«Je voudrais pouvoir vous retenir, jusqu'à ce que nous soyons morts tous les deux ! Que m'importerait ce que vous souffririez ? Vos souffrances me sont indifférentes. Pourquoi ne souffririez-vous pas ? Je souffre bien, moi ! » - Emily Brontë, Les Hauts de Hurlevent

« Il m'a semblé qu'un serpent me dévorait le cœur, et que toi, tu étais assis, souriant à mon cruel tourment. » - William Shakespeare, Le Songe d'une Nuit d'Eté


Chapitre 30 Haine

Je suis allongée sur le dos, un bras plié au dessus de ma tête. L'obscurité totale de la pièce me couvre comme une couverture.

Ca fait une semaine, voir deux, peut être même trois, que Ginny a été capturée et remise en liberté.

Et peut être une semaine, voire deux, que Lucius m'a dit qu'il ne pouvait plus me protéger.

Je soupire. C'est ennuyeux d'être seule dans l'obscurité, mais je dois seulement attendre. Seulement quelques heures. Jusqu'à ce qu'il revienne. Il revient toujours vers moi.

Peut être que ça va être une de ces nuits où il me fait attendre des heures. Ces nuits où il essaye de résister et de s'éloigner de moi, je le sais. Ces nuits où il se dit que ça doit cesser. Mais il revient toujours à la fin.

Un léger craquement dans l'obscurité, puis un petit 'click'…

Il est là.

Je n'ai pas eu à attendre trop longtemps ce soir.

Je dirige mes yeux vers la porte que je ne peux voir à travers les ténèbres, désirant plus que tout pouvoir le voir. Mais il n'y a aucune lumière. Il n'y a jamais aucune lumière. Il ne veut pas se laisser voir ce qu'il fait…

Des pas. Des pas lents et prudents sur le plancher.

Je frémis, essayant de me convaincre que c'est le froid.

Un poids chaud s'installe sur le lit près de moi. Une respiration. Douce et stable.

Je tremble mais je n'ai pas froid. J'ai encore ma robe sur moi, même si je suis couchée sur le dessus des couvertures. Parce que même s'il me reste encore assez de dignité pour porter une robe, je suis apparemment tombée assez bas pour rester allongée au dessus du couvre-lit, en l'attendant, sans prendre la peine de me couvrir d'une nouvelle protection qu'aurait pu constituer les couvertures.

Qu'a-t-il fait de moi ?

De longs doigts agrippent le décolleté de ma robe, la faisant glisser de mes épaules, jusqu'à ce qu'elle soit rassemblée autour de ma taille. L'air froid caresse ma peau nue, me donnant la chair de poule.

Un frisson me traverse alors que la température de mon corps baisse.

J'aurai plus chaud s'il me serrait contre lui. Mais il ne le fait pas. Il ne me serre jamais dans ses bras. Après tout, ça pourrait créer une sorte de lien émotionnel s'il le faisait.

Ce qui serait presque aussi honteux que la relation physique que nous entretenons déjà, je suppose.

Les ténèbres silencieuses engloutissent mon souffle, qui devient rapide face au froid.

Et face à quelque chose d'autre aussi.

Une main entoure ma poitrine, un pouce et un doigt viennent attraper mon mamelon, le tirant légèrement, m'envoyant une secousse électrique au creux de mon estomac.

Ma respiration s'accélère. La sienne aussi. Je peux l'entendre.

Ce n'est pas la première fois que je me demande si c'est vraiment lui ou non. Pendant ces dernières semaines… ses visites ont toujours eu lieu dans l'obscurité, de sorte qu'il ne puisse pas voir que c'est une Sang-de-Bourbe qu'il en train de… Qu'il…

Ca pourrait être n'importe qui, vraiment.

Mais je sais que ce n'est pas n'importe qui. Alors qu'il enlève complètement ma robe de mon corps, j'entends le bruissement de ses propres vêtements qu'il enlève, et je sais que c'est lui. Je peux le sentir. Sa forte odeur, musquée et dangereuse. Lui, sans ses vêtements, sans sa fierté, sans plus aucune sorte de protection.

Mes entrailles se serrent, comme ça me le fait à chaque fois qu'il vient ici. Il peut bien laisser tomber sa garde, s'abandonner totalement à moi, ça ne m'empêche pas de vivre dans une terreur absolue. Les souvenirs de tout ce qu'il m'a fait subir ne peuvent pas s'effacer aussi facilement.

De plus, je ne peux pas savoir à l'avance si ça sera un de ces soirs où il me gifle durement au visage sans un mot, avant de quitter la chambre.

Mais même s'il fait ça, il reviendra de toute façon. Il revient toujours.

Je sens son poids chaud alors qu'il s'approche de moi, et je l'atteins à travers les ténèbres. La peau de sa joue est chaude sous mes doigts. Mais au bout d'un moment, il m'agrippe le poignet et l'éloigne de sa joue, tournant ma main pour que ma paume soit face à lui. Son pouce se déplace le long de ma ligne de vie, laissant une petite sensation de picotement sur son passage.

Il apporte ma main vers son visage et appuie ses lèvres contre ma paume ouverte. Je peux le sentir respirer contre ma peau.

Il lâche ma main, et alors qu'un long silence s'installe, mon corps est tendu, attendant la gifle ou le coup de poing…

Mais au lieu de cela, ses lèvres se déposent sur les miennes, m'embrassant doucement au début, de plus en plus profondément ensuite, et je sens sa main autour de ma gorge, pas trop forte, mais la pression est bel et bien là, comme si même maintenant, surtout maintenant, il se demandait s'il ne valait mieux pas me tuer simplement…

Mais il ne le fait pas. Pas cette fois. Alors qu'il appuie rapidement son corps contre le mien, je le sens passionné, comme s'il voulait se mouler à ma peau, et je sais alors que je suis en sécurité pour cette fois.

Il rompt le baiser et se déplace le long de mon corps, écartant mes jambes tandis qu'il m'embrasse le long de ma poitrine et de mon ventre, et je me rend compte qu'il ne pourra peut être jamais s'empêcher de me haïr, et moi de le haïr. Je ne cesserai jamais de le haïr pour tout ce qu'il m'a fait, et il ne cessera jamais de me haïr pour ce que je suis.

Ca ne change pas une chose cependant. Parce que la haine est en partie responsable de ce qu'il se passe, n'est-ce pas ?

J'ai appris une chose : l'amour et la haine ne sont en fait pas si différents. Ils sont tous les deux les deux plus fortes émotions que vous pouvez ressentir pour une personne. Ils font que votre cœur bat plus vite, et que votre corps alterne entre le chaud et le froid.

Si Lucius et moi ne pouvons pas nous aimer, alors nous nous haïssons à la place.

Il m'embrasse le bas de la poitrine, écartant plus encore mes jambes, et je déteste la façon qu'il a de toujours venir dans le noir, juste parce qu'il ne peut pas faire face à ce qu'il fait, mais bon, qui suis-je pour lui refuser cela ? Après tout, il m'a tellement donné… toutes ses croyances, ses idéaux, tout ce qui signifiait réellement pour lui, tout…

Il continue ses baisers le long de mon estomac, puis encore plus bas, et s'il a abandonné tous ses principes pour moi, je peux bien lui permettre de cacher ses péchés avec cette douce obscurité…

Ses lèvres descendent de plus en plus bas.

Ma respiration s'accélère.

Je le laisse avoir l'obscurité qu'il désire. Je ferais n'importe quoi pour lui, n'importe quoi.


Je frotte durement la plinthe de la salle à manger, utilisant des muscles dont je n'avais même pas conscience de leur existence dans mes efforts de faire disparaître toute cette crasse qu'elle contient.

Ca aurait pu être un peu plus facile si l'on m'avait donné un peu plus que cette saloperie de torchon, bordel de merde.

J'aimerais que Ron soit présent. Mais il n'y a aucune raison d'espérer. Je ne pense pas que nous soyons à nouveau autorisés à travailler ensemble. Je n'ai plus que moi même comme compagnie depuis ces derniers jours.

Mon père avait l'habitude de dire que nous ne sommes jamais seuls, à partir du moment où quelqu'un nous aime.

Mon père était un peu faible quand j'y pense. Il était beaucoup trop sensible face à des choses stupides. Comme face à des films classiques ou des chansons tristes. Je me souviens avoir regardé le film Brève Rencontre avec lui, et il se mettait toujours à pleurer à la fin, lorsque Trevor Howard posait une main sur l'épaule de Celia Johnson, lui disant adieu sans aucune parole.

Maman se moquait de lui et le traitait de vieille famelette. Il n'y faisait pas attention. Il riait avec elle, approuvant chaque mot qu'elle disait. Il l'aimait tellement qu'il aurait probablement été d'accord avec elle si elle avait dit que le ciel était violet.

Chaque fois que je les regardais, je me disais que si un jour je me marierais, je voudrais avoir la même relation que celle qu'entretenaient mon père et ma mère. D'amour. D'attentions.

De bonheur.

Il m'est arrivé de penser que Ron et moi pourrions avoir ce genre de relation, si seulement nous nous mettions ensemble. Je pensais que Ron pouvait être le genre de personne qui puisse me fournir ce genre d'amour. Ce bonheur qu'entretenaient mon père et ma mère.

Mais maintenant… Qu'est-ce que j'ai maintenant ?

Maintenant, j'ai Lucius qui vient tous les soirs, dans l'obscurité, car il ne peut pas supporter le fait qu'il baise une Sang-de-Bourbe, et oui, j'utilise ce mot vulgaire pour ça. Que pourrais-je dire d'autre, faire l'amour ?

Qu'est-ce que je suis en train de faire ? Est-ce que tout ça en vaut vraiment la peine ? Comment Diable vais-je me sortir de cette situation ?

Que suis-je en train de faire de moi même ?

Je ne sais pas. C'est juste que quand Lucius me serre dans ses bras et m'embrasse, c'est comme si… comme si je me sentais vivante. Parce que dans ces moments, il me voit comme un véritable être humain. Dans ces moments, je ne suis plus simplement la Sang-de-Bourbe pour lui. Je suis Hermione. Et ça vaut tout l'or du monde.

« Miss Granger ? »

Ma tête se tourne, l'espoir bondissant dans mon cœur, mais mourant instantanément lorsque je vois de qui il s'agit.

Avery se tient dans l'embrasure de la porte, son expression comme toujours, fermée, calme et sereine.

« Vous ? » je crache ce mot, sentant toute la colère bouillonner en moi comme une grosse marmite. « Que voulez-vous ? »

Il lève légèrement les sourcils, mais à part cela son expression reste inchangée.

« Vous êtes en colère ? » il demande sans aucune émotion dans sa voix. « Pourquoi êtes-vous en colère, Miss Granger ? »

Je le regarde fixement. Si ça avait été Lucius, j'aurais exactement su quoi lui répondre. Je lui aurais crié dessus, m'efforçant de gratter à la surface de son âme pour soutirer la moindre petite parcelle d'émotion et d'humanité en lui.

Mais je ne sais pas vraiment comment me comporter avec Avery.

« Avez-vous vraiment besoin de me le demander ? » je siffle, agrippant fermement le chiffon dans ma main dans un réflexe nerveux.

Son expression sereine ne quitte pas son visage, pas même durant une seule seconde.

« Vous êtes bouleversée par ce que j'ai fait subir à Ron et à sa sœur, je présume ? » il demande, très calmement.

Si c'était Lucius qui avait parlé, il n'aurait pas exprimé cela comme une simple question. Il me connait trop bien, beaucoup trop bien, tandis que Avery ne me connait pas du tout.

J'aimerai que Lucius soit ici. Je ne sais vraiment, vraiment pas comment réagir face à Avery.

« Comment avez-vous pu leur faire ça ? » je demande furieusement. « Comment pouviez-vous simplement envisager de… C'est immonde, vous entendez ? »

Un petit sourire courbe ses lèvres, mais ses yeux restent vides. Non pas froids comme ceux de Lucius, mais totalement vides.

« Vous ne pouvez pas m'en vouloir pour ce que vous avez vu » dit-il calmement. « Ce n'était pas mon idée de vous montrer ce qu'il s'est passé. Ca a été la décision de Lucius. »

J'essaie de garder mon expression la plus calme possible. Je ne peux pas le laisser savoir ce que je pense, je ne peux pas.

« Après tout, » dit-il tranquillement, « je ne vois pas pourquoi vous avez dû voir ce qu'il s'est passé. Ce n'est pas comme si les évènements vous concernaient. Mais bon, je suppose que Lucius devait avoir ses propres raisons. »

Il sait, je pense désespérément, et pendant un instant ma respiration s'arrête de terreur pure.

Mais son expression ne change pas.

« Mais où sont passées mes manières ? Vous vous demandez probablement pourquoi je suis venu vous voir, » dit-il, mais il n'attend pas que je lui réponde. « Votre ami Weasley. Il est devenu plutôt… apathique. Il n'est même plus en état de quitter sa propre chambre, sans parler de faire ses corvées. »

Mon cœur se fend en deux. Oh mon Dieu, Ron, qu'ont-ils fait de toi ?

« Je pense que vous pourriez être la seule personne qui pourrait le remettre debout » poursuit-il. « Et contrairement à Lucius, je ne vois aucun mal à demander de l'aide à une Sang-de-Bourbe, si l'occasion se fait sentir. »

Il SAIT !

Oh mon Dieu, oh mon Dieu. J'ai besoin de respirer. Je dois me calmer.

« Donc, » dit-il sèchement en se tournant de telle sorte de libérer l'ouverture de la porte, « voulez-vous venir avec moi pour lui rendre visite ? Ou préférez-vous attendre que vos corvées soient terminées ? »

J'avale durement, essayant de faire disparaître ma peur. Je dois me concentrer. Ron a besoin de moi, et je ne peux pas le laisser tomber.

Tremblante, je fais un pas en avant, avant de m'approcher rapidement de la porte. Avery laisse apparaître un petit sourire en me faisant signe de le suivre dans le couloir. Nous marchons à travers de longs couloirs identiques les uns des autres, nous enfonçant dans les profondeurs de la maison.

Il ne peut pas savoir, si ? Je veux dire, il doit le soupçonner, mais de là à le savoir…

Non, non bien sur qu'il ne sait pas. Personne n'en est vraiment certain. Il n'y a que Lucius et moi qui avons connaissance de ce qu'il se passe entre nous deux.

Nous tournons dans un coin du couloir qui nous amène à un escalier en colimaçon, que nous montons.

Mais… mais Voldemort nous soupçonnait il y a quelques temps. Il m'a même interrogé à ce sujet, après que Lucius m'ait suivi au Terrier.

Mais je pensais l'avoir convaincu qu'il ne se passait rien. Et il n'y avait rien à l'époque. Je n'ai même pas vraiment menti.

Avery a été placé ici simplement pour remplacer Dolohov, n'est-ce pas ? Même s'il se doutait de quelque chose, ça ne le concerne pas, si ? Peut être qu'il… qu'il ne s'en mêlera pas.

Non, c'est ridicule. Il ne sait rien. Il ne peut que avoir quelques soupçons, rien de plus.

Je dois me ressaisir.

Nous atteignons une petite porte en haut à droite des escaliers, semblable à celle de ma chambre.

Avery ouvre la porte par un coup de baguette, et nous rentrons dans la chambre. Je la reconnais immédiatement. La chambre de Ron.

Il s'était occupé de moi la dernière fois que j'étais venue ici, lorsque mes parents venaient de mourir et que je me sentais anéantie. Aujourd'hui, c'est à moi de m'occuper de lui. Et mon Dieu, il a vraiment l'air d'avoir besoin de moi en ce moment.

Il est assis sur le sol, le dos appuyé contre le mur, et il ne regarde pas lorsque nous entrons dans la pièce. Ses genoux sont recourbés contre son torse, et il regarde résolument vers le sol.

« Tu as un visiteur, Weasley » dit sèchement Avery, comme s'il lui donnait un ordre quelconque.

Ron ne lève toujours pas les yeux.

Avery se tourne, me fixant de son regard vide.

« Je vous le laisse, Miss Granger » dit-il très doucement, avant de me contourner. Je ne parle pas avant d'entendre la porte se verrouiller derrière moi.

« Ron ? » je dis tranquillement.

Il fixe toujours le sol d'un air absent, les yeux comme morts.

Je me dirige vers lui lentement, m'accroupissant près de lui. Je dois être douce.

« Ron… » je dis timidement. « Est-ce que… est-ce que tu vas bien ? »

Il ne regarde pas vers moi.

« Est-ce que j'en ai l'air ? » il demande, mais il ne semble pas fâché.

« Non, je suis désolée » dis-je calmement.

Un long silence se répand alors que j'essaye de trouver quoi dire. Mais que pourrais-je lui dire ? Comment puis-je le réconforter après ce que Avery et Bellatrix lui ont fait ?

Ron finit finalement par briser le silence.

« Ils ont essayé de m'obliger à baiser ma sœur » dit-il d'une voix basse.

Je tends la main vers lui. Il sursaute lorsque je pose ma main sur son épaule, mais je ne la retire pas. Il n'a pas à avoir honte, il doit le savoir.

« Tout va bien » je dis tranquillement. « Rien ne s'est passé. Ginny est vivante, et ils ont arrêté avant que ça n'aille trop loin. »

Il me regarde alors, ses yeux sombres comme deux cavernes immenses.

« Mais s'ils n'avaient pas arrêté ? » il soupire. « S'ils étaient allés jusqu'au bout ? S'ils avaient refusé de la guérir, jusqu'à ce que je baise ma propre sœur ? »

Je ne réponds pas. Je sens des mots se former sur mes lèvres, mais je sais qu'aucun ne pourra l'aider. Combien de fois a-t-il dû envisager cela ?

Sera-t-il à nouveau capable de regarder Ginny ?

Je déteste Bellatrix et Avery. Ils ont détruit leur relation de frère et sœur. Tous ces moments que Ron et Ginny ont partagé : les matchs de Quidditch ensemble, les rires, les moqueries d'enfants, tous ces souvenirs ont été ruinés à jamais.

Je bouge ma main de son épaule pour venir me saisir de sa main. Ses doigts sont froids et sans vie.

« Je n'aurais pas pu le faire, Hermione » dit-il finalement. « Je n'aurais pas pu, même si cela impliquait qu'elle meure. » Il s'arrête un instant. « Comment pourrais-je le faire ? Je n'aurais pas pu baiser ma propre sœur ! »

Il prend une profonde inspiration et ses yeux commencent à se noyer de larmes.

« Mais comment aurais-je pu condamner ma sœur à une mort certaine ? » Sa voix se brise lorsqu'il parle. « J'aurai préféré la voir mourir plutôt que de faire ça. Quel genre de frère je suis ? J'aurai laissé mourir ma propre sœur, parce que je n'aurais pas eu les couilles de la sauver… »

Il s'arrête, son visage mouillé de larmes, et sans aucune hésitation, je l'attire dans une étreinte féroce. Il se met à sangloter sur ma robe.

Je le pousse vers l'arrière et agrippe son visage de mes deux mains, le regardant droit dans les yeux.

« Ecoute-moi » je dis fermement. « Rien de tout cela n'a été de ta faute. Ces gens sont des malades. Ce sont eux qui devraient se sentir coupables. Tu aimes Ginny, et tu n'aurais jamais rien fait qui puisse lui nuire. Je suis sure qu'elle aurait préféré elle aussi mourir plutôt que tu sois obligé de faire ce qu'ils voulaient. »

Il s'arrête de sangloter. J'observe ses larmes sécher doucement.

Finalement, il hoche la tête en tremblant, son visage se raffermissant un peu.

« Je ne pouvais pas le faire, Hermione » répète-t-il, et je l'étreins à nouveau.

« Je sais » je dis, sentant les larmes se coincer dans ma gorge. « Je sais. Personne ne pourrait faire ça. »

Son visage s'effondre à nouveau en larmes, et je le sers dans mes bras, berçant sa tête sur mon épaule.

« Tu ne devrais pas te torturer » je murmure alors qu'il s'agrippe à moi de tout son poids.

Ma robe se mouille de ses larmes sur mon épaule. C'est comme si mon cœur se brisait. Qu'a-t-il fait pour mériter ça ?

Je jure que si jamais j'ai une chance, même une toute petite, je ferais payer ça à Bellatrix et à Avery. Je les ferai souffrir au delà de l'imaginable. Ils paieront pour avoir infligé ce genre de douleur à mon meilleur ami.

Les sanglots de Ron ralentissent finalement.

« Je suis tellement désolé, Hermione » dit-il finalement d'une voix rauque.

Je m'éloigne vers l'arrière.

« Pourquoi devrais-tu être désolé ? » je demande.

Il prend une profonde inspiration. « Pour pleurer devant toi » il murmure, une unique larme coulant sur sa joue. « Je sais que ce que j'ai enduré n'est rien comparé à ce que tu as dû subir. »

« Ne parle pas comme ça » dis-je fermement. « Tu as vécu des choses horribles cette semaine, et ça t'a bouleversé. C'est largement suffisant. »

Je le regarde droit dans les yeux.

« Tu dois t'accrocher au fait que ta famille soit encore vivante, Ron » je dis fermement. « Ce qu'il s'est passé est terrible, mais c'est fini maintenant. Tu as une chance de revoir à nouveau ta famille. Tiens toi à ça. Je tuerais pour avoir une telle occasion. »

Je ne voulais pas que ma phrase sonne comme de l'auto pitié, mais c'est pourtant ce qu'elle a laissé paraître. Mais je ne peux pas m'en empêcher. Mes parents me manquent tellement.

Ron hoche la tête, ses larmes se tarissant.

« Je sais Hermione, je suis tellement désolé- »

« Ne le sois pas » dis-je tranquillement en lui serrant la main. « Mais souviens-toi que les choses auraient pu être bien pires. Ginny aurait pu être tuée, mais ce n'est pas le cas. Tu dois t'accrocher à ça parce que c'est la seule chose qui compte vraiment. »

Il sourit en tremblant.

Je me rapproche de lui, venant reposer ma tête contre son épaule tandis qu'il passe un bras autour de moi. Sa chaleur me réconforte plus que tout au monde, et je sais alors que les choses devraient être comme cela. Moi et Ron.

Mais les choses ne peuvent plus être de cette façon, n'est-ce pas ? Plus maintenant que Lucius a déchiré notre relation, ne laissant que des ruines sur son chemin.

Mais pour l'instant, ça n'a pas d'importance. Je glisse ma main dans celle de Ron, sans un mot. Nous n'avons pas parlé beaucoup lui et moi, mais je sais que c'est suffisant. Je sais que je l'ai aidé à se relever. Et il peut faire la même chose pour moi, si ça s'avère nécessaire.

Je peux m'accrocher à lui. Il est la seule chose pure qu'il me reste sur terre maintenant.


J'arpente ma chambre de long en large, marchant en cercle.

Je fixe mes pieds tout en marchant, comme si je marchais sur une ligne invisible. Un pied directement en face de l'autre, encore et encore.

Je dois faire quelque chose pour m'empêcher de m'arracher les cheveux par l'ennui.

Ca fait des heures que Avery m'a renvoyé dans ma chambre. Lorsqu'il est finalement revenu, il semblait heureux du 'travail' que j'ai accompli sur Ron.

Enfin, je devine qu'il l'était, sinon pourquoi m'aurait-il ramené ici ?

Je ne sais pas. Avec Avery, j'imagine que son expression ne changerait pas d'un pouce même si on lui annonçait qu'il venait de gagner un million de Gallions. Son expression ne change jamais.

Je n'ai rien eu à faire depuis qu'il m'a ramené ici. Tout ce que j'ai fait, c'est arpenter ma chambre de long en large, passant de temps en temps en revue mes livres d'école dans ma tête.

Enfin, de ce que je me souviens d'eux plutôt.

La porte émet un 'click', puis s'ouvre brusquement.

Je me gèle sur place alors que Lucius entre dans la chambre, fermant doucement la porte derrière lui.

Il n'y a aucune expression sur son visage.

Est-ce qu'il… que fait-il ici ?

Il ne peut pas être là pour… pour ça. Il ne vient jamais ici avant tard dans la soirée, après que les bougies se soient éteintes, m'incitant à me mettre au lit.

Mais alors… il pourrait très bien être assez tard. Je ne sais pas. Plusieurs heures ont dû passer depuis mon dernier repas du soir, alors il se pourrait bien qu'il soit tard…

Mais s'il est là pour ça, alors pourquoi il y a-t-il encore de la lumière ?

J'essaye de respirer calmement, malgré le fait qu'il se rapproche tout près. Il se tient juste là, me regardant avec une expression totalement fermée.

Il cache ses émotions pour une raison ou pour une autre, mais je ne sais pas pourquoi.

« Je suppose que vous êtes allée voir Weasley aujourd'hui » dit-il, sa voix un peu plus forte qu'un murmure. Calme. Prudente. Réservée.

Je réponds doucement, mais je ne dis rien d'autre que la vérité. « Avery a dit que Ron était déprimé depuis ce qu'il s'est passé avec Ginny. Il avait besoin de quelqu'un pour lui remonter le moral. »

Il laisse échapper un minuscule ricanement. « Et je suppose que vous étiez la seule personne au monde à pouvoir faire cela, n'est-ce pas ? » dit-il, de l'irritation pointant dans sa voix.

Je me contente de le regarder. « Et bien, qui d'autre auriez-vous suggéré ? Bellatrix peut être ? Je suis sure qu'elle aurait été d'un grand réconfort pour un garçon qui pensait avoir tout perdu. »

Sa bouche se recroqueville durant une seconde dans ce qui ressemble à un sourire en coin, avant qu'il ne disparaisse pour laisser place à des plis sur son front.

« Avery vous a amené jusqu'à la chambre de Weasley ? » il demande.

Je lève les sourcils. « C'est ce que j'ai dit. »

Il émet un 'tss' d'irritation en hochant la tête.

« Il aurait dû me demander la permission avant de vous emmener » se contente-t-il de dire.

Je sens une pointe de colère au fond de moi. Il pense toujours que je lui appartiens, le salaud…

Et alors, c'est le cas, non ?

« Je ne suis pas un objet en votre possession dont les gens ont besoin de vous demander la permission pour m'emprunter » je dis d'une voix dure.

Il se contente de me regarder, le visage froid, mais loin d'être insensible. Il est juste sévère. C'est une expression que je connais bien : c'est celle qu'il porte lorsqu'il essaie de garder le contrôle.

« Qu'il y a-t-il eu exactement entre vous et Weasley ? » il demande. Il n'y a aucune véritable expression dans sa voix.

Je le dévisage. Je ne m'attendais certainement pas à ce qu'il me demande ça.

« Qu'est-ce que ça importe ? » je demande fortement.

Il prend une grande inspiration par le nez, me regardant avec des yeux plissés.

« Répondez à la question, Sang-de-Bourbe. »

« Rien ! » je crie furieusement, perdant mon sang froid. « Il n'y a rien entre nous, d'accord ? Rien du tout. »

J'ai presque envie de rajouter 'grâce à vous', mais je m'en empêche. Ca serait contre les règles. Ca ferait allusion à une sorte de… lien émotionnel avec lui, ce que je sais que je ne suis pas autorisée à faire.

« Ca ne semble pas être 'rien' » dit-il calmement. « Je vous ai souvent vu ensemble, et je sais qu'il y a définitivement quelque chose entre vous. »

Quelque chose de profond se brise en moi. Quel droit a-t-il de me parler comme ça alors que tout aurait dû être si simple entre moi et Ron, avant qu'il n'arrive et chamboule tout, chamboule notre relation, me chamboule…

« Et bien, si vous voulez vraiment aller dans cette voie, » dis-je en tremblant, « pourquoi ne me parlez-vous pas de ce qu'il y a entre vous et Bellatrix ? Pourquoi ne me dites-vous pas ce qu'il y a entre vous et votre femme ? »

Et ce mot 'femme' semble lui être jeté en plein visage, alors que je vois durant une seconde ses yeux flamboyer de fureur. C'est un territoire interdit pour moi, je le sais.

Mais je veux savoir des choses sur elle. Elle est juste une… une figure lointaine pour moi. Comme une belle sculpture que je n'ai vu qu'en photo.

Je couche avec son mari. Je la trahis de la pire des manières possibles. Et je ne la connais même pas.

Mais de la honte suinte par tous les pores de ma peau lorsque j'y pense. Ca me fait sentir encore plus sale que je ne me sens lorsque je pense au fait qu'il est marié.

« Ma femme ne vous concerne pas » dit-il.

« Oh mais si, Lucius » je siffle. « Vous avez fait en sorte qu'elle me concerne, vous ne pensez pas ? »

Ses lèvres s'amincissent et un muscle se contracte sur sa joue. Je sais que je suis en train de le pousser trop loin.

« Maintenant, vous allez m'écouter » dit-il. « Je ne discuterais pas de ma femme avec vous. Il est fort probable que vous ne la rencontrerez jamais plus, et elle ne vous concerne donc pas. »

Je le dévisage, ses mots me gelant les entrailles.

« Vous vous en foutez ? » je demande d'une voix hésitante. « Vous vous en foutez que nous l'ayons trahi ? Son mari couche avec une Sang-de-Bourbe, après tout. Pensez-vous vraiment qu'elle trouverait cela acceptable ? »

Il réagit au quart de tour. Il s'approche et me saisit par les cheveux, me penchant la tête vers l'arrière afin que mon cou soit exposé, et il est debout face à moi, chuchotant vers mon visage alors que je grogne de douleur.

« En effet, elle ne trouverait certainement pas ça très acceptable » il murmure. « C'est pourquoi il vaudrait mieux qu'elle ne connaisse jamais la vérité. Comprenez-vous ce que je dis ? »

Et parce que je ne peux faire rien d'autre, je hoche la tête.

Pendant quelques secondes, je peux sentir son souffle sur mon cou alors qu'il me tient toujours, mais c'est alors qu'il me lâche, s'éloignant à nouveau de moi.

Je le regarde fixement, massant mon cou endoloris.

« Est-ce que vous l'aimez ? » je demande. « Est-ce pour cela que vous ne voulez pas qu'elle l'apprenne ? »

Il lève les yeux au ciel.

J'avale difficilement, sentant un coup désagréable au fond de mon estomac.

« Mais alors si vous ne l'aimez pas, pourquoi ne voulez pas qu'elle l'apprenne ? »

Il ricane. « Parfois, je me demande comment vous pouvez être aussi simpliste » dit-il froidement. « Ne comprenez-vous pas que si quelqu'un découvrait ce qu'il se passe, nous serions tous les deux condamnés en un battement de cœur ? »

J'avale. Je sais que nous avançons sur le fil le plus fin, prêts à tomber. Si jamais Voldemort apprend ce qu'il se passe…

« De plus, j'ai un profond respect pour Narcissa » dit-il. Il lève les sourcils face à mon expression. « Quoi ? Vous supposez que parce que vous n'aimez pas une personne, vous ne pouvez pas la respecter ? Narcissa est une femme intelligente, gracieuse et belle. Elle ne mérite pas d'être déshonorée par la connaissance de ce que son mari… »

Il s'arrête, apparemment incapable d'en dire plus.

« Quand vous couchiez avec Bellatrix, vous ne sembliez pas vous soucier de savoir si votre femme était au courant ou non » je dis calmement. « Pourquoi, Lucius ? Pourquoi serait-ce plus honteux pour elle que son mari couche avec une Sang-de-Bourbe, plutôt qu'il couche avec sa sœur ? »

Il me regarde pendant un long moment avant de remuer la tête, un petit sourire amer tordant sa bouche.

« Vous ne comprenez toujours pas, n'est-ce pas ? » il demande. « Vous ne comprenez toujours pas quelle abomination vous représentez. »

Je me sens gelée.

« C'est vous qui venez chaque nuit dans mon lit » je murmure. « Ou avez-vous oublié cela ? Si je vous dégoute autant, alors vous devez être encore plus dégouté par vous même. »

Un muscle se crispe dans sa joue alors que ses yeux se rétrécissent de colère.

Mais je ne peux m'empêcher de continuer.

« C'est pour ça que vous venez toujours ici dans le noir, n'est-ce pas ? » je murmure. « Parce que vous ne voulez pas faire face à ce que vous faites. »

Le dos de sa main me fouette le visage dans une gifle, et ça fait mal, tellement mal, mais alors que je tombe au sol, je sais que cette gifle confirme exactement ce que je viens de dire.

Je lève les yeux vers lui, me tenant la joue, et je vois la rage et le dégout habituel. Et je sais maintenant que cette expression ne m'est pas réellement adressée. Il doit vraiment se haïr pour ce qu'il fait.

Il glisse sa main dans mes cheveux, et me tire pour m'obliger à me relever, me trainant à travers la pièce et me bloquant contre le mur.

Il me regarde pendant de longs moments, et je peux voir cette lumière familière dans ses yeux sombres. Sa respiration s'accélère légèrement alors qu'il me presse contre le mur derrière moi.

« Je n'ai jamais eu peur de rien » il murmure. « Je ne suis pas un lâche. »

« Si, vous l'êtes, Lucius » je murmure, appuyant à mon tour mon corps contre le sien. « Vous avez peur maintenant. Ce qu'il se passe entre nous vous terrifie. Vous avez besoin de l'obscurité pour vous cacher ce que vous faites. »

Sa lèvre se recroqueville sous la rage.

« Vraiment ? »

Il écrase alors ses lèvres sur les miennes, ici, maintenant, à la lumière entière des bougies vacillant contre les murs. Ses mains glissent rapidement sous ma robe, et je l'embrasse en retour, enroulant mes bras autour de son cou tandis qu'il fait glisser mes vêtements de sur mon corps, et je me hais pour cela, et je sais qu'il se hait également…

Mais si nous ne pouvons pas nous aimer, alors nous nous haïssons à la place.