'Pure ? Qu'est-ce que ça veut dire ?
Les langues de l'enfer
Sont mornes, aussi mornes que la langue
Triple du morne et gros Cerbère
Qui halète à la porte. Incapable
De lécher, incapable de laver
Le tendon fébrile, le péché, le péché' - Sylvia Plath, 39,5° de fièvre
Chapitre 27 Contrecoup
Je m'accroupis, tirant mes genoux contre mon menton. Je serre le drap de lit autour de mon corps. Le coton accroche à mon corps collant tandis que je m'enveloppe dedans, essayant de me fabriquer un cocon contre le reste du monde.
Mais comment puis-je réussir à me couper de ce que je suis devenue ?
Je ferme les yeux, appuyant mon front contre le bois frais de la porte. Un soupir s'échappe de mes lèvres alors que des larmes silencieuses coulent lentement sur mes joues.
Je me sens vide. Je suis un bateau perdu en pleine mer. Je me sens abandonnée et perdue.
Et triste, si triste.
Tout a changé. Tout. Et c'est lui qui a tout changé, rien qu'en une seule soirée.
Mais bon, il était habitué à bouleverser les choses. Il m'a changé au delà de la connaissance. J'avais l'habitude d'être Hermione Granger. Hermione Granger croyait qu'il y avait du bon en chacun de nous si seulement on essayait de le chercher. Hermione Granger croyait qu'on arrivait à n'importe quel but à condition de travailler assez dur. Hermione Granger appréciait son intelligence et sa bravoure au delà de tout le reste. Hermione Granger voulait transformer le monde en quelque chose de meilleur. Hermione Granger…
Hermione Granger était vierge ?
J'avale le sanglot qui me comprimait la poitrine, et j'essuie les larmes sur mes joues.
Mais elles continuent de couler, plus rapides, plus lourdes, plus chaudes. C'est comme si elles avaient pris la forme de la douleur que mon corps essaye désespérément d'expulser.
Je ne suis plus cette fille. Maintenant, je ne me reconnais même plus. La fille que je suis devenue est faible, pitoyable. Elle laisse les gens faire ce qu'ils veulent d'elle, et elle n'essaye même pas de les empêcher. Elle a non seulement laissé l'homme qu'elle déteste le plus au monde faire ce qu'il voulait d'elle, mais en plus elle le voulait, elle l'a incité…
Je voulais seulement me sentir de nouveau humaine. Cet être humain dont il m'a si souvent dit que je ne faisais pas partie.
Pourquoi ais-je besoin de lui pour me prouver ma propre valeur ?
Je me sens sale.
Je devrais aller me laver. Je peux encore le sentir sur moi. Et ce n'est pas seulement son odeur habituelle. C'est une odeur plus forte, plus sombre, plus dangereuse – une que je n'avais pas senti avant ce soir.
Elle s'accroche à moi. Elle s'infiltre dans tous les pores de ma peau, se propageant le long de ma langue, me colonisant entièrement.
Je serre mes bras autour de moi, enfonçant mes ongles dans la peau douce, descendant jusqu'à mes coudes.
Je peux encore le sentir. Je peux sentir ses mains sur mon dos, mes hanches, mes seins, mes cuisses. Me meurtrissant, me griffant, me caressant. Ces mains qui ont accédé à ce que je voulais garder privé.
Je suis blessée. Je me sens encore endoloris lorsqu'il…
J'écarte le drap de mon corps juste pour un instant, jetant un œil vers le bas.
C'est abîmé. Mon corps est abimé. Mes poignets ont des marques pourpres. Ses doigts ont laissé leur trace violette sur mes hanches et à l'intérieur de mes cuisses.
Et il y a du sang. Seulement un tout petit peu, mais du sang tout de même.
Je m'enroule à nouveau du drap, fermant les yeux, incapable de me regarder davantage.
Je ne peux pas le supporter. Je ne peux pas supporter ce que nous avons fait. Je l'ai laissé me corrompre.
Et Ron… oh Dieu, Ron !
De nouvelles larmes coulent de mes yeux. Je l'ai trahi. La seule chose décente qu'il me restait dans ce monde, et je lui ai pris sa confiance et l'ai déchiré en lambeaux…
Mais je n'ai jamais voulu qu'il en soit ainsi ! Je n'ai pas voulu que ça se produise.
Alors pourquoi ne l'as-tu pas arrêté ?
J'appuie mes mains sur mon visage, essayant d'effacer de ma mémoire le souvenir de ses caresses. Je ne dois pas penser à ça, je ne peux pas, car penser à ça m'amènerais sur un chemin que je ne peux pas suivre.
Pourquoi a-t-il fait ça ? Pourquoi est-il allé aussi loin, après tout ce qui s'est passé ? Après tout ce temps, pourquoi a-t-il finalement cédé ?
Ses paroles de la nuit dernière reviennent dans mon esprit, tissant leur nit et creusant leur trou comme une mauvaise herbe.
'Vous êtes responsable de tout cela, Hermione'
Mais ce n'est pas vrai ! Comment pourrais-je en être responsable ? Qu'ais-je jamais fais pour amener cela ?
Comment est-ce arrivé ?
Au début, je n'aurai jamais, jamais imaginé que cela puisse se passer. Il me haïssait, c'est tout. Je n'étais qu'une simple Sang-de-Bourbe pour lui. Je le dégoutais tellement qu'il ne voulait même pas me regarder lorsque Bellatrix a laissé Dolohov me déshabiller.
Quand est-ce que ça a changé ? Quand a-t-il commencé à penser à moi de… de cette manière ?
C'est une question sans réponse. Après tout, ce n'est pas comme s'il me l'avait dit, hein ?
Mais alors… Il m'avait dit que si on lui donnait l'autorisation de me tuer, qu'il le ferait. Mais il ne l'a pas fait. Au lieu de cela, il m'a rapporté à la maison, et lorsque nous voguions sur le lac vers le manoir, j'ai senti sa main se glisser dans la mienne.
Cette nuit là, il m'a regardé dormir, avec un regard affamé dans les yeux.
Ais-je compris ce qu'il se passait alors ?
J'aurai dû. Mais je ne laissais pas mon esprit y réfléchir assez, et il était si contradictoire, me disant toujours que je n'étais rien, que je ne signifiais rien pour lui. Je ne comprenais pas – Comment aurais-je pu comprendre ? Pourquoi ne me l'a-t-il pas dit ? Pourquoi ne m'a-t-il pas laissé savoir ce qu'il pensait ?
J'aurai pu m'y préparer, au moins.
Peut être que j'aurai dû deviner depuis le tout début que ça finirait comme ça. Il a eu tout pouvoir sur moi depuis qu'il m'a capturé. Qu'est-ce qui l'empêchait de me contrôler totalement ?
Ton sang, Hermione. C'est la seule chose qu'il l'a freiné.
Dans ce cas pourquoi s'est-il laissé perdre le contrôle ? Si ses convictions de Sang Pur étaient si fortes, pourquoi a-t-il finalement cédé ?
Je ne pense même pas qu'il le sache. Qu'a-t-il dit ? Qu'il y a-t-il de spécial en vous ?
Je ne saurai jamais pourquoi il a laissé ça se produire. Tout ce que je sais, c'est qu'il l'a fait.
Et je peux encore le sentir sur moi. Ses lèvres sur mon cou, et sur mes seins. Ses mains appuyant mes hanches sur le matelas. Ses doigts entre mes jambes.
J'ai l'impression qu'il y a quelque chose de vivant et d'impur en moi, se tortillant, se tordant à l'intérieur de moi.
Je suis blessée. Je suis vraiment, vraiment blessée.
Des heures et des heures passent. Peut être même une journée entière. Je ne sais pas combien de temps s'est écoulé avant que je ne me décide enfin à bouger.
J'ai besoin de me laver. J'ai besoin de me sentir propre à nouveau. Je suis contaminée… J'ai besoin d'être propre…
Mais je ne pourrais jamais tout effacer, je ne pourrais jamais laver le fait que lorsqu'il m'a touché, je voulais qu'il le fasse.
Je chasse cette pensée avant qu'elle ne m'asphyxie. Je ne peux pas me permettre de penser à ça…
Je marche lentement à travers la pièce, tenant toujours le drap autour de moi, parce que j'ai froid maintenant, j'ai si froid. Je me dirige dans la salle de bain et fait couler un bain d'eau bouillante. Lorsque la baignoire est finalement pleine, je ferme les robinets et je glisse mon corps dans l'eau. Je touche le sol carrelé de mes pieds, l'eau montant jusqu'à ma taille, brulant ma peau.
Mais je continue de m'enfoncer, encore et encore, jusqu'à ce que l'eau atteigne mon cou. Mes cheveux emmêlés flottent autour de moi, se répandant en petites boucles sur la surface de l'eau.
Je reste ainsi immobile durant une éternité, le bas de mon menton reposant dans l'eau. Mon cœur palpite durement, et ma peau est rouge et douloureuse.
Serait-ce si facile de m'enfoncer encore plus ? De tenir sous la surface jusqu'à ce que mes poumons se remplissent d'eau, et je serais libérée de la douleur, de l'envie, du désir…
Je peux le faire.
Je dois le faire. Je ne peux vivre comme cela plus longtemps. Je ne peux pas vivre dans un monde dans lequel je sais qu'il a gagné, dans lequel il va me punir pour ce qu'il a lui même fait, dans lequel je désire ses caresses, car elles me font sentir vivante à nouveau…
C'est un monde de contradiction. Et la seule chose que j'ai toujours eu besoin dans mon monde, c'est de la discipline.
Et qu'ais-je encore pour vivre ? J'avais mes principes, ma famille et mes amis pour vivre, et alternativement, pour mourir.
Maintenant, je suis libre de tout ça au moins. Rien ne peut me retenir à cette existence désolée. J'ai renoncé à mes principes dans les vingt-quatre heures après ma capture. Mes parents sont morts. Ron ne voudrait plus me voir s'il savait ce que j'ai fait, et Harry a renoncé à moi.
Je ne veux pas vivre. Pas lorsque la seule personne à laquelle je peux m'accrocher est précisément celle qui a ruiné ma vie.
Lucius avait raison : c'est une maladie ce qui se passe entre nous. Mais je peux nous guérir. Je peux la faire cesser.
Depuis que mes parents sont morts et que l'espoir m'a abandonné, j'ai accueilli l'idée de la mort. J'ai déjà essayé à plusieurs reprises de la faire venir, et grâce à Lucius, je peux dire que la tentative de suicide est une des nombreuses choses que j'ai expérimentée.
Tentative de suicide. Torture. Sexe. Oh oui, j'ai de nombreuses expériences dans mes poches maintenant, merci Lucius.
Je chasse ces pensées. Je dois me concentrer sur ce que je vais faire.
Cette fois, Ron ne m'en empêchera pas.
Cette fois, je serais libre. Parce que je ne serai libre que lorsque je serai morte.
Je ne vais pas prendre la peine de prier cette fois. Si Dieu a renoncé à moi, je suis presque certaine qu'il ne m'en voudra pas si je renonce à lui, moi aussi.
Le numéro que vous avez composé n'est pas attribué.
Je m'enfonce dans l'eau, de plus en plus bas, jusqu'à ce que mon corps entier soit immergé sous l'eau.
Je garde les yeux ouverts sous l'eau, regardant mes cheveux tourbillonner autour de moi et les petites bulles qui s'échappent de ma bouche.
Et c'est très facile, jusqu'à ce que mes poumons commencent à me faire mal.
Je me force à rester immergée. J'ai besoin de me redresser, j'ai besoin d'être libre…
Mais soudain, la douleur me saisit le cuir chevelu alors que des doigts se referment sur mes cheveux et me tirent vers le haut, me faisant violement sortir de la surface de l'eau.
J'halète alors que de l'air me remplit les poumons, et à peine une seconde plus tard, j'entends une vois furieuse à mon oreille.
« Alors, vous voulez mourir, Sang-de-Bourbe ? » L'emprise sur mes cheveux se resserre. « Je pourrais peut être vous aider. »
Et il me pousse à nouveau sous l'eau, sa main appuyant sur ma tête, et je me débat, essayant désespérément de revenir à la surface parce que je n'ai pas vraiment voulu ça, s'il vous plait non, je ne veux pas qu'il le fasse…
Je suis tirée hors de l'eau. Je tousse à moitié tandis que mes poumons se remplissent d'air.
« Non » j'halète. « Non, s'il vous plait- »
L'emprise sur mes cheveux se resserre tellement que, oh mon Dieu, il va m'arracher totalement le cuir chevelu.
« Ce n'est pas à vous de décider de quand et où vous mourrez. C'est à moi de décider. Vous oubliez encore que vous n'avez pas de pouvoir ici. Vous ne l'avez jamais eu et vous ne l'aurez jamais. »
Et il me replonge sous l'eau, me tenant la tête, et j'avale d'énormes et douloureuses gorgées d'eau bouillante et des pensées irrationnelles de mes anciens cours d'histoire Moldus me reviennent en mémoire : lorsqu'ils avaient tenu sous l'eau une femme Moldue pour essayer de prouver qu'elle était une sorcière… Oh mon Dieu, aidez-moi, s'il vous plait…
Je suis à nouveau sortie de l'eau, l'air brulant mes poumons tandis qu'il me traine hors de la baignoire.
Mon corps cogne contre le sol alors qu'il me lâche. Le carrelage froid me gèle ma peau nue.
Il me frappe, sa botte atteignant mes cotes. Je crie alors que la douleur me traverse. Les larmes coulent sur mes joues, ou bien est-ce simplement l'eau qui coule de mon visage ? Comment pourrais-je encore avoir des larmes ?
« Taisez-vous ! » dit-il durement.
J'ose un regard vers lui. Son visage est crispé d'une rage inhumaine. Et je sais pourquoi. Je savais que ça arriverait. Je savais qu'il allait me punir pour l'avoir soi-disant amené sur ce chemin qu'il a lui même pris, et tout ce que je sais maintenant, c'est qu'il me hait plus que tout au monde, et tout ça à cause de ce qu'il ressent vis à vis de moi.
L'ironie de la chose est presque poétique dans sa perfection.
Il donne un léger coup de baguette et se saisit d'un petit paquet de tissus marron foncé, qu'il me jette sans ménagement.
« Mettez ça, créature répugnante » dit-il avec un ricanement. « Je ne veux pas voir votre corps plus que je ne le dois. »
Je me saisis du morceau de tissus, le serrant contre moi alors que je sanglote silencieusement.
« Rejoignez-moi lorsque vous serez habillée. »
Il se détourne vivement et passe la porte vers ma chambre.
Je reste étendue là un moment, congelé de peur, jusqu'à ce que finalement je me force à me lever et m'habiller du vêtement qu'il m'a donné. Du coin de l'œil, je le vois me regarder par la porte ouverte avec un regard sombre sur le visage, alors que je ferme le devant de ma robe. Il n'a pas une seule fois détourné le regard, comme s'il voulait me prouver qu'il n'avait aucune raison de le faire.
Je prends une grande respiration lorsque je suis habillée, et je marche jusqu'à la chambre. Il ne sert à rien de ne pas faire ce qu'il me dit. Je sais ce qu'il se passera si je désobéi.
« Venez ici » dit-il sèchement.
Mes jambes tremblent sous moi, totalement incapables d'obéir à ses ordres.
Il ricane.
« Vous n'avez pas besoin d'avoir peur » dit-il avec mépris. « Ce qui est arrivé la nuit dernière ne se reproduira jamais plus. Maintenant, venez ici ! »
Je fais ce qu'il dit, rapidement, parce que personne ne peut refuser un ordre donné sur ce ton.
Je m'arrête lorsque je me tiens à peu près à un bras de lui. Il baisse son regard vers moi. Il tend la main, s'arrêtant à mi chemin, avant qu'il ne se saisisse de mon menton.
Dieu seul sait comment, mais je me force à ne pas tressaillir.
Il tourne mon visage, comme pour m'inspecter.
Je retiens mon souffle dans ma poitrine, refusant de détacher mes yeux de lui, même pour un instant, incapable de détacher mon regard de son visage ricanant.
Il lâche finalement mon visage.
« Lorsque je vous regarde, je ne vois rien d'attirant, rien de désirable » dit-il froidement, les sourcils arqués. « Seulement le sang pollué de vos sales Moldus de parents. »
Je suis poignardée en plein cœur.
Je regarde dans ses yeux profonds, me demandant comment il peut me dire ça après ce qu'il s'est passé.
Et… Sales Moldus. Mes parents. Mon Dieu, ils me manquent tellement !
Sa bouche se tord dans le plus cruel des sourires. Ses yeux sont froids.
« Je vous le dis, Sang-de-Bourbe, je pense avoir fait le meilleur des choix en décidant de me débarrasser de deux morceaux de crasse qui ont engendré une telle abomination qui se tient devant moi maintenant. »
Je sens un verrou électrique de haine pulser en moi par ses paroles. Il sait combien cela me fait mal, le salaud, il sait.
« Vous semblez oublier » je dis en tremblant, « que vous les avez tué pour sauver ma vie, Lucius. »
Ses lèvres s'amincissent alors qu'il prend une profonde inspiration par le nez. Il essaye de contrôler sa colère.
Lorsque j'ai été capturée, je me souviens comment j'avais du mal à le lire. Plus maintenant.
« Votre arrogance ne cessera jamais de me surprendre » il murmure. « Dites-moi, si je me souciais vraiment de vous, alors pourquoi aurais-je tué vos parents ? Si je tiens autant à vous que vous ne semblez le penser, pourquoi aurais-je fait quelque chose dont je savais qu'il vous causerai plus de douleur et de souffrances que n'importe quelle autre chose au monde ? »
Mais il n'arrivera pas à me faire mal avec ces mots. Je le connais. Je le connais mieux que personne d'autre.
« Parce que vous me haïssez, Lucius » je chuchote, « mais dans le même temps, vous ne pouvez pas supporter d'être sans moi. Vous avez assassiné mes parents simplement pour me garder en vie, même si vous saviez que le faire me causerait une souffrance inimaginable qui scellerait ma haine pour vous pour toujours. Vous êtes allé après moi au Terrier, et vous m'avez poignardé avant que je ne puisse vous fuir. Vous me haïssez parce que je suis une née Moldue, mais vous me haïssez surtout pour ce que vous ressentez envers moi. Même la nuit dernière, vous avez essayé de me tuer, avant de- »
Sa main s'envole vers mon visage, me claquant la tête vers l'arrière sous la force de sa gifle. Je peux sentir du sang sur ma bouche alors que des larmes me viennent à nouveau aux yeux, mais ce n'est pas encore fini.
Il me saisit durement le bras et le coince dans mon dos. J'enfonce mes dents dans ma lèvre tandis que je me tourne, essayant d'atténuer la douleur, mais son autre main se saisit de mes cheveux et me tire la tête.
Nous sommes alors immobiles. Ma tête est tirée vers l'arrière, et je peux sentir son souffle sur mon cou exposé.
« Vous ne parlerez plus jamais de ce qu'il s'est passé, c'est bien clair ? » Son murmure est chaud dans mon oreille.
Je sens des larmes de douleur couler lentement de mes joues et je hoche la tête.
Son emprise sur mon bras se desserre mais il m'accroche toujours les cheveux, me tenant près de lui, bien trop près de lui. Sa respiration est rapide et lourde sur mon épaule. Je ferme les yeux. Je peux le sentir, sentir son odeur.
Il souffle lourdement avant qu'il ne me pousse loin de lui. Je me retourne vers lui.
Son visage est parfaitement immobile, ses yeux luisant dangereusement.
« Ca ne se reproduira plus » dit-il calmement. « Jamais. C'était une erreur, et je la regrette. Si vous ne faites que murmurer ce qu'il s'est passé à nouveau, je vous ferais torturer jusqu'à ce que vous ne vous souveniez plus de votre nom. C'est bien clair, Sang-de-Bourbe ? Si jamais vous reparlez de ce… cette erreur de jugement, je m'assurerais que vous regretterez chaque instant de chaque jour. »
L'expression froide et remplie de haine de son visage me montre que je ne dois avoir aucun doute sur ce qu'il avance.
Mais… mais quelque chose dans ce qu'il a dit me reviens à l'esprit…
« Vous me ferez torturer ? » je demande calmement.
Il montre un léger sourir sans joie.
« Oui, je vous ferais torturer. Je suis persuadé que mon fils ne serait que trop heureux de m'obéir. »
La fureur s'accumule à l'intérieur de moi, brulant mes nerfs.
« Oh oui » je dis en tremblant, « De cette façon, Drago croira finalement qu'il n'y a rien entre nous, n'est-ce pas ? Mais ce n'est pas la seule raison qui explique que vous ne voulez pas me torturer vous même. Je vous connais, Lucius. Vous ne me torturez pas vous même parce que vous ne pouvez pas vous permettre de prendre ce risque, hein ? Non pas parce que vous avez des scrupules à ce sujet, mais parce que vous savez pertinemment ce que ça pourrait entrainer. Après tout, vous m'avez torturé hier, avant de- »
En un clin d'œil il a pointé sa baguette sur moi, un muscle se crispant dans sa mâchoire.
« Je vous ai dit de ne jamais plus le mentionner ! » dit-il avec fureur. « Et par Merlin, vous allez faire ce que je dis cette fois ! »
J'avale fortement et je me force à continuer. Parce que ça doit être dit maintenant. Il n'y a aucun autre moment où je serai assez en colère pour le dire.
« Si c'est ce que vous voulez, alors je n'y ferai plus mention » je murmure. « Mais d'abord, vous allez écouter ce que j'ai à dire. Ce qui est arrivé, est arrivé et vous pouvez agir comme vous le souhaitez, mais ça ne changera pas une chose. Peut être que vous pourriez m'effacer la mémoire ainsi que la votre pendant que vous y êtes. Vous pourriez supprimer toute preuve de ce qu'il s'est passé la nuit dernière. »
Je suis sur un terrain dangereux maintenant, mais son visage est parfaitement calme comme s'il avait déjà envisagé cette possibilité avant de la rejeter.
« Mais je sais que vous ne le ferez pas » je dis calmement. « Parce que vous savez que ça ne changera pas le fait que vous êtes venu pour une seule chose hier soir. Vous avez finalement obtenu ce que vous vouliez, et ça peut vous dégouter, mais vous ne pouvez pas changer le fait que cette nuit est arrivée parce que vous le vouliez. Dans le cas où vous auriez oublié, je vous ai demandé d'arrêter, maintes et maintes fois, mais vous ne l'avez pas fait, n'est-ce pas ? »
Sa bouche s'amincit, son visage se transforme en un masque de marbre froid, mais il parvient à garder sa voix ferme lorsqu'il parle.
« Vous parlez avec une telle certitude, ma petite- »
Il s'arrête, la fin de sa phrase mourant sur sa langue.
« Votre petite Sang-de-Bourbe, Lucius ? » je demande, ma voix si calme qu'elle est à peine audible. « Cela prend une toute nouvelle signification maintenant, n'est-ce pas ? »
Je sens une douloureuse coupure me parcourir la joue. Je pousse un petit cri et alors que ma tête se tourne pour le regarder, je le vois s'approcher, sa baguette levée.
« Petite pute insolente » il marmonne vicieusement. « Endoloris ! »
Des flammes, de la glace, de l'électricité me traversent, de l'acide me dissout la peau et mes os et mes muscles se DECHIRENT, et c'est la douleur au-delà de tout, de la douleur au-delà du temps…
Le sortilège me quitte et je m'effondre au sol, mon front collé à la pierre. Je soulève ma tête en tremblant, le regardant à travers mes cheveux. Il me fixe d'un regard haineux.
« Vous n'êtes rien pour moi » il murmure avant de se tourner et de marcher rapidement vers la porte. Sans même un regard vers moi, il quitte la pièce en claquant la porte, avant de la verrouiller derrière lui.
Je baisse à nouveau la tête vers le sol, mon corps secoué de sanglots silencieux.
Je ne devrais pas laisser ses paroles me blesser. Il ne devrait pas avoir cet effet sur moi. Je me déteste pour ce qu'il me fait ressentir.
Je ne peux pas être devenue cette nouvelle personne. Je ne peux pas me permettre d'être cette fille qu'il a lui même façonnée. Je ne suis plus Hermione Granger. Je ne suis plus que 'Sang-de-Bourbe'.
Qui étais-je avant ?
Hermione Granger croyait qu'il y avait du bon en chacun de nous. Hermione Granger était gentille et courageuse, la plus brillante des sorcières de son âge. Hermione Granger, Hermione Granger…
Ca sera gravé 'Sang-de-Bourbe' sur ma pierre tombale.
