'Je pourrais me reposer si tu arrêtais de gémir
Heure après heure je n'ai pas le pouvoir
De bloquer mes oreilles lorsque je suis seul.
Je pourrais me reposer si tu arrêtais de pleurer
Mais il n'y a pas de repos face à tes sanglots -
Pas de quiétude face à tes regards et à tes pleurs si désespérés.' – Christina
Rossetti, The Ghost's Petition
Chapitre 13 Emotions insoupçonnées
Est-ce que son visage sera vraiment la dernière chose que je verrai sur cette terre ?
Son ombre plane au dessus de moi, froide, pale et pleine de tout ce que je déteste le plus au monde. Je le déteste tellement que ça me fait mal rien que de le regarder, et encore plus maintenant qu'il sera le dernier visage que je verrais.
Un froncement de sourcils creuse de petits sillons sur son front.
Je regarde dans ses yeux, dans les yeux de l'homme qui va me tuer, qui va mettre fin à ma vie !
Non.
Je roule sur le côté mais il m'immobilise avant que je ne puisse bouger. Il s'accroupit au dessus de moi et emprisonne mon épaule de sa sain, me poussant de son emprise contre le sol de pierre froide. Ses doigts brulent ma peau nue au dessus du décolleté de ma robe, ma robe martyre, oh Jesus !
Il pose le bout de sa baguette sur ma poitrine, le visage dur et froid.
« Vous ais-je donné la permission de bouger ? »
Je secoue négativement la tête, des larmes tressaillant dans mes yeux.
Sa bouche s'amincit, et ses yeux… oh ses yeux… Remplis d'émotions que je ne serais jamais capable de nommer, m'emmenant dans leur profondeur, plus profonds, plus insondables.
Je me noie dans ses yeux. C'est comme s'ils représentaient deux piscines grises sans fond dans lesquelles on essaye désespérément mais sans succès d'atteindre la surface.
Il hoche la tête.
« Ca doit être fait » dit-il calmement.
Il dirige sa baguette sur mon cou, enfonçant la pointe dans ma gorge.
Contre ma gorge… Contre mon pouls, contre mes pulsations de cœur. Je suis encore vivante à l'heure actuelle.
Mais il est sur le point de m'enlever la vie.
Ce n'est pas juste !
Depuis quand cette situation a été équitable ?
Il enfonce sa baguette plus profondément dans ma gorge. Je garde les yeux fermés et un sanglot aigu s'échappe de mes lèvres.
Oh mon Dieu, mon Dieu, je vous aime maman, papa, s'il vous plait mon Dieu, aidez-moi, dites leur que je les aime, s'il vous plait, sauvez-moi…
J'attends…
Et j'attends…
Mais rien ne vient.
« Avez-vous peur, Sang-de-Bourbe ? »
Toujours vivante. Sa voix trainante me le prouve.
Je me force à ouvrir les yeux et à regarder son visage ricanant.
« Bien sur que j'ai peur » je murmure, tremblante. « N'auriez-vous pas peur si vous étiez sur le point de mourir ? »
« Je n'ai pas peur de la mort » répond-il froidement. « Aurais-je choisis cette voie si j'en avais peur ? »
Je dois arrêter de trembler ! Je ne peux pas mourir sans mon orgueil, je ne peux pas !
Il sent que je tremble, bien sur. Il sourit.
« Oh, Sang-de-Bourbe, qu'est-ce que je vais faire de vous ? »
Je ne peux pas le supporter ! Il m'a sauvé la vie hier et il va me la prendre aujourd'hui, après m'avoir torturé jusqu'à l'aube de la mort, et en plus de ça, il se permet de jouer avec moi quand je suis sur le point de mourir…
« Je vais vous dire ce que vous pourriez faire » je murmure avec véhémence. « Vous pourriez me faire la politesse de m'appeler par mon prénom avant de me tuer. »
Il ricane.
« Miss Granger- »
« Pas Miss Granger » je murmure, l'interrompant. « Mon prénom est Hermione. »
Attendez une minute… Ne lui ais-je pas déjà dit ça avant ?
Ses yeux s'illuminent au son de ma phrase. J'ai déjà du le dire avant mais je ne me souviens pas du tout quand…
« Votre prénom était Hermione » dit-il calmement. « Les morts n'ont pas besoin de prénom. »
Les morts. Bientôt je serai l'un d'eux. Je n'aurai bientôt plus de prénom, je n'existerais plus…
« Je ne suis pas encore morte, Lucius » je murmure.
Sa paume ouverte atterrit sur mon visage, m'inondant de douleur sous mes yeux toujours fermés. Combien de douleur vais-je encore subir avant de mourir ? Il va certainement me lancer un Endoloris une dernière fois et je serais poussée dans l'oubli.
L'oubli. Qui y a-t-il d'autre après tout ? Et s'il n'y avait rien après la mort, rien que l'obscurité, le vide, oh mon Dieu !
« Ca ne saurait tarder » il murmure. « Il me suffit de murmurer l'incantation et ça sera fait. »
Mais je vais mourir de toute façon, je le sais. Et pas seulement à cause de la douleur insupportable de ces dernières heures. Ma vie m'a progressivement été arrachée depuis qu'il m'a capturé. Quelqu'un a mis une corde autour de mon cou au moment même où il est apparu dans ma chambre, et elle s'est petit à petit resserrée de plus en plus depuis.
Et maintenant, le dernier souffle de la vie va quitter mon corps.
Je force mes yeux à s'ouvrir, et ils se verrouillent sur les siens.
Lorsqu'il me regarde, me voit-il vraiment ? Je veux dire, est-ce qu'il me voit ? Ou me voit-il seulement comme une simple Sang-de-Bourbe ?
Ce n'est pas juste. Lorsque je le regarde, je ne vois pas seulement le Mangemort, le Sang Pur, le disciple de Voldemort. Je vois Lucius Malefoy. Je vois tout ce qu'il est – son arrogance, sa fierté, sa détermination, sa cruauté. Je vois tout ce que je déteste le plus au monde lorsque je le regarde, et tout ce qu'il voit en moi lorsqu'il me regarde, c'est la Sang-de-Bourbe.
J'ai du le cerner beaucoup plus que lui pour moi.
Tu as dû ? Tu parles déjà au passé ?
« Si vous comptez me tuer, alors faite le rapidement. » Ma voix est rauque dans ma gorge. « S'il vous plait, dépêchez-vous, et dites à Ron et à Harry que je suis désolée. »
Sa baguette s'enfonce plus profondément dans ma gorge, et je ne peux plus respirer, ni penser, mais je garde les yeux braqués sur lui. Il doit faire face à ce qu'il va faire. Il doit regarder la lumière quitter mes yeux.
Mon cœur bat encore, il ne s'est toujours pas arrêté. Je peux le sentir dans ma poitrine tandis que j'attends l'incantation.
Boum boum.
Boum boum.
Boum boum.
Mais rien ne vient.
Son visage est dur et sa baguette est résolument enfoncée dans mon cou…
Mais il ne semble pas pouvoir rendre ses yeux d'accord sur ce qu'il veut faire.
Aidez-moi, aidez-moi, aidez-moi ! S'il vous plait mon Dieu, aidez-moi si vous êtes là !
Sa lèvre se recroqueville sous la fureur et l'exaspération, puis il se lève et enlève sa baguette de ma gorge. Je peux respirer de nouveau et je masse mon cou.
« Qu'est-ce que vous- »
Son pied me frappe les côtes.
Je crie, pliée sous la douleur. Comment peut-il me faire ça alors qu'il est sur le point de me tuer ? Il est malade, sans cœur…
« Levez-vous. »
Quoi ?
J'ouvre grand les yeux en le regardant, sans vraiment oser y croire.
« Vous n'allez pas me… » je murmure sous l'incrédulité.
Son visage est si marqué par la rage qu'il n'arbore plus aucune couleur.
« Le Seigneur des Ténèbres a dit que je pouvais vous garder en vie si nécessaire » il me dit d'une voix sèche.
Non, il n'a pas dit ça. Il a dit que Lucius pouvait me garder en vie s'il le voulait.
« Si les Mangemorts n'arrivent pas à capturer Potter, vous nous serez certainement encore utile. Alors, levez-vous. »
Je… je ne peux pas le croire !
J'aimerais rire et pleurer de soulagement. Tout est clair, lumineux, vivant !
Je ne vais pas mourir ! Je ne me soucie même pas de ce qu'il va me faire demain, il me laisse vivre, c'est le principal !
Merci mon Dieu, merci, merci !
« Venez » il siffle en pointant sa baguette sur moi. « A moins que vous vouliez vraiment que je renonce à mon geste miséricordieux ? »
Je dois me lever. Il paraît furieux. Il pourrait changer d'avis à n'importe quel moment.
Je roule sur le ventre et me redresse à quatre pattes mais ma tête et la salle se mettent à tourner tellement que je m'écroule à nouveau sur le sol.
Mais je dois me lever ! Il va me tuer sinon…
Une poigne de fer se referme sur mon bras.
« Pouvez-vous marcher ? » demande-t-il calmement.
Je hoche la tête et essaye de me hisser à nouveau mais je m'effondre, impuissante.
« Evidemment, vous ne pouvez pas. »
Ses doigts se referment autour de mon poignet alors qu'il lève mon bras et l'enroule autour de son cou. Il passe un de ses bras sous mes épaules et l'autre sous mes genoux, et me soulève dans ses bras.
Je sais que je devrais lutter. Je ne veux pas qu'il me porte, pas après ce qu'il m'a fait, et puis ça n'a aucun sens de toute façon ! Pourquoi n'utiliserait-il pas un Imperium pour me forcer à marcher ?
C'est seulement un autre petit jeu de malade venant de sa part, c'est tout. Et je n'ai jamais vraiment connu les règles de ce genre de petit jeu qu'il affectionne tant…
Mais à ce moment, je suis loin de m'en soucier. Je suis si fatiguée et si misérable, et ses bras sont si chauds autour de moi, me berçant dans leur chaleur, tout comme l'est le sort de l'Imperium, et bien mieux encore…
Je laisse tomber ma tête contre son torse, et les plis moelleux de sa robe sont chauds sous ma joue. Je resserre mon étreinte autour de ses épaules, pliant mes doigts autour de son cou, sentant la chaleur de sa peau sous ses cheveux.
Je le sens se durcir durant une courte seconde. Mais il continue de marcher et passe la porte de cette horrible chambre obscure…
« Tu as donc décidé de laisser la fille en vie, Lucius. »
Mon souffle s'arrête dans ma poitrine alors que Lucius se retourne, me tenant toujours dans ses bras.
« Mon Seigneur, je- »
« N'essaye pas de t'agenouiller. Tu ne réussirais qu'à la faire tomber. » Il s'avance d'un pas dans l'ombre. « J'espérais que tu la laisserais vivre. La mission de demain pourrait très bien échouer, et elle pourrait encore s'avérer utile. »
Je sens Lucius respirer fortement alors que Voldemort lui sourit en continuant de le fixer. Je reconnais ce regard : c'est la façon dont Lucius me regarde lorsqu'il utilise la Legilimencie sur moi.
« Tu te demande pourquoi je t'ai donné l'autorisation de la tuer. » Ce n'est pas une question.
« Pardonnez-moi » répond rapidement Lucius. « Je ne voulais pas vous offenser- »
« Bien sur que tu ne voulais pas » répond Voldemort de son horrible sourire. « Tu me dis tout haut ce que tu penses tout bas, pour que je ne sois pas obligé de forcer ton esprit. »
Je sens Lucius se raidir et je ressens quelque chose que je n'avais pas ressenti avec lui depuis longtemps. Un lien entre nous. Nous deux unis dans la peur.
« Je t'ai donné l'opportunité de la tuer parce que je voulais voir ce que tu ferais » dit Voldemort après un certain temps. « Si tu avais absolument le choix, voudrais-tu laisser la fille vivante, ou voudrais-tu la tuer ? »
« Mon Seigneur, vous ne pouvez pas mettre en doute ma loyauté- »
« Je dois me questionner lorsqu'il y a des doutes pour cela » dit Voldemort, lui coupant la parole. « J'ai parlé avec Antonin. Il affirme que ta… conduite avec la jeune fille est allée au delà de ton simple devoir. »
De la glace rempli mes entrailles et je sens l'emprise de Lucius se resserrer autour de moi. Ses doigts rentrent dans mes genoux et ma poitrine, comme s'il se forçait à ne pas me laisser tomber.
« Mon Seigneur, Antonin est un menteur » dit Lucius, et je dois admirer son sang-froid pour garder sa voix ferme. « Il est en colère contre moi parce que je l'ai empêché de dépasser la limite avec la jeune fille. Si la conduite de quelqu'un doit être remise en question, ce n'est certainement pas la mienne. »
« En effet. Je vais le questionner plus profondément, et faire en sorte que ma vision des choses durant la guerre reste intacte. Fais ce que tu veux avec une sorcière, mais une Sang-de-Bourbe ne peut pas être touchée. » Le regard de Voldemort s'attarde quelques instants sur moi. « Tu m'a bien compris, Lucius ? »
« Je l'ai toujours compris, mon Seigneur. » Lucius baisse la tête.
Je commence légèrement à trembler alors que Voldemort continue de me regarder, ses yeux rouges renfermant un monde machiavélique que je n'aurai jamais, jamais souhaité connaître.
« Tu peux partir » dit-il tranquillement.
Lucius incline la tête et se tourne, pointant sa baguette sur la porte en face de nous pour qu'elle s'ouvre, ce qui nous permet de quitter cet effroyable endroit et de nous éloigner de Voldemort et de ses insupportables suspicions.
Puis un gout d'air frais se fait sentir, sensation que je n'avais pas senti depuis des jours, si ce n'est des semaines.
Il fait sombre, si sombre que je peux à peine voir où nous sommes.
« Lumos ! »
Je regarde autour de nous, et tout ce que je peux apercevoir, ce sont des arbres. De vieux arbres noueux et tordus. Mais je peux apercevoir le ciel nocturne parsemé d'étoiles lorsque je regarde aussi loin que je peux.
Avant d'être capturée, je vouais une grande passion au ciel étoilé. Lorsque j'étais petite, je pouvais passer des heures à regarder le ciel, à essayer de compter le nombre d'étoiles. Mon père possédait un livre sur l'espace à la maison et il l'utilisait pour regarder le ciel avec moi, en me montrant toutes les constellations.
« Tenez-vous à moi » marmonne Lucius. « Nous allons transplaner. »
Je tends la main en silence et m'accroche fermement à sa robe, tirant sur les plis mous du tissu. Il baisse son regard sur moi durant une seconde mais je ferme les yeux.
Je me sens soudain pressé dans le vide, dans un trou sans air devenant de plus en plus étroit, et je suis sur le point d'éclater…
L'air frais et froid me frappe à nouveau.
J'ouvre les yeux.
Le lac. Je le reconnais instantanément, je fais encore des cauchemars concernant ces… choses qui y vivent.
Il me pose au bord de la rive. Je reste immobile, trop épuisée pour bouger autre chose que mes doigts. Je les étale sur le sol, sentant l'herbe fraiche sur ma peau nue, savourant ce simple moment qui n'est ni synonyme de sang, ni de douleur.
Je reste parfaitement immobile alors qu'il appelle le bateau, remplissant un flacon de son propre sang pour conjurer les créatures.
Je ne me débats pas lorsqu'il me dépose sans un mot dans le bateau, et qu'il se poste près de moi après avoir poussé l'embarcation loin de la berge.
Aucun de nous ne parlons tandis que nous flottons sur la surface de l'eau, son bras serré autour de ma taille.
Il ne prononce pas un mot lorsque je me penche vers l'arrière pour venir poser ma tête contre son torse, épuisée.
Je remarque à peine lorsqu'il enlace ma main dans la sienne, enveloppant de ses longs doigts pales mes propres doigts meurtris et ensanglantés.
« Je ne vois vraiment pas pourquoi tu as dû la porter jusqu'ici ! » Bellatrix nous accueille froidement alors que Lucius me porte jusqu'à la maison. Elle se tient debout au milieu du couloir, nous criant presque dessus. « Ta spécialité est le sortilège de l'Imperium, Lucius. Tu ne pouvais pas lui jeter le sort pour l'obliger à marcher jusqu'ici ? »
« Ne sois pas si stupide » répond froidement Lucius. « Je pensais que tu avais un peu plus de jugeote. »
Deux petites taches roses apparaissent sur le haut de ses pommettes. C'est donc de là que Drago a hérité de ce petit trait particulier ?
« Regarde-la. » Lucius ignore complètement son évidente indignation. « Regarde dans quel état elle est. Elle n'est pas assez en forme pour marcher. »
« Mais qui l'a mis dans cette état, après tout ? » demande furieusement Bellatrix, exprimant précisément mes propres pensées. « Tu savais ce que le Seigneur des Ténèbres prévoyait pour elle ce soir. Et de toute façon, qu'importe dans quel état elle se trouve ? Ca ne l'aurait pas tué de marcher un peu, si ? »
« Si, ça aurait pu » répond Lucius d'une voix calme mais débordante d'une colère refoulée.
Est-ce qu'elle est vraiment stupide de le pousser comme ça ? Il est de toute évidence en colère, je dirai même furieux, et j'ai vraiment appris à le connaître durant ces dernières semaines. Elle doit quand même bien le connaître depuis toutes ses années…
Ou peut être qu'elle ne le connait pas tant que ça, après tout ?
« Crois-moi, je ne la porte pas pour le plaisir. »
Elle serre les lèvres. « Et bien, » crache-t-elle en tendant ses bras vers lui, « je vais l'emmener dans sa chambre alors. Ou peut être qu'Antonin peut- »
« Il n'en est pas question » répond froidement Lucius. « Je suis parfaitement capable de le faire moi même. Va te coucher Bella. Nous parlerons demain matin. »
Il la pousse sur le côté, me tenant toujours dans ses bras, et me mène jusqu'à l'escalier sans un autre mot pour elle.
« Veux-tu venir me voir ce soir ? » Bellatrix l'appelle dans les escaliers.
Il ne lui répond pas.
Il me mène à ma chambre en silence, verrouillant la porte de la pièce lorsque nous la franchissons.
Il me dépose sur les couvertures souples de mon lit et mon corps s'enfonce dans la chaleur du matelas. C'est tellement doux, si merveilleusement confortable.
Je sens le matelas s'affaisser légèrement alors que Lucius s'assoit sur le bord du lit. Je me congèle sur place, ouvrant grand les yeux.
Un de ses sourcils se soulèvent.
« Vous avez peur de moi, Sang-de-Bourbe ? »
« Bien sur que j'ai peur de vous. » Ma voix est comme un murmure. « J'ai toujours eu peur de vous, et vous le savez. »
Il ricane. « Enfin un peu d'honnêteté. Je commençais à être fatigué par votre semblant de courage. »
Je secoue la tête, mes yeux se remplissant de larmes. « Oui, ça a toujours été un prétexte, en effet. » Je sens mon cœur se serrer à chaque mot que je prononce, parce que je dis la vérité malheureusement. « Vous aviez raison lorsque vous disiez que je suis faible. Est-ce que vous êtes content ? »
Il ricane légèrement. « 'Content' n'est pas le mot que j'emploierais » dit-il tranquillement.
« Bien. » Les larmes coulent de mes yeux et ma voix se brise. « Parce que je vous déteste pour cela, Lucius. »
Une petite grimace parcoure ses lèvres. « Cela me rend heureux. Parce qu'il n'y a pas d'émotion plus forte que la haine. Je suis heureux d'avoir cet effet là sur vous. »
Je ferme les yeux. Il se complait dans ma haine, le salaud. Il s'en nourrit. Il me l'a déjà dit plusieurs fois avant aujourd'hui.
Mais le priver de ma haine voudrait dire me priver de cette haine, et je ne peux pas m'en débarrasser. J'ai besoin de le haïr. C'est la seule chose qui m'empêche de devenir complètement folle, parce que si je m'arrête de le haïr, je ne saurais plus à quoi penser.
Mais comment est-ce que je peux dire ça ? Je le hais, le hais, le hais, il n'y a aucun doute la dessus !
« Sans doute étiez-vous déjà habituée à haïr. » Sa voix me fait frémir. « Mon fils, le Seigneur des Ténèbres, Severus Rogue, aucun doute que vous les détestiez. Mais je doute que vous ayez jamais vraiment su ce qu'était la vraie haine avant que je ne vous capture. Dites-moi, savez-vous ce qu'est la vraie haine maintenant ? »
« Oui. » J'ouvre les yeux. « Oui, je sais ce que c'est d'haïr maintenant. Mais je veux que vous sachiez quelque chose : ma seule consolation depuis le temps que j'ai passé ici, est la pensée de votre mort. Croyez-moi, quand vous mourrez, toute ma haine mourra avec vous. »
Il respire un petit rire, tendant la main et poussant une mèche de cheveux ensanglantés derrière mon oreille.
« Donc, vous voulez me voir mourir. Je ne peux pas vous en vouloir après tout ce que je vous ai fait. Mais dites-moi, pensez-vous pouvoir exécuter vous même la sentence, ma petite Sang-de-Bourbe ? Est-ce que c'est ce que vous prévoyez ? »
Il rit alors qu'il avale fortement.
« Je ne le pense pas cependant. Vous n'en auriez pas le courage. »
C'est ce que vous croyez.
Il pointe sa baguette vers la coiffeuse, faisant léviter jusqu'à lui la petite lotion de guérison. Il l'attrape et dévisse le couvercle, ses yeux posés sur les miens.
Je ne bouge pas alors qu'il utilise ses doigts nus pour appliquer la lotion sur les blessures de mon visage. Les blessures qu'il a lui même causées.
S'en est tellement ridicule, même injuste. Croit-il qu'il suffit de faire disparaître tout ce qu'il a fait aujourd'hui pour que les blessures s'en aillent ? Et que fait-il des blessures faites à mon âme alors ? A mon cœur ? Pense-t-il qu'elles s'effaceront elles aussi ?
Il caresse délicatement la balafre sur ma joue avec le liquide froid. Il le fait lentement, l'extrémité de ses doigts courant sur ma peau.
Je fixe son visage, attendant une éventuelle réaction. Mais il n'y a rien. Son visage est fermé. Ses yeux sont durs et solides comme la pierre, totalement impénétrables.
Je ne comprends pas. Pourquoi n'utilise-t-il pas simplement sa baguette pour me guérir ?
Je ferme les yeux. Je suis si fatiguée. Je souhaite juste dormir.
Mais je ne peux pas ignorer la caresse de ses doigts.
Des larmes brulent sous mes paupières. J'ai l'impression d'avoir un énorme nœud qui me bloque la poitrine, et chaque fois qu'il me touche c'est comme s'il tirait sur ce nœud, le serrant plus fort et plus fort, jusqu'à ne plus pouvoir respirer.
Chaque fois qu'il me touche comme ça, c'est comme s'il touchait mon âme.
Il repose ses doigts sur la base de ma gorge.
J'ouvre les yeux, mon souffle emprisonné dans ma poitrine. Son regard se verrouille sur le mien.
Je cligne des yeux, et une unique larme coule sur ma joue, glisse jusqu'à mon menton et atterris sur son doigt.
Il retire sa main rapidement. « Tachez de vous ressaisir. »
J'essuie à la hâte les gouttes salées de mes joues.
Il ricane. « Vous ne vous lasserez donc jamais de pleurer ? Je dois admettre que ces larmes incessantes commencent à me lasser. »
Je prends une grande inspiration. « Ne vous inquiétez pas, Lucius, » je le regarde droit dans les yeux. « Vous ne les reverrez jamais, je vous le promet. »
Il fait une pause face à mes paroles, avant de ricaner à nouveau. « Vraiment ? Pas même demain, lorsque vous serez témoin de la mort de votre meilleur ami ? »
La peur se resserre autour de mon cœur, me submergeant d'eau glacée. « Il ne viendra pas chez les Weasley » je dis, moitié pour moi, moitié pour lui. « L'Ordre ne le laissera pas faire. Il sait qu'il s'agira d'un piège. »
« Oh, mais il sait aussi ce qu'il adviendra de vous s'il ne se plie pas à notre demande. » Il respire un petit rire. « Il se montrera. Il a trop à perdre. »
« Y compris sa propre vie. » J'essaye de garder ma voix la plus froide possible.
« Ou celle de sa meilleure amie. C'est un dilemme fort intéressant, n'est-ce pas ? Surtout pour un brave et honorable Gryffondor. » Il sourit malicieusement. « Mais croyez-vous vraiment que quelqu'un avec un tel sens de la noblesse, laisserait sa meilleure amie se faire tuer en échange de sa propre vie ? »
Je serre les lèvres. Je ne vais pas l'écouter car si je l'écoute, ça va en faire une réalité.
« Vous savez, aussi étrange que ça puisse paraître, je dois vous remercier pour beaucoup de choses. » Sa voix et son sourire sont comme du miel empoisonné. « C'est grâce à vous que nous avons capturé le jeune Weasley, et c'est grâce à vous si la famille Weasley a rejoint notre cause. Vous nous avez fourni des informations merveilleuses sur l'Ordre, et maintenant vous êtes sur le point de nous servir de formidable appât. »
Je voudrais qu'il arrête. S'il ne s'arrête pas, je risque de pleurer et je ne veux pas que ça se produise.
Il sourit et fait courir un doigt sur ma joue. « Et grâce à mon travail avec vous, vous m'avez permis de devenir une fois de plus le favori du Seigneur des Ténèbres. Je vous suis très reconnaissant, Sang-de-Bourbe. Vous m'avez… tout donné. »
Comment peut-il me dire ça ? Comment peut-il…
Je ne vais pas le laisser gagner cette fois-ci.
« Non » je murmure. « Pas tout. »
Son sourire disparaît. Il se lève et s'éloigne du lit tout en continuant de me fixer.
« Nox ! »
La pièce plonge dans l'obscurité.
Non, arrêtez ça ! Je ne peux pas rester seule dans le noir… avec vous !
Un petit crépitement se fait entendre, et une petite lumière apparaît tout à coup.
Je le vois poser une petite bougie sur ma table de chevet.
« Vous devriez dormir » il murmure, mais il ne montre aucun signe d'un éventuel départ. Il se contente de rester debout, me regardant.
Je le regarde durant quelques secondes avant de soupirer, trop épuisée pour discuter. Je me tourne sur le côté et me roule en boule. Je ne prends même pas la peine de tirer les couvertures sur moi parce que je suis trop épuisée et je ne veux pas dormir en face de lui, mais je peux toujours faire semblant de m'endormir et ensuite il partira… Oui… je vais faire ça…
Je vais fermer les yeux…
Juste…
Un instant…
Les ténèbres. Le silence. Une douleur sourde dans mes membres.
Une odeur de brulé. Je peux la sentir…
La bougie. Elle doit encore être allumée.
Je me redresse sur les coudes et m'étire, cambrant mon dos loin du matelas.
Je tourne ma tête et ouvre les yeux.
Mon souffle s'échappe de mes lèvres dans un soupir alors que mes yeux se plissent.
Je ne savais pas qu'il était encore là.
Il se gèle sur place, ses propres yeux se rétrécissant.
Mais… J'aurai juré qu'il… qu'il me regardait avec le plus étrange des regards…
Mais ce n'est pas possible. Non. Ca doit faire des heures que je me suis endormie. La bougie sur ma table de chevet est presque éteinte.
Je garde mes yeux sur lui durant un petit moment, mais son nouveau regard dur et forcé ne quitte pas son visage.
Mes yeux se referment lentement, l'épuisement l'emportant sur mes questions. Peut être que je suis simplement en train de rêver. Peut être que c'est ça. Seulement un rêve…
Je retombe dans les ténèbres du sommeil.
