'Qu'ils sont heureux ceux qui ne craignent, ne redoutent jamais rien, qui s'endorment tous les soirs d'un sommeil réparateur peuplé uniquement de rêves doux et paisibles !' - Bram Stoker, Dracula
Chapitre 17 Inimaginable
Il se penche et referme ses doigts sur les deux baguettes, et dans un mouvement rapide, il a de nouveau tout pouvoir en son emprise.
Mais je m'en fous. Comment pourrais-je m'en soucier lorsque je peux à peine respirer sous le poids de la douleur ?
Je presse mes doigts contre la plaie béante dans mon épaule dans le vain espoir d'arrêter le sang de couler, ce qui pourrait sauver ma vie, ce qui pourrait atténuer ma souffrance.
Qui savait que le sang pouvait être si chaud ? C'est une autre chose que j'ai appris, grâce à lui.
Il ne bouge pas.
Il ne parle pas.
Comment pourrait-il ? Comment le pourrait-il, après tout ce qui s'est passé ?
Auto défense. Tu étais sur le point de le tuer.
Mais… je ne l'aurai pas fait. Je ne pouvais pas le faire.
Et il sait que je ne le pouvais pas. Il le sait.
Je lève les yeux vers lui, tout mon corps tendu par la douleur. Je serre les lèvres, respirant durement par le nez, et il se moque de moi, un sourire malicieux jouant avec ses lèvres. Il n'en a rien à faire, il ne ressent rien. Il ne ressent rien qu'un humain normal ressentirai.
« Alors, » dit-il triomphalement, « dites-moi Sang-de-Bourbe, voulez-vous que je vous ramène à la maison, maintenant ? »
C'est comme un coup de poing dans l'estomac. Il essaye toujours de gagner contre moi. Il veux me faire admettre – il veut que j'admette que je suis dépendante de lui.
Et je le suis en ce moment même, non ?
« Vous… vous êtes immonde… »
Les mots ne viennent pas. Ils restent coincés dans ma gorge. Je gémis, étouffant les mots. Il se tient parfaitement immobile, savourant sans aucun doute ce moment.
Sans lever la tête vers lui, je me force à parler. « S'il vous plait… aidez-moi, s'il vous plait… »
Il m'oblige à me remettre debout, avant de me saisir par la taille et de me jeter par dessus son épaule comme un trophée de guerre.
« Accrochez-vous à moi » marmonne-t-il. « Si vous ne voulez pas perdre encore plus de sang, tenez-vous à moi aussi fort que vous le pouvez. »
J'attrape le dos de sa cape sans même y penser. Je me fous où nous allons. Je veux seulement que la douleur dans mon épaule cesse.
Les hurlements, les cris et les détonations de la bataille, s'estompent alors que nous nous éloignons dans l'obscurité, avant de transplaner. Je m'agrippe alors à sa cape de toutes mes forces…
Nous émergeons dans un air pur et doux. Le silence, comparé au bruit de la confusion que nous venons de quitter, m'assourdi presque. C'est si calme, si serein. Il n'y a plus que moi et Lucius ici, et tout ce que je peux entendre est notre propre respiration.
Il me fait glisser de son épaule et me pose sur le sol. L'herbe fraiche chatouille mes pieds nus, mes mains, mon visage. L'odeur pure me fait monter les larmes aux yeux. Pourquoi le monde entier ne peut-il pas être aussi pur, aussi innocent ?
Je le regarde d'un air absent alors qu'il se penche vers moi, me scrutant. Des tâches noires apparaissent dans mon champ de vision, flottant sur son visage.
Il sort quelque chose de sa cape et le pose sur le sol près de moi, tournant doucement ma tête sur le côté pour que je regarde.
Il me faut quelques secondes pour analyser l'objet. Plus courte que la mienne, et faite d'un bois foncé. Je ne l'avais pas encore observée jusqu'à maintenant. J'étais trop occupée à essayer de m'échapper.
« Vous n'utiliserez plus jamais la magie » dit-il tranquillement. « Vous ne présumerez jamais plus que vous avez un droit sur elle. Un jour, lorsque votre épaule sera guérie, je vous punirai pour ce que vous avez fait. Je vous punirai pour m'avoir lancé des sortilèges. »
Sa botte vient s'écraser sur la baguette, la brisant en deux, et c'est alors seulement que des larmes coulent de mes yeux. Mon seul instant de pouvoir a disparu. Il ne reviendra jamais, jamais. C'est fini. Terminé.
Je regarde au-dessus de la baguette cassée pour apercevoir le lac noir, menant à la maison des Black.
Sa botte glisse sous ma joue et bouge ma tête, m'obligeant à lui faire face. Son visage, élargi d'un sourire féroce, attire toute mon attention.
« Jamais plus » dit-il d'une voix trainante. « La magie n'est qu'un lointain souvenir pour vous, rien de plus. »
Son visage devient flou devant moi, le monde disparaît, et je m'enfonce dans les ténèbres.
Une douleur me parcoure le bras, d'horribles vagues me parcourent de haut en bas, pulsant contre mon épaule.
Je ressens une pression sur elle, qui me fait si mal que j'en ai envie de vomir…
Mes yeux s'ouvrent difficilement.
Mon regard devient progressivement plus net. Il y a un plafond, un plafond de pierres éclairé par une douce lueur dorée…
Je reconnais ce plafond.
« Essayez de rester éveillée si vous le pouvez. » Une voix. Sa voix. « Les choses seront beaucoup plus simples si j'ai votre coopération. »
Je bouge la tête pour le regarder, mais il ne répond pas à mon regard. Il est fixé sur mon épaule, par la lumière d'une unique bougie posée sur ma table de chevet.
Ma table de chevet. Ma chambre. Ma chambre dans ma maison, parce que je ne pense pas avoir un quelconque autre lieu que je pourrais appeler 'maison', n'est-ce pas ? Cette prison – ce tombeau – est mon unique maison maintenant.
Sa respiration s'agite doucement sur mon épaule nue.
Mon épaule nue…
Je bouge ma tête vers elle sous l'appréhension, mais il n'y a seulement que mon épaule qui est nue.
Il lève mon bras, enroulant un morceau de tissus autour de mon épaule, faisant plusieurs tours pour affermir le bandage.
Le sang est parti. Disparu comme s'il n'avait jamais été là.
Je me demande s'il peut effacer le sang de sa mémoire aussi complètement. Parce que personnellement, je n'en suis pas capable. Je peux encore voir la plaie béante maculée de sang pourpre, l'odeur amère du fer.
Peut-il toujours nettoyer aussi efficacement après tous ses crimes ? Ne s'encrent-ils pas dans son cerveau, comme une plaie purulente et pourrissante jusqu'à le rendre fou ?
Il bouge ses yeux pour rencontrer mon regard une fraction de seconde, et je sais alors que j'espère des choses qui n'existent pas. Il ne doit même pas savoir ce que le mot 'remord' signifie.
« Le couteau a causé une plaie profonde qui mettra plusieurs heures à guérir » dit-il, me disant des choses que je connais déjà, mais je n'aurais jamais pensé y être confrontée personnellement un jour. « Ce type de blessure ne peut pas guérir avec un simple sortilège. Je l'ai pansé du mieux que j'ai pu, mais vous aurez besoin de boire cette potion si vous voulez guérir plus rapidement. »
Il me tend un petit gobelet rempli d'un liquide bleu foncé qu'il avait dû préparer avant mon réveil. Vu son apparence, ça pourrait correspondre à une potion de guérison combinée avec une potion de reconstitution du sang, mais je ne suis pas sure…
Ca n'a aucune importance de toute façon. Quelle est ma connaissance en la matière aujourd'hui ? Tout ce qui importe dans ce lieu, c'est de survivre jour après jour.
« Buvez » dit-il sèchement.
Je m'assois, grimaçant de douleur. Je pourrais même crier. Oh – Oh –
Je ne vais pas lui montrer à quel point ça fait mal.
A-t-il eu aussi mal lorsque je l'ai poignardé ?
On s'en fout ! Il le méritait. Qu'importe si ça lui a fait mal ou non ?
Si, ça importe. Je ne veux pas avoir causé cette douleur à une autre personne…
Non. Il n'est pas une personne. Je dois me rappeler ce qu'il m'a fait subir.
Je bois la potion et une chaleur non désagréable se répand vers mon épaule. Elle atténue la douleur, mais ne l'enlève pas entièrement.
Je soupire de soulagement et me rallonge sur mes oreillers, fermant les yeux une seconde. Si fatiguée, oh si fatiguée. Je pourrais dormir pour toujours…
Non. Pas avec lui ici.
Je rouvre difficilement les paupières.
Il me regarde… étrangement. C'est comme si je lui avais posé une question dont il ne connaissait pas la réponse.
Notre contact visuel est brisé lorsqu'il se met à respirer fortement, saisissant rapidement son poignet, son visage tordu dans une grimace.
Des pensées se forment pour la première fois dans mon esprit depuis l'entrée des Aurors dans le Terrier. Sa marque des Ténèbres le brule. Voldemort l'appelle.
Et pour la première fois, je me demande pourquoi… pourquoi a-t-il fait ça hier ?
J'ai besoin de savoir. J'ai besoin qu'il me l'explique.
« Qu'allez-vous lui dire quand il vous demandera… »
Je m'arrête lorsqu'il me regarde, son visage s'assombrissant de fureur, et si je ne me trompe pas, de peur.
« Quand il me demandera quoi, exactement ? »
Je sais que je ne devrais pas le pousser, mais j'ai besoin de savoir.
« Vous êtes allé au Terrier pour capturer Harry » je murmure. « Vous étiez chargé de cette opération, n'est-ce pas ? Vous deviez l'être, sinon pourquoi attendaient-ils tous vos ordres ? »
Son visage s'assombrit de plus en plus mais il ne fait rien pour m'arrêter.
« Mais lorsque l'Ordre est apparu, vous n'avez pas décidé de courir après Harry, pourtant la personne que vous étiez sensé capturer en premier lieu. Au lieu de cela, vous avez couru après une insignifiante prisonnière Sang-de-Bourbe. Comment allez-vous lui expliquer cela ? Qu'allez-vous faire pour- »
Il me saisit par le cou, claquant ma tête violemment contre la tête de mon lit.
« Ne remettez pas en question mon comportement ! » il siffle.
Il tient ma gorge dans sa main, la serrant cruellement, le dégout gravé sur son visage, et juste au moment où je commence à manquer d'air, il se lève brusquement, enlevant sa main loin de moi. J'halète et frotte mon cou, essayant de reprendre mon souffle.
« Mes actions étaient les bonnes » dit-il calmement, et je ne sais pas s'il me parle à moi ou à lui-même. « Avec de la chance, le Seigneur des Ténèbres verra cela. Je ne pouvais me permettre qu'une si importante prisonnière ne s'échappe, s'il y avait une chance que Potter ne soit pas capturé. Mais peut être que Potter a été pris, après tout… »
Ses mots disparaissent peu à peu alors qu'il s'approche de la porte. Il tire un flacon de sa robe, et en boit une gorgée sans me regarder. Je peux sentir l'odeur amère et entêtante de l'alcool qui s'en échappe.
« Allez dormir » dit-il brièvement avant d'ouvrir la porte et de la refermer derrière lui.
La bougie vacille sur ma table de chevet lorsque la porte se referme, et je ferme les yeux, permettant à l'obscurité miséricordieuse de me prendre sous son aile.
Le sommeil s'éloigne de moi et pendant de longs instants, je suis coincée entre le monde du sommeil et celui de l'éveil, mes rêves s'estompant et la froideur sombre de la réalité s'infiltrant une fois de plus en moi.
Il n'y a pas de lumière dans la chambre. Je n'ai pas dû dormir très longtemps, sinon il serait déjà revenu, non ?
Peut être que je devrais me rendormir à nouveau. Ce n'est pas comme si j'avais autre chose à faire. D'ailleurs, je suis vraiment épuisée… trop épuisée pour m'inquiéter de son éventuel retour.
Je tourne la tête, reposant ma joue contre l'oreiller.
Je pourrais tirer les couvertures sur moi… non. Trop chaud.
Je déplace mes cheveux de sur mon cou, et laisse pendre mon bras par dessus le lit, mes doigts tombant au creux du matelas, et j'attends que le sommeil m'emporte à nouveau.
Je dérive dans la semi conscience, léchant mes lèvres sèches et ouvrant doucement les yeux.
Je n'avais jamais eu ce genre de trouble du sommeil avant d'être capturée. Maintenant, je suis chanceuse si j'arrive à dormir plus de quelques heures d'affilée.
Oh.
Mes yeux s'écarquillent lorsque je réalise exactement ce qui m'a réveillé cette fois.
Oh.
Quelque chose caresse délicatement mon dos, de haut en bas. Du haut de ma colonne vertébrale… jusqu'au bas de mon dos.
Un petit bruit à peine audible s'échappe de mes lèvres. J'ouvre grand les yeux, mais je ne vois rien. Seulement les ténèbres impénétrables.
Le matelas est légèrement affaissé au niveau de ma hanche.
Je retiens mon souffle et écoute autant que je peux, essayant désespérément d'ignorer le frisson qui menace de courir sur mon corps.
De haut… en bas.
C'est quelqu'un, je ne peux dire que ça. Ce sont des doigts sur mon dos – je peux les sentir, même à travers mes vêtements.
J'écoute encore, ouvrant grand mes oreilles dans les ténèbres.
Tout ce que je peux entendre est une respiration. Trop rapide, trop lourde.
J'avale difficilement. Les doigts s'arrêtent.
Je ferme rapidement les yeux, essayant de réguler ma respiration, la gardant souple et stable. S'ils pensent que je suis endormie, peut être qu'ils partiront.
Qui est-ce, au juste ?
Question stupide, qui est-ce à ton avis ?
Ca n'est pas nécessairement lui.
Qui d'autre ça serait ?
Dolohov peut être ?
Il n'est pas assez subtil pour cela.
Bon et bien… Drago alors ?
Je frémis presque à cette pensée. Je ne veux pas que le furet… je ne veux pas que le furet me touche comme ça.
Ce n'est pas Drago. Je sais que ce n'est pas lui.
« La simulation n'a jamais été votre fort, Sang-de-Bourbe. »
Cette voix trainante et froide confirme son identité. Trop profonde et langoureuse pour être celle de son fils, et trop raffinée pour être Dolohov…
Je garde les yeux fermés par la peur.
Que veut-il ? Après tout ce qui s'est passé, que veut-il ?
Est-il de retour après avoir vu Voldemort ? Comment Diable a-t-il pu s'expliquer face à lui ?
Quelle importance ça fait ? Ce n'est pas la chose la plus importante en ce moment, si ?
« C'est impoli de m'ignorer, vous savez. »
Il me saisit l'épaule, m'obligeant à me mettre sur le dos. Je ne peux empêcher un cri de douleur lorsque ses doigts s'enfoncent dans ma plaie encore fraiche.
Il appuie ses doigts sur mes lèvres. « Restez tranquille. »
Que fait-il ? Je… je suis une Sang-de-Bourbe, pour l'amour de Dieu, que fait-il ?
Il déplace ses doigts jusqu'à ma gorge. Je serais surprise qu'il ne puisse pas sentir mon pouls. Mon sang bat sous ma peau.
Non, c'est ridicule ! Pourquoi n'ais-je pas déjà essayé de l'arrêter ? Il ne jouera plus à ce genre de jeux avec moi, plus jamais !
Je lève ma main mais il l'attrape avant qu'elle ne l'atteigne, ses doigts s'enfonçant dans mes poignets, créant des ecchymoses.
« Je ne pense pas » dit-il calmement mais fermement. Il soulève mon bras au dessus de ma tête et vient bloquer mon poignet contre la tête de lit derrière moi. « Vous allez rester tranquille, c'est bien compris ? »
Mais pourquoi ? Pourquoi ? Que voulez-vous ?
J'avale fortement, sans rien dire, mais je hoche la tête. Ce n'est pas comme si je pouvais faire autre chose, n'est-ce pas ? Je n'ai pas le choix.
« Bien » il murmure.
Comment a-t-il pu voir ma réaction ?
Ah oui. La Main de la Gloire. Il peut voir mes réactions, mais je ne peux voir ni son visage, ni ses mains, ni son corps. Il peut me voir, moi je ne peux pas.
Ce n'est pas juste !
La situation entière n'est pas juste. Après tout, tout ce qu'il m'a fait, comment peut-il… comment peut-il…
La chose la plus horrible, c'est que la situation ne me surprend pas plus que ça, pas après tout ce qui s'est passé. C'est presque comme si je l'avais attendu, comme si après tout ce qu'il a fait, c'était couru d'avance, mais…. Mais…
Les mots de Bellatrix flottent dans mon esprit.
- Tu es trop orgueilleux pour admettre qu'il y a quelque chose dans ce monde que tu ne peux pas avoir –
Et elle a raison. Il a toujours tout eu, il a toujours été capable d'obtenir ce qu'il voulait. Son argent et sa position lui ont permis de tout avoir, et pourtant la seule chose qu'il contrôle dans tous les sens du terme, la seule chose dont il veut avoir tout pouvoir, est précisément la seule chose qu'il ne peut pas avoir.
Ou qu'il pense qu'il ne peut pas avoir.
Ses doigts reposent sur ma gorge palpitante.
Il semble qu'il a dépassé les limites qu'il s'était fixé.
Et tout ce que je peux espérer, c'est qu'il ne continue pas à aller plus loin.
Ses doigts commencent à se déplacer plus bas, plus bas, de plus en plus bas, laissant une sensation de picotement brulant sur son passage.
Mon cœur s'arrête dans ma poitrine.
« Le Seigneur des Ténèbres ne pouvait pas comprendre pourquoi je suis allé après vous au lieu de Potter, » il murmure. « Non, il n'a pas compris mon comportement. Surtout après avoir su que mes collègues avaient été ineptes à capturer Potter après notre départ. »
Harry est libre. Merci mon Dieu.
Mais…
Ses doigts continuent leur exploration, frôlant légèrement ma poitrine. Si lentement que je les sens à peine à travers le tissu de ma robe.
Je mords ma lèvre avant de m'obliger à parler. « S'il vous plait… Ne me punissez pas simplement parce qu'il vous a puni. »
Ses doigts s'enfoncent plus douloureusement dans mon poignet bloqué au dessus de ma tête, et mon propre cri arrête mes paroles.
« Ne me parlez pas » marmonne-t-il violemment. « Taisez-vous, sauf si je vous dis de parler. »
Je serre les lèvres. Je n'ai pas d'autre choix que de faire ce qu'il demande.
Pourquoi ? Il n'a peut être pas sa baguette sur lui.
Bien sur qu'il l'a ! Et même s'il ne l'avait pas… il pourrait me frapper si je ne veux pas…
Si je reste immobile et ne montre aucune réaction, peut être qu'il finira par s'ennuyer et… me laisser seule.
« Mais pour répondre à votre question : non, je ne vais pas vous punir » dit-il tranquillement. « Je voulais juste savoir si vous en valiez la peine. »
Ses doigts tracent des cercles sur ma poitrine, son pouce… oh mon Dieu, son pouce coure doucement sur mon mamelon.
Ca fait… bizarre. Non pas que c'est désagréable. Ca serait mieux si ça l'était.
J'avale durement. Je ne vais pas lui donner la satisfaction d'une réaction.
Non. Pour l'amour du ciel, il est marié, il couche avec la sœur de sa femme, il a un fils qui a mon âge, et il… il…
« Vous ne pouvez pas me traiter comme ça ! » je murmure.
« Mais si je peux, Sang-de-Bourbe » dit-il. « Je peux faire ce que je veux de vous, parce que vous m'appartenez, vous m'entendez ? Vous êtes à moi. »
« Je ne suis pas à vous- »
« Non ? » Ses doigts quittent mes seins, descendant vers ma hanche. Mon souffle est coincé dans ma gorge et mes entrailles se recroquevillent, mais il se contente de déplacer sa main plus bas encore, avant de s'immobiliser sur ma cuisse, relevant ma robe, encore et encore, jusqu'à ce qu'elle dépasse mon genou.
« Si vous n'étiez pas mienne, je n'aurais pas le droit de vous toucher » il murmure, accrochant ses doigts sous la courbe de mon genou. « Mais vous n'avez aucun droit. Vous êtes une prisonnière. Vous êtes en vie aujourd'hui, uniquement grâce à ma clémence. Je peux donc vous toucher, et je vais le faire, parce que vous m'appartenez. Votre esprit, votre âme… votre corps. Ils m'appartiennent tous, et cela signifie que je peux faire exactement ce que je veux d'eux. »
Un seul mot tournoie dans mon esprit : Pouvoir, pouvoir, pouvoir. Je le hais. Il ne se soucie pas de mes sentiments, il veut seulement avoir un contrôle complet sur quelqu'un qu'il ne considère même pas comme un humain à part entière.
Il se saisit de mon menton et soulève violemment mes hanches jusqu'à ce qu'elles rencontrent les siennes dans un mouvement brusque. Je crie de surprise et il respire un rire. « C'est mieux, enfin une réaction. C'est vraiment très impoli d'essayer de m'ignorer lorsque j'essaye de faire attention à vous. »
Salaud. Espèce de gros salopard, comment ose-t-il faire comme si… comme si je devais lui être reconnaissante !
Sa main remonte, loin de ma jambe, pour venir écarter mes cheveux de mon épaule. Elle me picote alors qu'elle se retrouve exposée à l'air froid.
« Maintenant, » il relâche son emprise sur mon poignet. « Je vais vous lâcher. Mais si vous vous débattez, je vous ferais regretter votre geste. Est-ce bien clair pour vous ? »
Je hoche la tête, pouvant à peine respirer. « Oui. »
Je peux l'entendre ricaner. « Bien. »
Il desserre ses doigts de mon poignet et je glisse mon bras loin de la tête de lit.
« Il m'a puni lorsqu'il a appris que j'avais laissé partir Potter » il marmonne, toujours penché sur moi. « Et je me demandais donc – en valiez-vous vraiment la peine. Après tout, vous êtes à proprement parler, moins qu'un être humain. Pourquoi me suis-je donné tant de mal pour vous ? »
Il accroche ses doigts dans le décolleté de ma robe, la faisant glisser progressivement de mes épaules, centimètre par centimètre, dégageant mes bras de l'encolure jusqu'à ce qu'elle soit baissée jusqu'à ma taille, mes seins totalement exposés à lui dans la froideur impitoyable de l'air.
Je m'enroule automatiquement et brusquement de mes bras, essayant désespérément de me couvrir, mais il respire un petit rire.
« Il n'y a pas de place pour la modestie aujourd'hui, Sang-de-Bourbe. »
Je presse mes lèvres et tourne la tête, remerciant Dieu que je ne puisse pas voir son visage odieux au dessus de moi.
« Et vu tout ce que j'ai risqué pour vous, je trouve ça un tantinet exaspérant que vous pensiez me priver de mes droits. »
Salaud. Salaud. Je le hais.
Mais il y a une fibre d'acier dans sa voix, qu'il est impossible d'ignorer, et je laisse donc mes bras se détendre, lui permettant de les arracher loin de mes seins, les immobilisant sur le matelas près de moi. Je serre fermement les lèvres alors que je sens courir ses yeux sur moi, laissant un sentier brulant sur leur passage.
La chaleur d'un rougissement se répand sur mes joues, descendant jusqu'à mes seins.
Il prend une profonde inspiration et son souffle commence à être plus rapide.
Oh mon Dieu, oh mon Dieu.
« Peut être que vous en valez la peine, après tout » il murmure.
Qu'est-ce que c'est supposé vouloir dire ?
« Mais peut-être devrions-nous nous en assurer, hmm ? »
Son poids écrase mon souffle alors qu'il se penche entièrement sur moi, s'approchant si près que je ne sais pas quoi faire. Je n'ai jamais… je n'ai jamais rien fait de plus que d'embrasser un garçon, et maintenant je dois… avec Lucius Malefoy, de toutes les personnes…
J'ai toujours pensé que ça serait dans la confiance et l'amour, et non pas dans le pouvoir et la haine.
Et avec Ron Weasley. Pas avec le meurtrier de mes parents.
Il se rapproche encore. Je peux sentir son souffle frôler mes lèvres.
Je ferme les yeux, et…
Rien.
« Ha. » Il murmure ce mot avec une minuscule pointe de colère. « Je ne pense pas. Vous avez presque atteint votre but, n'est-ce pas, petite putain de Moldue ? »
J'ouvre les yeux.
Quoi ?
La douleur déchire mon visage lorsqu'il me gifle durement, une fois, deux fois, encore et encore. Mes oreilles bourdonnent et je crie à chaque coup porté.
« Taisez-vous, sale Sang-de-Bourbe ! » il marmonne vicieusement. « Vous me dégoûtez ! »
Il me fait me redresser sur mes pieds et me jette à travers la pièce. Je trébuche dans l'obscurité et tombe sur quelque chose, quelque chose de dur qui me blesse légèrement, puis il y a un énorme bruit de verre brisé.
Ma coiffeuse. Ca doit être ma coiffeuse.
Le miroir a dû se briser.
Une main s'enchevêtre dans mes cheveux, me tirant pour me mettre debout, et il me frappe durement à la mâchoire. Un feu d'artifice explose derrière mes yeux.
Stop. Stop. Stop stop stop stopstopstop!
Une gifle.
S'il vous plait, stop ! S'il vous plait, s'il vous plait. « S'il vous plait, arrêtez ! »
Un coup.
« Je vous ai dit de vous taire ! »
Il a perdu l'esprit.
Je suis jetée à terre et je griffe la pierre, essayant de ramper loin de lui, mais il me roule sur le dos et…
Oh mon Dieu, s'il vous plait ! Oooooooow, arrêtez, arrêtez !
Son talon écrase la plaie ouverte de mon épaule. « Dites-moi que vous ne vous comporterez plus jamais de manière aussi odieuse » je l'entends siffler par dessus mes propres cris de douleur. « DITES-LE ! »
« Je ne me comporterai plus jamais de manière aussi odieuse. »
« PLUS FORT ! »
Oh, ce n'est pas juste, ce n'est pas juste, je n'ai rien fait !
« Je ne me comporterai plus jamais de manière aussi odieuse ! »
Oh, oh, s'il vous plait, arrêtez, s'il vous plait, oh –
Son pied quitte mon épaule.
Je me roule en boule sur le côté, essayant de faire cesser ces sanglots humiliants.
Il prend une courte inspiration.
« Vous devriez éviter de me provoquer et de me mettre en colère » dit-il tranquillement, calmement. « Et vous devriez abandonner l'idée d'utiliser des méthodes bon marché pour m'atteindre. Je ne tolèrerai ce comportement de quiconque, encore moins d'une Sang-de-Bourbe répugnante. J'apprécierai si vous essayez de garder un minimum de tenue à l'avenir. »
Les bruits de ses pas se déplacent dans la pièce. La porte s'ouvre dans un grincement, puis claque.
Est-ce qu'il est… ?
Je regarde prudemment dans ma chambre, mais je ne peux rien voir, bien sur.
J'écoute donc.
Il n'y a rien. Juste les irrégularités de ma propre respiration.
