« Mes nerfs sont à ébullition. Je les entends comme

S'il s'agissait d'instruments de musique. Là où il y avait le silence,

Aujourd'hui les tambours et les cordes jouent imperturbablement.

Tu es responsable de ça. Un travail de pur génie.

Tu me fais danser à même les flammes. » - Anne Sexton, Le Baiser


Chapitre 29 Gelés

Nous sommes dans le vide noir et sans vie. La main de Lucius écrase mes doigts et je ne peux respirer, mais tout se passera bien tant que nous quittons cet horrible endroit où nous étions…

Je ne veux jamais plus remettre un seul pied dans cet endroit.

Lorsque finalement nous émergeons, nous n'atterrissons pas dans ma chambre comme je l'aurai supposé, mais dans une autre pièce, où je n'ai mis qu'une seule fois les pieds.

J'arrache ma main de la poigne de Lucius et je me retourne pour lui faire face, la fureur bouillonnant en moi comme un chaudron.

« Pourquoi m'avez-vous amené ici ? » je demande, ma voix dure et tremblante. « Pourquoi ne m'avez-vous pas déposé dans ma propre chambre ? »

Son expression ne fait pas disparaître le masque dur qui emprisonne ses traits. Pourquoi le ferait-il ? Il est inhumain. Il doit être inhumain pour avoir voulu que je voie ce qui vient de se passer, sans même une once de culpabilité ou d'horreur.

Il se contente de se tourner et de marcher vers son bureau, et j'entends le tintement doux d'une bouteille en verre lorsqu'il l'atteint.

« J'ai pensé que vous auriez peut être besoin d'un remontant » il marmonne. « Moi en tout cas, j'en ai besoin. »

Il pointe sa baguette vers le bureau, et lorsqu'il se retourne, un verre rempli d'un liquide ambré s'envole lentement vers moi. Je tends instinctivement la main pour me saisir du verre.

Il ne prend même pas le risque de s'approcher trop près de moi pour me tendre un verre.

Je serre durement mon verre dans ma main tremblante tandis qu'il boit rapidement le sien, avant qu'il ne repose le verre vide sur le bureau.

« Vous ne buvez pas ? Je dois vous prévenir qu'une Sang-de-Bourbe qui refuse l'hospitalité d'un Sang Pur est généralement mal vue dans la haute société. »

Je lève ma main et je jette mon verre droit vers lui. Il se baisse soudainement, et le gobelet vient frapper le mur derrière lui en se brisant en mille morceaux.

Il se retourne vers moi avec un regard de fureur incrédule. « Que pensiez-vous faire ? »

Je marche rapidement et furieusement vers lui, alors que je sens toute ma rage exploser et se déverser dans un flot de paroles.

« Vous m'avez amené dans cette horrible cave parce que vous vouliez que je vous vois vous et vous amis immondes, forcer Ron à coucher avec sa petite sœur, et maintenant vous m'amenez ici, dans votre chambre, et vous me proposez quelque chose à boire ? »

Je m'arrête avant de l'atteindre, levant les yeux sur son visage. Il semble presque vouloir s'éloigner de moi, mais il ne le fait pas. Il se force à rester où il est.

Sans réfléchir, je lève la main et le gifle au visage.

« Vous êtes incroyable, Lucius Malefoy » je murmure.

Il me regarde, le visage dur. Il ignore totalement toute la douleur que ma gifle a pu lui causer.

Un long silence rempli de haine se répand, avant qu'il ne prenne une profonde respiration par le nez.

« Pour votre propre bien, je vais faire semblant de prétendre que vous ne venez pas de lever la main sur moi » dit-il froidement.

Et pendant un long moment, il n'y a entre nous que le silence alors que nous nous contentons de nous fixer. Mais c'est un silence presque assourdissant. Il est rempli de choses que je veux dire, mais je ne peux pas, je ne peux pas les dire.

C'est un silence rempli de non-dits.

« Comment avez-vous pu laisser Avery faire ça ? » je demande finalement. « Comment avez-vous pu le laisser faire ça à Ron et Ginny ? »

Autrefois, j'aurai pu être choquée par le manque d'émotion que je vois sur son visage. Autrefois, j'aurai été horrifiée par l'indifférence glaciale qu'il affiche en ce moment même, un sourcil légèrement relevé et les lèvres parfaitement immobiles.

Mais autrefois, je ne le connaissais pas.

« Je vous l'ai dit, Weasley n'est pas de ma responsabilité » dit-il froidement. « La décision sur la façon de le punir face à l'échec de ses parents, ne m'appartenait pas. Vous ne pouvez pas me reprocher pour ce que Avery a fait sur lui- »

« Mais vous ne l'avez pas arrêté, n'est-ce pas ? » je réponds violemment. « Vous n'avez pas bougé, vous n'avez rien dit, et vous avez laissé Avery et Bellatrix jouer à ce petit jeu ignoble ! Qu'auriez-vous fait si Ron ne les avait pas supplié de le laisser ? Seriez-vous resté là à le regarder être obligé de coucher avec sa sœur ? »

Il secoue la tête sous l'irritation.

« Vous êtes une fille très intelligente, Sang-de-Bourbe, » dit-il d'une voix trainante, « mais vous êtes en même temps extrêmement naïve. Parfois, j'oublie à quel point vous avez encore à apprendre. »

« Que voulez-vous dire ? » je demande, serrant les dents face à ses moqueries.

Il ricane. « Pensiez-vous vraiment que l'on n'avait pas prévu de mettre un terme à la situation avant que ça n'aille trop loin ? »

Je reste bouchée bée devant lui pendant un bon moment.

« Etes-vous en train de me dire que toute la situation avait été planifiée ? » je demande, incrédule.

« Seriez-vous prête à vous jeter tête la première dans une situation sans même un plan de stratégie ? » dit-il d'une voix trainante. « Ou est-ce une question stupide ? Je parle à une Gryffondor, après tout. »

J'ignore ses railleries, perdue dans mes propres pensées.

« Alors c'est pour cette raison que vous m'avez dit d'attendre ? » je demande calmement. « Quand j'ai essayé d'empêcher que ça se produise, vous m'avez dit d'attendre. »

Il prend une courte inspiration mais il ne répond pas.

Je le regarde longuement et durement, fixant sa peau blafarde et ses yeux de pierre. Je sais avec certitude que je suis à la recherche de quelque chose qui n'existe pas. Pourquoi se sentirait-il désolé pour Ron et Ginny ? Après tout, il n'a même pas eu pitié de moi lorsque j'ai été capturée, n'est-ce pas ?

Mais ça ne veut pas dire que je ne devrais pas essayer de percer une once d'humanité en lui.

« L'auriez-vous laissé faire ? » je demande finalement, presque effrayée de la réponse qu'il pourrait me donner. « Si Avery avait décidé de laisser Ron aller plus loin, seriez-vous simplement resté debout à regarder ? »

Son visage ne cille même pas. Il se contente d'être immobile tandis qu'il réfléchi à sa réponse, en me regardant pensivement.

« Avery avait décidé d'aller jusqu'au bout au début » dit-il très calmement. « Mais il a finalement changé d'avis. Il a pensé que la simple idée que les deux frère et sœur soient obligés de coucher ensemble serait suffisant pour faire revenir les Weasley à la raison. »

Je le dévisage, la bouche ouverte.

« Et ça ne vous dérange pas ? » je murmure. « Ca ne vous aurait pas dérangé que Ron soit obligé de coucher avec sa propre sœur pour sauver sa vie ? Ca ne vous fait rien de savoir que Ron et Ginny auraient dû continuer à vivre avec ce qu'ils avaient fait sur la conscience, chaque heure de chaque jour pour le reste de leur vie ? »

Son expression est dure et inflexible. Complètement et totalement gelée.

« C'est le monde dans lequel je vis, Sang-de-Bourbe » dit-il tranquillement. « Et vous pouvez bien le détester, mais c'est ce que les gens comme moi font de leurs occupations. Nous devons faire ce qu'il faut pour obtenir ce que nous voulons. Vous savez cela. »

Je me sens soudainement très lourde, le poids froid du désespoir me tombant sur les épaules. C'est la façon dont ce monde fonctionne, ce monde dans lequel il vit, ce monde dans lequel il m'oblige à vivre…

Je me sens malade.

« Donc, forcer un garçon de dix-sept ans à violer sa petite sœur mourante de seize ans, est seulement un moyen d'arriver à vos fins, c'est ça ? » je demande, lui jetant ces mots à la figure comme des couteaux, en espérant qu'ils le fassent souffrir.

Il prend une grande respiration par le nez, ses lèvres s'étirant en une fine ligne.

« Il ne sert à rien de vous expliquer » dit-il, sa voix calme et sereine. « Vous prétendez ne pas comprendre mon raisonnement, mais vous êtes une fille intelligente. Vous pouvez le comprendre, si vous essayer vraiment, mais vous ne voulez simplement pas. Parce que vous refusez même pour une seule seconde, de tenter de voir les choses de mon point de vue. Après tout, vous pourriez vous surprendre à vous retrouver d'accord avec moi. Et ça, vous ne pouvez même pas l'envisager, parce que vous seriez alors contrainte de reconnaître le fait que vous et moi ne sommes finalement peut être pas si différents. »

Il laisse apparaître un petit sourire sans joie, et il fait un pas en avant. Nous sommes très près l'un de l'autre, mais pas au point de nous toucher. Il ne peut pas se permettre de me toucher…

Je ne peux pas respirer.

« Vous n'êtes qu'une petite trouillarde, Sang-de-Bourbe » il murmure, ses yeux gris plongés dans les miens. Son visage pale est à quelques centimètres du mien. « Vous avez même peur de vous-même, n'est-ce pas ? »

Je retiens mon souffle et je me détourne de lui, me permettant de m'éloigner de lui.

Je me mets à fixer la tapisserie sur le mur. La femme mange la petite pomme rouge qui repose dans sa main fine. Elle croque avidement dedans, tout à fait inconsciente du fait que sur le sol, le serpent glisse lentement vers elle, ses grands yeux jaunes la dévorant tandis qu'il se rapproche, de plus en plus près…

Lucius soupire fortement, puis il se tourne et s'éloigne de moi.

« Personne n'a été blessé ce soir » il marmonne. « La jeune Ginevra est libre. Nous n'avons plus besoin d'elle. Et Ronald est sain et sauf. En fait, rien n'a changé. »

Je me retourne pour le regarder. Il se tient de l'autre côté de la pièce, le visage totalement inexpressif alors qu'il évoque la souffrance de deux de mes meilleurs amis.

Je le hais de briser des vies sans même s'en rendre compte, de penser que les souffrances qu'il cause ne sont pas graves, du moment que lui a atteint ses objectifs…

« Pourquoi l'appelez-vous par son prénom ? » je murmure.

Il lève légèrement la tête, fronçant les sourcils tout en me regardant.

« De quoi parlez-vous ? » il marmonne, mais il y a une note d'avertissement dans sa voix. Il sait ce que je veux dire, il le sait très bien…

« Ginny » dis-je tranquillement. « Vous… vous l'avez appelé par son prénom. »

Ses yeux se rétrécissent. « Et pourquoi ne l'aurais-je pas fait ? »

Sa voix est glacée, et je sais que je devrais me taire, mais je ne le fais pas.

« Pourquoi l'avez-vous appelé par son prénom ? » Ma voix est presque inaudible maintenant. « Vous ne m'avez appelé 'Hermione' que par accident, et même cela très rarement. Pourquoi avez-vous si peur de me donner un nom ? »

Je sais que je m'apprête à perdre l'équilibre et à glisser sur cette couche de glace, mais je dois savoir.

« Les Weasley ont beau être des pourritures, » dit-il d'une voix d'un calme mortel, « mais au moins, leur sang est pur. Même les Moldus méritent une sorte de titre. Mais vous… »

Il ricane en me jetant un regard méprisant.

« Pourquoi une abomination telle que vous mériterait un nom ? » il murmure.

J'avale durement, reniflant et avalant mes larmes qui menacent de couler hors de mes yeux.

Pourquoi est-ce que je m'attends à quelque chose de différent venant de lui, après tout ce temps ?

« Ne cesserez-vous jamais de me voir comme une Sang-de-Bourbe, pour commencer à me voir comme un réel être humain ? » je demande calmement.

Un muscle se crispe dans sa mâchoire. Je suis en équilibre au bord d'un précipice. Et si je perds pied, ça pourrait me conduire dans les ténèbres, je le sais…

« Vous ne pouvez prétendre au titre 'd'être humain' » dit-il, sa voix aiguisée comme un poignard. « Vous n'êtes qu'une Sang-de-Bourbe pour moi, vous le savez. »

Je prends une grande respiration, essayant de canaliser ma haine et ma tristesse. A quoi bon les laisser me submerger ?

Mais comment peut-il encore penser comme ça ? Après tout ce qui s'est passé, comment peut-il toujours me voir comme une Sang-de-Bourbe ? Après qu'il m'ait appelé 'Hermione' alors qu'il m'embrassait, après qu'il m'ait serré si fort dans ses bras que j'ai pensé qu'il ne me lâcherait jamais…

Comment cet homme peut-il être la même personne que je vois devant moi en ce moment même, drapé de ses vêtements noirs, et revêtant une expression si inflexible et froide ?

« Lorsque je vous vois, » dis-je calmement, « je devrais voir un monstre. Mais savez-vous ce que je vois à la place ? Je vous vois, vous. Je vois Lucius Malefoy. »

Il se contente de me regarder, son expression étrange. C'est comme s'il ne voulait pas entendre ce que je dis, mais qu'il ne pouvait pas s'empêcher d'écouter.

« Qu'ais-je réellement fait pour perdre mon statut d'être humain à vos yeux ? » je demande. « Vous m'avez torturé à l'aube de la mort. Vous avez assassiné mes parents, et pourtant je peux vous voir comme une personne. Une personne digne d'un nom. »

« Vous surestimez votre propre innocence » dit-il calmement, les traits durcis. « Vous n'êtes pas sans reproches. Vous avez trahi vos amis pour des broutilles. Vous m'avez poignardé dans le bras. Vous m'avez torturé avec le sortilège Doloris. »

« Vous m'avez poussé à faire toutes ces choses ! » je dis, ma voix tremblante sous l'incrédulité. « Vous ne pouvez pas me blâmer pour ce que j'ai fait. La faute vous incombe, et à vous seul. Pour chaque action, il y a une réaction : vous devez savoir cela plus que quiconque ! »

Il y a un long et horrible silence avant qu'il ne donne sa réponse.

« Vous êtes responsable de tout ce que je vous ai fait » dit-il calmement.

« Oui, » dis-je avec fureur. « Vous m'avez déjà dit ça une fois, vous vous souvenez ? »

Son visage pâlit, et je sais que je dois faire revenir la discussion sur un terrain plus sur. Nous naviguons sur des eaux dangereuses, et j'ai besoin que les choses redeviennent à nouveau sures. Je ne vais pas lui donner une excuse pour me blesser à nouveau.

« Avery a déclaré que Ginny avait été reconduite chez ses parents » je dis, faisant presque sonner ma phrase comme une question.

« Oui, c'est exact » il répond, un soulagement évident dans sa voix.

« Pourquoi n'a-t-elle pas été gardée ici ? »

Je ne sais pas pourquoi je lui demande cela. Je n'aurai pas voulu qu'elle soit faite prisonnière, mais j'ai besoin de parler de quelque chose avec lui, pour arrêter que les choses n'aillent trop loin.

Il agite une main dédaigneuse. « Nous n'avons pas besoin d'elle. Nous avons les deux meilleurs amis de Potter sous notre contrôle, l'un des deux étant un Weasley, ce qui incite la loyauté de toute la famille. Détenir un autre Weasley serait une pure perte de temps et d'énergie. »

Je le regarde fixement pendant une seconde, mais je garde ma bouche fermée. Je ne vais pas lui remettre cette idée en tête, certainement pas…

Mais après un moment, ses lèvres s'étirent en un sourire.

« Vous vous demandez si j'ai oublié le fait qu'elle était la petite amie de Potter. »

Ce n'est pas une question, plutôt une affirmation.

J'ouvre la bouche, et la referme, ne sachant pas quoi lui dire. Je ne peux ni affirmer, ni le nier, parce que l'une ou l'autre de ces actions pourrait mener à des problèmes.

Il sourit plus largement. « Je n'avais pas oublié » dit-il tranquillement. « Mais quel usage pourrait donner l'ancienne petite amie de Potter ? Il est beaucoup plus intéressant de garder sous notre contrôle des gens dont il se soucie toujours. »

« Il ne s'en foutais pas d'elle, il l'aimait ! » j'éclate.

« Impossible » dit-il avec dédain. « S'il se souciait vraiment d'elle, il ne l'aurait jamais laissé partir- »

Il s'arrête alors qu'il réalise son erreur. Et je sais exactement quelle erreur il a fait. Comment pourrais-je l'ignorer ? Ces mots qu'il a déclarés la nuit où il m'a couru après au Terrier, hantent encore mes rêves –

Vous ne vous éloignerez pas de moi. Je suis damné si je vous laisse vous échapper. Je ne vous laisserais jamais partir…

Et j'ai alors su qu'il ne le ferais jamais, jamais. Il mourra avant de me laisser partir, malgré le fait qu'il me déteste tellement qu'il souhaiterait me voir mourir, mais surtout parce que je suis responsable d'une chose impardonnable pour lui : je l'ai fait se soucier d'une Sang-de-Bourbe.

Je prends une grande inspiration. « Parfois, lorsque vous vous souciez vraiment d'une personne, vous ne pouvez pas vous permettre d'être égoïste » je dis en tremblant. « Vous faites ce qui est le mieux pour elle, même si cela signifie vous perdre vous même. Même si cela vous cause une douleur au delà de l'imagination, vous faites la meilleure chose pour elle. »

Il me regarde sans vraiment comprendre. C'est comme si ce que je lui disais était dans une langue étrangère, quelque chose d'étranger pour lui, dans tous les sens du terme.

Il semble presque confus.

Je prends une grosse inspiration. J'ai besoin de le dire. Même si je sais quel sera le résultat, qu'importe ce qu'il dit.

« Me laisserez-vous partir, Lucius ? »

Je ne sais pas pourquoi j'ai dis ça, et lorsque je vois son visage se durcir de rage, je sais que je viens certainement de faire la plus grosse erreur de ma vie, mais je m'en moque, je m'en…

« Je vous demande pardon ? » dit-il, sa voix toujours gelée.

Je serre les poings, mes ongles s'enfonçant dans la chair de mes paumes dans une tentative désespérée de garder mon calme.

« Si vous vous souciez vraiment de moi, alors vous me laisserez partir » je murmure. « Me laisserez-vous partir ? »

« Bien sur que non ! » il siffle. « Comment osez-vous me demander une telle chose ? Savez-vous quelles seraient les conséquences pour moi si je vous laissais partir ? »

J'avale durement, essayant de chasser la peur qui menace de m'étouffer.

« Ca serait votre fin » dis-je calmement. « Voldemort vous tuerai en un instant. »

Il hoche la tête. « Exactement » il marmonne. « Et quant à votre supposition ridicule comme quoi je me soucierai de vous… Vous êtes pathétique, vous m'entendez ? » il murmure vicieusement.

Et bien que je ressente la brulure des larmes, je tire ma force du fait que je sais que tout ceci est un mensonge.

« Même si vous me laissiez partir, je ne partirai pas » je chuchote, sentant les larmes gonfler mes yeux, parce que, que Dieu me vienne en aide, je sais que je suis en train de dire la vérité.

Il me regarde pendant un moment avant qu'il ne fasse un léger pas en avant.

Il s'arrête d'avancer, comme s'il se forçait à ne pas s'approcher de moi, comme s'il n'osait pas venir plus près.

« Etes-vous en train de me dire » il murmure, ne quittant pas mon visage des yeux, « que si je vous offrais votre liberté, vous déclineriez mon offre ? Vous renonceriez à toute chance de pouvoir rester en vie ? »

Je hoche la tête en tremblant, pouvant à peine respirer face à ce que je m'apprête à dire. Mais ça doit être dit. Il a besoin de savoir.

« Je ne partirai pas » je chuchote. « Parce que je sais ce qui vous arriverait si je le faisais. »

Et c'est tout ce que je dis, mais je sais que c'est assez. Je viens de signer mon arrêt de mort, mais c'est dit maintenant, il n'y a aucun retour en arrière.

Il se contente de me dévisager, comme si je venais de lui confirmer ses pires craintes.

« Ne faites pas cela, Sang-de-Bourbe » il murmure.

Je commence à trembler alors qu'il refait un pas vers moi. Son visage est si tordu par la fureur qu'il paraît presque inhumain pendant un moment, tout comme son maitre.

« Je ne sais pas ce que vous- »

« Vous savez exactement de quoi je parle ! » Il s'approche rapidement de moi, me claquant contre le mur, la fureur faisant disparaître la dernière parcelle de couleur de son visage. « Je ne vous laisserais pas me faire faire cela à nouveau ! »

« Mais pourquoi ? » je dis en tremblant tout en m'éloignant de lui. « Pourquoi pas ? »

« Vous savez pourquoi ! » il crie, me répétant ces mots qu'il m'a dit il y a déjà si longtemps. « Toute ma vie, je me suis efforcé d'éradiquer votre race de la planète ! J'ai tué des centaines de Moldus et de Sang-de-Bourbes. J'ai arraché des bébés en pleurs des bras de leur mère ! J'ai lancé des sortilèges dans le dos des hommes sans défense ! »

Je le bouscule pour m'éloigner de lui, tremblant de terreur alors qu'il me plaque au mur.

« Vous n'aviez pas à le faire ! » je dis désespérément. « Vous aviez le choix- »

Il me gifle durement au visage. Je crie et tombe au sol, mais il m'agrippe par les poignets, m'obligeant à lui faire face en s'accroupissant près de moi. Le regard de rage pure dans ses yeux est suffisant pour me faire mourir de peur.

« Je n'avais pas le choix ! » il siffle. « Et même si je l'avais eu, j'aurai été fier de faire ce que j'ai fait, vous m'entendez ? Je ne m'arrêterai pas tant que la dernière racaille de Moldu ait été exterminée. Et si je dois tuer un millier de Sang-de-Bourbes, alors croyez-moi, je tuerai encore et encore ! »

Je tremble sous son emprise, les yeux fixés dans son regard d'acier impitoyable, des larmes coulant sur mon visage, des larmes de douleur parce que je sais ce qu'il est, je le connais, et pourtant ce monstre est devenu en quelque sorte une partie de moi.

« Et moi ? » je murmure, ma voix se fissurant. « Que ferez-vous lorsque Voldemort vous ordonnera inévitablement de me tuer ? »

Il se fige, le visage dur. Mais je peux voir l'horreur se glisser dans ses yeux. Oh, je peux la voir aussi clair qu'en plein jour.

Il lâche brusquement mes poignets et s'éloigne de moi, marchant rapidement de l'autre côté de la pièce, me tournant le dos.

Je me relève tremblante, et je le regarde pendant un long moment, et je me rend maintenant compte que nous sommes tous les deux piégés pour l'éternité. D'une manière ou d'une autre, il sera ma mort.

« Mon Dieu, que vous est-il arrivé pour que vous soyez devenu ce que vous êtes ? » je murmure.

Quelques secondes s'écoulent avant qu'il se tourne vers moi, un rictus de haine sur les lèvres, les yeux encore remplis de l'horreur qu'ils ont montré quelques minutes auparavant.

« Rien ne s'est passé, Sang-de-Bourbe » il marmonne. « Il n'y a eu aucun événement dans ma vie qui a façonné mon être. Je suis né, et c'est ce que je suis. »

Je secoue la tête, mes yeux brulant de larmes. Nous sommes semblables après tout. Je pense que je peux enfin l'admettre.

« Tout comme moi » dis-je calmement. « Je ne peux m'empêcher d'être ce que je suis, Lucius. Je suis née, et c'est ce que je suis. Une fille qui est née de parents Moldus. Comment pouvez-vous m'en vouloir simplement pour être née ? »

Je marche lentement vers lui, avec de petits pas hésitants, me forçant à continuer.

« Nous ne sommes pas si différents vous et moi » je murmure alors que je l'atteins, regardant son visage impitoyable. « Vous ne vous êtes jamais lassé de répéter ce fait. Comment pouvez-vous penser que nous sommes deux êtres totalement différents, si nous sommes tous les deux aussi semblables que vous le prétendez ? »

Il prend une profonde inspiration et tourne sa tête vers moi, un froncement de sourcils sur son visage. Et sa voix est dure comme la pierre lorsqu'il parle.

« Je ne vais pas- »

Ses mots s'arrêtent alors que je dépose ma main sur sa joue.

Sa peau est chaude sous mes doigts, et il ferme les yeux pendant une fraction de seconde avant qu'il ne me fixe à nouveau, me permettant de plonger le regard dans le sien. Il y a presque de la peur dans ces yeux gris d'acier qui se verrouillent sur les miens – Une peur bien étrange. Comme s'il avait peur de lui même.

« Je suis un être humain, Lucius » je murmure passionnément. « Tout comme vous. »

Et je ne sais pas pourquoi, mais je me lève sur la pointe des pieds et je pose mes lèvres contre les siennes.

Et alors même qu'il bouge à peine alors que je l'embrasse, je passe néanmoins mes bras autour de son cou, essayant désespérément de briser cette armure qui l'emprisonne. J'ai besoin qu'il valide ce que je ressens. Parce que à cause de lui, je ne peux pas voir le ciel comme tout le monde, et je veux donc en retour qu'il me fasse ressentir à nouveau cette sensation.

Je peux sentir ses bras m'enrouler, tremblantes de chaque côté de mon corps…

Je brise le baiser et regarde dans ses yeux, et je vois ce qui pourrait être le souhait de disparaître dans l'oubli, dans les ténèbres, une douloureuse nostalgie. Et ce regard me montre tout ce que j'ai toujours voulu savoir sur lui.

Ses bras s'entourent soudain autour de ma taille et il m'attire dans un nouveau baiser, pressant durement son corps contre le mien, m'embrassant si fort que je sais qu'il me meurtrit, mais je m'en fous, parce que l'armure est maintenant brisée, et il peut me tuer en cet instant, et ça ne serait pas grave parce qu'à travers ce baiser il me dit la vérité et c'est tout ce qui importe pour moi, c'est tout ce que j'ai jamais voulu savoir.

Sans rompre le baiser, il fait glisser ses mains sur mes épaules, poussant ma robe et la faisant tomber jusqu'à ma taille, et jusqu'à ce qu'elle tombe au sol, et bien sur que ça va aller plus loin une nouvelle fois. Comment aurais-je pu m'attendre à autre chose ? C'est un homme mûr, alors que je ne suis qu'une jeune fille…

Et pourtant… j'ai peur. J'ai encore les meurtrissures de la dernière fois.

Il me soulève dans ses bras, tout comme il l'a fait la dernière fois, et il me porte sur le lit. Son lit.

Il me pose doucement sur le luxueux couvre-lit, mais je n'ai pas un instant pour m'interroger sur son confort, parce qu'il s'assoit près de moi, son regard courant sur moi comme de l'eau tiède. Il ne détache pas les yeux de moi alors qu'il se déshabille, enlevant chaque couche de ses luxueux vêtements, se débarrassant de la preuve de sa richesse et de son pouvoir.

Sa peau est si blanche que j'imagine que son toucher est froid, mais il ne l'est pas, il est si chaud. Alors que ses mains parcourent mon corps, explorant chaque parcelle de moi, ses caresses me brulent littéralement la peau d'une façon que je n'aurai jamais cru possible.

Finalement, il se déplace au dessus de moi, les yeux fixés sur mon visage avec une telle possessivité terrifiante que j'ai presque envie de fuir à nouveau. Mais je ne peux pas parce que j'ai besoin de ce moment de vérité venant de lui. Il va en ce moment au delà de tous ses principes, et tout cela pour moi, ce qui montre réellement ce que je représente pour lui.

Il écarte doucement mes jambes et ses yeux se verrouillent sur les miens alors que je lève la main vers lui, emmêlant mes doigts dans ses cheveux.

Son visage vacille un instant. Je pense durant une seconde qu'il peut peut être voir la peur dans mes yeux, aussi clairement que je peux voir le désir dans les siens.

Il pousse à nouveau en moi, et ça me fait encore un peu mal, même si la douleur n'a rien à voir avec la première fois. Je ne crie pas cette fois, je me contente de glisser ma main vers son visage, et de le tirer vers moi pour qu'il m'embrasse à nouveau, parce que j'ai besoin qu'il m'embrasse. S'il m'embrasse, je peux me permettre de croire que nous sommes un couple normal qui se soucie l'un de l'autre, qui s'aiment aussi peut être, au lieu de la haine et de la culpabilité qui nous rongent.

Parce que c'est ce que nous sommes. Deux personnes qui se haïssent plus que tout au monde.

Et rien n'est comme ça devrait être. Je ne suis pas ici avec Ron, avec quelqu'un que j'aime et qui se soucie profondément de moi, mais avec un Mangemort, l'homme qui a assassiné mes parents, qui m'a démoli maintes et maintes fois, sans aucune pitié…

Il rompt le baiser et roule sur le côté, me permettant d'être à califourchon sur lui, et il commence à se déplacer à l'intérieur de moi avec un rythme lent et régulier. Je bouge avec lui alors qu'il me serre tout contre lui, si étroitement que je sens les bleus se former alors qu'il se raccroche à moi. Et je sens ses dents sur mon cou, me mordant durement, si fort qu'il perce ma peau et je pleure de douleur, parce que ça fait mal, mais il s'en fout le salaud. Il a toujours affectionné de me voir souffrir, même dans un tel moment.

Il s'éloigne de mon cou. Il y a deux minuscules gouttelettes de sang sur ses lèvres. Mon sang. Mon sang sale.

Sa main serpente entre nous, entre mes jambes, et mon souffle sort par à-coups, alors qu'il caresse et pince, et il gémit tandis que j'halète de plus en plus fort, parce que la salle est vivante et bourdonne, et il y a des couleurs et des étoiles partout et je vais tomber et bruler de plaisir, je le sais…

Et de l'électricité me traverse soudain, chaque atome de mon corps explosant dans les flammes du désir, et je suis à bout de souffle tandis que sa main se repose sur ma taille, ses dix doigts creusant dans mes hanches, presque à en déchirer la peau…

Je m'accroche à lui aussi fort que je le peux, alors que ses mouvements deviennent plus inégaux, jusqu'à ce que finalement il ne laisse échapper un râle et agrippe mes hanches avec tant de force que j'ai l'impression qu'il me brise les os, et je crie…

Puis tout redevient calme.

Je presse mon front contre son épaule, tandis que nous sommes toujours enlacés l'un l'autre, moi assise sur lui, ne sachant pas quoi dire, ni quoi penser, ni quoi ressentir…

Je peux sentir sa respiration lourde et chaude sur mon épaule, alors qu'il vient reposer ses doigts dans le creux de mon cou, appuyant durement mon front contre sa peau.

De longues minutes passent sans que ni l'un ni l'autre ne bouge. Et soudainement, je me souviens de ce que je voulais lui demander, ce que je voulais vraiment lui demander.

« Pourquoi vouliez-vous que je vois ce que Avery avait prévu pour Ron et Ginny ? » je murmure d'une voix faible.

Quelques secondes passent tandis que une de ses mains repose toujours sur mon cou, l'autre venant caresser doucement mon dos. Je l'entends soupirer, ressentant la fraicheur de son souffle contre mon épaule nue.

« J'avais besoin que tu réalises jusqu'où les gens faibles comme moi sont prêts à aller pour punir ceux qui nous ont déplu. »

J'ouvre les yeux et me redresse pour lui faire face, me plongeant dans ses yeux brumeux.

« Mais je savais déjà ça » je murmure. « Vous me l'avez prouvé à maintes et maintes reprises, vous vous souvenez ? »

Son visage tremble légèrement alors qu'il hoche la tête. « Quoi qu'il en soit, depuis un certain temps je t'ai également protégé, peut être plus que tu ne le crois. » Il me regarde pendant quelques instants, son regard verrouillé sur le mien, avant qu'il ne détourne le visage. « Mais après ce que nous avons fait… »

Il prend une grande inspiration avant de continuer, sans me regarder.

« Je ne peux pas te protéger plus, Hermione. »

Je le regarde fixement, absolument terrifiée par ses paroles, et pourtant je sais que ce n'est pas grave. Rien de tout ça n'est important. Parce qu'il m'a à nouveau appelé par mon prénom. Il peut bien crier et rejeter l'idée, mais il me voit maintenant comme un réel être humain, en dépit de lui même. Et cette validation de l'être venant de lui est tout ce qui compte. C'est suffisant. Sa validation me protégera. Elle me sauvera.

Je me retire de lui et vient rouler sur le côté du matelas, et nous restons tous les deux allongés sur le lit, les yeux fixés sur le plafond au dessus de nous, nos deux corps ne se touchant pas en dehors de nos mains, nos doigts si étroitement enlacés que je sais qu'il ne me laissera jamais partir, jamais…