'ANNE : Ô prodige ! Entendre le diable dire la vérité !

GLOCESTER : Il est encore plus prodigieux de voir un ange se mettre ainsi en colère.' - William Shakespeare, Richard III


Chapitre 19 Tel père tel fils

C'est étrange. Lorsque nous étions à Poudlard, Drago ne semblait pas aussi grand qu'il ne paraît maintenant.

Il suit son père dans ma chambre. Lucius se retourne pour verrouiller la porte, me piégeant dans une chambre avec un homme et un garçon qui me haïssent certainement plus que tout au monde…

Ou plutôt, non. Je pourrais dire ça de Lucius, mais je devine que dans le cas de Drago, cet honneur revient à Harry.

Mais je suis sure que je ne suis pas loin dans sa liste.

Et je suis certaine d'être au sommet de celle de Lucius. Indépendamment de ce qui pourrait arriver, je peux être absolument certaine qu'il me déteste.

Ils se tiennent tous les deux devant moi, habillés de leur habit noir, un ricanement presque identique sur leur visage pale. Ils sont si semblables dans un sens…

Et pourtant tellement différents.

« Bonjour, Miss Granger. »

La voix de Lucius. Une simple salutation. Rien de malveillant en soi, si on le prend uniquement sur un plan objectif.

Je me lève bien droite, alors que Drago me sourit d'un sourire méchant. Je ne vais pas le laisser avoir l'ascendant sur moi. Je veux dire, ce n'est que Drago, bordel de merde ! J'ai dû faire face à Voldemort lui même, à Bellatrix, à Dolohov, et à Lucius…

Mais bon… Ca fait bizarre de devoir faire face à Dieu sait quoi venant de quelqu'un que je connais depuis que j'ai onze ans. Je me souviens de Drago recevant par hibou ses paquets de bonbons, les déballant avec jubilation à la table des Serpentards.

Maintenant il va me torturer, sous la protection de son cher père…

Plus encore, c'est carrément humiliant de savoir que Drago va finalement gagner contre moi.

Ce n'est pas grave, parce que quoi qu'il arrive, c'est rassurant de savoir que Drago vit dans l'ombre de son père. Il ne me fera jamais, jamais aussi peur que son père, peu importe ce qu'il décide de faire de moi aujourd'hui.

« Ca va, Granger ? » me demande Malefoy junior en ricanant. « Belle journée, n'est-ce pas ? Le temps est particulièrement clément pour cette période de l'année. Mais bien sur, » il sourit malicieusement, « tu ne le sais pas, tu es coincée ici toute la journée. »

J'aimerais lever les yeux au ciel, mais mon regard vacille vers le visage de Lucius pour m'apercevoir qu'il fait précisément ce geste.

Oh, pas à moi. Non, ça aurait dévoilé une sorte de… camaraderie. Non, c'est juste pour lui même.

Drago ne le remarque pas, bien sur.

« Ne t'en fais pas » dit-il d'une voix trainante, le sourire si large qu'on dirait qu'il va diviser son visage en deux. « Je t'accorderai une pensée lorsque j'irai dehors sous le soleil, alors que tu es enfermée dans l'obscurité. Je vais bien rire lorsque je le ferai, mais bon… C'est l'intention qui compte, non ? »

Lucius sourit à cette dernière remarque, mais je l'entends à peine. Je laisse mes pensées dériver vers le monde extérieur pendant un petit moment.

Il y a apparemment du soleil dehors. Mais il a dit 'pour cette période de l'année', donc on doit être… au moins en septembre d'après ce qu'il dit.

Mon Dieu, ça doit vouloir dire que je suis ici depuis… un mois ? Moins que ça peut être.

Concentre-toi, Hermione. Tu es ici et maintenant.

Oh oui, ici et maintenant. De la pierre froide, pas de lumière, et deux visages pales, attendant une réponse aux railleries de Drago avec une attente quasi perverse.

Le sadisme doit se transmettre dans cette famille.

« Et bien, quelqu'un se sent particulièrement futé ce matin » je dis. « Combien de temps ça t'as pris pour trouver cette petite blague, Drago ? Toute la soirée ? Tu ne dois pas t'en vouloir. Tu as toujours été un peu lent à la détente, vu tes anciennes performances scolaires. »

Le fantôme d'un sourire traverse les lèvres de Lucius. Drago devient blanc de rage. J'ai touché un point sensible avec ma remarque. Il n'a jamais réussi à me battre en classe.

Drago sort sa baguette de la poche de sa cape. Je fais un pas involontaire en arrière. Il sourit à cela. Lucius en fait de même.

« Oh oui, Sang-de-Bourbe » dit Drago. « Contrairement à toi, j'ai encore une baguette. »

A quelle baguette fait-il référence ? Ma vraie baguette, que j'ai vu pour la dernière fois cassée en deux sous la botte de son père, ou la baguette que j'ai utilisé l'autre nuit et qui a eu le même sort que la première ?

Est-ce important ?

« Ce qui signifie que je peux faire ça. »

Une douleur brulante me parcoure le haut des genoux, les obligeant à se plier involontairement. Mes rotules sont meurtries alors qu'elles frappent le sol, absorbant tout mon poids dans leur chute.

Mais je ne crie pas. Je réussi à éviter cela. C'est une petite victoire en quelque sorte.

« Très bien, Drago. » C'est la voix de Lucius. Plus sombre, plus raffinée que celle de son fils. « Mais je pense que nous pourrions peut être faire mieux que ça, hmm ? »

Espèce d'énorme sadique ! Je te hais !

« J'ai fait exactement comme tu m'as appris- »

« Non, tu ne m'as pas bien compris. Je veux dire que si tu souhaites te venger, tu auras à faire un peu plus qu'un simple sort de brulure. »

Je roule des yeux, ignorant Drago, mais regardant son père avec tant de haine dans les yeux que ça le tuerait instantanément si les pensées pouvaient prendre une forme physique.

Il me regarde avec un sourire sadique. Il me défit de ne pas réagir à ses paroles. Il m'encourage pour me fournir une excuse pour le repousser…

Je rassemble toute la dignité qu'il me reste et m'oblige à me remettre sur pieds, relevant fièrement la tête.

Lucius respire un petit rire. Drago sourit, bien que ses yeux glissent légèrement vers son père, comme s'il voulait savoir ce qui était si amusant.

Il ne devrait pas empiéter sur des choses qu'il ne comprend pas.

Peut être que je devrais lui dire tout ce que son père a fait la nuit dernière. Ca effacerait le sourire moqueur du visage de Lucius, non ?

Mais… non. Je ne peux pas lui dire. Je ne pourrais jamais le dire à personne. C'est comme si ce qui s'est passé la nuit dernière était un secret, un noir secret que je souhaite que personne connaisse, encore moins Drago.

Lucius m'a pris au piège dans le silence, jouant à son petit jeu de malade, et il n'a même pas eu à me menacer pour ça.

- vous me l'avez vous même remis, me donnant un totale contrôle sur vous de votre plein gré –

Mon Dieu que je le hais !

« Que remarques-tu sur la façon dont elle se tient debout, Drago ? »

Drago me regarde. « Elle se tient droite ? » Sa voix est comme une question.

« Exactement » dit Lucius avec satisfaction. « Ce qui veut dire ? »

« Elle n'a pas peur de nous ? »

« Ne sois pas bête. Est-elle stupide ? »

Drago grimace. « Et bien, personne ne le dit, mais… »

« Une leçon importante, Drago : ne jamais sous estimer les capacités de ton adversaire » dit froidement Lucius. « Je répète : est-elle stupide ? »

« Non » répond Drago à contrecœur.

« Et donc, pourquoi penses-tu qu'elle se tient droite ? »

Le petit furet stupide sourit malicieusement lorsqu'il comprend enfin. « C'est une question de fierté. Elle essaye de nous convaincre qu'elle n'a pas peur de ce que nous allons faire sur elle. »

« Précisément. » Lucius me ricane au nez. « Mais nous savons tous les trois que ce n'est qu'une mascarade. »

Espèce de salaud ! Tu ne laisseras pas Drago penser que j'ai peur de lui !

« Je n'ai pas peur de vous » je dis calmement mais lorsque je vois le sourcil levé de Lucius, je transforme les paroles pour qu'elles ne sonnent pas comme un mensonge. « Pas de votre fils, en tout cas. »

Les lèvres de Drago se serrent sous la colère tandis que Lucius arbore un sourire jubilant.

« Et pourquoi ça ? » demande Drago d'un air boudeur. « J'ai une baguette et je peux m'en servir de telle façon que tu n'en a jamais rêvé- »

« Oh, mais je ne rêve que de cela, Drago, chaque nuit » je lui siffle, perdant mon sang-froid. « Je fais des cauchemars au sujet de cette magie dont tu parles, ton salopard de père a bien vu ce que ça- »

« Assez. » Lucius n'a même pas élevé la voix, mais l'avertissement est clair. Je ferme la bouche. Il ricane et se tourne vers son fils.

« Ne serait-ce pas gratifiant qu'elle ait aussi peur de toi que de moi ? Ca n'est pas si difficile, tu sais. » Il me sourit sans pitié. « Elle peut bien se vanter d'être une Gryffondor, mais elle ne peut pas s'empêcher d'être lâche. »

Je vous déteste. Tellement.

Drago se met à rire. « Et bien, elle n'a plus Potter pour la protéger maintenant » dit-il triomphalement. « Qu'est-ce que ça fait, Sang-de-Bourbe ? Tout ce qu'il te reste c'est Weasley, et même s'il était ici avec nous, il se montrerait certainement aussi inutile qu'il ne l'est habituellement. Pourquoi ne pas l'amener ici, juste pour cinq minutes- »

« Je te l'ai dit – non. » La voix de Lucius est dure comme de l'acier. « Weasley ne doit pas être blessé alors que sa sécurité est la seule chose qui permet de garder ses parents sous notre contrôle. Mettre leur loyauté en danger simplement pour satisfaire ton désir de vengeance, serait de l'égoïsme pur. »

Deux taches roses apparaissent sur les joues de Drago et il se détourne de son père, braquant son regard sur moi comme si c'était de ma faute que son père l'ai réprimandé.

« Bien » il bredouille, perdant son sang-froid. « C'est bon. Nous n'avons pas besoin de lui de toute façon, n'est-ce pas Granger ? Veux-tu voir ce que j'ai appris depuis que j'ai quitté l'école ? Veux-tu te rendre compte à quel point ce que tu étais à l'école, ne compte plus maintenant ? Oh, tu pensais que tu étais spéciale, hein ? Le petit animal de compagnie préféré de tout le monde. Ca ne compte plus maintenant. » Il rit malicieusement. « Tu vas regretter d'avoir pensé que tu pouvais être mieux que moi, espèce de grosse vache ! »

Je sens que je commence à trembler, mais j'arrive à l'arrêter. Je ne vais pas avoir peur de Drago Malefoy. Il est seulement la petite fouine de l'école, c'est tout ce qu'il est. Il ne me fait pas peur.

Mon regard glisse sur Lucius, qui s'appuie contre le mur tout en nous regardant, une expression insondable sur le visage, avant de se retourner vers son fils.

« Rien de ce que tu feras, ne changera le fait que j'étais meilleure que toi à l'école » je dis tranquillement, forçant un sourire fragile sur mon visage.

Drago grogne en soulevant sa baguette, et je recule automatiquement, me préparant à ce qui va venir…

« Attend. » Lucius lève sa main en se dirigeant vers nous. Drago abaisse sa baguette en me lançant un regard noir, tandis que son père s'approche de moi, pour la première fois depuis le début de cette entrevue.

Il ne veut certainement pas que son fils se doute de l'habituelle proximité qui règne habituellement entre nous.

Il se tient à environ cinquante centimètres de moi. Trop proche, et pourtant si loin comparé à d'habitude.

« Vous devriez vous excuser pour cette petite remarque » dit-il calmement.

Que Dieu me vienne en aide pour ce que je vais oser dire, mais je ne peux pas le laisser se comporter comme si rien ne s'était passé, comme si rien n'avait changé depuis le premier jour où il m'a capturé, comme s'il était aussi indifférent à moi qu'il l'était à l'époque.

Je ne vais pas l'aider à mettre en place cette mascarade pour son fils.

« Allez-vous vous excuser pour ce que vous avez fait la nuit dernière ? » je murmure.

Sa main me fouette le visage dans une des plus fortes gifles qu'il ne m'a jamais donné. Ma tête part en arrière et je m'écroule au sol.

Je peux gouter le sang sur mes lèvres.

Il me regarde pendant quelques instants, la mâchoire tremblante, avant qu'il ne se détourne de moi et marche vivement de l'autre côté de la pièce. J'apporte ma main à ma bouche. Du sang chaud coule de mes lèvres à mes doigts.

Drago me regarde avec un petit sourire sur le visage, mais son sourire est légèrement inquiet. Je ne pense pas qu'il ait entendu ce que j'ai dit, mais il a vu ce que son père m'a fait.

Et je pense que ça l'a choqué.

Auras-tu encore la force de suivre la trace de ton père, petit garçon ?

Lucius me regarde avec une haine intense, son visage hors de vue de son fils, avant qu'il ne force son expression à redevenir calme.

« Les sorts de coupure d'abord, Drago. »

Lâche. Pourquoi ne le fait-il pas lui même s'il souhaite vraiment me repousser ?

Tu as répondu à ta propre question, Hermione.

Drago fronce les sourcils alors qu'il s'approche de moi, la baguette levée.


Je rampe sur le sol, me frayant un chemin parmi la pierre alors que les convulsions du sortilège Doloris traversent encore mon corps. Mes bras tremblent sous mon poids, mais je dois m'éloigner d'eux. Je ne peux pas en supporter plus, je ne peux pas.

Ca fait des heures maintenant, ils peuvent se permettre de s'arrêter !

« Elle essaye de s'échapper. » La voix de Lucius me coupe, me procurant une douleur presque aussi forte que le Doloris. « Tu devrais l'arrêter. »

« Je m'apprêtais à- »

« Il faut que tu réagisses plus rapidement. »

« Mais elle ne peut pas aller très loin, de toute façon ! » dit Drago d'un air boudeur.

« C'est sa façon de réagir qui me préoccupe. Elle a besoin d'apprendre que c'est nous qui tirons les ficelles de cette petite entrevue, et pas elle. »

'Mon Dieu, Drago a beaucoup à apprendre,' je pense de façon irrationnelle. Quelque chose me saisit les cheveux, m'obligeant à me retourner sur le dos, et me traine sur le sol.

Je lève les yeux vers leur visage ricanant, glissant mon regard de Drago vers Lucius, qui me fixe pendant un moment avant de se retourner vers son fils. J'aperçois la baguette de Drago et mes yeux se brouillent sous le souvenir de la douleur.

Je me roule en boule sur le côté, frissonnante.

« Tu te débrouilles bien, Drago. » Un pied se pose sous mon menton, m'obligeant à tourner la tête, et j'ouvre les yeux malgré moi pour les voir me regarder, alors que Lucius retire sa botte de mon visage.

Ils ricanent, bien que tous deux semblent cacher quelque chose sous la surface de leur dédain.

Drago semble réellement inquiet maintenant. Il me regarde presque effrayé, malgré son air arrogant.

Alors que Lucius a toujours ce même vieux regard étrange sur le visage. D'arrogance, de colère.

Et puis cette petite étincelle de quelque chose, ce quelque chose qu'il n'avait pas lorsqu'il m'a capturé, mais que j'aperçois souvent sur son visage maintenant.

Je pense que je devrais chercher la cause de ce petit quelque chose.

Je me rends malade à essayer de trouver ce que c'est. Je veux lui arracher ce masque de Mangemort et qu'il arrête de faire semblant. J'aimerais gratter à la surface pour voir ce qu'il s'y cache, afin que je puisse enfin savoir, même si ce que je vois me ferais tellement mal que je souhaiterais en mourir.

« Regarde-la » dit calmement Lucius, bien que lui ne semble pas vouloir me regarder. « Je ne pense pas qu'elle nierait le fait qu'elle a peur de toi maintenant, après ce que tu lui a fais. »

Il sourit à son fils, mais la réciprocité de ce dernier semble un peu forcée.

Mon Dieu. Qui aurait cru que ce garçon désagréable que je connais depuis que nous sommes enfants, serait capable de causer autant de douleur. Presque autant que son père.

Et pourtant, bien loin d'être aussi bien que son père.

Ma joue me brule sous des flammes invisibles.

« Regardez-moi… regardez-nous, Sang-de-Bourbe. »

Je fais ce qu'il me dit.

Il me regarde, maintenant.

« S'il vous plait » je murmure. « S'il vous plait… »

Son visage se tend alors qu'il se retourne vers son fils. « Peut être une fois de plus, Drago » dit-il froidement. « Juste une fois de plus pour la punir de l'audace qu'elle a de nous demander d'être cléments, surtout venant d'une Sang-de-Bourbe sans valeur. »

Drago me regarde, les sourcils froncés. « Tu ne penses pas- »

Il s'interromps, les joues devenant légèrement rosées.

Lucius lève un sourcil. « As-tu quelque chose à dire ? » il demande calmement.

Drago secoue la tête et lève sa baguette.

Non. Non !

J'utilise tout ce qu'il me reste comme force pour rouler sur le côté. La lumière verte du sortilège Doloris me rate de quelques millimètres.

Je me redresse sur les genoux et je les regarde tous les deux, la respiration rude. Les yeux de Drago sont larges et incrédules. Lucius est presque souriant.

Je le hais. Je le hais !

« En avez-vous eu assez, Sang-de-Bourbe ? » il demande froidement.

Je prends une grande respiration.

Il y a une chose que je peux faire. Une chose que je peux utiliser contre lui pour le faire arrêter. Je ne veux pas, je ne veux pas que Drago le sache, mais je suis damnée si je le laisse continuer.

« Vous allez arrêter ça » je dis tremblante. « Maintenant. »

Drago sort un rire incrédule mais Lucius fronce les sourcils, ses yeux étincelant d'avertissement.

« Et pourquoi devrais-je faire ça ? » il demande calmement.

Je m'oblige à calmer mes nerfs.

Je ne peux rien dire. Je n'ose pas, pas en face de Drago, mais je peux encore penser. Il n'a pas encore réussi à s'éloigner de moi de cette façon.

Je verrouille mon regard sur le sien, et je remplis mon esprit avec des mots tandis que je sens son esprit pénétrer le mien.

Vous allez arrêter ça, ou je dis à Drago des choses très intéressantes au sujet de son père.

Ses yeux se rétrécissent sous la colère, mais je continue de crier ces mots dans mon esprit.

Je lui dirai tout sur vous et sa tante. Et lorsque j'en aurai fini avec ça, je lui dirai tout ce que vous avez fait la nuit dernière, une fois que nous sommes rentrés…

Son visage se fige d'une fureur absolue, remplissant mes entrailles de glace.

« Père, que se passe-t-il ? »

Mais rapide comme l'éclair, Lucius s'accroupit près de moi, plantant sa baguette dans ma gorge avec une telle force que ça me fait presque suffoquer. Sa main libre me saisit le devant de mes vêtements, approchant mon visage près du sien.

Il doit être prudent. Il ne peut pas s'approcher trop près de moi devant Drago.

« Non, vous ne le ferez pas » il chuchote, très calme. « Sauf si vous voulez voir Weasley être torturé devant vous. Dans ce cas, vous allez garder fermée votre sale petite bouche. »

Merde. Merde. Il peut utiliser Ron pour me faire faire n'importe quoi.

Je pince les lèvres. Il a gagné cette bataille.

Lucius hoche la tête, le visage toujours blanc de rage alors qu'il me lâche.

Drago se met à rire, ce qui m'irrite au delà de l'imaginable. Après tout, il n'a pas la moindre idée de ce qu'il s'est réellement passé.

Bienvenue au club.

« Oh oui, tu ne voudrais pas que ta précieuse petite belette soit blessée, n'est-ce pas ? » Drago ricane vers moi. « Au moins, vous pouvez vous tenir compagnie pour passer le temps. »

« En effet, Drago » Lucius sourit de pure malice. Son visage est encore assez proche du mien, mais pas aussi prêt qu'il pourrait être. « Bien qu'on ai du mal à imaginer comment une racaille comme Weasley pourrait vouloir d'une petite trainée laide comme elle. »

La colère pulse à travers moi, remplissant mes veines d'électricité.

Comment pouvez-vous dire ça ? Après tout ce que vous avez fait, comment pouvez-vous encore me dire que je suis laide ? Ce n'est pas juste, pas juste, espèce de SALAUD, si j'étais vraiment laide, pourquoi me suis-je réveillée la nuit dernière avec vos doigts parcourant mon dos, pourquoi, pourquoi, POURQUOI ? JE VOUS HAIS !

Il sursaute vers l'arrière, aspirant fortement son souffle.

« Père ? »

Je cligne des yeux, regardant Lucius qui ne répond pas à son fils, qui se contente de se détourner de moi, les sourcils froncés.

Que se passe-t-il ?

« Père » dit Drago timidement. « Tu… tu saignes. »

Saigne ?

Mon Dieu, il a raison. De petites perles de sang s'échappent d'une coupure dans le blanc albâtre de sa joue, qui n'était définitivement pas présente quelques secondes plus tôt.

J'avale difficilement.

Comment Diable est-ce arrivé ?

« Qu'est-ce que c'était ? » demande Drago, mais Lucius me regarde toujours, les yeux plissés. « Est-ce qu'elle a eu une réaction magique, ou quelque chose- »

« SILENCE ! » hurle soudainement Lucius, nous faisant sursauter Drago et moi. Il me regarde intensément et profondément dans les yeux, le visage pale et tordu par ce qui semble être…

De l'inquiétude ?

« Bon… je veux dire, ce n'est pas la fin du monde, si ? » dit Drago nerveusement. « Elle a déjà dû le faire avant- »

« Je t'ai dit de te taire ! »

Il me regarde avec une telle rage, que je dois me retenir de m'excuser.

De quoi est-ce que Drago est en train de parler, d'ailleurs ?

Veut-il parler de magie sans baguette que certains font avant d'aller à l'école ? Celle qui a fait gonfler comme un ballon la tante de Harry, ou qui a fait rebondir Neville sur la pelouse de son jardin –

- Celle qui l'a fait s'envoler en arrière loin de toi –

Je… Quoi ?

J'aurais juré que… mais c'est parti, je ne peux plus…

J'essaye de la saisir à nouveau, de m'emparer de cette pensée soudaine pour comprendre ce qu'elle signifie, mais elle m'échappe comme de l'eau entre les doigts, et je ne me souviens plus de ce qu'elle était.

Les yeux de Lucius s'élargissent un instant, alors qu'ils se verrouillent sur les miens et oui, j'avais raison, il y a certainement quelque chose qui l'inquiète. Son visage se contorsionne alors qu'il me saisit de nouveau l'avant de mes vêtements, poussant sa baguette dans ma gorge.

« Vous… petite salope insolente » il murmure. « Je vous apprendrai votre place même si ça doit me tuer. Endoloris ! »

La douleur s'abat sur moi et je m'effondre au sol, l'obscurité m'engloutissant…

Un millier de sons et d'images. Tous étrangers. Tous familiers.

'Par Merlin, vous apprendrez votre place avant que j'en ai fini avec vous.'

Qu'est-ce que… Quoi ? Je n'arrive pas à me souvenir…

Je peux m'en souvenir. Les images, les sons, les pensées, tout devient limpide.

''Que quand on les poussent', vous dites ?' Il se dirige vers moi, lentement. 'Très bien, Sang-de-Bourbe, je vais passer un marché avec vous.'

Il arrive devant moi et lève sa main vers ma joue, effleurant les cheveux sur mon visage.

'Je vais essayer de vous 'pousser' pour que vous fassiez de la magie sans baguette' dit-il calmement. 'Si une réaction magique se produit en vous, je finirai certainement par être blessé, mais je vous donne mon entière permission de le faire. Vous avez compris, Sang-de-Bourbe ? Je suis tellement certain que vous serez incapable d'utiliser la magie sans baguette, que je vous autorise à me blesser.'

Il m'a donné la permission de le faire, n'est-ce pas ? Mais lorsque je l'ai fait… Lorsque je l'ai fait…

Qu'est-il arrivé lorsque je l'ai fait ?

De nouveaux souvenirs apparaissent dans mon esprit.

'Donc, je veux avoir le contrôle sur vous ?' il siffle. 'Je veux avoir le pouvoir sur votre corps, c'est ce que vous vouliez dire ?' Il rit sans aucune gaieté avant de me gifler le visage du dos de sa main. 'Espèce de petite garce pathétique ! Pensez-vous vraiment que je puisse même envisager une telle chose ?'

Il m'enfonce son poing dans l'estomac et je me replie, m'effondrant au sol.

'Vous n'êtes qu'une immondice !' Sa voix est dure de colère. 'Vous n'êtes rien ! De quel droit vous permettez-vous de dire de telles choses sur moi ?'

Je pleure, pleure devant lui, alors même que je m'étais promis de ne plus le faire, criant alors qu'il me frappe encore et encore…

Je veux qu'il arrête, je veux que tout ça prenne fin, mais il ne s'arrête pas, même si je le supplie de le faire…

De nouvelles pensées et de nouvelles visions viennent hurler en moi.

'Vous êtes inutile. Une bonne à rien. Je n'ai pas besoin de vous prouver à quel point vous êtes sans valeur. Si vous ne le savez pas déjà, ça ne pourra pas vous aider.'

Oh, FERME LA ! Laisse-moi tranquille ! Laisse-moi tranquille !

Il soulève violemment ma tête en face de lui de nouveau, et il me regarde attentivement pendant quelques secondes…

Et il me gifle à nouveau.

Je ne supporte plus cette putain de douleur et cette putain d'humiliation !

Je le hais tellement fort !

L'électricité cours toujours en moi, dans mes veines.

Concentre-toi, Hermione ! Canalise-la !

Il rit de façon cruelle.

'Comme si je voulais vous toucher !' il murmure. 'Vous, une petite merde de Moldue.'

Allez ! Fais-la sortir ! Force-la à sortir !

!

Je sens l'électricité s'expulser, sortir par mes doigts, et il se retrouve soudainement propulsé vers l'arrière, allant heurter le mur à l'autre bout de la pièce.

Il tombe sur le sol de pierres, sonné.

Je l'ai fait ! Je m'en souviens. Oh mon Dieu, je m'en souviens !

La dernière pièce du puzzle s'enclenche dans mon esprit, rendant la scène tout à fait claire.

'Vous êtes un lâche !' je murmure sous l'incrédulité.

Le muscle de sa mâchoire se contracte.

'Croyez ce que vous voulez de moi, Sang-de-Bourbe' dit-il calmement. 'C'est sans conséquence pour moi.'

Il lève sa baguette.

Non !

'Oubliettes !'

Je nage à travers l'obscurité, me frayant un chemin vers la surface.

De l'air me déchire les poumons alors que j'ouvre vivement les yeux sans rien voir, car mon esprit est toujours inondé de ces souvenirs, tout reprenant sa place, tout prenant un sens…

Mon corps se soulève alors que je prends une énorme aspiration.

« C'est quoi son problème ? »

« Si je le savais, tu ne penses pas que j'aurais tout fait pour arrêter ça ? »

Sa voix. Je m'accroche à elle, la laissant me ramener à la surface.

Les choses redeviennent limpides, le flou est balayé et mon esprit redevient clair. Le visage de Lucius est proche du mien, le front plissé, les yeux vacillant sur mon visage dans ce qui ressemble définitivement à de la peur.

« Vous… » Ma voix sort comme un écho. Lucius me regarde avec une incompréhension dégoutée, mais je dois le dire. « Vous… ma mémoire… je… »

Ses yeux s'écarquillent et son visage perd son peu de couleur, devenant si pale de rage que sa peau devient presque translucide.

« Drago. » Ses lèvres bougent à peine lorsqu'il parle. « Sors. Va dans le grand hall, je te rejoins là-bas. »

« Mais père- »

« DEHORS ! » crie soudainement Lucius. Avec un grand effort, je bouge mon regard vers Drago qui fusille du regard l'arrière du crane de son père, avant qu'il ne se retourne et se dirige vers la porte, me jetant un regard de profond dégout, claquant la porte derrière lui.

Lucius se lève, me saisissant par le bras et m'obligeant à me mettre sur mes pieds. Ses doigts s'enfoncent douloureusement dans ma peau alors qu'il tremble de fureur.

« Qu'avez-vous vu ? » il demande sévèrement. Voyant que je ne réponds pas, il me gifle durement le visage. « Répondez-moi ! »

Mon Dieu, je suis tellement en colère, je suis tellement en colère ! Je ne me soucie plus de rien ! Comment a-t-il pu ?

« Vous m'avez effacé la mémoire ! » je crie. « Espèce de salopard de lâche, vous m'avez effacé la mémoire ! »

Il hoche la tête, un minuscule sourire de colère apparaissant sur ses lèvres alors qu'il essaie de se calmer.

« Et même si je l'ai fait ? » Il me saisit le menton, apportant mon visage si proche du sien que je peux voir chaque trait de fureur. « Au cas où vous l'auriez oublié, vous êtes à moi. Cela signifie que je peux faire ce que je veux de vous, Sang-de-Bourbe. Vous n'avez aucun droit de remettre en question mes actions. »

J'arrache mon visage de son emprise. « J'ai tous les droits ! » je hurle. « C'est ma mémoire ! Comment osez-vous m'enlever la mémoire ? N'est-ce pas assez pour vous d'avoir pris possession de toute mon existence, il faut aussi que vous possédiez mon esprit ? »

Il recule sa main mais je me détourne et cours loin de lui, me haïssant de ne pas avoir pu garder ma bouche fermée, parce que je l'ai à nouveau mis en colère, je ne pourrais jamais m'arrêter de le mettre en colère –

« Ne fuyez pas devant moi, espèce d'animal révoltant ! »

Un crochet invisible me tire en arrière et des feux d'artifice explosent alors que je suis projetée contre le mur froid et impitoyable. Il vient se placer en face de moi, le visage furieux.

« Ce n'est pas grave » dit-il tranquillement. « La magie sans baguette ne peut pas être contrôlée. Vous ne pourrez jamais l'utiliser à votre avantage. On ne peut pas choisir le sort à utiliser, sauf si vous êtes un sorcier des plus avancés, et même là c'est extrêmement difficile à invoquer. »

Je ne dis pas ce que je pense – que ce n'est pas grave si je ne fais plus jamais de magie sans baguette, car à quoi ça me servirai ? Non, ce qui importe vraiment, c'est que lui et moi sachons pertinemment que j'ai autant de magie en moi que lui. Il ne pourra plus jamais me dire que je suis une sorcière incapable, sans que ça ne soit un mensonge.

Il fait courir sa baguette sur ma joue.

« D'ailleurs » dit-il négligemment, « qu'est-ce qui m'empêche de le faire à nouveau ? Je pourrais effacer de votre mémoire toute cette journée, par un simple mouvement de baguette. »

Je me tiens totalement immobile, sans vraiment le comprendre.

« Vous avez dit une fois, après avoir tué mes parents, que vous ne m'aviez jamais menti » je dis tranquillement. « Mais vous l'avez fait, Lucius. Vous m'avez pris la mémoire, et vous ne me l'avez jamais dit. Vous m'avez menti chaque jour depuis que vous avez fait ça. »

Si je ne le connaissais pas aussi bien, j'aurais dit qu'il a légèrement tressailli sous mes paroles.

Il exécute un léger mouvement de baguette, me libérant du mur. Je tombe légèrement en avant et il me rattrape par le bras.

Il me tire le visage pour lui faire face, m'approchant plus près de lui, et il semble soudain n'y avoir plus d'air en moi. Ses yeux ont chassé tout l'oxygène loin de moi.

Il… il tend la main et caresse ma joue de son doigt, la faisant rougir.

Il regarde intensément dans mes yeux, apportant plus près encore son visage, si près.

Je respire fébrilement, mais je ne l'entends pas respirer.

Il éloigne ses doigts de mon visage, les serrant dans un poing alors que sa bouche se serre en une fine ligne.

« Un jour, vous irez trop loin » dit-il tranquillement, me libérant de son emprise, « et vous ne pouvez même pas imaginer quelle sera ma réaction lorsque vous le ferez. »