'Il m'a semblé entendre une voix crier : « Ne dormez plus ! Macbeth assassine le sommeil… Glamis a assassiné le sommeil ; c'est pourquoi Cawdor ne dormira plus, Macbeth ne dormira plus ! »' - William Shakespeare, Macbeth


Chapitre 15 Deuil

Pense, pense.

Ingrédients de la potion Polynectar-

chrysopes cuits pendant 21 jours,

sangsues,

poudre de corne de Bicorne en poudre,

polygonum,

sisymbre cueilli à la pleine lune,

peau de serpent d'arbre du Cap,

un morceau de celui dont on veut prendre l'apparence…

Oui, je pense que c'est ça. Ou ais-je oublié quelque chose ?

Comme si ça faisait une différence de toute façon.

Tais-toi, tais-Toi !

Il ne fera pas ça. Je sais qu'il ne le fera pas…

Mais si il le faisait ?

Non. NON. Je ne veux pas penser à ça.

Mais comment puis-je ne pas y penser ? Je me suis pris un bain, j'ai changé de robe, nettoyé ma chambre, me suis rappelé de mes manuels scolaires. Tous ces exercices ont été dans un seul but : m'occuper l'esprit.

Non, il ne le fera pas. Je le sais. Il a seulement joué avec mon esprit. Il est malade, il est tordu. Il ferait n'importe quoi qui lui procurerait un plaisir sadique à mes dépends.

Il voulait juste me voir le supplier. Il voulait simplement voir jusqu'où j'étais capable d'aller. Et il l'a vu maintenant, il a vu jusqu'où je suis prête à aller, ce salaud ! Et il a bien savouré l'instant.

Je ne le comprends pas. Je pensais que si, mais pas vraiment finalement. Je pensais connaître ses sentiments par rapport à moi, mais après ce qu'il s'est passé la dernière fois que je l'ai vu, je ne sais pas quoi penser…

Mais si Voldemort lui a ordonné de le faire…

Non, je ne pense pas. Je ne veux pas penser à ça non plus.

Il ne le fera pas.

Il pourrait.

Non. Je le connais -

La porte s'ouvre brusquement.

Je me redresse sur les pieds alors qu'il rentre dans ma chambre sans me regarder. Il ferme la porte derrière lui, qu'il verrouille silencieusement.

C'est seulement alors qu'il me regarde.

Son expression vacille.

Et là, je sais que c'est fini.

Fini.

Il ne sourit pas, il n'est pas en colère. Une fois de plus, aucune émotion ne le trahi. Il me fait mal de la pire des manières possibles, et il le sait, et c'est pourquoi il me regarde comme il le fait maintenant.

…Oh…

Silence. Une horreur blanche et stérile.

Puis…

Un hurlement.

Mon hurlement.

Ca me frappe tout à coup. Tant de douleur, tant de peine que je n'en ai jamais connu. Leurs visages flottent dans mon esprit, mais je ne les reverrais jamais. Jamais !

Mes doigts agrippent mes cheveux.

Je ne peux pas m'arrêter de crier. C'est au-delà de mon contrôle.

Plus rien ne compte, oh mon Dieu, il l'a vraiment fait ! Je n'ai jamais, jamais… Oh mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu mon Dieu !

Mes ongles me déchirent la peau alors que je passe mes mains sur mes joues. Je dois me faire plus mal encore – je dois mettre mon corps en pièce pour que la douleur intérieure s'estompe. Ils sont morts ! Ils sont morts !

Et il reste là, sans RIEN dire !

Il me regarde en silence, il me regarde pleurer et je ne peux pas le supporter, je ne PEUX PAS LE SUPPORTER !

Je contrôle mes sanglots autant que je peux pour pouvoir parler.

« Ils sont morts, n'est-ce pas ? »

Il est là, parfaitement immobile, le visage dur. Quelque chose en moi se brise. Il… il est là… il les a tué, il les a TUE !

« NE RESTEZ PAS PLANTE LA COMME UN PIQUET ! » je hurle.

Si je ne le connaissais pas mieux, j'aurais dit qu'il a légèrement tressailli devant mes paroles.

« Que voulez-vous que je fasse, Sang-de-Bourbe ? » il demande doucement. « Que voulez-vous de moi ? »

C'est comme s'il me déchirait de l'intérieur. Je ne peux même pas parler face à ma haine. Je tremble et je tremble encore, mes parents, mes parents, oh mon Dieu

Enfin, je force les mots à sortir.

« Ce que je veux ? » Je m'étouffe dans un fou rire. « Je veux que vous défassiez ce que vous avez fait. Je veux revoir à nouveau mes parents, mais ça n'arrivera plus, n'est-ce pas ? »

Il me regarde avec une expression qui ressemble à du dégout. C'est comme s'il n'avait jamais vu ce qui se trouve devant ses yeux. Quelque chose de répugnant, une sorte d'extraterrestre.

« Je veux que vous alliez jusqu'à ce balcon duquel vous m'avez tiré, et que vous vous jetiez dans le vide. » Ma voix s'élève lentement jusqu'à crier. « Je veux que vous mourriez, Lucius Malefoy ! Je veux que vous souffriez tellement que vous souhaiteriez ne pas être né ! Je veux- »

Mais les mots ne viennent plus. Je ne peux pas penser, je ne peux pas vivre sans eux, je le hais, le hais, le hais, le hais !

Je lève ma main et gifle violemment son visage dur. Sa tête part sur le côté face à la violence du geste, sa joue virant au rose vif, mais il se contente de cligner des yeux et de prendre une profonde inspiration par le nez.

Pourquoi ne me frappe-t-il pas ? Pourquoi ne peut-il pas me blesser comme il le fait d'habitude ? Pourquoi ne ressent-il rien ce salaud, pourquoi pourquoi pourquoi pourquoi ?

Je le frappe, encore et encore. Je frappe son visage, ses bras, son torse, mais il ne dit rien. Il n'essaye pas de m'arrêter mais moi je veux qu'il m'arrête ! Je veux qu'il me fasse mal, qu'il me donne une sorte de compensation physique face à la douleur diffuse que je ressens au fond de moi.

Je lui hurle dessus, lui criant des choses incompréhensives alors que je le frappe, le gifle, le griffe, le blesse, le hais. Mes parents, mon Dieu, je les aimais tellement, tellement, et je ne pourrais jamais plus leur dire, jamais, jamais !

« Espèce de salaud ! SALOPARD ! Comment avez-vous pu ? Comment avez-vous pu ! »

Une gifle. Une claque. Une gifle. Une claque. Lui faire mal, mal mal mal MAL !

Il me laisse faire. Il ne cherche pas à m'arrêter. Peut être qu'il ne ressent pas les mêmes choses que les gens normaux.

Salaud.

Salaud.

SALAUD !

« Comment avez-vous pu faire ça ? » Je le gifle inutilement, stupidement, car à quoi ça me sert ? « Pourquoi ? Espèce de salaud, POURQUOI ? »

Il sort un petit bruit hargneux. Il ressent quelque chose finalement ? Il s'empare de mes poignets, les tenant juste devant son visage. Son visage baigné par la colère, se trouve à quelques centimètres du mien. Il est blanc, d'un blanc de nacre, sans aucune couleur.

« J'ai fais ce que j'avais à faire » murmure-t-il lentement. « Je n'ai pas été volontaire pour exécuter cette tâche. On m'a ordonné de le faire. »

« Vous auriez pu refuser » je lui souffle.

« Pourquoi aurais-je fait cela ? » dit-il dans une irrévocabilité terrible. « Vous voyez, c'est la différence entre vous et moi. Je suis capable de voir au delà de mes propres actions pour arriver à mes fins. Ce n'est pas ce que j'ai fait, c'est ce qui va en résulter qui compte vraiment. »

Non.

« Combien de choses épouvantables devez-vous faire pour arriver à vos fins ? » je demande, les larmes coulant sur mon visage. « Je savais que vous me tuerez à la fin, je l'ai toujours su. Mais vous n'aviez pas à… à… »

Je m'étouffe dans mes sanglots et ma tête tombe en avant, accablée par le chagrin. Mais il ne me laisse pas tranquille. Il accroche ses doigts sous mon menton, m'obligeant à le regarder.

« Ne vous comportez pas comme une enfant » dit-il cruellement. « Ce que j'ai fait était nécessaire à notre cause. Vous n'avez pas idée de ce que la mort de vos parents a entrainé. Les Weasley nous ont dit qu'ils ont réussi à convaincre Potter. Il a accepté de nous rencontrer demain à leur maison. La mort de vos parents a racheté votre vie, Sang-de-Bourbe, vous ne voyez donc pas ? »

« JE M'EN FOUS ! » Je retire mes bras de son emprise et lui gifle la joue à nouveau. « Vous ne comprenez pas, je ne suis pas comme vous ! Je préfère mourir de la plus horrible des façons plutôt qu'on leur fasse du mal ! Je vous ai supplié, je vous ai supplié à genoux pour que vous les laissiez vivre ! »

Il me prend par les épaules et me claque violement contre le mur derrière moi.

« Je n'avais pas le choix ! » il me siffle. « Pourquoi ne comprenez-vous pas ? »

« Parce que je ne peux pas comprendre ! Pourquoi n'avez-vous pas refusé, pourquoi ? » Je hurle maintenant, hurle mon désespoir. « Vous n'aviez pas à les tuer, vous n'aviez pas ! Je vous hais, JE VOUS HAIS ! J'espère que vous allez mourir, espèce de lâche- »

Il m'encercle la gorge de sa main, le visage blanc de rage. « Ne dites. Jamais plus. Que je suis. Un lâche. »

Ses yeux sont profonds, pleins d'émotions que je ne veux pas comprendre. Je ne veux jamais voir ce que ces yeux ont vu.

J'ai l'impression que ma vie est finie. Il n'y a plus rien, rien du tout à part moi. Et tout ce que j'espère, c'est mourir.

Ou le voir mourir.

Sa main se desserre sur ma gorge.

« Ce n'est pas moi qui ai décidé de leur mort » dit-il doucement. « Oui, je les ai tués, mais je ne l'aurais pas fait si j'avais été maitre de la situation. »

Je ne sais pas quoi penser, je ne sais plus quoi penser !

« Vous voulez vraiment me faire croire cela ? » je murmure.

Son visage est illisible. Pas parce qu'il est vide, mais au contraire parce qu'il est rempli d'émotions que je ne comprendrais jamais. « Je ne vous ai jamais menti, Sang-de-Bourbe. » Sa voix est calme. Intense. « Vous savez ce que je suis. Vous me connaissez depuis que je vous ai capturé. Pas une fois je vous ai menti. J'ai tué vos parents, mais je n'ai pas décidé de leur mort. Vous devez y croire. »

J'affiche un petit sourire hystérique avant qu'il ne soit noyé dans un sanglot.

« Donc je suis sensée être reconnaissante parce que même si vous êtes leur bourreau, vous n'avez pas signé leur arrêt de mort ? » Je secoue la tête, les larmes s'échappant de mes yeux alors que je tombe à genoux, perdue de désespoir. Je ne serais jamais plus heureuse. « Allez-vous en, Lucius. Laissez moi tranquille. »

Mais il ne le fait pas. Il ne veut pas me laisser. Il donne un petit coup de baguette magique vers le sol, et une bouteille en verre apparaît sur la pierre froide, avec un petit verre à côté d'elle. Il s'accroupit en face de moi et verse du liquide dans le verre. Il me le tend, ses yeux gris rencontrant les miens à travers le verre.

« Buvez ça. »

Je sens chacun de mes nerfs craquer à l'intérieur de moi. J'arrache le verre de sa main et le jette à travers la pièce. Il se fracasse sur le sol de pierres, le verre se brisant en mille morceaux, tout comme s'est brisé mon âme.

« Allez vous faire foutre » je murmure.

Il me regarde longuement et durement. Je sens la main invisible fouiller mon esprit, mais je m'en fous. Il va voir des choses dans mon esprit qu'il ne pourra jamais, jamais comprendre. Comment quelqu'un comme lui pourrait comprendre ce que je ressens ? Comment quelqu'un comme lui pourrait comprendre à quel point je les aime, et comment ça me fera souffrir chaque heure de chaque jour pour le reste de ma vie, et que la douleur de les perdre ne me quittera jamais ?

Il prend une profonde inspiration.

« J'ai fais ce que j'avais à faire » dit-il calmement. « Peut être que vous comprendrez un jour. »

C'est alors que je commence à parler. La situation a tout à coup un sens pour moi, et je commence à parler.

« Mais est-ce vraiment la seule raison qui vous a poussé à faire ça ? » je demande nonchalamment. « D'accord, vous deviez obéir aux ordres de Voldemort. Mais vous avez aussi voulu me punir, n'est-ce pas ? Vous avez voulu me punir pour briser une nouvelle barrière. J'ai vu trop de choses dans la Pensine, et vous avez réussi à me punir de la plus horrible des façons pour m'être approchée trop près. »

Son visage se durcit et il lève sa baguette.

« Allez-y » je murmure, sans aucune crainte. « Quoi que vous fassiez, ça ne peut pas être pire que ce que vous avez déjà fait. Essayez de me punir à nouveau, si vous pouvez encore vous regarder dans un miroir après ce que vous avez fait aujourd'hui. »

Il me saisit par les cheveux et me tend la tête vers l'arrière. Il approche son visage tout près du mien, chuchotant à mon oreille tandis qu'il enfonce sa baguette dans ma gorge exposée.

« Ne me tentez pas, Sang-de-Bourbe. »

« Oh oui, c'est ça » je murmure. « Allez-y. Blessez moi pour me tenir à l'écart. Mais croyez-moi, vous n'avez pas à vous donner tout ce mal. Je préfèrerais mourir plutôt que de me rapprocher à nouveau de vous. »

Il me tire plus fortement les cheveux vers l'arrière, sa baguette plantée dans ma jugulaire. Je vois son visage au dessus du mien, submergé d'émotions.

Un rictus de colère apparaît lorsqu'il baisse le regard sur moi. Soudain, il relâche mes cheveux et me porte dans ses bras. Je ne lutte pas car je m'en fous, je ne me soucie plus de rien. Plus rien ne compte.

Rien.

Il me dépose sur mon lit et s'assois à côté de moi sur le matelas. Il fait venir la bouteille remplie du liquide cuivré et invoque un autre verre, le remplissant de nouveau.

« Buvez » dit-il en me le tendant. « C'est une potion de sommeil. »

Je secoue la tête. « Je n'en veux pas. Je ne veux rien de vous. »

Il me regarde fixement.

« Si, vous allez la boire » dit-il tranquillement. « Vous voulez dormir. Vous voulez oublier ce qui s'est passé, même si ce n'est que pour quelques heures. Buvez ça, ça vous aidera. »

Je le regarde d'un air mutin pendant quelques secondes, avant que je ne saisisse le verre avec lassitude. J'avale la potion avant de poser ma tête contre l'oreiller, n'espérant rien de plus que de mourir dans mon sommeil.


Mes yeux s'ouvrent lentement, lourdement. Pendant quelques instants, je suis bien, dans une douce chaleur, mais il ne me faut pas longtemps pour que je me souvienne.

Mon nez me brule et je ferme les yeux à nouveau.

Oh mon Dieu, pourquoi ne me laissez-vous pas mourir ? Pourquoi m'avoir laissé me réveiller ?

Je ne suis pas seule. Je peux entendre une légère respiration, et des doigts entrelacés dans les miens.

J'ouvre les yeux. Lucius est assis sur le bord du lit, me regardant. Sa main est enveloppée dans la mienne, nos doigts emmêlés ensemble.

Je garde les yeux sur lui. J'ai l'impression que je vais pleurer mais même si je peux sentir mon nez me piquer sous les larmes, elles ne veulent pas tomber. Je n'en ai plus une goutte. Je me sens comme une bouteille vide.

« Comment ça s'est passé ? » je demande nonchalamment. « Dites-moi, je veux savoir. Comment ça… »

Ma gorge se referme et mes paroles sont coupées. J'avale difficilement. Il me regarde intensément, sa bouche réduite en une fine ligne.

« Comment sont-ils morts ? » je murmure.

Il semble considérer la question un instant, avant qu'il ne me réponde d'une voix claire, parfaitement maitrisée.

« Je suis arrivé chez eux à minuit. » Sa voix ne montre aucune émotion. « Ils dormaient dans leur lit. Ils ne se sont pas réveillés lorsque je suis entré dans leur chambre. Je… Ils sont morts pendant leur sommeil. Ils n'ont rien senti. »

S'en est assez. Je ne veux pas en entendre plus. Je ferme les yeux pour chasser son visage. Le meurtrier de mes parents.

Ils n'ont rien dû sentir. Ils n'ont même pas eu conscience de ce qu'il se passait.

Mais ça ne chasse pas ma douleur. Au fond, je savais que je ne les reverrais jamais. Je le savais. Mais une petite partie de moi continuait d'espérer…

L'espoir a disparu. Il m'a abandonné.

Et je ne les reverrai jamais !

J'ai le souffle coupé par un sanglot.

Je suis seule. Il ne me reste plus rien. Tout ce que j'ai jamais connu, et tout ce à quoi j'ai jamais cru m'ont été enlevés. Mes parents ne vont pas me sauver. Aucun enseignant ne va me sauver. Aucun livre ne va me sauver. L'Ordre ne va pas me sauver.

Dieu ne va pas me sauver.

J'ouvre les yeux pour regarder le meurtrier de mes parents. Il me regarde comme s'il ne m'avait jamais vu avant.

« Comment avez-vous pu faire ça ? » je demande, presque simplement. « Après tout ce que nous avons… Comment avez-vous pu ? »

Un muscle se contracte dans sa mâchoire.

« La fin justifie les moyens, Sang-de-Bourbe. »

La fin justifie les moyens, les moyens, les moyens m'ont détruits, ont tué mes parents, comment pouvez-vous dire cela ?

« Oh. » Ma voix tremble et lutte contre mes paroles. « Regardez-vous. Si… calme, si impassible. Vous avez la voix la plus douce mais vous dites les choses les plus cruelles. »

Il me regarde, avec presque un sourire narquois sur les lèvres et pourtant… non.

« Qu'attendiez-vous ? De la compassion ? Pour vous ? » Il respire un petit rire. « Vous êtes une idiote. »

« Oui, vous avez raison » je souffle furieusement. « Comment pourrais-je m'attendre à de la compassion venant de vous ? Vous êtes un homme diabolique, Lucius Malefoy. »

« Et vous êtes une Sang-de-Bourbe, miss Granger » dit-il cruellement, « et j'apprécie d'être considéré comme 'diabolique' par une sale Moldue. »

Je ferme les yeux, laissant les larmes se former sous mes paupières. Il me provoque mais je suis fatiguée de me battre. A quoi ça sert ? Mes parents… ils sont morts. Il les a tués. 'Sales Moldus', c'est comme ça qu'il m'avait forcé à les appeler il y a longtemps. Il n'a probablement rien ressenti d'autre en les tuant que s'il avait écrasé une mouche.

Ses doigts se posent sur ma joue et je rouvre les yeux. Je lève les yeux vers lui, me perdant dans le regard froid de l'assassin de mes parents. Ses yeux remplis d'émotions, qu'il ne comprend peut être même pas lui même.

Est-ce vraiment un assassin si on l'a obligé à le faire ? Il n'avait probablement pas le choix…

Tout le monde a le choix.

Tout le monde n'a pas toujours ce luxe. Avais-tu le choix lorsque tu leur as donné les informations quand ils t'ont torturé ?

« Venez. » Il se lève, enlevant ses doigts de ma joue. « Nous sommes en retard. On nous attend d'une minute à l'autre chez les Weasley. »

Nous ? Je vais avec lui ?

Non. Je n'y vais pas. Je m'en fous, m'en fous, m'en fous. Au moins ici, j'ai Ron…

Ron. Je vais me rattacher à lui. Il est tout ce que j'ai. Harry ne pourra plus jamais me comprendre.

D'ailleurs, si Harry était venu l'autre soir, mes parents seraient encore en vie.

« Pourquoi devrais-je aller avec vous ? » je demande calmement à Lucius, arrachant ma main de la sienne. « Pourquoi devrais-je faire ce que vous me dites ? »

Il grogne de colère et me saisit par le bras, m'obligeant à me lever.

« Parce que vous ne voulez pas croire que vos parents sont morts pour rien » il siffle, tout en gardant la main sur mon bras.

« Je ne veux pas croire qu'ils sont morts simplement parce que le monde sorcier a perdu face à des animaux comme vous ! » je lui crie.

Ses lèvres commencent à former une réponse mais il semble finalement se raviser et laisser échapper un ricanement.

« Pourquoi avons-nous cette conversation ? » dit-il malicieusement. « Après tout, ce n'est pas comme si vous aviez le choix, n'est-ce pas ? »

Il sort la petite clé d'argent de ses vêtements, toujours agrippé à mon bras, et nous disparaissons dans le vide pour réapparaitre dans une autre chambre, très semblable à la mienne. Je pourrais presque penser que nous n'avons pas bougé, mais –

« Hermione ! »

Je me retourne pour voir Ron, la seule chose au monde à laquelle je peux encore m'accrocher, son visage familier si plein de crainte que ça me brise presque le cœur.

Alors que nos yeux se rencontrent, il se dirige vers moi, m'atteignant en deux enjambées avant de se jeter sur moi. Il m'attire dans une étreinte féroce et je m'écroule dans ses bras, sentant tout mon épuisement et toute ma douleur me quitter.

« Vous avez dix minutes » j'entends Lucius dire d'une voix sèche, « et je serai de retour. Si vous n'êtes pas prête à partir lorsque je reviendrais, vous en paierez les conséquences. »

Pars… Pars…

Un petit 'pop'.

Merci mon Dieu.

Ron me tire le visage vers l'arrière pour me regarder, berçant ma tête dans ses mains.

« Que t'est-il arrivé ? » il demande, effleurant mon front. Il éloigne ses doigts et je peux voir qu'ils sont pleins de sang. Ca doit venir de l'endroit où mon crâne a frappé le mur lorsque Lucius m'a poussé, juste après lui avoir tout offert pour essayer de les sauver…

J'éclate en sanglots. Des énormes sanglots alors que tout s'écroule à nouveau autour de moi. Je pleure si fort que je peux à peine respirer.

« Mon Dieu, mais qu'est-ce qui ne va pas ? » demande Ron, me saisissant les mains. « Est-ce que c'est Malefoy ? » il demande avec fureur. « Qu'est-ce qu'il t'a fait ? Je vais le tuer, je le jure- »

« Mon… mon papa et ma maman… » J'essaye de parler, mais mes paroles s'entendent à peine par dessus mes sanglots. « Il… il les a tué Ron ! Il a tué mes parents ! »

Je crie de douleur. Mon papa et ma maman. Je les aime tellement, plus que tout ce que je leur ai jamais dit, et je ne pourrais jamais leur dire maintenant. C'est fini. Ils sont… partis.

Partis.

C'est insupportable.

« Quoi ? » répond Ron en me levant la tête pour que je le regarde, mais je peux à peine voir son visage à travers mes larmes.

J'essaye de ravaler mes sanglots pour réussir à parler.

« L'autre nuit, il… il m'a amené à Voldemort et il m'a torturé pendant que Voldemort ouvrait son esprit à Harry. » Ron serre un peu plus fort ma main. « Ils ont dit à Harry d'être chez tes parents le lendemain soir, mais il n'est pas venu. Et donc ils… Voldemort a ordonné à Lucius de… démontrer à Harry à quel point ils sont sérieux et… et… »

Je ne peux plus parler. Je ne peux que gémir et pleurer. Ron me serre dans une étreinte furieuse et je le sers aussi fort que je le peux, comme si je pouvais faire disparaître ma peine par cette étreinte.

« Es-tu sure qu'il l'a vraiment fait ? » demande Ron dans une tentative désespérée. « Peut être qu'il a juste… je ne sais pas, voulu jouer avec ton esprit. »

Ron jure entre ses dents et me tient fermement dans ses bras. Je m'agrippe à lui, pleurant furieusement dans son épaule alors qu'il me tapote le dos en douceur. Mais ça ne fait aucune différence. Il ne me connait plus. Il ne peut plus me comprendre maintenant, personne ne pourra plus jamais me comprendre.

Je m'effondre au sol, entrainant Ron avec moi. Nous restons comme ça pendant des siècles, et il me berce d'avant en arrière, d'avant en arrière, mais les larmes ne cessent pas. Je veux qu'ils reviennent, je veux qu'ils reviennent, mais je ne les reverrais plus jamais.

Mes sanglots finissent pas ralentir.

Je m'éloigne vers l'arrière et regarde dans les yeux de Ron.

« Ron » je murmure. Chaque mot est un effort. « Harry leur a dit qu'il sera chez tes parents ce soir pour se rendre et pour qu'ils ne me tue pas. Ils vont m'amener avec eux au Terrier, pour rappeler à Harry ce qu'ils feront s'il ne se rend pas. Je les arrêterais si je le peux, je le jure. Je ne laisserais pas Harry faire ça. »

Il garde son visage tendu et ferme.

« Si tu as la chance de t'échapper, alors tu dois le faire » dit-il résolument. « Ca pourrait être ta seule chance, tu dois la saisir. »

« Je ne te laisserai pas- »

Un petit bruit derrière nous se fait entendre. Trop tôt, toujours trop tôt.

Je me retourne. Lucius nous regarde avec une expression figée sur le visage, et je me rends compte qu'il a changé de vêtements. Il est prêt à se battre dans son habit de Mangemort.

L'emprise de Ron se resserre autour de moi.

« Foutez le camp d'ici, Malefoy- »

« Taisez-vous » dit Lucius hargneusement, me saisissant par le bras et m'éloignant de lui. Je me laisse aller, trop épuisée pour me battre. Il arrache la poigne de Ron de sur mon bras. « Si vous ne la laissez pas partir sans faire d'histoires, je serais forcé de la faire souffrir à cause de vous. Je vous le dis tout de suite mon garçon, je n'ai pas de temps à perdre avec votre cinéma. »

« Pourquoi ne pouvez-vous pas seulement la laisser seule ? » Ron lui crie, le visage rouge de colère. « N'en avez-vous pas assez fait ? Réalisez-vous ce que vous lui avez fait ? »

« Dites-moi, Weasley. » La voix de Lucius est remplie d'exaspération alors qu'il l'interrompt, « Pourquoi me parlez-vous comme si je m'intéressais à ce que vous me dites ? »

Il tire la petite clé d'argent de sa robe et je crie le nom de Ron, lui tendant la main frénétiquement, mais je ne peux pas l'atteindre avant que nous disparaissions dans le vide pour apparaître dans le hall.

C'est bon. Je ne l'ai pas perdu. Je vais le revoir quand je reviendrais. J'ai encore Ron, au moins.

Bellatrix se tient en face de nous. Elle porte aussi son uniforme de Mangemort, son masque prêt à l'emploi dans sa main.

« Nous sommes prêts à partir » dit-elle rapidement.

« Bien » répond froidement Lucius. « Où est-il ? »

Qui ?

« Je suis là. »

Oh non, oh non ! Pas lui, pas maintenant, pas après tout ce qui s'est passé !

Je tourne la tête pour jeter un œil derrière moi, et il est là. Debout dans sa robe de Mangemort, sans masque car il n'a bien sur pas besoin de me cacher son identité.

Et pour la première fois, je le vois réellement. Il ne ressemble plus au garçon que j'ai connu lorsque j'avais onze ans, et pourtant je ne l'avais pas vraiment remarqué lorsque nous avons grandi ensemble. Il n'est plus le petit pleurnichard et la terreur pathétique de l'école que j'ai vu pendant tant d'années. Il semble plus grand. Ces vêtements lui vont parfaitement bien.

Il ricane vers moi, un sourire de pure malice malveillante accrochée à ses lèvres, et je sens la poigne de Lucius se resserrer sur mon bras.

« Salut, Granger » dit-il d'une voix trainante. « Je parie que tu ne t'attendais pas à me voir, n'est-ce pas ? »

Drago Malefoy a finalement réussi par gagner.