'MACBETH, regardant ses mains : C'est là une triste vue !
LADY MACBETH : Quelle folie d'appeler cela une triste vue !
MACBETH : L'un des deux a ri dans son sommeil, et l'autre a crié, au meurtre ! Ils se sont éveillés l'un et l'autre : je me suis arrêté en les écoutant ; mais ils ont dit leurs prières et se sont remis à dormir.
LADY MACBETH : Ils sont deux logés dans la même chambre.
MACBETH : L'un s'est écrié : Dieu nous bénisse ! Et l'autre, 'Amen', comme s'ils m'avaient vu, avec ces mains de bourreau, écoutant leurs terreurs ; je n'ai pu répondre 'Amen' lorsqu'ils ont dit 'Dieu nous bénisse !'
LADY MACBETH : N'y pensez pas si sérieusement.
MACBETH : Mais pourquoi n'ai-je pu prononcer 'Amen' ? J'avais grand besoin d'une bénédiction, et 'Amen' s'est arrêté dans mon gosier.
LADY MACBETH : Il ne faut pas penser ainsi à ces sortes d'actions, on en deviendrait fou. ' - William Shakespeare, Macbeth
Chapitre 22 Crois-moi
Je me redresse agilement du sol, regardant la porte fermée, souhaitant plus que tout avoir la faculté de regarder à travers le bois pour voir Lucius de l'autre côté.
Dans le silence, j'entends un grand bruit sourd, comme si quelque chose avait heurté le mur, avant d'entendre des pas rapides s'éloigner de ma chambre.
Puis il n'y a plus que le silence.
Dans un état second, je lève ma main vers mon visage, laissant reposer légèrement mes doigts sur mes lèvres.
Elles ont l'air meurtries, même s'il m'a à peine touché.
Tout est flou. C'est comme si j'étais entouré d'une brume opaque. Rien n'est clair. Rien n'a de sens.
Je me force à bouger. Je marche lentement dans ma chambre et je m'allonge sur mon lit, attendant longtemps le sommeil miséricordieux qui chasse mes pensées et mes émotions en m'amenant dans les ténèbres compatissantes.
Je ne rêve de rien. Je suis seulement engloutie dans les ténèbres, dans le vide merveilleux.
Ca ne peut pas durer éternellement, bien sur.
Je dérive dans l'inconscience, la couverture chaude du sommeil m'abandonnant tout doucement, me laissant me réveiller dans le froid.
J'ouvre les yeux et les moments heureux de l'inconscience disparaissent rapidement, et je me rappelle de tout ce que je souhaitais oublier. Le corps mort de Dolohov, et les mains de Lucius sur mon corps, ses lèvres sur les miennes.
« Vous devriez vous lever. Nous devons parler. »
C'est lui. Sa voix… Elle est si froide, si hachée. Sérieuse.
Je m'assois. Il est debout de l'autre côté de la pièce. Ses bras sont croisés sur son torse et son visage est de marbre. Sérieux.
Je me redresse et essaye de me lever du lit, trébuchant dans mes couvertures. Je tombe sur le sol, mon genou heurtant douloureusement la pierre. Il produit un 'tss-tss' d'impatience.
« Je vois que vous possédez encore toute la grâce d'un clochard ivre » dit-il cruellement d'une voix trainante. « Certaines choses ne changeront jamais, je suppose. Redressez-vous. »
Comment peut-il… Comment peut-il être si froid après tout ce qui s'est passé la dernière fois ? Comment peut-il seulement rester là à me traiter comme si rien n'avait changé depuis le moment où il m'a capturé, alors qu'en réalité toute la situation s'est déformée en une chose qui n'a plus de sens, et pourquoi est-ce qu'il me parle comme ça ?
Je me remets sur pieds. Il me regarde comme si j'étais son associé du jour au Ministère de la Magie : calmement, froidement.
« Je suis ici pour vous informer de notre situation. » Il dit délicatement ce dernier mot. Son visage ne montre rien. « J'ai parlé au Seigneur des Ténèbres. Je lui ai dit à propos de la… fuite d'Antonin. Même si j'ai du mal à l'admettre, il semblerait que je dois vous remercier. »
« Pourquoi ? » je demande calmement.
« Votre plan d'utiliser un sort de modification de la mémoire sur Bellatrix, a magnifiquement bien marché. Si elle n'avait pas été là pour soutenir mon histoire, je ne pense pas qu'il m'aurait cru. Mais par un heureux hasard, il semble qu'Antonin se rebellait depuis quelques temps. Il était mécontent de son manque d'autorité vis à vis de moi et de Bellatrix, et il semble qu'il a exprimé son mécontentement au Seigneur des Ténèbres avant sa mort. »
Sa mort. Ces mots sortent si facilement de sa bouche. Sa mort. Pas son assassinat. Sa mort.
Il n'y a aucune expression sur son visage.
Est-ce qu'il s'en fout ?
C'est un Mangemort. Il est mauvais, bien sur qu'il s'en fout.
« Il n'a pas de raison de vous soupçonner » poursuit-il. « Je ne pense donc pas qu'il vous questionnera à ce sujet. Nous sommes sauvés, Sang-de-Bourbe. Vous êtes sauvée. »
Voilà.
Mais je ne me sens pas sauvée. La situation entière me rappelle un jeu auquel je jouais avec mon père lorsque j'étais petite : un seul faux pas et tout s'écroulait.
« Et bien, je suis contente que vous semblez y croire ! » Ma voix se gonfle de colère. Je ne sais pas pourquoi. Je prends une grande respiration pour essayer de me calmer. « Pardonnez mon cynisme mais je ne suis pas entièrement sure de croire qu'il ne se doutera de rien. »
Il lève un sourcil. « Et bien, je pourrais toujours prendre des mesures supplémentaires pour m'assurer que vous êtes bien protégée. Souhaitez-vous que je vous efface la mémoire ? Je serais plus qu'heureux de le faire. »
Je prends une grande inspiration, considérant un instant la proposition. Est-elle si terrible ?
Mais dans ce cas… S'il m'enlève la mémoire de cette nuit, je ne me souviendrais donc pas… de ce qui est arrivé ensuite.
« Non » je dis avec un soupir.
Il sourit amèrement. « Non. Je pensais bien que vous seriez opposée à cette idée. C'est pourquoi je ne l'ai pas fait en premier lieu. C'est une question de confiance, vous ne pensez pas ? »
De confiance.
Je n'arrive pas à le croire, parfois.
La plupart du temps.
Tout le temps, en fait.
« Il ne peut pas afficher votre mémoire par le biais de la Legilimencie » dit-il calmement. « Et donc, même s'il vous interrogeait, vous devriez être en sécurité aussi longtemps que vous gardez votre bouche fermée. Croyez-moi, c'est une technique que j'ai perfectionné dans le passé. »
Il s'arrête alors, et je sais pourquoi. Parce que c'est la technique qu'il a utilisé pour garder secret de Voldemort notre relation.
« Et vous croyez vraiment que cela va nous protéger ? »
Il fait une petite moue. « Quel autre choix avons-nous ? Je suis convaincu qu'il croit en ma version des évènements, et il semble que nous ayons la chance de notre côté. Antonin s'était plaint de son manque d'autorité par rapport à moi et Bellatrix. Son mécontentement s'est avéré très utile. C'est une ironie amère pour lui. »
« Non » dis-je tranquillement.
Il arque un sourcil. « Non quoi ? »
« Il est mort. Vous ne devriez pas vous moquer de quelqu'un qui est mort. »
Son visage s'assombrit d'amusement. « S'il est mort, ça signifie qu'il n'est plus là pour l'entendre, n'est-ce pas ? »
Je le regarde, voulant lui dire quelque chose, voulant lui demander s'il n'a pas le moindre remord par rapport à ce qu'il a fait.
Mais je ne peux pas. Car je connais déjà la réponse. Le 'remord' est un mot qui n'existe pas dans le dictionnaire des Malefoy.
Non pas que Dolohov mérite le moindre respect, non. Cependant…
« Et maintenant ? » je demande finalement, ne sachant pas vraiment quoi dire.
« Maintenant, nous gardons notre secret » dit-il sèchement, donnant ses ordres. Il est habitué à ça, je suppose. « Nous ne dirons rien à propos de ce malheureux incident. Le remplaçant de Dolohov devrait arriver dès demain. Ce sera comme si rien n'avait changé, à part que vous pourrez maintenant dormir sur vos deux oreilles. »
Vraiment ?
« Ne vous sentez-vous pas un minimum coupable face à ce que nous avons fait ? » je dis en désespoir de cause. « Nous avons tué quelqu'un, Lucius. Nous sommes des meurtriers ! »
Il pointe sa baguette vers moi et un picotement se répand sur ma joue. Je touche la petite coupure de mes doigts, des larmes remplissant mes yeux. Mais ce n'est pas la douleur de la coupure qui me fait pleurer.
« J'étais déjà un meurtrier, Sang-de-Bourbe, au cas où vous l'auriez oublié »
Non, bien sur que je n'ai pas oublié. J'y pense chaque jour.
« Est-ce que ça ne vous empêche pas de dormir la nuit ? » je murmure. « Ne faites-vous jamais des cauchemars en pensant au style de vie que vous avez décidé de suivre ? »
« Non » dit-il sans ménagement. « Je ferais un bien piètre Mangemort si ça m'arrivait. »
Je ne m'attends pas à ce qu'il se sente coupable pour les autres meurtres, bien sur. Pas même pour ceux de mes parents, même si… c'est la seule fois où j'ai pensé possible le fait qu'il ai ressenti une pointe de remord.
Mais j'aurai pensé qu'il se sente mal avec celui là.
« Mais Dolohov était votre ami, n'est-ce pas ? » je demande, déterminée à avoir le fin mot de l'histoire.
Il fait une pause. « Autrefois oui, il pouvait prétendre à ce titre » dit-il tranquillement. « Mais il a perdu son statut d'ami lorsqu'il a décidé d'aller contre ma volonté, et risqué de se polluer avec une Sang-de-Bourbe. Je n'ai aucun désir de fréquenter des personnes dont la moralité est si laxiste. »
La moralité des gens normaux concernerait ce qui est bon et ce qui ne l'est pas, la différence entre les bonnes manières et les manières égoïstes.
Rien de tel pour Lucius Malefoy.
« Qui va remplacer Dolohov ? » je demande finalement, changeant de sujet.
« Je pense que ça sera Avery » dit-il d'un ton neutre. « C'est un vieil ami à moi. Vous pouvez lui trouver un caractère moins coloré qu'Antonin, mais il est fastidieux dans son travail. Calme mais appliqué. »
J'avale durement. J'ai froid. Il y a trop d'espace entre nous, il ne semble pas vouloir venir plus près. Je me sens exposée et seule.
« Et Drago ? » je demande.
Ses sourcils se froncent légèrement. « Drago restera ici pour le moment. Le Ministère a commencé à se rapprocher du manoir il y a quelques semaines, pour le surveiller. Ce n'est pas encore un endroit sur pour qu'il y retourne tout de suite. »
Je me sens engourdie alors que je lui pose une autre question.
« Et votre femme ? » C'est un véritable combat intérieur d'utiliser ce mot.
Son froncement de sourcils s'intensifie. « Quel est le rapport avec elle ? »
« Est-ce qu'elle va rester ici elle aussi ? » je demande froidement, comme si elle était sans conséquence pour moi.
Il me regarde un long moment, ses yeux ressemblant à deux morceaux de glace. « Non, je ne pense pas » dit-il finalement. « Quelqu'un doit rester au manoir pour s'assurer que les employés du Ministère ne profitent pas de mon absence. Elle n'est pas un Mangemort, ils la laisseront en paix. »
« N'est-ce pas un peu optimiste ? » je demande. « Elle est mariée à un Mangemort, et la mère d'un futur Mangemort. »
Pourquoi essayes-tu à tout prix qu'elle vienne ici ?
Je ne sais pas… Peut être que sa présence lui rappellera que… Peut être que ça l'aidera à garder ses distances.
« En quoi ça vous importe de savoir si elle est en sécurité ou non ? » il demande, sa voix se parcourant de glace. « Vous ne la connaissez même pas. »
Je le regarde fixement. « Un mari digne de ce nom voudrait certainement savoir si sa femme est en sécurité ou non. »
Une autre coupure me strie la joue. Il s'avance lentement vers moi, tenant sa baguette devant son torse.
« Ne me poussez pas, Sang-de-Bourbe, je ne suis pas d'humeur pour supporter vos railleries. »
« Je fais ce que je veux ! » je crie, perdant finalement mon sang-froid. « Pensez-vous que vous pouvez simplement venir ici et m'appeler 'Sang-de-Bourbe' en agissant de manière distante et froide, alors que l'autre nuit vous- »
Un poing invisible m'enfonce l'estomac. Je me tords en deux, me tenant le ventre en essayant de reprendre mon souffle.
Il enroule sa main dans mes cheveux et je suis tirée vers l'arrière, et je percute le mur derrière moi, de l'électricité me parcourant tout le corps alors qu'il me tient solidement au mur, sa main enfoncée dans mon épaule.
« Ne me parlez plus jamais sur ce ton, est-ce que c'est clair ? » il murmure, le visage dur d'une colère sourde.
J'avale difficilement et je hoche la tête. Il baisse le regard vers moi, ses lèvres recroquevillées par la rage et le dégout, avant qu'il ne tourne les talons, me libérant du mur. Il parcoure rapidement la chambre et claque la porte derrière lui.
« Qu'est-ce qui est arrivé à Dolohov, à ton avis ? »
La question de Ron me gèle sur place une seconde, avant que je ne retourne au polissage du chandelier d'argent que je tiens dans ma main.
C'est ce genre de tâches répétitives qui me permettent de tenir. Je me réveille, j'exécute mes tâches, je mange, je me lave, je dors. Je me réveille, j'exécute mes tâches, je mange, je me lave, je dors…
Je dois me concentrer sur ce que je fais.
Plus encore, je dois m'empêcher de m'inquiéter sur le fait que Lucius passe maintenant son temps à m'éviter.
« Je ne sais pas » je dis, essayant de garder une voix nonchalante. « Il a déserté, non ? C'est ce que j'ai entendu dire par Bellatrix et Lucius. »
« Ouais, j'ai entendu ça aussi. » Le visage de Ron fait apparaître un léger froncement de sourcils. « Mais ça semble étrange, non ? Je veux dire, comment a-t-il pu traverser le lac sans un membre de la famille Black avec lui ? L'embarcation n'apparaît que pour eux, non ? »
Le monde autour de moi se bloque pendant une seconde. Pourquoi n'avons-nous pas pensé à ça ? Stupides, stupides, stupides.
J'avale durement, me forçant à rester calme, improvisant à la hâte. « Les créatures de l'eau ne s'en prennent qu'aux Sang-de-Bourbes et aux Moldus, non ? » Je réalise que je parle trop rapidement, et je me force à ralentir. « Je suppose qu'il a dû traverser le lac à la nage, et ils ne l'ont certainement pas blessé. C'est un Sang Pur, je me souviens qu'il l'a dit. »
Le monde entier semble figé pendant un long moment alors que Ron réfléchi à ma réponse. Finalement, il soupire et se remet à astiquer son chandelier.
« Ca peut tenir la route » est tout ce qu'il dit, et j'essaie de rendre inaudible mon soupir de soulagement.
Un long silence s'installe. J'astique le chandelier aussi fort que je le peux. Je ne dois pas y penser. Je ne vais pas y penser.
« Hermione ? » dit Ron, hésitant. « Est-ce que tu as pensé à… En fait aujourd'hui, j'ai vu Malefoy lire le journal, et la date sur le devant… c'était Octobre. »
J'expulse mon souffle. « Bon Dieu » est tout ce que j'arrive à dire. « Ca signifie que nous sommes ici depuis… des mois. »
« Ouais, mais… as-tu pensé à… » Ron inspire son souffle avant de l'expulser durement. « Et bien, ça signifie que tu as eu dix-huit ans il y a quelques temps. Ton anniversaire était le mois dernier, non ? »
Je laisse tomber le chandelier.
« Hermione ? »
Je fonds en larmes.
« Oh non, Hermione, je suis désolé. »
Il me serre dans ses bras et je sanglote de plus belle. Je ne peux pas m'en empêcher. J'ai eu dix-huit ans et je ne m'en suis même pas aperçu. Mon premier anniversaire en tant que prisonnière. Mon premier anniversaire en tant qu'orpheline.
Et probablement mon dernier anniversaire. Je suis sure que je mourrais avant mon prochain.
Un léger craquement. Je fais glisser ma tête et je regarde par dessus l'épaule de Ron pour voir la source du bruit.
Lucius se tient dans l'embrasure de la porte. Il nous regarde alors que je sanglote dans les bras de Ron. Ses yeux froids et pâles nous regardent longuement, verrouillant son regard sur le mien, avant qu'il ne se retourne et s'éloigne sans dire un mot.
Peut être que ça sera plus simple de ne plus parler du tout si j'y arrive, comme ça il n'y aura pas de risque de dire quelque chose qu'il ne faut pas.
Je reste aussi silencieuse que possible, ne parlant uniquement que si c'est nécessaire.
Et lorsque je me retrouve seule avec moi même, j'essaye d'arrêter le ronronnement féroce de mes pensées. Lorsque chaque nuit j'essaye de dormir, je tente désespérément d'ignorer les pensées qui envahissent mon esprit. Tueuse, meurtrière, diabolique.
Ma culpabilité ne me quitte jamais. Elle pourrit mon esprit, l'infectant, le gangrénant comme de la mauvaise herbe. C'est comme un cancer.
Mais penser à ce que j'ai fait est plus facile que de laisser mon esprit vagabonder. Si je laisse mes pensées vagabonder, elles me conduisent sur une voie que je ne peux pas suivre.
Parce que les souvenirs continuent à glisser dans mon esprit. Je me souviens des mains de Lucius sur mon corps. Je me souviens de ses lèvres sur les miennes.
Ces pensées sont presque aussi dangereuses et destructrices que mes pensées sur Dolohov. Les mains de Lucius m'ont torturé au seuil de la mort. Elles ont assassiné mes parents.
Mais c'est le souvenir du contact chaud de ces mains qui envahissent malgré moi mon esprit lorsque je m'endors.
« Réveillez-vous ! Réveillez-vous ! »
Quelque chose de pointu me brule le visage, me déchirant de mon sommeil.
Qu'est-ce que… quoi ? Je viens seulement de me coucher, non ? Je ne peux pas m'être endormie plus de cinq minutes.
Des formes floues dansent devant mes yeux. Je cligne des yeux encore et encore et elles deviennent plus nettes.
Une autre brulure me parcoure la joue et je m'assois à la hâte, ma somnolence me faisant légèrement chanceler.
Une poigne de fer se resserre autour de mon bras et je suis tirée hors de mon lit. Je trébuche alors que mes pieds touchent le sol, mais je réussi néanmoins à garder l'équilibre.
La main lâche brusquement mon bras.
Je me tourne et je le regarde, même si je sais déjà de qui il s'agit.
Il semble cependant étrange. Son visage est dur et un froncement de sourcil marque son front.
Je reconnais ce regard. La peur.
« Que se passe-t-il ? » je demande, mon cœur serré comme une pierre.
Il ne répond pas à ma question.
« Vous devez vous habiller. » Il me tend un morceau d'étoffe bleu foncé. « Mettez ça. »
Je saisis la robe, la serrant contre moi dans un réflexe nerveux.
« S'il vous plait… » je m'arrête quelques instants avant de continuer. « Puis-je avoir un peu d'intimité ? »
« Non » il m'interrompt, le visage fermé. « Maintenant, dépêchez-vous ! Je ne pense pas que vous comprenez l'urgence de la situation. Dépêchez-vous ou je vous donne un petit rappel de l'efficacité du sortilège Doloris concernant l'obéissance. »
Le regard de son visage me glace les veines, et je me détourne donc de lui rapidement.
J'enlève ma robe de nuit et la laisse tomber au sol, avant de glisser rapidement ma nouvelle robe au dessus de ma tête. Je peux sentir ses yeux dans mon dos et je tente de les ignorer, même si ça me rempli tellement d'humiliation que j'aimerai que le sol m'engloutisse.
Je lace le devant de ma robe du mieux que je peux, serrant sur les nœuds, puis je me retourne pour lui faire face.
« Bien » dit-il tranquillement, sans s'approcher plus près. Je suppose qu'il souhaite garder une distance minimum de sécurité. « Maintenant, écoutez attentivement. Le Seigneur des Ténèbres veut vous voir. »
Je me gèle.
« Est-ce à propos de Dolohov ? » je souffle ces mots, à peine capable de parler sous la terreur.
Sa bouche se tort. « Je ne sais pas » dit-il calmement, les yeux noirs de peur. « Il semblait convaincu par mon histoire, d'autant que j'avais Bellatrix pour me soutenir. Mais il est arrivé il y a un instant avec Bellatrix et il m'a dit qu'il voulait diner avec vous ce soir. Il a dit que vous aviez une demie heure pour vous rendre présentable. Il ne m'a pas dit pourquoi il voulait manger avec vous, et je ne l'ai pas questionné sur la question. Je n'ai aucune intention de courir au désastre. »
Je commence à trembler. Manger… avec Voldemort ?
« Je préfère avaler du verre pillé plutôt que de manger avec lui » je dis, sans vraiment penser à mes paroles.
Sa bouche se recroqueville dans un sourire involontaire. « En effet, mais je crains que vous n'ayez pas le choix. » Son visage redevient soudain grave. « Il ne faut rien lui dire, vous comprenez ? Il ne sera pas en mesure de voir quoi que ce soit avec la Legilimencie. Par conséquent, si la disparition d'Antonin est sa raison de vous voir, il est de votre responsabilité de ne rien lui dire, peut importe ce qu'il fait. Et essayez de ne pas avoir de contact visuel avec lui, si vous pouvez l'éviter. »
J'avale difficilement et je hoche la tête. « Et s'il utilise le Veritaserum pour me questionner ? » je demande en tremblant.
Il sourit avec condescendance. « J'ai envisagé cette possibilité. » Il sort une petite bouteille de verre de sa poche et me la tend, en faisant toujours bien attention à ne pas venir trop près. « Elle contient l'antidote du sérum de vérité. Buvez-la. »
Sans même réfléchir, je bois la potion immédiatement, versant le liquide sans saveur dans ma gorge avant de lui tendre la bouteille vide.
La confiance s'est frayé son chemin, n'est-ce pas ? Il n'y a pas encore si longtemps, tu aurais préféré mourir plutôt que d'accepter quelque chose venant de lui.
Je chasse cette pensée.
Un long silence s'installe alors que nous nous regardons l'un l'autre.
Il me regarde fixement, à la recherche de… Je ne sais pas ce qu'il cherche.
Je ne sais pas quoi dire. J'aimerai parler de ce qu'il s'est passé après la mort de Dolohov, mais la simple pensée d'aborder ce sujet me donne la chair de poule. D'ailleurs, il n'a pas souhaité en parler. La dernière fois que je lui en ai parlé… je ne veux pas y penser.
Et donc je me tais. C'est seulement un autre secret que je dois garder caché dans les recoins sombres de mon âme.
« Allez-vous venir avec moi ? » je demande calmement. « Je ne veux pas y aller toute seule. »
Un muscle se crispe dans sa mâchoire. « Non » dit-il froidement. « Le Seigneur des Ténèbres a ordonné spécifiquement qu'il dinera avec vous seule. Ca ne ferait que susciter les soupçons si je demandais à me joindre à vous. »
Mon cœur bat sourdement contre mes côtes sous la peur. Il me regarde longuement et durement, le front plissé.
« Vous n'avez rien à craindre aussi longtemps que vous gardez la bouche fermée. » Il s'approche un peu de moi, semblant pendant un instant vouloir prendre ma main, mais il se ressaisit et agrippe mon bras à la place. « Maintenant venez, il nous attend en bas, et nous ne devons pas épuiser sa patience. »
Nous arrivons bien trop tôt devant la porte de la salle à manger.
Je lève les yeux vers Lucius. Son visage est tendu, rigide alors qu'il me regarde.
Je… Oh mon Dieu, j'aimerai qu'il puisse venir avec moi. Que va-t-il arriver si Voldemort apprend ce que nous avons fait ?
« Rappelez-vous ce que j'ai dit » dit calmement Lucius, avant qu'il ne frappe sèchement contre la porte en face de nous.
« Entrez. » Une voix froide horriblement familière se fait entendre.
Lucius ouvre la porte et je sens la pression légère de sa main sous mon coude, me poussant à l'intérieur de la salle.
La table au milieu de la salle est entièrement vide, en dehors d'une Pensine posée à son extrémité. Une haute silhouette enveloppée dans un manteau noir est assise dans un grand trône sculpté, le visage couvert par une sombre capuche.
Des doigts effleurent très légèrement les miens durant une fraction de seconde. Je lève les yeux pour apercevoir Lucius près de moi, le visage pâle.
« Amène-la ici. » La voix froide me donne la chair de poule.
La main de Lucius se pose dans le creux de mes reins et me pousse vers l'avant, jusqu'à la grande table.
Une main pâle et en forme d'araignée émerge du manteau, faisant un élégant geste impérieux.
« Laisse-nous. »
Lucius hoche la tête et se retourne, quittant la pièce sans un autre regard vers moi.
La porte claque derrière moi.
Cette immense salle caverneuse semble soudain froide et vaste.
Les doigts d'araignée se saisissent de la capuche de la cape et l'abaisse. Je me force à ne pas réagir alors que je vois le visage de Voldemort, sa bouche sans lèvre étirée dans une horrible grimace.
« Bonsoir, Miss Granger » dit-il d'un horrible grincement. « Comment allons-nous aujourd'hui ? »
Bien. Il n'y a rien de compromettant à répondre à cette question.
« Bien » je dis avec raideur. Il sourit plus largement.
« Je suis heureux de l'entendre. Oh, excuse mes mauvaises manières. » Il fait un petit geste vers une chaise en face de lui. « S'il te plait, assied-toi. »
Je prends une grande respiration et je fais un pas en avant. Je ne veux pas lui donner une excuse de me blesser. J'ai besoin de toute ma force et de toute ma concentration pour lui faire face.
Je m'assois en face de lui, serrant fermement mes mains sur mes genoux et les regardant résolument.
« Veux-tu quelque chose à manger ? »
J'ose un léger regard pour m'apercevoir que la table est maintenant remplie de nourriture diverse.
Je le regarde. Il me sourit, me regardant dans l'expectative.
Je commence à manger. Je sais que la moindre hésitation lui montrerai que j'ai peur du Veritaserum, et j'ai besoin qu'il pense que je n'ai aucune crainte à avoir.
Je remplis mon assiette de nourriture, et ma fourchette monte et descend rapidement dans mes mains tremblantes. Je bois ce qui ressemble à de l'eau, ce qui sent comme de l'eau, mais je suis presque certaine qu'il s'agit de Veritaserum.
Mais ce n'est rien. J'ai confiance en Lucius.
Non pas que je lui fais confiance pour m'aider bien sur, mais il ne laissera pas Voldemort savoir ce qu'il a fait à Dolohov, non ?
Voldemort me regarde manger alors que je mastique à la hâte, essayant de montrer que je n'ai peur de rien. Je n'ai rien à craindre. Je n'ai rien fait et je n'ai rien à cacher, rien, rien, rien à craindre.
« C'est assez. »
Je m'arrête immédiatement, posant ma fourchette et mon couteau. Je lève les yeux vers lui, essayant de garder le regard fixe.
Il sourit. « C'est mieux ? »
Je dois lui répondre. Il s'y attend certainement s'il pense que j'ai avalé du Veritaserum.
« Oui » je dis tranquillement. Il hoche la tête vers moi.
« Bien. » Il continue de me regarder. J'essaie de me retenir de trembler. Je ne peux pas lui montrer que j'ai peur. « Je ne vais pas le nier, Miss Granger, j'avais un motif inavoué en t'invitant à diner avec moi ce soir. »
Est-ce que… est-ce qu'il attend une réponse.
« Je l'avais deviné » dit-je simplement pour être sur.
Il sourit. « Tu es très franche, Hermione. » Dieu que je déteste entendre mon prénom de sa bouche. « J'aime ça. Cela signifie que nous pouvons bien travailler ensemble. »
Je hoche la tête. Je n'ose pas faire autre chose.
Il me regarde, ses yeux rouges se rétrécissant tandis qu'il m'étudie. Mais je ne le sens pas encore utiliser la Legilimencie sur moi. « Tu as tressailli » dit-il calmement. « Pourquoi as-tu tressailli quand je t'ai appelé Hermione ? »
Je prends une grande respiration. Il veut une réponse à ça, j'en suis sure.
« Personne ne m'appelle plus comme ça » je dis sincèrement. « Maintenant c'est toujours Sang-de-Bourbe ou Moldue, quelque chose comme ça, mais jamais Hermione. »
Ses sourcils, ou son manque de sourcils plutôt, se relèvent.
« Alors personne ne t'appelle par ton prénom ? » dit-il calmement. « Pas même Lucius ? »
Mon cœur s'arrête, puis redémarre. Il regarde de ses yeux rouges et je cligne, juste au cas où.
« Non. Jamais. »
Son sourire s'efface un peu. Je commence à trembler et je me force à garder mon corps immobile.
« Veux-tu savoir pourquoi je t'ai amené ici ? » il demande.
Bon. Réfléchis. Quelle réponse pourrais-je lui donner si j'étais sous l'emprise du Veritaserum ?
« Seulement si vous ne comptez pas me blesser » je murmure.
Il rit froidement. « Oh non, je n'ai pas l'intention de te blesser » dit-il tranquillement.
Il pointe sa baguette vers l'autre bout de la table, et la Pensine vole vers nous, atterrissant doucement devant nous.
« Veux-tu regarder dans la Pensine ? » il demande.
« Que vais-je voir ? » je demande, hésitante.
Il me sourit de son horrible sourire sans lèvre. « Plonge ta main et tu découvriras la réponse à ta question. » Son sourire disparaît. « Je vais attendre ici ton retour. »
Je me penche en avant, le regardant toujours, et je sais que je n'ai pas le choix. Ses yeux rouges immondes me le disent.
Je me penche en avant et j'approche un doigt hésitant de la brume.
Un crochet invisible me tire vers l'avant et je tombe à travers le brouillard argenté. Je me sens en quelque sorte contaminée alors que je flotte à travers les souvenirs de Voldemort. Dieu seul sait ce qu'il a vu dans sa vie. Je ne devrais pas être ici, je ne devrais vraiment pas être ici…
Je me retrouve finalement dans une pièce dans laquelle je ne suis pas allée depuis des siècles.
J'avais presque oublié à quel point cet endroit était horrible. Ca me fait trembler rien que d'y être à nouveau.
C'est un souvenir. Rien de plus. Juste un souvenir. Maintenant, concentre-toi. Tu es ici pour une raison précise.
Voldemort est assis sur le trône sculpté d'énormes serpents de pierre. Il est entouré par une dizaine de Mangemorts, aucun d'entre eux ne portent de masque. Lucius est là, ainsi que Drago, entouré de Bellatrix et de Narcissa Malefoy. Mais je ne vois pas Dolohov. Heureusement, il semble être absent.
« Donc, nous sommes d'accord sur le fait que ça ne peut pas être le garçon Weasley » dit Voldemort, son front blanc plissé de concentration. « C'est trop risqué. Sa maison sera protégée par la magie et le mariage de son frère fera que la plupart des membres de l'Ordre seront présents. Nous n'avons pas à risquer de perdre des Mangemorts pour un plan qui fonctionnera tout aussi bien avec la Sang-de-Bourbe Granger. »
Il s'arrête un instant, balayant du regard le cercle des Mangemorts. Lucius semble presque s'ennuyer. Drago cependant, semble excité, ses joues pâles brillant d'une joie malicieuse face à ma future capture.
« Bien qu'elle semble être une jeune sorcière talentueuse, elle devrait être en ce moment à son domicile propre et sans surveillance, sans aucun autre sorcier pour la protéger » continue Voldemort. « Un seul Mangemort devrait être capable de l'amener ici. La question est : qui va s'en charger ? »
Les yeux de Lucius glissent vers ceux de son fils, dont la bouche s'ouvre légèrement comme s'il voulait parler, mais il la referme rapidement, le visage devenant légèrement rose. Voldemort s'en aperçoit et un petit sourire apparaît sur ses lèvres.
« Drago, tu sembles éprouver un intérêt manifeste, n'est-ce pas ? »
Les yeux de Drago s'illuminent, mais sa mère prend la parole, la voix claire et calme.
« Si vous le permettez, mon Seigneur, je préférerai que quelqu'un d'autre s'occupe de la fille. Mon fils est tout simplement trop jeune- »
« Je ne suis pas un enfant, mère ! » siffle Drago, rougissant jusqu'à la racine de ses cheveux blonds, tandis que des ricanements se répandent parmi les Mangemorts.
« Et bien Narcissa, qui suis-je pour refuser ce qu'une mère souhaite pour son enfant ? » dit Voldemort. « Et je comprend ce que tu veux dire. Drago est beaucoup trop jeune pour cette tâche. La jeune fille sera probablement torturée pour lui soutirer les informations que nous voulons, et cela exige quelqu'un d'un peu plus… expérimenté. Quelqu'un ayant assez d'expérience pour garder une distance. Drago connaît trop bien Granger pour ne pas s'impliquer personnellement et émotionnellement. »
Drago ouvre la bouche pour parler mais Lucius pose sa main sur son épaule, le fixant avec un regard de reproche. Drago ferme sa bouche comme un piège qui se referme, lançant un regard de profond ressentiment vers sa mère, qui garde obstinément son regard rivé sur Voldemort.
Les yeux de Voldemort glissent et se posent sur Lucius qui a lâché l'épaule de son fils, et il semble à nouveau profondément ennuyé par la conversation, comme s'il souhaitait que cette réunion prenne fin le plus rapidement possible, et qu'on ne parle plus jamais de la question de mon destin.
Voldemort sourit. « Lucius ? »
« Mon Seigneur ? » répond Lucius froidement.
Voldemort sourit plus largement alors qu'il prend sa décision. « Je veux que tu m'amène ici Hermione Granger dans les prochaines vingt-quatre heures, Lucius. Je la veux vivante, et je la veux mentalement et physiquement en assez bon état pour la questionner. Ne lui inflige aucun dommage avant qu'elle n'arrive ici. Est-ce que mes ordres sont clairs ? »
Les sourcils de Lucius s'arquent, trahissant sa surprise, avant qu'il ne s'incline devant Voldemort. « Oui, mon Seigneur. Je vous l'amène le plus rapidement possible. »
La scène se dissout devant mes yeux et je flotte à nouveau à travers le brouillard, jusqu'à ce que j'atterrisse dans une pièce similaire à celle que je viens de quitter, mais légèrement plus petite.
Les seules personnes présentes sont Lucius se tenant dans l'embrasure de la porte, et Voldemort assis dans un grand fauteuil devant une cheminée.
« Comment trouves-tu ta prisonnière Sang-de-Bourbe ? » demande Voldemort.
Lucius rit sombrement. « Arrogante, insolente, ennuyeuse à souhait » Lucius répond de sa voix trainante.
Voldemort rit, de plus bon cœur que ne l'a fait Lucius. « Alors elle n'a même pas une petite qualité pour elle ? »
« Seulement une. Elle s'avère particulièrement facile à briser. Je suis certain que ça ne me prendra pas longtemps avant d'obtenir toutes les informations dont nous avons besoin. »
« Bien » dit Voldemort. « Mais ne t'arrête pas tant que tu n'as pas obtenu toutes les informations, Lucius. »
« Bien sur, mon Seigneur. » Lucius se permet un petit sourire. « Après tout, il est toujours gratifiant de voir une Sang-de-Bourbe apprendre sa vraie place. Et par Merlin, celle-ci a vraiment besoin d'apprendre sa place… »
La scène disparaît et je suis de nouveau dans la grande salle.
Mais je suis là, cette fois. Je veux dire que mon souvenir est là. Et je berce Ron dans mes bras alors qu'il git au sol, au milieu d'un cercle de Mangemorts.
Ron a les yeux rivés sur Lucius, son visage meurtri et sanglant rempli de colère.
« S'il meurt… S'il meurt, je vous jure que je vous- »
« Vous allez quoi ? » Le coupe Lucius. « Qu'allez-vous faire, garçon stupide ? »
Je ne regarde pas Ron se relever du sol, trébuchant légèrement alors que mon moi du souvenir le soutient. Je me contente de regarder Lucius, le sourire haineux alors que Voldemort rit avec lui.
Il détestait Ron au moment même où il a été capturé. A l'époque, je ne comprenais pas pourquoi.
« TAISEZ-VOUS ! » hurle Ron. « « Si mon père meurt, je vais vous bousiller, je vous le jure ! »
« Vous parlerez quand on vous le demandera, mon garçon » Lucius lève sa baguette. « Endoloris ! »
Non. Non, il n'y a plus de raison de se sentir malade. C'est fini maintenant. Ron va bien, et ce souvenir est passé.
« QU'A-T-IL FAIT ? » Le moi du souvenir se met à crier mais Lucius se contente de sourire alors que Ron se tord de douleur sur le sol. « ARRETEZ, ARRETEZ ! »
« Assez ! » La voix de Voldemort couvre mes cris.
« Comme vous voulez, Mon Seigneur. »
Mon souvenir se précipite vers Ron alors que Voldemort se retourne vers Lucius.
« S'il y a quelqu'un qui doit punir son insolence, ça doit être moi, Lucius. » La voix de Voldemort est légèrement teintée de reproche.
« Je suis désolé, mon Seigneur. Je ne pouvais simplement pas supporter son impudence une minute de plus. »
« Hmm. » Voldemort fronce les sourcils et la scène disparaît pour être remplacée par une autre. Je me retrouve dans une autre pièce, mais je ne suis pas présente cette fois.
Voldemort est assis dans son trône avec une expression préoccupée sur le visage et… oh mon Dieu, mon estomac se retourne. Dolohov se tient debout près de lui, murmurant dans une voix rapide.
« Il passe tout son temps avec elle. Chaque instant. Je vous le dis, il se passe quelque chose là bas. Il a terminé son interrogatoire depuis des jours, et pourtant il insiste toujours pour passer tout son temps libre avec elle. Il affirme qu'il essaye de lui enseigner une certaine humilité, mais- »
« J'entends ce que tu me dis, Antonin mais je crains de ne pouvoir te croire » Voldemort dit calmement. « Je ne pourrais pas croire une chose pareille concernant Lucius. Son dévouement à la cause des Sang Purs est ma principale raison de m'assurer de sa loyauté. »
Les lèvres de Dolohov s'amincissent et une lumière rebelle apparaît dans ses yeux. « Je sais que ça ne lui ressemble pas de se livrer à une telle perversité, surtout concernant une Sang-de-Bourbe. Mais c'est différent avec cette fille. Habituellement, il pourrait aussi bien laisser mourir ses prisonniers une fois qu'il en a fini avec eux, qu'ils soient ou non des Sang-de-Bourbes. Mais cette fille a une sorte d'emprise sur lui, je le jure. »
« Es-tu certain qu'il ne s'agit pas de jalousie ? » Voldemort semble presque s'ennuyer. « J'ai entendu des histoires au sujet de ton comportement avec cette fille. Lucius et Bellatrix m'ont raconté comment tu tournais autour de sa chambre nuit après nuit. »
Dolohov pâlit. « Mon Seigneur, je cherche seulement à vous informer de ce qu'il se passe sous votre nez- »
Voldemort se tourne finalement vers lui, le visage figé. « Me manquerais-tu de respect ? »
La peur s'insinue dans les yeux de Dolohov. Il baisse son regard. « Non, mon Seigneur. Pardonnez-moi. »
« Bien. Car j'ai plus confiance en la parole de Lucius qu'en la tienne. Pourquoi devrais-je croire un homme dont les désirs sont si bas qu'il choisit de se souiller avec les Sang-de-Bourbes, alors que l'autre a montré un fanatisme absolu lorsqu'il s'agit de se débarrasser d'eux ? »
« Je vous ait toujours été fidèle ! » réplique Dolohov hargneusement. « Et quand ais-je été récompensé pour cela ? »
Voldemort lève les yeux au ciel et donne un petit coup de sa baguette vers Dolohov. « Endoloris ! »
La scène se disloque sous les hurlements de Dolohov et je flotte parmi d'autres souvenirs durant quelques secondes, avant que je n'atterrisse dans une pièce semblable avec un agencement différent.
Et Lucius me porte dans ses bras, et… Jesus, j'ai une mine absolument horrible. Je suis couverte de sang, d'ecchymoses et de brulures. Mes cheveux sont collés par le sang, et mes yeux ne sont plus que deux fentes violettes. Mon bras brulé entoure le cou de Lucius alors qu'il me berce dans ses bras.
Il regarde devant lui. Je me tourne pour voir Voldemort nous regarder.
C'est seulement maintenant que je réalise à quel point la situation était mauvaise. Je ne le savais pas à l'époque. Voldemort avait dit à Lucius qu'il pouvait me tuer s'il le voulait, mais au lieu de cela, Lucius avait non seulement décidé de me laisser en vie, mais aussi de me porter dans ses bras.
Non, la situation ne semblait pas bonne du tout.
« Je t'ai donné l'opportunité de la tuer parce que je voulais voir ce que tu ferais » dit Voldemort d'une voix très calme. « Si tu avais absolument le choix, voudrais-tu laisser la fille vivante, ou voudrais-tu la tuer ? »
« Mon Seigneur, vous ne pouvez pas mettre en doute ma loyauté- »
« Ce n'est pas une question de loyauté. J'ai parlé avec Antonin. Il affirme que ta… conduite avec la jeune fille est allée au delà de ton simple devoir. »
Je vois les yeux de Lucius se creuser, mais il parvient à garder ferme le reste de son visage. Je me souviens de son emprise se resserrant sur moi, mais cela ne se remarque pas dans le souvenir. Oh oui, je me souviens très bien de son emprise.
« Mon Seigneur, Antonin est un menteur » dit Lucius avec douceur. « Il est en colère contre moi parce que je l'ai empêché de dépasser la limite avec la jeune fille. Si la conduite de quelqu'un doit être remise en question, ce n'est certainement pas la mienne. »
« En effet. » Le sourire de Voldemort disparaît, comme je l'avais vu faire à l'époque. « Je vais le questionner plus profondément, et faire en sorte que ma vision des choses durant la guerre reste intacte. Fais ce que tu veux avec une sorcière, mais une Sang-de-Bourbe ne peut pas être touchée. » Le regard de Voldemort s'attarde quelques instant sur moi, toujours dans les bras de son serviteur. « Tu m'a bien compris, Lucius ? »
« Je l'ai toujours compris, mon Seigneur. »
La scène disparaît de ma vision, et je tombe à travers la brume et le brouillard. Lorsque j'atterris, je me retrouve dans la même pièce dans laquelle je viens de voir Voldemort et Dolohov mais cette fois, c'est Voldemort et Lucius qui sont présents. Et Voldemort n'est plus assis. Il marche autour de la salle, apparemment d'humeur exécrable.
« MAUDIT SOIT-IL ! » Voldemort hurle, fou de rage. « Qu'il aille en Enfer ! J'aurai pu le tuer dans son berceau, et maintenant il ne fait que m'échapper ! »
« Mon Seigneur, ce n'était pas de votre faute » dit Lucius fermement.
Voldemort se tourne vers lui avec un regard qui pourrait faire geler de la lave. « Bien sur que ce n'est pas ma faute. Ses sentiments pour ses amis semblent ne pas être aussi profonds que je le pensais. Il ne semble pas se soucier qu'elle vive ou non. »
Lucius hoche la tête, le visage parfaitement immobile.
« Néanmoins, la fille devra mourir » dit Voldemort, presque avec lassitude. « Amène-la moi. Je veux qu'il voit lorsque ça arrivera. Je veux qu'il sache ce que sa stupidité lui a couté. »
Un long silence s'installe. Le visage de Lucius semble gelé. « Mon Seigneur » dit-il finalement, sa voix tranquille, « pardonnez-moi, mais ne serait-ce pas plus… prudent de laisser vivre la fille ? »
Le visage de Voldemort se tourne, rempli de fureur. « Tu oses me contredire ? »
Lucius ne bronche même pas. « Pas du tout. Je me demandais simplement si elle ne pourrait pas encore se révéler utile. Je suis convaincu de la loyauté de Potter envers ses amis. Je suis sur qu'elle pourrait encore être utilisée à notre avantage. »
Un long silence pesant s'installe entre eux alors que Voldemort regarde longuement et durement Lucius.
« Très bien » dit finalement Voldemort. Le visage de Lucius se détend un peu. « Nous allons tenter de l'utiliser une dernière fois. Mais si ça ne fonctionne pas cette fois-ci, alors je la tuerai moi même. »
Lucius acquiesce. Voldemort s'assois sur son trône, le front plissé de concentration. « Nous devons prouver à Potter que nous pouvons faire davantage que de torturer ses amis. »
Mon cœur se serre douloureusement, parce que je sais ce qui va venir. Je sais ce qui a été ordonné cette nuit là.
Voldemort se tient assis un long moment, parfaitement immobile, jusqu'à ce que finalement, un petit sourire horrible étire sa bouche sans lèvre.
« Potter a besoin de voir ce que son manque d'obéissance lui a couté, non pas à lui, mais à elle. » Il lève les yeux vers Lucius, dont le visage reste rigide et inflexible. « Je veux que tu te débarrasse de ses parents. »
Lucius se tait quelques secondes. « Ses parents ? »
Voldemort sourit. « Oui Lucius, ses parents. Et je veux que tu le fasses. Ce soir. »
Le visage de Lucius reste illisible. « Moi, mon Seigneur ? »
Les yeux de Voldemort se plissent. « Oui, toi » dit-il lentement mais clairement. « Elle est ta prisonnière, et il est donc logique que cette tâche te revienne. »
Le visage de Lucius ne montre rien, mais il semble comme déformé. « Maitre, je- »
« Est-ce que tu refuses mes ordres ? »
Les lèvres de Lucius s'amincissent et il secoue la tête. « Non, Mon Seigneur. »
La bouche de Voldemort se tord avec malice. « Parce que si tu es si opposé à assassiner les parents de la fille, nous pourrions rendre les choses dix fois plus simples pour tout le monde, en disposant tout simplement d'elle. A moins que tu ais une raison personnelle à ton aversion de la voir souffrir ? »
« Pardonnez-moi mais vous vous méprenez » dit doucement Lucius. « Je pense sincèrement qu'il pourrait être… pratique de garder en vie la jeune fille. »
Voldemort regarde Lucius comme s'il l'étudiait, essayant de deviner quelque chose. « Et bien, » dit-il finalement, « ne perd pas de temps, dans ce cas. Va. Tu devras faire en sorte que le meurtre soit rendu public le plus rapidement possible, pour que Potter sache ce qu'il s'est passé. Et lorsque tu auras fini ton travail, tu devras dire à la jeune fille ce que tu as fait. »
Un muscle se contracte dans la mâchoire de Lucius. « Doit-elle vraiment le savoir ? »
Voldemort le regarde, incrédule. « Bien sur qu'elle doit le savoir. Potter doit être conscient qu'il lui a causé des souffrances au delà de l'imagination. Si elle n'est pas consciente de ce qu'il s'est passé, pourquoi Potter se sentirait-il coupable ? Tu dois tuer ses parents, puis tu dois lui dire ce que tu as fait. »
Lucius regarde comme s'il était sur le point de dire quelque chose à Voldemort, mais il semble se raviser. Il s'incline devant son maitre, puis se tourne pour quitter la salle.
Voldemort rit. « Ce n'est pas la peine de me regarder comme ça, Lucius ! » il crie après lui. « Après tout, il vaut toujours mieux qu'une telle tâche t'incombe, plutôt qu'à un homme avec une conscience ! »
Lucius s'arrête, la main sur la poignée de la porte, avant qu'il n'ouvre la porte et quitte la pièce.
La scène se disloque, mais c'est à peine si je le remarque.
Donc je connais la vérité, maintenant. Il n'a pas tué mes parents seulement parce qu'on lui a ordonné. Il a tué mes parents pour me sauver.
Mais… non, ce n'est pas possible ! Ca ne change pas le fait qu'il a tué mes parents de sang-froid alors qu'ils dormaient dans leur lit. Son motif n'a aucune importance, non ?
Des cris me ramènent là où je suis. Des cris de douleur et d'agonie que je ne connais que trop bien. Les cris provoqués par le sortilège Doloris.
Mais ce n'est pas moi qui hurle cette fois.
Nous sommes encore dans la même salle, mais les choses ont changé. Voldemort est furieux. Son visage immonde est grotesquement tordu de colère alors qu'il pointe sa baguette vers la masse sombre qui se tord sur le sol.
« DESOLE, LUCIUS ? » crie Voldemort, envoyant un nouveau jet de lumière verte vers le paquet noir. « DESOLE ? TU OSES VENIR ME VOIR AVEC TES EXCUSES PATHETIQUES ? TU OSES M'OFFRIR DE BANALES EXCUSES LORSQUE TU AS LAISSE POTTER S'ECHAPPER AFIN QUE TU PUISSES EMPECHER L'EVASION D'UNE SANG-DE-BOURBE SANS VALEUR ? DESOLE ? ETRE DESOLE NE SUFFIT PAS ! »
Un autre jet de lumière s'échappe de la baguette de Voldemort et touche Lucius, qui hurle et se tord sur le sol alors que le sort traverse tout son corps. Tout ça pour moi. Tout ça parce qu'il est allé après moi, plutôt qu'après Harry.
Le sort l'abandonne et il reste étendu au sol, son élégance habituelle l'ayant totalement abandonnée alors qu'il respire durement.
Il lève la tête et regarde Voldemort. Un léger filet de sang s'échappe de ses lèvres. Ses yeux sont flous de douleur.
Voldemort regarde vers lui, sa rage encore palpable, bien qu'il ne s'agisse que d'un souvenir.
« J'espère que cette Sang-de-Bourbe en vaut la peine, Lucius » est la seule chose qu'il dit.
Soudain, un crochet invisible me tire dans le dos, et je suis trainée vers le haut, à travers la brume, et tout est flou…
Je me retrouve tout à coup sur ma chaise, essoufflée et désorientée. Je me penche et repose mes mains sur la table en face de moi, essayant de reprendre mon souffle.
Je lève lentement la tête et regarde en face de moi. Voldemort me regarde, les yeux plissés.
« Je crois que tu comprendras si je te dis que ce que tu viens de voir me cause du soucis depuis un certain temps maintenant. »
Sa voix est froide, et très calme. Il est en colère, je pense. Je ne sais pas vraiment, je ne le connais pas bien.
Mais au moins, je peux respirer un peu plus facilement. Il ne pense pas que je sois au courant de quelque chose concernant la disparition de Dolohov. Non, il veut savoir ce qu'il se passe entre Lucius et moi. Il suspecte quelque chose, tout comme Bellatrix et Dolohov l'ont fait.
Mais rien ne se passe – pas vraiment. Je n'ai donc pas à m'inquiéter.
N'est-ce pas ?
Voldemort repose ses mains sur la table en face de lui. Je me penche légèrement vers l'arrière. Ses yeux rouges me fixent, mais je ne peux heureusement pas sentir la main invisible de la Legilimencie dans mon esprit.
« Au début, je ne pensais rien de tout ça » Voldemort marmonne. « Il arrive souvent qu'un lien se crée entre le prisonnier et son geôlier. C'est déjà arrivé parmi mes Mangemorts, et ça arrivera encore. » Ses yeux s'assombrissent. « Mais quand il est allé contre mes instructions, quand il est allé après toi plutôt qu'après Potter, dans la maison des Weasley, c'est là que j'ai su que les choses allaient trop loin. Quand un loyal Mangemort ignore mes ordres dans le but de garder une prisonnière Sang-de-Bourbe près de lui, je sais que c'est mauvais signe. »
Il s'arrête, regardant ma réaction. Je force mon visage dans une expression de perplexité.
« Bellatrix et Dolohov m'ont tous deux exprimé leur opinions vous concernant » poursuit-il. « Au début, j'ai mis ces réflexions sur le compte de la jalousie. Antonin a voulu mettre les mains sur toi dès le début de ta capture, et Bellatrix… elle a ses raisons personnelles de ne pas aimer la proximité que vous avez tous les deux. »
Cette dernière phrase me choque. Je ne savais pas que même Voldemort savait pour Bellatrix et Lucius.
« Dis-moi » il se penche en avant de sa chaise. « Qu'il y a-t-il entre vous ? »
J'avale durement et je me force à contrôler ma respiration.
« Je ne sais pas de quoi vous parlez » dis-je, furieuse du léger grincement de ma voix.
Il sourit. « Dois-je l'épeler, fillette ? Lucius m'a dit que tu étais intelligente. » Il se rassois dans son fauteuil, m'observant. « Dis-moi comment vous interagissez l'un l'autre. »
Je prends une grande inspiration, mon cœur s'emballant, cognant contre mes cotes. Boum boum boum. Garde ton calme.
« Et bien, au début il me torturait » je dis, essayant de garder ma voix monotone. « Vous les savez bien. Il avait des informations à me soutirer, et il a choisis la torture pour les obtenir. Mais depuis que nous nous sommes installé ici, il m'a laissé plus souvent seule. Il ne vient seulement me voir que pour m'amener nettoyer la maison, ou me donner de la nourriture. C'est tout. »
Ses yeux rouges se rétrécissent de suspicion. « Rien d'autre ? » il demande finalement. « Vous n'interagissez pas d'une quelconque autre manière ? »
Je sais ce qu'il demande. Et la réponse que je donne n'est pas un vrai mensonge
Pas vraiment.
« Non, aucune » je dis fermement. « Il me parle à peine. »
Son visage se détend légèrement, et il pose sa main sur son menton tandis qu'il m'observe.
« Je suppose que tu dois dire la vérité » il murmure avant de se pencher à nouveau. « Mais dis-moi, Hermione, as-tu peur de lui ? »
Je hoche la tête. Je ne peux que répondre honnêtement à cette question. « Oui bien sur, après tout ce qu'il m'a fait depuis qu'il m'a capturé. »
« Non, tu m'as mal compris. Ce que je voulais dire, c'est : est-ce que tu as peur de lui en tant qu'homme ? »
Je me tais une seconde. Comment puis-je répondre à ce genre de question alors que je ne connais même pas la réponse moi même ?
« Non » je dis clairement. « Je me suis vite rendue compte que mon statut de Sang-de-Bourbe me donnait une certaine sécurité à ce sujet, particulièrement vis-à-vis de Lucius. Je suis certaine que la seule chose qu'il ressent pour moi, n'est rien d'autre que de la haine. »
Il me regarde durant quelques secondes, avant de me sourire. Il est évidemment satisfait de ma réponse. Peut être pas complètement rassuré, mais je pense qu'il vient de réaliser qu'il ne se passe rien de compromettant.
Alors il a avalé tes mensonges.
Il se lève et marche lentement autour de la table, se rapprochant de ma chaise tout en me regardant.
Il me faut toute la volonté du monde pour ne pas reculer sur mon siège.
« Tu ne crains donc pas Lucius » dit-il tranquillement, regardant intensément mon visage. « De quoi as-tu peur dans ce cas, Hermione ? »
Il pense que j'ai pris du Veritaserum. Je dois lui donner une réponse. Mais je ne vais pas lui donner la réponse à laquelle je pense. Si je devais lui dire ce qu'est ma plus grande peur, il saurait alors tout ce qu'il voulait savoir concernant moi et Lucius.
« De la mort » je fini par dire. « J'ai très peur de mourir. »
C'est une réponse basique, mais ce n'est pas vraiment ma grande crainte. Peut être qu'elle l'a été autrefois, mais depuis que j'ai été capturée, j'ai pris conscience que Dumbledore avait dit la vérité à Harry depuis toutes ces années : il y a des choses dans la vie qui sont bien pires que la mort.
Mais Voldemort sourit, presque de sympathie. Il doit croire que nous avons quelque chose en commun. Il a crée les Horcruxes, après tout.
« Et bien, tu n'as pour le moment rien à craindre » dit-il tranquillement. « Lucius s'en est chargé. Tu serais morte à plusieurs reprises s'il n'y avait pas eu son intervention. » Il me sourit horriblement, comme s'il conspirait avec moi, en quelque sorte. « Tu ne m'en voudra surement pas d'avoir nourrit des soupçons à propos de vous deux. »
J'avale. Ma gorge est sèche par la peur alors que je marche sur un terrain dangereux. « Je suppose que non. »
Il hoche la tête. « Et bien, je pense que nous en avons terminé pour aujourd'hui. Tu peux sortir. »
Il se recule et je me lève rapidement, impatiente de sortir d'ici pour m'éloigner le plus rapidement possible de lui.
Il se dirige vers la porte et me fait signe de le suivre. Je fais ce qu'il demande mais il s'arrête avant d'ouvrir la porte.
« Mais dis-moi » il murmure, s'approchant très près de moi. Je me sens malade face à sa proximité. « Tu dis que Lucius te hais. Peux-tu me dire pourquoi ? »
Je me sens comme si on venait de me pousser d'une falaise. Je ne peux m'accrocher à rien pour m'empêcher de plonger jusqu'à ma mort.
Je dis tout ce que je peux dire. Je lui donne la réponse la plus basique que je puisse trouver.
« Il me hais parce que je suis une Sang-de-Bourbe » je dis simplement. « Je présume qu'il n'y a que pour cette raison, non ? »
Il respire un petit rire. « Ah, Hermione » dit-il tranquillement. « Ne vois-tu pas que la chose qu'il déteste le plus en toi, est ta fierté ? Ta fierté est ce qui te condamne à ses yeux. »
Il ouvre la porte pour révéler Lucius dans le couloir, le visage figé, ses yeux durs comme de la pierre.
« Ramène la Sang-de-Bourbe dans sa chambre, Lucius » dit froidement Voldemort. « J'en ai fini avec elle. » Il se tourne vers moi, tout sourire. « Merci pour ta compagnie, Hermione. Elle s'est avérée très… éclairante. »
Je hoche la tête vers lui et je fais un pas vers Lucius, les jambes tremblantes. Mes genoux cèdent presque sous le soulagement lorsque la porte se referme derrière moi.
Lucius baisse le regard vers moi, ses sourcils levés d'interrogation. Tremblante, je lui donne le plus petit des sourires. Son visage se détend instantanément, mais il ne me sourit pas en retour. Il se contente d'hocher la tête avant de me saisir le bras et de me trainer jusqu'à ma chambre.
