'Et si je suis sain d'esprit, il est assurément affolant de penser que, de toutes les menaces dont je suis entouré ici, la présence du comte est la moindre ! De lui seul, je puis attendre mon salut, quand bien même ce serait en servant ses desseins.' – Bram Stoker, Dracula
Chapitre 11 Une avancée décisive
J'astique durement le sol crasseux avec le bout de vieux tissu qu'ils m'ont donné, essayant de gratter la saleté qui s'est incrustée dans le plancher. La crasse est tellement épaisse que j'ai l'impression que ça m'a pris des heures avant d'avoir une petite idée de ce que pouvait être la couleur d'origine du sol. Mes doigts sont plissés par l'eau froide et dégoutante du seau à côté de moi. Mon dos est tendu et mon cou est douloureux…
Mais au moins, j'ai Ron avec moi.
Bellatrix est venu ce matin dans ma chambre et m'a dit que le plancher du salon devait être nettoyé, et que Ron et moi allions offrir un jour de congé aux Elfes de Maison en le faisant nous mêmes.
C'est quelques minutes après mon arrivée dans la pièce, que je me suis aperçue qu'il s'agissait de la même pièce dans laquelle Lucius et moi étions rentrés la première fois que nous sommes arrivés ici. La pièce dans laquelle je l'ai poignardé. La pièce dans laquelle j'ai tout changé entre nous, en en faisant une affaire personnelle…
Mais c'était déjà certainement personnel avant ça ? Il t'a torturé au bord de la mort, pour l'amour de Dieu !
Je prends une grande respiration et chasse toute pensée de Lucius.
Il n'y a plus aucun meuble cette fois, ni ces horribles objets qui juchaient le sol. Ils ont dû être enlevés après mon arrivée.
Ils nous ont enfermés ici. Ils viennent environ toutes les heures pour vérifier nos progrès mais à part ça, il n'y a que moi et Ron.
Je suis contente de ça. Cela signifie au moins que nous pouvons parler librement et s'aider mutuellement dans cette tâche humiliante de nettoyer pour ces salauds.
« De toute évidence, » dit Ron pour la dixième fois depuis ce matin, « papa et maman ont dit aux Mangemorts qu'ils allaient travailler avec eux, mais en fait ils vont espionner pour le compte de l'Ordre. »
Je fais entendre un petit murmure d'approbation.
« Je veux dire, ils ne serviraient jamais Tu Sais Qui, par Merlin ! » Il rit d'un petit rire hystérique. « Il ne peuvent simplement pas ! »
« Bien sur qu'ils ne le peuvent pas » je dis rapidement, me concentrant résolument sur le sol à laver.
Ron émet un grognement, autant destiné à moi qu'à lui même. Je crois de nouveau entendre les mots 'jamais faire ça' et ' espionner pour l'Ordre'.
Je me sens si mal pour lui. Je peux seulement imaginer à quel point il doit se sentir coupable…
Oui tu peux l'imaginer. Tu ressens cette saloperie de culpabilité chaque minute de chaque heure.
Je repousse cette pensée, l'éloignant loin de moi.
A quoi bon ? Elle reviendra te hanter plus tard de toute façon, quand tu essaieras de t'endormir. Ca se passe toujours comme ça…
« Tu sais qui j'ai rencontré lorsque Lucius m'a amené ici ? » je dis, plus pour chasser mes propres pensées qu'autre chose.
Ron ne lève pas les yeux de la parcelle de plancher qu'il est en train de frotter. « Qui ? »
« La mère de Drago. »
Narcissa Malefoy. Sa femme.
« Oh. » Il ne semble pas s'intéresser autant que moi au sujet. « Malefoy – le furet je veux dire – il n'était pas avec elle, si ? »
« Non. Je pense qu'il n'y avait qu'elle. »
« Elle loge ici aussi, alors ? »
« Non, je ne pense pas. Elle devait avoir quelque chose à dire à son mari, ou quelque chose comme ça. »
Un court silence s'installe. Le seul bruit que l'on entend est celui de la brosse sur les planches du sol.
« Tu penses qu'il n'y a que nous, Malefoy, Bellatrix et Dolohov à vivre ici ? »
Je soupire. « Je pense que oui. »
Ce que je ne dis pas à Ron, c'est qu'il m'a fallu toute la volonté du monde pour ne pas dire à Narcissa ce qu'il se passe entre son mari et sa sœur. Sur ma façon de ne pas comprendre comment ils étaient simplement en train de lui parler, comme si de rien n'était. Sur le fait que vu son attitude en leur parlant, elle ne semblait avoir aucune idée de ce qu'il se passait entre nous.
Je n'ai pas dit tout ça à Ron car il aurait juste voulu savoir pourquoi je n'ai rien dit à Narcissa.
Pour être honnête, je ne connaîs pas moi même la raison.
C'est juste que… je n'ai aucune raison de la blesser elle, si ? Elle ne m'a jamais rien fait. Je suppose que ce n'est pas sa faute si elle est mariée avec un monstre.
Elle s'est mariée avec lui de son plein gré, non ?
Ce n'est pas la question. Elle ne le connaissait certainement que très peu – Pourquoi Diable l'aurait-elle épousé si elle savait déjà comment il était ?
D'ailleurs, ce n'est pas vraiment mon problème.
« Je me rappelle d'elle à la Coupe du monde de Quidditch » marmonne Ron, frottant violemment le sol avec son chiffon. « Est-ce qu'elle a encore l'air d'avoir une merde sous le nez et un balai dans le cul ? »
Je ris, me sentant presque coupable. « Et bien, elle m'a lancé un sale regard lorsqu'elle m'a vu. Elle a dit 'ça doit être la Sang-de-Bourbe, je présume ?' »
Ron expire sous la colère. « Vieille vache. »
Je ne dis rien à cette remarque. Pour être honnête, si j'avais le choix entre passer du temps avec Narcissa Malefoy ou avec son salaud de mari, je n'hésiterais pas une seconde. Elle semble plutôt inoffensive, en comparaison.
Elle ne doit pas savoir ce qu'il fait avec moi. Je suis sure que non, sinon elle m'aurait surement accordé une plus grande attention tout à l'heure.
Elle s'est contentée de me regarder comme si j'étais un mur. Je n'étais rien pour elle. Seulement un grain de saleté qui se trouvait devant son regard.
Bon, elle est belle, je ne peux pas le nier. Vraiment très belle.
Ils vont vraiment bien ensemble, elle et Lucius. Le couple de glace ultime. Froids, hautains, élégants, blonds, avec presque le même air narquois sur le visage.
« Elle ressemble vraiment beaucoup à son mari, tu ne trouves pas ? » je dis d'un air absent. « C'est bizarre. Ils sont si semblables en apparence et en manières, qu'ils pourraient presque être frère et sœur. »
Ron glousse légèrement. « Peut être qu'ils sont vraiment frère et sœur. Qui sait jusqu'où ces Sangs Purs fanatiques peuvent aller pour garder leur sang propre ? »
Le sourire disparaît de son visage lorsque la porte s'ouvre. Lucius entre dans la pièce, balayant le sol de son regard hautain.
Ron et moi même nous gelons sur place en levant notre regard vers lui, mais il pose ses yeux sur les miens.
« Vous n'avez pas fait de réels progrès je vois. J'aurai pensé qu'une Sang-de-Bourbe et un Weasley auraient été bien plus rapides à s'adapter à une tâche ménagère. »
Oh, fermez-la !
Je regarde Ron nerveusement, m'attendant plus ou moins à ce qu'il réagisse violemment. Mais il ne le fait pas. Il se contente de serrer les lèvres et de continuer à astiquer fortement le plancher.
Lucius lui lance un petit rire malicieux. « Ca n'est pas nécessaire de continuer, mon garçon. Vous avez fini votre travail ici pour aujourd'hui. »
Il fait un signe vers la porte ouverte derrière lui.
« Vous allez laver le plancher du couloir extérieur, tandis que la Sang-de-Bourbe continuera le travail commencé dans cette pièce. Antonin est déjà là pour vous surveiller. »
Ron regarde Lucius comme s'il souhaitait le voir souffrir d'atroces souffrances. Lucius se contente de lui sourire.
« S'il vous plait » je dis nerveusement. Le regard de Lucius se verrouille sur moi. « S'il vous plait, ne peut-il pas rester ici ? Ca sera propre beaucoup plus rapidement si nous sommes deux à nettoyer. »
Lucius sourit plus largement.
« Oh, vous pensez vraiment ? » il répond de sa voix trainante. « Je crains de ne pouvoir accepter. Il me semble que votre travail sera beaucoup plus productif si vous n'avez pas la compagnie de l'autre pour vous distraire. »
« Oh, allez ! » dit Ron sous l'exaspération. « Quelle importance qu'on finisse de nettoyer cette pièce le plus rapidement possible ? Qui se soucie vraiment de cette décharge ? Qui viendra la visiter de toute façon ? »
Je serre les lèvres pour m'empêcher de sourire. Lucius remarque mon expression et ses yeux se rétrécissent avant de se tourner vers Ron et de le viser de sa baguette.
« Impero ! »
Les yeux de Ron s'éteignent et un petit sourire apparaît sur son visage.
« Levez-vous » marmonne Lucius.
Ron se met debout, ses mouvements curieusement lourds.
« Vous n'avez pas besoin de faire ça ! » je m'indigne, mais Lucius se tourne vers moi, visant toujours Ron de sa baguette.
« Restez calme, Sang-de-Bourbe, où je serai forcé de le persuader de quitter la salle par la manière forte. »
Je reste donc immobile en gardant le silence, regardant Ron marcher rêveusement vers la porte qu'Il ferme derrière lui. Lucius donne ensuite un coup de baguette sur la porte pour la verrouiller.
« C'était inutile » je dis calmement.
Il tourne un regard glacial vers moi. « Pourquoi ? »
« Il n'était pas nécessaire de lui lancer un sort. Il aurait fait ce que vous lui demandiez, si vous lui aviez demandé gentiment. »
« Je ne suis pas prêt à utiliser des bonnes manières avec un Weasley » dit-il froidement. Ce serait comme donner de la confiture à un cochon. Maintenant, je veux que vous nettoyiez ce sol pour moi, et je veux que vous le fassiez en silence. Pouvez-vous faire cela pour moi, ma petite Sang-de-Bourbe ? Réussirez-vous à tenir votre langue et à faire quelque chose de productif, pour une fois ? »
Je serre les dents face à la bouffée de colère qui menace de me submerger, et je hoche la tête.
Salaud. Espèce de gros salopard. Ne se lassera-t-il jamais d'être immonde avec moi ?
Je claque le poing dans le sceau d'eau et éclabousse le sol avec le morceau de tissus trempé, les oreilles sifflantes et la respiration difficile. Personne ne m'a jamais rendue aussi furieuse que Lucius Malefoy. Même pas son connard de fils, ni Lavande Brown, ni Rogue, ni cette salope de Pansy Parkinson, ni Rita Skeeter, ni même Ombrage. Je n'ai jamais, jamais haïs une personne autant que lui !
Il me regarde. Je peux le voir me fixer du coin de l'œil, alors que je nettoie le sol.
Oui, c'est bien. Tu te réjouis, hein ?
Et oui, il se réjouit, avec des mots.
« Je dois dire, » il commence de son insupportable voix trainante, « c'est une surprise bien agréable de vous voir être obéissante, pour une fois. »
Va-t-en.
« Peut être » continue-t-il, « que lorsque le Seigneur des Ténèbres aura triomphé, nous pourrions permettre à certains Sang-de-Bourbe de survivre, après tout. Ils pourraient remplacer certains Elfes de Maison, vous ne croyez pas ? »
Je lève la tête.
« Donc… Vous êtes en train de dire que si vous gagnez, vous tuerez tous les Nés Moldus ? Vous ne leur laisserez même pas une chance ? »
Quelque chose se déchire sur mon avant-bras.
Je ravale ma salive, et je baisse les yeux pour apercevoir ma manche déchirée et une petit entaille sur mon bras. Pas très profonde mais juste assez pour saigner légèrement.
Je lui lance un regard furieux. Il se contente de ricaner, sa baguette tournant lentement entre ses doigts.
« Il me semble vous avoir dit de garder le silence » il me dit railleur.
« Mais vous venez juste de… »
Une autre coupure vient entailler mon bras au même endroit que l'autre, rendant la blessure un peu plus profonde. Des larmes apparaissent dans mes yeux.
« Oh ma chère. » Il continue de ricaner. « Vous ne semblez pas comprendre ce que je vous dis. Et vous savez que je n'aime pas lorsque vous ne faites pas ce que je vous demande. »
J'avale mes larmes et baisse le regard, frottant durement le sol.
« Mais je crois que je peux répondre à votre précédente question » dit-il malicieusement. « Je ne vois pas où est le mal. »
Partez. Allez-vous en et laissez moi tranquille avant que je ne dise quelque chose que je vais regretter.
« Le plan initial était de tuer tous les Nés Moldus dès que la guerre serait gagnée. Mais maintenant que j'ai vu comment les Sang-de-Bourbe pouvaient être efficaces dans les tâches ménagères, peut être que je pourrais suggérer au Seigneur des Ténèbres d'en garder certains en vie afin qu'ils puissent partager les tâches des Elfes de Maison. Ceux qui seraient sauvés ne seraient que des personnes assez vieilles, bien sur. Ceux qui n'auraient plus les moyens de se reproduire. »
« C'est horrible ! » je le regarde, la haine bouillant dans mes veines. « C'est absolument, totalement immonde ! »
Une nouvelle coupure sur mon bras.
Je serre donc les lèvres, astiquant de toutes mes forces le sol crasseux, et essayant d'ignorer chacun de ses mots.
Mon Dieu, laissez-moi voir Lucius Malefoy souffrir. Permettez-moi de voir ses os craquer. Permettez-moi de le voir saigner, et crier, et pleurer. Permettez-moi de le voir humilié à mes pieds.
Je me roule en boule dans mon lit, tremblante, serrant les couvertures contre moi pour plus de chaleur.
Il fait sacrément froid ici.
A la maison, mon lit était à côté du radiateur. Je n'avais donc jamais froid la nuit.
Je n'arrive pas à dormir.
Si j'avais été à la maison, j'aurai pu allumer ma lampe de chevet et lire un livre, ou bien serrer mon vieux nounours contre moi pour un petit câlin.
Les larmes me montent aux yeux et je serre fort les lèvres. La maison. Je ne la reverrai sans doute jamais…
Je prends une grande respiration et presse mes doigts gelés sur mes paupières, essuyant les larmes. Je me retourne sur le dos, observant le plafond que je ne peux voir dans les ténèbres.
C'est la faute de Lucius. C'est à cause de lui si je ne peux pas dormir. La nuit, lorsque je n'ai rien d'autre à penser, tout ce que je peux faire c'est de me questionner sur lui, sur ce qui le motive.
Pourquoi s'est-il lassé de me narguer aujourd'hui ? Est-ce parce que je l'ai ignoré ?
Peut être que si je continuais de l'ignorer, il cesserait de prendre autant de plaisir à me tourmenter. Lorsque j'ai commencé à l'ignorer tout à l'heure, il ne m'a même plus adressé la parole en me ramenant dans ma chambre.
Mais pourquoi me regardait-il aussi… bizarrement avant cela ?
Je savais qu'il me regardait lorsque j'étais en train de nettoyer le sol, mais l'expression que j'ai aperçu en levant les yeux sur son visage n'était pas du tout celle à quoi je m'attendais.
C'était un regard très étrange. C'est comme s'il m'étudiait – comme s'il essayait d'analyser quelque chose en moi qu'il n'arrivait pas à comprendre…
Je ne sais pas. Je ferai n'importe quoi pour savoir ce qu'il pense, quelque fois…
Un craquement.
Mon souffle s'arrête dans ma poitrine alors qu'une main de fer me serre le cœur.
Je connais ce son. C'est le grincement lent de la porte.
Ca s'arrête.
Ca se ferme.
Ca se verrouille.
Je me redresse vivement, fixant l'obscurité, pelotonnant mes couvertures sous la terreur.
« Qui est là ? » Je peux à peine sortir ces mots sous la peur.
Pas de réponse.
Une respiration. Lourde… beaucoup trop lourde…
Je ne vois rien !
« Qui est là ? » je répète, ma voix tremblant dans ma gorge, l'obscurité avalant mes paroles.
Pas de réponse.
Des bruits de pas s'avancent lentement dans la pièce, avec prudence.
Est-ce que c'est… Lui ?
Non, ce n'est pas possible ! Que ferait-il ici à cette heure de la nuit ?
A ton avis, qu'est-ce qu'il est en train de faire ?
Mais… Mais il a dit qu'il ne ferait pas ça ! Il a dit qu'il ne ferait jamais…
Ne me dis pas que tu l'as toujours cru sur parole…
Je suppose… Ca a toujours été une de mes craintes depuis le début.
Mais… Je ne peux pas… Oh mon Dieu, je… je…
Les pas s'arrêtent au pied du lit et la respiration devient plus lourde, plus irrégulière.
Je ne respire pas, car je n'y arrive pas. Je suis juste recroquevillée dans mon lit, tremblante de peur.
« Lumos ! »
Mon souffle quitte tout mon corps alors qu'une peur effroyable me saisit.
Ce n'était pas sa voix…
De la lumière filtre dans l'obscurité de la chambre, éclairant l'intrus.
Dolohov se tient au pied du lit, me lorgnant horriblement dans la pénombre.
Oh mon Dieu.
« Bonsoir ma chérie. » Son visage est tordu dans une grimace horrible.
Je sors rapidement de mon lit, jetant les couvertures.
« Qui y a-t-il ? » je demande, étreignant instinctivement ma poitrine de mes bras. « Que voulez-vous ? »
Pourquoi je demande ça, pourquoi ?
Il passe sa langue sur sa lèvre inférieure. Sa salive brille sous la lumière de sa baguette.
« Je pense que mes intentions sont tout à fait évidentes, tu ne penses pas ? »
Mes entrailles se serrent alors qu'il se rapproche de plus en plus près, m'obligeant à reculer dans le mur derrière moi. Je ne peux plus respirer alors que je m'enfonce dans la pierre froide. Sa respiration devient pus forte lorsqu'il pose une de ses mains près de ma tête.
La lumière de sa baguette éclaire ses pupilles dilatées. Il pose le regard sur moi, me regardant de haut en bas.
Je m'écarte sur le côté mais il me saisit par la taille, me plaquant dos au mur.
Il pue l'alcool.
« Eloignez-vous de moi ! » je lui souffle. Il rit doucement, sa poigne s'accentuant alors que j'essaye de lutter.
« Oh, allez ! » Son souffle est chaud sur mon visage, me donnant des haut-le-cœur. « J'ai déjà vu ton corps. Le reste vient naturellement, tu n'es pas d'accord ? »
Il me saisit le visage, le tournant de profil. Quelque chose de chaud et humide parcoure ma joue…
Il lèche mon visage !
Je crois que je vais être malade.
« Mmm. » Il s'éloigne de mon visage, faisant claquer sa langue alors que je prends de profondes inspirations pour chasser les nausées. « Tu as un gout fantastique. Si jeune, si fraiche, et pourtant si indéniablement sale. Je peux presque sentir le gout de ton sang répugnant à travers ta peau délicieuse. »
« FOUTEZ LE CAMP ! » Je hurle d'une rage soudaine, et j'essaie de le frapper mais il me gifle au visage. Pas aussi fort que Lucius, mais assez fortement tout de même.
« Si vous me touchez… » Je lui crache ces paroles, mais je me rends compte que je ne sais pas quoi dire. De quoi pourrais-je le menacer ?
« Oui ? » il demande d'un air moqueur. « Tu vas faire quoi exactement ? »
Non. Je me souviens. Il doit s'en rappeler lui aussi…
… C'est une Sang-de-Bourbe, rappelle toi…
Il y a une chose dont je peux le menacer quoi qu'elle valle…
Je prends une respiration saccadée. Si vous me touchez, » je répète, « je le dirais à L-Lucius… »
Il éclate de rire. « Et crois-tu vraiment qu'il s'en souciera ? »
J'aspire mon souffle, tremblante. « Il vous a déjà arrêté » je dis désespérément. « Et il le fera de nouveau ! »
« Tu es sure ? » Il me demande d'un air moqueur, et sa main se déplace vers le haut de ma poitrine, appuyant durement sur le vêtement fin que je porte. Je grimace à ce contact. « Et pourquoi ferait-il ça à ton avis ? »
Veut-il vraiment que je réponde à ça ?
Sa main serpente sur ma poitrine et je lutte contre lui mais il pointe sa baguette sur moi et je me retrouve clouée au mur, ayant seulement la possibilité de bouger la tête. Je serre les lèvres pour m'empêcher de fondre en larmes.
« Il m'arrêterait peut être parce qu'il ne veut pas que quelqu'un d'autre ne touche sa petite pute Moldue? » il me crache ces mots à la figure. Ses longs ongles s'enfoncent dans ma poitrine. « Oh oui, j'ai deviné ce qu'il se passe entre vous deux. Mais ne t'inquiète pas. Le Seigneur des Ténèbres n'a pas besoin de le savoir. En tout cas, aussi longtemps que tu promets d'être gentille avec moi. »
Mais qu'est-ce qu'il raconte ?
« Etre gentille avec vous ? » je souffle, essayant en vain de lutter contre la force invisible qui me retient au mur. Mais je ne peux pas bouger. Je ne peux rien faire. « Je préfère embrasser un scroutt à pétard ! »
« Quelle classe, Sang-de-Bourbe. » Il serre ma poitrine dans sa main, à travers mon T-shirt. « Je parie que tu ne parles pas comme ça à Lucius. Je parie que tu le laisses faire tout ce qu'il veut de toi. »
« Je ne sais pas de quoi vous parlez- » je commence, mais il me gifle le visage à nouveau.
« Tu sais exactement de quoi je parle, petite chienne ! » il siffle.
Sa main s'éloigne de ma poitrine, descendant plus bas, le long de mon ventre et je lutte aussi fort que je peux contre le poids qui me retient au mur, alors que je serre instinctivement les jambes, tous mes muscles crispés par la peur.
« ELOIGNEZ-VOUS DE MOI ! » je hurle, avant de lui cracher au visage. Il me saisit les épaules et me claque contre le mur. Je pleure alors que ma tête heurte violemment la pierre, envoyant des ondes de douleur à travers tout mon corps.
« Espèce de petite morveuse arrogante ! » il me crie. « Tu le laisse faire beaucoup plus facilement ce qu'il veut, n'est-ce pas ? Je suis sur que tu écartes bien les jambes pour lui ! Pourquoi ne fais-tu pas la même chose avec moi ? Qu'ais-je de moins que lui ? »
Ses paroles me frappent comme des coups de poing à l'estomac. Mon souffle m'abandonne entièrement.
J'ouvre la bouche, et je crie. Je crie.
Il serre sa main contre ma bouche.
« Tais-toi et fais ce que je dis, sinon je te jure que les choses vont empirer pour toi- »
« Que pensais-tu faire exactement ? »
J'halète sous la surprise.
Je n'avais même pas entendu la porte s'ouvrir !
Dolohov se retourne.
La sombre silhouette sur le pas de la porte nous rejoint rapidement, tirant Dolohov loin de moi.
Merci mon Dieu, MERCI !
La baguette de Dolohov s'arrache de son emprise alors qu'il la jette au sol, et pendant quelques instants elle illumine le visage de Lucius. Son expression me terrifie. Je l'ai déjà vu en colère, bien sur je l'ai vu d'innombrables fois. Mais là… Il fixe Dolohov avec une telle rage incandescente et pure, que si j'avais été Dolohov, j'aurais certainement pleuré de pure terreur.
Mon corps est soudain libéré du mur.
Je trébuche vers l'avant, et je cours. Je me précipite par la porte ouverte, trébuchant dans le couloir, entendant seulement les cris furieux des deux hommes derrière elle.
Mais ce n'est pas sur elle qu'ils crient. Ils se crient l'un sur l'autre.
Je m'en moque. M'en moque, m'en moque…
Je cours. Mes pieds se déplacent comme s'ils avaient leur âme propre, emportant le reste de mon corps avec eux. Les couloirs sont sombres, mais quelques torchent illuminent de temps en temps ma route. Je cours et cours, de couloirs vides en couloirs vides, sans avoir aucune idée vers où je me dirige.
Des larmes coulent sur mes joues alors que l'air glacial gifle mon visage et mes jambes nues. Le sol de pierre glacé brûle la plante de mes pieds.
Je me sens sale. Je peux encore le sentir sur moi. Et Il va revenir, je le sais. Comment pourrais-je lui échapper ?
Et ce n'est pas le pire. Le pire, c'est…
Je tombe contre le mur, cognant mes genoux douloureux, m'accrochant à la pierre froide pour me soutenir. C'est seulement maintenant que je laisse les larmes couler.
'… il ne veut pas que quelqu'un d'autre ne touche sa petite pute Moldue…'
J'éclate en sanglots et je glisse vers le sol.
Comment ais-je pu croire que j'étais à l'abri de ça ? Je savais ce que Dolohov voulait… Ca a été une évidence dès qu'il a mis pour la première fois le pied dans ma cellule.
Et Lucius ? Qu'en est-il de lui ?
Je pensais au moins être tranquille de ce côté là avec lui. Mais c'est devenu… différent ces derniers jours.
Des bruits de pas. Des pas rapides.
Je ne m'arrête pas de penser. Je cours aussi vite que je peux, à travers les couloirs et les corridors, sans réfléchir où aller. Je traverse certains corridors éclairés à la torche, d'autres plongés dans l'obscurité, trébuchant dans le noir, retrouvant la lumière et courant à nouveau. Je ne veux pas le laisser me trouver, je ne peux pas…
Les bruits de pas disparaissent derrière moi, mais je ne m'arrête pas de courir.
Je titube jusqu'à des escaliers, que je monte, jusqu'à arriver dans de nouveaux couloirs, puis encore des escaliers. Je monte, monte, sans savoir exactement où je vais.
Où puis-je aller ? Je ne peux pas retourner dans ma chambre, ni vers le lac, et puis je ne sais même pas où je me trouve de tout façon…
Je tombe sur un long couloir, sanglotant alors que je continue de courir, arrivant devant une porte tout au bout du couloir, que j'ouvre…
C'est seulement là que je m'arrête de courir.
Je me trouve sur un balcon donnant sur l'obscurité.
Je suppose que ça doit être l'intérieur même de la grotte dans laquelle la maison se trouve.
Il n'y a pas de rampe sur le bord du balcon. Il conduit tout droit dans le vide.
Je me penche sur le bord du gouffre. Je dois vraiment être très haut. Le simple fait de regarder le bord me donne le vertige. La surface de l'eau et le lac semblent être à des kilomètres sous moi.
Mes orteils se recroquevillent sur le bord du balcon.
Quelle facilité ça doit être ! Juste un pas de plus, et la chute dans le vide, et la fin de tout ça… Pour tout oublier, pour tout arrêter, plus de douleur, de peur, de haine, de culpabilité…
Je devrais avoir peur. Mais je ne ressens rien. Je suis anesthésiée.
Les sensations me reviennent lorsque je regarde de nouveau le vide. Mon estomac se compresse. Dieu que c'est profond. J'aurai tout le temps de voir le sol se rapprocher de moi avant de le heurter.
Je lève les yeux, souhaitant plus que tout voir le ciel étoilé une dernière fois.
Mais il n'y a rien, bien sur. Juste les ténèbres du plafond.
Je prends une grande respiration et je ferme les yeux. Une unique larme glisse sur ma joue.
Je suis désolée. Je suis tellement désolée. Je vous aime Maman, Papa, Ron, Harry…
Je tends mes bras devant moi-
Mais quelque chose me serre la taille et me projette vers l'arrière, loin du balcon, dans le couloir. Je lutte contre la poigne, parce que je sais que c'est Dolohov qui revient, et je ne le laisserais pas, pas, pas me toucher ! Je vais le frapper et puis je vais me jeter du balcon avant qu'il ne remette les mains sur moi…
Je commence à crier mais une main m'entrave la bouche alors que je suis tirée dans le couloir et entrainé dans une sombre alcôve. Je lutte de toutes mes forces contre lui, mais il est trop fort, beaucoup trop fort.
Il m'épingle au mur de l'alcôve, me pressant contre la pierre avec sa main sur ma bouche, étouffant mes cris.
Mais je ne vois rien ! Il fait si sombre que je ne peux même pas le voir !
Des larmes roulent sur mes joues, mouillant ses doigts alors qu'il presse ma bouche sans pitié.
Mais… Je ne pense pas… Ce n'est pas Dolohov, je le sais…
« Je ne vous laisserais pas vous tuer. » La voix est un murmure plein de menaces, mais ce n'est pas la voix de Dolohov. « Je ne vous laisserais pas utiliser cette solution de facilité. »
C'est Lucius.
C'est Lucius qui me presse contre le mur maintenant, avec sa main serrée sur ma bouche.
Je m'en fous. J'aimerais que mes larmes puissent le tacher.
Sa respiration souffle légèrement sur mon front.
J'ouvre les yeux, essayant de distinguer ses traits, mais je ne vois absolument rien. Je peux seulement sentir son corps presser le mien contre la pierre, sentir ses longs doigts serrés contre ma bouche. Son pouce repose sur ma mâchoire.
Ses doigts se décalent lentement de ma bouche, très lentement, mais il garde son autre main enfoncée dans mon épaule. Sa main maintenant libre vient se saisir de mon poignet, qui repose maladroitement sur son torse.
Sur son torse –
Je ferme mes doigts et serre le poing.
« Que vous a-t-il fait ? » il demande calmement.
J'essaie de garder ma respiration régulière mais je ne lui réponds pas.
Nous restons là une éternité, serrés dans l'obscurité. Je ne peux voir son visage, mais je sais qu'il est… différent de toutes les autres fois où nous nous sommes retrouvés si près. Il n'est pas moqueur, ni intimidant cette fois. Je ne sais pas comment je le sais, mais je le sais…
Je me sens mal à l'aise contre lui.
« Lâchez-moi » je murmure, furieuse que mes larmes recommencent à couler.
Il reste silencieux pendant quelques secondes, puis il s'écarte, libérant mon poignet et mon épaule. Je ne fuis pas, même si je sais que j'aurais probablement dû le faire.
Je ne vois toujours pas son visage.
« Il est inutile de réagir comme ça » dit-il d'une voix railleuse, mais ses mots sonnent bizarrement creux.
« Ne vous avisez pas… » je peux à peine prononcer ces paroles. « Ne vous avisez pas de vous moquer de moi, après ce qu'il vient de se passer. »
Un long silence s'installe.
J'emprisonne mes bras autour de ma poitrine, sur la défensive, serrant la grande chemise autour de mon corps.
Il aspire son souffle, toujours très calme. « Que vous a-t-il fait exactement ? » il me demande, d'une voix parfaitement calme et contrôlée.
Je serre les lèvres. Je ne veux pas lui dire. Je ne veux pas qu'il sache…
« Dites le moi » dit-il tranquillement. « Je ne voudrais pas devoir forcer votre esprit pour voir la vérité. »
Mais comment puis-je lui dire ça ?
« Il n'a rien fait. » Je sors difficilement ces mots. « Mais il l'aurait fait si vous n'étiez pas intervenu. Il a dit que je devais être g-gentille avec lui… »
Il y a un long silence, bercé uniquement par ma respiration.
Il me faut un moment pour que je me rende compte que je ne l'entends plus respirer.
Il sort de l'alcôve, dans la pénombre du couloir. La torche bleue illumine ses traits durs et furieux. Il paraît tellement en colère que ça me fait l'effet d'un coup de poing dans l'estomac.
« J'avais remarqué que Antonin avait beaucoup bu ce soir » dit-il calmement. « Mais je ne savais pas qu'il avait planifié d'aller dans votre chambre. »
Mais… je ne comprends pas !
« Si vous ne saviez pas qu'il voulait aller dans ma chambre, alors pourquoi y êtes-vous venu ? » Son visage se durcit et il me gifle sur la joue. Des larmes me brulent les yeux alors que je frotte ma joue endolorie.
« Ne pensez pas que vous pouvez vous en sortir avec une nouvelle impudence, Sang-de-Bourbe. »
« Je n'étais pas- »
« Et ne pensez pas que j'étais là spécifiquement pour vous voir » il me coupe la parole. « Ma chambre est assez proche de la votre. J'ai entendu vos cris alors que je passais dans le couloir et je suis donc venu voir ce qu'il se passait. »
« Pourquoi est-ce que votre… »
Je laisse ma question disparaître dans l'air. Son regard se rétréci – il sait la question que je voulais lui poser.
« Ma chambre est proche de la votre car Antonin a souvent suggéré qu'il voudrait… vous rendre visite » dit-il calmement. Dès notre arrivée, j'ai fais en sorte que ma chambre soit proche de la votre afin que je puisse empêcher qu'un tel événement ne se produise. »
« Donc, vous êtes mon protecteur, maintenant ? » je dis froidement, mes larmes s'accrochant à mes paupières. Je suis furieuse car il ne peut pas prétendre à ce titre, pas après tout ce qu'il m'a fait subir. « Mais ce que je veux savoir, c'est : pouvez-vous me protéger contre vous même ? »
Le muscle de sa mâchoire se contracte et il se rapproche rapidement de moi, me saisissant à la gorge. Il pince cruellement ma trachée, m'étouffant.
« Pour votre bien, je vais prétendre ne pas avoir entendu ce que vous venez de me dire » dit-il d'une voix toujours calme, mais remplie d'une rage contenue. « Je ne pense pas avoir besoin de vous rappeler que ce n'est pas moi qui est venu dans votre chambre ce soir, et qui a essayé de salir mes mains sur une Sang-de-Bourbe. »
Oh mon Dieu, non, ce n'est pas ce que je voulais dire ! Je ne voulais pas suggérer à nouveau ce genre de chose, surtout pas après ce qu'il a fait la dernière fois.
Quelque chose vacille au fond de mon esprit, juste pendant un moment, mais je… je ne sais pas ce que c'est.
« Dois-je mieux me faire comprendre ? » dit-il tranquillement, serrant ma gorge plus fortement.
Je ne peux rien faire d'autre que de hocher la tête. Il me tient encore un petit moment, avant de lâcher ma gorge. Je reprends mon souffle en me massant le cou pendant qu'il me regarde intensément.
« Pourquoi vouliez-vous vous suicider ? » il me demande. « Pourquoi vouliez-vous faire quelque chose d'aussi stupide ? Antonin n'en vaut pas la peine, croyez-moi… »
« Ce n'est pas seulement lui » je dis, la voix vide et stérile, car je ne ressens plus la colère. Je suis juste cassée, et triste, si triste. « J'ai perdu ma famille, mes amis, et j'ai mené mon meilleur ami vers une mort certaine à cause de ma stupide faiblesse. J'ai vu des choses que je n'aurai jamais cru voir, et je ne pourrais jamais les oublier. Vous m'avez forcé à renoncer à mes principes. Vous m'avez pris tout ce que je croyais juste, et les avez transformé en mensonges. Pourquoi devrais-je encore vivre ? Je n'ai plus rien. »
Il reste parfaitement immobile. Il ne fait rien – il se contente de me regarder longuement et durement, son regard ne donnant aucun signe de pitié ou d'émotion.
« Et vous dites que je suis un lâche ? » dit-il finalement. « Je ne connais pas de solution aussi facile et lâche que celle là. Je pensais que votre but était de vous battre contre ce genre de chose. C'est la mentalité même des Gryffondors, non ? »
« Peut être que je suis fatiguée de me battre » dis-je d'une voix éteinte. « D'ailleurs, je ne vois pas pourquoi vous décidez soudain que le fait que je me batte pour mes principes soit une bonne chose. » Je secoue la tête et respire un petit rire sans joie. « Vous êtes un hypocrite. Vous avez juste besoin de me garder en vie pour vos plans futurs. Alors, qu'avez-vous prévu pour moi, maintenant ? Plus de torture, plus de douleur, plus d'humiliation ? »
Un long silence s'installe entre nous. Son visage reste totalement illisible.
« Nous avons effectivement d'autres plans pour vous » dit-il finalement. « Je ne vais pas le nier. Et ces plans requièrent que vous soyez vivante et en bonne santé. Allons, venez. » Il se recule et va jusqu'à la porte du balcon avant de la verrouiller de sa baguette. « Je vais vous raccompagner à votre chambre, et je ne veux plus entendre ces idées suicidaires et stupides dans votre bouche. »
« Je ne veux pas retourner là-bas » dis-je calmement, mais je ne peux pas empêcher ma voix de trembler. « Il reviendra, je le sais. »
Il me regarde attentivement, son regard plongé dans le mien… Je ne reconnais pas du tout ce regard.
« Merde » il marmonne dans un souffle.
Il se détourne de moi un instant, s'appuyant contre le mur, dos à moi.
Je voudrais savoir ce qu'il pense. Surtout à ce moment précis, car je n'en ai vraiment aucune idée.
« Je l'ai assommé avant de vous suivre » dit-il, toujours dos à moi. « Si vous revenez avec moi maintenant, je me débarrasserais de lui avant qu'il ne se réveille, et je veillerai personnellement à ce qu'il ne revienne pas vous voir. »
J'avale durement.
Il l'a assommé ? Il a assommé son ami, son compagnon Mangemort ?
« Venez. » Il se retourne vers moi, le visage dépourvu d'expression, et il me saisit par les épaules, me poussant en face de lui, tout en avançant dans le couloir.
Nous arrivons dans ma chambre pour trouver Dolohov affalé sur le sol, les yeux fermés et le visage inexpressif. J'aurai presque pu penser qu'il était mort, si je n'avais pas vu sa poitrine se soulever de façon régulière.
J'aurai aimé qu'il soit mort. Je rêve que ce salopard de malade crève de la façon la plus horrible possible.
Non. Non, je ne peux pas souhaiter ça. Je ne suis pas comme eux…
Mais pourquoi ne le serais-je pas ? Ils m'ont brutalisé après tout. Honnêtement, je serai capable de tuer Dolohov en ce moment même avec mes propres mains, si c'était possible.
Lucius s'accroupit près de lui, vérifie son pouls, et tire une de ses paupières pour observer son œil à la lumière de sa baguette.
« Il est endormi. » Il se lève et se saisit de la baguette de Dolohov. Je n'avais pas remarqué qu'elle était par terre. « Je vais le ramener dans sa chambre » il me dit sans me regarder. « Il ne vous ennuiera plus. Je vais m'en assurer. »
« Merci. »
Pourquoi j'ai dis ça ? Comment puis-je le remercier après tout ce qu'il m'a fait ?
« Ne me remerciez pas, Sang-de-Bourbe. » Il me regarde durement. « Je n'ai pas fait cela pour vous. Antonin a une position à respecter. Un Sang Pur ne peut pas se permettre de se mélanger avec une Née Moldue. Qui sait quelle sorte de progéniture ça pourrait engendrer ? »
Je me sens malade. Il m'a peut être sauvé de Dolohov, mais ça n'avait rien à voir avec moi. Il l'a seulement fait pour ses putains de convictions sur les Sangs Purs.
Tu t'attendais vraiment à quelque chose de différent venant de lui ?
« Voldemort lui même est un Sang Mêlé » je dis tranquillement. « Le saviez-vous ? »
Il lève sa baguette. L'habituelle piqure se fait sentir sur ma joue, alors que l'habituel Lucius est toujours devant moi. Il ne se soucie en rien de moi. Je pourrais tout aussi bien être de la merde sur ses chaussures.
« Ne manquez pas de respect à votre Maitre avec ce mensonge dégoutant » dit-il, sa voix frémissant de colère. « Ce n'est rien d'autre qu'une propagande ridicule lancée par Dumbledore. Vous avez été sotte de croire à ça, mais j'ose croire que vous ne l'êtes pas assez pour le répéter. »
Je serre les lèvres et prends une profonde respiration. Je vais essayer de croire en cette once d'humanité que j'ai pu voir en lui un peu plus tôt ce soir.
« Très bien » dis-je tremblante. « Dites qu'il ne s'agit que d'une propagande. Dites qu'il s'agit de mensonges répandus par l'Ordre. Mais votre ami Severus Rogue, lui est définitivement un Sang mêlé. J'ai vu une coupure de journal qui le prouve. Sa mère était une sorcière mais son père était un Moldu. Si vous méprisez tous ceux qui ne sont pas de Sang Pur, alors pourquoi êtes-vous si bons amis avec lui ? »
Le fantôme d'un sourire traverse son visage, mais ses yeux restent de marbre. « Le sang des Sang Mêlés sont peut être inférieurs, » il commence de sa voix trainante, « mais au moins, ils retirent leur pouvoir magique de quelque part. Je peux les fréquenter pour cette raison. Ils ont une certaine base pour pouvoir pratiquer la magie. » Il baisse le regard vers Dolohov, sa lèvre se recroquevillant à nouveau de colère. « Cependant, ils sont inférieurs. Donc, aucun Sang Pur ne doit volontairement polluer sa lignée. Dans le cas contraire, ça fait de cette personne la pire espèce de traitre à son sang. »
« Et que feriez-vous si Drago épousait une Sang-de-Bourbe ou une Moldue ? » je demande, essayant de garder ma voix calme.
« Je le renierais » répond-il sans hésitation, me regardant droit dans les yeux. « S'il était amené à polluer volontairement et délibérément son sang, il ne serait alors plus mon fils. »
Je reste bouche bée devant lui. C'est… Je ne peux pas croire que quelqu'un puisse avoir des croyances aussi tordues. Comment peut-il inculquer ces préjugés ridicules à son propre fils ?
Il me regarde pendant quelques secondes, avant de se tourner vers la porte et de la verrouiller.
Non-
J'entoure automatiquement mes bras autour de moi, mais il ne me regarde même pas. Il se contente de se baisser près de Dolohov et de le saisir par le bras.
Je respire à nouveau, baissant les bras.
« Vous devriez aller dormir dit-il sèchement avant de sortir la petit clé de sa poche.
« Pensez-vous vraiment que je vais pouvoir dormir ? » je dis calmement.
Il dirige son regard vers moi et nos yeux se verrouillent pendant un moment. « Dormez » dit-il à nouveau. « La tour Nord. »
La clé s'illumine en rouge et les deux hommes disparaissent, me laissant seule dans la nuit noire de ma chambre.
Je me dirige à tâtons vers mon lit, grimpant dessus. Je presse mon dos contre les couvertures, regardant les ténèbres les yeux grands ouverts, ayant trop peur pour même les cligner.
