'Nous sommes restés là, debout, l'un comme l'autre… sachant tous deux que nous avions atteint un lieu où nous n'étions jamais allés, et pareils au chat et à la souris des dessins animés, nous étions encore vivants, et nous voulions voir jusqu'où nous pourrions aller avec ce truc en restant en vie.' –Chuck Palahniuk, Fight Club

'Etoiles, cachez vos yeux, que la lumière ne puisse voir mes profonds et sombres désirs.' - William Shakespeare, Macbeth


Chapitre 10 Lutte de pouvoir

« Nox ! »

Cette incantation murmurée me fait ouvrir les yeux.

Je ne peux pas m'être endormie, si ? J'ai juste fermé les yeux une petite seconde !

La lumière s'est éteinte.

Oh, non !

Je ne l'ai même pas entendu revenir ! Il était parti depuis si longtemps que je commençais à penser qu'il avait changé d'avis et qu'il ne viendrait pas.

Je me remets sur pieds dans l'obscurité.

« Petrificus Totalus ! »

Je sens tous mes membres se raidir et je tombe sur le dos. Des larmes me brulent les yeux mais je ne peux même pas crier, ma mâchoire restant obstinément close.

Je tends mes muscles, essayant désespérément de les faire bouger, mais rien ne peut faire disparaître cette paralysie horrible.

Je ne peux pas bouger.

Je ne peux pas voir.

Je peux seulement entendre : entendre ses petits rires moqueurs.

« Un simple petit sort, mais si efficace, vous ne trouvez pas ? »

Vous savez que je ne peux pas vous répondre, salaud !

Click

Click

Click

Le son de ses bottes se rapproche, s'arrêtant tout près de ma tête.

« Par Merlin, mais c'est qu'il y a de l'amélioration » il me dit malicieusement. « C'est un tel plaisir de ne pas voir vos pleurnicheries, de ne pas voir votre besoin incessant de me prouver votre courage, de ne pas vous voir me regarder dans les yeux en prétendant que vous êtes mon égal… »

Il s'arrête et commence à rire.

« Maintenant, vous êtes à votre place : sur le sol à mes pieds. Inutile, impuissante, avec une telle lueur de peur dans vos yeux. Oh oui, je peux vous voir. La Main de la Gloire est un objet merveilleux. Ne pensez pas pouvoir vous cacher dans l'obscurité. »

Je sens ses vêtements me frôler.

« C'est l'obscurité qui nous montre ce que nous sommes vraiment, Sang-de-Bourbe » il murmure. « Dans le noir, on peut être ce que l'on souhaite. »

Ses pas se déplacent de l'autre côté de la salle.

Click

Click

Click

« Vous êtes à ma merci » dit-il tranquillement, avec délectation. « C'est quelque chose que vous n'avez jamais été en mesure de comprendre. Vous ne me montrez aucune complaisance, alors même que l'ordre naturel des choses l'exige. » Sa voix se durcit. « Je suis celui qui a le pouvoir ici, et je l'ai toujours eu. Vous devriez toujours être à mes pieds. Et pourtant, vous continuez avec votre insupportable insolence. Vous continuez à vous battre contre moi, prétendant toujours que vous êtes mon égale. »

Un long silence s'installe.

« Par Merlin, vous apprendrez votre place avant que j'en ai fini avec vous. »

Il s'arrête à nouveau, laissant les mots s'évanouir.

Non, non, je ne vais pas accepter ça. Il ne m'aura pas.

Ses pas se rapprochent à nouveau, et je le sens s'accroupir près de moi.

« Je crois que je vais vous laisser comme ça un petit moment » dit-il négligemment en passant sa baguette sur ma joue. « Ca ne vous donne pas d'autre choix que de rester tranquille, calme, et d'écouter pour une fois. »

Il se lève et s'éloigne de moi. Je cligne des yeux dans l'obscurité, essayant d'apercevoir quelque chose, n'importe quoi…

« Je vais parler, » dit-il calmement, « et vous allez m'écouter. »

Seulement si je le décide…

« Je veux que vous vous rappeliez l'année de vos onze ans, lorsque vous avez reçu votre lettre de Poudlard. » Il fait une pause pendant quelques secondes. « Je veux que vous vous rappeliez ce que vous avez ressenti lorsque vous avez ouvert la lettre. »

Quel est ce genre de jeu encore ?

Ca n'a pas d'importance. Ce qui importe, c'est que je ne pense pas, car si je pense à ça, je vais le laisser salir mon esprit encore une fois.

Mais dans ces ténèbres sans mouvement, je ne peux m'empêcher de penser à ça. Ses mots sont la seule chose que j'ai pour l'instant, et je sens mon cerveau travailler contre mon gré.

Comment je me suis sentie ?

Vraiment, vraiment excitée. Je m'en souviens maintenant. Ce n'est pas étonnant : j'ai découvert qu'il existait un vrai monde de la magie, bien réel, qui n'existait pas que dans les contes de fées. Non seulement ça, mais j'ai découvert que je pouvais en plus pratiquer la magie ! Moi ! La petite et si discrète Hermione Granger. J'étais spéciale, très spéciale, et pour la première fois de ma vie.

Mais j'étais… Je veux dire, au début je ne savais pas s'il fallait y croire. J'avais toujours pensé que la magie était une invention. J'ai eu le sentiment horrible que quelqu'un se payait ma tête. Qu'il s'agissait d'une blague, ou quelque chose comme ça.

« J'imagine que ce fut une véritable surprise pour vous. » Sa voix perce l'obscurité. « Vous ne saviez même pas que la magie existait lorsque votre lettre est arrivée, je présume. »

Non, bien sur que je n'étais pas au courant, mais on ne peut pas m'en vouloir pour ça ! Je suis Née Moldue, bien sur que je ne savais pas que la magie existait !

Tais-toi Hermione ! C'est exactement sur ce point qu'il veut en venir !

« Vous avez grandi sans aucune magie » dit-il d'une voix froide. « Vous avez grandi parmi les Moldus. Vous ne saviez même pas ce qu'était la magie avant d'avoir onze ans. »

Et soudain, une douleur brulante me traverse le cuir chevelu, mes cheveux sont tirés en arrière et je ne peux broncher sous la douleur.

« Quel droit aviez-vous de venir dans le monde magique ? » il murmure, sa voix métallique me soufflant ces mots directement à mon oreille. « Quel droit aviez-vous d'utiliser la magie ? Lorsque d'innombrables familles de sorciers au Sang Pur ont dû travailler sans relâche pendant des générations pour faire perdurer la magie, souffrant de persécution par des Moldus trop effrayés pour admettre leur propre infériorité ? Qu'est-ce qui donne le droit à un Moldu – n'importe quel Moldu – de rentrer dans notre monde, notre monde baigné par les liens du sang ? »

Il s'arrête et desserre les doigts de mes cheveux.

« Ah, mais vous ne me croyez pas, c'est vrai » dit-il tranquillement. « Je peux le voir dans votre esprit. Dans ce cas, pensez à ceci : aviez-vous déjà eu la moindre indication qui prouvait que vous étiez différente des autres enfants Moldus qui vous entouraient ? »

Enculé.

Je sais de quoi il parle. Les élèves en parlaient à l'école – des performances magiques aléatoires qu'ils avaient réussi à faire sans même le vouloir étant enfant.

Réfléchis, Hermione.

Mais… je ne sais pas si j'en ai eu. Je devrais m'en souvenir, non ?

Je réfléchis aussi fort que je le peux. Il a dû y avoir quelque chose, n'importe quoi… Quelque chose d'anormal que je ne pouvais pas m'expliquer…

Il doit y avoir quelque chose !

Je peux presque l'entendre ricaner.

« Vous ne pouvez me nommer aucune de ces occasions, n'est-ce pas ? » Sa voix est remplie de malice. « Vous n'avez jamais effectué un seul acte de magie accidentel, je parie. Je ne peux pas vous en vouloir pour ça, c'est tout à fait normal après tout. Et savez-vous pourquoi ? »

Je suis sure que vous allez me le dire.

« Parce que vous n'avez aucun droit d'étudier la magie, voilà pourquoi. » Il est toujours accroupi près de moi. « Je suis persuadé que même cet idiot de Londubat a provoqué de la magie sans le vouloir lorsqu'il était enfant. »

Neville n'est pas un idiot !

Mais… je me souviens que lors de la cérémonie à Poudlard, Neville nous avait raconté comment son oncle l'avait laissé tomber par la fenêtre, et qu'il avait rebondit sur le gazon. Je me souviens qu'Harry m'avait raconté qu'il avait fini sur le toit de l'école.

Pourquoi je ne me rappelle pas de choses comme ça ?

Parce que chaque sorcière ou sorcier a une histoire différente. Ca ne veut absolument rien dire. N'oublie pas que les gens t'ont dit que tu étais la sorcière la plus brillante de ta promotion.

Les paroles de Lucius ne veulent rien dire. Ils sont vides de sens. Je ne dois pas les écouter.

Je sens sa main chaude passer sur ma joue.

J'aimerais qu'il arrête de faire ça.

Mais il continue, ses longs doigts me caressant le côté du visage, et son pouce… frôlant doucement ma joue…

Je bouge la seule partie de mon corps que je peux encore déplacer : je ferme les yeux.

Une petite piqure me traverse la joue alors qu'il me gifle avec la même main qui m'effleurait quelques secondes auparavant.

« Gardez les yeux ouverts. »

Je fais ce qu'il me dit, et je sens son esprit s'infiltrer dans le mien pendant quelques secondes alors qu'il lit mes pensées.

« Vous restez bien sur accrochée au fait qu'on vous considérait comme la 'meilleure élève de votre promotion' à Poudlard. » Il rit presque. « Bien sur qu'on vous disait ça. Vous travailliez tellement dur. Vous avez mémorisé tous les sorts et les techniques pour les utiliser sans le moindre défaut. Mais vous devez vous poser une question : auriez-vous été en mesure de pratiquer aussi bien la magie si vous n'aviez pas travaillé aussi durement ? »

Je…

Je ne sais pas. Comment pourrais-je connaître la réponse à cette question ? J'ai toujours été une travailleuse acharnée. C'est tout ce que j'ai jamais connu.

Bon, je suppose que j'avais le sentiment qu'il fallait que je travaille beaucoup plus à Poudlard, que je ne l'ai fait à l'école primaire. Il y avait tellement de choses à rattraper aussi…

Je peux à nouveau sentir cette main invisible fouiller dans mon esprit alors qu'il est toujours penché sur moi. Je peux sentir son souffle léger sur ma peau.

« Vous commencez à comprendre, n'est-ce pas ? » il sort un petit rire satisfait. « Vous commencez à réaliser que j'ai peut être marqué un point, après tout. »

Taisez-vous ! Je ne croirais jamais ce que vous me dites, jamais jamais jamais !

Je hurle les mots dans mon esprit, en espérant cette fois qu'il est en train de les lire.

Un long silence s'installe avant qu'il ne me gifle à nouveau. Ma tête ne bouge pas mais je peux sentir le picotement se répandre sur mon visage.

Il y a quelque chose de si personnel dans une gifle en plein visage. Je ne sais pas pourquoi, mais c'est très personnel.

Je ne suis plus seulement sa mission, maintenant. C'est devenu beaucoup plus personnel entre nous, plus que aucun de nous n'aurait pu l'imaginer.

Je l'entends se lever.

« Donc, vous ne me croyez toujours pas ? » Je peux l'entendre marcher lentement autour de moi.

Click

Click

Click

« Dites-moi, vous êtes-vous déjà demandée pourquoi vous avez travaillé si intensément ? » Sa voix est douce, si douce. « Avez-vous déjà pensé que vous avez travaillé si durement parce que vous vous êtes rendu compte que la magie ne venait pas naturellement chez vous ? Pensez-y. Entre vous et vos deux meilleurs amis, vous étiez la seule à ne pas avoir de sang magique en vous, et par conséquent vous étiez celle qui devait travailler le plus. »

Mais je n'ai pas eu à travailler plus dur ! Je l'ai choisi !

N'est-ce pas ?

Je ne VAIS pas l'écouter !

Mais… je dois écouter. Il n'y a rien d'autre à faire.

« La magie est héréditaire » il murmure. « Il n'y a pas d'autres moyens de voir les choses. Le fait que vous ayez réussi à obtenir un pouvoir magique de base est… malheureux, mais ça ne vous donne pas le droit de dire que vous êtes une sorcière. »

Je ne vous crois pas !

Je ne veux pas vous croire !

« Ce n'est pas quelque chose que l'on peut apprendre » il continue de son horrible voix trainante. « Ni un jouet mit entre les mains de sales Moldus. C'est un privilège, qui ne devrait être pratiqué que par ceux qui sont jugés dignes par leur sang. »

N'écoute pas. C'est une logique tordue de Sang-Pur. C'est tout ce que c'est.

Je sens sa baguette parcourir ma joue.

Mon souffle se bloque dans ma gorge.

« Vous continuez à ne pas me croire ? il demande tranquillement. « Je sais que vous vous dites que ce sont des mensonges et que c'est ridicule. » Il respire un petit rire alors qu'il repose le bout de sa baguette sur ma joue. « Croyez-moi, vous n'avez aucune idée de ce qui est vrai ou faux dans ce monde. Les seuls mensonges qui vous ont nourris, sont ceux qui vous ont fait croire que vous étiez digne d'étudier la magie. Vous êtes une expérimentation. Une malheureuse victime de ce qu'on appelle l'égalité des chances. Rien de plus. »

Sa baguette se détache de ma joue et je le sens se lever.

« Je vais vous prouver à quel point vous êtes indigne d'étudier la magie. »

Je sens alors un frisson me parcourir et mes muscles se détendent.

« Levez-vous. »

Je me redresse dans une position assise, sentant tous mes muscles se contracter par cette action.

« Je voulais vous dire de vous mettre debout, Sang-de-Bourbe » dit-il avec un soupçon de rire moqueur. « Bien qu'il soit très amusant de vous voir vous tortiller à mes pieds. »

Ta gueule !

Je me lève rapidement, regardant l'obscurité avec toute la fierté dont je suis encore capable.

Ce n'est pas une tache facile quand je ne sais même pas quoi… qui regarder.

« Croyez-vous être digne de pratiquer la magie ? » il demande.

« Oui. » Toute ma colère et ma rage qui sont montées lorsque j'étais allongée au sol, ressortent de ma bouche par ce petit mot. Je regarde droit devant moi, espérant qu'il soit dans ma trajectoire. « Je suis tout aussi digne de pratiquer la magie que vous. Je suis désolée qu'on vous ai inculqué une mauvaise appréciation sur les enfants Nés Moldus, mais je crains qu'il n'y ait pas moyen de contourner cela. La magie n'est pas toujours héréditaire, et j'ai autant de droit de la pratiquer que vous. »

Un long silence pesant s'installe. Je respire profondément, essayant de chasser la peur et la panique qui me serrent le cœur.

Inspire…

Expire…

Je voudrais voir son visage.

« Vous préféreriez qu'il y ait de la lumière, ici ? » Sa voix jaillit de l'obscurité.

A-t-il vraiment besoin de poser cette question ?

« Oui, s'il vous plait. » Peut être que si je lui demande poliment, il fera vraiment disparaître cette obscurité.

« Oh non, vous vous méprenez. Je ne vous demandais pas si vous vouliez que je vous donne un peu de lumière. Non, je suis sur qu'une sorcière de votre intelligence est capable de jeter un simple Lumos. »

Mais…

« Allez-vous… » J'avale durement, la gorge très sèche. « Allez-vous me donner une baguette ? »

Il rit.

« Non, je ne pense pas. » Je peux presque entendre son ricanement. « Vous insultez mon intelligence en suggérant une telle chose. »

Mais…

« Comment voulez-vous que je lance un sort si je n'ai pas de baguette magique ? »

« Observez, Sang-de-Bourbe. »

Il y eut alors un long silence. J'aurai presque pu croire qu'il était parti si je n'entendais pas sa respiration dans l'obscurité.

Puis, une lumière apparaît.

Seulement une petite boule de lumière, mais une lumière tout de même, reposant dans sa main libre, et je peux voir durant un instant son visage narquois et triomphant qui me regarde.

Il ferme sa main sur l'astre qui disparaît instantanément, nous plongeant de nouveau dans une profonde obscurité.

Oh, très bien. Si tu penses que ce genre de chose peut me faire sentir inférieure à toi, et bien tu t'es largement trompé.

« Je suis en mesure de faire cela parce que je suis un sorcier. » Sa voix est si froide. « Un sorcier au Sang Pur, dont sa puissance lui a été transmise par le sang. Pour cette raison, mon talent naturel est assez puissant pour créer de la magie sans aucune baguette. J'aimerai maintenant que vous essayiez de faire la même chose. »

Mais…

Mais quoi ? Tu peux le faire ! C'est un peu comme lancer un sort silencieux.

Mais c'est différent ! Si je ne pouvais même pas faire de la magie inconsciente étant enfant alors que c'est apparemment tellement commun, alors comment suis-je sensée faire ça maintenant… et ici ?

Devant lui ?

Il soupire d'un air moqueur.

« J'ai tout mon temps, Sang-de-Bourbe. Je sais que c'est probablement la chose la plus difficile qu'on vous ait demandé de faire. Après tout, c'est quelque chose qui doit venir de l'intérieur de vous, pas quelque chose que vous pouvez mémoriser par un livre. Vous devez prendre votre temps. »

Salaud.

Je prends une grande respiration et je ferme les yeux.

Réfléchis, réfléchis très fort…

Lumière, soleil, électricité, clair de lune…

Allez, concentre-toi !

Lumos…

Je regarde, mais il n'y a rien.

Ce n'est pas grave, essaye encore…

Je me concentre sur la lumière… La lumière pénétrant l'obscurité…

Cette horrible et interminable obscurité…

REFLECHIS !

Lumos !

« Lumos ! » je chuchote le mot. J'ouvre les yeux, et…

Une obscurité pure.

Il ricane.

« Oh, ma chère » dit-il de sa voix trainante. « Vous n'arrivez pas à le faire, n'est-ce pas ? Vous n'avez tout simplement pas la capacité nécessaire. »

Mon Dieu que c'est humiliant.

Mais pourquoi ? Ce n'est pas ma faute !

« Ca ne signifie pas que je ne suis pas une sorcière ! » je dis indignée. « Tout le monde n'est pas pareil. Beaucoup n'ont jamais fait aucune sorte de magie avant d'être formés pour le faire. »

« C'est seulement le cas pour les Sangs-de-Bourbe et les Cracmols. » Sa voix me traverse, coupant l'obscurité. « Vous ne pouvez pas faire de magie sans baguette parce que vous n'avez pas de réel pouvoir magique en vous. Vous pouvez faire de la magie avec une baguette, oui, mais pas sans. Et c'est une différence cruciale. Une baguette est un objet magique. Le réel pouvoir magique vient de l'intérieur de la personne. »

« Ce n'est pas vrai ! » je dis. « Des tas d'enfants au Sang Pur ne peuvent pas faire de magie sans baguette. Et même s'ils le peuvent, ils ne le font que quand on les poussent à… »

Je m'arrête, serrant les lèvres.

Mais c'est trop tard. Mes mots résonnent dans l'obscurité.

Il y a un long silence et la seule chose que j'entends est mon cœur qui bat, boum boum boum boum…

Est-il toujours là ?

Bien sur qu'il est encore là !

Une lumière rouge jaillit de nul part et vient remplir la lanterne pendue au plafond. La lumière rouge sombre remplit la salle et je peux le voir, debout de l'autre côté de la pièce, un petit sourire sur le visage. Il tend sa baguette sur cette horrible Main de la Gloire toute ratatinée, qui se rétrécie à la taille d'un caillou, qu'il glisse dans sa poche.

Il lève alors ses yeux vers moi.

« 'Que quand on les poussent', vous dites ? » Il se dirige vers moi, lentement. « Très bien, Sang-de-Bourbe, je vais passer un marché avec vous. »

Il arrive devant moi et lève sa main vers ma joue, effleurant les cheveux sur mon visage.

Arrêtez ça !

« Je vais essayer de vous 'pousser' pour que vous fassiez de la magie sans baguette » dit-il calmement. « Si une réaction magique se produit en vous, je finirais certainement par être blessé, mais je vous donne mon entière permission de le faire. Vous avez compris, Sang-de-Bourbe ? Je suis tellement certain que vous serez incapable d'utiliser la magie sans baguette, que je vous autorise à me blesser. »

Il laisse tomber sa main de mes cheveux et dirige sa baguette sur ma joue.

« Etes-vous prête, Sang-de-Bourbe ? »

Oh, et merde ! Je ne vais pas le supplier de ne pas le faire, je refuse !

« Plus que vous ne le pensez. »

Je le dis très calmement.

Il ricane.

Puis, il lève sa baguette…

Je suis soulevée du sol et projetée contre le mur, et une douleur, douleur, douleur lancinante me traverse. Tous mes os sont surement brisés et je pleure alors que je tombe au sol.

Il se détourne et se dirige de l'autre côté de la salle. Il se retourne alors sur ses talons et pointe la baguette sur moi.

« ENDOLORIS ! »

Non ! Nooooooooon ! S'il vous plait, arrêtez, je ne peux pas le SUPPORTER ! J'ai mal partout, tout me fait mal, mes pensées, mon corps, mon être. Des couteaux, des clous, des scies me PERCENT les entrailles ! S'il vous plait, s'il vous plait, s'il vous plait, faites que ça s'ARRETE !

Je m'effondre sur le sol lorsque le sort me quitte et il se tient devant moi. Je peux apercevoir ses bottes noires étincelantes.

Il me saisit alors par les cheveux et tout ce que je peux voir est son visage narquois.

« Alors, rien ? Rien du tout ? »

Allez Hermione, réfléchis ! Pense à la force qui est en toi…

« Expelliarmus ! » je murmure, me concentrant sur la baguette qu'il tient à la main.

Il se contente de rire et tire mon visage plus près du sien.

« Pas de chance, Sang-de-Bourbe. Vous n'avez tout simplement pas de magie en vous. Vous ne pouvez rien faire quand ce n'est pas enseigné par un livre, n'est-ce pas ? »

Il me jette à terre.

« Peut être que je ne vous ait pas assez poussé ? » dit-il froidement.

Oh non, pourquoi je lui ai suggéré ça, pourquoi ?

Un jet de lumière noire s'échappe de sa baguette et vient toucher mon cou.

Et je ne peux plus respirer. J'étouffe, j'alète, quelque chose m'étrangle et je ne peux plus respirer du tout. Je donne des coups de pieds dans le vide, tenant ma gorge à deux mains, mais rien ne peut l'enlever, rien, oh mon Dieu…

« Pourquoi n'essayez-vous pas de m'arrêter ? » Sa voix est lointaine. « Toute vraie sorcière serait en mesure de m'arrêter, alors pourquoi pas vous ? »

Réfléchis… Réfléchis !

Je ne PEUX pas réfléchir !

Au moment où de minuscules points noirs commencent à apparaître devant mes yeux, le bâillon disparaît et j'halète, respirant de l'air aussi rapidement que possible tandis qu'il ricane.

« Allez-vous enfin commencer à comprendre que vous n'avez aucun pouvoir magique en vous ? » Il tourne autour de moi, me regardant reprendre mon souffle difficilement. « Toute vraie sorcière sentirait le pouvoir instinctif de la magie en elle face à un tel traitement. »

Il se baisse et m'attrape les cheveux, m'obligeant à lui faire face.

« Alors dites moi, pouvez-vous sentir une sorte de pouvoir magique traverser votre corps en cet instant ? Est-ce que vous pouvez le sentir battre dans vos veines ? »

Je me concentre si fort, essayant de le sentir de toutes mes forces. Chaque nerf de mon corps brûle sous mon effort.

Mais si j'étais vraiment capable de le faire, je l'aurais fait lorsqu'il a commencé à me torturer, non ?

Je n'avais jamais pensé à la possibilité de la magie sans baguette.

Et bien, tu sais que c'est possible maintenant ! Réfléchis, Hermione ! Pense à toute la douleur que tu souhaiterais lui infliger, après tout ce qu'il t'a fait…

Il sourit.

« Mais bien sur, vous ne le sentez pas, n'est-ce pas ? Et savez-vous pourquoi ? »

Je sais ce qu'il veut me faire dire, mais il peut aller en Enfer s'il pense que je vais lui céder à nouveau.

« Ca signifie que je ne suis pas encore prête à faire de la magie sans baguette » je dis aussi calmement que possible. « Ca n'a rien à voir avec le fait que je sois née Moldue. J'étais la meilleure de mon année à Poudlard, ça veut bien dire quelque chose sur mes capacités magiques. Je suis une sorcière, et il n'y a rien que vous puissiez faire ou dire qui puisse changer ça. »

Il me regarde en silence, des traits moqueurs arquant son visage.

« Même le si pathétique Weasley peut faire de la magie sans baguette » il me lance. « Je l'ai vu. Juste une fois. Bellatrix a été un peu… dure lors de son interrogatoire et elle est soudainement tombée à la renverse, se cramponnant l'estomac alors même qu'il ne l'avait pas touchée. Que ressentez-vous, Sang-de-Bourbe ? Votre ami sans cervelle a plus de magie que vous. »

« Et savez-vous pourquoi ? » je lui demande furieusement. « Parce qu'il n'est pas sans cervelle. C'est un grand sorcier, bien plus grand que vous ne serez jamais. »

Et je ne regrette pas d'avoir dit ça. Même si son visage perd le peu de couleur qu'il arborait, je ne regrette absolument pas.

« Et pourquoi dites-vous cela ? » me demande-t-il calmement.

« Parce qu'il est bon » je dis avec fierté. « Et parce qu'il est gentil. Vous utilisez vos pouvoirs que pour faire le mal. Vous pouvez le traiter de tous les noms, dire qu'il est stupide, mais vous n'êtes même pas digne de lui lécher ses bottes. »

Il ricane, mais d'un rire sans joie. Le coin de sa bouche est légèrement secoué, comme si j'avais dit quelque chose qui le fait rire et le rend à la fois enragé.

Puis, je sens une gifle me frapper la joue.

« Donc, » dit-il, la voix calme et le visage rempli d'un amusement malveillant, « vous osez dire que je suis inférieur à ce garçon pathétique ? »

« Oui, vous êtes bien inférieur à lui ! » je souffle. « Qu'attendiez-vous que je pense ? C'est une des meilleures personnes que je connaisse. Vous, je vous hais plus que tout au monde ! »

Cet horrible sourire sans joie disparaît et pendant un instant, tout ce qui m'entoure sont ses yeux durs, impassibles et remplis de rage.

Et puis je vois son poing…

Et puis je sens la douleur.

Je me sens brisée, entièrement, et je crie, mais il garde imperturbablement sa main accrochée à mes vêtements.

« Oh croyez-moi, Sang-de-Bourbe, le sentiment est tout à fait réciproque » il siffle.

Je peux sentir le gout du sang dans ma bouche.

Je ramène ma tête pour lui faire face à nouveau parce que je suis déterminée à ne pas lui procurer le loisir de voir ma souffrance.

Il me tient à proximité un instant, me regardant intensément dans les yeux.

Puis…

Il tend la main, passant à nouveau ses doigts sur mon visage, frôlant délicatement ma joue avec un sourire narquois.

« Vous pensez toujours être mon égale » il murmure. « Mais c'est moi qui aies le pouvoir ici, vous le savez. Je ne comprends pas pourquoi vous ressentez le besoin d'essayer de me convaincre du contraire. »

Il repose ses doigts sur ma mâchoire, les yeux fixés sur mon visage…

Et pour une raison obscure, je me mets à parler.

« Pourquoi faites-vous ça ? »

Un regard dur se glisse dans ses yeux, et il laisse sa main tomber froidement de mon visage, tenant toujours mes vêtements de son autre main.

« Pourquoi je fais quoi ? »

Ca doit être dit.

Je prends une grande inspiration.

« Pourquoi vous… vous me touchez ? » Ma voix est tremblotante mais je réussi néanmoins à la garder assez stable. « Vous m'aviez dit une fois que vous ne voulez pas me toucher plus que nécessaire, mais maintenant vous le faites tout le temps. Vous me touchez tout le temps, et lorsque vous faites ça, c'est comme si… »

Je m'arrête. Son visage est si froid et si plein de colère que ça me terrifie.

« Comme si… quoi ? » il murmure presque, ses lèvres bougeant à peine.

Je ne vais pas avoir peur. Je vais lui montrer que je connais des choses sur lui.

« Vous aimez penser que vous avez le contrôle sur moi. » Garde ta voix calme. « Mais au fond de vous, vous savez que vous ne l'avez pas. Il y a une chose sur laquelle vous n'avez pas le pouvoir. Vous savez cela. Vous ne pouvez pas avoir un total contrôle sur moi parce que je suis une Née Moldue et cela irait à l'encontre de tous vos principes si ça allait aussi loin. »

Je sais que je devrais m'arrêter, je le sais car il me regarde si durement qu'il paraît presque inhumain. Son visage est d'un blanc de craie, ses traits sont durs, et ses yeux… Ses yeux sont rétrécis, impassibles, durs et froids comme la glace…

Mais je ne m'arrête pas.

« Et je pense que vous ne le supportez pas » je dis tranquillement. « Vous ne supportez pas de ne pas avoir un contrôle total sur moi et vous utilisez donc le toucher comme moyen d'imitation, une sorte de compensation sur ce que vous ne pouvez pas avoir… »

Je m'arrête soudainement, m'empêchant d'aller plus loin, parce que je sais que je l'ai poussé trop loin. Il est tremblant de rage.

Pendant un long moment, il se contente de me regarder, ses yeux froids me brûlant littéralement sous la haine pure et palpable.

Oh mon Dieu, qu'est-ce que j'ai fait ?

Il s'éloigne de moi, et me plaque contre le mur.

Merde, OW ! Je sens la foudre de la douleur et de la haine me traverser le corps.

Il claque ses mains sur mes épaules, m'enfonçant dans le mur.

« Donc, je veux avoir le contrôle sur vous ? » il siffle. « Je veux avoir le pouvoir sur votre corps, c'est ce que vous vouliez dire ? » Il rit sans aucune gaieté avant de me gifler le visage du dos de sa main. « Espèce de petite garce pathétique ! Pensez-vous vraiment que je puisse même envisager une telle chose ? »

Il m'enfonce son poing dans l'estomac et je me replie, m'effondrant au sol.

« Vous n'êtes qu'une immondice ! » Sa voix est dure de colère. « Vous n'êtes rien ! De quel droit vous permettez-vous de dire de telles choses sur moi ? »

Je pleure, pleure devant lui, alors même que je m'étais promis de ne plus le faire, criant alors qu'il me frappe encore et encore, avant de se détourner et de se diriger rapidement dans l'autre coin de la salle.

REFLECHIS, Hermione ! Tu dois être capable de faire quelque chose !

Il se retourne et lève sa baguette vers moi.

« Endoloris ! »

Oh nooooooon ! S'il vous plait, je ne peux pas en supporter plus ! Je veux juste que ça s'arrête, s'il vous plait, que ça s'arrête ! Je BRULE !

Je frissonne, gémissant sur le sol alors que le sort m'abandonne. Mais il ne me laisse pas tranquille pour autant. Il me saisit et me claque contre le mur.

Haine. Haine. HAINE.

Allez ! Arrête-le ! Tu sais que c'est possible, Ron l'a fait !

« Petite Moldue inutile et sans valeur ! » il murmure durement à mon visage. « Vous n'avez même pas la moindre quantité de magie en vous pour vous protéger. Quelle sorte de sorcière êtes-vous ? Vous êtes pathétique, vous m'entendez ?

J'essaye de réfléchir, mais je ne peux penser à rien. Je ne fais que ressentir. De la douleur, de la haine, de l'angoisse, de l'humiliation.

Il me gifle durement au visage avec le dos de sa main.

« Par Merlin, vous allez apprendre votre place ! »

HAINE. HAINE. HAINE.

Je tombe au sol mais il est sur moi, il n'en a pas encore fini.

Je sens mes yeux me bruler de nouveau, comme lorsque j'étais dans ma cellule quand il me questionnait sur la famille de Harry…

Quel droit a-t-il de me faire ça ?

Je crie sous la douleur, appuyant mes doigts sur mes yeux en feu.

« Non ! » je crie, et il lève la malédiction.

Il me rie au nez.

HAINE. HAINE. HAINE. HAINE. HAINE.

« Que voulez-vous ? » il me demande malicieusement.

« Je veux que vous arrêtiez ! » je gémis, oubliant ma fierté et tout le reste, rien n'a plus d'importance, seulement qu'il me laisse tranquille !

Il rit de nouveau, me saisissant par le bras et me pressant contre le mur, si près, aussi près qu'il était l'autre jour, au moment où j'ai cru qu'il allait…

« Mais je pensais que vous vouliez être en mesure de faire de la magie sans baguette, Miss Granger. »

Il avait au début beaucoup plus l'habitude de m'appeler comme ça, qu'il ne le fait maintenant. Maintenant, c'est toujours 'Sang-de-Bourbe' ou 'Moldue'…

« Mon prénom est Hermione » je murmure.

Son rire disparaît et il me saisit la tête pour la claquer contre le mur, la cassant, la fracassant.

HAINE. HAINE. HAINE !

Douleur. Interminable douleur.

Allez, Hermione ! Concentre-toi ! Tu peux l'arrêter, tu sais que tu le peux !

« Vous n'êtes qu'une salope de Moldue sans valeur ! » il siffle. « De quel droit avez-vous un prénom ? Vous n'êtes que de la saleté ! Votre nom est Sang-de-Bourbe, vous ne méritez pas d'autre nom. »

HAINE. HAINE. HAINE. HAINE. HAINE. HAINE !

Je sens de l'électricité me traverser le corps. Ca court à travers moi, transperçant mes veines, mon sang…

Il s'approche plus près de moi et je sens son souffle contre mon oreille, rempli d'un rire moqueur.

« Vous êtes inutile. Une bonne à rien. Je n'ai pas besoin de vous prouver à quel point vous êtes sans valeur. Si vous ne le savez pas déjà, ça ne pourra pas vous aider. »

Oh, FERME LA ! Laisse-moi tranquille ! Laisse-moi tranquille !

Il soulève violemment ma tête en face de lui de nouveau, et il me regarde attentivement pendant quelques secondes…

Et il me gifle à nouveau.

Je ne supporte plus cette putain de douleur et cette putain d'humiliation !

Je le hais tellement fort !

L'électricité cours toujours en moi, dans mes veines.

Concentre-toi, Hermione ! Canalise-la !

Il rit de façon cruelle.

« Comme si je voulais vous toucher ! » il murmure. « Vous, une petite merde de Moldue. »

Allez ! Fais-la sortir ! Force la à sortir !

!

Je sens l'électricité s'expulser, sortir par mes doigts, et il se retrouve soudain propulsé vers l'arrière, allant heurter le mur à l'autre bout de la pièce.

Il tombe sur le sol de pierres, sonné.

Je le regarde fixement à travers mes larmes, reprenant mon souffle alors que je le regarde se relever.

Oh mon Dieu.

Je baisse mon regard vers mes mains, observant mes doigts, incrédule. Mon corps entier est… épuisé.

C'était… C'était moi !

Je l'ai fait ! J'ai fait de la magie sans baguette !

Je l'ai fait !

« Hey ! »

Je pousse un petit rire surpris parce que c'était moi, oh oui salopard, je t'avais dit que j'avais de la magie !

Il se lève, pointant sa baguette sur moi alors que je me presse contre le mur car il a encore sa baguette, et que je sens que mon pouvoir magique est épuisé.

Mais malgré la douleur et la peine qui s'empare de mon corps, je souris. Je souris parce qu'il n'a pas gagné cette fois ! C'est moi qui aie gagné !

J'ai gagné !

Et il le sait !

« Vous… » il bafouille, son visage tendu par la colère. « Vous… Espèce de petite… »

Mais je me fous de savoir ce qu'il dit, parce que je peux faire de la magie sans baguette, je le peux, et rien ne pourra changer ça !

D'ailleurs, il m'a donné la permission de lui faire mal !

Bien qu'il n'ait jamais pensé que j'en serai capable.

« Je vous l'avais dit ! » je murmure.

Il s'approche de moi à grands pas et se saisit de mes cheveux. Je crie un peu mais je le regarde dans les yeux avec une nouvelle confiance parce qu'il n'a pas gagné cette fois, il n'a pas gagné !

Il baisse le regard vers mon visage, pointant directement sa baguette sur mon front et il paraît tellement en colère ! Mais je ne m'inquiète pas. Il a perdu cette fois.

« Merde ! » il siffle. « Merde ! »

Il me lâche les cheveux et s'empare de mon bras, tirant la minuscule clé de la poche de sa cape.

« La chambre Ouest. »

Nous sommes aspirés dans un espace minuscule, oppressant, flottant dans la noirceur…

Nous arrivons dans ma chambre. Enfin, pas ma chambre mais celle qu'on m'a attribué lorsque nous sommes arrivés ici. La chambre comportant un lit simple, une garde robe, une coiffeuse et une salle de bain.

Oh, Dieu merci, je suis sortie de cette horrible cave !

Il donne un petit coup de baguette vers moi et je m'effondre sur le sol, sentant mes muscles devenir soudain sans vie. J'essaie de bouger mes muscles mais je ne peux pas, et c'est pire qu'un Petrificus Totalus car mon corps peut encore techniquement se déplacer…

Pourquoi m'a-t-il lancé ce sort ? C'est un sort tellement lâche !

Puis il… il me porte et me dépose sur le lit, au dessus des couvertures souples.

C'est alors que je commence à paniquer.

Il pourrait faire n'importe quoi de moi lorsque je suis comme ça.

Mais… il se contente de s'asseoir sur le lit, et il fait léviter vers lui la petit fiole de guérison posée sur ma coiffeuse. Il me tamponne le visage avec ses mains nues, sur chaque petite coupure et contusion qu'il a sans doute provoqué cette dernière heure. Il pointe sa baguette sur moi lorsqu'il a fini, et une douce chaleur se répand sur mon corps, faisant disparaître toute douleur.

Qu'est-ce qu'il est en train de faire, bon sang ?

Mais je n'ai pas le temps de m'interroger, car il se penche sur moi, le visage juste au dessus du mien, et m'enfonce sa baguette dans les côtes.

« Je vais vous permettre de bouger de nouveau, maintenant » dit-il tranquillement. « Mais vous allez rester parfaitement immobile. Si vous bougez un membre, je vous lance un Endoloris jusqu'à ce que vous ne vous souveniez même plus de votre nom. »

Je ressens un léger frisson me parcourir le corps. J'alète alors qu'il enfonce plus profondément sa baguette dans mes côtes et je déploies mes doigts sur le couvre lit soyeux.

Mais à part cela, je ne bouge pas un muscle.

Il est toujours penché sur moi.

« Un peu de magie ne veut rien dire, Sang-de-Bourbe » dit-il tranquillement, le visage tendu par la colère. « Que vous puissiez accomplir de la magie ne vous donne pas le droit de la pratiquer. Votre sang vous rend indigne de la pratiquer, même pour un simple sort basique, vous me comprenez ? »

Je hoche la tête car ça n'a plus aucune importance. Il n'a pas gagné aujourd'hui. Et il le sait très bien.

Bon, on ne peut pas dire que j'ai vraiment gagné par contre. Il est toujours bien plus fort que moi, et il a encore sa baguette. Et je ne peux faire de la magie sans baguette uniquement quand on m'y a poussé. A l'heure actuelle, j'ai vraiment peur. La douleur, la rage qui m'ont nourris tout à l'heure, ont été remplacés par de la peur.

Et la peur ne suffit pas. Je ne ressens plus aucune électricité en moi maintenant.

Il maintient sa baguette pointée sur mes côtes et se penche droit sur moi, son torse venant toucher ma poitrine à travers mes… nos vêtements, et je peux sentir son souffle sur mon visage.

Je… je ne peux respirer, ni penser…

S'il vous plait, non…

Sa main libre vient frôler ma joue, ses doigts explorant lentement mon visage, si lentement.

Je retiens un frisson.

Et puis, oh mon Dieu, il commence à descendre sa main, sous mon cou, et entre… entre mes seins, et encore plus bas, sous mon estomac, et…

Non s'il vous plait, arrêtez !

Mais au moment où il atteint mon estomac, il bouge sa main sur le côté plutôt de continuer sa descente, et… sa main vient finalement se poser sur ma hanche, l'appuyant contre le matelas souple en dessous de moi…

En dessous de nous…

Je retiens involontairement mon souffle alors qu'il me tient sous lui, sa main de fer appuyant imperturbablement sur ma hanche et son corps pressant le mien.

Oh non !

Je suis totalement terrifiée maintenant, car je pense qu'il peut… qu'il veut avoir le contrôle, je le sais !

« Comprenez-vous cela, Sang-de-Bourbe ? » Il enfonce sa baguette plus profondément dans mes côtes et se penche encore plus près de mon visage, si cela est possible. « J'ai le pouvoir et il n'y a rien que vous puissiez faire pour changer ça. J'ai le pouvoir sur vous. »

Je hoche la tête, des larmes de peur apparaissant au coin de mes yeux.

Vous l'avez en ce moment. Mais quoi que vous fassiez, vous savez que j'ai de la magie en moi. Vous le savez maintenant.

Mais il… il ne fait rien. Il attend quelques secondes après mon hochement de tête, puis il se lève du lit, s'éloignant, et pointant à nouveau sa baguette sur moi.

« Dans tous les cas, ça n'a pas d'importance » dit-il froidement. « Après tout, qu'est-ce que la vie, sinon une série de souvenirs éphémères ? »

Que… non… il ne peut pas…

Si, il peut.

« Vous êtes un lâche ! » je murmure sous l'incrédulité.

Le muscle de sa mâchoire se contracte.

« Croyez ce que vous voulez de moi, Sang-de-Bourbe » dit-il calmement. « C'est sans conséquence pour moi. »

Il lève sa baguette.

Non !

« Oubliettes ! »

Je me raidis.

Je ne peux pas m'être endormie, si ? J'ai juste fermé les yeux une petite seconde !

Mais attendez une minute ! Je suis… je suis… sur mon lit ?

Je regarde autour de moi et… je suis revenue dans ma chambre. Enfin non… pas vraiment ma chambre, plutôt la chambre qu'on m'a attribué lorsque nous sommes arrivés ici.

Mais… Quand… ?

Et… il est là, debout de l'autre côté de la pièce, me regardant avec un visage dépourvu d'expression.

« Je vous ai ramené dans votre chambre » dit-il tranquillement. « Je crois que vous avez appris votre leçon et je n'ai plus de temps à perdre avec vous. »

Mais… je ne comprends pas…

« Quand m'avez-vous ramené ici ? »

« Il y a un instant » dit-il. « Vous dormiez quand je suis revenu, et je vous ai donc ramené à votre chambre. »

Mais… je ne me souviens pas m'être endormie…

Je me serais endormie sans m'en rendre compte ? J'ai seulement fermé les yeux quelques minutes, juste après avoir fini mon plateau repas, après que Ron ait été sorti de la salle par Dolohov…

« Pourquoi je ne me suis pas réveillée ? » je demande d'un air absent.

Il n'hésite pas une seconde avant de me répondre.

« Pourquoi vous ne vous êtes pas réveillée lorsque je vous ai amené dans cette chambre la première fois, après que je vous ai enfermée dans le placard ? J'ai le pouvoir de vous garder endormie lorsque ça me permet d'en tirer des avantages. »

Mais la dernière fois que je l'ai vu, il m'avait dit qu'il n'en avait pas encore fini avec moi ! Pourquoi a-t-il changé d'avis ?

Ne te pose pas cette question, pour l'amour de Dieu !

Il se dirige vers la porte.

« Il est tard » dit-il sèchement. « Vous devriez dormir un peu. »

Mais… Si j'ai déjà dormi, alors pourquoi… ?

Il ouvre la porte et quitte la pièce, verrouillant derrière lui.

Je reste assise sur mon lit, regardant silencieusement la porte fermée.

Je secoue la tête. Quel intérêt d'essayer de le comprendre ? C'est un but impossible, de toute façon.

Je me lève de mon lit et vais jusqu'à la salle de bain, me faisant couler un bain brulant afin de chasser de ma mémoire cet horrible cave à la lumière sombre.