' « Que voulez-vous dire ? » demanda Frodon. « Assurément, l'anneau était son trésor et la seule chose dont il se souciât? Mais s'il le détestait, pourquoi ne s'en est-il pas débarrassé, ou pourquoi n'est-il pas parti, le laissant là? »

« Vous devriez commencer à comprendre, Frodon, après tout ce que vous avez entendu » répondit Gandalf. « Il le détestait et il l'aimait, comme il détestait et aimait sa propre personne. Il ne pouvait s'en débarrasser. Il n'avait plus aucune volonté en la matière. »' – J. R. R. Tolkien, Le Seigneur des Anneaux.


Chapitre 16 Conséquences

Je ne vais pas prendre la peine de lutter plus encore.

Mes poignets sont douloureux, brulés et blessés par la corde qui m'emprisonne au pied du fauteuil.

C'est le fauteuil dans lequel Mr Weasley avait l'habitude de s'asseoir les soirs d'été en écoutant la radio sorcière.

Un fauteuil est beaucoup trop lourd à porter, et je n'ai donc pas d'autre choix que de rester assise sur le sol, attendant avec tous les autres Mangemorts, l'arrivée de Harry.

Je pense qu'il n'est pas encore prêt d'arriver. Vu leur façon d'être, ils ne semblent pas encore se préparer à sa venue. L'ambiance est presque détendue. Ils sont debout, à se parler tranquillement, certains rient même parfois.

Ils rient.

Je ne supporte pas de les voir ici. Au Terrier. Cette maison si plaisante et si pleine du rire des Weasley, est maintenant remplie de Mangemorts, attendant tous Harry dans le simple et unique but de gagner la guerre.

Je ne pense pas que les Weasley soient là. Je ne les ai pas vu. Je pense qu'ils ont seulement abandonné leur maison pour la nuit, peu désireux de rester ici pour voir ce qu'il va se passer. Si on m'avait donné le choix, je n'aurais pas voulu voir ce qui risquait de se passer.

Je suis presque contente qu'aucun des Weasley ne soient ici. Je ne sais pas si j'aurais supporté de les voir. Ca m'aurait rappelé trop de choses que j'ai perdu.

Il fait nuit et la seule lumière de la pièce provient des baguettes illuminées des Mangemorts. Peut être que c'est seulement l'obscurité qui rend la pièce si misérable, si différente de ce à quoi elle ressemblait la dernière fois que je l'ai vue.

Je regarde la pièce, la salle à manger de la maison dans laquelle j'ai passé tant d'étés, mais je n'ai pas le temps de me remémorer ces moments maintenant.

Je regarde Lucius qui semble en pleine conversation avec des Mangemorts que je ne reconnais pas. Aucun d'entre eux n'a encore mis son masque, mais je ne reconnais aucun d'eux de toute façon.

A part Lucius et Bellatrix, qui semblent s'ignorer l'un l'autre.

Et Drago est là aussi bien sur. Il me lance un sourire en coin. Je vois bien qu'il a une envie folle de venir me narguer, mais il s'est retenu jusque là.

Je m'en fous, de toute façon. Il peut faire ce qu'il veut. Après tout ce qu'il m'est arrivé, je n'en ai rien à faire de Drago Malefoy.

Mes yeux sont collés sur Lucius. Je regarde son petit sourire de salopard. Je le regarde tranquillement rire à quelque chose que les autres Mangemorts ont dit. Je le regarde alors qu'il tourne ses yeux vers moi.

Comment peut-il poursuivre sa vie comme si rien ne s'était passé ? Comment peut-il rester là à rire après ce qu'il a fait ?

Je ne pourrais plus jamais rire.

Comment la vie peut-elle continuer ? Comment peut-on rire, ou sourire, ou juste… faire comme si rien n'avait changé ? Mes parents sont partis, ils ne reviendront jamais. Comment tout le monde peut se comporter comme d'habitude ?

Je suis irrationnelle, je le sais. Je sais que la douleur disparaitra avec le temps. C'est ce que tout le monde dit dès que quelqu'un perd un être cher – 'Ca s'apaisera avec le temps'.

J'ai vraiment du mal à y croire cependant. J'ai l'impression que je vais mourir de douleur, face à cette souffrance que je ressens au plus profond de moi.

C'est comme un cri plaintif qui hurle continuellement dans ma tête. Et ça fait mal, mal…

Mal.

Et il se trouve juste là. Il est assis et parle avec son ami, sans se soucier de ce qu'il a fait.

Il a tout pris.

Je le hais.

Je pense à ma mère et à mon père. Je continue à laisser courir mon esprit.

Savaient-ils que je les aimais ? Leur ais-je dit la dernière fois que je les ai vus ?

« Tu as enfin appris où est ta place, Granger ? Par Merlin, tu en as mis du temps. »

Drago a finalement cédé à la tentation.

Je n'avais même pas remarqué qu'il s'était approché.

Je lève les yeux. Il se tient devant moi, un petit sourire de pure malice sur le visage, car il sait qu'il a enfin gagné. Toutes ces années où je l'ai battu en classe n'ont plus vraiment d'importance maintenant, si ? Plus maintenant.

Il s'accroupit à côté de moi, gardant la voix basse.

« Mon père m'a dit que tu avais gardé ton insupportable arrogance pendant ta captivité. »

Je jette un regard vers son père, qui nous regarde avec un froncement de sourcils minuscule sur le visage, avant de se retourner vers la personne qui était en train de lui parler.

Je le tuerai. Un jour, je le tuerai.

Je repose mon regard sur Drago. Son visage pale est déformé par une joie malveillante.

Je ne veux pas entendre, je ne veux pas savoir, je ne veux pas rentrer dans son petit monologue.

« Va-t-en Drago » je murmure en regardant loin derrière lui. « Je ne veux pas te parler. »

Je sens le bois lisse et froid de sa baguette sous mon menton, et je glisse mes yeux jusqu'à son visage. Il ne doit pas être comme son père, mais il a quand même une baguette, chose que je n'ai malheureusement pas en ma possession.

« Et bien, moi je veux te parler, Granger » il siffle. « Et tu vas faire ce que je dis maintenant. Tout ce que je dis » il répète en savourant ses mots.

Je ne prends pas la peine de répondre. Je n'ai pas peur de lui, pas vraiment. Il a beau avoir une baguette magique, mais ses menaces semblent dénuées de sens après tout ce que j'ai vu, après tout ce que son père m'a fait subir.

« Je voulais venir te rendre une petite visite depuis… longtemps » dit-il d'une voix trainante en laissant reposer sa baguette sur mon menton. « J'ai même demandé au Seigneur des Ténèbres si tu pouvais être sous ma responsabilité, si je pouvais m'occuper de ta captivité. Ca aurait été amusant, n'est-ce pas, Sang-de-Bourbe ? Juste toi, moi, et une baguette. »

Mon esprit commence à bouillonner un instant, essayant d'imaginer ce que ça aurait donné si j'avais été confiée au fils plutôt qu'au père. Peut être que les choses auraient été plus faciles. Je ne pense pas que les compétences de Drago en matière de magie, de manipulation et de cruauté, soient aussi avancées que celles de son père.

« J'aurais enfin pu t'apprendre ta place » continue Drago. « J'aurais pu revenir sur toutes ces années où tu pensais être meilleure que moi à l'école. »

Je sors un grognement. Je sens ma dernière barrière mentale se briser d'exaspération, car il pense vraiment que je me soucie de comment on était à l'école après tout ce qui m'est arrivé ?

« Et je parie que tu es resté éveillé des nuits entières à fantasmer sur ce petit scénario, n'est-ce pas ? » je murmure violemment. « Et bien, laisse-moi te dire que ce n'est pas ce genre de fantasme qu'a entretenu ton père durant tout ce temps. » Je sens la colère bouillir à l'intérieur de moi, la volonté de faire mal. « Sais-tu ce que ton père m'a fait, Drago ? »

Il déglutit fortement, mais il garde son sourire narquois en place, bien que légèrement tremblant. C'est comme s'il avait peur de ce que je pourrais lui dire. Trop jeune, trop naïf pour savoir ce que son père fait vraiment pendant son temps libre.

« Quoi qu'il ait fait de toi, je suis sur que tu le méritais » il murmure.

« Que je le méritais ? » je demande incrédule, et mes yeux se dirigent vers Lucius qui nous regarde, semblant ignorer totalement la personne qui est censée lui parler. Drago suit mon regard. « Il m'a lancé un Imperium pour m'obliger à me couper la jambe avec un couteau, » je murmure. « Il m'a lancé des Doloris jusqu'à ce que j'en vomisse d'agonie. Il a brisé mes doigts sous ses bottes lorsque je ne faisais pas ce qu'il me demandait. Oh, je pourrais te dire bien des choses sur ton précieux père- »

« Ca suffit ! »

Il me tire les cheveux en arrière et enfonce en tremblant sa baguette dans mon cou.

« Drago. » La voix de Lucius filtre de l'autre côté de la salle, froide et sans émotion. Je déplace mes yeux pour le voir nous regarder avec un froncement de sourcils, sa baguette serrée dans sa main. « Rappelle-toi ce que je t'ai dis. »

« Oui père » dit Drago d'une voix maussade, avant de retirer sa baguette de ma gorge et de la glisser dans sa poche.

Lucius verrouille son regard sur moi durant quelques secondes avant qu'il ne retourne à la conversation de son collègue.

« Il a tué mes parents, Drago » je dis calmement, ne fixant plus Lucius. « Ton père a tué le mien, ainsi que ma mère. Souhaiterais-tu toujours que je sois sous ta responsabilité ? Cette tâche serait tombée sur toi si ça avait été le cas. Fantasmerais-tu toujours d'avoir été celui qui a ruiné ma vie, en m'enlevant les deux personnes que j'aimais le plus au monde ? »

Je me retourne vers Drago. Son visage est très blanc mais il réussit toujours à garder ce sourire narquois.

« En quoi ça devrait me toucher ? » Sa voix tremble un peu lorsqu'il parle. « Ils n'étaient que de simples Moldus. »

Je m'étouffe dans ma propre rage. Je commence à bégayer de haine pure. Je savais qu'il était arrogant, un petit salopard d'égoïste, mais je ne savais pas qu'il était si cruel, comme son… comme son…

« Tu- »

J'essaie de l'atteindre de mes bras mais les cordes sont bien trop serrées. Je ne peux pas bouger sous le poids du fauteuil.

Drago se met à rire alors qu'il se redresse. Il commence à ricaner d'un ricanement si semblable à celui de son père… et pourtant si différent du sien.

« Quand vas-tu apprendre ta place, espèce de grosse vache ? » il demande. « Tu ne peux pas lutter contre moi, tu ne l'as jamais pu ! Les stupides Gryffondors pensent pouvoir se battre aussi longtemps que durent leur courage, mais à quoi sert ton courage maintenant, Granger ? A quoi te sert ton courage sans aucune baguette ? »

C'est marrant de voir comme on peut grandir avec quelqu'un et ne pas remarquer comme il a changé. Je regarde Drago et j'ai l'impression de le voir pour la première fois depuis six ans. Il n'est pas encore tout à fait adulte, mais il n'en est pas loin. Je peux à la fois voir le petit tyran dédaigneux qu'il était, mais également ce qu'il va devenir – son père. Je peux voir son père dans son ricanement, sa froideur, ses yeux pleins de cruauté.

« Il est presque minuit. » La voix de Lucius se fait entendre de l'autre côté de la pièce, interrompant les bavardages des autres Mangemorts. Je le regarde traverser la pièce et se diriger vers moi et Drago. « Il sera bientôt là. Mettez-vous en position. »

Ils font tous ce qu'il dit, se disposant en cercle dans la pièce. Lucius s'approche de moi et de Drago. Il donne un petit coup de baguette vers les cordes qui me retiennent attachée, et elles disparaissent soudainement dans les airs. J'ai à peine l'occasion de me masser les poignets qu'il me saisit le bras, m'obligeant à me lever.

« Ne devrions-nous pas la garder attachée ? » demande Drago en me regardant presque avec appréhension. « Elle pourrait essayer de s'enfuir- »

« Oh, je ne pense pas que Miss Granger se permette cela » dit Lucius d'une voix horriblement trainante. « Je pense qu'elle sait quelles conséquences cela causerait si elle se permet une telle tentative. Je lui ai appris tout ce qu'elle doit savoir sur l'obéissance durant notre temps ensemble. »

Salaud, salaud, je vous hais, espèce de SALAUD !

Drago nous fixe tour à tour, son regard vacillant entre moi et son père et un léger froncement de sourcils apparaît une courte seconde sur son front.

Il me regarde d'un air interrogateur.

Je ne suis pas une menteuse, Drago. Pense à ce que j'ai dit.

J'ignore s'il peut utiliser la Legilimencie aussi bien que son père. Je suppose que non, car son froncement de sourcils disparaît presque instantanément pour être remplacé par un petit sourire malicieux.

« Profite du spectacle, Granger » il marmonne. « J'ai vraiment hâte de voir l'expression de Potter quand il va te voir- »

« Rappelle-toi ce que je t'ai dit, Drago » dit tranquillement Lucius. « Tu ne dois pas être influencé simplement parce qu'il s'agit de Potter. Nous avons un travail à faire. »

« Je comprends » dit Drago en me souriant horriblement. « Mais je veux en tirer une certaine… compensation quand tout sera fini, père. Si je n'ai pas l'occasion d'en profiter avec Potter, alors je veux au moins compenser avec la Sang-de-Bourbe. Tu aurais dû entendre les choses qu'elle m'a dit- »

« Je n'ai pas besoin d'entendre ça, Drago » dit hargneusement Lucius avant de se ressaisir et de nous sourire à tous les deux. « Mais bon, je suppose qu'il n'y a aucun mal là dedans. » Il semble hésiter un moment, avant qu'il ne tranche. « Oui, lorsque cette mission de ce soir sera finie, tu pourras approfondir ta conversation avec Miss Granger. J'ose supposer que vous vous êtes manqués ces derniers mois. »

Drago me sourit tandis que son père fait de même. Le sourire des Malefoy, des serpents envoutants mais d'une dangerosité extrême.

Il me faut toute la volonté du monde pour m'empêcher de trembler de rage.

« Mes parents ne sont plus que des cadavres » je dis calmement, sans vraiment savoir à quel Malefoy je m'adresse. « Ce n'est pas assez pour vous ? »

« Taisez-vous ! » Lucius serre sa main sur mon bras, me tirant un soupir de ma bouche, avant de tourner le dos à son fils. « Mettez-vous en place. »

Il me pousse vers la porte qui mène au jardin du Terrier. Je sens sa baguette contre mon dos, appuyant fortement mes cotes.

« Je ne pense pas avoir besoin de vous rappeler quelles seraient les conséquences si vous essayez de vous enfuir » il murmure à mon oreille. « Ne m'obligez pas à vous blesser plus encore que je ne l'ai déjà fait. »

Pour l'amour de Dieu. Pense-t-il vraiment me faire croire qu'il ne ressent aucun plaisir à me blesser, pas même un petit peu ?

Nous sommes tous en position, comme une horrible pièce de théâtre. Moi et Lucius à l'avant, les autres Mangemorts à l'arrière dans une foule masquée.

Et nous attendons. Nous attendons tous, parfaitement immobiles dans l'obscurité, avec seulement la lumière de quelques baguettes illuminées.

Merlin seul sait combien de temps nous attendons, dans cette horrible obscurité silencieuse. Les doigts de Lucius me serrent le bras, et je sens sa respiration sur le dos de mon cou. Beaucoup trop près. Comme toujours.

Mon cœur bat si fort dans ma poitrine que j'ai l'impression qu'il va éclater à tout instant.

Peut être que Harry ne va pas venir…

Mais bien sur qu'il va venir. Je suis stupide d'espérer l'inverse, n'est-ce pas ?

La porte s'ouvre dans un grincement et une figure familière apparait dans l'embrasure, sa baguette allumée par un Lumos.

Et pour la première fois depuis ma capture, je vois le visage de Harry. Les cheveux en bataille, les lunettes, les yeux verts, la cicatrice. Son visage est déterminé lorsqu'il entre dans la maison et les Mangemorts lèvent automatiquement leurs baguettes vers lui.

« Baissez vos baguettes et je coopérerais avec vous » dit-il d'une voix presque calme, et pourtant… elle ne l'est pas. Si je ne le connaissais pas aussi bien, je penserais qu'il est très calme.

C'est si bon d'entendre à nouveau sa voix !

Les Mangemorts attendent les ordres de Lucius. Je lève la tête pour observer sa réaction. Il surveille Harry d'un regard hautain avant de faire un geste de sa main.

« Ca ne sera pas nécessaire » dit-il tranquillement. « Je pense que Potter sait pertinemment qu'il n'a pas d'autre choix que d'obtempérer. » Il pose ses mains sur mes épaules, dans un geste délibéré de possession. « Il sait ce qu'il arrivera s'il n'obtempère pas. »

Les yeux de Harry se posent sur les miens, et c'est alors qu'il commence à perdre son calme. Son visage pâlit fortement sous la lueur de sa baguette.

Il tente un léger sourire de réconfort, mais aucun bonheur ne transparait sur son visage. Ce n'est pas étonnant bien sur. Il a un pied dans la tombe, comment pourrait-il être heureux…

Je ne vais pas le laisser faire ça. Je ne vais pas laisser ces salauds gagner !

« Pars, Harry ! » je crie, luttant contre Lucius. Ce dernier, rapide comme l'éclair, m'enroule son bras autour de la taille, me tenant fermement en place. « Cours ! Ne te livre pas à eux ! Ce n'est pas grave, ils vont me tuer de toute façon- »

La baguette de Lucius s'enfonce dans mon cou, me faisant taire sous la peur.

« Restez tranquille. » Son souffle est chaud contre ma joue. « Ne rendez pas les choses plus difficiles qu'elles ne le sont déjà. Si vous voulez voir à quel point je peux facilement vous tuer, alors vous n'avez plus qu'à continuer- »

« Laissez-la, Malefoy ! » hurle Harry en pointant sa baguette sur Lucius, le visage furieux.

La tête de Lucius pivote pour faire face à Harry et il enlève lentement sa baguette de ma gorge. Il déplace son bras de ma taille pour venir saisir mon poignet à la place.

Je peux de nouveau respirer.

« Ne nous abaissons pas à de stupides chamailleries infantiles » dit Lucius d'une voix trainante. « Nous sommes tous des adultes maintenant, Potter, et je vais donc être très clair avec vous. »

Il fait une pause pour appuyer sa phrase en suspens, et cela marche bien sur à merveille. Les jointures des doigts de Harry blanchissent alors qu'il serre sa baguette.

« Le Seigneur des Ténèbres vous a montré ce qu'elle endure à cause de vous » dit Lucius impitoyable. « Vous avez vu sa souffrance à cause de votre amitié. On vous a donné l'occasion de venir la sauver, d'arrêter sa souffrance, mais vous l'avez refusé. »

« Non » dit Harry, le désespoir perçant dans sa voix alors qu'il me regarde, sa baguette tremblant dans son poing. « Hermione, tu ne comprends pas, je ne pouvais pas. L'Ordre- »

« Et qu'est-ce que ce petit acte de défiance a engendré, c'est ce que vous devez vous poser, Potter. » Lucius ignore totalement la tentative désespérée de Harry pour s'expliquer. « Savez-vous exactement ce que votre hésitation a couté à votre amie Sang-de-Bourbe ? »

Non. Ne parlez pas de ça. La douleur me poignarde à nouveau tout le corps.

Même dans la pénombre, je peux voir les dernières couleurs quitter le visage de Harry.

« Hermione. » Il postillonne et essaye désespérément de trouver ses mots. « Je ne pouvais pas… Je ne savais pas qu'ils allaient… »

« Je sais. » Je ne sais pas quoi dire d'autre.

« Mais je dois vous dire merci, Potter. » Lucius fait comme si aucun de nous n'avait parlé. « Merci de vous être finalement fait une raison. Vous rendez la tâche plus facile pour tout le monde. Maintenant, si vous voulez bien donner votre main à Bellatrix, nous pourrons faire disparaître les sorts anti transplanage pour qu'elle puisse vous conduire au Seigneur des Ténèbres. Nous allons mettre fin à tout ça, une bonne fois pour toute. »

Harry acquiesce, le visage tendu d'une détermination sinistre.

« Si vous voulez que je vous accompagne, alors vous allez devoir me donner quelque chose en retour » dit-il d'une voix ferme.

« Expelliar- »

« Protego ! »

Harry garde son emprise sur sa baguette, déviant le sort de Bellatrix. Elle vient se placer près de Lucius, tremblante de fureur.

« Ne joue pas à ça avec nous, espèce de- »

« Calme-toi, Bella » grommelle Lucius. Elle se retourne vers lui, la bouche ouverte comme si elle s'apprêtait à lui crier dessus, mais il l'en empêche d'un geste impérieux de la main.

Le regard de Harry scintille alors qu'il nous regarde, moi et Lucius.

« Vous voulez que je transplane avec vous » dit Harry doucement mais résolument. « Je sais que vous avez besoin de ma permission pour le faire. Je vais donc conclure un accord avec vous. Je vous laisse m'emmener, » - il s'arrête un instant, me regardant - « mais en retour, je veux que vous libériez Hermione. »

Les doigts de Lucius s'enfoncent dans mon bras et tous les Mangemorts commencent à rire.

« Tu n'es pas en mesure de négocier, Potter ! » rit Drago en s'avançant hors de l'ombre. « Tu es quinze contre un. Ou bien es-tu un sorcier si puissant que tu penses pouvoir nous battre tout seul ? »

J'entends le souffle irrité de Lucius contre mon oreille alors que le visage de Harry est rempli d'une haine pure tandis qu'il fait fasse à son plus vieux rival.

« Alors comme ça, ils ont fini par t'enrôler ? » dit-il d'une voix moqueuse et furieuse. « Ils doivent vraiment être désespérés. Savent-ils de quelle façon tu as lamentablement échoué dans tes devoirs de Mangemort l'année dernière ? Ont-ils un si fort désir de mourir, en laissant quelqu'un de si inutile que toi se battre à leur côté ? »

Drago brandit furieusement sa baguette, mais Lucius tend la main et le saisit par le poignet.

« Pas maintenant. »

« Mais père, n'avez-vous pas entendu ce qu'il- »

« Bien sur que si ! » dit furieusement Lucius. « Mais nous avons en ce moment un devoir à accomplir. Nous ne sommes pas dans la cour de récré de Poudlard, rappelle-toi bien cela. »

Drago hésite une seconde comme s'il allait répondre, mais Bellatrix place une main sur son autre bras et l'attire à nouveau dans l'ombre, jetant un regard plein de ressentiment à Lucius, comme elle sait si bien le faire. Drago se console en jetant à Harry un regard de pur dégout alors qu'il suit sa tante.

« Je sais que je n'ai aucune chance de gagner face à un combat contre vous tous » dit tranquillement Harry, et je sais à quel point ça doit être dur pour lui d'admettre à ses ennemis qu'il ne peut pas gagner contre eux. « Vous m'amènerez à Voldemort d'une manière ou d'une autre. Je veux seulement vous donner l'occasion d'utiliser un chemin facile. Laissez Hermione partir et je vous laisserais Transplaner avec moi. »

Un long silence tendu s'installe alors qu'ils examinent sa proposition.

J'ose à peine respirer. S'ils me laissent partir, alors je serais libre.

Libre.

Mais s'ils me laissent partir, Ron sera toujours entre leurs mains, Harry mourra, je n'aurais nulle part où aller et… et…

« Oh, laissez-la partir. » Une voix profonde que je ne reconnais pas, se fait entendre à ma gauche. « Ca rendra les choses beaucoup plus simples et rapides, non ? »

L'emprise de Lucius se resserre sur mon bras, ses ongles transperçant presque ma robe en s'enfonçant dans ma peau.

« Impossible » dit-il froidement. « C'est une prisonnière bien trop importante pour être relâchée. »

« Mais père » intervient Drago derrière nous. « Je pensais qu'on avait l'intention de nous débarrasser d'elle dès qu'on aurait mis la main sur Potter. Pourquoi avoir besoin de la garder si vous comptez de toute façon vous débarrasser d'elle ? »

« En effet, Drago » dit Bellatrix alors qu'elle vient de nouveau se placer près de nous, les yeux brillant de triomphe. « Telle est la question, n'est-ce pas ? »

« Vous rendez-vous compte, Potter, » Lucius siffle d'un air menaçant à Harry, ignorant Bellatrix et Drago, « que nous pourrions aisément vous étourdir et vous amener à notre Quartier Général sans votre consentement ? »

« Et trainer un corps stupéfixé à travers tout le pays ? » Harry riposte triomphalement. « Vous avez alors toutes les chances de vous faire attraper par les Aurors. »

Je reste immobile, sentant les doigts de Lucius s'enfoncer plus profondément dans mon bras.

Je suis si proche de la liberté, liberté que je ne suis même plus sure de vouloir. Je n'ai plus de parents, Harry va mourir, la guerre sera perdue, et Ron… je ne peux pas laisser Ron là-bas tout seul.

Harry arrive près de moi, saisissant ma main et l'agrippant de ses doigts, regardant fixement Lucius sans aucune appréhension. Parce qu'il ne peut pas comprendre. Personne ne peut nous comprendre tous les deux. Pas même Lucius et moi…

« Il suffit de la lâcher » dit lentement Harry. « Relâchez-la et je vous laisserais Transplaner avec moi. »

Ses doigts se referment fermement autour de mon poignet alors que Lucius me tiens l'autre bras.

Je lève les yeux vers Lucius, vers son visage pâle et pointu, et je ressens un petit coup à l'estomac alors que je regarde dans ses yeux. Il y a quelque chose dans ses yeux gris et froids, quelque chose de difficile à cerner.

Ca y est. Ca sera certainement la dernière fois que je le verrais.

Et qu'est-ce que tu en as à faire ? Pars ! Plus tôt tu t'éloigneras de lui, meilleur ça sera.

Mais… je ne peux pas.

Pars pars pars.

Je ne peux pas partir. Je ne peux pas éloigner mon regard du sien. Je suis comme clouée sur place. Lucius Malefoy. Froid, insensible, imperturbable, impitoyable. Lucius Malefoy. Le meurtrier de mes parents. La seule personne que je déteste plus que tout au monde. Lucius Malefoy. Mon compagnon constant. Lucius Malefoy. Le centre de mon univers.

VA-T'EN !

« Père, que faites-vous ? » Mon regard s'accroche à Drago qui s'est approché de nous, nous regardant.

La salle entière nous regarde.

S'en est assez. Lucius lâche mon bras comme s'il l'avait brulé.

« Ha ! » Bellatrix laisse échapper un petit rire triomphant alors que Lucius tourne son visage vers moi.

Je suis libre. Encore une fois, je suis libre. Je n'aurai jamais, jamais plus à faire face à ce salaud sans cœur…

Alors pourquoi la liberté fait si mal ?

Un long silence tendu s'installe tandis que Lucius nous regarde à nouveau, le regard vide, dépourvu d'émotion, ses yeux refusant de rencontrer les miens.

« Potter- »

« MAINTENANT ! »

Il me faut une grosse seconde pour réaliser que ce cri venait de Harry mais je n'ai pas le temps de me questionner car la seconde suivante, une énorme explosion se fait entendre vers la porte. Je me sens soufflée par la force de celle-ci. Tout dans la pièce se retrouve projeté par cette force.

Je vole à terre et m'étale au sol, ma tête me martelant les oreilles face au bruit assourdissant de l'explosion.

Je remue au sol. Je… je ne pense pas être blessée. Contusionnée peut être, mais rien d'autre.

Qu'est-ce que c'était que ça, bon sang ?

J'ose un regard circulaire autour de moi. Je ne peux pas voir grand chose avec la fumée, mais il n'y a pas de gravât, seulement des Mangemorts couchés sur le sol, totalement hébétés. Je pense que c'est seulement la porte qui a sauté, mais je n'arrive pas à voir…

Je sens un long et fin objet froid pressé contre mes doigts.

« Voilà une baguette, Hermione » chuchote Harry à mon oreille. « Ce n'est pas celle à laquelle tu étais habituée, mais il va falloir faire avec pour l'instant. Sors-toi de là. »

Une baguette. Une baguette ?

« Qu'est-ce qui se passe ? » je demande, hébétée.

« L'Ordre » il me dit rapidement avant de m'aider à me remettre sur pieds. « Je les ai amené avec moi sous des capes d'invisibilité. Ils attendaient à l'extérieur jusqu'à ce que je t'éloigne un peu des Mangemorts. Mais je t'expliquerai tout en détail plus tard. Pour le moment, tu dois partir. » Il me donne une accolade féroce avant de me lâcher. « Pars vite d'ici et transplane à Pré-au-Lard. McGonagall t'attends aux Trois Balais. Elle t'emmènera dans un endroit sur. »

« Et concernant Ron ? » je souffle, entendant les gens gémir et commencer à bouger autour de moi.

« Nous le sauverons » dit-il avec une certitude absolue. « Nous allons gagner cette bataille et nous allons le retrouver, je le promet, mais en attendant tu dois sortir de là maintenant ! »

Un sort de Stupefix me passe juste au dessus de la tête, frôlant mes cheveux, et Harry me saisit par l'épaule, m'obligeant à m'accroupir avec lui.

« Hermione » dit-il tremblant. « A propos de tes parents… je suis tellement désolé- »

« Ne le sois pas » je réponds rapidement. « Ce n'est pas toi qui les a tué. »

Le sol se met à trembler sous les pas frénétiques, et les sorts commencent à voler autour de la pièce, l'air se remplissant des cris des Aurors et des Mangemorts.

Harry me remet sur pieds encore une fois et me pousse violemment.

« Pars ! »

Ca y est.

Je me retourne et je cours aussi vite que possible tandis que Harry s'engage dans un duel contre un Mangemort. Je trébuche à travers les corps en mouvement et les sorts et sortilèges, les évitant miraculeusement par quelques plongeons bien cadrés. Mes poumons se remplissent de fumée et je tousse si fort que mes yeux se remplissent de larmes, mais je ne m'arrête pas de courir…

Quelque chose me saisit à la cheville et je tombe, mes genoux frappant douloureusement le sol. Sans même regarder derrière moi, j'envoie un sort à celui qui me tient. La poigne se relâche et je rampe sur le sol. Un pied m'écrase les doigts quelques secondes, alors qu'un autre m'assène un coup sans aucune pitié, mais je ne m'arrête pas. Je m'accroche à ma nouvelle baguette aussi fort que je le peux. Je dois sortir d'ici, je dois…

J'atteins la porte ouverte et m'engouffre au dehors. Je ne peux pas voir grand chose dans l'obscurité de la nuit, mais ce n'est pas grave. Je me remets sur pieds, respirant l'air du dehors, entendant les bruits de la bataille qui fait rage derrière moi. Si j'arrive à m'éloigner juste un peu, juste assez pour dépasser les sorts d'anti Transplanage, alors je pourrais…

« Impedimenta ! »

Je suis projetée vers l'avant, et je m'affale sur le sol, de petites étoiles dansant devant mes yeux et mes dents s'entrechoquant au moment où ma tête heurte le sol dur.

Je gémis, serrant mes doigts autour de ma baguette alors que j'essaye de redresser mon corps brisé du sol.

Un pied se pose sur mon dos, m'écrasant contre la poussière, et une main me saisit les cheveux, brulant horriblement mon cuir chevelu alors qu'il se penche vers mon oreille pour que je l'entende.

« N'y pensez même pas, Sang-de-Bourbe. »

Cette voix…

C'est lui.

Bien sur que c'est lui !

Il s'accroupit sur moi, son chuchotement est dur contre mon oreille.

« Vous ne vous éloignerez pas de moi » il siffle. « Je suis damné si je vous laisse vous échapper. Je ne vous laisserais jamais partir, vous m'avez compris ? »

Il est devenu fou.

Ou peut-être pas –

Je tourne brusquement ma main vers l'arrière, ma main tenant ma baguette.

« Impedimenta ! »

Son poids disparaît sur moi, et je me retourne sur le dos pour le voir voler dans les airs, loin de moi, loin, loin, avant qu'il ne s'écrase sur le sol à quelques mètres de moi.

Nous nous redressons tous les deux sur nos pieds, brandissant nos baguettes comme des armes, nous tournant autour. Ses yeux scintillent et son visage se lève avec compréhension.

« Donc » dit-il finalement, « Vous avez aussi une baguette. Mais vous oubliez que les Moldus n'ont pas le droit d'utiliser de baguette. » Il sort un rire et tend sa main vers moi. « Donnez-la moi. Donnez-la moi et je vous ramène à la maison. »

A la maison ? Espèce de salopard arrogant !

« Ma maison était celle où mes parents vivaient, Lucius ! » Je serre fermement ma baguette dans mon poing, secouée par la fureur. « Ma maison ne sera jamais, jamais cet endroit où vous me gardez prisonnière. Jamais. Je n'ai pas de maison, et vous le savez, n'est-ce pas ? Stupe- »

« Protego ! »

Mon sort rebondit loin de lui, disparaissant dans la nuit.

Il se moque de moi.

« Allez, allez, Hermione, une sorcière de votre calibre devrait certainement être capable de faire mieux que ça, non ? »

Hermione ?

Le mot me frappe comme un coup de fouet.

Il réalise ce qu'il a fait, à la seconde où il l'a dit. Son visage se contorsionne et devient blanc de rage.

Mais il n'y a rien qu'il puisse faire pour le changer maintenant. Plus de Sang-de-Bourbe, plus de Moldue, pas même Miss Granger, mais Hermione.

Ha !

Il lève sa baguette en voyant mon expression.

« Stupefix ! »

Mais je saute sur le côté et roule sur le sol, avant de commencer à courir. Je sens alors un crochet invisible me tirer vers l'arrière, me ramener vers lui…

J'atterris sur mes pieds, heureusement. Il m'agrippe le cou mais je me débats pour lui faire face. Il ne gagnera pas à nouveau, il ne me fera plus jamais souffrir, jamais, jamais jamais !

« Endoloris ! »

Il s'éloigne brusquement de moi, hurlant de douleur alors qu'il tombe à genoux…

Mais il ne continue pas de crier. Il se contente de se tenir devant moi, en prenant de profondes respirations.

Je ne peux pas l'avoir fait correctement. J'ai dû me tromper légèrement dans le mouvement du poignet, ou quelque chose d'autre.

Tu devrais être heureuse que ça n'ai pas marché. C'est un Impardonnable, tu te souviens ?

Et alors ? N'a-t-il pas mérité de souffrir comme moi j'ai souffert ?

Sa baguette. Elle est tombée de sa main. Elle est là, sur l'herbe…

Il se redresse, la respiration dure, et il la voit, exactement au même moment que moi.

Je n'ai pas le temps d'y penser. Je me jette sur la baguette et il fait exactement la même chose. Il parvient à s'emparer d'elle et je ne pense même pas à ce que je dois faire… Je veux cette baguette et je suis maudite si je ne l'obtiens pas.

Je lui saisis le poignet et lui lance un sort de brulure sur sa main. Il retient son souffle et je le fais encore et encore, laissant des traces rouges écarlates sur sa peau, jusqu'à ce que ses doigts se desserrent et que je lui arrache la baguette de son emprise, me tenant debout et le regardant à mes pieds.

A mes pieds.

Oh, et il y a de la peur dans ses yeux, n'est-ce pas ?

« Un sort de brûlure, Sang-de-Bourbe ? »

Je lui lance un regard furieux. C'est donc Sang-de-Bourbe, maintenant ?

« C'est de la magie noire, n'est-ce pas ? » poursuit-il. « Je pensais que c'était une branche de la magie trop faible pour vous- »

Je grogne et lui lance un nouveau maléfice. Je ne sais pas où ça le frappe mais il siffle de douleur.

« Vous m'avez appris cette faiblesse, et vous allez en subir les conséquences ! » je lui crie.

Il se redresse sur ses genoux, se moquant de moi.

« Vous êtes si désireuse de justifier vos actions » dit-il d'une voix trainante. « Vous êtes capable de beaucoup de choses pour toucher à votre but, n'est-ce pas ? Quel beau Mangemort vous auriez fait, si seulement votre sang avait été pur… »

« Mais il ne l'est pas, n'est-ce pas ? » je crie alors que je m'approche de lui, les deux baguettes visant son visage. « Vous devriez le savoir, espèce de salaud, vous avez tué mes parents Moldus ! »

« Non ma chère Sang-de-Bourbe, vous avez tort – vous les avez tués ! » Il rit de pure malice. « Vous les avez tués en vous faisant passer pour une sorcière. Ils seraient encore en vie aujourd'hui si vous n'aviez pas eu l'audace d'entrer dans notre monde, en abandonnant le votre ! »

Je ressens une rage et une colère que je n'ai jamais connu, pulsant dans mes veines comme de l'électricité. Sans réellement penser à ce que je fais, je lève ma baguette…

« Endoloris ! »

C'est alors qu'il se met à hurler. Il se tord sur le sol, hurlant de douleur, et je lève presque aussitôt mon sortilège, horrifiée par ce que j'ai fait.

Oh mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu, comment ais-je pu faire ça ? C'est mal, c'est brutal, c'est…

C'est exactement comme lui.

Il reste un moment allongé sur le sol, la respiration difficile comme s'il avait couru, avant qu'il ne se redresse sur ses genoux à nouveau, chancelant, me regardant avec le plus profond des dégouts, mais je n'ai pas peur de lui. J'ai le pouvoir maintenant, moi !

« Qu'est-ce que ça fait ? » je demande, secouée de haine. « Qu'est-ce que ça fait d'être traité comme de la merde simplement pour ce que vous êtes ? »

Au début il ne réagit pas, puis pendant une fraction de seconde sa main se dirige vers sa botte, et je ne suis pas sure mais je pourrais jurer que j'ai vu… quelque chose.

Son visage se détend dans un sourire alors qu'il se relève, me troublant tandis qu'il me regarde avec défi, la peur ayant presque disparue de ses yeux.

« Allez, tuez-moi » il marmonne. « Tuez-moi, ma petite Sang-de-Bourbe. Vous avez dit une fois que votre consolation était la pensée de ma mort. Pourquoi ne pas me tuer maintenant, et mettre fin à tout ça ce soir ? »

Je me gèle sur place.

Ca y est. C'est le moment que j'ai toujours rêvé depuis qu'il m'a brisé les doigts sous sa chaussure.

Il me sourit, sourit à la mort et je pointe ma baguette sur son visage.

Peut être qu'il n'est pas un lâche après tout.

Je peux le faire. Je connais l'incantation, le mouvement du poignet, et Merlin sait que je souhaite suffisamment cela pour qu'il y ait assez de puissance derrière ce sort.

Il a tué mes parents, et maintenant je vais les venger. Le monde sera meilleur une fois qu'il sera parti.

Ce n'est pas un meurtre. C'est la justice.

Mais alors, qu'est-ce que j'attends ?

Il me sourit, et il se déplace d'un coup très soudainement. Je vois une lueur argentée m'approcher mais je n'ai pas le temps de bouger avant –

La douleur dans mon épaule me transperce les entrailles. Je regarde la source de cette agonie pour apercevoir un couteau planté dans mon épaule. Sa main est serrée autour de la poignée, ses doigts baignés de mon sang alors que ce dernier coule à flots par la plaie causée par la lame. Mon sang, mon sang impur, coule sur sa main.

Je crie d'une pure agonie, sous le choc, parce que ça fait mal, ça fait tellement mal et je peux sentir cette douleur en moi, oh mon Dieu, comment est-ce arrivé ? Quand est-ce arrivé ?

Sa botte. Ce que j'ai vu près de sa botte…

Stupide, stupide, stupide, Hermione !

Je lève désespérément les yeux vers lui, congelée par l'agonie. Il me regarde avec un parfait contrôle, ses lèvres étirées dans un sourire.

« Œil pour œil » il murmure. « N'est-ce pas comme cela que l'on dit chez les Moldus ? Après tout, j'ai une cicatrice identique à la votre, et presque exactement à la même place sur mon épaule. C'est une cicatrice que vous avez crée, vous vous souvenez ? »

Je tremble de douleur. Mes doigts agrippent désespérément le devant de ses robes de sorcier, mes lèvres formant des mots dont je ne connais même pas le sens.

Il arrache le couteau de mon épaule et je tombe à genoux. Tout commence à tourner et je desserre les poings…

Je laisse tomber les deux baguettes sur le sol.