'Oh ! Gardez-vous, seigneur, de la jalousie. C'est un monstre aux yeux verdâtres qui prépare lui-même l'aliment dont il se nourrit.' – William Shakespeare, Othello


Chapitre 24 Le pêché de l'envie

Je compte chaque pierre qui orne le mur en face de moi. C'est primordial que je compte une à une les pierres que je vois. Parce que je ne vais pas penser à ce qui s'est passé la nuit dernière. Je ne peux pas me permettre d'y penser.

Cinquante-cinq, cinquante-six, cinquante-sept…

Mon Dieu, est-ce que j'ai vr aiment… Comment ais-je pu lui dire ça ? Qu'est-ce qui m'a pris, bon sang ?

Ma peau frissonne rien à ce simple souvenir. Le souvenir de la fureur pure dans ses yeux me glace le sang.

Soixante-et-un, soixante-deux, soixante-trois…

Je ne veux jamais, jamais le revoir. La seule pensée de le revoir me donne envie de me ratatiner et de mourir.

C'est comme un cauchemar. Un horrible, immonde cauchemar.

Peut être que c'est véritablement ce que c'était !

Mon Dieu, j'aimerai tant pouvoir y croire.

Quatre-vingt-huit, quatre-vingt-neuf, quatre-vingt-dix…

Je me suis sentie horriblement mal lorsque je me suis réveillée ce matin.

Je n'ai revu ni Bellatrix, ni Drago, ni (merci mon Dieu) Lucius. Aucun d'entre eux n'est venu me voir. J'espère que Bellatrix était tellement ivre qu'elle ne se souvient pas de ce qu'il s'est passé, et que Drago… mon Dieu, je ne sais pas quoi espérer avec lui. Peut être qu'il est trop lâche pour simplement réagir à ce qu'il a vu, et ainsi qu'il n'en parle jamais à sa tarée de tante.

Cent quatre, cent cinq, cent six…

Et Lucius… Qu'est-ce que je peux éventuellement espérer avec Lucius ?

Je suppose que tout ce que je peux espérer, c'est ne plus le revoir. Qu'il s'éloigne de moi pour le reste de ma captivité. Que je ne le revois plus pour le reste de ma vie.

Cette pensée me fait sentir si seule, abandonnée et perdue, que j'ai presque envie de hurler.

La porte s'ouvre derrière moi. Je me retourne, mon cœur bondissant dans ma poitrine. Peut être qu'il est venu finalement, je –

Mais ce n'est pas lui à la porte.

Avery se tient dans l'embrasure, son regard azur et calme balayant la pièce avant de se poser sur mon visage pale et fatigué.

Son propre visage ne montre absolument aucune émotion.

« Vous avez un visiteur » dit-il, inclinant légèrement la tête avant de parler à quelqu'un dans le couloir. « Venez. »

Le visage familier de Ron apparaît dans l'embrasure.

« Le garçon m'a dit que vous étiez parfois autorisés à vous rendre mutuellement visite » demande Avery, me regardant calmement. « Est-ce exact ? »

Sa voix est plus aigue que celle de Lucius. C'est comme un chuchotement léger. Cette voix semble appartenir à quelqu'un de bien plus jeune que ne semble l'être Avery.

Il me regarde en attente d'une réponse. Je me contente de le regarder bêtement bouche bée.

Il montre un petit sourire tranquille.

« Je suppose qu'il a menti, à en juger par votre expression. » Il se tourne calmement vers Ron, qui pâlit légèrement. « Le mensonge n'est pas quelque chose que je tolère, Weasley. Vous devriez en être conscient. »

Ron le fixe d'un regard dur, se préparant psychologiquement. « C'est une blague je suppose ! » dit-il avec défi. « Vous avez menti toute votre vie pour essayer de garder votre identité secrète- »

Avery se contente de me viser tranquillement de sa baguette.

« Endoloris ! »

Noooooooon ! De la douleur, du feu, des couteaux, des larmes d'acide me déchirent les entrailles encore, encore, et encore…

Il lève le sort et je prends soudain conscience que je suis allongée au sol, les bras de Ron autour de moi, alors que je tremble, tremble.

Respire. C'est fini.

Les bras de Ron tremblent tandis qu'ils me tiennent. Sa respiration est rapide et rude.

Je lève les yeux pour voir Avery se retourner pour quitter la pièce.

« Je vous l'ai dit Weasley, je n'hésiterai pas à punir votre amie pour vos transgressions. » Alors qu'il atteint la porte, il retourne à nouveau son visage parfaitement serein vers nous. « Mais je ne vois aucun mal à vous laisser quelques minutes en tête à tête. »

Il s'arrête, ses yeux froids et vides reposant sur moi et Ron.

« Après tout » il se permet un sourire sans humour, « qu'est-ce que la vie sans un peu d'affection ? »

Un spasme de peur me traverse alors qu'il passe la porte, la refermant derrière lui, nous laissant seuls.

Je dois l'admettre : Avery me fous les jetons. Ce n'est pas vraiment de la peur – je ne ressens pas pour lui la même crainte froide que je ressens dès que je pense à Lucius. Mais il y a quelque chose de… bizarre en lui. Je ne sais pas ce que c'est mais…

Ron se lève, m'aidant à me remettre sur pieds en me soulevant par les épaules, regardant étroitement mon visage.

« Est-ce que tu vas bien ? » il demande en tremblant.

Je hoche la tête. « Ca va. » Je tente un sourire fragile. « Ce n'est rien. J'ai déjà connu pire, après tout. »

Il ne me sourit pas en retour, mais ce n'est pas étonnant. Ce n'est pas comme si ça avait été marrant, n'est-ce pas ? »

Il fronce les sourcils, ne quittant pas des yeux mon visage. Il me regarde comme s'il avait peur de ce qu'il allait me dire.

« Qu'est-ce qui t'es arrivée la nuit dernière ? » il demande calmement. « Quand je suis retourné dans la salle à manger, tu étais partie, et aucun d'entre eux n'a voulu me dire où. »

Mon estomac se comprime d'humiliation, mais j'essaie de garder mon visage impassible.

« Rien. J'ai juste… en fait, c'est un peu embarrassant. » J'essaie de sortir un rire nerveux mais il fait plus penser à un rire hystérique. « J'ai bu un peu de vin. Tu sais, le vin qu'on devait servir. Quoi qu'il en soit, j'en ai bu un peu trop et- »

« Je sais tout ça » il m'interrompt, ce qui me surprend. « Ils riaient tous à ce sujet lorsque je suis revenu. Ce que je veux savoir, c'est ce qu'il s'est passé lorsque Lucius a disparu de la salle, et qu'il n'est pas revenu de toute la soirée. »

J'avale difficilement, essayant de canaliser ma peur à l'intérieur de moi pour qu'elle ne transparaisse pas dans mes paroles.

« Je n'en ai aucune idée » je dis fermement. « Drago m'a amené ici et je me suis endormie rapidement après. Si son père est venu ici, je ne l'ai pas vu. »

Ron respire fortement par le nez. Il est en colère, je peux le sentir. Vous ne pouvez pas être meilleur ami avec quelqu'un pendant sept ans, et ne pas être en mesure de dire lorsqu'il est en colère.

« Ecoute, » dit-il avec défi, « malgré ce que tout le monde pense, Hermione, je ne suis pas stupide. »

« Je sais que tu ne l'es pas, Ron. »

Il hoche la tête, ses lèvres s'étirant dans une fine ligne. « Alors je veux que tu arrêtes de me traiter comme tel. » Il me regarde directement dans les yeux. « Qu'est-ce qu'il se passe entre toi et Lucius Malefoy ? »

De la glace m'empoigne le cœur et je me force à répondre rapidement. « Honnêtement Ron, il n'y a ri- »

« Ce n'est pas rien ! » il crie, sa voix remplie de ressentiment. J'ai l'impression qu'il a eu envie de dire cela depuis des lustres. « Si ce n'est rien, alors pourquoi passes-tu ton temps à parler de lui ? Pourquoi passes-tu ton temps soit à parler de lui, soit à le regarder ? »

« Je ne- »

« Je t'ai vu ! » dit-il, sa voix montant dans les aigus. « Chaque fois que nous sommes dans la même pièce que lui, tu passes la moitié du temps à le regarder, et lorsque tu ne le fais pas, c'est lui qui te regarde. Qu'est-ce qu'il se passe ? Dis-moi la vérité ! »

« Je te l'ai dit, ce n'est rien ! » je dis, ma propre voix commençant à craquer de désespoir. « Tu ne peux pas comprendre. Tu es presque toujours seul, mais moi tout ce que j'ai dans ma vie, c'est Lucius pour me tourmenter. Et j'ai peur, Ron. C'est pour ça que je passe tout mon temps à le regarder ou à parler de lui. Parce que je vis dans la peur chaque instant de chaque jour ! »

Son emprise sur mes épaules se resserre. « Tu n'as pas besoin d'avoir peur de lui » il murmure furieusement. « Je suis là, Hermione. Tu te souviens quand le Basilic t'a pétrifié en deuxième année ? »

« Est-ce que je me souviens ? » je demande incrédule. Bien sur que je m'en souviens. Le premier effet horrible et inoubliable que Lucius a eu sur ma vie.

Ron hoche la tête, ses yeux brillant d'émotions. « J'ai juré à partir de cet instant que je te protégerais, que je ne laisserai jamais quelque chose d'aussi horrible t'arriver de nouveau. »

Pendant un instant, ses yeux semblent sur le point de couler, mais il se retourne brusquement.

« Mais maintenant… j'ai l'impression de t'avoir perdue » dit-il calmement. « J'ai l'impression que tu t'éloignes de moi. Il a une emprise sur toi Hermione, tu ne peux pas le nier. » Il prend une profonde inspiration qui fait remonter ses épaules. « Et chaque jour qui passe, je te sens glisser plus loin de moi. »

Je lève les yeux pour le regarder. Sa haute silhouette, surmontée d'une tignasse rousse. Ses cheveux roux tombent sur ses vêtements bleu marine. Il a beaucoup grandi depuis que nous avons été capturés. Il fut un temps où je pouvais voir l'arrière de son cou au dessus de ses vêtements. Plus maintenant.

Je sais qu'il se sent seul. Je le sais parce que c'est ce que je ressens chaque instant de chaque jour.

Mais nous n'avons pas à nous sentir seuls.

Je m'approche de lui et je glisse mes doigts sous ses cheveux, tout en le contournant pour lui faire face.

Et avant de me rendre compte de ce que je fais, je me lève sur la pointe des pieds et vient déposer un baiser sur ses lèvres. Un baiser que j'ai attendu depuis cinq ans.

Il est maladroit, nerveux et doux, et je me sens un peu étourdie alors qu'il enroule ses bras autour de moi, me soulevant légèrement du sol. Ses lèvres s'entrouvrent légèrement et je commence à pouffer de rire dans sa bouche. Il rompt le baiser, riant avec moi.

C'est parfait.

Il me regarde profondément dans les yeux, et nous rions tous les deux stupidement, et c'est presque comme revoir le soleil briller, parce que dans cet instant, il n'y a ni douleur, ni blessure, ni Lucius. Il y a juste Ron et moi, et tout ce qu'il y a de bon dans ce monde.

Il se penche et m'embrasse à nouveau et j'enlace mes bras autour de son cou et il me soulève une fois de plus…

Et puis la porte s'ouvre avec fracas.

Nous nous séparons à la hâte et je me retourne pour voir la seule personne que je ne veux pas voir. La seule personne dont je ne voulais jamais, jamais qu'il me voie avec Ron.

Lucius me regarde depuis la porte. Son visage est dur, et l'expression dans ses yeux me déchire. Il me regarde comme s'il me détestait. Et cette fois, il ne me regarde pas comme s'il me haïssait pour ce que je suis. Cette fois, il me hait pour ce que j'ai fait.

Ses yeux se rétrécissent en nous regardant.

« Tu vois maintenant pourquoi j'interdisais formellement au garçon de la voir sans surveillance ? »

C'est seulement alors que je remarque Avery se tenant derrière Lucius, mais je ne prête pas attention à lui. Je ne regarde que Lucius, sa haine et sa fureur dans le regard.

« Je suis désolé, Lucius » dit Avery. « Je ne savais pas que tu étais si… opposé à cette idée. »

« Et bien, tu le sais maintenant » dit Lucius, sans même remuer les lèvres. Il me regarde pendant de douloureuses secondes, avant de lever sa baguette.

Mais il ne la pointe pas sur moi.

« Endoloris ! »

Ron hurle et tombe au sol. Je tombe automatiquement avec lui, essayant de le bercer dans mes bras, mais je ne peux pas car il donne de frénétiques coups de pieds, griffant l'air tandis qu'il hurle et se tord de douleur et d'agonie.

Je lève les yeux vers Lucius, criant désespérément.

« S'il vous plait, s'il vous plait, je vous en supplie ! S'IL VOUS PLAIT ! »

Mais il n'écoute pas. Il a les yeux fixés sur Ron avec une rage et une haine quasi inhumaines. Primitives. Ses yeux s'illuminent face aux cris et aux lamentations de Ron.

Je regarde Ron, impuissante, essayant de le tenir, mais je ne peux pas. Du sang commence à couler de son nez et son visage devient vert alors que ses yeux roulent dans leurs orbites…

Et puis les hurlements s'arrêtent.

Ron est toujours sur le sol, le sang continuant de couler de son nez et ses yeux fermés, son torse remontant et s'abaissant rapidement.

« Ron ! » je crie en le secouant. « Ron, réveille-toi ! »

Des doigts de fer se referment autour de mon poignet pour éloigner mes mains de mon ami, avant que Lucius ne se penche, faisant reposer légèrement ses doigts au niveau de son pouls dans sa gorge.

« Il est vivant, Sang-de-Bourbe » il murmure. Il se relève. « Ramène-le dans sa chambre, Avery. Et ne le laisse plus jamais seul avec elle sans ma permission. »

« Bien sur, Lucius. Mais pardonne-moi, n'avons-nous pas interdiction de blesser le garçon ? »

Lucius respire un petit rire amer. « Il est vivant, non ? Maintenant, fais le disparaître de ma vue. »

Avery regarde Lucius quelques instants avant qu'il ne hausse les épaules et fasse léviter Ron par la magie, l'amenant hors de la pièce avec lui, refermant la porte derrière eux.

Et alors il n'y a plus que Lucius et moi. Seuls. Encore.

Il me regarde longuement et durement.

Je me contente de le regarder, ma bouche s'ouvrant et se fermant stupidement alors que j'essaye désespérément de trouver quoi dire.

La fureur et la haine derrière le sort, ont dû être très puissantes pour que Ron perde connaissance aussi rapidement.

Je souhaiterais le tuer pour cela.

Sa bouche s'amincit. « Je dois avouer que vous m'avez déçu, Sang-de-Bourbe » dit-il tranquillement mais froidement. « Je sais que vous êtes si bas dans l'échelle sociale, qu'elle vous considère à peine comme un être humain, mais je vous croyais pourvue de plus d'intelligence que cela. » Il dirige son regard vers moi, sa lèvre se recroquevillant de dégout.

Je lui lance un regard furieux.

« Pourquoi ? » est la seule chose que je lui dis.

« Pourquoi, quoi ? »

« Pourquoi l'avez-vous torturé ? » je demande furieusement. « Je vous ai supplié, espèce de salaud. Je vous ai supplié de ne pas le faire. Vous souvenez-vous la dernière fois que je vous ai supplié pour quelque chose, Lucius ? »

Et bien sur qu'il se souvient. Il recule légèrement, aspirant son souffle.

Mais lorsqu'il répond, il ne me donne pas de réponse à ma question.

« Dites-moi, qu'est-ce que ce Weasley a exactement à vous offrir ? »

Mes joues brulent. Quel droit a-t-il de me dire ça ?

« Ca ne vous concerne pas ! » je dis sur un air de défi.

Il ouvre la bouche comme s'il allait dire quelque chose, mais c'est alors qu'il se rapproche. Il me regarde comme s'il était sur le point de craquer.

Il se rapproche plus encore de moi. « Après tout ce que j'ai fais pour vous, j'aurai tendance à dire que ça me concerne entièrement » marmonne-t-il de façon venimeuse.

Je me sens me briser en mille morceaux.

« Après tout ce que vous avez fait pour moi ? » je demande, ma voix devenant hystérique. « Oh oui, parce que je vous dois beaucoup, n'est-ce pas ? Vous souvenez-vous lorsque vous m'avez brisé les doigts pour ensuite me les écraser sous votre botte ? Vous souvenez-vous m'avoir lancé un Imperium pour m'obliger à couper le pouce de mon meilleur ami ? Vous souvenez-vous d'avoir assassiné mes parents, Lucius, vous en souvenez-vous ? »

Il m'atteint et ses doigts se referment étroitement autour de ma gorge. Il me traine à travers la pièce et vient m'épingler au mur, ses doigts s'enfonçant de longs moments dans ma peau.

Je regarde désespérément son visage. Ses yeux sont glacés, inondés de rage pure.

Il prend quelques profondes inspirations avant de lâcher ma gorge, et je peux respirer à nouveau, me forçant pour ne pas suffoquer face à cet apport d'air soudain.

« J'avais mes raisons, Sang-de-Bourbe » il murmure, et ses paroles me font de nouveau perdre le contrôle.

« Oh, je sais ça. Croyez-moi, je connais vos véritables raisons pour avoir tué mes parents » je lui siffle au visage, et je vois le peu de couleurs quitter sa peau. « Voldemort me l'a montré. Vous voulez me faire croire que vous vous êtes contenté d'exécuter les ordres, mais en fait vous les avez tués pour empêcher Voldemort de me tuer à la place. Vous voyez, je sais tout. »

Il y a un long silence tandis que mes mots flottent tout autour de nous, ne faisant qu'empirer les choses, mais je m'en fous.

Il me regarde pendant de longues secondes angoissantes. J'ai l'impression qu'il n'y a plus du tout d'air alors que je me noie dans ses yeux.

« Petite salope présomptueuse » il murmure. « Vous n'avez aucune idée de mes raisons d'avoir tué vos parents. J'ai seulement considéré que vous pourriez encore nous être utile dans la capture de Potter. Le Seigneur des Ténèbres l'a momentanément oublié dans sa rage. Je n'ai fait que le lui rappeler, et il en a été reconnaissant. »

Je lève les yeux vers lui, incrédule, ne me souciant plus de rien. Cette situation ne pourrait pas être pire, alors il n'y a absolument aucune raison de garder le silence.

« Donc, c'est pour ça que vous avez perdu votre sang-froid lorsque vous m'avez vu avec Ron tout à l'heure ? » je demande calmement. « Dites-moi, est-ce que vous arrivez vraiment à vous convaincre vous même de toutes ces excuses que vous me donnez par rapport à votre comportement envers moi ? »

Ses narines frémissent. « Votre arrogance est accablante » il marmonne vicieusement. « C'est ce qui vous a poussé à venir dans ma chambre la nuit dernière, en affirmant que vous avez découvert quelque chose à mon sujet que je souhaite à tout prix cacher. Vous osez penser que je ressens autre chose pour vous que de la révulsion. » Il respire un rire sans joie. « C'est pathétique, vous m'entendez ? Je vous méprise ! »

La colère me perce durement l'estomac, faisant pulser de l'électricité dans mes veines.

« Est-ce pour cela que je me suis réveillée une nuit avec vos doigts me caressant le dos ? » Ma voix est hystérique. Je veux lui faire mal. Je veux le faire saigner, crier et pleurer. « Est-ce pour cela que vous m'avez embrassé après que nous ayons tué ensemble Dolohov ? Ne me dites pas que je ne connais rien de vous, car je ne vous crois plus ! Ca vous tue de ne pas m'avoir, Lucius. Vous le savez très bien. Pourquoi n'arrêtez-vous pas de vous comporter comme un lâche en essayant de me repousser ? Qu'est-ce qui vous empêche de prendre ce que vous voulez, en dehors de mon sang immonde ? »

Il recule sa main comme s'il allait me gifler, son visage baigné de colère, mais il finit par la faire retomber, luttant pour garder sa respiration la plus calme possible.

Et ça me fait enrager.

« ET BIEN, ALLEZ-Y ! » je hurle. « Frappez-moi espèce de lâche ! Repoussez-moi. C'est ce que vous voulez, n'est-ce pas ? Frappez-moi ! »

Je lève ma main et lui gifle durement le visage.

Il me regarde, le visage dur de rage alors que sa joue prend une teinte rosée sous le coup, avant qu'il ne lève sa main à nouveau pour me frapper, et cette fois il le fait réellement. Encore et encore. Ca fait si mal, mais je m'en fous. J'ai besoin qu'il me blesse. J'ai besoin de ça pour qu'il reconnaisse ce qu'il ressent, même si en me prouvant que j'ai raison, il me cause des douleurs au delà de l'imagination.

Sa main enlace mes cheveux et il me tire le visage en arrière, baissant le regard vers mes yeux. Je sens du sang couler du coin de ma bouche et sur mes lèvres. Ma tête me fait mal.

Il baisse son regard sur moi, la respiration dure. Sa haine pour moi est palpable.

« Votre arrogance » il murmure, « sera votre perte. »

Son visage est seulement à quelques centimètres au dessus du mien, ses yeux immenses et sombres.

« Vous pouvez parler » je murmure. « Vous êtes la personne la plus arrogante que je connaisse. »

Sa bouche se tord un instant, dans ce qui pourrait presque être un sourire. Il me tire encore la tête en arrière, la douleur m'amenant les larmes aux yeux.

Il approche encore son visage du mien, sa bouche à quelques millimètres seulement de la mienne. Ses lèvres s'entrouvrent légèrement et les miennes font de même alors qu'il se rapproche encore et encore.

Il hésite, avant de lâcher mes cheveux de ses doigts, me repoussant de lui avec fureur.

« Merde ! » il siffle. « Soyez maudite ! »

Il se tourne et quitte rapidement la salle, faisant claquer la porte derrière lui avant de la verrouiller.

Je me détourne de la porte, appuyant mes doigts sur mes lèvres sanglantes. Je ferme les yeux et des larmes coulent sur mes joues.

Je suis malade de tout. Je suis malade qu'il me haïsse alors qu'en même temps je sais qu'il ressent quelque chose, même s'il ne voudra jamais l'admettre, jamais, jamais, jamais…

Je ne veux plus dépendre de lui. J'en ai marre d'être à sa merci. Je veux en être débarrassée. Je ne peux plus vivre avec lui dans mon esprit comme ça. C'est dégoutant, c'est tordu, ce n'est pas juste.

J'en ai marre de vivre dans l'espoir de le voir enfin se confronter à lui même. Je ne vais pas le laisser gagner.

Et si je veux qu'il revienne vers moi, alors ça signifie qu'il a gagné, non ?

Et il le sait.

'…si disposé et obéissant…'

Non, ça n'arrivera pas.

Mon cœur bondit dans ma gorge alors que j'entends la porte se déverrouiller derrière moi et s'ouvrir lentement.

« Quoi d'autre maintenant ? » je murmure. « N'en avez-vous pas assez fait ? »

Je me retourne, prête à lui faire face. Prête à lui crier et lui hurler dessus, parce que je suis malade de tout ça, malade.

Je me congèle sur place, mes côtes se broyant sous la peur et mon cœur se bloquant dans ma poitrine.

Ce n'est pas Lucius à la porte.