« Voulez-vous l'aimer, la chérir, l'honorer, et la garder, dans la maladie et dans la santé ; et, renonçant à toute autre femme, voulez-vous vous attacher à elle seule, tant que vous vivrez tous deux? »
Chapitre 31 Coupable
« Sang-de-Bourbe ? Je sais que tu es là. Maintenant, sors d'ici ! »
Je serre le morceau de chiffon dans ma main, mes ongles le déchirant presque, serrant des dents face à la colère qui me submerge.
Qu'est-ce qu'elle me veut, merde ? Je pensais que… je pensais qu'elle ignorait que je me trouvais là.
Je ne veux pas me montrer. Non seulement faire face à Bellatrix, mais en plus elle doit avoir Drago avec elle. J'ai cru entendre sa voix lorsque je suis arrivée ici.
Et la dernière fois que je leur ai fait face…
Mais non. Tout va bien. Bellatrix ne se souvient pas de ce qu'il s'est passé cette nuit là. Et Drago…
Oh mon Dieu, Drago.
Mais je ne pense pas qu'ils soient seuls de toute façon. Il y a quelqu'un d'autre avec eux, mais j'ignore qui s'est. Ils ont parlé d'une voix trop basse pour que je puisse la reconnaître.
J'espère seulement que ce n'est pas Avery.
J'aimerai que Lucius soit ici. J'aurais aimé qu'il reste avec moi, au lieu de me laisser seule avec mes corvées.
Mais bon… je suppose qu'il avait des choses importantes à faire, et il ne peut pas mettre sa vie entière entre parenthèse juste pour moi, si ?
Si ? Tu as fait la même chose pour lui.
« Sang-de-Bourbe ! »
Je titube, trébuchant sur ma robe alors que je traverse la pièce. Je ne vais certainement pas lui donner une excuse pour me blesser.
Elle ne te punira pas. Lucius ne le permettra pas.
Mais n'est-ce pas justement ça le problème ? N'a-t-elle pas commencé à me haïr justement pour ça au début, lorsqu'elle s'est aperçu que Lucius ne supportait pas lorsque quelqu'un d'autre que lui me blessais ?
Je m'arrête en atteignant la porte, prenant une profonde inspiration avant de planter mon regard vers le sol et d'écarter la porte.
Une douleur me traverse le dos lorsque j'entre dans la pièce. J'avale durement dans une réaction instinctive mais je continue à marcher.
« Oh, alors tu daignes enfin te joindre à nous, n'est-ce pas ? » dit Bellatrix d'une voix trainante. « Je suis désolée si nous avons chamboulé ta lourde journée. »
Je garde obstinément les yeux fixés au sol, me concentrant sur la rudesse des pavés. Si j'arrive à surmonter ça, je pourrais peut être retourner dans ma chambre, à attendre patiemment le retour de Lucius, pour qu'il me donne une raison de continuer à vivre cette pitoyable existence.
« As-tu quelque chose à dire, Sang-de-Bourbe ? » dit-elle avec une pointe légèrement hystérique dans sa voix.
Oh, je te ferais souffrir espèce de salope, attends un peu.
« Je suis désolée » je marmonne, me haïssant.
Si j'étais vraiment stupide, je lui dirais que tous les soupçons qu'elle se fait sur moi et Lucius, sont vrais. Après tout, si elle n'avait pas coupé mes poignets –
« J'ai cassé mon verre de vin par terre, Granger » dit froidement Drago. « Nettoie le sol. Maintenant. »
Je serre les poings, tellement fort que mes ongles me rentrent dans la peau de mes paumes.
« Alors la fille est toujours ici, je vois. »
Oh mon Dieu. Oh mon Dieu, je reconnais cette voix. Je ne l'ai entendu que peu de fois auparavant, mais comment aurais-je pu l'oublier ?
Je lève les yeux et je la vois. Assise près de sa sœur, le regard radicalement différent de celui de Bellatrix. Ses ongles parfaitement manucurés croisés autour de son verre en cristal, alors qu'elle lève vers moi son visage parfait, ses lèvres magnifiques recroquevillées dans un ricanement.
« Oui, malheureusement » dit Bellatrix. J'ose un regard vers elle, pour croiser ses yeux haineux. « Il semble que la crasse soit très difficile à éradiquer. »
Drago grogne de rire, mais sa mère se contente de me sonder froidement.
« En effet » dit-elle doucement.
Le sourire s'évanouit du visage de Drago alors qu'il regarde sa mère, avant qu'il ne se tourne vers moi pour me lancer un regard des plus répugnants.
Je me sens d'une saleté absolue. Narcissa Malefoy peut bien être une Sang Pur snob, mais elle ne m'a cependant jamais rien fait directement.
Mais je couche avec son mari.
Bellatrix me regarde.
« Fais ce qu'on te dit, espèce de paresseuse ! » elle siffle.
Quoi ? Ah oui, le vin.
Je marche hâtivement vers la table. Je suppose que je dois utiliser le tissu déjà en ma possession pour nettoyer le plancher. Qu'attendent-ils que j'utilise sinon, le pan de ma robe ?
Bellatrix se tourne vers Narcissa alors que je me penche vers le sol, lui parlant de quelqu'un s'appelant Amelia Nott et de la façon dont elle a grossi, et que ce n'est vraiment pas étonnant après avoir eu quatre enfants, et qu'elle doit avoir appris que son mari couche avec Lillian Parkinson, et bon, ce n'est vraiment pas juste, parce qu'elle a la moitié de son âge, mais bon, Ferrando Nott a toujours été difficile à tenir, d'après ce que ce souvient Bellatrix de la première guerre, et bla bla bla…
Ses ragots couvrent le silence de la pièce, et je les laisse me submerger. Rien de tout ça n'est important. Je dois seulement faire ce qu'on me demande pour que je puisse foutre le camp d'ici, loin de la femme parfaite de Lucius, loin de sa tarée de belle-sœur, loin de son fils en colère.
« Ne pense pas que je vais te laisser tranquille, Granger. »
Mon souffle s'arrête un instant face à ce murmure, et je lève les yeux pour voir Drago me fixer d'un regard meurtrier.
Je fais glisser mes yeux vers Narcissa et Bellatrix, mais elles ne l'ont pas écouté. Dieu merci, elles sont bien trop absorbées par leur conversation.
Je déplace mon regard vers la table, me concentrant pour essuyer la flaque de vin étalée sur le bois massif. Je ne dois pas l'écouter…
Mais tout comme son père, il déteste être ignoré.
« Est-ce que tu m'as entendu ? » il murmure, sa voix à peine audible. « Ne pense pas que j'ai oublié ce que j'ai vu. Je vais faire en sorte que tu souffres pour ce que tu as essayé de faire. »
Bellatrix se met à rire bruyamment à une remarque de Narcissa, étouffant la voix de Drago.
« S'il te plait Drago, laisse tomber » je murmure désespérément.
Sa main bouge sur le côté pour lever légèrement sa baguette, invisible de Bellatrix et de Narcissa.
« Assurdiato ! » il marmonne.
Il peut alors dire ce qu'il veut maintenant, parce que ni Bellatrix ni Narcissa ne sont en mesure de nous entendre. Je suis prisonnière de cette immonde boule de silence.
« Continue à nettoyer la table, et ne regarde pas vers moi » dit Drago d'une voix trainante. « Je ne veux pas qu'elles sachent que je te parle. Ma tante n'approuverait pas, et je ne veux pas que ma mère suspecte quelque chose. »
Je m'arrête un instant, avant de retourner au frottement de la table, reposant mes yeux sur le bois.
« Je sais ce que tu essais de faire » il murmure.
Garde tes yeux sur la table, ne le regarde pas, ne l'écoute pas.
« Est-ce que tu m'entends ? » il siffle entre ses dents. « Je connais ton petit jeu, Granger. Et je te conseille de stopper tout de suite. »
J'ai envie de hurler. J'aimerais dire à ce petit salaud exactement ce qu'il se passe, mais je ne peux pas. J'ai besoin de garder mon calme.
« Pour une raison inconnue, je m'aperçois que mon père se soucie de toi » il marmonne, venimeux. « Je te préviens : fais marche arrière avant que les choses n'aillent plus loin. Je te jure, Sang-de-Bourbe, que si tu essayes d'éloigner mon père de ma mère, tu le regretteras amèrement. »
Je roule des yeux juste une seconde pour le regarder. Il me regarde avec un regard dur, chaque centimètre de son visage marqué par le dégout.
« Mon père n'est pas faible » il murmure. « Il est le plus grand homme que je connaisse. Il ne peut pas se laisser influencer si tu bats des cils devant lui. Au cas où tu l'aurais oublié, tu es une Sang-de-Bourbe, ce qui veut dire qu'il ne voudra jamais, jamais te toucher. »
Je le regarde, prenant de profondes inspirations pour essayer de calmer la colère qui gronde dans ma poitrine.
« Il ne se passe rien, Drago » je dis, le mensonge se bloquant dans ma gorge.
Ses yeux se rétrécissent, son visage juvénile tiré par la haine.
« Que ça continue » dit-il d'un air menaçant. « Finite Incantatem ! »
Je sais alors que la conversation est terminée.
Je me redresse bien droite, enfournant le chiffon dans la poche de ma robe. Il imbibe immédiatement le tissu de mes vêtements, humidifiant ma peau.
Je regarde mes pieds.
« Est-ce que ça sera tout… Madame ? » je dis, m'étouffant presque en prononçant ce dernier mot.
Je ne décroche pas mon regard du sol. Je ne vais pas la regarder. Je pourrais sans aucun problème regarder Bellatrix, mais pas elle.
Comment le pourrais-je ?
Bellatrix lance un petit rire ravi.
« C'est Madame, maintenant ? » elle s'exclame. « Et bien, voilà au moins un changement appréciable par rapport à d'habitude. »
Je sens mon visage bouillir de colère. Je veux juste partir, pourquoi ne me laisse-t-elle pas simplement partir ?
« Oh, » j'entends la voix trainante de Narcissa. « Les Moldus sont tellement inélégants d'ordinaire. »
Je me crispe. Je me sens si grossière, et si vulgaire par rapport à elle, s'il vous plait laissez moi partir, je ne peux pas faire face à ça !
Bellatrix se met à rire. « A quoi t'attendais-tu ? As-tu déjà entendu parler de Moldus ayant des bonnes manières ? »
C'est comique venant d'elle.
« Je suis heureuse de voir » elle continue impitoyablement, « qu'après tout le temps que Lucius a passé avec elle, il a finalement réussi à lui apprendre les bonnes manières. »
Je tourne vivement la tête vers Bellatrix. Elle se contente de me sourire. Elle me sourit d'un sourire sans joie mais néanmoins jubilatoire, car elle peut bien avoir oublié ce qu'elle a fait le soir où elle m'a ouvert les poignets, et la nuit où elle m'a vu devant la porte de Lucius, mais elle est loin d'avoir oublié tout ce qu'elle soupçonnait avant.
Ta gueule, ta gueule espèce de salope, ferme juste ta gueule !
Je ne risque pas un coup d'œil vers Narcissa. Je regarde à nouveau le sol.
Mais rien ne peut faire taire Bellatrix, rien.
« Mais bon, ça a dû lui prendre pas mal de temps » poursuit-elle. « Dieu seul sait combien de temps il a passé à essayer à lui enseigner sa place. Il a passé des heures et des heures, mais ça ne semblait jamais assez- »
Elle s'arrête, ses mots disparaissant dans un halètement minuscule.
Je lève les yeux durant une seconde. Elle se saisit de son poignet, grimaçant de douleur.
Dieu merci, quelque chose a finalement réussi à la faire taire. Même si je sais ce qu'est cet horrible quelque chose.
Je bouge rapidement mon regard vers la table. Drago fait la même chose que sa tante : il s'accroche à son bras, son visage crispé par la douleur.
« Le Seigneur des Ténèbres ? » demande tranquillement Narcissa.
Bellatrix ne dit rien, mais ses yeux sont illuminés d'un éclat légèrement fiévreux tandis qu'elle retrousse sa manche, faisant apparaître la marque noire sur son avant-bras pale, faisant courir son pouce sur elle presque amoureusement.
Drago cependant, semble simplement un peu plus vert que d'habitude, et ne semble même pas capable de regarder sa marque.
Devrais-je me sentir désolée pour Drago ? Je veux dire, vraiment désolée pour lui ? Après tout, comment pourrait-il lutter contre tout ce qu'il a toujours connu ?
Narcissa regarde son fils, ses traits s'adoucissant un instant avant qu'elle ne hoche la tête.
« Alors vous devez y aller immédiatement. »
Ils n'ont pas besoin de se le faire dire deux fois.
Mon souffle s'arrête alors qu'ils se lèvent tous les deux de leur chaise, se précipitant rapidement hors de la salle. Ils ferment la porte derrière eux, me laissant seule avec sa femme, sa femme si parfaite…
Je reste immobile durant de longs et douloureux moments, regardant le sol avec des yeux brulants.
Je dois sortir d'ici. Je ne peux pas lui faire face, surtout pas toute seule…
Mais serait-ce vraiment mieux si Lucius était là ?
Je vacille un instant, ne sachant pas quoi faire. Finalement, je me baisse subitement dans une tentative pathétique de révérence, avant de me tourner et de m'approcher de la porte.
« Je pense que vous avez besoin de ma permission pour sortir » dit-elle froidement.
Je me congèle sur place.
Merde, merde, s'il vous plait aidez-moi, pour l'amour de Dieu !
Je me mords durement la lèvre inférieure alors que je me retourne, mes pieds lourds comme du plomb.
Mais je n'arrive pas à décoller mes yeux du sol. Je ne peux pas m'en empêcher.
« Oui Madame » dis-je calmement.
Sa chaise crisse sur le sol alors qu'elle se lève de sa chaise. Ses talons claquent contre la pierre tandis qu'elle contourne la table pour venir se poster devant moi. Le bout pointu de ses chaussures à talons apparaît au bas de sa soyeuse robe argentée.
Je remue mes pieds nus au bas de ma propre robe, m'assurant qu'ils soient totalement recouverts. Je ne veux pas qu'elle s'aperçoive que je n'ai même plus droit à une paire de chaussures.
« Laissez-moi voir votre visage » dit-elle tranquillement.
Je ferme les yeux une seconde, prenant une profonde inspiration.
Mais je ne peux pas lui laisser croire que j'ai quelque chose à cacher en lui refusant de montrer mon visage, n'est-ce pas ?
J'ouvre les yeux et je lève la tête, regardant la femme bien plus âgée et bien plus belle qui se trouve en face de moi.
Elle transpire l'élégance, même si je ne pense pas que le mot 'transpirer' soit vraiment approprié pour parler d'une femme comme Narcissa Malefoy. Irradier pourrait être un meilleur terme. Ses vêtements, ses cheveux, sa peau… Ils semblent tous avoir cet éclat en eux. Un éclat de perfection absolue. La saleté est inconnue pour elle.
La boue lui est inconnue.
Son expression est réservée. A part cela, je ne peux pas dire grand chose de la façon dont elle me regarde.
« C'est la troisième fois que nous nous rencontrons » dit-elle froidement, « et nous n'avons toujours pas été réellement présentées. »
J'ouvre la bouche, avant de la refermer. Je ne sais pas vraiment quoi dire.
Ses lèvres se recroquevillent dans ce qui semble être du dédain. Ou de l'exaspération.
« Vous ne devez pas avoir peur de moi » dit-elle doucement. « J'ai beau ne pas vraiment apprécier votre 'race', je ne suis pas un Mangemort. »
Mais comment pourrait-elle savoir que chaque mot qu'elle prononce, est pour moi comme de la bave contaminée ? Après tout ce que j'ai fait, comment puis-je faire face à cette femme ?
« Je… je… »
Je bégaie alors qu'elle reste calme, soulevant un sourcil pincé vers moi.
« Une présentation commence généralement par un nom, il me semble. »
J'avale durement et je hoche la tête. Je dois garder mon calme. Ma vie en dépend. La vie de Lucius en dépend.
« Mon nom est Hermione Granger » je dis, aussi clairement que je peux, aux vues des circonstances.
Son expression ne change pas.
« Et je suis Narcissa Malefoy. » Elle fait une pause. Sa voix est douce, très douce. « Je suis la femme de votre geôlier. »
Mon cœur bat si fort que je sais qu'il fendille mes côtes. La femme, la femme de votre geôlier… Dieu tout puissant, est-elle au courant ?
« Vous me pardonnerez si je ne vous serre pas la main, je présume ? » dit-elle, sans aucune réelle interrogation dans la voix. « Ca ne serait pas convenable, après tout. »
Une aiguille de ressentiment me parcoure le dos. Ou peut être est-ce de la peur. A-t-elle simplement dit ça parce que je suis une Sang-de-Bourbe, ou bien parce que… parce que…
Je hoche la tête.
Elle me regarde durant un long moment de silence, la tête légèrement inclinée sur le côté.
« J'ai entendu dire que ça n'a pas été très facile pour vous ces derniers temps, n'est-ce pas ? » dit-elle calmement.
Je sursaute presque sous la surprise. Est-ce qu'elle… est-ce qu'elle me montre de la sympathie ? Pourquoi ?
« On peut dire ça » je réponds, avant de me mordre la langue une seconde plus tard. Pourquoi je n'arrive jamais à me taire ? Elle pourrait me punir pour avoir été impolie.
Mais au lieu d'acquiescer, ses yeux s'adoucissent juste pour un instant.
« J'ai entendu parler de la mort de vos parents. » Sa voix semble se dégeler pendant une seconde. « Vous avez toute ma sincère compassion. »
Elle fait une pause, brossant de sa main parfaitement manucurée le devant de sa robe de satin argentée.
« Il est difficile de perdre ses parents » elle murmure sans me regarder, concentrée sur sa robe. « Surtout à un âge si jeune. »
Je déglutis, sous le choc de ce spectacle rempli de bonté, surtout venant d'elle, elle. La femme qui devrait me haïr plus que tout au monde, et cette fois non pas pour ce que je suis, mais pour tout ce que j'ai fait.
Non seulement de la bonté, mais de la sympathie aussi. Elle a dit ces mots comme si elle en connaissait personnellement le sens. Comme si elle savait exactement ce que je ressentais.
« Je… » Je me bats pour sortir quelque chose. « J'ai entendu que vos parents étaient morts également. Je suis désolée. »
Elle lève un sourcil vers moi, mais elle hoche la tête.
« J'ai beau ressentir de l'affection pour Bella, je sais pertinemment qu'elle est loin d'être la plus sympathique des femmes, comme je pense que vous vous en doutez. »
Je ne sais pas s'il faut sourire ou non à son commentaire. Je n'ai aucune idée de ce qu'elle attend de moi. Veut-elle m'accorder sa confiance, ou souhaite-t-elle m'amener dans un piège ?
Serait-elle aussi similaire que son mari ou sa sœur ?
Je décide qu'il est plus sur de garder le silence, me mordant l'intérieur de ma joue pour étouffer les aveux qui brulent le bout de ma langue.
« Bella vous hais, vous savez » dit-elle.
C'est d'une telle évidence que j'en rirais si la situation n'était pas si désespérée.
« Oui, je l'ai deviné » je dis, sans réussir à dissimuler une pointe de sarcasme dans ma voix. Je n'arrive pas à m'en empêcher, même si je sais que je devrais me taire et rester calme.
Mais rester calme n'a jamais été mon point fort. C'est la raison pour laquelle j'ai toujours été assez impopulaire à l'école.
Son expression n'a pas changé.
Que puis-je faire pour arranger la situation ?
Finalement, je décide de sourire légèrement pour m'excuser.
Mais elle ne répond pas à ce geste.
« Savez-vous pourquoi elle vous déteste ? » elle demande d'une voix coupée.
Mon cœur s'arrête de battre et je prie Dieu tandis que je réfléchis à quoi répondre. Oh mon Dieu, que puis-je dire sans d'une manière ou d'une autre, mentir à cette femme ?
Je peux surement donner la réponse qui devait être vraie lorsque j'ai été capturée ? Serait-ce vraiment un mensonge ?
« Parce que je suis une Sang-de-B- »
« Ce n'est plus l'unique raison maintenant, n'est-ce pas ? » elle m'interromps froidement, et oh mon Dieu, s'il vous plait, tuez-moi.
Je me contente de rester bouche bée devant elle, ma bouche s'ouvrant et se refermant stupidement, comme un poisson gobant les mouches, alors qu'elle me regarde impassible.
Elle sait, elle doit savoir, sinon pourquoi… pourquoi me demanderait-elle cela ?
Elle fait courir son regard sur moi.
« Quel âge avez-vous, Sang-de-Bourbe ? »
J'avale ma culpabilité et mon humiliation avant de répondre.
« Dix-huit ans. »
Oui je suis une stupide petite fille, une stupide petite fille qui côtoie des choses beaucoup trop grandes et terrifiantes pour elle, et qui couche avec votre mari, qui est obsédée par votre mari, peut-être même –
Ses lèvres s'amincissent durant un instant, et je crois voir de la tendresse dans ses yeux.
« Lorsque j'avais dix-huit ans, j'étudiais pour mes ASPICS » dit-elle calmement.
Elle fait une pause.
Ma respiration est superficielle.
Elle ne peut pas se sentir désolée pour moi. Je ne peux pas le croire. J'ai appris à ne faire confiance à personne, sauf peut être en Ron, depuis que Harry a échoué à sauver mes parents.
« Ce n'est pas un endroit pour une jeune femme. J'ai dit à Lucius encore et encore que ce n'était pas une bonne chose. Vous avez beau être une Sang-de-Bourbe, mais je ne vois pas l'intérêt qu'on vous garde prisonnière de cette façon. »
Je ne dis rien, parce que je ne peux pas. Que pourrais-je dire ?
« Il ne peut pas risquer de vous laisser partir, je le sais. » Elle verrouille son regard sur le mien. « Vous devez bien savoir ce qui lui arrivera s'il le fait. »
Oh Dieu, si vous êtes vraiment miséricordieux, laissez-moi mourir maintenant.
La dernière fois que j'ai dit à Lucius que s'il se souciait vraiment de moi, il me laisserait partir, il m'a dit qu'il mourrait d'abord.
Mais je ne pense pas que c'est ce dont elle parle.
« Mais je suppose qu'il fait tout pour vous garder sous son contrôle » elle ajoute d'une voix à peine audible. « Bella ne cesse de me dire comment il met tout en œuvre pour que rien ni personne ne vous fasse du tort. »
Elle s'interrompt à nouveau tandis que de la glace m'enserre les veines. Respire, respire. Inspiration. Expiration.
Elle sait elle sait elle SAIT !
Ses beaux yeux bleus remplis de glace rencontrent mes yeux bruns ennuyeux.
« Chérissez la protection qu'il peut vous donner, Sang-de-Bourbe » dit-elle très, très tranquillement. « C'est peut être la seule chose qui peut vous sauver- »
La porte s'ouvre, et juste pour rendre la situation encore pire qu'elle ne l'est déjà, Lucius entre dans la salle, vêtu d'une élégante cape de voyage.
Son calme disparaît durant un bref instant. Il se gèle sur place, les yeux écarquillés face à la vue de sa femme parlant avec sa… sa…
Qu'est-ce que je suis vraiment pour lui ?
« Bonsoir Lucius » dit Narcissa d'un ton polit mais pas vraiment chaud. « Tes tâches ont été de courte durée ce soir, je présume ? »
Je dois admettre qu'il se remet très vite de ses émotions. Le choc immédiat sur son visage disparaît pour laisser place à un accueil poli.
Il doit avoir pris l'habitude de cacher ses émotions au fil des ans. Qui le sait mieux que moi ?
« Narcissa » dit-il sèchement, avant de s'approcher d'elle et de l'embrasser froidement sur la joue.
Mes entrailles se contractent, mais j'essaie de ne rien montrer. Pour une fois, je dois essayer d'imiter Lucius. Ne montrer aucune émotion. Les émotions ne mènent qu'à la douleur.
Il se tourne pour me regarder une seconde, les yeux plissés, accusateurs.
Je n'ai rien dit, rien, s'il te plait, ne me regarde pas comme ça…
A peine une seconde passe avant qu'il ne retourne vers sa femme. « C'est un plaisir plus qu'inattendu » dit-il d'un sourire suave. « Quel est l'honneur de ta présence ? »
« Ma sœur m'a invité pour le diner » répond-elle.
Lucius hoche la tête, son visage ne montrant rien. « Où est-elle maintenant ? »
Une courte pause se fait entendre avant qu'elle ne réponde.
« Le Seigneur des Ténèbres l'a appelé il y a cinq minutes » dit-elle tranquillement. « Et Drago aussi, il a dû aller avec elle. »
Elle s'arrête en se détournant légèrement de lui, mais je n'arrive pas à voir son visage.
Sans aucune hésitation, Lucius tend sa main et lui tapote froidement l'épaule.
« Il a dix-sept ans, Narcissa » dit-il calmement. « Il est assez vieux pour prendre ses propres décisions, et totalement capable de se défendre si l'occasion se fait sentir. Tu dois cesser de t'inquiéter inutilement à son sujet. »
Narcissa se retourne pour lui faire face, son expression un peu dure.
« Bien sur » dit-elle d'une voix ferme. « Ca fait longtemps que je me suis habitué au fait qu'il suivra probablement tes traces. Je suis juste reconnaissante qu'il ait sa tante et son père pour s'occuper de lui. »
Lucius n'encourage pas cette note intime. Il se contente de hocher la tête, retirant sa main de son épaule, ce qui me rend plus reconnaissante que je ne l'aurai jamais cru.
C'est alors qu'il tourne son visage vers moi, les yeux durs d'une rage silencieuse.
« Qu'est-ce que la Sang-de-Bourbe fait ici ? » il demande calmement.
Narcissa fronce légèrement les sourcils, bien qu'il ne peut pas la voir.
« Elle était en train de finir sa corvée de nettoyage lorsque tu es arrivé. » Elle fixe son regard sur moi par dessus l'épaule de son mari. « Mais je pense qu'elle a terminé maintenant. »
Lucius ne se tourne pas vers elle. Il se contente de me regarder le visage dur.
« Dans ce cas, je vais la ramener à sa chambre. » Ses lèvres bougent à peine alors qu'il parle. « Je n'ai aucune envie de subir sa présence plus que je ne le dois. »
Je me sens refroidie. Je sais bien qu'il devait dire ça, pour n'apporter aucun soupçon, mais…
Narcissa continue de froncer les sourcils vers son mari alors qu'il claque des doigts vers moi.
« Venez, Sang-de-Bourbe. »
Me haïssant, je fais ce qu'il me dit, le suivant alors qu'il se dirige vers la porte. Il se retourne une fois de plus vers sa femme lorsque nous atteignons le seuil. Son froncement de sourcil a été remplacé par un petit sourire froid.
« Tu vas retourner au Manoir, je présume ? » dit Lucius d'une voix trainante.
Elle lui donne un minuscule hochement de tête. « Dès que j'aurai terminé mon verre de vin. »
Ses lèvres forment un petit sourire avant qu'il ne se tourne pour quitter la pièce.
Je regarde Narcissa, qui garde les yeux plantés dans les miens, m'accordant le plus petit des hochements de tête.
Je me sens comme si je devais dire quelque chose. Mais que pourrais-je dire ? Merci d'avoir été la seule Malefoy à m'avoir dit quelque chose de décent, même si je couche avec votre mari ?
Je ne pense pas.
Je me tourne donc, loin de la femme parfaite de Lucius, et je le suis hors de la salle.
A peine la porte se referme derrière nous qu'il se saisit de mon bras, me trainant le long du couloir. Je gémis presque de douleur, mais je me force à garder le silence.
Il est en colère. Non, il est plus qu'en colère. Il est furieux. Il n'a pas besoin de dire grand chose pour que je le sache.
Nous arrivons rapidement jusqu'à ma chambre. Il ouvre la porte d'un coup de pied et me jette à l'intérieur, me suivant avant de claquer la porte derrière lui. Ses lèvres sont une fine ligne sur son visage de pierre.
« Avez-vous parlé avec elle ? » il demande, sa voix tremblant de fureur.
Je frémis, tremblant de peur. Tout s'écrase autour de moi : la connaissance et la terreur de ce que nous faisons…
« Je… » je bafouille, arrivant à peine à respirer.
En deux enjambées il se retrouve en face de moi, sa main levée dans la menace de me gifler alors que ses yeux flamboient de colère.
« Répondez à cette saloperie de question ! » il siffle.
Je trébuche en arrière, retenue par le mur de pierre derrière moi.
« Lucius… je… je pense qu'elle sait ! » je dis, ma voix tremblant tellement par mes sanglots que je suis surprise de réussir à parler.
Son visage pâlit tellement qu'il devient plus blanc que blanc. On dirait qu'il a vu un fantôme.
Il abaisse lentement sa main. Ses yeux sont si larges qu'ils semblent appartenir à une personne différente.
« Quoi ? » il murmure.
Je m'accroche plus fortement aux pierres derrière moi, en prenant de profondes inspirations.
« Votre… votre femme, je pense qu'elle sait… à propos de nous. »
Il se tait un moment, son visage totalement dénué de couleurs, avant qu'il ne me saisisse durement par les épaules, m'arrachant du mur en me secouant.
« Que vous a-t-elle dit ? » il siffle, me secouant si fort que ça me fait mal. « Que vous a-t-elle dit exactement ? »
Je déglutis, m'efforçant de me souvenir de chaque mot qu'elle m'a dit.
« Elle a dit… elle a dit qu'elle était votre femme » je murmure.
Il s'arrête, me regardant avec incrédulité alors que ses doigts sont enfoncés dans mes épaules.
« Et donc ? » Il lâche mes épaules. « Elle est ma femme, au cas où vous l'auriez oublié. Elle l'est depuis des années. »
« Mais ce n'est pas tout ! » je dis désespérément. « Elle a dit… elle a dit que Bellatrix me haïssait, et pas seulement parce que je suis une Sang-de-Bourbe. »
Ses yeux se rétrécissent, plissés quelques secondes par la concentration, mais il secoue alors la tête en me regardant de nouveau.
« Je doute fortement qu'elle voulait vraiment dire ce que vous soupçonnez » dit-il fermement. « Si elle voulait vraiment dire que Bellatrix était jalouse de vous, alors ça signifierait qu'elle sait que Bellatrix a des raisons d'être jalouse. »
Je le regarde fixement, mon esprit travaillant à plein régime.
« Mais… mais n'avez-vous pas dit une fois que Narcissa savait probablement ce qu'il se passait entre vous et sa sœur ? »
Il lève les yeux au ciel en secouant la tête. « Peut être que je l'ai dit, mais j'ai toujours été persuadé qu'elle n'était pas réellement au courant de ce qu'il se passait » dit-il avec une confiance calme et froide. « Je vous ai dit qu'elle était probablement au courant parce que je voulais vous dissuader de lui en parler après le manque de… discrétion de Bellatrix. »
Je serre les lèvres. « Et qu'est-ce qui vous fait penser que je ne vais pas lui en parler maintenant ? » je demande furieusement. « Qu'est-ce qui vous rend si sur que je ne lui en ai pas justement parlé ? »
Il lève un sourcil vers moi. « L'avez-vous fait ? »
Je ferme ma bouche comme un piège, et il me sourit triomphalement. « Je pensais bien que vous ne lui aurez rien dit » dit-il calmement. « Et de la même façon, je doute fort que vous lui direz dans l'avenir. »
Bien sur que non je ne lui dirais rien. Je garde tous les secrets pour lui. Tout ce qu'il souhaite cacher à quiconque, y compris le plus grand secret de tous : ce qu'il ressent pour une Sang-de-Bourbe.
« Mais… » j'ajoute désespérément. « Elle aurait tout simplement pu… Elle aurait pu penser que Bellatrix était en colère en son nom, pour elle, ou quelque chose comme ça, et c'est pourquoi elle me hait. »
Il laisse apparaître un sourire. « Bellatrix Lestrange, se souciant de quelqu'un en dehors d'elle même ? » Son sourire s'élargit. « Sommes-nous vraiment en train de penser à la même femme ? »
Le plus petit des sourires courbe involontairement mes lèvres, et durant un instant magique, nous partageons tous les deux ce même sourire.
Et c'est beau et c'est parfait, parce que c'est un des seuls moments où nous nous sourions sans que ça fasse partie d'un jeu malsain ou d'une bataille de volonté…
Mais son sourire disparaît presque immédiatement lorsqu'il réalise, un peu tard, qu'il partage une blague avec une Sang-de-Bourbe. Il fronce les sourcils, et je fais alors disparaître mon sourire de mon propre visage.
Un long silence s'installe entre nous avant qu'il ne se décide à reprendre la parole.
« Narcissa connaît Bellatrix mieux que quiconque » dit-il calmement. « Et elle pense que si Bellatrix savait quelque chose, elle lui en parlerais immédiatement. »
« Dans ce cas, pourquoi ne lui aurait-elle pas déjà dit ? » je murmure. « Pourquoi ne lui aurait-elle pas dit que vous et moi… »
Ses yeux rétrécissent. Je marche sur un terrain dangereux. Je ne suis pas autorisé à user de certains types de noms pour décrire ce qu'il se passe entre nous.
« Pourquoi Bellatrix n'aurait pas dit à sa sœur ce qu'elle soupçonne sur vous et moi ? » Je dis finalement.
« Parce qu'elle ne sait pas » dit-il exaspéré. « Elle a des soupçons, mais elle n'a aucune preuve. La meilleure preuve qu'elle a eu est ce qu'elle a vu le soir où elle vous a ouvert les poignets, mais je l'ai effacé de sa mémoire. Par ailleurs, Bellatrix est peut être à moitié folle, mais elle n'est pas stupide. Elle sait que si elle me fait tomber, je la trainerais avec moi dans le gouffre. Je pourrais dire à ma femme tout du comportement de sa sœur, et comment elle a couché avec son beau-frère. » Il fait une pause, soulevant légèrement sa tête. « Bellatrix sait cela. Elle aime sa sœur. »
Mon cerveau met un temps à traiter ces nouvelles informations. Je suppose que ce qu'il dit est logique, mais… mais…
« Votre femme a dit que Bellatrix lui avait dit que vous faisiez tout pour que personne ne me fasse du tort » je dis à la hâte, tant que j'ai le courage de parler. « Et que je… que je devais chérir la protection que vous me donnez, et que ça pourrait bien être la seule chose qui pourrait me sauver. »
Il me regarde pendant quelques instants.
« Que voulait-elle dire par 'la seule chose qui pourrait me sauver ?' » je demande calmement.
Il fronce les sourcils. « J'ignore ce qu'elle voulait dire par là. »
Il semble y réfléchir durant une minute ou deux, avant qu'il ne secoue à nouveau la tête.
« Elle se sent désolée pour vous, rien de plus » dit-il tranquillement. « Je la connais. Malgré ses convictions, ce qui vous est arrivé lui fait mal au cœur. Elle m'a dit maintes et maintes fois d'essayer d'être plus clément avec vous.
Je me tiens immobile, la culpabilité me rongeant comme une tique. Elle se sent désolée pour moi, elle a pitié de moi, et comment je le lui rends ?
« Vous prétendez la respecter, et pourtant vous ne semblez pas apte à vouloir faire ce qu'elle demande » je murmure. « Quand avez-vous jamais montré aucune pitié pour moi ? »
Il prend une grande respiration par le nez. Il semble vouloir me répondre, mais il ne peut en quelque sorte s'y résoudre.
« Il y a-t-il eu autre chose ? » il demande.
J'avale durement en réfléchissant. « Non » je dis finalement. « Rien d'autre. »
Il hoche la tête. « Alors je ne pense pas que vous ayez raison de vous inquiéter » dit-il d'une voix hachée. « Narcissa a toujours refusé de devenir un Mangemort parce que les choses que nous sommes capables de faire pour arriver à nos fins ne lui conviennent pas. C'est pourquoi elle a choisit de vous parler aujourd'hui. Elle a pitié de vous. Croyez-moi, si elle se doutait de ce qu'il se passe, elle m'en aurait parlé. Je la connais. »
Je ne sais pas si je dois vraiment le croire, mais je suppose que je n'ai pas le choix. Il la connait mieux que moi, après tout.
Mais… la façon dont elle m'a parlé, et les allusions de Bellatrix…
« Que faisons-nous ? » je murmure. « Combien de temps allons-nous pouvoir nous cacher avant que l'on soit découvert ? »
De la colère s'insinue dans ses yeux face à mes paroles.
« Nous ne serons pas découverts, Sang-de-Bourbe » dit-il calmement. « Je m'en assurerait. »
« Mais nous ne sommes pas en sécurité, Lucius. La situation n'est plus sure » je marmonne, essayant d'ignorer le fait que mon cœur bat si fort qu'il me fait mal aux côtes.
Il secoue la tête de dépit. « Depuis quand la situation a-t-elle vraiment été sure ? » il murmure amèrement.
Il a raison. Il a totalement raison. Notre relation entière a toujours été toxique et tordue, depuis l'instant où il est apparu dans ma chambre et m'a plaqué contre le mur, sans m'autoriser à apercevoir son visage, me laissant simplement le sentir m'écraser.
« C'est malsain » je dis tranquillement. « La situation entière… est seulement… c'est mal. »
Son visage se durcit comme de la pierre alors qu'il me regarde.
« Qui peut savoir cela mieux que moi ? » il murmure.
Sa haine rayonne de lui comme des vagues. De la haine envers moi, de la haine envers lui.
« Oui, mais vous pensez que c'est malsain parce que je suis une Sang-de-Bourbe » je murmure. « Alors que moi… je pense que c'est malsain à cause de toutes les personnes que l'on blesse. Ron, votre femme… et nous mêmes. »
Ses lèvres s'amincissent tandis qu'il me regarde comme s'il essayait de me comprendre, mais il ne peut pas comprendre parce que considérer les émotions de quelqu'un d'autre est pour lui au delà de la compréhension.
« Personne n'est blessé, Sang-de-Bourbe » il marmonne. « Personne d'autre que nous ne sait ce qu'il se passe. »
Je secoue la tête tristement. Personne d'autre, personne d'autre n'est blessé…
« Et qu'en est-il de nous ? » Ma voix se fissure légèrement. « Qu'en est-il au sujet de ce que l'on ressent ? Après que j'ai parlé avec votre femme, votre femme qui me plaint, alors que vous et moi… »
Je m'arrête alors que je vois ses poings se serrer, ses articulations devenant blanches. Je ne suis pas autorisée à mettre des mots sur ça, je le sais. Il peut bien allumer les bougies à chaque fois qu'il vient me voir pour se prouver qu'il n'a rien à craindre, mais il n'arrive toujours pas à faire totalement face à ce qu'il se passe.
« Vous rendez-vous compte que je me sens comme une vraie prostituée ? » je murmure, les larmes d'humiliation me brulant les yeux.
Quelque chose passe alors entre nous.
« Ce n'est pas ma faute si vous ressentez cela » dit-il, ses lèvres bougeant à peine.
Les larmes commencent à couler sur mes joues. « Bien sur que c'est de votre faute ! » Ma voix vacille. Je ne peux pas m'en empêcher. C'est comme si je nageais dans une mer d'humiliation et de colère.
Il prend une profonde inspiration par le nez. « Comment ? » il murmure dangereusement. « Comment ça pourrait être de ma faute ? »
« Vous venez ici tous les soirs, simplement pour prendre ce que vous voulez. » Ma respiration se brise. « Vous ne vous préoccupez que de vous même, que de ce que vous voulez avoir. Et vous obtenez toujours ce que vous voulez. Vous ne m'avez jamais laissé le moindre choix. Vous ne vous souciez aucunement de ce que je ressens. »
« Et pourquoi le devrais-je ? » il demande brutalement, un sourire malicieux et rempli de rage apparaissant sur son visage. « Que m'importe ce que vous ressentez ? Vous n'êtes qu'une Sang-de-Bourbe. Pourquoi devrais-je vous considérer autrement que comme un objet pour moi ? »
« Alors, c'est vraiment ça ? » je dis en tremblant. « Je ne suis seulement qu'une faiblesse tordue pour vous, et vous êtes juste dans l'attente d'un nouveau jouet qui remplacerait le fait que vous baisez une Sang-de-Bourbe, c'est ça ? »
Il reste silencieux, me regardant comme si je disais des choses qu'il ne voulait pas entendre.
Mais il ne peut détacher ses yeux de mon visage.
« Est-ce la raison pour laquelle vous vouliez de moi au tout début ? » je murmure. « Est-ce juste parce que je suis une Sang-de-Bourbe ? »
Ses yeux se rétrécissent. « Quoi ? »
Je prends une profonde respiration.
« Dolohov a dit, juste avant que nous le tuions, que vous me vouliez parce que je suis une Sang-de-Bourbe, et par conséquent une des seules choses qui vous est interdit d'avoir. » Mes yeux se noient de larmes. « Est-ce l'interdiction qui vous a poussé à… ce qu'il se passe entre nous ? »
« Bien sur que non ! » il siffle, sa colère prenant finalement le dessus. « Pensez-vous vraiment que j'ai si peu de contrôle sur moi même ? »
Je me sens englouti dans une douce chaleur. Il a dit… Sa propre bouche vient de dire qu'il ne me veut pas pour cette simple raison.
Quelle est la vraie raison dans ce cas ?
« Qu'ais-je de si spécial alors ? » je demande, ma voix un peu plus forte qu'un chuchotement. « Lorsque vous avez quelqu'un comme Narcissa comme femme, et que vous avez eu une femme comme Bellatrix avant… Pourquoi me voulez-vous moi, une simple Sang-de-Bourbe ? »
Il me regarde pendant de longs instants, comme s'il m'examinait. Son regard est si sombre, si pénétrant que je grelotte presque sous son intensité. C'est comme s'il étudiait mon âme, cherchant désespérément ce qu'elle contient pour qu'il me désire autant au point d'abandonner tous les principes qu'il chérissait tant.
Il soupire et son regard baisse, faisant courir ses yeux sur moi avant de revenir à mon visage. Il fait un pas pour s'approcher de moi, puis un autre avant qu'il ne tende la main pour repousser une mèche de cheveux derrière mon oreille, me regardant profondément dans les yeux.
« Je ne l'ai jamais su » il murmure. « Ne vous l'ais-je pas déjà dit précédemment ? »
Mais pourtant, Dolohov avait bien dit que ça finirait comme ça avant qu'on ne le tue… Que c'était si tentant pour Lucius de savoir que quelqu'un de si… innocent et pur dormait sans défense dans la chambre accolée à la sienne…
Ma peau se contracte face à ce souvenir, mais mes pensées continuent de tourbillonner. Serait-ce si déraisonnable de penser qu'une personne qui n'a connu rien d'autre que les ténèbres dans sa vie entière, trouve si attrayante une petite lumière ? Est-ce qu'une personne possédant une âme si mutilée, si noire, pourrait-elle rien qu'une fois vouloir prétendre à quelque chose d'un peu mieux dans sa vie ?
Il ne veux pas, ou ne peut pas éloigner ses yeux de mon visage. Il se contente de rester là où il est, ses doigts emmêlés dans mes cheveux près de mon oreille.
« Vous n'êtes pas une pute, Sang-de-Bourbe » il murmure, si bas que j'arrive à peine à l'entendre. « Je ne vous mettrais pas dans le même panier que ma chère belle-sœur. »
Mon cœur se soulève face à ses paroles, avant que je ne me souvienne encore une fois que ce ne sont que des mots. J'ai besoin de plus que cela.
« Alors pourquoi ne me traitez-vous pas comme un être humain ? » je murmure. « Je parie que vous avez traité Bellatrix mieux que vous ne me traitez, simplement parce qu'elle est une Sang Pur. »
Il se rapproche plus encore de moi, si cela est encore possible.
« Vous avez tellement enduré pour moi, Lucius » je dis calmement, les sanglots se faisant sentir dans ma voix. « Et pourtant, ça ne vous a pas empêché de me traiter comme une véritable prostituée. »
Son visage se crispe légèrement face à ces paroles, comme si ce que je venais de lui dire l'avait profondément blessé, lacéré son âme comme il a si souvent lacéré la mienne.
Il prend une profonde inspiration. « Je n'aime pas cela plus que vous » il murmure. « Je n'ai jamais pensé que les choses en arriveraient là. »
Je retiens mon souffle alors que son corps vient toucher le mien, me pressant contre le mur derrière moi. Je ne peux plus respirer, et mon estomac se retourne de plus en plus, mais j'arrive néanmoins à continuer de parler.
« Nous devons arrêter ça » je dis désespérément. « Maintenant, avant que ça n'aille vraiment trop loin. »
Il déplace son visage plus près du mien, si près que je peux voir chaque détail de son visage, comme je peux voir chaque parcelle de son âme, bien qu'il essaye par tous les moyens de me les cacher.
« Trop loin, Sang-de-Bourbe ? » il murmure, avant de passer lentement le bout de sa langue sur ses lèvres. « Ca fait bien longtemps que nous avons passé ce cap. »
C'est par ces paroles qu'il appuie ses lèvres tout contre les miennes.
