles. Comment a-t-il osé ?

Mais je m'arrête avant que je puisse l'atteindre. Je suis comme gelée sur place alors qu'il tend sa baguette vers moi, et en une seule seconde, il se tient devant moi. Ma tête est la seule chose que je puisse bouger. Il sourit, faisant glisser son doigt sur ma joue.

« Il n'est pas nécessaire de se mettre en colère. Vous savez que votre corps est… sacré pour moi. »

Je presse mes lèvres.

« Maintenant, allez-vous vous comporter docilement si je vous laisse bouger de nouveau ? » il demande calmement.

Je ravale mon indignation et je hoche la tête. Il sourit plus largement et donne un petit coup de baguette. Je trébuche légèrement alors que le sort m'abandonne, mais il me saisit par le bras pour me garder debout.

Il ne me lâche pas, même lorsque je retrouve l'équilibre.

« Je dois vous dire, je me suis senti… touché lorsque vous m'avez défendu face aux accusations de votre ami » il ricane. « Je n'aurai jamais cru que vous vous souciez de moi. »

« Je ne me soucie pas de vous ! » J'arrache mon bras de son emprise et il respire un petit rire.

« Bien sur que non. » Il approche sa main de mon visage et passe ses doigts dans mes cheveux pour les mettre derrière mon oreille. « C'est d'ailleurs pour ça que vous avez réfuté ses allégations avec tant de véhémence. Pourquoi ne l'avez-vous pas laissé croire ces horreurs sur moi ? »

« Parce que je ne voulais pas lui faire du mal ! » je souffle. « Et je ne m'attend pas à ce que vous compreniez cela. »

« Un sentiment admirable » dit-il moqueur. « Mais dans ce cas, pourquoi lui avez-vous raconté ce que Antonin a essayé de vous faire ? »

Je me tais quelques secondes.

« Je voulais juste… » je commence, ne sachant pas quoi dire.

Il ricane plus encore, enlevant sa main de mes cheveux. « Donc, vous ne vouliez pas lui faire de mal. Ou peut être êtes-vous simplement en train de vous attacher à moi. »

« TAISEZ-VOUS ! » je hurle, levant la main pour le gifler, mais il l'intercepte avant que je ne puisse l'atteindre. Son sourire disparaît alors qu'il me tire vers lui.

« Vous osez encore lever la main sur moi ? » Son visage est baigné de colère. « Je pensais que je vous avais appris l'obéissance hier, ou au moins quelques remords quant à vos actions depuis que nous sommes arrivés ici. »

« Et bien vous vous êtes trompé apparemment. Pensiez-vous vraiment que j'aurai fait ce que vous m'avez demandé hier, si vous ne m'aviez pas forcé à le faire ? Et quant à vous poignarder, je suis bien contente de l'avoir fait, vous m'entendez ? Je regrette seulement de vous avoir touché au bras, plutôt qu'au cou- »

Il met sa main à ma gorge et me cloue au mur. Ma bouche est tirée dans un rictus horrible alors qu'il me regarde longuement et durement.

« Je vois » dit-il tranquillement. « Il semble que j'ai perdu mon temps, après tout. Je savais que vous ne pensiez pas ce que je vous ai fait dire, mais j'avais espéré que vous regretteriez au moins votre tentative désespérée de violence envers moi, ou encore que vous apprendriez à m'obéir plus facilement. » Il me regarde intensément, son visage si haineux que ça me rend malade. « Pourquoi ne faites-vous pas simplement ce qu'on vous dit ? »

Il me regarde quelques instants avant de s'éloigner de moi, lâchant ma gorge. Je m'écroule au sol, massant mon cou alors qu'il dirige sa baguette vers le sol, où un plateau apparait avec une miche de pain, un bol de soupe et un verre d'eau.

« Je serai de retour dans une demi-heure » dit-il sèchement. « Il semble que nous avons plus de travail que je ne le pensais. Je m'attends à ce que vous ayez terminé votre repas à mon retour. »

Il sort la petite clé de sa robe et disparait.

Tu ne dois pas paniquer. Quoi qu'il te fasse, il ne peut pas faire pire que ce qu'il t'a déjà fait.

Oui.

Je m'assois sur le sol avec mon plateau de nourriture, chassant ma peur, et profitant de mon repas jusqu'à la dernière bouchée.