'J'avais joué à un jeu dans lequel chaque mouvement était gouverné par mon destin aussi tyrannique et omnipotent que lui même, précisément parce que ce destin, c'était lui. Et j'avais perdu. Perdu dans cet affrontement de l'innocence et du vice dans lequel il m'avait entrainé. Perdu comme la victime perd devant son bourreau.' - Angela Parker, Le Cabinet Sanglant.


Chapitre 23 Mon innocence perdue

Si vous m'aviez dit il y a quelques mois que les Mangemorts organisaient des diners entre eux, j'aurai probablement rit.

Mais il semblerait que ça soit vrai. Voilà comment ils ponctuent leur vie. Ils assassinent et torturent le jour, et certains soirs ils aiment se retrouver autour d'un agréable repas.

Je ne l'aurais jamais cru. J'ai été mise à faire le service, merci à cette salope de Bellatrix qui a proposé que Ron et moi nous chargions de servir la nourriture. Elle a même voulu nous habiller de grandes taies d'oreiller surdimensionnées, à la manière des Elfes de Maison, mais heureusement son idée fut rejetée au motif que celle-ci était un peu trop ridicule. Merci mon Dieu. Je ne pense pas que j'aurai pu servir ces gens-là, sans parler de Lucius, dans une taie d'oreiller surdimensionnée.

Nous ne nous sommes pas occupés de faire cuir la nourriture, bien sur. Non seulement ils ne nous font pas confiance avec des couteaux, mais je ne pense pas qu'ils accepteraient l'idée qu'on puisse cracher dans la nourriture, ce qu'on aurait probablement fait, pour être honnête. Les Elfes de maison se sont occupés de la cuisson, et il nous revient la tâche de les servir.

« Merlin, c'est lourd cette saloperie » Ron me siffle, déplaçant un pot de vin énorme qu'il tient de ses deux mains. Il est d'une humeur massacrante ce soir, ce qui n'est d'ailleurs pas vraiment nouveau depuis ces derniers jours. Il a toujours eu un caractère de cochon, mais depuis notre captivité, ça a empiré. Il est devenu un jeune homme colérique et amer, très différent du garçon que j'ai connu, qui adorait s'amuser.

Mais bon, je ne suis plus non plus la fille qu'il a connue. Je ne suis plus la jeune fille dont l'Epouvantard se transformait en McGonnagall pour lui annoncer qu'elle avait échoué à ses examens. Je ne sais pas trop en quoi se transformerai l'Epouvantard maintenant, et je ne veux pas le savoir. J'ai appris à avoir peur de tout aujourd'hui, même de mon ombre.

Nous sommes cote à cote dans un coin sombre de la salle à manger, nos bras endoloris sous le poids des pichets, attendant qu'on nous appelle pour plus de vin.

« C'est ridicule » il murmure. « Et c'est injuste aussi. C'est épuisant tout ce travail. Je commence à réaliser à quel point la SALE pouvait être importante. Ces pauvres bougres d'Elfes ont tout sauf une vie facile, hein ? »

Je me permets un petit sourire.

« J'ai sacrément faim » il murmure. « Quand as-tu mangé pour la dernière fois ? »

« Je ne sais pas. Ce matin peut être ? »

« Je n'ai rien eu depuis la nuit dernière. »

« Peut être que nous pourrons avoir quelques restes » je chuchote, tandis que mon estomac grogne douloureusement avec l'odeur de la nourriture.

« Ouais » il marmonne. « Mais on doit quand même être prudents. J'ai des poches dans ces vêtements, peut être que- »

« Plus de vin ! » Bellatrix appelle. « Allez, on n'a pas toute la soirée. »

Ron se redresse en ronchonnant et nous nous dirigeons vers la table. Mes bras tremblent sous le poids de la cruche. Il n'y a aucun repos pour nous. Même si je verse du vin, la cruche se rempli régulièrement.

Ron se déplace à une extrémité de la table, alors que je me dirige vers l'autre extrémité, et nous nous déplaçons le long de la file des convives, remplissant leurs verres à vin.

Il y a quelques Mangemorts que je pense reconnaître. Il y a cet horrible Macnair, qui heureusement m'ignore, et je passe un couple de Mangemorts assez enrobés que je reconnais comme avoir été présents le soir où Dumbledore est mort. Puis il y a un groupe de trois hommes qui ressemblent trait pour trait à Crabbe, Goyle, et Théodore Nott. Les trois entretiennent une conversation.

Je glisse mon regard jusqu'à l'autre bout de la salle pour regarder Ron, qui sert du vin à un bel homme brun assis à la droite de Bellatrix. La façon dont il regarde Ron calmement, sans aucune expression, comme s'il prenait des notes mentalement sur ce qu'il voyait, me fais être certaine qu'il s'agit d'Avery – L'homme calme et impitoyable que Lucius m'a parlé comme étant le remplaçant de l'homme que nous avons tué.

C'est peut être sa première nuit ici. Peut être que ce diner est organisé pour fêter son arrivée.

Le regard azur et froid d'Avery se déplace jusqu'à moi. Son expression calme ne se modifie pas lorsqu'il me regarde, mais il se penche et murmure quelque chose dans l'oreille de Bellatrix, qui lève les yeux vers moi et se met à rire à ce qu'il dit. Me sentant rougir, je m'empresse de baisser la tête, passant rapidement au verre suivant pour le remplir, ne m'apercevant pas qu'il s'agit de –

« J'imagine que tu n'as jamais eu l'occasion de boire du vin aussi bon, Granger ? » dit Drago de sa voix trainante. Merde, je n'avais pas réalisé qu'il était assis à cette extrémité de la table. « Une Moldue comme toi ne doit certainement connaître que de la vinasse, pas vrai ? »

« Drago. » Une voix féminine froide l'interrompt. « Ne sois pas si enfantin. La Sang-de-Bourbe ne devrait même pas relever ta phrase. Laisse-la tranquille. »

Gratifiante, je risque un coup d'œil vers la femme qui a parlé.

Narcissa Malefoy.

J'avale durement alors que je la regarde, assise entre son fils et son mari. Je peux voir du coin de l'œil que Lucius me regarde aussi, mais pendant un moment je ne regarde qu'elle.

Elle est si… belle. Si pale avec ses cheveux aussi blonds que ceux de son mari, et les yeux tout aussi froids.

« Avez-vous quelque chose à dire, Sang-de-Bourbe ? » elle demande froidement.

Je secoue la tête à la hâte et verse du vin, prenant soin de ne plus regarder vers elle. Je me sens mal. Sale. Ma peau se dresse de culpabilité, comme si je l'avais trahi en quelque sorte. Mais ce n'est pas le cas, pas vraiment.

Vraiment ?

« Espèce de garçon stupide, tu en as renversé sur moi ! »

Je me tourne, juste à temps pour apercevoir Bellatrix gifler Ron au visage. Sa joue se colore de rose sous le coup.

« Regarde ma robe ! Regarde-la ! » Bellatrix hurle et le silence se fait dans la salle. Elle tend sa manche, lui montrant une tache inexistante. « Ca ne partira pas, tu ne réalises pas ? »

Un long silence se répand dans la salle, avant que Ron ne lève ses bras et balance la cruche de vin contre le mur près de lui. Elle se brise en mille morceaux, et le vin qu'elle détenait coule comme du sang le long du mur de pierre.

« Je ne suis pas votre esclave ! » Son visage est écarlate alors qu'il crie sur une Bellatrix stupéfaite et pleine d'une fureur pure. « Nous ne sommes pas vos esclaves, espèce de salope ! Servez vous même votre vin ! »

Bellatrix commence à se lever de sa chaise, mais Avery met sa main sur son bras et se lève tranquillement de la sienne.

Je regarde vers Ron, dont la rage disparaît pour laisser place à de la peur face à la hauteur d'Avery et à sa baguette dressée. C'est un homme de grande taille, presque aussi grand que Lucius.

« Comment l'avez-vous appelé ? » demande tranquillement Avery.

Ron serre les lèvres avant de parler à nouveau. « Je l'ai appelé salope » dit-il fermement. « C'est ce qu'elle est, vous ne pouvez pas le nier. »

Avery ne lui sourit pas comme Lucius l'aurait fait pour lui avoir donné une excuse de le blesser. Non, Avery se contente de le regarder de haut, l'observant. Il a l'air d'être un homme qui ne laisse rien passer, observateur sous tous les angles.

« Vous avez besoin d'apprendre votre place, mon garçon » il murmure. « L'échelle sociale se présente comme suit : au sommet, nous avons les sorcières et sorciers de Sang Pur. En dessous d'eux se trouvent les traitres à leur sang, de la saleté comme vous qui ne savent pas où est leur loyauté. Puis nous avons les Moldus inutiles, et encore en dessous les Sang-de-Bourbe, des abominations comme votre amie ici présente. » Il déplace une seconde son regard vers moi, avant de revenir à Ron. « L'ordre naturel de la société sorcière nous prouve que vous êtes tous les deux en dessous de nous, et il est donc naturel que vous nous serviez. »

Sans détourner son regard de Ron, Avery pointe sa baguette sur moi.

« Je sais que vous ne pouvez pas être blessé, mon garçon » dit-il calmement. « Mais votre amie le peut, n'est-ce pas ? Ou bien considérez-vous que votre fierté soit plus importante que votre amour pour elle ? »

Bellatrix laisse échapper un rire triomphant alors que le visage de Ron devient vert de peur.

« Non » il balbutie. « Ne faites pas- »

« Bien » finit doucement Avery. « S'il vous plait, veuillez continuer votre tâche comme nous vous l'avons demandé. »

Il donne un petit coup de baguette sur la table et une autre cruche de vin identique à celle que Ron vient de briser, apparaît.

Ron serre les lèvres pendant un instant avant de se saisir de la cruche, et de remplir silencieusement le gobelet d'Avery.

Je regarde Avery durant quelques secondes tandis qu'il se rassoit et retourne à sa conversation avec Bellatrix. Il me fait peur. Il n'est pas étonnant que Lucius soit bon ami avec lui : ils sont tous les deux tellement similaires.

Mais il y a quand même une différence. Au moins, je connais Lucius et je sais à quoi m'attendre avec lui.

Je ne regarde pas alors que je m'approche du gobelet après celui de Narcissa. Le verre de Lucius.

« Votre ami semble quelque peu décontenancé, Sang-de-Bourbe » murmure Lucius, mais je ne regarde pas vers lui. « Peut être qu'il a besoin d'apprendre sa place comme vous l'avez appris, hmm ? »

Mes joues brulent mais je ne le regarde pas. Je peux sentir ses yeux sur moi, me brulant. La cruche tremble dans ma main, mais le vin coule miraculeusement dans le gobelet. Mon cœur bat furieusement contre mes côtes, les blessant, les cassant.

J'ose un regard vers lui, juste une seconde. Ses yeux froids sont posés sur moi.

Il se penche vers l'avant pour se saisir du gobelet, et au moment où il le fait, sa main touche la mienne pendant une fraction de seconde. Ce toucher m'envoie une décharge électrique, et avant de me rendre compte de ce que je fais, je me recule vivement et laisse tomber la cruche de vin de mes mains, qui se brise au sol.

Le silence tombe sur la salle. Tout le monde me regarde. Ron paraît absolument terrifié.

Je me retourne vers Lucius, tremblante de peur. Son expression est dure.

« Bon Dieu, nous sommes envahis d'empotés ce soir- » commence Bellatrix, mais elle s'arrête en apercevant Lucius se lever et faire le tour de la table, m'agrippant le bras lorsqu'il m'atteint.

« Ne vous inquiétez pas » dit-il au reste de la salle. « La Moldue est incapable d'effectuer les tâches les plus simples, y compris verser du vin dans un verre. »

Un éclat de rire traverse la salle alors que Lucius me traine vers un coin sombre. Il me fait asseoir sur un banc contre le mur et il fait si sombre ici que je ne peux voir son expression alors qu'il baisse le regard vers moi.

« Maintenant, je veux que vous restiez ici, et essayez de ne plus faire l'idiote. » Il fait une pause. « Pouvez-vous faire cela pour moi ? »

Je lève les yeux vers lui, ne sachant pas vraiment quoi dire. Je hoche la tête.

Il me regarde une seconde avant de se retourner et de rejoindre la table, effaçant de sa baguette la flaque de vin que j'ai crée sur le sol.

Il s'assoit et se tourne vers sa femme, rejoignant la conversation.

Je peux à peine supporter de les regarder. Ils sont tellement parfaits dans leur similitude glacée. Vous ne pourriez pas trouver de personnes si compatibles dans tous les sens du terme.

Il a bien pu la tromper avec Bellatrix, mais elle ne semble pas au courant. Ils paraissent… heureux, à leur manière.

Je ne comprends pas. Je n'ai jamais rien compris. Je suis malade de tout ça.

Bon au moins, je suis cachée dans l'ombre. Et même si je n'étais pas cachée, personne ne voudrait rien me demander, de toute façon. Je peux les regarder autant que je veux, et eux ne peuvent pas me voir.

Je regarde le vin. Qui s'en rendrait compte si j'en buvais une petite gorgée ? Peut être que ça endormirai la douleur. N'est-ce pas pour cette raison que les alcooliques boivent ?

Prudemment, et invisible de quiconque, j'amène la cruche à ma bouche et je commence à avaler l'acre liquide.


« Du vin ! » crie Bellatrix d'une voix légèrement pâteuse. « Par Merlin, où es-tu petite Sang-de-Bourbe paresseuse, où es-tu ? »

Bon, c'est mon tour. Ron a été envoyé pour aller chercher leurs desserts dans la pièce d'à côté, donc il n'y a que moi qui puisse le faire. Peut être que je n'aurai pas du boire quelques verres, mais tout va bien, ils ne sauront pas, la cruche de vin est toujours remplie à raz bord. Mon Dieu, mais combien de verres ais-je bu ?

Je trébuche légèrement en me levant, renversant un peu de vin sur le sol, mais tout va bien, la cruche se remplie toute seule. Bien. Ils ne le sauront pas. Tant que je marche droite et que je me comporte normalement, il n'y aura pas de soucis.

Mais je dois l'admettre, les choses seraient beaucoup plus faciles si la pièce s'arrêtait de tourner autour de moi.

Bon. Un pied devant l'autre. Le gauche, le droit, le gauche… voilà, c'est bien.

Je marche dans la pièce, me déplaçant lentement mais surement entre les convives. Bellatrix parle à Avery d'une voix forte. Je regarde Lucius. Il semble s'ennuyer profondément et il lève les yeux au ciel face à ce qu'elle dit.

Je m'arrête, debout devant la table, attendant de voir si quelqu'un souhaite du vin ou non, mais personne ne semble faire attention à moi.

« Alors tu vois, il est plus logique de se concentrer seulement sur les Moldus, de concentrer tous nos efforts sur leur éradication complète. » Bellatrix est tout sourire. « C'est la seule façon d'être sur de notre victoire. »

« J'entends ce que tu me dis, Bella » l'interrompt tranquillement Avery. « Et je conviens que tous les Sang-de-Bourbe doivent être éliminés. Mais il serait surement intéressant de garder certains Moldus en vie, tu ne penses pas ? Après tout, quelle est l'utilité d'avoir du pouvoir si nous n'avons personne sur qui l'utiliser ? »

« Je suis assez d'accord, Avery » ajoute Narcissa d'une voix claire.

Les joues de Bellatrix se colorent de rouge. « Je suis sure que Lucius est d'accord avec moi. » Elle se tourne vers lui. « Ne penses-tu pas que j'ai raison sur ce point, Lucius ? »

Lucius la regarde comme s'il ne l'avait jamais vu avant.

Son regard slalome durant une seconde entre Bellatrix, Narcissa et moi, avant qu'il ne réponde à la question.

« Je reconnais que beaucoup d'entre eux doivent être éliminés, afin de faire baisser leur nombre » dit-il doucement. « Mais les éradiquer totalement serait une pure folie alors qu'ils pourraient être utilisés comme des esclaves très efficaces. Après tout, la société est par dessus tout contrôlée par les règles et le contrôle. »

Le visage de Bellatrix perd toute sa couleur. « Bien ! » dit-elle froidement. « Bien. Je n'ai pas besoin de votre approbation. Le Seigneur des Ténèbres saura écouter mes plans et les mettre en action, j'en suis sure. Car il sait bien que je suis sa plus fidèle, sa plus loyale, sa plus intelligente- »

« Dis-moi, Bella » l'interrompt Lucius, sa voix chargée de pure malice, « ton arrogance est-elle un trait de caractère que tu as hérité à la naissance, ou bien s'est-elle peaufinée et améliorée avec le temps ? Car je suis enclin à croire que ça doit être une combinaison des deux. »

C'est alors que je commence à rire. Je ne peux m'en empêcher, et pour une raison quelconque, un fou-rire s'échappe de ma bouche, si fort que j'en fais glisser la cruche de mes mains, qui vient s'écraser à nouveau sur le sol. Du vin se répand parmi les morceaux brisés de la cruche, courant autour de mes pieds nus, colorant le bas de ma robe.

Mon Dieu, ne puis-je rien faire sans que ça tourne à la catastrophe ? C'est la seconde cruche que j'ai brisée ce soir, ou bien est-ce la troisième ?

Je regarde la salle, horrifiée. Tout le monde me regarde dans un silence complet. Bellatrix semble enragée, mais tous les autres semblent plutôt amusés. Même Lucius me regarde avec un demi sourire sur ses lèvres.

« Comment oses-tu ? » siffle Bellatrix. « Comment oses-tu, espèce de sale petite Sang-de-Bourbe ! Tu nous fait honte devant tous nos invités en- »

« Bella, calme-toi » dit doucement Narcissa, me souriant de manière compatissante. « La jeune fille a bu, c'est évident. Elle ne voulais aucun mal, je suis sure- »

« Aucun mal ! Aucun mal ! » Bellatrix se lève de sa chaise, s'agitant avec fureur. « Elle a volé notre vin, la petite voleuse ! Je vais lui montrer ce que son audace va lui couter- »

« Tu ne feras rien du tout » dit Lucius fermement. Bellatrix se tourne vers lui avec fureur, comme si elle s'apprêtait à lui dire quelque chose, mais la vue de Narcissa suffit à la calmer. Elle referme sa bouche comme un piège et se rassoit sur sa chaise comme un enfant en faute. Lucius hoche la tête et se tourne vers Drago, qui sourit largement face à mon malheur.

« Drago, ramène la Sang-de-Bourbe jusqu'à sa chambre, elle n'est certainement plus en état de servir. »

Drago regarde vers Lucius. « Moi, Père ? »

Lucius lève les yeux au ciel. « Oui, toi. Maintenant. » Il lui remet la petit clé pour se téléporter. Drago la prend avidement et se lève de sa chaise, marchant vers moi. Il me saisit le bras et tourne la clé.

« La chambre Ouest. »

Je suis aspirée dans cet horrible vide crée par le Transplanage, et oh mon Dieu, je crois que je vais être malade !

Pour une raison que j'ignore, mon équilibre me quitte lorsque nous émergeons dans ma chambre, et je tombe à genoux sur le sol. J'entends un grognement de rire et je lève la tête pour voir le visage flou et ricanant de Drago, la salle tournant derrière lui.

« Tu es pathétique, Granger » dit-il d'une voix méprisante. « Tu es pire qu'une enfant. »

Je me redresse et m'assois, le regardant.

« Oh, je ne suis plus une enfant, Drago » je murmure. « Ton père l'a très bien vu. »

Drago me regarde pendant un long moment, ses yeux se rétrécissant.

« Qu'est-ce que c'est supposé vouloir dire ? »

Je me tais. Je devrais lui dire que ce n'est pas ce qu'il pense comprendre, mais actuellement je m'en fous. Il peut penser ce qu'il veut, n'est-ce pas ? Quelle importance ? De toute façon, ce n'est pas comme si cette supposition était éloignée de la réalité.

« Il ne ferait jamais… » il s'arrête mais son expression se durcit. « Pathétique » il répète, avant de se tourner vers la porte pour quitter la pièce, la refermant derrière lui d'un coup de pied.

Je reste immobile pendant un instant sur le sol, serrant mes genoux contre ma poitrine. Je me souviens de ma maman et de mon papa, et j'ai une soudaine envie de pleurer.

Je suis distrait par des voix venant de derrière ma porte.

« Que fais-tu ici ? »

« Je m'isole un instant. Retourne en bas. Dis leur que je les rejoins très bientôt. »

« Oui, Père » dit Drago, un soupçon d'ironie dans sa voix. « Est-ce que tu t'ennuies autant que moi ? »

« La compagnie de ta tante est un peu… fastidieuse, je dois l'admettre. Elle ne semble pas réaliser que le fanatisme n'est pas le sujet le plus fascinant autour d'un diner. »

Drago rit mais Lucius ne l'accompagne pas. « Va, Drago. Je ne serai pas absent longtemps. Je voudrais boire un verre tranquille avant d'y retourner. »

J'entends le cliquetis des chaussures de Drago s'éloigner dans le couloir avant que le son d'une porte ne s'ouvre et claque.

Il y a ensuite une longue pause. Je me redresse, regardant la porte, parce que je sais qu'il est de l'autre côté, et je parie qu'il va venir…

Mais il ne vient pas. Quelques instants passent avant que je n'entende les pas de Lucius se déplacer dans la pièce à côté, et le son d'une porte qui s'ouvre et se referme se fait entendre.

Salaud. Pourquoi ne vient-il…

Pourquoi ne vient-il pas te voir ?

Tais –toi !

C'est ce que tu pensais pourtant.

Je frissonne, essayant de me convaincre que c'est parce que j'ai froid.

Attendez une seconde… est-ce que Drago a verrouillé ma porte ?

Je fais un pas en avant mais je m'arrête.

Est-ce qu'il l'a verrouillé ? Je ne l'ai pas entendu le faire…

J'ai presque envie de rire face à la bêtise du furet.

Je fais un autre pas en avant, puis un autre, et un autre, m'approchant de plus en plus près, tendant la main et la posant sur la poignée. Je la tourne et la porte s'ouvre lentement.

Osant à peine respirer, je sors dans le couloir et je regarde autour de moi.

Est-ce que… est-ce que je pourrais essayer de m'échapper ?

Non, je ne peux même pas essayer. Je ne pourrais pas échapper à tous les convives présents dans la maison, et même si je réussissais, je ne pourrais même pas traverser le lac.

Dans ce cas, il n'y a qu'une seule et unique chose que je veux faire maintenant. Ca pourrait s'apparenter à du sadisme, mais pourquoi n'irais-je pas lui rendre visite ? Après tout, il me rend visite souvent lui !

Et puis, je dois savoir…

Je me tourne vers la gauche, vers l'endroit où j'ai entendu les pas il y a quelques minutes.

Je me déplace silencieusement jusqu'à la porte de sa chambre, terrifiée, mais je m'en fous, j'ai besoin de le voir, j'ai besoin de savoir…

Je tends timidement la main et je tape doucement mes doigts contre le bois avant de presser mon oreille contre la porte. J'entends un bruit feutré venant de la pièce lorsque la porte s'ouvre brusquement, me faisant perdre l'équilibre. Je tombe vers l'avant, dans la pièce, et je sens une poigne de fer se refermer autour de moi, me tenant en place.

« Que faites-vous ici bon sang ? » il demande, et oui, c'était bien la bonne chambre.

Je lève les yeux et la salle semble tourner pendant un long moment, surtout lorsqu'il me lâche, un air dégouté sur le visage. Et la pièce tourne et tourne et tourne encore, et oooh non, je ne me sens pas bien…

Un son de désapprobation s'échappe de ses lèvres avant qu'il ne referme ses doigts autour de mon poignet et qu'il ne me traine à l'intérieur de la pièce, me faisant asseoir dans un fauteuil devant une belle cheminée avec un feu ronflant en son sein.

Hum. J'aurai du deviner de quelle manière extravagante il devait avoir décoré sa chambre. Même dans cette saloperie de prison, il ne pouvait laisser personne croire qu'il pouvait être au dessus de lui.

Non pas que je veuille ces belles tapisseries et ce somptueux lit à baldaquin dans ma chambre, bien sur. C'est à peine au dessus de ma liste de priorités.

Une tapisserie en particulier, attire mon attention : celle qui montre une jeune femme manger une pomme, en regardant avidement un grand serpent noir.

Je pousse un soupir d'irritation.

« Qui y a-t-il ? » il demande brusquement.

Je secoue la tête. Je ne suis pas assez stupide pour lui dire à quel point il est prétentieux.

Ses doigts accrochent mon menton et il force mon visage à regarder le sien. Je regarde vers lui sans broncher, me sentant en quelque sorte bien plus courageuse que d'habitude.

« Combien avez-vous bu ? » il demande avec dédain.

« Pas beaucoup. Presque rien, vraiment. »

Il lève un sourcil vers moi, comme s'il ne croyait pas un mot de ce que je lui disais.

J'ai besoin de m'expliquer. Il doit comprendre pourquoi je suis ici.

« Je ne serais pas venu, mais Drago a quitté ma chambre sans la verrouiller, alors j'ai pensé… »

Je m'arrête, ne sachant plus très bien ce que je voulais faire au tout début. Il fronce les sourcils quelques instants avant qu'il ne pointe sa baguette vers une petite table près du fauteuil et un verre rempli d'eau apparaît près de son verre de cognac. Il se saisit du verre d'eau et me le tend.

Son dédain est presque aussi insupportable que sa haine.

Je lui prend le verre des mains et le jette à travers la pièce. Il se fracasse sur le sol de pierres.

« Je n'ai pas besoin de votre dédain » je siffle.

Il hausse les sourcils, un sourire moqueur apparaissant sur son visage.

« Oh mais il est tellement facile de se moquer de vous » il murmure, et je peux entendre la glace dans sa voix. « Si vous n'acceptez pas mon hospitalité, alors vous pouvez tout aussi bien sortir de ma chambre. Je ne vous veux pas ici, au cas où vous ne l'aviez pas remarqué. »

Il me lâche, me donnant l'opportunité de me lever, mais je ne vais pas lui donner la satisfaction de faire ce qu'il veut.

Un de ses sourcils se lève.

« Donc, vous voulez qu'on recoure à la manière forte ? Très bien. »

Il me saisit par le bras et me tire pour me lever, tentant de me trainer vers la porte. Je tire d'un coup sec mon bras de sa poigne.

« Non, je veux rester ici ! » je crie. « Pensez-vous vraiment que je suis venue ici simplement pour que vous me foutiez dehors ? »

Il se retourne et me regarde, incrédule.

Pourquoi ais-je dis ça ? A quoi est-ce que je suis en train de jouer, par Merlin ? Qu'est-ce que je fais ?

« Alors vous voulez rester ici ? » il murmure. « Vous ne cesserez jamais de m'étonner. J'aurai pensé que vous voudriez vous tenir éloignée de moi le plus possible. Ca semble avoir été votre plus grande intention dans le passé. »

Il se rapproche de moi. Je recule, pas après pas, lentement, loin de lui, car il a ce regard dangereux dans ses yeux, ce regard que je ne connais que trop bien maintenant.

Il sourit, car il commence à s'amuser. Il se rapproche plus encore, m'obligeant à reculer à travers la pièce.

« Alors, » dit-il calmement, « pourquoi êtes-vous venue ici exactement ? »

Ma bouche est sèche. Tout mon nouveau courage semble m'avoir abandonné.

« Aucune raison » je marmonne.

Il ricane. « La simulation n'est toujours pas votre fort, n'est-ce pas ? »

« Vous pouvez parler » je murmure, ma voix tremblant alors qu'il me pousse inexorablement vers le mur. Il ne pose pas ses yeux sur mon visage. « Vous avez transformé la simulation en un véritable art. Vous avez passé des années à dissimuler votre véritable visage aux yeux du monde. Vous vous êtes évadé d'Azkaban. Pendant des années, vous avez convaincu la société que vous étiez un homme bon qui s'était retrouvé au mauvais endroit, au mauvais moment. » J'atteins le mur, mon dos se cognant contre lui, mais je continue de regarder dans ses yeux froids et insondables. « Oh oui, vous êtes très habile avec la simulation. »

« Cette conversation a-t-elle un but ? » dit-il d'une voix trainante comme s'il semblait s'ennuyer.

« Oui » je murmure vicieusement. « Vous voyez, je sais comment vous vous y êtes pris. Vous avez réussi à garder votre véritable vous caché, en vous assurant que personne ne s'approche suffisamment de vous. »

Quelque chose de dur apparaît dans ses yeux, mais il ne dit rien, pas encore. Et donc, je continue de le pousser. Je dois le dire. J'ai besoin de savoir.

« Vous avez fait une erreur en me permettant de m'approcher de vous, Lucius » je murmure. « Parce que en me laissant vous approcher, j'ai découvert quelque chose que vous souhaitez que personne ne sache. »

Il s'approche à nouveau de telle sorte qu'il soit encore plus proche de moi, sa main posée contre le mur à côté de ma tête, me piégeant.

« Vraiment ? » il murmure, ses yeux dans les miens. Il se penche plus près. « Et qu'avez-vous découvert, ma petite Sang-de-Bourbe ? »

Je faiblis pendant une seconde, mais non, je vais le dire.

« Je sais que vous me voulez » je murmure, et voilà, c'est dit.

Mes mots flottent autour de nous, impossible de retourner en arrière maintenant.

Mon souffle est court-circuité par la peur.

Il ne donne aucune réaction. Sa peau est devenue un peu pale, et ses yeux se sont assombris, mais à part ça, rien.

Je continue donc. Ca doit être dit.

« Et je pense que vous ne le supportez pas » je murmure, espérant presque qu'il ne puisse pas m'entendre. « C'est pourquoi vous me traitez aussi mal : parce que vous feriez tout et n'importe quoi pour me tenir à l'écart. »

Pendant de longs instants, il ne dit rien. Il se contente de me regarder, ses yeux gris brillants de fureur, et c'est seulement alors que je me rends compte de ce que j'ai dit. Qu'est-ce que je cherche à atteindre ? A quoi je pensais en venant ici ?

Pourquoi ne suis-je simplement pas resté dans ma chambre ?

« Vous êtes fière d'être aussi perspicace, n'est-ce pas ? » il murmure vicieusement, me glaçant les veines de peur.

« Je suis désolée » je dis désespérément, mais c'est trop tard.

Il me gifle durement au visage, si durement que ma tête part vers l'arrière, et du sang remplit ma bouche, et je suis meurtrie, tout mon visage est meurtri, je le sais.

Il me saisit à la gorge, tenant mon visage tout près du sien. Je commence à gémir de pure terreur.

Pendant de longs et douloureux moments, il me regarde simplement avec dégout et haine, sa main bloquant mon souffle, avant qu'il ne me jette au sol. J'atteins douloureusement le sol, m'étalant sur le ventre.

« Comment oses-vous ? » il siffle. Il s'accroupit sur moi, me retournant par mon épaule, et je dois donc regarder son visage furieux, je n'ai pas le choix. « Vous osez me parler de cette manière ? Espèce d'arrogante, de présomptueuse petite salope ! »

Il me plaque au sol en m'appuyant la gorge, sortant sa baguette de sa robe et la pointant droit sur mon cœur. La fureur sur son visage suffit presque à me tuer direct.

« Ca y est » il murmure durement. « J'en ai assez de vous. Depuis que je vous ai capturé, vous n'avez été qu'un fardeau pour moi. »

« Qu'allez-vous faire ? » je murmure, absolument terrifiée.

« Je vais faire ce que j'aurai dû faire lorsque le Seigneur des Ténèbres m'en avait donné la permission » marmonne-t-il farouchement. « Je vais me débarrasser de vous. »

J'ai le souffle coupé par l'horreur et le monde s'écroule autour de moi. « S'il vous plait… non, vous ne pouvez pas. Vous- »

Il me gifle à nouveau le visage, et je sens le gout du sang et des larmes et… oh mon Dieu, il va vraiment le faire. Sa peau est translucide, son visage est un masque de béton et de haine.

« N'osez pas insinuer que je n'en suis pas capable ! » il siffle. « Que m'importe que vous soyez vivante ou morte ? Vous n'êtes rien d'autre qu'une abomination ! »

Je commence à pleurer de terreur pure. Non, non, non, je ne veux pas mourir, s'il vous plait, ne me laissez pas mourir, s'il vous plait –

« S'il vous plait » je murmure, mais il enfonce sa baguette profondément dans ma gorge, son visage marqué par une colère que je n'ai encore jamais vu. Ses joues sont d'un blanc pur.

« Pendant trop longtemps, vous ne m'avez causé que des ennuis ! » il siffle. « J'ai supporté trop longtemps votre arrogance et votre ignorance. Ca se termine ici, Sang-de-Bourbe. J'en ai fini avec vous. »

Les larmes coulent au coin de mes yeux, mouillant mes cheveux. Il ne peut pas me tuer, il ne peut pas, pas après tout ce que nous avons vécu. Ce n'est pas juste !

« Mais pourquoi ? » je murmure. « Pourquoi voudriez-vous faire ça, après tout ce qui s'est passé ? »

Le bout de sa baguette s'enfonce plus encore dans ma gorge, me déchirant presque la peau. Je sanglote. Ses yeux sont impitoyables.

« Après tout ce qui s'est passé, Sang-de-Bourbe ? » il rit sombrement. « Vous osez présumer qu'il existe un certain lien entre nous ? Pathétique petite Moldue. Il n'y a rien entre nous, rien ! »

« Mais si c'était vrai, alors pourquoi m'avez-vous embrassé ? » je demande en désespoir de cause.

Ses yeux s'écarquillent et sans même bouger sa baguette, il marmonne : « Endoloris ! »

La douleur me déchire tout le long de ma gorge et de mon corps, me brulant chair et os, me déchirant de l'intérieur, mais je m'en fous, je m'en fous, rien n'est pire que cette douleur, rien, rien !

Il me libère du sort. Je suis à peine capable de respirer avec les tremblements de douleur de mon corps. Il me tient toujours au sol, et sa baguette est toujours plantée dans ma gorge. Son visage est dur comme de la pierre.

Il regarde profondément dans mes yeux, et je sens la main invisible de la Legilimencie fouiller dans mon esprit, mais je l'enregistre à peine.

Si je devais mourir maintenant, ne serait-ce pas le mieux ? Juste pour être libérée de cette douleur, être libre de ma relation avec lui, ne serait-ce pas une délivrance ?

Et je reverrais mes parents à nouveau.

Je regarde dans ses yeux. Ils sont comme deux lacs gelés. Si vous regardez au delà de leur surface froide et congelée, vous pouvez apercevoir les sombres profondeurs de l'eau se mouvoir juste en dessous.

Je ne veux pas ébrécher la surface de cette glace. Si je le faisais, je tomberais et me noierais, je le sais.

Mais je vais mourir, de toute façon.

Sans réfléchir, je m'approche, lentement.

Il ne cherche pas à m'arrêter.

Je caresse sa joue pale de mes doigts. Sa peau est chaude sous ma main. Ma paume entière repose sur son visage.

Je ne comprends pas son expression. Il me regarde si intensément que je me sens presque violée par son regard.

C'est assez pour moi. J'enlève ma main de son visage, et je commence à prier, même si Dieu a disparu au moment même où Lucius est apparu dans ma chambre à la maison.

« Tuez-moi, Lucius » je murmure. « Au moins comme ça, je serai libre. »

Il grogne de rage absolue. Je ne l'ai jamais vu aussi terrifiant. Ses narines frémissent et sa respiration est dure, oh mon Dieu il va le faire, il va vraiment me tuer, ici, maintenant…

Il se lève et m'agrippe, me trainant par les cheveux à travers la pièce. La douleur me fait pleurer, et je me redresse sur le sol pour l'aider à me trainer, afin d'arrêter cette douleur.

« Antonin avait raison, vous êtes une pute » il marmonne sauvagement. « Si jamais vous vous comportez à nouveau comme telle, je vous tue réellement, soyez-en sure. »

Il s'arrête quand il atteint la porte, et il me tient plus près de lui. Je peux voir chaque ligne de fureur sur son visage pale alors qu'il me regarde avec des yeux froids de rage pure.

« Ca serait tellement facile pour moi » il marmonne avec véhémence. « Après tout, ce n'est pas comme si vous signifiez quelque chose pour moi. »

Il ouvre la porte et me jette hors de sa chambre. Je tombe sur le sol, atterrissant sur le ventre. Je ne peux donc pas voir son visage mais je l'entends fermer la porte derrière moi, la claquant durement dans sa rage.

Je m'allonge au sol, ne relevant même pas la tête. Je commence à pleurer sous le choc, la douleur et l'humiliation pure et simple. Je veux seulement disparaître dans le sol de pierres. Je ne veux plus jamais, jamais lui faire face.

Comment j'ai pu… comment ais-je pu lui dire tout ça ? Qu'est-ce que j'espérais obtenir ?

Je ne veux pas répondre à cette question.

Je suis tellement stupide. Stupide stupide stupide. Sa suprématie de Sang Pur est ancrée en lui. Il me hais, me hais plus que tout au monde…

« Granger ? »

Mon cœur s'arrête.

Oh non.

Je fais glisser ma tête.

Drago se tient devant moi, me regardant.

Il paraît effrayé. Et dégouté.

Il se rapproche plus près. Je ne bouge pas.

Je ne l'ai jamais vu aussi jeune qu'il ne paraît en ce moment. Il a toujours fait un peu plus vieux qu'il ne l'est réellement. Lorsque nous étions en sixième année, on aurait dit qu'il avait au moins vingt ans. Mais là, il ressemble exactement au petit garçon qu'il était lorsque je l'ai vu pour la première fois.

« Qu'est-ce que… qu'est-ce qu'il se passe ? » il demande, même si je me doute qu'il ne veux pas vraiment avoir de réponse à sa question.

« Drago, ce n'est pas- » j'halète, mais c'est alors que la situation devient dix fois pire.

« Drago, tu n'es quand même pas déjà allé te coucher ? » La voix de Bellatrix perce l'obscurité derrière Drago. « Tu as été extrêmement désagréable avec nos convives, tu sais. Tout comme ton père… »

Sa voix s'estompe lorsqu'elle me voit. Ses yeux se reposent sur moi. Ils s'élargissent sous le choc, et c'est alors que je commence à trembler.

Son regard vacille entre moi et la porte de la chambre de Lucius.

« Comment as-tu atterrit ici, Sang-de-Bourbe ? » elle murmure.

Je la regarde. Je ne sais pas quoi dire.

Elle me regarde, ses yeux noirs remplis de haine. Elle s'approche et place une main sur l'épaule de Drago.

« Retourne en bas » elle chuchote. « Retourne voir nos invités. Je vais m'occuper de… de… »

Elle s'arrête. Drago me regarde durant un long et douloureux moment avant de se tourner et de disparaître dans l'obscurité.

Je n'ose pas bouger. Le regard de Bellatrix continue de vaciller entre moi et la porte. Je peux voir son esprit travailler furieusement derrière ses yeux fous. Moi. La porte. La porte de la chambre de Lucius. Lucius Lucius Lucius…

Soudain, elle s'approche vers moi et m'agrippe les cheveux. Je crie de douleur mais sa main se referme sur ma bouche, et elle murmure furieusement à mon oreille.

« Tais-toi Sang-de-Bourbe, ou je te jure que je te coupe la langue. » Elle postillonne sur ma joue en parlant. « Je me demande s'il voudrait encore de toi si tu n'avais plus de langue, hmm ? »

Elle me traine dans ma chambre, ouvrant la porte et me jetant sans ménagement sur le plancher. Elle ne s'approche pas, mais elle reste dans l'embrasure de la porte, se contentant de me regarder.

« Tu vas payer pour l'avoir éloigné de moi » elle marmonne furieusement. « Oui Sang-de-Bourbe, tu vas souffrir pour ce que tu m'as fait, je le jure. »

Elle quitte alors la pièce et claque la porte derrière elle.

Je me lève et mon estomac s'écrase et se soulève, de l'acide brulant dans ma gorge, et oooh nooon…

Je me précipite dans la salle de bain, atteignant à peine les toilettes avant de me jeter sur la cuvette en porcelaine.

Je me roule en boule sur le sol de carrelage froid lorsque j'ai fini de vomir, soudain trop épuisée pour me déplacer, et je tombe d'un seul coup endormie.