'ESTRAGON. – On ferait mieux de se séparer.
VLADIMIR. – Tu dis toujours ça. Et chaque fois, tu reviens.
ESTRAGON. – Pour bien faire, il faudrait me tuer, comme l'autre.
VLADIMIR. – Quel autre ? (Un temps.) Quel autre ?
ESTRAGON. – Comme des billions d'autres.' – Samuel Beckett, En attendant Godot
Les règles du jeu sont les suivantes : les joueurs se relaieront tour à tour. Ne révélez pas votre main à votre adversaire. Si vous choisissez de faire monter les enchères, ne misez pas plus que vous ne pouvez payer.
Chapitre 14 Négociation malsaine
Je commence à me réveiller, ma conscience m'arrachant doucement de mes cauchemars de sang et de douleur.
Je ne peux même pas échapper à Lucius dans mes rêves. Il est toujours là, au centre de toute chose. Il hante mes cauchemars tout comme il hante mes heures éveillées.
Je frotte mes doigts froids sur mes paupières, essayant de faire disparaître le cauchemar. Jusqu'au prochain sommeil.
Un courant d'air me donne la chair de poule. J'ouvre les yeux et balaye la pièce pour identifier la cause de ce courant d'air. Je pousse un petit cri de surprise lorsque je m'aperçois que je ne suis pas seule.
Dolohov se tient au milieu de la pièce, déposant une grande bassine argentée sur ma coiffeuse. Son regard se dirige vers moi, et il se redresse en me souriant.
Mon corps se recroqueville de terreur et je tire mes couvertures au dessus de mon corps pour me protéger de lui, et je me recule vivement contre la tête de lit.
Un sourire tord son visage. « C'est inutile. J'ai une grande quantité de travail qui m'attends ce soir, et je n'ai malheureusement pas de temps à perdre avec toi. »
Sa langue humidifie ses lèvres.
Je me sens malade, je vais vomir rien qu'en respirant le même air que lui.
Mon regard se pose sur la bassine argentée posée sur ma coiffeuse.
« On appelle ça une Pensine, Sang-de-Bourbe » dit-il avec condescendance.
« Je sais ce que c'est » je lui dit hargneusement. « Ce que j'aimerais savoir, c'est pourquoi elle se trouve sur ma table de toilette ? »
Il sourit horriblement. C'est encore pire que le sourire de Lucius, parce que au moins Lucius… au moins Lucius…
Je connais Lucius.
« Je l'ai trouvé dans la chambre de Lucius hier soir. Oh, je n'étais pas en train de fouiner. » Il agite sa main face à mon regard sceptique. « Non, rien de tout ça. Je tenais simplement à emprunter un peu d'argent, et Lucius semble avoir tellement de Gallions à portée de main que je pensais qu'il ne remarquerait pas la disparition de quelques uns. »
Je ravale mon petit rire incrédule.
« Quoi qu'il en soit, je suis tombé sur ceci » il fait un geste vers la Pensine, « dans sa chambre, et j'ai naturellement voulu y jeter un coup d'œil. Et j'ai vu des choses… assez surprenantes. Dis-moi, sais-tu pourquoi Lucius a décidé de conserver toute une série de souvenirs qui ne concernent nul autre que toi même ? En fait, je n'ai pas besoin que tu répondes à cette question. Je ne peux pas lui en vouloir. Si j'étais dans sa position, je ne serais pas très rassuré d'affronter le Seigneur des Ténèbres, le plus grand Legilimens sur terre, avec ce genre de souvenirs flottant dans mon esprit. »
Des souvenirs ? Lucius a dissimulé des souvenirs… me concernant ?
« J'ai pensé qu'un petit voyage dans cette Pensine pouvait te fournir des informations précieuses sur l'importance que tu es devenue pour ton ravisseur. » Sa bouche se tord dans un nouveau sourire. « Et vu que le Seigneur des Ténèbres semble si peu disposé à me croire sur la conduite de Lucius envers toi, j'ai pensé que je pourrais au moins modifier la situation pour mon propre amusement. »
De quoi est-ce qu'il est en train de parler, bon sang ?
Il sort sa baguette de sa cape. « Je dois avouer qu'il serait amusant d'entrer avec toi dans la Pensine » dit-il oisivement. « Mais comme je te l'ai déjà dit, j'ai certaines taches qui m'attendent, et je n'ai tout simplement pas le temps. »
La peur l'emporte sur mon soulagement lorsqu'il lève sa baguette vers moi.
« Je dois m'excuser d'avance pour ce que je m'apprête à faire » dit-il moqueur. « Mais je ne peux pas me permettre que Lucius sache que j'ai fouillé dans ses affaires. Je ne pense pas qu'il le prendrait très bien. Non, je pense qu'il serait mieux de lui faire croire que c'est toi même qui a trouvé sa Pensine. »
Que veut-il dire par… par… ?
« Je te souhaite un bon visionnement, Sang-de-Bourbe. » Il sort une petite clé d'argent de sa poche, avant de me viser de sa baguette. « Oubliettes ! »
Je commence à me réveiller, ma conscience m'arrachant doucement de mes cauchemars de sang et de douleur.
Je ne peux même pas échapper à Lucius dans mes rêves. Il est toujours là, au centre de toute chose. Il hante mes cauchemars tout comme il hante mes heures éveillées.
Je frotte mes doigts froids sur mes paupières, essayant de faire disparaître le cauchemar. Jusqu'au prochain sommeil.
Un courant d'air me donne la chair de poule. J'ouvre les yeux et balaye la pièce pour identifier la cause de ce courant d'air.
Rien. Je dois l'avoir imaginé.
La bougie sur ma table de chevet est éteinte, mais celles contre le mur sont allumées, jetant une terne lueur dorée à travers la pièce.
Bon, Lucius est parti. A moins qu'il m'espionne à nouveau sous une cape d'invisibilité.
Mais… non. J'étais avec Ron lorsqu'il l'a fait. Il ne m'espionnerait pas lorsque je suis seule, ça n'a aucun sens.
C'est pour ça qu'il t'a regardé dormir la nuit dernière ?
Je frissonne, mais je me convaincs que le froid en est la cause.
Mais je n'arrive pas à arrêter mes pensées de pousser comme des mauvaises herbes.
Peut être que c'était vraiment un rêve, un… un cauchemar.
Je secoue la tête. C'est stupide. J'ai dû rêver.
Je respire un soupir.
Quelle heure est-il au fait ? Je me demande.
L'heure. Ce mot allume une alarme en moi.
Et si Harry était déjà parti chez les Weasley ? Et s'il était déjà mort ?
Je saute de mon lit, me dirigeant à grands pas vers la porte, trébuchant sur l'ourlet de ma robe dans ma hâte.
Je peux arrêter ça ! Je dois arrêter ça, par n'importe quelle façon ! Mon Dieu, pourquoi je n'ai pas essayé la nuit dernière ? Pourquoi ais-je été si absorbée par ma peine et ma douleur que je n'ai même pas essayé de l'arrêter ? Je suis une conne, une pauvre conne, comment ais-je pu laisser faire ça ?
Je me jette contre la porte, frappant frénétiquement de mes poings le bois massif.
Mais que puis-je faire ? Qui suis-je pour essayer d'arrêter ça ?
Je jette ma tête en arrière, « Lucius ! » je crie, martelant la porte de toutes mes forces. « Lucius ! »
Pas de réponse. Je crie d'autres noms en désespoir de cause. « Bellatrix ! Dolohov ! Lucius ! »
Je presse mon oreille contre la porte, attendant un bruit de pas, une réponse, n'importe quoi.
Mais rien. Seulement le silence.
Je pousse un cri de rage et frappe contre la porte, m'abimant l'orteil. Je me retourne et frappe mon dos contre le bois massif, regardant désespérément ma chambre.
Tu es stupide. Penses-tu vraiment qu'ils vont épargner Harry parce que tu leur demandes ?
Un tortillement désagréable s'empare de mon estomac.
Je reste immobile pendant un moment, regardant fixement la pièce.
Tout ira bien. L'Ordre ne le laissera pas aller au terrier. Et même s'il y va, il aura tout l'Ordre avec lui. L'Ordre peut gagner, il l'a déjà fait avant. De plus, les Weasley ne laisseront pas Harry se faire tuer. Ils l'ont traité comme un fils pendant toutes ces années, pourquoi le laisserait-il se faire tuer maintenant ?
Je laisse ces pensées réconfortantes m'envelopper comme une douce couverture. Je ne peux pas me permettre de penser à autre chose. Je dois croire en eux, car sinon…
Attendez une minute.
Est-ce que… est-ce que c'est une Pensine ?
Ca ne se peut pas ! Que ferait une Pensine dans ma chambre ?
Je marche avec précaution vers la bassine argentée qui repose sur ma coiffeuse, et me penche au dessus d'elle.
C'est bien une Pensine. Elle est remplie d'une fumée opaque, virevoltant et tourbillonnant.
Mais quels sont ces souvenirs ? Et pourquoi diable sont-ils dans ma chambre ?
Je regarde autour de moi, soudain nerveuse.
Peut être que Lucius est ici après tout, sous sa cape d'invisibilité. Peut être qu'il souhaite que je regarde dans la Pensine pour quelque obscure raison, et il veut me voir le faire.
Mais pourquoi voudrait-il ça ?
« Pourquoi vous cachez-vous, espèce de lâche ? » Je marmonne sauvagement.
Pas de réponse.
Je me retourne vers la Pensine, baissant le regard avec appréhension vers le tourbillon de fumée. Sans réellement penser à ce que je suis en train de faire, je tends la main, touchant la fumée du bout des doigts.
Un crochet me capture la taille, me tirant vers l'avant, et je suis aspirée à travers la fumée.
Je tombe sur mes pieds, dans une chambre au mur de pierres.
Elle ressemble à la mienne, mais elle est bien plus noble. Elle est chichement meublée, avec un grand lit à baldaquin et de belles tapisseries suspendues aux murs.
Je suppose qu'il s'agit d'une autre chambre dans cette maison. Etrange… Elle paraît presque accueillante.
Quelques secondes passent avant que deux silhouettes sombres apparaissent de nul part. C'est Lucius, tenant le bras d'un Dolohov inconscient.
Est-ce un souvenir de cette nuit ? La nuit où Lucius m'a sauvé ?
Lucius lâche le bras de Dolohov, ricanant d'un dégout sincère face à son ami inconscient, avant de pointer sa baguette sur lui.
« Enervatum ! »
Les yeux de Dolohov s'ouvrent difficilement, et il grogne de douleur alors qu'il se redresse, se cramponnant la tête de ses mains.
« Lève-toi, Antonin » dit Lucius d'une voix trainante. « Montre un peu de dignité pour une fois dans ta vie. »
Dolohov se met sur ses pieds avec un rire amer. « De la dignité, Lucius ? » Il se dépoussière. « Est-ce la dignité qui t'a poussé à voler au secours de ta petite salope ? »
Lucius le saisit violement à la gorge et le plaque contre le mur derrière lui. La peur perce alors dans les yeux de Dolohov. Il regarde avec terreur la baguette de Lucius pointée sur son visage. Toute la terreur et la peur que j'ai senties cette nuit là, se répercutent maintenant dans les yeux de ce salaud, oh oui.
« Ce n'est pas un jeu » murmure Lucius. « C'est une Sang-de-Bourbe. Une petite saleté de Moldue. Si elle était une sorcière, ça aurait été une autre affaire, mais une Sang-de-Bourbe ne peut être touchée, tu le sais. »
Le visage de Dolohov se contorsionne sous la rage. « Bien sur que je le sais, Lucius » il siffle. « Ne me l'as-tu pas déjà dit maintes et maintes fois ? C'est incroyable de voir comme une règle doit être valable pour les autres, mais surtout pas pour toi, n'est-ce pas ? Je me demande ce que le Seigneur des Ténèbres penserait de Lucius Malefoy, si attaché à la cause des Sang-Pur, jouant avec une sale petite Moldue. »
Lucius respire fortement par le nez, le visage dur et blanc d'une rage contenue. « Aussi longtemps que tu promets de ne plus suggérer une chose aussi dégoutante, je suis disposé à laisser passer cette insulte. »
Dolohov se contente de sourire. « Ais-je touché un point sensible, Lucius ? » Il lui crache pratiquement ces mots à la figure. « Est-ce que ce que je suggère sonne un peu trop vrai pour toi ? »
« Je te préviens, Antonin- »
« Nous savons tout, tu sais. Nous en avons discuté, Bellatrix et moi. Elle déteste cette idée. Elle déteste ce que tu obtiens de cette petite chienne. Merlin seul sait pourquoi tu baises cette sale petite Sang-de-Bourbe alors que tu as Narcissa comme femme et Bellatrix dans ton lit. Mais bon, peut être que tu veux seulement te salir les mains- »
Lucius écrase son poing sur le visage de Dolohov. Il recule, se cramponnant à son nez en hurlant de douleur alors que du sang coule entre ses doigts.
« Tu es une honte, Antonin » dit froidement Lucius. « Ne m'accuse pas de me livrer aux mêmes pratiques perverses que toi. Je ne voudrais d'elle pour rien au monde, et tu le sais. »
Ses murmures disparaissent dans les volutes de fumée et la pièce disparaît autour de moi, et je débarque à nouveau dans une chambre que je connais cette fois. La lumière rouge sombre menace de m'étouffer alors que je me trouve dans cette horrible cave.
Et je suis là, face à Lucius, criant et hurlant, mes bras s'agitant et le visage marbré.
« Et par quel 'résidu' devrais-je être attirée dans ce cas ? Par quelqu'un comme vous, c'est là que vous voulez en venir ? »
Mon estomac se contracte.
Mon Dieu, est-ce que… est-ce que j'ai vraiment dit ça ?
Je regarde horrifiée, Lucius poser ses doigts sur mes lèvres. « Soyez tranquille, ma petite Sang-de-Bourbe. »
Il m'attire plus près de lui, rapprochant ma taille contre la sienne. Le souvenir me reviens, clair comme de l'eau de roche, de moi tremblante dans ses bras, fermant les yeux alors qu'il déplace son visage plus près du mien, assez près pour -
Mais alors, il tire ma tête en arrière et la claque contre le mur de pierres. Je frissonne en me rappelant ma douleur.
« Comment osez-vous penser que je puisse ne serait-ce qu'envisager de faire une telle chose ? Pensez-vous vraiment que je veuille me salir les mains sur une Sang-de-Bourbe, en particulier sur vous… vous ! Bon Dieu, regardez-vous ! J'aimerais mieux me jeter d'une falaise plutôt que de vous toucher. »
La scène se reflète en face de moi puis je suis à nouveau aspirée dans la fumée, errant dans le brouillard des souvenirs de Lucius.
Parce que ça doit être ce qu'elles sont. Ca doit être ses souvenirs – il est la seule personne qui était présente dans ces 2 morceaux de mémoire.
Mais bon, seul Merlin sait pourquoi il y a une Pensine pleine de ses souvenirs dans ma chambre. L'a-t-il mis délibérément ? Voulait-il que je voie ce genre de choses ?
Si oui, ça n'a aucun sens. Pourquoi voudrait-il que je voie ces souvenirs ?
Peut être qu'il ne voulait pas. Peut être… oh, je ne sais pas. Peut être qu'il l'a laissé là par accident, ou quelque chose comme ça.
Ne soit pas idiote, Hermione. Il est loin d'être aussi stupide.
Mais dans ce cas, ça signifie…
Je sors de la brume et atterris dans une autre chambre, un peu comme celle de Dolohov, mais plus grande et plus grandiose.
La pièce n'est pas vide cette fois. Bellatrix est là, assise sur le bord du lit à baldaquin, le corps rigide et ses mains cramponnant le matelas sous elle.
Elle fixe la pièce, ses yeux noirs fiévreux regardant le vide. Ses lèvres sont si serrées que la peau qui les entoure est devenue blanche.
La porte de la chambre s'ouvre, attirant son regard. Elle se lève pour faire face à Lucius, qui entre en trombe dans la chambre, semblant furieux pour une quelconque raison. Mais l'expression de son visage reflète autant de colère que la sienne.
« Où étais-tu ? » elle demande furieusement.
Lucius soupire, fermant la porte derrière lui sans même lui adresser un regard. « La Sang-de-Bourbe » dit-il simplement, et le visage de Bellatrix se crispe à ces mots. « Elle a… crée des problèmes. Mon travail avec elle s'est avéré plus difficile que prévu. »
« Je ne vois pas pourquoi tu as besoin de passer tout ton temps avec elle. » Sa voix s'élève furieusement lorsqu'elle parle. « Tu as fini ton interrogatoire depuis des jours ! Pourquoi as-tu encore besoin de passer autant de temps avec elle ? »
Il lui lance un regard d'avertissement, mais il ne dit rien, pas encore. Il se dirige vers la table, jetant un œil aux verres remplis d'un liquide rouge.
« Quelle sorte de vin est-ce ? » il demande.
« Comme si ça faisait une quelconque différence ! » elle crie. « Sais-tu depuis quand je suis rentrée après avoir été voir le Seigneur des Ténèbres ? Depuis quatre heures. Quand je suis partie, tu m'a dis que tu n'en avais que pour une demie heure. »
« Et je suis désolé de ça » dit-il avec une patience exagérée. « Mais elle s'est avérée plus coriace que je ne le pensais. »
« Pourquoi passes-tu autant de temps avec elle ? » Elle crie presque maintenant. « Comment cette petite salope de Moldue peut être autant intéressante pour que tu passes tout ton temps avec elle ? »
« Bella, calme-toi. »
« Non, je ne me calmerai pas ! Comment pourrais-je me calmer alors que tu passes ton temps à m'humilier délibérément ? »
« Personne ne t'humilie- »
« Je te hais ! » elle hurle soudain, saisissant les verres de vin et les lançant contre le mur. Ils se fracassent contre la pierre et les verres brisés tombent au sol, laissant une trace rouge sur leur chemin.
« Oh, pour l'amour de Dieu ! » hurle Lucius alors qu'elle se précipite sur lui, essayant de lui griffer le visage, utilisant ses ongles comme des griffes, mais il lui attrape ses poignets, les tenant à quelques centimètres de ses yeux.
« Je te connais » elle lui siffle. « Si tu ne l'as pas encore eue, tu l'auras bien assez tôt. Tu es trop orgueilleux pour admettre qu'il y a quelque chose dans ce monde que tu ne peux pas avoir ! »
Il lève sa main comme s'il était sur le point de la gifler. Je sais qu'il l'aurait fait si ça avait été moi. Mais il finit par abaisser sa main après quelques secondes, son visage baigné par la colère.
« Je suis un homme fier, en effet » dit-il calmement. « Mais au moins je ne suis pas fou. »
La fumée s'enroule autour de moi, me voilant le reste de la scène alors que je flotte une fois de plus à travers le brouillard.
Elle… Elle est tombée sur la tête ! Elle a besoin de se faire soigner, et sérieusement !
Je souris à la pensée de Bellatrix allongée sur le divan d'un psychiatre. Si quelqu'un a besoin d'une sérieuse thérapie, c'est bien elle.
J'émerge de la brume, et je suis une fois de plus dans ma chambre. Ma chambre dans cette prison appelée 'maison'.
Mais je ne suis pas sortie de la Pensine. Je le sais parce que je peux me voir en face de moi, dormant sur mon lit dans ma robe de martyre maculée de sang. La lumière vacillante de la bougie posée sur ma coiffeuse projette des ombres étranges à travers la pièce.
Et… il est là aussi, à me regarder dormir, exactement de la même façon que je m'imaginais l'avoir rêvé.
Mais je ne peux pas avoir rêvé. La preuve se trouve en face de moi, comme une version bizarre d'une vidéo de caméra de surveillance.
Je suis couchée en boule sur le côté et il est appuyé contre le mur, les yeux fixés sur moi à travers ses paupières baissées, et… et…
Mon souvenir de moi ouvrant lentement les yeux et me redressant doucement sur le matelas en sortant un petit soupir, me reviens.
Mon estomac se contracte. Je regarde Lucius pour voir un de ses sourcils se lever.
C'est alors que la Hermione du souvenir commence à cligner des yeux en se concentrant sur lui, et son visage se durcit instantanément.
Mais maintenant, c'est confirmé. Je n'ai pas rêvé, et je n'ai pas imaginé le regard sur son visage. Je sais maintenant avec certitude comment il me regardait pendant que… pendant que je dormais.
« Que faites-vous ? »
De la glace m'encercle le cœur parce que la voix ne vient pas de la Pensine.
Je me retourne pour voir un autre Lucius dans la pièce, alors même qu'il y a maintenant deux Lucius et deux Hermione. Un Lucius qui regarde intensément la Hermione du souvenir, tandis que l'autre me regarde, le vrai moi, avec un visage plein d'une colère froide.
J'essaie de me tourner pour fuir je ne sais où, mais il est trop rapide. Il est à côté de moi en deux enjambées et il me saisit par les cheveux, brulant mon cuir chevelu alors qu'il me traine à travers la brume…
J'atterris avec lui dans ma chambre. Ma chambre réelle, pas celle du souvenir. La douleur de mes genoux se cognant contre le plancher me montre que cet environnement n'est pas un souvenir.
Il me traine à travers la pièce et me claque de sa main contre le mur, m'encerclant la gorge. Il me regarde avec une telle rage que ça me terrifie.
« Comment osez-vous ? » Ses doigts atterrissent sur ma joue alors qu'il me gifle au visage. « Espèce de sale petite Sang-de-Bourbe, comment osez-vous ? »
« Je suis désolée » je gémis désespérément. « Je suis vraiment désolée ! Je ne savais pas que c'était vos souvenirs ! »
« Non ? » il me crache ces mots à la figure. « A qui d'autre auraient-elles appartenu ? Vous avez volé ma Pensine dans ma chambre, espèce de voleuse ! Ne me dites pas que vous ne saviez pas qu'elle m'appartenait lorsque vous l'avez pris dans ma propre chambre ! »
« Je me suis seulement… je me suis réveillée et elle était là, je le jure ! » Alors même que je sors ces mots, je me rends compte de l'absurdité de ces derniers. Comment pourrait-il croire à une telle explication farfelue, même si c'est bien la vérité ? « Je ne l'ai pas volée ! »
« MENTEUSE ! Comment aurait-elle atterrit ici ? Je ne l'ai pas bougé une seule fois de ma chambre ! »
« JE NE L'AI PAS VOLE ! » je hurle. « Comment aurais-je fait ? J'ai été enfermé ici depuis que vous m'avez quitté ! »
Il me tire par les cheveux, me tenant si près que je peux apercevoir chaque trait de rage sur son visage.
Il pointe sa baguette entre mes deux yeux. « Bon, quand bien même vous ayez vu ces souvenirs, vous ne vous en souviendrez pas. » Sa voix lutte pour garder son calme. « Je veillerai à cela. »
Je sais alors ce qu'il a l'intention de faire.
« Non, vous n'allez pas faire ça ! » je lutte contre sa poigne. « Vous n'allez pas me lancer un Oubliettes, vous êtes un lâche ! »
« NE DITES PAS QUE JE SUIS LACHE ! » il hurle.
« BIEN ! » je lui réponds. « Allez-y, lancez-moi un Oubliettes. Vous en aurez besoin je suppose, après tout ce que j'ai vu, espèce de lâche ! J'ai vu que vous vous battiez avec vos amis à cause de moi, je vous ai vu me regarder pendant que je dormais- »
« ENDOLORIS ! »
Oh Dieu, NON ! Je ne peux pas… griffures, brulures, déchirures, un énorme MONSTRE me dévore vivante, il n'y a pas de fin, il n'y en aura jamais ! Du feu et de la glace, et le feu brulant me transperce, une chaleur sourde se propage en moi, dans mes veines, dans mes os, sur ma peau, mes muscles, s'il vous plait, s'il vous plait, je suis brulée vive, et je ne PEUX plus le supporter ! Sans fin, sans fin, le sang qui boue, le cerveau qui fond, mes veines déchiquetées, je ne peux pas, oh mon Dieu s'il vous plait, laissez-moi seulement mourir, libérez-moi, laissez-moi mourir, S'IL VOUS PLAIT !
Je tombe en un petit tas informe sur le sol. Les battements de mon cœur me vrillent les tympans.
J'ai mal partout, vraiment partout. Même le simple souvenir de ladouleur me fait mal.
J'essaye de reprendre mon souffle…
Respirer me fait mal.
Il n'a jamais été aussi loin précédemment. Il n'a jamais, jamais fait durer le sort aussi longtemps.
Des doigts me saisissent le menton, tirant ma tête vers le haut.
J'ouvre les yeux. Ses traits sont toujours tirés par la rage.
Et je sais que je m'en fous. Il peut effacer ma mémoire parce que je ne veux pas me battre contre lui, pas encore, je ne veux plus. Je ferais tout et n'importe quoi pour ne plus ressentir à nouveau cette douleur.
« Allez-y » je murmure faiblement. « Effacez ma mémoire. Faites-le, je m'en fous. »
Un muscle se crispe dans sa mâchoire et il se lève, m'assénant un coup de pied. Je me plie de douleur alors que sa botte atteint mes cotes et des larmes coulent sur mes joues.
« Levez-vous, sale petite Sang-de-Bourbe, levez-vous ! »
« Je ne peux pas » je murmure, ma voix brisée par les larmes de douleur et d'épuisement.
Je garde les yeux fermés et un horrible silence s'installe entre nous, un silence rempli de paroles inexprimables.
Il rompt le silence.
« Comment avez-vous réussi à mettre la main dessus ? »
Je secoue la tête mais je ne vois pas quelle différence cela fera.
« Je ne l'ai pas pris » je dis faiblement. « Je vous le promets, je me suis seulement réveillée et elle était posée sur ma coiffeuse. »
« Et vous voulez me faire croire cela ? »
Mes yeux s'ouvrent en grand. « Comment aurais-je pu mettre la main dessus ? Pensez juste à ça. J'étais enfermée ici. »
Il me lance un regard dédaigneux, sa lèvre recroquevillée de pur dégout. « Peut-être que vous avez passé un accord avec Antonin » dit-il calmement. « Peut-être que vous lui avez proposé de poser la main sur vous en échange d'un petit service. »
Il aurait très bien pu me gifler en plein visage.
Je m'assois, secouant la tête d'une colère indignée. « Comment pouvez-vous dire cela ? Comment pouvez-vous même le suggérer, pour l'amour de Dieu ? »
Son visage pale se crispe de dégout. « Peut-être que vous avez réalisé que même si vous n'avez pas grand chose à offrir, il y a toujours quelque chose qu'une femme peut offrir à un homme. »
Ma peau en a la chair de poule.
« Espèce de salaud » je murmure, le haïssant de tout mon être. Je pensais qu'il me connaissait mieux que cela.
Il marche vers moi et me saisit par les cheveux, me plaquant contre le mur. Les larmes me piquent les yeux alors que la peur se referme sur mon cœur.
« S'il vous plait » je murmure.
Mais il place sa baguette sous mon menton, enfonçant le bois frais contre mon cou.
C'est étrange comme un simple objet peut contenir autant de pouvoir. Après tout, c'est seulement du bois. Du bois froid et inanimé, c'est tout ce que c'est. C'est stupide d'en avoir aussi peur, vraiment.
Oui, bien sur.
« Qu'avez-vous vu ? » il demande calmement, les yeux rivés sur les miens.
Qu'est-ce que j'ai vu ? J'ai vu Dolohov et Bellatrix le haïr à cause de moi. Je l'ai vu me laisser penser qu'il allait me violer. Je l'ai vu me regarder alors que je dormais.
« Rien d'important » je murmure.
Son visage est à quelques centimètres du mien.
Peut-il voir ce que j'ai vu ?
Il se recule, et me gifle si fort au visage que ma tête part en arrière et je glisse le long du mur jusqu'à atteindre le sol.
« Allez en Enfer ! » il murmure sauvagement à voix basse.
Il fait venir la Pensine d'un coup de baguette avant de disparaître dans un mouvement de cape.
Je m'accroupis en boule, attendant que mes tremblements se calment. Des frissons de douleur me parcourent encore le corps, ou bien est-ce le souvenir de cette douleur ?
Je ferme les yeux, désireuse de chasser tout cela de mon corps et de mon esprit.
'Je te connais. Tu es trop orgueilleux pour admettre qu'il y a quelque chose dans ce monde que tu ne peux pas avoir.'
Mon corps se recroqueville au souvenir des mots de Bellatrix, et face à toutes les conséquences qu'ils entrainent.
Je frémis, étreignant mes bras autour de moi.
Et si… et si ce qu'elle a dit n'était pas si ridicule, après tout ?
Lorsque je me suis réveillée, je n'ai pensé à rien de tout cela. Je pensais qu'elle n'était qu'une salope maladivement jalouse de moi, pour quelque obscure et stupide raison.
Mais maintenant… Après avoir vu comment il me regardait dormir…
Je… je ne peux pas le supporter ! Je ne sais pas quoi penser !
Mais il ne ferait pas ça, n'est-ce pas ? Je suis une Sang-de-Bourbe, il ne voudrait jamais… Il m'a dit maintes et maintes fois que ça ne l'intéressait pas.
Son mépris et sa haine sont devenus en quelque sorte, les seules choses qui me protègent. Je ne peux pas les laisser s'éloigner de moi, je ne peux pas !
Donc, tu veux qu'il te haïsse ? Ne t'en fait pas pour ça. Il te déteste probablement plus que tout au monde.
Un nouveau bruit.
Mes yeux s'ouvrent.
Il est de retour. Son rictus plein de rage est toujours présent sur son visage.
« Levez-vous ! »
Je me hisse sur mes pieds et je me tiens tremblante en face de lui.
« Je suis prêt à ignorer ce que vous avez fait aujourd'hui » dit-il avec un calme forcé. « Aucun de nous ne devra en reparler, est-ce que c'est clair ? »
Je hoche la tête avec reconnaissance, ravalant mon indignation.
Il plisse les yeux vers moi. « De toute manière, à la lueur des récents évènements, ces quelques souvenirs importent bien peu, vous ne croyez pas ? »
J'avale difficilement. « Des 'récents évènements' ? »
Il ricane sans aucune gaieté.
Une pierre tombe dans ma poitrine. « Harry ? »
Son sourire est remplacé par une grimace alors qu'il lève les yeux au plafond. « Il est vivant, si c'est ce que vous vous demandez. Vivant et… libre. »
Il n'y a plus d'air du tout dans mes poumons.
« Libre ? » je répète ce petit mot d'une voix haletante.
Il secoue la tête avec irritation. « Il n'était pas là-bas, Sang-de-Bourbe. Il ne s'est pas présenté. Soit il a réussi à fermer son esprit au Seigneur des Ténèbres, chose que je pense très peu probable pour un garçon de son âge, soit il a choisi de vous laisser souffrir. »
Je suis tout sourire. Je souris car je me fous que Harry ne soit pas venu me sauver. Je ne suis pas égoïste comme Lucius l'est – Je ne pense pas que mes propres besoins soient plus importants que ceux de la communauté générale. Harry est vivant et il peut encore gagner la guerre – C'est tout ce qui compte.
« Ne vous avisez pas de sourire, petit peste ! » dit-il violemment.
Je fais disparaître le sourire de mon visage avec une certaine difficulté. Harry est vivant ! Je pourrais presque danser de soulagement.
« Vous n'avez que peu de raisons de sourire » dit-il d'une horrible voix trainante. « Le Seigneur des Ténèbres m'a ordonné d'utiliser une incitation plus convaincante pour que Potter vienne vous sauver. »
Un seau glacé de peur se renverse sur moi.
« S'il vous plait » je murmure désespérément, saisissant sa main dans la mienne. « S'il vous plait, ne me torturez pas à nouveau, je vous en supplie- »
Il éloigne vivement sa main de la mienne. « Ne me touchez pas, Sang-de-Bourbe. »
Oh mon Dieu. Plus de torture, plus de douleur. Aime-t-il tellement me voir souffrir ?
Je le hais tellement !
« D'ailleurs, qui vous a dit que j'allais à nouveau vous torturer ? »
Je le regarde, osant à peine respirer, osant à peine espérer.
Il ricane. « Ou peut être n'avez-vous pas encore trouvé que cette torture incessante soit assez fastidieuse ? Si vous êtes si pressée de revenir à ces vieilles habitudes, alors je n'en vois pas d'objection. J'ai seulement pensé que nous préférerions approfondir certaines options plus… intéressantes. »
Merde. Pourquoi tourne-t-il toujours autour du pot ? A chaque conversation, c'est la même chose.
Je secoue la tête, avalant ma fierté. « Je ne veux pas que vous me torturez. »
Il sourit horriblement. « Bien. Je suis heureux de voir que vous êtes ouverte à l'idée d'alternatives plus intéressantes. Nous allons explorer ces options plus profondément, vous et moi. »
Je serre les lèvres de peur.
Respire. Respire. Inspiration, expiration.
« Dites moi, est-ce que votre cher ami Harry a déjà vu vos parents ? »
« Vous savez déjà que oui » je murmure. « Pourquoi voulez-vous- »
Mes mots s'arrêtent.
Mon cœur s'arrête.
Non, Non !
Il sourit toujours.
« Vous me décevez, Sang-de-Bourbe. Je m'attendais à ce que vous soyez plus rapide à comprendre. »
Je ne peux pas penser à cette horreur. Tout ce à quoi je peux penser c'est : non !
« Vous ne pouvez pas- » je murmure.
« Je pense que vous allez vous apercevoir que nous pouvons » dit-il doucement. « Que représenteraient deux sales Moldus pour nous ? Ils sont parfaitement inutiles à notre cause. »
Je suis engourdie par l'horreur. Je ne peux ni respirer, ni penser, ni ressentir…
Je bégaye sous la peur et le désespoir.
« S'il vous plait. » J'attrape le devant de ses vêtements. « S'il vous plait, ne les blessez pas. Je vous en supplie, ils n'ont rien fait pour mériter ça ! »
Il rit de pure malice. « Ils en ont déjà trop fait : ils ont enfanté une pure abomination. D'ailleurs, ne vous inquiétez pas. Nous n'avons pas l'intention de les blesser. Le sort de l'Avada Kedavra est réputé pour être indolore pour les victimes. »
« Avada Kedavra ? » je murmure.
Il a un sourire sans joie, ses yeux étant en totale contradiction avec ses lèvres. Mes craintes sont alors confirmées.
Mon monde entier s'écroule. Ca fait plus mal que n'importe quelle torture physique. Le Doloris n'est rien comparé à ça.
« S'il vous plait, ne les tuez pas » je bafouille frénétiquement. « Je vous en prie, faites n'importe quoi mais pas ça. Vous pouvez me torturer, me tuer si vous voulez, je m'en fous, mais s'il vous plait, s'il vous plait, ne les tuez pas- »
« Mais pourquoi voudrions-nous vous tuer alors que Potter est encore en vie ? » il demande. « Nous pouvons plutôt tuer vos parents pour prouver à Potter notre volonté de vous tuer, et il viendra sans doute vous sauver cette fois. »
J'en ai le souffle coupé par l'horreur. Son pale visage tourne devant mes yeux et je crois que je vais m'évanouir.
« S'il vous plait » ma voix se brise. « Je vous en supplie, vous n'avez pas à faire ça ! »
« Je crains que si » il murmure. « Ces ordres viennent du Seigneur des Ténèbres lui même. Vous êtes sous ma responsabilité, il me revient donc de m'occuper aussi de votre famille. »
Les larmes commencent à percer au coin de mes yeux et je cherche désespérément un soupçon d'émotion sur son visage, mais il n'y a rien. Mais il y a quelque chose dans ses yeux, quelque chose de profond, si bien caché que personne ne peut vraiment deviner de quoi il s'agit.
« S'il vous plait, si vous avez la moindre compassion, la moindre pitié pour moi… Si vous ressentez quelque chose pour moi ou tout- »
Il arrête mes paroles par une gifle magistrale sur la joue.
« Ressentir quelque chose ? Pour vous ? » Le sourire malicieux a disparu de son visage. « Vous n'existez même pas pour moi, sale petite Sang-de-Bourbe ! »
« Ce n'est pas vrai et vous le savez ! » Je sais que je devrais m'arrêter mais je ne peux pas. Je dois, dois…. Je dois sauver ma maman et mon papa. « Si je ne signifiais rien pour vous, vous m'auriez tué quand vous en aviez l'occasion- »
Il recule sa main pour me gifler à nouveau, mais je tombe à genoux à ses pieds avant qu'il ne puisse le faire.
« Je vous en supplie à genoux, s'il vous plait ne faites pas cela ! » Je pleure d'une misère désespérée. Des sanglots sortent de ma gorge malgré tous mes efforts pour les réduire. « Je ferais n'importe quoi, mais s'il vous plait ne les tuez pas ! »
Il me sourit cruellement mais ses yeux restent froids comme de la glace. « Je vous ai dit ce qui arriverait à la fin, non ? » il me dit vicieusement. « Je vous avais dit que vous finiriez par me supplier à genoux. »
« Et bien oui, je le fais ! » Ma voix se brise alors que mes sanglots coulent en de chaudes larmes le long de mes joues. « Je ferai ce que vous voulez, je vous en supplie à genoux. Je ramperais à vos pieds à chaque instant de chaque jour si vous les laissez vivre, s'il vous plait, je vous en supplie ! »
Il n'y a aucune émotion sur son visage. Il les a chassé loin de lui.
« Non. »
« QUE VOULEZ-VOUS DE MOI ? » je crie désespérément. « Je ferai tout ce que vous voulez, s'il vous plait, tout ! »
Il arrache ses vêtements de ma main et me saisit par les épaules, me soulevant du sol et m'épinglant au mur.
« Et quoi donc ? » il siffle tout en appuyant son corps contre le mien. « Que pensez-vous bien pouvoir m'offrir pour que je désobéisse à mes propres ordres ? »
J'avale difficilement, les larmes séchant sur mes joues, une peur soudaine enveloppant mon cœur.
La peur. Lucius est devenu l'incarnation parfaite de la peur pour moi. Lucius Malefoy est la peur, et c'est la peur qui me pousse contre le mur froid en ce moment même.
Ma bouche s'ouvre bêtement alors que j'essaie de dire quelque chose, mais les mots ne viennent pas.
Il rit. Je frissonne.
« Vous ne trouvez plus vos mots, Sang-de-Bourbe ? Est-ce que votre langue pendue s'est enfin lassée d'être insolente ? »
Que puis-je dire ?
Il fait glisser son doigt sur ma joue, et jusqu'à mon cou, et je sens mon visage s'embraser d'une horrible rougeur. Il s'en aperçoit bien sur mais ses yeux ne quittent pas mon visage. Il ricane.
« Arrogante petite Moldue » il murmure soyeusement. « Qu'auriez-vous à m'offrir ? »
Mon estomac se recroqueville d'humiliation. Je veux seulement glisser au sol et mourir.
Je détourne la tête, les larmes brulant mes yeux. Mes parents… oh mon Dieu, mon papa et ma maman !
Ses doigts impitoyables glissent jusqu'à mon menton.
« Regardez-moi. » Il murmure ces mots, faisant voyager son doigt le long de mon cou, de haut en bas. De haut… en bas…
Je reprends mon souffle dans un petit soupir. Il lève les sourcils.
« Vous pensiez faire un échange alors. » Ses doigts se dirigent en bas de mon cou, caressant mon épaule nue. « Mais, vous semblez oublier : vos compétences de négociation vous font quelque peu défaut. Vous avez menacé de me tuer une fois, vous vous souvenez ? Vous m'avez proposé la vie sauve en échange de votre liberté. Et regardez où votre pauvre négociation vous a mené. »
Oui, regarde où nous en sommes. Des heures et des heures de torture par sa main. Etre utilisée comme appât pour Harry. Mes parents qui sont sur le point d'être assassinés. Et maintenant… lui. Me pressant contre le mur, avec ses doigts sur mon cou. Voilà. Voilà les résultats obtenus par un simple moment de stupide naïveté.
« Maintenant, » Ses doigts parcourent mon épaule nue. « que proposez-vous de m'offrir aujourd'hui, maintenant que ma survie n'est plus en jeu ? »
Il ne veut pas insinuer… non, ça ne peut pas vouloir dire ça. Je suis une Moldue –
Non, tu n'en es pas une ! Il n'y a que lui qui pense ça, tu te souviens ?
Ce n'est pas le propos. Je suis une Moldue, il pense que je suis une Moldue. De toute façon, il ne voudrait pas… Il ne voudrait pas…
« Hmm. » Ses doigts s'accrochent au décolleté de ma robe, baissant doucement une de mes bretelles, laissant mon épaule de plus en plus nue. « Vous ne semblez pas être très ouverte dans votre désir de m'offrir quelque chose en échange de la vie de vos parents. »
J'avale difficilement.
Il veut me faire comprendre ça. C'est forcé…
Mais… pourquoi ?
J'essaie de me retenir de trembler. « Je… »
Il fait tourner son pouce sur la courbe douce de mon épaule nue, me créant un nœud au bas du ventre. « Oui ? »
Non, je ne vais pas jouer à ce jeu avec lui ! Il devra me forcer s'il veut me… s'il veut… Oh mon Dieu, comment me suis-je retrouvée dans cette situation ?
« Je vais vous avouer que je suis une Moldue » je dis désespérément. J'entends mes propres mots et je me rends compte à quel point ils sont stupides. « Une fois pour toutes, je vais l'admettre. »
« Et quelle différence ça me ferai ? » Il me rit presqu'au nez. « Je n'ai pas besoin que vous me confirmiez votre statut de sale petite Moldue. »
Je retiens mon souffle.
Son pouce continue de tracer de petits cercles sur mon épaule nue alors que son corps se presse plus fort contre le mien. Je ne peux plus respirer sous son poids. Une main sur mon épaule, l'autre sur ma taille. Et son pouce caressant sensuellement ma propre…
Mes entrailles se serrent.
Trop près, toujours trop près. Il n'a rien à voir avec Ron, qui avait toujours trop peur de s'approcher de moi, même si je le voulais. Lucius… lui a toujours été trop proche de moi.
« Je… je vais servir les Mangemorts. » Les mots s'envolent de ma bouche avant même que j'y réfléchisse.
Ses sourcils se redressent.
Oh mon Dieu, qu'est-ce que je suis en train de dire ?
Pourrais-je le faire ? Pourrais-je me joindre à ces… créatures ?
Non, je ne pourrais pas.
Mais… je ne peux pas laisser mon père et ma mère mourir, quoi qu'il en soit.
« Donc, vous accepteriez de rejoindre les Mangemorts pour sauver vos parents. » Il me lance un sourire narquois. « Admirable, surtout venant d'une amie si proche de Harry Potter. Je vous avais toujours vu comme étant une future membre de l'Ordre. »
Ses doigts quittent mon épaule et viennent caresser mon visage. Il enroule ses doigts dans mes cheveux et les recule à l'arrière de mon cou. Je ne peux rien faire. Je me contente de lever lentement la tête. Très lentement.
« Mais il y a une faille que vous avez négligé dans votre proposition » poursuit-il d'une horrible voix trainante. « Vous êtes une Sang-de-Bourbe. Les Sang-de-Bourbe et les Moldus ne sont pas autorisés à se rallier au Seigneur des Ténèbres. Etant donné que l'un de nos objectifs principaux est d'éliminer votre race, votre présence dans nos rangs serait assez contradictoire. » Ses doigts reviennent une nouvelle fois sur mon épaule, et abaissent encore plus bas la bretelle de ma robe. « Alors, peut être souhaitez-vous renchérir votre offre. »
Mais… Mais pourquoi voudrait-il ça de moi ? Il m'a toujours dit qu'il ne voudrait jamais, jamais…
Il continue de faire glisser ma robe le long de mon bras, et je saisis vivement sa main dans la mienne.
Il respire un éclat de rire. « Une telle modestie. Je pensais que vous aviez dit que vous feriez n'importe quoi pour sauver vos parents. »
Je voudrais me ratatiner et mourir.
« Vous avez dit une fois que vous ne me toucherez jamais » je dis calmement mais avec désespoir. « Vous avez dit que vous préféreriez mourir plutôt que de toucher un déchet comme moi. »
Sa lèvre se recroqueville. « Oui, je l'ai bien dit. » Il desserre mes doigts de son poignet avant de reposer ses doigts sur ma joue, caressant mes lèvres de son pouce. « Mais ce n'était pas ma proposition, n'est-ce pas ? C'est vous qui avez suggéré que vous feriez n'importe quoi pour sauver vos parents. Je me demande si vous seriez capable d'abandonner votre orgueil ? Est-ce que ma fière petite Sang-de-Bourbe pourrait s'offrir à moi, corps et âme ? »
C'est donc simplement une question de fierté. Il veut simplement me faire admettre qu'il détient tout pouvoir sur moi.
Mais que puis-je faire ? Il tourne la situation de telle sorte qu'il essaye de me faire croire que c'est de ma faute, mais ce n'est pas le cas !
Il baisse le regard vers moi, un sourire jouant avec ses lèvres. Un regard de dangereux prédateur.
Mais… Mais je suis une Sang-de-Bourbe ! Il me déteste simplement parce que je suis née ! Je ne comprends pas.
Est-ce si important que tu ne comprennes pas ? Est-ce que tu veux sauver tes parents ? C'est la seule question que tu dois te poser.
Son pouce caresse ma clavicule nue, descendant de plus en plus bas.
Une rougeur importante apparaît sur mon visage parce que je me sens si… nue. Il m'a déjà vue totalement nue avant bien sur, mais maintenant…
Il n'avait jamais suggéré… ce genre de chose. Il n'y avait jamais vraiment eu de réelle possibilité que ça aille plus loin.
En es-tu sure ?
Je ne sais pas. Peut être que ça a toujours été un risque depuis le début, après tout.
« Alors, que faut-il faire, Sang-de-Bourbe ? »
J'avale difficilement. Mes yeux et mon nez sont brulés par les larmes. « Je… » Dieu que c'est dur. Il ne peut pas me demander autre chose ? « Je n'ai jamais… »
Mes mots s'évaporent dans l'air, l'humiliation étant à son comble.
Il ricane. « Ce n'était pas une réponse à ma question, si ? » Il rit doucement, comme s'il savait exactement ce que j'allais dire. « J'ai demandé si vous vouliez surenchérir votre offre afin de sauver vos parents. »
Oh, il est si machiavélique ! Quelle différence cela fait-il qu'il me demande ma permission pour… pour… Je ne veux pas penser à ça.
Il ne me trouve même pas attirante. Il a été clair sur ce point à maintes reprises. C'est une question de pouvoir, c'est tout, et je ne… je ne peux pas le supporter !
Mais… je ne peux rien faire d'autre, si ? Je ne peux pas laisser mes parents mourir.
Je voudrais être morte.
Il lève un sourcil vers moi, ses doigts se baladant de haut en bas de mon épaule.
Des larmes plein les yeux, je finis par hocher la tête. « Oui. C'est d'accord. »
Pendant un instant, une lueur dangereuse apparaît dans ses yeux. Leur gris pale est plus… sombre que d'habitude. Beaucoup plus sombre…
Il lève sa main vers mon visage, ses doigts venant délicatement caresser mon front et jusqu'à mon menton. Ses lèvres s'entrouvrent légèrement alors qu'il baisse le regard pour parcourir mon corps, avant que ses yeux ne se reposent à nouveau sur mon visage.
Je frissonne.
Il retire sa main et il respire un petit rire malicieux.
J'avale fortement. Son rire me poignarde le cœur.
« C'est une bonne nouvelle que je ne veuille pas de vous, n'est-ce pas ? »
Mon cœur tombe dans ma poitrine et j'en ai le vertige. « Quoi ? »
Il commence à rire fortement, se moquant de moi.
« Ma chère, vous pensiez vraiment que j'allais salir mes mains sur vous ? » Il me lance un regard dédaigneux. « Pensiez-vous vraiment que je laisserais de côté mes principes et mes devoirs envers le Seigneur des Ténèbres seulement pour une partie de jambes en l'air avec une Sang-de-Bourbe ? »
« Mais… » Mais pourquoi m'avez-vous fait croire cela ? Pourquoi m'avez-vous fait croire qu'il y avait une chance de sauver mes parents ? Pourquoi m'avez-vous regardé dormir la nuit dernière ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? « Pourquoi avez-vous- »
« Je voulais seulement voir quelle serait votre réaction » dit-il doucement. « Et maintenant, je sais jusqu'où vous iriez pour sauver les gens que vous aimez. Ca rajoute du piment à l'histoire, Sang-de-Bourbe. Je ne voudrais jamais vous toucher, mais il est plus satisfaisant de savoir que si jamais il m'en prenait l'envie, je pourrais aisément être satisfait. »
Je ne peux pas le croire !
« Mes parents- » je sors désespérément.
Il ricane alors qu'il se dirige vers la porte. « Ne vous inquiétez pas pour eux. Il y a des chances pour que dans 24h, vous n'ayez plus de parents. »
« NON ! » je me précipite sur lui, lui griffant désespérément le bras. « S'il vous plait, s'il vous plait, ne faites pas ça ! »
« Impedimenta ! »
Son visage pale contenant un flot d'émotions que je ne veux plus jamais voir, disparaît alors que je suis projetée vers l'arrière. Mon crane se fracasse contre la pierre, et je suis engloutie dans une sombre inconscience.
