'Il est toujours, toujours dans mon esprit ; non comme un plaisir, pas plus que je ne suis toujours un plaisir pour moi-même, mais comme mon propre être.' – Emily Bronte, Les Hauts de Hurle-Vent
HERMIONE JANE GRANGER. F. AGE: 17.
Présente des caractéristiques de :
A. Dépression sévère
B. Troubles de l'anxiété
C. Comportement obsessionnel
ADMISE POUR UN TRAITEMENT DE LONGUE DUREE. MISE A L'ISOLEMENT JUSQU'A NOUVEL AVIS. SURVEILLANCE 24H SUR 24.
Chapitre 18 Triangle
Tremblante, je me roule en boule. Je roule sur le côté afin que mon épaule n'entre pas en contact avec le sol dur et froid, mais ça ne fait de toute façon aucune différence parce que mon corps entier me fait mal maintenant. Tous les endroits qu'il a giflés et frappés sous la rage…
Et mon esprit, mon âme… eux sont blessés par dessus tout.
Je lève les bras et les enroule autour de ma tête, voulant plus que tout partir loin d'ici, mourir dans cette obscurité.
Je veux ma maman.
Des larmes se forment derrière mes paupières et je suis secouée de sanglots silencieux, ravalant mes cris de peine qui menacent de sortir de ma bouche. Je ne lui donnerai pas cette satisfaction.
Mais bon, ce n'est pas comme s'il pouvait m'entendre, de toute façon.
Peut être qu'il s'agissait encore d'un de ses jeux tordus. Ca ne serait pas la première fois qu'il essaye de jouer avec mon esprit.
Mais… non. Si ça avait été un jeu, il n'aurait pas été aussi loin.
Il ne se serait jamais permis de perdre le contrôle comme ça.
Mais la seule autre option est… est que…
J'ai besoin de croire qu'il s'agissait d'un jeu tordu, même si ça ne l'était pas. L'autre option est tout simplement inimaginable.
Enfin, non. Pas inimaginable. Je ne suis peut être pas très jolie et je suis jeune, mais il a l'habitude d'avoir ce qu'il veut. Non pas qu'il me veuille exactement, mais comme Bellatrix l'a dit, ça doit le rendre fou de savoir qu'il y a une chose, pourtant à portée de main, qu'il ne peut pas avoir parce qu'il ne peut pas se le permettre.
Non, ce n'est pas inimaginable.
Impensable, peut être.
Et le pire, c'est que demain il viendra me punir pour quelque chose qu'il a fait.
Ou peut être… non. Il est probablement tellement dégouté par ce qu'il vient de se passer, qu'il va certainement prétendre qu'il ne s'est rien produit.
Que tout cela était le fruit de mon imagination.
Pathétique et délirante Sang-de-Bourbe.
Je me force à me redresser, grimaçant face à la douleur de mon épaule, et je m'assois, serrant les genoux contre ma poitrine.
Pourquoi ne puis-je pas avoir un peu de lumière ? Pourquoi est-ce que tout doit être une forme de torture maintenant, même lorsque je suis seule ? Je pensais que ma peur du noir s'était estompée depuis des années.
Mais depuis que je suis arrivée ici, j'ai appris à tout craindre.
Pourquoi ne me suis-je pas éloignée de lui quand j'en avait la chance ?
Pourquoi est-ce que sa volonté et ses actions non seulement gouvernent ma vie aujourd'hui, mais saturent mon esprit au point que je ne puisse plus penser à autre chose ?
Je suis en train de suffoquer. Mes propres pensées et mes propres émotions sont en train de m'asphyxier, me noyer, me tuer.
Je le hais de s'emparer de moi. Je le hais de me traiter comme un objet. Je le hais parce qu'il est tout le temps là, à l'origine de tout, toujours dans mon esprit, le seul fait de penser à lui me fais souffrir au delà de l'imagination, toujours, toujours…
Je le hais d'être entré dans mon âme.
Tu n'as pas encore renoncé à un autre moyen de t'échapper, Hermione.
Mon esprit se vide. Anesthésié par la perspective de la libération.
Je rampe sur le sol, tâtant chaque parcelle de pierre devant moi.
Il ne me faut pas longtemps pour les trouver. Les éclats de verre brisés du miroir. Durs, forts, dangereux. Aucun d'entre eux n'est assez grand pour l'utiliser comme une arme, je n'essaierai donc pas, mais leurs bords sont assez tranchants pour atteindre mon but.
Je me saisis d'un fragment et fais courir mon doigt contre le bord tranchant. Une douleur brulante se répand au bout de mon doigt, et je sens le sang suinter de ma peau et couler le long de mon index.
Il m'a appris une fois que si on voulait se couper les veines, il était plus efficace de couper verticalement et rapidement la veine, plutôt que de la traverser. Lorsqu'il l'avait fait sur moi, je pensais que le sang ne s'arrêterait jamais de couler.
Si je faisais cela maintenant, si j'appuyais le verre brisé sur les veines de mes poignets, il n'y aurait personne pour m'arrêter, personne pour m'obliger à rester ici, dans cet enfer.
Je veux sortir d'ici. Maintenant.
Et je vais le faire. Il ne pourra pas m'arrêter, car il sera trop tard lorsqu'il reviendra. Il va arriver, et je serai morte, et alors le regrettera-t-il ? Se sentira-t-il coupable s'il me trouve inanimée dans mon propre sang, les yeux ouverts et vitreux, un morceau de verre brisé serré dans ma main ?
Probablement pas.
Je tiens le morceau de verre à plat contre mon poignet. Il est froid sur ma peau, mais il ne coupe pas encore. J'ai seulement besoin d'y mettre un peu de pression et il coupera, et je saignerai, et je pleurerai mais je partirai enfin loin d'ici.
Et je reverrai à nouveau maman et papa.
Je prends une grosse bouffée d'air, essayant de forcer ma main à appuyer contre mon poignet, mais alors que je le fais, un seul nom vient résonner dans mon esprit, comme une sirène.
Ron.
Je ne peux pas laisser Ron. Je ne peux pas lui faire ça. Il a besoin de moi ici, et je ne peux pas le laisser maintenant.
Je ne vais pas être égoïste comme l'est Lucius.
Merde.
Je serre les lèvres et je jette le morceau de verre dans les ténèbres. Le bruit résonne dans l'obscurité lorsqu'il atteint le sol.
Je me rassois, appuyant mon menton contre mes genoux.
Lucius veut me garder en vie. Il déteste l'admettre, mais s'il ne voulait pas, il m'aurait tué quand Voldemort lui en avait donné l'occasion. S'il ne voulait pas de moi, s'il se foutait de savoir ce qu'il m'arriverait, il m'aurait laissé m'échapper quand nous étions au Terrier, au lieu de risquer sa position, peut être même sa vie, pour me ramener ici.
Si tu étais morte, alors tu aurais véritablement gagné.
Je ne vais pas aller jusqu'à me tuer pour gagner contre lui. Il n'en vaut pas la peine.
Tu es sure ?
Je rampe vers mon lit, m'allongeant dessus et m'enveloppant dans les couvertures, les tirant au dessus de ma tête, tremblant et tremblant encore jusqu'à ce que je m'endorme finalement de pur épuisement.
« …vous m'appartenez. Votre esprit, votre âme… votre corps. Ils m'appartiennent tous, et cela signifie que je peux faire exactement ce que je veux d'eux… »
Il me sourit, m'écrasant sous son poids dans l'obscurité.
« Et bien, Sang-de Bourbe, où en étions-nous ? »
Je me redresse vivement, tremblante et collante de sueur.
Rien. Il n'y a rien. Juste un rêve. Un cauchemar.
Aussi mauvais que soient mes cauchemars, ils ne sont jamais pires que ce qui m'arrive quand je suis réveillée.
Les flammes des bougies scintillent faiblement sur leur socle.
Quand s'allument-elles, je me le demande ? Est-ce quand il fait jour ? Est-ce que ces bougies sont magiquement faites pour s'allumer lorsqu'il fait jour à l'extérieur ?
Ou ont-elles été allumées pendant que je dormais ? Quelqu'un est-il venu ici, et a allumé les bougies dans l'optique que je me réveille ?
Quelqu'un doit être venu ici, car ma coiffeuse est à nouveau debout, et le miroir est totalement réparé, sans une seule fissure, reflétant parfaitement la chambre. Quelqu'un, et je crois savoir de qui il s'agit, a réparé les dégâts pendant que je dormais à proximité, tremblante dans mon sommeil par des cauchemars qu'il a lui même causé.
Salaud. Croit-il vraiment qu'il peut effacer tout ce qu'il a fait de cette manière ?
Pourquoi crois-tu qu'il te guéris toujours après t'avoir torturé ?
Je m'extrais péniblement du lit, et me dirige vers la salle de bain. J'enlève ma robe et rentre dans la baignoire, souhaitant me laver de ce qu'il s'est passé, désirant purifier mon corps du souvenir des mains de Lucius sur lui.
Ce n'est pas de la révulsion que je ressens. Ce n'est pas non plus la sensation si simple de la répulsion. Si c'était Dolohov qui avait fait ces choses, ça aurait été certainement cent fois plus simple, mais parce que c'est Lucius…
La confusion constitue une grande partie de ce que je ressens. La peur aussi, et la haine. Tellement de haine pour lui, parce que qu'est-ce qui lui donne le droit de me traiter comme si j'étais sa chose ? Et quel droit a-t-il de me blâmer pour ce qu'il a lui même fait, parce qu'il trouve ça plus facile que de se blâmer lui même ?
Mais il y a quelque chose de plus. C'est comme une douleur que je ne peux pas guérir. Un vide béant qui ne peut être rempli.
Mon âme est à moi, pas son jouet avec lequel il peut jouer.
Je sors du bain et je m'habille de la robe la plus simple que je trouve dans ma garde-robe, celle avec le moins de décolleté et la plus longue traine, et de la plus simple des couleurs : noire. Je brosse mes cheveux mouillés, les séchant avec une serviette, puis tamponne mes nouvelles blessures avec la potion de guérison. Je me débarrasse de toutes les preuves qui prouvent que la nuit dernière a existé.
Tout à part le souvenir – malheureusement la meilleure et la plus dure des preuves.
Ce n'est ce qui semble être des heures plus tard, que quelqu'un arrive à ma porte.
Je me retourne rapidement, serrant de façon défensive mes bras autour de ma poitrine, me demandant ce qu'il pourrait souhaiter maintenant, plus que tout autre chose…
Mais ce n'est pas lui cette fois.
Dolohov apparaît devant la porte, le visage tordu par un hideux sourire moqueur.
« Quelqu'un pour te voir » dit-il, entrant dans ma chambre et tirant quelqu'un par le bras.
Je soupire d'un soulagement absolu lorsque je vois qui c'est.
Ron. Ron Weasley. La seule chose décente qu'il me reste dans le monde. Il paraît si soulagé de me voir que de la culpabilité se bloque dans ma gorge. Comment ais-je pu penser ne serait-ce qu'une seconde, le laisser seul ici ?
Aucun de nous deux ne sourions ni ne nous parlons. Nous nous contentons de nous jeter dans les bras l'un de l'autre. Il me soulève presque sous la férocité de son emprise.
« Toute la journée il a été après moi. » J'entends la voix moqueuse de Dolohov mais je l'enregistre à peine. J'appuie ma tête contre l'épaule de Ron, respirant l'odeur sucrée qu'il dégage. « Il ne voulait pas croire que tu ne t'étais pas échappé ou que tu n'avais pas été tué la nuit dernière. Tu es satisfait maintenant Weasley, que ta petite amie soit de retour ? » Il rit horriblement. « Oh oui, elle est bel et bien de retour. Lucius s'en est assuré, n'est-ce pas Sang-de-Bourbe ? »
L'emprise de Ron sur moi se resserre.
Non. Non Ron, n'écoute pas. S'il te plait, n'écoute pas.
Trop tard. Il me lâche et se retourne vers la porte, faisant face à Dolohov dans une expression tendue. Je me demande dans un instant de pure folie, s'il serait possible que moi et Ron nous jetions sur lui pour l'immobiliser, mais je vois alors la baguette de Dolohov fixement serrée dans sa main.
Le pouvoir magique est la seule chose qui importe dans cette maison.
Par cette pensée, quelque chose étincelle dans mon esprit mais je n'arrive pas à cerner ce que c'est.
« Qu'est-ce que ça veut dire ? » demande Ron.
Je regarde paniquée l'un et l'autre, ne souhaitant pas que ça aille plus loin, ne voulant pas que Ron sache…
Mais Dolohov n'est pas de cet avis. Il nous regarde tous deux avec une jubilation intense, parce qu'il aime énormément ce scénario bien sur. Il a certainement dû être rempli de joie lorsqu'il a entendu parler de ce que Lucius a fait au Terrier.
« Mais bien sur, tu n'es pas au courant, n'est-ce pas ? Tu ne sais pas exactement pourquoi elle n'a pas réussi à s'échapper l'autre nuit. Tu ne sais pas pourquoi c'est elle que nous avons sous notre contrôle au lieu de Potter- »
« Arrêtez ! » je dis désespérément. « Ca suffit ! »
Une douleur déchirante traverse mon visage. Je me saisis la joue, des larmes cuisantes me brulant les yeux tandis que je regarde avec appréhension la baguette de Dolohov levée vers moi.
Il continue à parler à Ron, mais il me regarde. Chaque mot qu'il prononce m'est directement destiné, je le sais.
« L'autre nuit, Potter n'est pas venu seul à la maison de tes parents » dit tranquillement Dolohov en me souriant. « Il avait invité la moitié de l'Ordre à venir à la fête. » Il s'approche de nous et commence à me tourner autour. Ron observe chacun de ses mouvements, mais je garde les yeux résolument fixés au sol. « Et lorsqu'on s'approchait du but et que les Mangemorts ont commencé à se battre contre l'Ordre, et alors que tous ceux loyaux envers le Seigneur des Ténèbres savaient que notre priorité absolue était de capturer Potter, qu'a fait Lucius ? »
Il se rapproche de moi, et m'encercle. Je garde le regard fixé au sol. S'il n'obtient aucune réaction, peut être alors qu'il ira se faire foutre.
Il se penche vers moi, me parlant dans un murmure théâtral. « Au lieu de courir après Potter, il a concentré toute son énergie à re-capturer cette insignifiante petite Sang-de-Bourbe. » Il rit. « Il s'est lui-même rendu très impopulaire vis à vis du Seigneur des Ténèbres par cette petite manœuvre, je peux te le dire. »
« Mais pourquoi ? » demande Ron. « Pourquoi ferait-il ça ? Ca n'a aucun sens. »
Dolohov se détourne de moi et rit en se dirigeant vers la porte. J'ose un regard pour le voir s'immobiliser devant la porte, se tournant vers nous avec un horrible sourire mauvais sur le visage.
« A-t-on besoin de te l'épeler, Weasley ? » dit-il d'une voix trainante presque aussi digne de Lucius.
Des larmes fraiches coulent sur mes joues, et Dolohov quitte la pièce, refermant et verrouillant la porte derrière nous.
Je baisse le regard et regarde fixement mes pieds, essayant d'arrêter ces larmes traitresses de couler. Je me sens mal : coupable en quelque sorte, même si je n'ai rien fait de mal, pas exactement en tout cas. Tout est de la faute de Lucius, tout est de sa faute –
« Hermione ? »
Je me force à lever la tête pour le regarder à travers mes cheveux. Il ressemble à quelqu'un qui est sur le point de découvrir que son pire cauchemar est devenu réalité.
« Vas-tu me dire ce qui se passe ? »
Sa voix tremble de douleur et je ne peux pas le supporter. Je tends la main pour le toucher, mais il la repousse loin de lui. C'est comme une gifle en plein visage.
« Rien » dis-je avec passion. « Ce n'est rien. Tu sais comment est Dolohov, il dirait n'importe quoi pour- »
« Est-ce que c'est vrai ? » il demande, les yeux noirs de peur. « Est-ce que c'est vrai que Malefoy a tout fait pour te re-capturer alors qu'il avait l'ordre de capturer Harry ? »
Je ne peux pas lui mentir. Aucune autre explication que je pourrais donner, ne pourrait être assez plausible. Et puis, il aurait pu poser la question à Bellatrix, au lieu de me la poser à moi. Elle aurait peut être été heureuse de remettre Dolohov a sa place.
Mon Dieu que je hais ces deux là. C'est quoi leur problème exactement ? Pourquoi ne peuvent-ils tout simplement pas croire qu'il ne se passe rien ?
Parce que ce n'est pas tout à fait vrai, n'est-ce pas ?
Je voudrais mourir.
« Oui, c'est vrai » je dis calmement.
Son visage prend la couleur d'une glace à la vanille. « Pourquoi ? »
« Je ne sais pas ! » je lui dis, sachant pertinemment que je lui mens un peu. « Comment suis-je sensée savoir comment fonctionne son esprit ? »
Il prend de petites respirations profondes, comme s'il avait peur de ce qu'il s'apprêtait à demander. « Est-ce qu'il a tenté quelque chose ? Dis-moi Hermione, j'ai besoin de savoir. Je le tuerai s'il l'a fait. »
Est-ce qu'il m'a fait quelque chose ? Il m'a tout fait, et pourtant il ne m'a rien fait. Quel genre de réponse puis-je donner à cette question ?
« Il n'a rien fait ! » je jure, Lucius m'ayant transformé une fois de plus en menteuse. « Il ne tentera jamais rien. Je suis née Moldue, tu te rappelles ? Sais-tu ce qu'il m'a dit hier soir ? Il m'a dit que j'étais moins qu'un être humain. Tenterait-il quelque chose sur quelqu'un qu'il considère comme ça ? »
Je me déteste de mentir, mais la réaction de Ron me fait respirer un peu mieux. Son visage se calme un peu mais sa voix est remplie de colère. « Il ne peut pas te parler comme ça. »
« Je sais qu'il ne faudrait pas, mais il le fait quand même » je dis, ma voix montant dans les aigus. J'ai tout fait pour tout enfouir en moi, et maintenant tout est en train de revenir à la surface. « Ca n'en finira jamais, jamais. Chaque jour, il vient ici pour me tourmenter un peu plus. Je pensais qu'il m'avait tout pris, mais ensuite mes parents… mes parents… »
Mon cœur se brise en disant ces mots. Chaque instant où je pense à eux me donne envie de mourir de chagrin.
Ron me tire dans une étreinte et je repose ma tête sur son épaule, résolument déterminée à me débarrasser de mes larmes.
Il tire sa tête en arrière pour me regarder. Ses yeux bleus sont tellement clairs, tellement plus colorés que ceux gris perçants de Lucius. Je peux regarder en eux et ne ressentir aucune peur, seulement de la sécurité.
« On obtiendra notre revanche, Hermione, je te le promet » dit-il avec une certitude absolue. « Dès que nous sortirons d'ici, nous lui ferons payer ce qu'il t'a fait. »
Je ne dis rien. Je me contente de hocher la tête, tout en sachant au fond de moi que c'est une chimère. Même si nous pouvions sortir d'ici, ce que je doute fortement, j'ai déjà prouvé que je serai incapable de prendre ma revanche, parce que je l'ai déjà essayé. J'ai eu ma chance et j'ai tout gâché.
« J'étais tellement inquiet. » Ron semble se battre pour garder sa voix audible. « Je ne savais pas ce qui t'étais arrivé. Ils n'ont jamais voulu me dire. »
« Mais Dolohov a dit qu'il t'avais dit que j'étais ici… »
« Oui, mais je ne savais pas s'il fallait le croire. Je pensais qu'il me disait ça pour me faire taire. Je ne peux jamais savoir s'ils mentent ou pas, parce qu'ils ne me parlent jamais. » Sa voix est dure et amère. « Tout ce qu'ils font, c'est m'apporter de la nourriture et m'amener de temps en temps me promener dans le jardin. »
« Il y a un jardin ? » je demande, incrédule.
« Ouais » dit-il en me regardant, confus. « A l'arrière. Ce n'est pas vraiment un jardin, en fait. C'est spécial. Je pense qu'il est à l'intérieur de la caverne. » Il secoue la tête. « Mais tu dois y être aller ! »
« Non » je dis calmement. « Je n'ai jamais quitté cette chambre. »
Il paraît horrifié. « Merde Hermione, mais qu'est-ce que tu fais de ton temps ? »
Je respire un petit rire hystérique. « J'attends… j'attends qu'il vienne » je dis sincèrement, tout bouillonnant à la surface. « Il vient ici tous les jours pour me tourmenter. Que ce soit pour son propre plaisir ou pour son 'devoir' envers Voldemort, ça ne fait aucune différence. Chaque jour il est là, à me torturer d'une manière ou d'une autre. »
Le visage de Ron devient rouge de colère. « Qu'est-ce qu'il te fait ? »
Je ne peux pas être totalement honnête, alors je me concentre sur quelques détails. Et même si ce que je dis est assez loin de la réalité, c'est tout simplement plus simple que d'expliquer ce qu'il se passe exactement.
« Il me frappe » je dis tranquillement. « Ou alors il utilise la magie, ça dépend des jours. Habituellement, c'est parce que je le provoque. » Ma voix commence à nouveau à être hystérique. « Je n'arrive jamais à me taire, je ne peux jamais me taire et le laisser gagner, et donc il me punis, ne me laissant seule que lorsqu'il a enfin l'impression d'avoir gagné. Si seulement je pouvais me taire- »
« Mais pourquoi ferais-tu ça ? » demande Ron, sa voix se levant sous la fureur. « Pourquoi devrais-tu le laisser gagner ? Pourquoi n'essayes-tu pas simplement de te battre ? »
« Parce qu'il a un total contrôle sur moi ! » Je marche autour de la chambre, me tordant les mains frénétiquement. « Il contrôle mon existence entière. Chaque instant de ma vie est centré autour de lui. Que puis-je faire d'autre que faire ce qu'il me dit ? »
« Tu peux continuer à te battre ! » Ron me saisit par les épaules et me secoue. « Il n'est pas Dieu, Hermione ! »
« Il pourrait très bien l'être ! » Je repousse vivement ses mains et me tourne vers le mur, loin de lui. « Tu ne comprends pas. Il m'a dit une fois, qu'il ne me laisserait jamais partir loin de lui, et il avait raison, parce que même si je sors d'ici, je ne serai jamais capable de l'oublier. Son visage va hanter mes cauchemars pour le restant de ma vie. Je ne pourrai jamais m'en sortir. Je ne serai jamais libre de lui, jamais. »
Il me fait me retourner et me saisit par la taille, me tenant fermement et farouchement alors qu'il regarde dans mes yeux et qu'il vient caresser furieusement ma joue.
« Je te promet que nous allons sortir d'ici » dit-il avec acharnement. « Et quand ça sera le cas, je te jure que je te protégerai. Je vais prendre soin de toi. Je- »
La porte s'ouvre brusquement. Je tourne rapidement la tête et mon estomac se contracte lorsque je vois Lucius dans l'embrasure.
Tous les souvenirs de la nuit dernière me reviennent, provoquant un rougissement honteux sur mon visage.
Il se gèle sur place lorsqu'il nous voit, lorsqu'il voit le bras de Ron autour de ma taille et sa main sur ma joue. Son visage est comme du granit : dur, de pierre, immobile.
Je m'éloigne instinctivement de Ron, qui me lâche la taille, mais Lucius ne le regarde même pas. Il se contente de me fusiller du regard, un rictus sur son visage.
« Que c'est… touchant » dit-il de sa voix trainante en nous souriant. « Ou plutôt devrais-je dire, que c'est écœurant. Weasley, je savais que votre famille était tombée bien bas, mais ça ne vous donne pas une excuse pour salir vos mains sur une Sang-de-Bourbe. »
Il pointe sa baguette sur Ron, qui va se fracasser contre le mur derrière lui. Il crie alors que son corps claque la pierre, et mon cœur se brise pour lui.
« Nous n'étions pas… Lucius, arrêtez ! » Je me jette sur lui pour essayer de faire dévier sa baguette, mais il me saisit la gorge, en visant toujours Ron. Je suffoque sous sa poigne, et lorsqu'il me regarde dans les yeux, tout ce que je peux voir est du pur dégout.
« Ne m'appelez jamais plus comme ça de nouveau » il murmure durement en renforçant son emprise autour de ma gorge. Je suffoque et halète, ma gorge se contractant sous ses doigts. Il ricane avec dégout alors qu'il me jette au sol. Ma cheville se tord douloureusement en atteignant le sol, me laissant à bout de souffle.
« Et vous Weasley, vous allez venir avec moi. Vous n'auriez pas dû être autorisé à venir jusqu'ici. » Je regarde les deux paires de pieds bouger à travers la pièce, Lucius trainant Ron derrière lui. « Attendez mon retour, Sang-de-Bourbe. Et si vous ne vous êtes pas levée à mon retour… et bien, je suppose que vous savez ce que cela entrainera. »
La porte s'ouvre.
« Hermione, je suis désolé- » la voix de Ron vacille dans l'air.
La porte claque.
C'est seulement alors que j'ose jeter un œil. Je regarde à travers la toison épaisse de mes cheveux.
Ils sont partis.
Je frissonne et ferme les yeux, des larmes coulant sur mes joues et s'emmêlant dans mes cheveux.
Je ne peux pas le supporter. Je ne peux plus en supporter davantage. Je ne me suis jamais sentie aussi confuse de toute ma vie.
Quel droit a-t-il d'être en colère contre moi ?
Il a tous les droits…
Non ! Je ne lui appartiens pas !
Peut être que s'il essaie de dire quelque chose, je pourrais évoquer ce qu'il s'est passé la nuit dernière… mais non. Ce serait contre les règles.
Quelles règles ?
Ses règles, mes règles. C'est la même chose, non ?
Je croyais que tu avais dis que tu ne lui appartenais pas ?
La porte s'ouvre vivement. Il n'a pas été long à revenir cette fois.
« Je pensais vous avoir dit de vous relever avant que je ne revienne ! »
Une vive douleur me parcoure le dos. Je serre les lèvres et essaye de me remettre sur pieds, mais ma cheville me fait mal et je tombe à nouveau…
Une main me saisit les cheveux et me force à me lever, me tire vers le mur et me claque contre lui. Sa main se referme autour de mon cou et je dois donc le regarder, je n'ai pas le choix. Mes yeux sont remplis de larmes, mas les siens sont durcis par la colère et plissés.
« Je suis désolée » je murmure. Son visage s'étire dans un sourire malicieux.
« Vous avez de nombreuses choses pour lesquelles vous devez être désolée, Sang-de-Bourbe » dit-il d'une voix trainante. « Etre née : vous devriez être désolée pour cela. Vous faire passer pour une sorcière : vous devriez en être désolée également. Votre insolence, votre fierté, votre insupportable et prétendue bravoure… » Il fait une pause pour appuyer ses paroles, son sourire restant résolument en place. « Mais dans votre cas, vous allez devoir être un peu plus précise, je le crains. Pourquoi êtes-vous désolée exactement ? »
Non, je ne jouerai pas à ça avec vous…
Il regarde profondément dans mes yeux, son esprit fouillant le mien, aspirant mes pensées comme une seringue aspirerait du sang.
« Oh, vous pensez que vous devez vous excuser pour votre comportement avec Weasley ? » Il sort un rire moqueur. « Et bien oui, je peux imaginer pourquoi vous tenez à vous excuser pour cela. Vous savez ce que je pense du mélange entre un Sang Pur et une Sang-de-Bourbe. Mais si vous pensez que vous devez être désolée parce que la pensée de vous et lui me mettrais en colère, vous n'en avez vraiment pas besoin. »
« Mais nous ne faisions rien- »
Une sévère brulure se répand sur mon visage, et je porte la main à ma joue pour la sentir se gonfler. Il enlève ma main de mon visage pour la remplacer par la sienne. Il sourit et je grimace alors que ses doigts caressent ma plaie.
« Je ne m'intéresse absolument pas à votre relation avec lui » dit-il calmement.
Il caresse ma joue de sa main, faisant courir son pouce sur mes lèvres, un sourire cruel accroché sur son visage alors que je frémis à son contact.
Il va aller trop loin.
Je vais pleurer.
« Vous voyez, Sang-de-Bourbe, vous êtes à moi » dit-il tranquillement. « Et vous le savez. Je vois cette vérité dans ces yeux sans défense qui me fixent. » Il descend sa main jusqu'à la mienne, encerclant ses doigts autour de mon poignet, et l'amenant contre le mur à côté de moi, l'épinglant contre la pierre. « Vous savez que je ne vous ai pas soutiré ce contrôle sur vous – vous me l'avez vous même remis, me donnant un total contrôle sur vous de votre plein gré. »
Il donne un petit coup de baguette sur mon bras, et une sévère brulure se répand. Les larmes s'accumulent dans mes yeux tandis que je sens ma peau gonfler.
Il ricane alors qu'il déplace son visage plus près du mien. « Les… charmes de Weasley ne sont rien comparé à l'emprise que j'ai sur vous. Et vous le savez. C'est pathétique, risible même, dans la façon dont vous m'avez volontairement permis de contrôler votre vie entière. »
Une nouvelle brulure me fouette le bras, venant s'accumuler sur la première. Mon nez me pique et des larmes coulent de mes yeux. Il respire un rire et laisse aller mon poignet, s'éloignant de moi. Je glisse sur le sol dans un mouvement de désespoir, le haïssant, le haïssant plus que tout au monde, me haïssant.
« Vous semblez avoir quelque chose à dire, Sang-de-Bourbe. »
Je lève les yeux vers lui, et sors les seuls mots qui me viennent à l'esprit.
« Je vous hais » je murmure.
Il ricane. « Mais évidemment que vous me haïssez. Je ne voudrais pas qu'il en soit autrement. Vous ne vous souvenez pas que je vous ai dit que la haine était bien plus délicieuse que l'adoration ? »
« Délicieuse ? » je murmure. « Et bien, nourrissez-vous en alors, Lucius Malefoy. Je vous hais tellement que ça me donne envie de mourir. Est-ce suffisamment délicieux pour vous ? »
Il ricane, les yeux étincelant sombrement.
« Et dire que j'ai accepté à contrecœur de me charger de vous lorsque le plan de votre capture a été pour la première fois abordé. » Mes yeux s'écarquillent et il se moque. « Quoi ? Pensiez-vous vraiment que j'avais été volontaire pour ce travail ? Je crains que non. Après tout, quel est l'intérêt de s'occuper d'un arrogant, vilain petit rat de bibliothèque Moldu, avec un manque évident de charme ? »
Il aurait aussi bien pu me gifler en plein visage. Mais je ne dis rien. La question que je rêve désespérément de lui poser, est trop ingrate.
« Mais il a insisté » continue-t-il de sa voix trainante impitoyable. « Et maintenant, je dois avouer que je suis heureux qu'il l'ai fait. Mon temps avec vous a été plutôt… divertissant. »
Il s'accroupit à côté de moi et me saisit le menton dans sa main. « N'êtes-vous pas heureuse que nous ayons passé du temps ensemble ? J'ose dire que vous ne pouvez même plus imaginer votre existence sans moi maintenant. »
Je ne peux pas le supporter. Je ne peux pas le supporter, parce qu'il a raison.
Mais c'est faux ! Il fait comme si… j'aimais l'avoir dans ma vie, mais c'est faux, c'est faux !
Il me sourit malicieusement. « Je veux une réponse à cette question, Sang-de-Bourbe. »
Je le regarde d'un air furieux. Je ne lui donnerai pas de réponse, hors de question !
Il retrousse sa lèvre. « Vous êtes tellement arrogante que vous ne voulez pas admettre quelque chose que vous savez pourtant vrai, mais vous n'avez par contre pas assez de fierté pour éviter de vous jeter sur un Weasley ? » Il respire un rire, faisant courir ses yeux sur moi, mais son regard scintille une seconde d'une lueur différente avant qu'elle ne disparaisse à nouveau. « Peut être avez-vous besoin de quelques leçons supplémentaires sur l'orgueil, Sang-de-Bourbe. »
Oh non.
Il se recule de moi et se détourne, marchant vers la porte. Il se retourne vers moi lorsqu'il l'atteint, sa main posée sur la poignée de la porte.
« Vous vous souvenez que mon fils a exprimé le désir de venir vous rendre visite pendant votre séjour ici. »
J'ai le souffle coupé par l'horreur. Oh non, pas Drago, je ne peux pas le supporter…
« Vous ne pouvez pas ! » je murmure.
Il sourit. « Je pense que vous allez vous rendre compte que si. Mais je ne suis pas sans compassion, Sang-de-Bourbe. »
Je ne peux pas croire qu'il me dise ça.
« Je vais vous donner une heure pour vous préparer. Les compétences en magie de mon fils sont moins aiguisées que les miennes, mais je serai présent pour l'instruire, vous avez donc besoin de temps pour vous préparer à ce qui va suivre. »
Il se retourne pour partir.
« Pourquoi ne le faites-vous pas vous même ? » je demande, sans vraiment penser aux conséquences que mes mots pourraient avoir.
Il se retourne vers moi, un petit sourire sur le visage. « Le voudriez-vous ? »
Je garde la bouche fermée. Il rit.
« Une heure » il répète, avant de fermer la porte et de la verrouiller derrière lui.
