'Épargne-toi du moins le tourment de la haine ; à défaut du pardon, laisse venir l'oubli.' - Alfred de Musset, La nuit d'octobre

'Le piège de la haine, c'est qu'elle nous enlace trop étroitement à l'adversaire.' - Milan Kundera, L'immortalité


Chapitre 20 Mon protecteur

« Ca ne sert à rien, Ron. Ils ont mis des sorts de silence sur la porte- »

« Chut. Je crois que je peux entendre quelque chose. »

« Même si tu le pouvais, rien de ce que tu puisses entendre ne pourra nous aider. »

« Et bien je suis désolé si je n'arrive pas encore à me résigner à passer le reste de ma vie dans cet enfer ! »

Je soupire et retourne astiquer le plancher tandis qu'il appuie une fois de plus son oreille contre la porte, le visage tendu, écoutant de toutes ses forces.

J'ai de nouveau vu Lucius aujourd'hui.

C'était la première fois que je le revoyais depuis que ma mémoire m'est revenue. Mais c'est toujours Bellatrix qui s'exécute pour m'amener faire les corvées ménagères.

Non pas que ça me dérange. Ces corvées me permettent d'avoir quelque chose à faire, au moins. Elles sont assez diverses en plus.

Ils nous demandent pas mal de choses, à part la cuisine. Ils ne nous font pas confiance pour côtoyer des couteaux.

Je serre les dents, frottant le chiffon humide sur une tâche imbibée sur le sol. Je ne vais pas donner une excuse à Bellatrix pour qu'elle puisse me punir à nouveau pour avoir mal nettoyé la pièce.

Je ressens tout à coup une pointe de ressentiment. Tout va bien pour Ron. Il peut se permettre de gaspiller son temps en écoutant à la porte. Bellatrix ne le punira pas, lui. Je ne pense pas qu'elle soit autorisée à le faire. Mais même si elle le pouvait, elle choisirait de me punir moi, plutôt que lui. Et pas seulement parce que je suis une Sang-de-Bourbe.

Lucius aurait au moins pu me regarder, aujourd'hui. Il aurait au moins pu reconnaître mon existence, le salaud.

Ils semblent tenir une sorte de réunion dans la pièce à côté. Ron est convaincu que s'il écoute assez bien à la porte, il pourra entendre quelque chose qui pourrait nous aider à nous échapper, ou quelque chose qui pourrait être utile pour l'Ordre si éventuellement nous nous échappons. Parce que nous nous échapperons à la fin, dit-il, ou si ce n'est pas le cas, l'Ordre viendra et nous sauvera.

Parfois, je me demande comment il parvient à garder espoir. J'ai renoncé à tout espoir la nuit où Lucius est venu m'annoncer que mes parents étaient morts.

Je prends une profonde respiration, le chagrin me saisissant le cœur, me faisant me sentir mal.

Mon Dieu, rien qu'un petit changement de décor pourrait rendre les choses plus faciles, rien qu'une minuscule distraction…

« Ron, tu te rappelles le jardin dont tu m'as parlé ? »

Il appuie son oreille plus fortement contre la porte, son visage crispé sous la concentration. « Ouais ? »

« Pourrais-tu encore m'en parler ? »

« Pour l'amour du ciel, comment diable suis-je censé entendre quelque chose avec tes bavardages interminables ? »

Je serre les lèvres, écrasant le chiffon sur le sol et frottant furieusement.

A peine quelques secondes passent avant que je ne sente une main sur mon épaule.

« Hermione ? »

« Quoi ? » je dis furieusement.

« Je suis désolé » dit-il maladroitement. « Je suis un abruti. »

Un petit rire m'échappe alors que je lève les yeux vers lui, et il sourit timidement.

« C'est bon, je te pardonne » je lui dis en souriant.

« Merci. Je sais que je suis un idiot d'écouter à la porte, mais c'est juste… » Il a du mal à trouver ses mots pour continuer. « Je n'arrive pas à croire qu'il n'y a aucun moyen de nous échapper ! »

Il s'assoit, prenant sa tête dans ses mains.

« Et ce n'est pas comme si j'avais autre chose à quoi penser. » Il lève les yeux vers moi. « Ne te méprend pas, je sais que c'est dur pour toi. Au moins… au moins, Dolohov et Bellatrix me laissent tranquille. Mais c'est la merde de n'avoir personne à qui parler. Ils m'apportent juste de la nourriture, m'amènent dans le jardin pour un peu d'exercice, et me ramènent ici pour travailler. Ce qui m'empêche de devenir fou, c'est de planifier une évasion. Et je ne suis pas encore prêt d'abandonner. »

J'aimerais être comme lui. J'aimerais ne pas avoir ce découragement total sur mes épaules. Je ferais n'importe quoi pour ressentir le doux espoir que les choses pourraient s'arranger.

Si Ron a ces pensées d'évasion pour rester sain d'esprit, alors qu'est-ce que j'ai moi, pour entretenir ma santé mentale ?

Ron. Il est la chose qui me fait tenir. S'il n'était pas là, je pense que j'aurais perdu la raison à partir du moment où Lucius m'a enfermé dans la cave et m'a obligé à me traiter de Sang-de-Bourbe.

« N'y a-t-il pas moyen de nous échapper par le jardin ? » je demande, même si je connais déjà la réponse.

Il hoche négativement la tête. « Non. J'ai regardé à chaque fois que j'étais là bas. Ils m'ont lancé un sort pour que je ne m'éloigne pas, mais aussi loin que je pouvais voir, c'était toujours sous terre et il n'y a aucun moyen d'en sortir.

« Je suppose que s'ils t'ont fait aller là bas, c'est qu'il n'y avait pas de risque d'évasion » je soupire.

« Ouais. » Il se tait, les yeux dans le vide.

« Peux-tu m'en dire plus à son sujet ? » je demande. « Tu as toujours été assez vague quand tu m'en parlais, et ce n'est pas comme si je l'avais déjà vu moi aussi. »

Il lui faut un certain temps pour répondre.

« C'est comme une sorte… d'obscurité » dit-il hésitant. « C'est comme s'il faisait tout le temps nuit là bas. C'est très étrange parce qu'on se croirait au clair de lune, mais ça ne peut pas être le clair de lune parce qu'il n'y a pas de ciel. La lumière semble venir… de l'intérieur même du lieu, si cela est possible. »

Je hoche la tête.

« Il y a… » il fait un signe de la main. « des arbres partout. Le sol est couvert de feuilles. Et il y a aussi… comme des ruines. Tu sais, comme des restes de vieilles abboyes Moldues. »

« Tu veux dire des abbayes ? » je demande avec un sourire narquois.

Il sourit et hoche la tête, comme s'il se réveillait d'un rêve.

« J'adorerais y aller » dis-je sincèrement. « Ca a l'air magnifique. »

Il fronce légèrement les sourcils. « Ca l'est » dit-il hésitant. « Mais c'est… bizarre aussi. Je ne sais pas comment expliquer. L'atmosphère de l'endroit est vraiment… bizarre. »

Il semble incapable d'exprimer ses pensées, et ses yeux se voilent un instant. Mais ils redeviennent clairs lorsqu'il me regarde.

« Je vais essayer de les convaincre de t'y amener » me promet-il. « La prochaine fois qu'ils m'amènent là bas, je leur demanderai que tu viennes aussi. »

« Non, ne fais pas ça » je dis rapidement. « Je ne veux pas que tu t'attires des ennuis. Peut être que Lucius m'y amènera si je lui demande. »

Ses yeux tiquent un instant, avant qu'il ne se saisisse du chiffon et le claque au sol, frottant furieusement.

« Ron ? »

« Ce sol est sacrement sale. Nous allons en avoir pour longtemps. » Il ne me regarde pas et sa voix tremble légèrement.

« Ron, je voulais seulement dire que les choses entre Lucius et moi pourraient être bien pires. Dolohov et Bellatrix te laissent tranquille, alors il n'y a pas lieu de chercher les ennuis avec eux. Si je demande à Lucius, il me punira peut être, mais au moins les choses seront- »

Un bruit de pas.

Nos deux têtes se retournent.

Quelqu'un vient. Non pas de la porte où Lucius a disparu, mais de l'autre porte.

Nous nous regardons l'un l'autre, commençant à frotter à la hâte le sol crasseux.

La porte s'ouvre dans un grincement, et je regarde aussi loin que je peux sans lever la tête.

Drago entre dans la pièce, un petit sourire malicieux sur les lèvres.

Mon estomac s'affaisse jusqu'aux orteils. Mais que veut-il bon sang ?

« Et bien, et bien, regardez ce que nous avons là. » Il entre dans la pièce, donnant un coup de pied à la porte pour qu'elle se ferme.

La tête de Ron se redresse, ses joues se colorant de rose lorsqu'il voit de qui il s'agit. « Toi ! » il bredouille. « Qu'est-ce que tu fais ici ? »

Les yeux de Drago sont étincelants de malice. « Ton amie Sang-de-Bourbe ne t'as pas dit que j'étais ici ? » dit-il d'une voix trainante.

Ron se tourne vers moi avec un regard accusateur. « Pourquoi ne m'as-tu rien dit ? »

« Je ne voulais pas t'inquiéter. Et puis, je ne savais pas qu'il était encore ici. »

« Et si, Granger » sourit Drago. « J'ai demandé à mon père si je pouvais rester, et il a accepté. Tu devrais donc rabaisser ta tête touffue pour continuer tes tâches, tu ne penses pas ? »

Ron fait un mouvement brusque mais je le retiens par le bras.

« Ne fais pas ça » je murmure dans un souffle. « C'est ce qu'il veut, tu ne vois pas ? »

Drago a dégainé sa baguette de sa poche et la pointe sur Ron. Son visage est rouge et son sourire fait trembler ses lèvres.

« Oui, c'est vrai » dit-il. « Tu dois faire ce que je dis maintenant, Weasley. Et par Merlin, ce moment a été long à venir. Maintenant, nettoie le sol. »

Une marque écarlate apparait sur le visage de Ron. Je presse doucement ma main sur la sienne.

« Il suffit de l'ignorer, Ron. Viens. »

Il repousse ma main sous la colère. Il frotte le sol, prononçant des mots incompréhensibles sous la rage.

Drago rit malicieusement alors qu'il abaisse sa baguette. « Qu'est-ce qui te met si en colère ? » il demande. « J'aurai pensé que de la vermine comme ta famille, était habituée au travail des Elfes de Maison. Ce n'est pas comme si vous aviez les moyens d'en acheter un, si ? »

Ron ne soulève pas ses yeux du sol, mais son visage est cramoisi. « Va te faire foutre, Malefoy. »

« Tu devrais surveiller ton langage. Après tout, tu es en présence de ton supérieur. »

Ron lève la tête pour répondre mais je lui agrippe le bras, enfonçant mes doigts comme un avertissement. Il serre fortement les lèvres et retourne au lavage du sol.

Drago semble presque déçu de l'absence de réaction de Ron. Je secoue la tête vers lui avant de retourner moi aussi à mon travail.

Quelques instants de silence passent avant que Drago ne revienne à la charge.

« Tu es gentil et obéissant, Weasley ? » Il crache ces mots avec malice. « Je me demande si ta petite sœur serait aussi obéissante que toi ? »

Bingo.

Ron se fige et regarde vers le visage goguenard de Drago, illuminé de triomphe maintenant qu'il a réussi à provoquer une réaction chez Ron.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? » demande hargneusement Ron.

Drago sourit. « Oh allez, tu sais très bien ce que je veux dire. » Il tend exagérément ses mains, regardant ses ongles. « La petite Ginny a beaucoup grandi ces dernières années, et ne pense pas que je ne l'ai pas remarqué- »

« Ne… » Ron arrive à peine à parler alors qu'il éloigne ma main de son bras. « Ne t'avise pas de t'approcher de ma sœur ! »

Le petit salopard émet un rire en guise de réponse. « Et tu ferais quoi si je le faisais ? Ta famille doit faire exactement ce qu'on lui demande si elle veut qu'on te garde en vie. Et ça inclut ta jolie petite sœur- »

Ron bouge si rapidement et si soudainement que je n'en prends conscience que lorsque je vois le seau voler dans les airs et s'écraser sur le mur près de Drago, l'inondant d'eau.

« Ron, NON ! »

Mais il est déjà en train de courir, et avant même que je ne me mette sur pieds, il a fracassé son poing sur le visage de Drago.

« Ron, arrête ! »

Mais il saisit Drago par le devant de ses vêtements et le frappe à nouveau, et les deux commencent alors à se battre, à se battre à coups de poings, Ron frappant Drago, Drago frappant Ron, et je ne sais pas pourquoi Drago n'utilise pas sa baguette, mais je suis contente qu'il ne le fasse pas car Ron n'aurai eu aucune chance.

« Ne t'avise- » Coup de poing. « plus jamais- » Gifle. « De parler de ma sœur- »

« Qu'est-ce qu'il se passe ici ? »

Je me retourne pour voir Lucius dans l'embrasure de la porte maintenant ouverte, ne regardant que moi, comme s'il s'attendait à ce que je réponde à sa question.

Drago et Ron l'ignorent complètement. Ou ne l'entendent pas. Ils se contentent de continuer à se frapper de toute leur force, frappant, criant, cognant.

Lucius déplace son regard sur chacun de nous trois, ses lèvres grimaçant d'exaspération. « Aidez-moi avec ces deux idiots, voulez-vous ? »

Pendant un étrange instant je crois qu'il me parle, mais il marche alors dans la pièce et Bellatrix et Dolohov le suivent, fermant la porte derrière eux sur les visages intrigués des autres Mangemorts de la pièce voisine.

Lucius dégaine sa baguette et Drago et Ron sont soudain violemment séparés l'un de l'autre, allant s'écraser sur le sol de pierre. Ils gémissent tous les deux alors qu'ils essayent de se redresser.

Lucius se tourne vers moi, un sourcil levé. « Voulez-vous bien me dire ce qu'il s'est passé ? »

Je me contente de le dévisager, bouche bée.

Drago se redresse difficilement, un bel hématome sur son œil droit. « Il a jeté son seau d'eau sur moi ! » dit-il avec fureur. « Ce connard stupide s'est jeté sur moi. Je n'ai rien fait pour le provoquer, père- »

« C'est des conneries et tu le sais, Malefoy ! » crie Ron, se mettant debout à son tour. Un filet de sang coule de sa bouche.

« C'est vrai, Ron ne ment pas. » Le regard de Lucius glisse à nouveau vers moi tandis que je parle. « Il a menacé… il a dit qu'il allait faire chanter Ginny dans le but de… »

Je m'arrête, me sentant rougir. Je ne peux pas parler de ça avec Lucius. Ca met beaucoup trop de non-dits dans l'air.

Mais la bouche de Lucius s'étire dans ce qui ressemble à un sourire narquois. « C'est tout ? » Il se tourne vers son fils. « Drago, tu devrais apprendre à mieux te contrôler. Si un imbécile choisit de t'attaquer, tu as justement une baguette pour te défendre. »

Une rougeur se répand sur le visage de Drago. Lucius l'ignore et se retourne vers la porte.

« Ramène Weasley dans sa chambre, Antonin » dit-il en jetant un œil par dessus son épaule. « Je pense que la Sang-de-Bourbe peut finir toute seule le nettoyage de cette pièce- »

« Attends. » Bellatrix aide Drago à bien se remettre sur pieds, caressant doucement son bras tout en regardant Lucius. « Ton fils a été agressé, Lucius. Par un sale traitre à son sang, en plus. Ca mérite surement une punition. »

Lucius se tourne vers elle impatiemment. « En effet, ça l'aurait mérité dans des circonstances normales. Mais le garçon ne peut pas être blessé, tu sais ça. »

« Oh oui, je sais. » Bellatrix lâche le bras de Drago et se dirige vers moi tout en parlant. « Crois-moi, je le sais. Mais il n'existe pas qu'une seule façon de punir le garçon. »

Elle me saisit par le bras.

Oh mon Dieu, je sais que je devrais être reconnaissante, parce qu'elle ne fera au moins pas de mal à Ron, mais… oh mon Dieu, j'en ai marre de tout ça !

Lucius me regarde, le visage étrangement tendu.

« NON ! » Ron commence à crier, mais Dolohov pointe sa baguette sur lui et le soulève magicalement du sol, allant le bloquer au mur par des liens invisibles.

« NE LA TOUCHEZ PAS, ESPECES DE SALAUDS, LAISSEZ LA TRANQUILLE ! »

« Silencio ! »

Le murmure de Dolohov interrompt les hurlements de Ron.

Bellatrix lève les sourcils vers Lucius, le visage illuminé de défi. Il fronce les sourcils vers elle, avant de se retourner vers Drago qui regarde la scène avec une avidité malsaine.

« Toi, dehors » dit Lucius brièvement.

Drago se tourne vers son père, indigné. « Pourquoi je ne peux pas rester ? Je veux voir- »

« Tu remets mes ordres en doute ? »

La bouche de Drago se referme comme un piège et il secoue la tête tristement. Il se retourne et quitte la salle dans un coup de vent.

« Toi aussi » dit Lucius à Dolohov, dont le visage se tord de rage.

« Je te demande pardon ? »

« Dehors » dit Lucius, menaçant. « Tu n'as pas besoin d'être ici. Le garçon est immobile et la jeune fille ne peut pas s'échapper. Retourne dans la pièce à côté et tiens compagnie à nos invités. »

« Et pourquoi devrais-je faire ce que tu dis ? » La voix de Dolohov s'élève avec colère.

Lucius le regarde et laisse échapper un ricanement de supériorité. « Parce que mon rang est supérieur au tien, Antonin, comme tu le sais très bien. »

Dolohov le fusille d'un regard meurtrier.

« Non, je reste ici. » Il postillonne alors qu'il parle. « Je veux voir si tu peux supporter de faire du mal à ta précieuse petite Sang-de-Bourbe, vu que tu n'as pas supporté de la voir partir l'autre soir. »

Les doigts de Lucius se resserrent autour de sa baguette, bien qu'il ne la soulève pas encore. « Je n'ai pas besoin de me justifier face à une pourriture comme toi » dit-il calmement.

Dolohov blanchit de rage et lève sa baguette.

« Oh, sors d'ici, Antonin ! » hurle Bellatrix sous l'impatience. « Ca ne te concerne pas. Pars. »

Dolohov devient rouge de colère face à la perte de sa supposée alliée, et avec un dernier regard meurtrier vers Lucius, il se dirige rageur vers la sortie, claquant la porte derrière lui avec une telle force que ça en fait trembler le cadre.

Lucius et Bellatrix ne le regardent même pas quitter la pièce.

Un long silence s'installe alors que les ongles de Bellatrix me déchirent la peau.

« C'est inutile » dit froidement Lucius. « Le garçon sait qu'il ne devra plus se comporter ainsi. »

« Réticent à la blesser, Lucius ? » Bellatrix ricane. « Que ça me surprend. »

« Ne sois pas ridicule » dit-il hargneusement. « La fille ne signifie rien pour moi. »

« Alors, prouve-le ! » elle riposte triomphalement. Elle donne un petit coup de baguette dans les airs et attrape un petit couteau dans sa main, le tendant à Lucius avant de me saisir par la taille, me tenant un bras derrière mon dos, et l'autre bras tendu devant moi. « Coupe-la. »

Ron lutte frénétiquement contre les liens le retenant au mur. Sa bouche s'ouvre et se referme alors qu'il crie vers eux silencieusement.

Mon regard remonte vers Lucius, qui me regarde avec un visage figé. Quelqu'un qui ne le connaitrait pas, penserait qu'il est indifférent à la situation. Mais bien sur, quelqu'un qui ne le connaitrait pas, ne penserait pas à regarder dans ses yeux.

Je ne sais pas pourquoi il se sent si concerné. La dernière fois qu'il m'a vu, il a laissé son salaud de fils me torturer pendant des heures. Il m'a lui même lancé le sortilège Doloris qui m'a permis de retrouver la mémoire. Pourquoi ça le gène, maintenant ?

La respiration de Bellatrix est lourde contre ma joue.

« Si la fille ne signifie rien pour toi, alors prouve-le ! » Elle relève la manche de ma robe pour exposer mon bras nu. « Coupe-la ! »

Je regarde Lucius, le suppliant silencieusement. Son regard rencontre le mien, rempli de choses qu'il ne comprend peut être même pas.

Ces yeux sont sans fond. Ils sont la fenêtre vers son vrai soi. Il réussi toujours à être si calme, dans toutes les circonstances. Ces yeux froids et sans fond sont les seules choses qui m'ont vraiment permis de savoir ce qu'il pense vraiment. Je ne les trouverais jamais plus vides et blancs comme je les trouvais avant.

Il serre fortement les lèvres et amène le couteau vers mon bras. Son visage reste totalement immobile alors que je murmure un minuscule petit mot.

« S'il vous plait. »

Un muscle se crispe dans sa mâchoire, et une douleur vive et brulante se répand dans mon bras. Je baisse les yeux. Ses doigts pressent le couteau contre ma peau, l'ouvrant, amenant le sang jusqu'à la surface, mais je ne sors pas un seul son. Je relève le visage, et je regarde dans ses yeux, et il regarde dans les miens, nous deux, comme toujours, unis dans la douleur.


Je sors de la baignoire, grimaçant face à ma nouvelle plaie sur mon bras qui menace de s'ouvrir à nouveau. J'enlève le bandage imbibé de sang et désormais inutile, regardant la plaie, fraichement coupée et encore loin de cicatriser.

Les bords blancs de la plaie sont redevenus rouges vifs, de petites perles de sang ayant refait surface des heures après.

Il ne m'a même pas regardé lorsqu'il m'a porté jusqu'à ma chambre.

Il s'est contenté de me bander le bras.

Je n'ai pas utilisé la potion de guérison, contrairement à ce qu'il m'a demandé en partant. Et je ne l'utiliserai pas. Je veux que cette coupure fasse une cicatrice. Peut être que ça pourra compenser ce que je ressens à l'intérieur de moi.

Je jette le bandage avant de me saisir d'une serviette et de l'enrouler autour de moi. Saisissant ma bougie posée sur le sol, je marche jusqu'à ma chambre et la pose sur ma table de chevet. La petite lumière créer des ombres immondes autour de la pièce, mais mieux vaut de la lumière que l'obscurité.

J'enfile une robe blanche sans manche. C'est avec ce vêtement que je dors depuis plusieurs nuits.

Je me saisis du peigne sur ma coiffeuse et commence à me brosser mes cheveux trempés. Je retiens mon souffle car ça tire sur les nœuds, mais je ne vais pas me plaindre. Toute la douleur que je m'inflige est en quelque sorte une espèce de contrôle sur mon propre corps, sur mon propre être.

La porte s'ouvre violemment derrière moi.

Je me retourne, laissant tomber le peigne qui tombe au sol dans un cliquetis.

Dolohov entre dans la chambre et claque la porte derrière lui. Son visage est dur de rage alors qu'il me regarde.

Un long silence s'installe alors que je commence à trembler sous son horrible regard, sentant ma peau se crisper de peur.

Dis quelque chose. Fais le parler.

« Que voulez-vous ? » je demande en tremblant. C'est une question stupide mais qu'est-ce que je pouvais dire d'autre ?

Il rit sans aucune gaieté, le visage tordu et dur alors qu'il balaye son regard sur moi.

« Tu sais ce que je veux. » Il s'approche à grands pas de moi. J'avale la bile qui remonte dans ma gorge.

« Sortez ! » Je cours désespérément à travers la pièce mais il est trop rapide pour moi. Il me saisit par la taille et commence à me trainer vers le lit. Je crie furieusement d'une terreur absolue, agitant vivement mes bras et mes jambes, alors qu'il me traine à travers la pièce. Je lui griffe les bras, mais il ne veut pas me lâcher, il est trop fort…

C'est alors que je crie le seul nom qui me vient à l'esprit.

« Lucius ! LUCIUS ! »

Il arrête de me trainer mais il garde sa poigne de fer autour de ma taille, appuyant une main sur ma bouche, étouffant mes cris.

« Que veux-tu ? Hmm ? » Son souffle est chaud et humide sur ma joue. « Qu'est-ce que tu lui veux ? »

Il me jette à terre. Je tombe en avant et j'essaye de ramper loin de lui mais il se jette sur moi, m'immobilisant les jambes avec ses genoux. J'essaye de me retourner sur le dos pour le frapper mais mes épaules me brulent sous son poids. Il rit alors qu'il utilise une de ses mains pour bloquer mes poignets au dessus de ma tête, et son autre main pour appuyer ma tête contre le sol. Des larmes de peur absolue coulent sur mon visage, mes joues pressées douloureusement contre la pierre froide.

Je suis presque paralysée par la peur mais je me force à parler.

« Il va vous tuer ! » je hurle désespérément. « Il va vous tuer dès que je lui dirais- »

Il me saisit par les cheveux et m'oblige à lever la tête pour chuchoter à mon oreille. « Oh oui, ton protecteur tout puissant. Dis-moi, je suis curieux : que se passe-t-il exactement entre toi et mon ami Lucius ? Parce que je sais qu'il ne t'a pas encore baisé, à moins que les choses aient évolué depuis la dernière fois que j'ai regardé dans sa pensine. »

« Comment savez-vous pour la Pensine ? » je demande tremblante.

Il rit d'un rire sauvage et dément. « Espèce de chienne stupide. Ne t'es-tu jamais demandé comment est-ce que la Pensine a atterrit dans ta chambre ? »

« C'était vous ? »

Il rit de nouveau et claque ma tête contre le sol. Je commence à sangloter tandis qu'il commence à arracher le haut de ma robe.

« Et ne pense même pas à essayer de l'appeler » il siffle. « Il ne peut pas t'entendre. Cette maison est très grande, et lorsque je l'ai quitté, il était à l'autre bout de la demeure. Mais lorsqu'il arrivera, je ferai en sorte qu'il sache que j'ai eu sa précieuse petite Sang-de-Bourbe avant lui. »

Mon corps est tendu à l'extrême, essayant très fort de provoquer une réaction magique, mais j'ai l'impression d'être face à un mur de briques solide. Rien ne viendra, rien ne pourra m'aider.

« Et bien faites-le alors, espèce de gros malade ! » je hurle. « Mais il vous tuera quand je lui en parlerai. Peut être qu'il me laissera même regarder. Et ne pensez pas que je ne rirai pas- »

« TAIS-TOI ! » il crie, me tirant les cheveux à m'en arracher le cuir chevelu. « Penses-tu que ton rire signifie quelque chose pour moi ? Crois-moi, je vais te montrer ce qu'est une vraie humiliation ! »

« Impedimenta ! »

Son poids quitte mon corps et je peux de nouveau respirer, je suis libre…

Je me retourne sur le dos pour le voir s'envoler dans les airs et se fracasser contre le mur derrière lui.

Je regarde vers la porte et essaye de reprendre mon souffle, mais je n'ai pas besoin de le voir pour savoir qui c'est. Je l'ai su au moment même où j'ai entendu l'incantation.

Je ne sais pas si j'ai jamais aperçu Lucius aussi en colère qu'il paraît maintenant. Jamais. Son visage est crispé d'une si vive fureur qu'il ressemble à peine à un humain.

Il m'enjambe et m'aide à me relever, me saisissant par les épaules et me secouant vivement en regardant dans mes yeux.

« Qu'a-t-il fait ? » il demande d'une voix rauque. « Que vous a-t-il fait ? »

« Rien » j'halète. « Rien. Merci. Je- »

Ne le remercie pas !

Que puis-je faire d'autre ?

Notre contact visuel est rompu lorsque Dolohov gémit en se redressant sur ses pieds.

Avant que je ne puisse me rendre compte de ce qu'il se passe, Lucius me saisit la main et me place derrière lui.

Dolohov pointe sa baguette vers nous en riant. « Oh, vraiment mignon » il crache. « Si seulement le Seigneur des Ténèbres pouvait te voir en ce moment même, Lucius. Si seulement Narcissa pouvait te voir maintenant. Qui aurait pu penser qu'il verrai un jour Lucius Malefoy jouer les chevaliers servants avec une de ces immondes Sang-de-Bourbes qu'il méprise tant ? »

« Tu ne la touchera jamais plus » dit furieusement Lucius.

« Et laisse-moi deviner pourquoi ? Parce que je suis un Sang Pur et qu'une Sang-de-Bourbe ne peut être touchée, c'est ça que tu allais me dire ? » Il balance sa tête vers l'arrière et commence à rire à nouveau, s'étranglant presque. « Tu n'es qu'un hypocrite. Tu n'arrives même pas à être honnête avec toi même. Endoloris ! »

« Protego ! » Le sort de Dolohov rebondit loin de nous et son visage se tord de rage.

« Bon Dieu, c'est tellement pathétique ! » dit-il en me regardant. « Sais-tu ce qu'il a fait à des gens comme toi avant aujourd'hui ? Je l'ai vu torturer et assassiner des Moldus simplement pour le sport ! Il les utilise pour pratiquer la magie noire ! Tu te souviens du cas Rookwood, Lucius ? Tu te souviens ? »

« Qu'importe, Antonin ? » La voix de Lucius est secouée de fureur.

Dolohov sourit. « Elle était une Moldue, mais Rookwood l'aimait » il dit, les yeux étincelants. « Tu n'avais certainement pas à faire ce que tu- »

« Il a compris lorsque je lui ai expliqué » dit doucement Lucius.

« Ah oui, la question de l'enfant. C'est incroyable de voir comment tu arrives à oublier tes préjugés aujourd'hui, lorsque dans un passé pas si lointain, ces mêmes préjugés t'ont amené à assassiner une Moldue enceinte, plutôt que de permettre à un Sang Mêlé de vivre. »

La main de Lucius se resserre autour de la mienne alors qu'il sent l'horreur se répandre en moi, m'étouffant.

« Pourquoi penses-tu que je suis ici ? » Sa voix a du mal à garder son calme. « Je suis ici justement pour empêcher que ne se reproduise ce genre d'incident. »

Dolohov rit de nouveau. « Penses-tu vraiment que j'ignore ce qu'il se passe ? » il crie. « Tu es venu ici pour elle, et uniquement pour elle. Le petit jouet de Lucius Malefoy- »

« SILENCE ! » Lucius crie soudainement. « Tu ne m'accuseras pas de telles choses, simplement par pure jalousie- »

« Alors pourquoi es-tu venu ici ce soir ? » demande Dolohov triomphalement. « Pourquoi es-tu venu si ce n'est pas pour elle ? Je ne pense même pas que tu aies considéré cela avant. Je veux dire… regarde-la. »

Lucius ne me regarde pas mais son emprise sur ma main se resserre alors que Dolohov tourne ses yeux vers moi.

« Si… innocente » dit-il tranquillement. « Si pure. Non seulement cela, mais elle est la seule chose qu'il nous est interdit d'avoir. Ca doit être tellement tentant pour toi, de savoir qu'elle dort, sans défense, dans la chambre à côté de la tienne. Je me demande comment tu aurais réagi si j'avais réussi à poser mes mains sur elle avant toi- »

Lucius me jette sur le côté. Je vole vers le mur, trébuchant sur ma robe et tombant sur le sol, et avant même que j'ai touché le sol, Lucius a jeté un sort à Dolohov.

Tous deux commencent à se battre en duel. Leurs baguettes sortent toute sorte de couleurs, rouge, vert, violet et bleu, les sorts fendant l'air.

Je rampe sur le sol, m'accroupissant dans un coin, tremblante et me blottissant contre moi même, alors que je les vois se battre de façon acharnée.

Je ne peux pas me permettre d'espérer que Lucius gagne, car jusque là j'ai toujours rêvé de le voir souffrir et même mourir.

Mais c'est différent maintenant. S'il meurt, je serais coincée avec Dolohov. Lucius est certainement le moindre des deux maux, non ?

Je rampe de l'autre côté de la pièce, invisible d'eux. Tout ce qu'ils peuvent voir en ce moment, c'est leurs sorts fusant entre eux et se répercutant sur les murs. Je rampe jusqu'à arriver derrière Dolohov, m'accroupissant et regardant Lucius se battre.

Je regarde la fureur intense et la concentration sur son visage, alors que sa baguette claque, tourne et s'élève dans les airs, envoyant une multitude de lumières multicolores à une vitesse incroyable. Et ça suffit pour moi. Il est venu ici ce soir, et il m'a sauvé, et maintenant il se bat avec quelqu'un qui est sensé être son ami, pour moi, pour moi, oh mon Dieu, il fait tout pour moi.

Ca suffit. Je sais ce que j'ai à faire.

Je saute du sol et me rue vers l'avant, jetant mes bras autour du cou de Dolohov, utilisant l'ensemble de mon poids et toutes mes forces pour le tirer vers l'arrière, pour l'éloigner de Lucius. Il lutte, se débattant fortement, bougeant son corps, mais je me débrouille pour tenir bon, mon corps balloté de tous côtés, mais je ne peux pas le laisser, je ne peux pas le laisser gagner, je ne peux pas je ne peux pas je ne peux pas…

« Avada kedavra ! »

La lumière verte vole vers nous, faisant hérisser mes cheveux.

Mes yeux se ferment.

Oh mon Dieu, oh mon Dieu.

Je tombe en arrière, Dolohov venant avec moi, et nous nous effondrons tous les deux au sol…

Son poids m'écrase. Chaque os et chaque muscle de mon corps hurlent de protestation.

J'ouvre les yeux.

Toujours en vie.

Je pousse Dolohov loin de moi à grands efforts, et je m'extirpe de sous lui. Où est Lucius ? J'ai besoin de le voir –

Oui, il est vivant lui aussi. Il regarde Dolohov, le visage extrêmement pâle, sa baguette encore serrée dans sa main.

Je suis son regard.

Dolohov gît, affalé sur le sol, les yeux ouverts et vitreux.

Il est mort.


Petite note de la traductrice : Désolée pour cette fin de chapitre qui entretient grandement le suspens, la suite sera postée comme d'habitude dans 2 jours !

Je profite de ce petit message pour remercier chaleureusement les lecteurs ayant laissé des reviews anonymes, notamment Guest et Marine. Je ne peux malheureusement pas vous répondre personnellement comme je le fais pour ceux qui ont un compte sur le site, mais sachez que je suis toujours heureuse de lire vos gentilles reviews :-)

Je remercie bien sur tous les autres qui prennent également le temps de me laisser des petits mots, et un MERCI particulier à PrettyLo, ma plus fidèle reviewveuse, et ma fan de la première heure ! Ma traduction ne serait vraiment pas la même sans ton adorable tartine à chacun de mes chapitres, que je prends toujours un grand plaisir à dévorer ^^

Sur ce, à bientôt chers lecteurs.