'Pour regarder mes cicatrices, il faut payer
Pour entendre mon cœur –
Il bat pour de bon.
Et il faut payer et payer très cher
Pour avoir un mot, un geste,
Un peu de sang,
Une mèche de mes cheveux, un bout de mes vêtements.' - Sylvia Plath, Dame Lazare
Chapitre 12 Trahison
Ma respiration s'arrête alors que j'entends un bruit faible dans le coin de la pièce.
Je me raidis, pressant mes bras aussi fort que je peux autour de mon corps, alors que je me redresse dans mon lit, la peur me nouant les entrailles. Je soulève le chandelier au dessus de ma tête. Il glisse légèrement dans ma main, humide de sueur, depuis des heures et des heures que je le tenais. Je plisse les yeux dans la pénombre de la chambre, dans une tentative désespérée d'apercevoir quelque chose.
« Si vous vous approchez de moi, je vous jure que je vous tue… »
« Accio chandelier ! »
Cette incantation murmurée me coupe dans ma phrase, et je sens mon seul moyen de défense s'envoler de ma main.
A qui était cette voix ? Ce n'était qu'un murmure, je n'ai pas pu la reconnaître…
Des pas.
Je me précipite sous mes couvertures, les tirant au dessus de ma tête dans une tentative vaine de me cacher.
« Si vous me touchez, je suis sure qu'il le saura ! » je crie de sous mes couvertures. « Ne vous avisez pas de me toucher- »
« Croyez-moi, Sang-de-Bourbe, je n'ai pas l'intention de vous toucher. »
J'avale mon souffle. En partie par crainte, en partie par le choc, mais essentiellement de pur soulagement.
Bien sur que c'est lui. J'aurai du le deviner : il est le seul à posséder la Main de la Gloire. Il est donc le seul à pouvoir me voir dans l'obscurité.
« Lumos ! »
De la lumière filtre à travers les fibres de mes couvertures mais je ne les repoussent pas de sur ma tête, car je me fous de ce qu'il dit, c'est un homme après tout. Pourquoi serait-il différent de Dolohov ?
Je me sens comme lorsque j'étais enfant, lorsque j'avais peur du noir et que je tirais les couvertures au dessus de ma tête, trop effrayée pour regarder dans les ténèbres de ma chambre.
Mais mes craintes sont beaucoup plus réelles maintenant, et bien plus terribles, et je dois y faire face à chaque instant du jour.
Je donnerai maintenant n'importe quoi pour avoir comme seule peur celle du noir.
« Allez-vous sortir de là ? » Sa voix est chargée d'un amusement malveillant.
Allez-vous en.
Il soupire.
« Je ne vois pas pourquoi vous vous cachez de moi » dit-il avec une patience exagérée. « Je pensais que nous nous connaissions assez bien l'un l'autre pour que vous me distinguiez de Antonin Dolohov, ou de toute autre personne. Au cas où vous l'auriez oublié, c'est moi qui suis venu à votre secours hier soir, à mon grand désespoir. »
A votre grand désespoir ? Espèce de salaud, salaud, ce n'est pas ce que vous avez dit lorsque vous l'avez éloigné de moi, hein ? Ce n'est pas ce que vous avez dit lorsque vous m'avez éloigné du balcon.
Oui, mais comme il te l'a dit, il ne t'a aidé que pour ses propres préjugés et parce qu'il a un travail à accomplir. Ce n'est pas comme s'il se souciait de toi.
Je ne veux pas qu'il se soucie de moi, de toute façon.
Je m'enfonce plus profondément sous les couvertures.
« Wingardium Leviosa ! »
Les couvertures s'élèvent dans les airs, et je me retrouve frissonnante dans la lumière et le froid, sous son regard moqueur et hautain.
Je me traine hors du lit et lui fais face, tirant sur le bas de ma chemise de nuit.
« Ma parole, vos mauvaises manières ne cesseront jamais de m'étonner. » Il ricane. « Je savais que les Moldus étaient paresseux, mais je ne savais pas qu'ils aimaient rester couchés, en vêtements de nuit, jusqu'à… » Il sort une petite montre de la poche de sa cape. « Neuf heures du soir. »
« Et comment suis-je censée savoir quelle heure il peut être ? » je murmure. « Ce n'est pas comme si j'avais un moyen de le savoir, si ? »
Il pointe sa baguette sur moi, et je sens un petit frisson douloureux me parcourir. La sensation désagréable disparaît aussi vite qu'elle était venue.
Il ricane avant de se tourner et de viser de sa baguette la porte de la salle de bain, qui s'ouvre en grinçant lentement.
« Après vous. »
Je plisse les yeux en me dirigeant vers la salle de bain, sous son regard souriant.
J'entends la porte se refermer derrière moi dès que j'entre dans la pièce. Je me retourne. Il se tient devant la porte fermée, me bloquant la sortie.
J'avale difficilement. Il ricane.
Il donne un léger coup de baguette vers la baignoire encastrée, et tous les robinets s'ouvrent dans un même mouvement.
Je le regarde, hochant négativement la tête avec horreur, mais il se contente de sourire à mon malaise.
« Qu'est-ce que vous faites ? » je demande, furieuse face au tremblement de ma voix.
Ses sourcils se crispent alors qu'il redonne un coup de baguette vers les robinets qui se ferment. Je constate avec consternation avec quelle rapidité la baignoire s'est remplie d'eau.
« Vous avez besoin de vous laver. »
Inspire, expire. Garde ton calme.
« D'accord » je dis, essayant désespérément de garder ma voix ferme. « Je le ferais dès que je serais- »
« Ne soyez pas ridicule » dit-il hargneusement. « Je dois être sur que vous le faites correctement. Vous devez être absolument impeccable aujourd'hui. Et j'ai pu me rendre compte que la notion de 'propreté' chez les Moldus, pouvait être assez différente de la mienne. »
Je croise les bras sur ma poitrine et je ferme les yeux, sentant mes yeux me piquer et mon corps se recroqueviller sous la peur.
Je n'irai pas dans cette baignoire devant lui, il n'en est pas question. Après tout ce qui s'est passé hier, je ne peux pas croire qu'il me demande de faire ça.
Il t'a déjà vue toute nue.
Mais… C'était il y a longtemps ! Et ce n'est pas comme si j'avais eu le choix au moment là… Et puis, les choses sont différentes aujourd'hui. Lui et moi… notre relation entière a évolué, à tel point que je ne sais même plus comment elle était au début…
Notre relation… Ce mot semble bien… inapproprié pour décrire ce qui se passe entre nous.
Je ne me souviens même plus de ce qu'était ma vie avant qu'il ne me kidnappe. Je ne me souviens de rien de précis avant qu'il ne devienne une partie aussi importante de ma vie. Il est devenu le centre de mon existence, et je ne peux simplement pas le supporter…
Il dirige un regard dédaigneux vers moi.
« Mais qu'attendez-vous, par Merlin ? Vous ne pouvez pas encore avoir peur de mes intentions vous concernant, si ? Vous devez comprendre depuis le temps, que je ne suis pas intéressé. » Un sourire cruel éclaire son visage. « Je suis désolé de vous décevoir, mais c'est comme ça. »
« Taisez-vous ! » je crie. Je le hais, le hais, le hais ! Pourquoi est-il comme ça ? J'aurais vraiment pensé que hier soir, il avait… je ne sais pas.
Tu pensais qu'il pourrait avoir de la pitié pour toi ? Et bien tu es une idiote, tu sais ça ?
Il sourit horriblement.
« Il n'est pas nécessaire d'être grossière » dit-il de sa voix trainante. « Maintenant, voulez-vous, s'il vous plait, arrêter de me faire perdre mon temps et aller vous laver ! »
« Non, je ne veux pas » dis-je calmement. « Pas devant vous. »
Il ricane sans aucune gaieté, et lève sa baguette.
« Impero ! »
Oh oui, fantastique ! N'importe quoi pour rester comme ça… Vous le savez-
'Enlevez votre chemise.'
Fais ce qu'il te dit. Tout pour lui, tout…
J'ouvre ma chemise, je défais les boutons, pop, pop, pop…
Mais… non. Ce n'est pas bien. Pas bien du tout.
'Enlevez votre chemise.'
Fais ce qu'il dit, ce qu'il veut, tout ce qu'il veut, lui seul peut faire fuir la douleur-
'Laissez la tomber au sol.'
Je la laisse glisser d'entre mes doigts, je souris, si heureuse, si paisible…
J'ai froid.
Non, j'ai chaud. Je suis juste debout dans la chaleur. Qui a besoin de vêtements de toute façon ? Je n'ai rien besoin dans cette douce brume, avec cette voix à mon oreille…
Je vais me tourner. Il peut… tout voir…
'Ne faites pas attention à cela.'
Tout pour vous…
'Rentrez dans la baignoire.'
Je m'assois sur le rebord, faisant glisser mon corps dans l'eau si chaude, tout pour vous, s'il vous plait, s'il vous plait ne me quittez pas, n'arrêtez pas…
La chaleur et le bonheur se dissipent en moi.
Maintenant, il y a seulement la chaleur sous ma taille, la chaleur de l'eau du bain, mais je le réalise trop tard.
J'enroule rapidement mes bras autour de moi, cachant mes seins horriblement visibles devant lui, tout en remerciant la surface de l'eau de cacher le reste. Je serre les lèvres pour empêcher mes larmes de couler.
Il se tient devant moi, ses yeux me perforant, me transperçant, comme s'il cherchait à percer la dure carapace que j'ai construit autour de moi, et de chercher toute la douleur et l'humiliation qui se trouvent derrière.
Je sens mon visage rougir sous son regard, parce que j'étais… oh mon Dieu, j'étais… nue devant lui !
Je suis toujours nue devant lui.
Je… Je ne peux le supporter !
Il ricane. « Et bien, ce n'était pas si difficile, si ? »
Je… je ne peux…
Enfin, je trouve les mots.
« Vous êtes un salaud ! » je murmure. « Comment pouvez-vous me faire ça, après ce qu'il m'est arrivé hier ? »
Le sourire disparaît de son visage. « Je pensais que vous aviez dit qu'il ne s'était rien passé ? »
« Rien ne s'est passé » je dis rapidement. « Enfin… Pas vraiment en tout cas… »
« Et bien, arrêtez de vous plaindre alors ! » Il lève les yeux d'exaspération.
« Arrêter de me plaindre ? » je dis incrédule, serrant toujours mes bras autour de moi. Comment ose-t-il ? « J'avais tellement peur que je n'ai pas dormi depuis que vous avez tous les deux quitté ma chambre hier. Il m'a agressé, et vous êtes là à me dire d'arrêter de me plaindre ? »
Son visage est dur, rempli de mépris et lorsqu'il me répond, il ignore totalement ce que je viens de dire.
« Allez-vous vous laver ou bien je vais encore être obligé de vous lancer un Imperium ? »
Mais… Comment je vais pouvoir ? Comment puis-je me laver sans qu'il ne voie mon corps ?
Il ricane à nouveau.
« Vous pouvez vous tourner si vous le désirez » dit-il. « En fait, je trouverais ça plus agréable. »
Je me retourne rapidement car je ne veux pas qu'il voie mes larmes.
N'écoute pas, ce ne sont que des mots vides de sens…
Alors, pourquoi font-ils si mal ? Pourquoi chaque mot qu'il prononce me fait autant souffrir ?
Je plonge mon corps entier dans l'eau, avant de frotter mon corps avec le savon qui se trouvait sur le bord de la baignoire. Je peux sentir son regard sur moi, me transperçant le dos, et je me demande à quoi il joue exactement. Pourquoi insiste-t-il tant à me regarder me laver, bon Dieu ?
Ca n'a pas d'importance. Oublie ça. Il faut que tu survives aujourd'hui, c'est tout ce qui compte.
Tu dois survivre jusqu'à demain…
Et après ce sera pour le lendemain…
Je frotte le savon sur tout mon corps et sur mes cheveux, avant de me plonger de nouveau dans l'eau afin de me rincer. Je sors de l'eau chaude, mes cheveux mouillés goutant dans mon dos, et je tourne légèrement la tête pour lui faire face.
Rien sur son visage ne me montre ses pensées.
« Bien. » Il hoche la tête. « Séchez-vous et vous pourrez retourner dans votre chambre. » Il se retourne et quitte la salle de bain sans fermer la porte derrière lui.
Je sors de la baignoire et me saisis d'une serviette attachée au mur, séchant mon corps et essorant mes cheveux. J'enroule la serviette autour de moi, essayant de cacher mon corps le plus possible. Je marche avec précaution jusqu'à ma chambre et il est là, appuyé contre le mur. Il pointe sa baguette sur le haut de mon crane. Je frissonne mais je ne sens qu'une douce chaleur se répandre sur mes cheveux. J'ai l'impression d'avoir été mise sous un sèche cheveux pendant une demi heure.
« Pourquoi faites-vous cela ? » je demande. « A quoi me préparez-vous ? »
Il ne répond pas. Il donne un léger coup de baguette et un morceau de tissu apparaît dans les airs. Il l'attrape avant qu'il ne puisse tomber au sol, et me le tend.
« Enfilez ça » dit-il sèchement.
Je secoue le tissu pour m'apercevoir que c'est en fait une longue robe de lin blanc.
« S'il vous plait- » je commence, tremblante.
« Non » il me coupe. « Non, vous n'aurez pas plus d'intimité. Vous pouvez décider de grandir et agir comme une adulte, pour une fois. »
Je me retourne vivement, serrant les lèvres. Je laisse tomber ma serviette au sol, passant ma robe au dessus de ma tête aussi vite que je le peux. Elle s'ajuste bien à mon corps, aussi bien que ne l'était la robe vert émeraude, mais sa coupe est complètement différente. C'est du pur lin blanc, avec de longues manches et une longue traine arrivant jusqu'au sol. C'est presque… médiéval.
Je me retourne pour lui faire face, et sa bouche se courbe dans un sourire satisfait alors qu'il jette un regard circulaire sur moi.
« Bien » il murmure. « Vous êtes parfaite. Vous ressemblez à une jeune martyre innocente. »
Je cligne des yeux.
Une martyre ?
Je ne dois pas paniquer. Ils ne peuvent pas… je ne dois pas paniquer !
« Qu'allez-vous faire de moi ? » je murmure.
Il ricane et se saisit du peigne posé sur ma coiffeuse.
« Peignez vos cheveux. » Il me tend la brosse. « Votre crinière ressemble à un épouvantail, encore plus lorsqu'elle n'a pas été peignée. »
Je claque le peigne sur la table.
« Pas avant que vous me disiez ce qu'il se passe ! » je dis en le regardant droit dans ses yeux gris et froids.
Un de ses sourcils se redresse, mais il continue de sourire.
« Pourquoi ne pas vous asseoir et brosser vos cheveux ? » Il fait un geste vers ma chaise devant la coiffeuse. Si vous faites ça pour moi, je vous dirais ce que j'ai prévu pour vous, aujourd'hui. »
Je lui lance un regard furieux avant de m'asseoir sur la chaise, fixant son visage dans le miroir en face de moi. Je prends le peigne et commence à tirer sur le tas de nœuds informe que mes cheveux sont devenus.
« Le Seigneur des Ténèbres a demandé à vous voir. Il m'a demandé de vous emmener à son nouveau Quartier Général. »
Mon cœur manque un battement. Je laisse tomber le peigne sur la table de toilette.
« Q-quoi ? » je murmure, regardant son reflet bouger dans le miroir alors qu'il se dirige vers moi. Il me ricane au nez.
« Je pense que vous m'avez bien entendu. »
« Mais… »
Je sais pourquoi il veut me voir, bien sur que je le sais. Il va finalement se servir de moi pour atteindre Harry, je le sais… Pourquoi voudrait-il me voir sinon ? J'ai déjà donné toutes les informations qu'ils voulaient.
Lucius me regarde dans le miroir avec un sourire narquois. « Oui ? 'Mais' quoi ? »
Je prends une grande respiration.
« Pourquoi ? » je demande, même si je connais déjà la réponse. « Pourquoi veut-il me voir ? »
« Je crois que vous savez déjà pourquoi. Ne vous êtes-vous pas déjà demandé pourquoi nous vous gardions en vie pendant tout ce temps ? »
Je sens mes entrailles se resserrer alors que ma respiration s'arrête.
« D'accord. Donc, vous allez nous utiliser pour atteindre Harry- »
« Nous ? » il me demande d'un air moqueur. « Oh, vous pensez que nous allons nous servir de Weasley aussi ? J'ai bien peur que non. Vous voyez, ses parents ne serraient pas ravis qu'on assassine leur fils, alors que nous avions promis de lui laisser la vie sauve en échange de leur aide. »
Dieu merci, Ron est sauvé. Merci mon Dieu !
Mais… assassiner ?
Je ne peux plus respirer. Je ne peux plus penser. Tout mon corps brule et gèle, et je commence à trembler.
Je ne veux pas mourir ! Je ne suis pas encore prête !
Ce n'est pas ce que tu pensais la nuit dernière.
Je me lève en tremblant, pour faire face à Lucius. Il est bien plus proche que ce que je pensais.
« Donc, » je dis calmement alors que je lève les yeux vers son visage moqueur, « c'est là que tout va se terminer, n'est-ce pas ? Vous allez me tuer pour arriver jusqu'à Harry. Vous allez vous débarrasser de moi. »
Ses lèvres s'amincissent mais il ne dit rien.
« Ca ne vous apportera rien, cependant. Ma mort ne servira à rien d'autre qu'à vous avilir encore plus aux yeux des gens et à affermir plus de haine sur vous. » J'étire mes lèvres dans un petit sourire forcé alors même que je tremble de peur. « Donc, tuez-moi et faites de moi un martyre. Les gens se rappelleront toujours que vous avez tué une jeune fille innocente pour atteindre vos noirs desseins. »
Il ricane, profitant de cette joute verbale comme il l'a fait avec toutes celles qu'on a eu précédemment.
« Ah, ma petite Sang-de-Bourbe. » Il caresse ma joue de son doigt. « Vous vous trompez totalement. Personne ne se rappellera de vous. Ils vont vous oublier. Vous deviendrez simplement un simple nom dans la longue liste des personnes mortes pour avoir essayé de nous résister. »
Mon cœur se serre. Je déteste quand il me touche comme ça. C'est presque aussi mauvais que lorsqu'il me torture.
Je ne veux pas qu'il me touche.
« Ca ne vous apportera rien » dis-je méchamment. « Les gens vont détesteront pour ça- »
« Et bien, laissez les nous haïr » dit-il, un sourire mauvais s'étalant sur son visage. « Qu'importe qu'ils nous haïssent, du moment qu'ils nous craignent ? L'adoration est très bien, mais la peur est d'autant plus puissante quand il s'agit de contrôler, vous ne trouvez pas ? »
Oh mon Dieu non, s'il vous plait, je ne veux pas mourir !
« Quoi qu'il en soit, » il enlève sa main de ma joue, « nous n'allons pas vous tuer aujourd'hui, aussi surprenant que cela puisse paraître. »
Quoi ?
Ma respiration semble soudain plus facile alors que mon cœur se gonfle et se dégonfle comme un ballon, rempli d'espoir. Il ricane, il sait ce que je ressens.
« Ne me dites pas que c'est une surprise pour vous. Bien sur que nous n'allons pas vous tuer avant que Potter ne soit lui même mort aux pieds du Seigneur des Ténèbres. Vous allez encore nous être que trop utile avant d'arriver à ce point.
Le ballon éclate à ses paroles.
Je ne vais pas lui montrer ma peur, ni ma douleur. Je durcis ma voix et essaye de la garder aussi froide que la sienne.
« Et de quelle façon pensez-vous vous servir de moi pour arriver jusqu'à Harry ? » Je respire un petit rire. « Vous ne savez pas où il est. Vous aurez à lui dire où nous sommes si vous voulez qu'il essaye de me sauver, et vous pensez vraiment qu'il ne viendra pas avec minimum la moitié de l'Ordre avec lui ? »
Je lui souris, triomphante, mais il respire un nouveau rire moqueur alors qu'il écarte des mèches de cheveux de mon visage.
« Pensez-vous vraiment que nous n'avions pas envisagé cette possibilité ? Nous ne sommes pas idiots, vous savez. Et ne jouez pas le fin stratège avec moi, Sang-de-Bourbe. Vous n'en avez simplement pas la capacité. » Il déplace sa main vers mon bras, l'agrippant. « Venez maintenant. Le Seigneur des Ténèbres nous attend. »
Je m'arrache de son emprise, luttant contre lui. Sa main se referme à nouveau autour de mon poignet mais je le tors et le contorsionne car il peut aller en Enfer s'il pense que je vais aller revoir Voldemort et que je vais les aider à capturer Harry. Je donne des coups de pieds mais il se moque de moi et va te faire foutre, espèce de gros salopard !
J'essaye désespérément d'écarter ses doigts de mon poignet, mais je n'y arrive pas… ça a marché une fois alors pourquoi ne pas réessayer ?... j'amène sa main jusqu'à ma bouche et je plante mes dents dans ses doigts mais je sens son autre main dans mes cheveux, les tordant…
« Ne vous avisez pas, espèce de créature répugnante ! » il siffle avant de me frapper au visage. Une gifle me brule la joue, encore et encore. Je crie et tombe à terre, la tête sonnée.
« Vous ne vous battrez pas contre moi, ridicule petite fille ! » dit-il froidement. Ma tête se dirige vers lui. Ses yeux froids et sans pitié sont durs comme de la pierre. « Je n'ai pas de temps pour un tel comportement. »
« Pourquoi me faites-vous ça ? » Ma voix se brise alors que je me remets debout. « Pourquoi me traitez-vous ainsi ? Vous m'avez sauvé la vie hier, vous m'avez sauvé de Dolohov- »
« Et je vous ai donné mes raisons à cela. » Sa voix est aussi dure que ses yeux, mais je ne peux m'empêcher de continuer.
« Ah oui, vos raisons… » je souffle dans une rage absolue. « Elles sont toujours une bonne couverture pour couvrir l'once d'humanité qui est en vous, n'est-ce pas ? J'aimerai que vous répondiez à une petite chose. Vous me le devez bien… »
Il ne dit rien, et je continue.
« Pourquoi avez-vous tellement honte de ressentir de la pitié pour moi ? »
Son visage devient totalement blanc et dur par la fureur et il dirige sa baguette sur moi.
« Je. Ne. Ressens. Pas De. Pitié. Pour vous ! » Il ponctue ses mots par une vague de douleur me parcourant tout le dos. Je crie et me rattrape au mur, ma respiration dure alors que je le regarde à travers mes larmes.
Mais il n'y a aucune pitié sur son visage, aucune humanité. J'ai été idiote de penser le contraire. Je suis exactement ce qu'il me dit : une idiote. Idiote d'avoir pu croire une seconde qu'il pourrait se soucier de moi.
« Je n'ai pas de temps à perdre avec vos ridicules excès de colère » dit-il calmement. « J'ai un travail à accomplir et je ne peux pas me permettre de faire attendre le Seigneur des Ténèbres. Stupefix ! »
Je sens un coup de vent me frapper et tout ce que je peux voir c'est du rouge, puis plus rien.
L'obscurité me quitte lentement.
Quelque chose… mon poignet… me tire, me tire – aïe !
Mes yeux s'ouvrent mais tout est flou. Je cligne des yeux, encore et encore, et…
Mon poignet est tiré sur le côté et attaché avec des cordes par de longs doigts pales, sur une grande planche d'ébène derrière moi. La corde me pince la peau et je souffle.
« Vous êtes enfin réveillée » dit Lucius alors qu'il finit de m'attacher mon poignet de façon imperturbable, tirant sur les nœuds.
Enfin ? Depuis quand suis-je inconsciente ?
Je regarde mon autre poignet, mais il est également attaché sur le côté. J'essaie de bouger mes pieds, en vain. Eux aussi doivent être entravés sur le bas de la planche.
Bon, au moins tu es debout, c'est déjà ça.
Quelle différence ça fait ? Je pourrais tout aussi bien être allongée, ça ne changerait pas grand chose.
Je regarde autour de moi l'immonde architecture gothique. La pièce est pratiquement vide à part la grande chaise noire très élaborée en face de moi.
Un trône. Un autre trône, oh mon Dieu !
Je commence à trembler et Lucius le sens. Ses sourcils se redressent alors qu'il finit de m'attacher, puis il tourne son visage vers moi avec un petit sourire.
« Je suppose que votre curiosité maladive vous invite à me poser tout un tas de questions, non ? »
« Où sommes nous ? » je demande, tremblante.
Il ricane. « Où nous sommes ne vous concerne pas. C'est qui se trouve ici, qui est important. Et vous savez déjà qui nous sommes venus voir ici. »
Non.
Je tire contre les liens qui m'entravent, mais ils ne bougent pas, ils ne bougeront pas…
« Ce sont des nœuds renforcés par la magie, Sang-de-Bourbe. » Il respire un petit rire alors qu'il dirige ses doigts sur les liens. « Même un dragon ne serait pas en mesure de les casser. »
J'étouffe un sanglot d'horreur et je me cogne en arrière contre la planche dans une insupportable résignation.
« Et bien, et bien. » Sa voix est remplie de malice. « Avez-vous finalement perdu votre esprit combattif, Miss Granger ? Comme c'est… décevant. J'avais tellement hâte que le Seigneur des Ténèbres vous remette à votre place. »
Le Seigneur des Ténèbres…
« Quoi qu'il ait prévu pour moi aujourd'hui, » je dis de façon inégale, « je veux que vous le fassiez, s'il vous plait. » Il fronce les sourcils et je prends une grande inspiration. « Je ne veux pas que ça soit… lui qui me blesse. Je ne le supporterai pas. S'il vous plait, vous… Au moins, je sais à quoi m'attendre si c'est vous… »
Il ne me répond pas. Pendant de longues secondes, il me regarde attentivement de ses yeux sans fond, qui contiennent un monde d'émotions cachées que je ne comprendrais jamais.
Une porte s'ouvre en grand derrière nous, et il déplace son regard vers elle.
« Mon Seigneur. » Lucius se courbe dans une profonde révérence et s'éloigne de moi. Un sombre personnage encapuchonné s'approche alors de moi et tout ce que je peux voir, ce sont les yeux rouges et sans âme de Voldemort.
Je m'étouffe sous la peur.
« Nous nous rencontrons à nouveau, Sang-de-Bourbe. » Son horrible voix froide me fait frémir.
Je jette un œil vers Lucius qui se tient dans un coin de la pièce, un petit sourire sur le visage face à ma gêne.
Oh mais qu'il aille se faire foutre ! Je ne vais pas les laisser se divertir de cette situation !
« On dirait bien. » Ma voix tremble de manière insupportable. « Quel talent remarquable vous avez pour énoncer une évidence, mon Seigneur. »
L'expression qu'arbore le visage de Lucius aurait presque pu me faire rire si la situation n'était pas si désespérée.
Voldemort se met à rire. Je baisse le regard pour apercevoir ses longs doigts d'araignée s'approcher de mon visage…
Non, NON ! Ne me touche pas, je ne peux pas le supporter !
Je sens le bout de ses doigts glacés sur ma joue. Ca ne me procure aucune sensation identique à ce que décrivait Harry lorsque Voldemort le touchait. Aucune douleur. Mais il y a quelque chose dans son touché qui me rend malade. Je frémis automatiquement au touché glacial de ses doigts sur ma peau chaude. Un touché si différent de celui de Lucius…
Je parie que tu souhaiterais que ce soit Lucius qui te touche maintenant !
Tais-toi !
Je ferme les yeux.
« Elle est certainement très courageuse. »
« Oh, elle n'est pas si courageuse qu'elle veut bien le laisser croire, mon Seigneur » dit Lucius de sa voix trainante. « Elle m'a donné tout ce que je lui ai demandé, avec un peu de persuasion. »
« Elle n'est qu'une enfant, après tout. »
« Pas seulement une enfant mon Seigneur, je pense que vous serez d'accord la dessus. » Mes yeux s'ouvrent pour fixer Lucius alors qu'il parle. « Le fait qu'elle soit une jeune femme fait que sa faiblesse est d'autant plus déplorable. »
Espèce de salaud !
« Hmm. » Voldemort déplace ces doigts pour se saisir de mon menton, tournant ma tête de gauche à droite pour m'inspecter. « Elle a bien meilleure mine que la dernière fois que je l'ai vue. Elle paraît presque agréable. Et j'aime la robe que tu as choisie pour elle. C'est exactement ce qu'il fallait. Elle ressemble à une jolie petite martyre, exactement ce que je voulais. »
« C'est ce que j'espérais, Mon Seigneur. »
Voldemort me sourit alors qu'il me force à lever les yeux vers son visage. Il finit par me lâcher et va s'asseoir sur son trône en face de moi.
« Positionne-toi à côté d'elle, Lucius. »
Lucius fait ce qu'il lui demande, et verrouille son regard sur le mien quelques secondes, avant de regarder à nouveau son maitre.
« Je vais une fois de plus ouvrir mon esprit à Potter, Sang-de-Bourbe » dit Voldemort à voix basse. « C'est le milieu de la nuit, il devrait dormir. Et dans son sommeil, il verra des images de ta souffrance. Si tu souhaites rendre les choses plus faciles pour toi, je te suggère de te mettre un peu en spectacle. Tu as bien compris ? »
Je serre les lèvres pour m'empêcher de haleter. J'aurais du le savoir. Le lien entre Harry et Voldemort… Harry n'a pas besoin d'être ici pour voir ce qu'il se passe.
Voldemort se rassoie sur son trône et ferme les yeux, serrant ses mains sur les bras de son fauteuil.
Qu'espèrent-ils avoir comme ça, de toute façon ? Que Harry perde tout espoir peut être ? Détruire sa volonté ? S'ils espèrent tout ça, c'est qu'ils ne connaissent pas du tout Harry.
Non. Voldemort connaît Harry. Ils vont certainement essayer de l'attirer dans une sorte de piège, comme ils l'avaient fait avec Sirius…
Mais pourtant, Sirius n'était pas vraiment présent, si ?
Les yeux de Voldemort s'ouvrent soudainement, vivants et flamboyants. Et puis il sourit.
« Harry Potter » dit-il doucement, d'une voix hypnotique. « Vois-tu ton amie Sang-de-Bourbe, Harry ? La vois-tu ? Elle est totalement à ma merci. Elle l'est depuis qu'elle a disparu il y a des semaines.
Il lève sa baguette.
« Endoloris ! »
Nooooooooon ! NON ! S'il vous plait, je vous en supplie, arrêtez ! De la douleur, du sang, du FEU, des lames, des couteaux, des clous me brûlent, brûlent, douleur, douleur, DOULEUR !
Je m'effondre contre la planche d'Ebène. Mes battements de cœur. Boum boum, boum boum… Boum… Boum…
Je respire.
Mon regard tombe sur Lucius qui ne regarde que Voldemort. Il ne me regarde pas, pourquoi ne me regarde-t-il pas ?
Je ferme les yeux, respirant durement par le nez.
« Tu vois comme elle souffre, Harry » murmure cruellement Voldemort. « C'est ta faute, tu sais. Ton amitié a ruiné sa vie. Mais tu peux faire une dernière chose pour elle. Tu peux la sauver, Harry. »
Je sens des doigts sur mon menton, m'obligeant à regarder Voldemort. Des doigts chauds. Pas ceux de Voldemort.
Mais c'est Voldemort qui me sourit.
« Veux-tu que Harry Potter vienne te sauver, Sang-de-Bourbe ? »
Je retiens mon souffle.
« Non. » je regarde droit dans les yeux rouges de Voldemort, imaginant que ce sont ceux émeraude de Harry. J'imagine qu'ils sont pleins de vie et chaleureux, plutôt que morts et sans âme.
« Harry, je n'ai pas besoin d'être sauvée, et Ron non plus. Nous allons bien. Ils nous traitent mieux que ce qu'on pourrait espérer. » Ces mots traversent durement ma gorge, mais je n'en laisse rien paraître. « Tu dois faire ce qui est nécessaire, Harry. Gagne la guerre. Oublie-nous et gagne la guerre. »
Voldemort commence alors à rire. Il balance sa tête en arrière et rit. Je regarde Lucius qui me lance un sourire narquois en hochant la tête.
« Oh ma chère, que vais-je pouvoir faire face à une jeune fille si courageuse ? » La voix de Voldemort est remplie d'un rire cruel. Il se rassoit plus confortablement dans son fauteuil, faisant vers moi un geste de la main. « Vas-y Lucius. Montre à Harry Potter à quel point la douleur de son amie peut lui être pénible. »
Mon regard s'accroche à celui de Lucius dont le visage a perdu toute expression alors qu'il lève la baguette vers moi. Ses yeux se verrouillent un bref instant sur les miens avant que la douleur ne commence…
A partir de là, je ne connais rien d'autre que l'agonie.
Oh mon Dieu, je ne peux pas supporter plus !
Des larmes et du sang coulent sur mon visage alors qu'il fait courir un couteau de ma tempe à mon menton, déchirant la peau, mais il ne me regarde pas. Depuis qu'il a commencé, il ne m'a pas une seule fois regardé. Il a tant fait pendant cette dernière heure… J'ai brûlé, j'ai crié, j'ai saigné...
Et je pleure maintenant. Même lorsqu'il écarte le couteau de mon visage, je continue de pleurer.
Il ne me regarde pas, et je sais pourquoi.
Je me sens comme trahie. J'ignore pourquoi. Il m'a pourtant fait bien pire que ça avant. Mais hier… oh mon Dieu, je pensais que les choses auraient changé, en quelque sorte. J'ai pensé qu'il commençait à me plaindre, ou au moins à ressentir autre chose que de la haine, mais là…
Du sang chaud coule sur mon visage, se rafraîchissant au contact de l'air glacial. Je lèche mes lèvres collantes et je sens un gout métallique. Mes sanglots ralentissent progressivement alors que j'attends de savoir ce qui m'attend maintenant.
« Il suffit de le dire, Sang-de-Bourbe » se fait entendre la voix de Voldemort. « Il suffit de dire que tu souhaites que Potter vienne te sauver. C'est ce que tu veux, n'est-ce pas ? Je pense que personne en te voyant dans l'état où tu es, ne peut nier que tu souhaites être sauvée. »
Je secoue la tête en marmonnant quelque chose d'incohérent. Je ne suis même pas sure moi même de savoir ce que je veux dire.
« Très bien » dit froidement Voldemort. « Je dois présumer que ce que tu as eu jusqu'ici n'a pas été assez persuasif. Lucius, si tu veux bien… »
Je regarde Lucius. Son visage est une plaque de marbre.
« Lucius » je murmure. « Lucius, s'il vous plait… »
« Endoloris ! »
Douleur, déchirement, griffures, couteau dans le ventre… Tout. Ça. Doit. S'arrêter !
Je ne suis même plus une personne. Je me sens lointaine, comme une pierre qu'on aurait lancée dans l'eau le plus loin possible.
Je pousse un dernier gémissement alors que le sort m'abandonne, avant que je ne sente des coups de fouet sur mes bras, encore et encore, et encore, et une fois de plus, et – non…
« Assez. »
« Dis-moi, que représente Harry Potter pour toi ? » dit Voldemort, tirant ma tête pour lui faire face. Des larmes noient mes joues, mon nez, mon menton. « Ton meilleur ami je crois. Depuis l'âge de onze ans, il a été un de tes compagnons les plus proches. Ton héros, ton exemple, le frère que tu n'as jamais eu. »
J'enlève mes yeux du visage de Voldemort pour venir les poser sur celui de Lucius, qui me regarde avec une expression très étrange. Il a du mal à garder son calme, et l'exaspération, la colère et quelque chose d'autre que je n'arrive pas à identifier, peuvent se lire sur son visage.
Je garde mes yeux sur lui, cherchant une minuscule once de pitié dans ses yeux.
« Mais où est-il maintenant ? » continue sans remord la voix de Voldemort. « Il t'a abandonné. Est-il tellement absorbé par son rôle de Héros et par sa bataille contre moi, qu'il ne peut même pas venir te sauver d'une telle douleur ? N'est-il pas l'ami merveilleux que tu croyais ? » Mes yeux se reposent sur Voldemort et il me sourit. « Dis-moi la vérité, comme si j'étais lui. Voudrais-tu qu'il vienne te sauver ? »
Il suffit que tu le dises, pour l'amour de Dieu !
Mais je ne peux pas !
Je sors un profond soupir douloureux. Voldemort me sourit.
« Je suis un homme patient, Sang-de-Bourbe. »
Il me lâche et Lucius s'approche de moi à nouveau.
« D'accord ! » je crie, la douleur de la brulure devenant insupportable. « Je veux que Harry vienne me sauver, voilà vous êtes contents ? »
Je pousse un autre cri et je sens les liens m'entourant les poignets et les chevilles, se détacher. Je tombe à terre aux pieds de Voldemort, tremblant comme je n'ai jamais tremblé, sentant des spasmes douloureux me parcourir tout le corps.
Pourquoi ais-je craqué ? Pourquoi pourquoi pourquoi pourquoi suis-je si faible ?
« C'est assez je pense » dis froidement Voldemort. Il y a quelques instants de silence alors que je sens le sort impardonnable quitter mon corps et mon esprit revenir. Je peux sentir ma robe ensanglantée coller sur ma peau, remplie de sang chaud, mon sang, oh mon Dieu…
Ma tête tourne.
« Potter, si tu veux revoir ton amie vivante, soit à la maison des Weasley demain soir à minuit. Soit bien conscient que si tu apportes avec toi des membres de l'Ordre, la Sang-de-Bourbe mourra immédiatement. »
Mes yeux s'ouvrent pour voir ceux de Voldemort se fermer quelques secondes. J'imagine qu'il referme son esprit à Harry, avant qu'il ne les ouvre à nouveau.
« C'était très bien, Lucius. » Il sourit. « C'est toujours agréable de voir un serviteur faire du bon travail. »
Je dirige mes yeux vers Lucius. Il ne répond pas aux mots de Voldemort. Il garde son regard braqué sur moi.
Un petit gémissement s'échappe de mes lèvres. Je ne peux pas le regarder, je ne peux pas…
Je ferme les yeux.
Un bruit de pas se répercute dans la salle, et une porte s'ouvre dans un grincement.
« Tu peux faire ce que tu veux d'elle » dit Voldemort. « Ramène la avec toi ou tue la maintenant, si tu le souhaites. Ca ne fait aucune différence. Même si Potter se rend chez les Weasley, il aura la moitié de l'Ordre avec lui, j'en suis sur. »
Ces mots s'abattent sur moi comme de l'eau sur une pierre. Je ne suis pas aussi effrayée que je devrais l'être cependant. Je me sens bête : je ne peux rien contrôler.
Un long silence s'installe.
« Alors… je peux, Mon Seigneur- »
« Tu peux la tuer si tu le souhaites, » répète Voldemort. « Tu dois sans aucun doute être content de te débarrasser d'elle. Mais si tu la tue, assures-toi de te débarrasser du corps. »
Du corps. Mon corps. Moi. Hermione Granger.
Je suis un corps à éliminer.
« Les Weasley vont devoir s'habituer à une grande quantité de Mangemorts chez eux pendant ces prochaines vingt quatre heures, même s'ils n'en connaitront pas la raison » continue Voldemort. « Ils ne connaitront certainement pas le piège tendu à Potter, et ils risquent peut être de poser problème au moment venu, mais peu importe. Ils vont être facilement maitrisés. Tu dirigeras le groupe de Mangemorts qui attendra Potter et son inévitable garde rapprochée. Tu le captureras et tu le ramènera ici pour moi. Est-ce bien clair ? »
« Bien sur, Maitre. »
« Tu ne dois pas échouer. » C'est un ordre, pas une requête.
« Je n'échouerai pas, mon Seigneur. »
« Bien. A demain dans ce cas. »
La porte claque.
Mes yeux s'ouvrent.
Est-ce qu'il est parti ?
Je… je crois que oui.
Mais Lucius est encore là, debout au dessus de moi. Son front est plissé dans un froncement de sourcils.
Tue-la maintenant, si tu le souhaites.
C'est la fin. Ca devait finir comme ça, finalement.
Oh mon Dieu aidez-moi, si vous êtes là, s'il vous plait aidez-moi…
Mais pourquoi mériterais-je de l'aide ? J'ai mené Harry à la mort, et Ron aussi. Et pas seulement eux, mais de nombreuses personnes grâce aux informations que je leur ai données depuis ma capture. Je mérite de mourir.
Je ferme les yeux mais je sens une piqure sur ma joue.
« Regardez-moi, Sang-de-Bourbe. »
J'ouvre les yeux et le regarde à travers mes larmes, et pendant un long moment, il n'y a plus que lui et moi, moi et lui, pendant qu'il me regarde et décide de se débarrasser de moi ou non.
Je blottis mes bras autour de moi avec terreur alors que je regarde cet homme, cet homme que je connaissais à peine il y a un mois, mais que je connais maintenant bien plus que je ne le voudrais… Et je patiente tandis qu'il décide longuement de ma vie ou de ma mort.
