Note de l'auteur-traductrice : A tous mes lecteurs, je m'excuse platement pour tout ce retard accumulé. Je suis hospitalisée en ce moment, pour une durée encore indéterminée, et une bonne connexion internet me fait malheureusement défaut. Je pense cependant avoir partiellement résolu ce problème en trouvant une connexion wifi qui pourrait faire l'affaire pour de nouveau publier régulièrement, sans que ce soit tous les 2 jours comme prévu au début. Mais un minimum d'un chapitre par semaine devrait être largement faisable ! Je m'excuse encore et je vous souhaite néanmoins une bonne lecture. A bientôt.


'C'est à la fois pour lui et par lui que je souffre. Je veux le fuir, en vain, il me suit ; il est là ; il m'obsède sans cesse… Ses yeux n'expriment plus que la haine et le mépris. Sa bouche ne profère quel'insulte et le reproche. Ses bras ne m'entourent que pour me déchirer. Qui me sauvera de sa barbare fureur ?' - Choderlos De Laclos, Les Liaisons Dangereuses


Chapitre 33 Une souffrance indicible

Je tombe sur le sol de pierres, mes mains et mes genoux cognant douloureusement dans la chute.

Je lève les yeux… Non, je ne peux pas.

Je garde mes yeux rivés sur mes doigts étendus sur la pierre. Mon regard s'attarde sur la fine cicatrice blanche au dos de ma main gauche.

Respire… je dois continuer à respirer.

C'est difficile de garder une respiration régulière.

Ecoute…

Une respiration tranquille. Ce n'est pas la mienne, elle vient de l'autre côté de la pièce.

Je ferme les yeux. Inspiration, expiration…

D'accord. Je peux le faire… Non je ne peux pas, je ne peux pas…

Si je peux. Je dois le faire. Il mérite une explication.

Lentement, très lentement, je me remets sur pieds. Chaque muscle, chaque fibre de mon corps crie de protestation, et Dieu seul sait comment je réussi à me mettre debout.

D'accord… maintenant… relève ta tête. C'est facile de relever la tête, non ?

Il ne me regarde pas.

Le plus long des silences se répand, avant qu'il ne prenne une profonde respiration qui lui fait hausser les épaules.

« Pas étonnant que tu ne voulais pas que j'aille dans cette Pensine » il marmonne.

Je me mords durement la lèvre. « Ce n'est pas ce que tu penses » je dis presque craintivement. Stupide, stupide ! Je n'ai jamais été bonne pour mentir.

Il se retourne. Son visage est encore humide de larmes, mais ses yeux sont durs et flamboyants de fureur. « Dans ce cas, il se passe quoi, Hermione ? Parce que à ce que je viens de voir, on dirait bien que tu baises avec Lucius Malefoy ! »

Il commence à avancer vers moi, sa voix s'intensifiant.

« Mais ça n'est pas possible, n'est-ce pas, si tu me dis qu'il ne se passe rien ! » Sa voix augmente et augmente, se transformant en un cri de colère pure. « Et tu m'as dit maintes et maintes fois qu'il ne se passait absolument rien ! » Il fait une pause. « Tu m'as regardé dans les yeux, et tu m'as menti, parce que depuis tout ce temps, tu as laissé ce putain de Lucius Malefoy te baiser ! »

Je me retrouve dos au mur, sanglotante.

« S'il te plait, s'il te plait, ne crie pas ! Ron, tu dois comprendre- »

« COMMENT POURRAIS-JE COMPRENDRE ? » il hurle. « Comment peux-tu… Comment peux-tu seulement y penser ? Ne sais-tu pas ce qu'il est ? »

« Bien sur que si ! » je crie soudain. « Tu sais ce qu'il m'a fait Ron, bien sur que je sais ce qu'il est- »

« ALORS COMMENT PEUX-TU LE SUPPORTER ? » il hurle, presque enragé. « C'est un monstre, un meurtrier, un malade… Pour l'amour de Dieu, Hermione, il a tué tes parents ! »

« Je sais ! » je souffle de désespoir. « Je sais. Je ne pourrais jamais l'oublier. »

Il se contente de me regarder d'un air incrédule, avant qu'il ne se tourne et s'éloigne de moi à grands pas.

« Je… je ne comprends pas ! » dit-il. « Comment peux-tu… comment peux-tu même… Il est assez vieux pour être ton père… »

Il apporte ses mains à son visage. Je sens mon cœur se couper en deux, et je pleure plus fort encore que je n'ai pleuré la nuit où j'ai appris que mes parents étaient morts, parce que… parce que, oh mon Dieu, je l'ai détruit aujourd'hui, je le sais.

Peut-être… Peut être que si je m'approchais de lui…

Mais il repousse vivement ma main et se tourne vers moi avec un regard de pur… de haine absolue

« Ne me touche pas ! » il siffle. « Tu es… tu es une saloperie de traitre, Hermione ! Je ne veux pas que tu me touches ! »

Et aucune gifle que Lucius m'a déjà donné, aucun sortilège Doloris que j'ai déjà enduré, ne m'a autant blessé que ces quelques mots.

Je couvre ma bouche avec ma main pour essayer d'arrêter le torrent de sanglots qui éclate en moi.

Ses propres yeux se brouillent et il s'écarte de moi.

« Ecoute-moi. S'il te plait, tu dois m'écouter… »

« Pourquoi ? » il demande, sa voix brisée par la fureur alors qu'il se tourne pour me faire face. « Pourquoi devrais-je écouter ce que tu as à me dire ? »

Je me force à continuer.

« Parce que tu dois comprendre » je murmure, les larmes coulant sur mes joues. « Tu dois savoir pourquoi… S'il te plait, écoute moi. Et lorsque j'aurai fini, tu pourras me haïr et me rayer de ta vie pour toujours, mais d'abord tu dois savoir pourquoi je fais ça. »

Il me fusille du regard un long moment, avant qu'il n'acquiesce sèchement, même s'il semble se forcer à ne pas hurler contre moi.

Je prends une grande inspiration, essayant de remettre un semblant d'ordre dans le fouillis qu'est devenu mon cerveau. J'ai besoin que les choses soient claires si je veux les lui expliquer…

Mais comment le pourrais-je, alors que j'ai moi même du mal à les comprendre ?

Le commencement. Commence par le commencement.

Je respire fortement, puis je commence.

« Lorsque j'ai été capturée… »

Mon Dieu, c'est si difficile de se rappeler ce qu'il s'est passé il y a déjà si longtemps, maintenant.

Combien de détails dois-je donner ? Dois-je lui expliquer comment il m'a transporté à travers les bois ? Ou comment il m'a forcé à m'ouvrir ma propre jambe ? La façon dont il ne pouvait pas me regarder dans les yeux après m'avoir torturé ?

Non, recommence.

« Lorsque j'ai été capturée, il m'a torturé pendant des heures et des heures » je murmure, ma voix ne tenant qu'à un fil. « Il avait besoin que je lui donne des réponses, et il a dû me les extorquer par la force. »

Ron semble vouloir dire quelque chose, mais il se retient. Je continue donc.

« Je lui ai demandé… je l'ai supplié maintes et maintes fois d'arrêter, mais il ne l'a pas fait. Il avait un travail à faire, et il m'a dit qu'en tant que Sang-de-Bourbe, je n'avais le droit d'attendre aucune clémence vis à vis de lui. Même si parfois… »

Je m'arrête un instant. Il a besoin de le savoir. Il le mérite.

« Parfois, je pensais voir quelque chose. Quelque chose dans ses yeux lorsque je lui demandais d'arrêter- »

Ron grogne d'une amère incrédulité.

« Il prenait certainement son pied » il marmonne. « Il prenait certainement son pied à torturer des jeunes femmes jusqu'à ce qu'elles le supplient- »

« Non ! » je dis désespérément. « Non Ron, tu dois écouter ! Ce n'était pas ça ! C'est comme s'il se sentait… comme s'il avait pitié de moi, presque. »

Il expire fortement, croisant les bras, me fixant avec un regard de pierre.

« Et alors, qu'est-ce qui a conduit à ce que je viens de voir ? » il demande. « Qu'est-ce qui a fait que tout a changé ? Il t'a dit qu'il arrêterait si tu baisais avec lui, c'est ça ? je ne serai pas étonné qu'il- »

« Non ! » je dis, même si mentir sur ce point aurait certainement été beaucoup plus facile et simple. « Non Ron, ce n'est pas ça. S'il te plait, écoute. Je sais qu'il ne… Je sais qu'il ne pensait pas à moi de cette façon. Pas au début, en tout cas. » Je sens mon visage s'empourprer, mais je continue. « Je le sais parce que… lorsque Bellatrix et Dolohov l'ont rejoint pour me torturer, Bellatrix a essayé de le convaincre… de m'enlever mes vêtements, mais il n'a pas voulu. Il a dit que ça le rendait malade rien que d'y penser, car après tout je ne suis qu'une Sang-de-Bourbe. »

« Non… » dit-il calmement. « Ne t'appelle pas comme ça. »

Un long silence se répand entre nous, alors qu'il regarde vers le sol.

Mais je m'accroche au fait qu'il ne me déteste pas assez pour m'appeler Sang-de-Bourbe. Pas comme Lucius, qui me déteste tellement qu'il ne se soucie pas de combien de fois il utilise ce mot lorsqu'il me parle.

« Bon, et alors ? » dit-il d'une voix serrée.

Je souffle. « Lorsque nous sommes arrivés ici… les choses ont changé. J'ai… j'ai réussi à mettre la main sur un couteau la première fois que nous sommes venus ici, et je… je l'ai poignardé avec. »

Il ne dit rien. Je m'étais attendu à ce qu'il réagisse, mais il semble obscurci par tout le reste.

Il ne me regarde même pas.

« Tout a changé avec ça » je murmure. « C'est pourquoi il m'a enfermé dans la cave. Il voulait me punir pour ce que j'avais fait… »

Je m'arrête, car c'est à partir de là que les choses cessent d'avoir du sens, même pour moi.

« Je… je ne sais pas quand les choses ont vraiment changé. Il était juste… il était tout le temps avec moi. »

Oh pour l'amour de Dieu, comment je peux lui expliquer ça ?

Il ne parvient toujours pas à me regarder.

« Je ne sais pas exactement comment ça a changé, ni quand. Mais ça a changé, et graduellement. De petites choses ont commencé à arriver. Il s'est mis… à toucher mon visage et mes cheveux. Et puis un jour, Dolohov est venu dans ma chambre, et… il a essayé, mais Lucius est venu me sauver. Il a dit que c'était parce qu'il ne voulait pas qu'un Sang Pur se mélange avec une Sang-de-Bourbe. Mais le lendemain, Voldemort a dit que je n'avais plus d'utilité, et il a donné à Lucius l'opportunité de me tuer. Mais il… il ne l'a pas fait. »

Ron me regarde alors. « Oh, il ferait tellement pour toi, n'est-ce pas ? » il marmonne furieusement. « Comme tuer tes parents par exemple. Oh, il ferait n'importe quoi pour toi- »

« Non Ron, écoute ! Il a vraiment fait ça pour moi ! » je dis. « Je sais que ça semble ridicule, mais il l'a fait pour me sauver. Je l'ai découvert plus tard. Voldemort lui a donné un choix : il a eu le choix de me tuer, ou alors de tuer mes parents. Je le déteste pour cela, au Dieu que je le déteste ! Mais il a tué mes parents pour… pour me sauver. »

Ron me lance un long regard dur, un de ceux qui montrent qu'il pense que j'ai perdu l'esprit, avant de plier les bras et de regarder sur le côté.

« Ce que tu as vu dans la Pensine, » je dis, me sentant claquer des dents, mais ça doit être dit, « cette scène où il m'a touché, avant de me frapper… Ca s'est passé juste après la nuit à la maison de tes parents, lorsqu'il m'a poursuivi à la place de Harry. C'est à ce moment là que j'ai commencé à comprendre- »

« Je vais te dire que je ne comprends pas » Il me coupe. « Dans ce souvenir… Mon Dieu, Hermione, j'ai pensé qu'il essayait de te violer. J'ai pensé en voyant ça, que tu ne voulais pas que je voie ces souvenirs parce qu'ils pourraient montrer qu'il t'a forcé. Pour l'amour de Dieu, il t'a battu après t'avoir touché ! Et tu t'es débattue… »

Il fait une pause pour respirer.

« Mais alors, quelques souvenirs plus tard, tu étais heureuse de le laisser avoir ce qu'il voulait, n'est-ce pas ? » dit-il, sa voix tellement misérable que ça me donne envie de recommencer à pleurer. « C'est toi qui l'a embrassé quelques minutes plus tard. Tu l'as presque poussé à- »

« Ce n'était pas ça ! » je crie, sentant les larmes brouiller mes yeux. « Non, je veux dire, oui, mais au début… Je ne le voulais pas au début. Mais… nous nous voyions tout le temps, et tout est devenu hors de contrôle, et je… Je te jure que lorsque ça a commencé, je veux dire vraiment commencé, l'initiative ne venait pas de moi. Ce n'était que de lui. J'ai même essayé de me débattre, mais… »

Je m'arrête. Je ne peux pas parler plus. Je ne sais pas comment je pourrais jamais l'expliquer, et même Lucius ne sait pas vraiment ce qu'il se passe.

Pendant de longs instants il se contente de me regarder, puis il se détourne de moi en reniflant bruyamment.

« Oh mon Dieu » il marmonne, sa voix se brisant. « Je savais… je savais que quelque chose… » il soupire en portant ses mains à son visage. « Vous devez bien rire de moi, vous deux. »

Mon cœur se brise avec ces mots.

Je me dirige vers lui, posant une main sur son épaule.

« Non » je murmure passionnément. « Non, Ron. Jamais. Je me hais pour ce que je t'ai fait, vraiment. »

Il hausse les épaules pour se débarrasser de ma main, me fixant avec des yeux humides et sombres de douleur.

« Et donc, où tout ça nous a mené ? » il marmonne.

Je réprime un sanglot, mordant ma lèvre. Un sanglot pour ce qui aurait pu être, pour ce qui a maintenant été ruiné à jamais.

« Ron, je suis si désolée. »

C'est tout ce que je peux dire.

« Tu sais » dit-il, « Durant tout le temps où j'ai été enfermé dans la douleur, l'obscurité et la misère, sais-tu ce qui me permettait de continuer, de tenir ? »

Je secoue la tête, non pas parce que j'ignore ce qu'il va dire, mais au contraire parce que je ne le sais que trop bien.

« J'ai tenu le coup, face à tout ce qui s'est passé, pour toi ! » il crie. « Et maintenant, je réalise que le seul morceau de bonté qui me restait dans ce monde, a été baisé par un salaud de Mangemort depuis je ne sais combien de temps ! »

« Je sais » je sanglote. « Je ne peux pas te demander de me pardonner, Ron. Mais moi aussi je me suis rattachée à toi. Tu étais la seule chose bonne dans mon monde, et je tenais à ça plus que tout au monde. J'ai essayé de me tuer plusieurs fois, mais j'ai tenu pour toi. Je ne pourrais jamais te dire à quel point tu comptes pour moi ! »

« Plus que lui ? » il demande, la voix serrée.

Et sans aucune hésitation, sans même réfléchir pour savoir si ma réponse est vraie ou pas, je hoche la tête. « Bien sur, plus que lui. Tu es tout ce que j'ai au monde ! Je me hais pour ce que je te fais. Je donnerais tout ce que j'ai pour ne pas te faire souffrir. »

« Tout ce que tu as ? » il demande amèrement. « Que Diable pourrais-tu me donner ? Il a tout pris de toi ! »

Et c'est vrai. Que Dieu me vienne en aide, que Dieu nous aide tous les deux, que Dieu nous aide tous, mais c'est vrai. Lucius a tout pris : mes parents, mon amour-propre, ma liberté…

Et maintenant, il a pris Ron. Non pas qu'il ne l'avait pas déjà fait, mais maintenant c'est officiel.

Ron me regarde. Il me regarde comme il ne m'avait jamais regardé. « Mon Dieu, qu'est-ce qu'il a fait de toi ? » il demande calmement. « Tu ne sais même plus ce qui est bon ou mauvais ! »

Je secoue à nouveau la tête, de nouvelles larmes coulant sur mes joues.

« Je veux dire… il est mauvais, pour l'amour de Dieu ! » il éclate. « Comment peux-tu même l'envisager, après tout ce qu'il a fait ? »

« Je ne sais pas » je murmure.

Et il pleure aussi. Il pleure presque aussi fort que je ne pleure.

Je ne l'avais jamais vu pleurer avant que l'on soit capturé.

« Et qu'en est-il de lui ? » il demande, sa voix tremblant sous la douleur. « Pourquoi lui ? Par Merlin, qu'est-ce qu'un monstre comme lui a à t'offrir ? »

Je mords ma lèvre, les larmes jaillissant de mes yeux. « Oh Ron, qu'importe ? »

« Ca importe » dit-il dans un murmure furieux. « Il t'a pris à… Je veux savoir ce qu'il a de spécial pour que tu le veuilles au point de négliger tout ce à quoi tu croyais. »

Je reste silencieuse, prenant de profondes respirations. Je ne veux pas lui dire. Mais je ne peux pas lui mentir à nouveau. Il ne mérite pas ça.

Mais je ferme les yeux. Je ne peux pas le regarder en lui disant ça.

« Ce n'est pas que je le veux. Ce n'est pas ça. C'est juste… Il m'a dit que je n'étais rien » je murmure. « Encore et encore, il n'a pas arrêté de me dire que je n'étais que de la saleté. Une Sang-de-Bourbe, une abomination, une erreur de la nature, un gaspillage. Il a travaillé jour et nuit afin de me faire croire cela. Il est arrivé à un point où… où j'ai failli commencer à le croire. »

C'est tellement difficile de traduire cela par des mots, mais je dois essayer. Il mérite de savoir.

« Mais… lorsque j'ai réalisé qu'il pourrait… qu'il pourrait vouloir quelque chose de moi… ça m'a fait… »

J'ouvre les yeux. Ron me regarde. Ses joues sont à nouveau mouillées.

Je ferme à nouveau les yeux, sentant la douleur m'accabler un instant, avant que je ne recommence à parler.

« Ca m'a donné l'impression de redevenir un être humain » je murmure. « Parce que, en cédant à ce qu'il ressent, il va contre tout ce en quoi il croit, juste pour moi. Et ça veut donc dire que je vaux quelque chose. »

J'ouvre les yeux. Il me regarde comme si je l'avais trahi de la pire des manières possibles et inimaginables.

« Je n'ai jamais cru que tu n'étais pas un être humain, Hermione. Je ne t'ai jamais vue comme un morceau de merde. Tu représentais pour moi plus que n'importe qui d'autre au monde ! »

Les larmes coulent de mes yeux. Oh mon Dieu, qu'ais-je fait ? Comment ais-je pu lui faire ça ?

« Je voulais prendre soin de toi » poursuit-il. « Chaque fois que je te voyais, je pouvais voir la peine et la douleur dans lesquels tu étais plongé. » Il avale un sanglot, et sa voix se fissure lorsqu'il parle à nouveau. « J'aurai donné n'importe quoi juste pour te débarrasser de cette douleur ! Pour l'amour de Dieu Hermione, je t'aimais ! Et tu peux dire que je suis naïf si tu veux, mais je pensais que tu m'aimais toi aussi ! »

« Oh, Ron ! » je gémis en essayant de toucher son bras à nouveau, mais il sursaute, s'éloignant de moi.

Et ça me brise le cœur. Parce que je rêvais depuis ma quatrième année à Poudlard de l'entendre dire ces mots, mais aujourd'hui je l'ai rejeté, je l'ai roulé dans la poussière, et tout ça pour quoi ? Un homme qui ne peut aimer personne, pas même son propre fils, et encore moins une Sang-de-Bourbe qu'il affirme haïr plus que tout au monde.

« Je t'aimais aussi, Ron ! » je murmure, ma voix remplie de larmes. « Je t'aime toujours ! »

« Si c'est vrai, alors pourquoi t'es-tu tournée vers lui, lui ! » Il secoue la tête incrédule. « Pour l'amour de Dieu, il est celui qui a ruiné ta vie ! »

« Je sais ! » je dis désespérément. « Je ne peux pas… C'est trop difficile à expliquer, Ron. Je sais que ça sonne comme si j'étais folle. Mais rien dans cette situation n'a jamais eu aucun sens, de toute façon. »

Il me regarde durant quelques instants, avant de se retourner en s'agrippant la tête de ses mains.

« Donc… » Sa voix est serrée. « Donc il… il t'amène ici chaque nuit, n'est-ce pas ? Il fait… tout ce que… » Ses mots sont coupés alors qu'il sort un bruit étrange d'étouffement, et il s'agrippe plus durement la tête. « Merlin, c'est juste… Tout ce que je peux voir, c'est lui qui te touche… Ce que j'ai vu dans la Pensine, c'est tellement… »

Il s'étouffe à nouveau, enveloppant son bras droit autour de sa tête.

« Oh mon Dieu ! » il halète.

Il se retourne pour me faire face à nouveau, les yeux brillant de larmes, alors qu'il secoue la tête dans une angoisse totale.

« Comment peux-tu supporter cela ? » il demande s'une voix tremblante. « Comment peux-tu supporter d'être traitée comme ça ? »

Je lui donne la seule réponse que je connaisse.

« Je peux tout supporter » je murmure. « Aussi longtemps que je t'ai avec moi. »

Je me dirige vers lui, lui tendant une main tremblante. Il ferme ses yeux et se tourne légèrement, mais il ne recule pas cette fois, alors que ma paume atteint son visage.

Je me sens sale. Chaque pore de ma peau suinte de honte.

« S'il te plait, Ron » je dis, ma voix se brisant sous le poids des larmes. « S'il te plait, ne me hais pas. »

Il se tourne vers moi. « Je ne te hais pas, Hermione » il murmure. « Je déteste ce que tu fais, et je le hais lui, mais… comment pourrais-je… » Il prend une profonde inspiration. « Ce n'est pas ta faute » il marmonne fermement. « Je te connais. Tu n'aurais jamais volontairement couché avec un Mangemort, pas dans des circonstances normales. C'est uniquement de sa faute, je le sais. »

« J'avale durement. « Ron, je- »

La porte s'ouvre.

Et juste pour bien empirer les choses, merci beaucoup mon Dieu, Lucius rentre dans la chambre.

Il se gèle lorsqu'il aperçoit Ron, ses yeux s'élargissant dans un premier temps, avant de se rétrécir ensuite.

« Que Diable fait-il ici ? » il demande furieusement.

C'est alors que Ron se retourne, ses joues perdant toute couleur alors qu'il fait face à l'homme qui lui a tout pris.

« Vous… vous… » il bafouille, avant qu'il ne s'avance vers Lucius, le poing levé. « ESPECE DE SALOPARD DE PERVERS ! Je vais vous tuer, JE VAIS VOUS TUER- »

-Bam-

Lucius recule, se cramponnant le nez après avoir reçu le poing de Ron en pleine figure.

« Vous avez ce que vous vouliez, hein, espèce de SALAUD ! » hurle Ron. « Comment osez-vous, comment OSEZ-VOUS- »

« Impedimenta ! »

Ron est rejeté vers l'arrière, faisant un vol plané avant de percuter le mur derrière lui, hurlant de douleur.

« Ron ! » je crie, mais Lucius m'attrape par le bras, m'attirant durement vers lui.

Alors que je me retrouve face à lui, tout ce que je peux voir est de la fureur solidifiée sur son visage de marbre.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? » il demande, la voix un peu plus forte qu'un chuchotement, semblant serrée par la peur.

Je me contente de le dévisager, sentant mes lèvres bouger alors que j'essaye de lui expliquer, mais je ne peux pas, je ne peux pas.

Il me secoue furieusement alors que je ne lui réponds pas.

« Par Merlin, répondez-moi ! »

« Je vais vous dire » j'entends une voix derrière moi.

Lucius et moi nous retournons tous les deux pour voir Ron se remettre sur pieds, le visage rouge de colère.

« Et bien » Lucius dit d'une voix trainante sur un ton malicieux, mais une intonation d'acier le traverse. « Je me sens obligé de vous informer, Weasley, que ce n'est pas à vous que je parlais, et c'est bien impoli de s'introduire dans la conversation d'une autre personne- »

« TAISEZ-VOUS ! » hurle Ron, sa voix se transformant en un râle de haine absolue. « Je sais tout, d'accord ? Je sais ce qu'il se passe entre vous deux. Alors ne prenez pas cet air supérieur avec moi, espèce de salopard ! »

Oh non, je ne sais pas si la situation pourrait être pire. Ron sait, Lucius sait qu'il sait, et seul Dieu sait exactement qui va souffrir de tout cela…

J'ose un regard vers Lucius. Son visage est d'un blanc nacré, un muscle pulsant dans sa joue, et ses yeux sont grands et énormes.

« Comment… comment pouvez-vous… ? »

Ses yeux se baissent, et ils se rétrécissent de fureur alors qu'ils viennent se poser sur mon visage.

Il se saisit de mon bras et me tire vers lui, me secouant durement.

« Comment l'a-t-il appris ? » il demande, sa voix sifflant à travers ses dents serrées.

Je le regarde. « Je… »

Ses yeux sont plein de rage. « Bon Dieu, qu'avez-vous fait ? Idiote, comment a-t-il… »

Ses paroles se meurent dans le néant, et il lève sa main pour me frapper au visage. Je crie et je glisse, tombant de ses bras jusqu'au sol.

« Petite salope stupide ! » il siffle. « Comment Diable a-t-il- »

« Laissez-la TRANQUILLE ! » hurle Ron. Je sens un poids chaud sous mon bras, m'aidant à me relever. Je lève les yeux, et je peux voir Ron, mon cher Ron, qui m'aide à me remettre sur pieds. « Ce n'était pas de sa faute ! Si vous voulez en vouloir à quelqu'un, vous devriez vous en prendre à votre idiot de fils ! »

Le visage de Lucius perd l'infime petite quantité de couleurs qu'il avait encore. « Qu'entendez-vous par là ? »

Ron rit amèrement. « Oh ne vous inquiétez pas, il ne sait pas ! Pas que je le sache, en tout cas. Mais c'est de sa faute si je suis ici. Il est venu ici lorsque j'étais en train de nettoyer le couloir, et lorsqu'il a quitté la pièce, il a oublié de verrouiller à nouveau la porte. »

Lucius se contente de nous regarder l'un l'autre, et je peux voir son esprit travailler derrière ses yeux sans fond.

Je sais ce qu'il se demande : J'y aurai moi même pensé si je n'étais pas si préoccupé par tout le reste. Pourquoi Drago est venu fouiner dans la chambre de son père ?

Bon, bien sur je sais pourquoi. Il est suspicieux. Il l'est depuis longtemps, maintenant.

« Et lorsque je suis arrivé ici, j'ai réalisé que vous aviez laissé votre placard ouvert » dit Ron triomphalement, presque souriant. « Lucius Malefoy, le grand stratège, qui fait une erreur aussi simple que de laisser une chose aussi importante sans surveillance, à la portée de n'importe qui- »

En un quart de seconde, Lucius soulève sa baguette de colère, et Ron halète quelques secondes.

« Je ne m'attends pas à ce que vous compreniez mes actions » chuchote Lucius. « Après tout, ce n'est pas comme si vous aviez le cerveau de la Sang-de-Bourbe, n'est-ce pas ? »

Les poings de Ron se serrent. Je tends ma main et la pose sur son bras.

Les yeux de Lucius bougent jusqu'à ma main, juste durant une seconde, avant qu'ils ne se reposent sur Ron.

« Avery m'a subitement appelé » il marmonne. « Je ne pouvais pas verrouiller la porte du placard sans lui montrer que j'avais quelque chose d'intéressant à cacher ici. »

J'en ai le souffle court. Alors il pense que nous avions raison d'être inquiet au sujet d'Avery. Je commençais à croire que j'étais la seule à le penser.

Parfois j'ai l'impression que Lucius et moi avons un couteau en équilibre au dessus de nos têtes : un seul faux mouvement pourrait nous couper en deux.

Ron secoue la tête sous l'exaspération. « Ca n'a pas d'importance ! » il crie. « La façon dont je l'ai découvert n'est pas important, c'est ce que j'ai appris qui est important ! »

Les lèvres de Lucius se recroquevillent un peu, mais je peux voir son esprit travailler furieusement derrière le gris froid de ses yeux.

« Oui, vous savez » dit-il tranquillement. « Mais vous ne vous en souviendrez pas, je vais m'en assurer. »

Non. Non, il ne peut pas faire ça aussi à Ron. Je ne le laisserais pas faire.

Je me place entre Ron et Lucius, fixant Lucius malgré sa baguette levée et son visage furieux.

« Que Diable pensez-vous faire ? » il me demande, incrédule.

« Vous ne pouvez pas lui jeter un sort d'Oubliettes » je dis aussi stable que je peux. « Je ne vous laisserais pas faire. »

« Avez-vous complètement perdu l'esprit ? » il me siffle furieusement.

« Non » je réponds platement, même si mon cœur bat si fort qu'il fait trembler mes mots. « Il ne mérite pas ça, Lucius. Ecoutez juste ce qu'il a à dire, s'il vous plait ! »

« Et pourquoi devrais-je faire ça ? »

Ron se place devant moi. « Vous allez m'écouter, salaud ! Si vous ne voulez pas que je crie au monde entier ce que je viens de découvrir, alors vous allez devoir m'écouter ! »

Lucius lève à nouveau sa baguette. Ron sursaute, mais il reste où il est, fixant Lucius qui baisse lentement, très lentement sa baguette, essayant de garder sa respiration régulière.

« Très bien » il marmonne venimeux. « Mais soyez rapide. »

Ron le regarde avec un dégout absolu, avant qu'il ne parle finalement.

« Vous êtes malade » il marmonne. « Vous êtes tordu. Vous… Vous… »

Il lutte un instant, le visage contorsionné.

Lucius laisse échapper un ricanement.

« Oui ? » dit-il de sa voix trainante, et Ron explose.

« TAISEZ-VOUS ! » il hurle.

Lucius se contente de lever un sourcil, en prenant une profonde inspiration. « Dites ce que vous avez à dire, Weasley » il marmonne.

Il paraît presque résigné. Comme si rien de ce que Ron pouvait lui dire ne serait nouveau pour lui.

Ron lui lance un regard meurtrier avant qu'il ne commence à parler, sa voix lancinante de rage.

« C'est quoi votre problème ? » il demande. « Elle est… Pour l'amour de Dieu, elle est assez jeune pour être votre fille ! »

Les doigts de Lucius se crispent, mais il réussit à garder son visage impassible.

« Vous êtes dégoutant ! » Ron siffle.

Lucius respire un petit rire.

« Si direct, Weasley » dit-il d'une voix trainante alors qu'il s'approche de moi, plus près, avant de passer juste derrière moi. « C'est incroyable de voir à quel point la jalousie peut nous inciter à faire des choses aussi faibles. »

Ron fixe Lucius comme s'il ne pouvait pas en croire ses oreilles.

« Faibles ? Est-ce que vous vous entendez ? » Sa voix monte dans les aigus. « Regardez ce que vous avec fait pour elle ! Elle a à peine dix-huit ans ! Prenez-vous plaisir à profiter des adolescentes ? »

J'entends le souffle dur de Lucius mais je n'y fais pas attention. Tout ce que je peux ressentir, est à quel point il est proche maintenant, comment il se tient derrière moi, comment je peux sentir son poids chaud sur mon épaule, sa respiration sur mon cou.

« J'ai bien peur que vous la surestimez » il murmure, et oh mon Dieu, oh mon Dieu, je sens sa main me caresser l'épaule, venant finalement emmêler ses doigts dans mes cheveux, et les poils de mon dos se redressent alors que son souffle patine sur ma joue.

Lucius souffle un petit rire, et je ne peux pas en supporter plus. Je ne peux pas supporter la vue du visage blême de Ron. Je ferme donc les yeux.

« Je ne profite de personne. » Le murmure de Lucius est chaud sur ma peau. « Vous voyez, elle accueille chaleureusement ce que je lui fais. »

J'entends un cri de rage étranglé, puis un mouvement soudain, et j'ouvre les yeux pour voir le poing levé de Ron, et le bras libre de Lucius dépasser mon épaule, la baguette pointée sur Ron, dont les yeux scintillent tandis qu'il baisse sa main.

Un petit rire s'échappe de la gorge de Lucius alors qu'il abaisse sa baguette. « Ah, le courage éternel des Gryffondor- »

« Je vais vous tuer, Malefoy ! » La voix de Ron est épaisse de colère alors qu'il l'interrompt. « Je jure devant Dieu que je vais vous tuer ! Comment oses-vous la toucher ? »

Lucius rit sombrement et tranquillement : un petit rire des plus cruel.

« Je ferais ce que je veux avec elle, Weasley ! » dit-il triomphalement, et il dépose ses doigts autour de mon cou, les laissant courir sur ma peau. Je ferme les yeux pendant une seconde, avant de les rouvrir rapidement. C'est trop cruel, ce n'est pas juste, il ne peut pas !

Mais Lucius continue impitoyable. « Je peux faire tout ce que je veux d'elle, et il n'y a rien que vous puissiez faire ! »

« Elle. N'est. Pas. A. VOUS ! » Ron semble presque s'étrangler de rage. « Ne vous avisez pas de la toucher ! Vous n'êtes pas digne de toucher un seul cheveu de sa tête ! »

Mais Lucius se contente de rire. L'agonie de Ron est très amusante pour lui. Le salaud, le salaud, il sait qu'il a gagné, n'est-ce pas ?

« Mais si elle est à moi » il chuchote presque, « ça veut dire que je peux la toucher, » ses doigts serpentent vers le bas, « où je veux, chaque partie de son corps. »

Non. Ca va trop loin, beaucoup trop loin.

Je m'arrache de l'emprise de Lucius, me retournant pour lui faire face, debout à côté de Ron, parce qu'il doit savoir que je suis de son côté.

« Je ne suis pas à vous ! » je siffle.

Mais il se contente de me regarder, un sourcil levé, sa bouche légèrement tordue.

« Oh, ma petite Sang-de-Bourbe » il murmure. « Allez-vous m'abandonner ? Pour lui ? »

Je ne peux pas répondre. Je me contente de rester là, la bouche légèrement ouverte alors que je me tiens devant l'homme qui a ruiné ma vie.

Je ferais n'importe quoi pour être capable de l'oublier, ainsi que la douleur qu'il me cause.

Son sourire s'élargit légèrement. Un sourire pervers, conspirateur.

Il tend la main.

« Allons, Sang-de-Bourbe » il murmure. « Vous savez que vous avez besoin de moi. Il ne vous comprend pas comme moi je le peux. Il ne peut pas vous offrir la protection que je peux vous offrir. »

Mais maintenant, tout ce que je peux sentir est de la haine pour lui, et sur la façon dont il a détruit tout ce que Ron et moi avions partagé.

Je recule. « Vous êtes ignoble » je murmure.

Son sourire s'élargit, mais disparaît alors lorsque Ron se place à côté de moi, posant une main sur mon bras.

« Elle vous connait pour ce que vous êtes, Malefoy » grommèle furieusement Ron. « Ne soyez pas fou au point de croire qu'elle pourrait… qu'elle pourrait vous aimer, car ce n'est pas le cas. Elle vous hait- »

« Et pourtant, elle me veut » dit Lucius, sa voix débordant de malice. « Elle peut bien me détester plus que tout au monde, mais elle a besoin de moi plus qu'elle n'aura jamais besoin de vous. Et elle le sait. »

C'est… cette situation est insupportable.

J'ai besoin de sortir d'ici. J'ai besoin de me libérer de lui. Mais je ne peux pas vivre lorsqu'il est loin de moi.

Ron s'empare de ma main, me tournant pour que je lui face face. « J'ai besoin que tu me dises la vérité, Hermione » il marmonne rapidement. « Tu es libre de… d'être avec lui, si tu le souhaites, mais ne me mens pas. Pas encore. »

J'avale la culpabilité qui me ronge la poitrine, et je hoche la tête, attendant ce qu'il a à me dire.

« Est-ce qu'il dit la vérité ? » il demande, comme s'il avait peur de ce que ma réponse pourrait être.

J'ouvre la bouche, mais je ravale ma réponse automatique. Ne me mens pas, il a dit. Ne me mens pas.

Comment puis-je lui répondre sans lui mentir ou le faire souffrir ?

J'ose un coup d'œil vers Lucius pendant une fraction de seconde. Il me regarde intensément, attendant ma réponse, même s'il doit déjà la connaître de toute façon.

Je tourne mon visage vers Ron, dont le visage est lumineux de désespoir.

« Tu n'as pas besoin de lui » il murmure. « Il ne peut pas te protéger, pas vraiment. Il peut juste utiliser ça comme une excuse pour te faire faire ce qu'il veut ! »

Je regarde son visage honnête, et je me demande pourquoi Diable je le laisse tomber pour Lucius, qui me ment à chaque minute de chaque heure, tout ça parce que la vérité horrible de la situation est trop dure pour qu'il puisse y faire face.

« Sang-de-Bourbe. »

Oh, pourquoi ce mot a-t-il une telle emprise sur moi ? Pourquoi ces trois petites syllabes trainantes me clouent définitivement mon âme, au point que je leur réponde presque involontairement ?

Je me tourne pour lui faire face, son regard perçant plongeant dans mes yeux comme s'ils étaient de simples vitres de verre lui montrant chaque petits détail de mon âme. Il utilise la Legilimencie sur moi. Ca fait un moment qu'il n'avait pas fait ça. Il me connait trop bien pour avoir à le faire depuis quelques temps.

« Est-ce que vous allez me rejeter, Sang-de-Bourbe ? » il demande, la voix douce.

Je sens mon visage se remplir de larmes à nouveau.

Il sait. Il me connaît trop bien. Je sens la main invisible de la Legilimencie se retirer de mon esprit alors qu'il laisse apparaître le plus petit des sourires.

« Vous voyez Weasley, elle veut m'obéir » il murmure, ses yeux ne quittant pas les miens. Ses paroles me sont destinées, uniquement destinées.

Je sens les doigts de Ron se crisper sur mon bras.

« Hermione » il murmure d'une voix tremblante. « Tu n'as pas à faire ce qu'il dit. »

Ses yeux sont si féroces qu'ils sont flamboyants. Il prend mon visage dans ses mains.

« Il ne te possède pas » il murmure à nouveau. « Tu ne lui appartient pas. »

Je veux être qui ? Est-ce que je veux être Hermione, ou est-ce que je veux être Sang-de-Bourbe ?

Je n'aurai jamais pensé connaître le jour où je réfléchirais à une telle décision.

Une unique larme coule sur ma joue. Une larme pour Ron, une larme pour la situation. Une larme pour moi même.

Les yeux de Ron suivent le trajet de ma larme, progressant sur ma joue et jusqu'à mon menton. Son visage se durcit et il se tourne vers Lucius avec un regard de haine absolue.

« Pourquoi ne la laissez-vous pas seulement partir ? » demande Ron furieusement. « Pour l'amour de Dieu, que voulez-vous d'elle ? Regardez ce que vous lui avez fait ! Elle ne mérite pas cela ! »

L'expression de Lucius reste froide, mais si je regarde de plus près, je peux apercevoir l'obscurité ramper dans ses yeux.

« Je n'ai pas à me justifier auprès de vous, Weasley. »

Ron secoue la tête, en criant presque. « Que voulez-vous ? » il demande. « Vous voulez qu'elle vous aime, c'est ça ? Personne ne peut aimer quelqu'un qui les abuse. Et c'est ce que vous faites, Malefoy, ne vous leurrez pas ! »

Lucius respire un rire moqueur. « Et vous savez tant de choses sur la façon de rendre les femmes amoureuses de vous, n'est-ce pas ? »

Le visage de Ron devient rouge brique alors qu'il serre ses poings.

« Arrêtez ! C'est assez ! » je dis à Lucius, ma voix se fissurant, mais il m'ignore. Il s'approche plus près de Ron, qui le fixe d'un air de défi.

« Ne prétendez pas m'apprendre quelque chose sur la Sang-de-Bourbe, Weasley » grommelle malicieusement Lucius. « Je la connais bien plus que vous. Je connais… » Il s'arrête, faisant courir sa langue sur ses dents, « chaque petite partie d'elle. Des parties que vous ne connaitrez jamais. »

Le poing de Ron vole soudain vers le visage de Lucius, mais il est trop rapide cette fois. Il esquive, jetant son propre poing dans l'estomac de Ron, trop rapide pour lui, beaucoup trop rapide.

Ron se plie en deux, tombant au sol, et Lucius le frappe encore et encore, et Ron hurle et crie, et oh stop, je ne peux pas le supporter, c'est tellement injuste !

« Laissez-le tranquille ! » je crie, me cramponnant à Lucius en essayant de l'éloigner, mais il le frappe à nouveau.

« J'ai été bien trop patient avec vous, Weasley ! » il siffle venimeux. « Croyez-moi, si cela n'avait tenu qu'à moi, je vous aurais tué à la seconde où je vous ai vu pour la première fois poser votre main sur elle ! »

Je me jette sur lui, jetant mes bras autour de son cou afin de le faire basculer vers l'arrière, comme je l'avais fait pour Dolohov.

Il se débat, me jetant loin de lui, les yeux flamboyant de fureur.

« Merde, mais qu'est-ce qui vous prend ? »

Sa main s'envole vers mon visage dans une gifle.

Je tombe au sol.

Oh…

Oh.

Je commence à pleurer. Je pleure parce que Ron est toujours étouffé par la douleur. Je pleure parce que Lucius ne m'avait pas frappé depuis un bon moment maintenant, et j'avais pensé qu'il avait arrêté de le faire. Je pleure pour ce que j'ai fait à Ron, et à moi même.

Je pleure parce que ma joue me brule.

Est-ce que tout cela en vaut la peine ?

Lucius regarde sa main et déploie ses doigts d'un air incrédule.

Ron se remet lui même sur pieds, fixant Lucius de façon meurtrière en prenant de profondes respirations. Un mince filet de sang coule du coin de sa bouche, et son œil est noirci.

« Oh oui, Malefoy » il marmonne amèrement. « Vous vous souciez tant d'Hermione que vous la frappez sans même y réfléchir. Et vous prétendez qu'elle ressent quelque chose pour vous ? C'est totalement faux. Comment une personne pourrait ressentir quelque chose pour quelqu'un qui la traite comme vous le faites ? »

Je pourrais répondre à la question de Ron si je le voulais. Mais le faire chasserait immanquablement la petite once de consolation qu'il ressent, et ça je ne veux pas, hors de question.

Lucius prend une grande inspiration par le nez, me regardant droit dans les yeux pendant de douloureux moments, avant qu'il ne se tourne vers Ron. « Je n'ai jamais dit que je me souciais d'elle » dit-il calmement.

Je cligne des yeux. Ca fait mal.

Ron grogne d'un rire plein de ressentiment.

« Pensez-vous vraiment que ça changerait quelque chose ? » Il secoue la tête. « Vous êtes un salopard, Malefoy. Un jour je vous tuerai, je le jure. »

Je m'attends à ce que Lucius fasse entendre un rire moqueur. Je sais que c'est ce qu'il ferait dans des circonstances normales. Mais alors que je le regarde, je réalise qu'il sait qu'il ne s'agit plus du tout d'un jeu. Il a toujours adoré jouer avec les émotions de Ron, mais il est passé au dessus de ça maintenant. C'est devenu bien trop compliqué entre nous trois.

« Vous voudriez que je meure, Weasley » il marmonne avant de se tourner vers moi. « Mais ce que vous devez vous demander c'est : est-ce que vous désirez qu'elle meure ? »

Les yeux de Ron s'assombrissent. Il ne peut pas… Il ne peut pas vouloir dire…

Ses yeux sont vides de couleur.

« De quoi parlez-vous ? » chuchote Ron d'une voix vacillante.

Mais heureusement, la réponse n'est pas celle à quoi je m'attendais.

« S'il vous vient à l'idée de dire à quelqu'un d'autre ce que vous avez découvert aujourd'hui, » murmure Lucius, ses yeux plongés dans les miens, « alors votre souhait sera sans aucun doute exaucé. Je mourrais immédiatement, peut être même des propres mains du Seigneur des Ténèbres. » Il prend une profonde inspiration, les yeux très sombres. « Mais ce serait également la fin de votre amie Sang-de-Bourbe. Car il n'y aurait pas que moi qui serait puni. Même les Moldues violées par des Mangemorts ne sont pas gardées en vie dans notre monde. »

Et je sais qu'il ne ment pas. Je le sais à cause de ce que Dolohov a dit avant de mourir. Le fait que Lucius avait dû tuer une femme Moldue que Rookwood avait mise enceinte, avant qu'elle ne puisse donner naissance à un petit Sang-Mêlé.

Les yeux de Ron sont transpercés de peur.

« Ils ne feraient pas- »

« Ils le feraient » l'interrompt catégoriquement Lucius. « Et ils n'hésiteraient pas une seconde à le faire. Dans tous les cas, elle aurait encore plus de chances que moi de mourir de leurs mains. Et je suis déjà certain que je mourrai. » Il s'interrompt, un léger tic faisant tressaillir sa joue. « C'est une certitude absolue. »

Tout ça me frappe alors de plein fouet. C'est tellement… tellement dangereux. Dieu seul sait ce que nous ferons si nous sommes découverts.

Tout va prendre fin. Même si Ron décide de garder le silence, il faut que ça s'arrête, maintenant.

C'est tout. Je l'ai décidé. Ca se terminera ce soir, d'une manière ou d'une autre.

Après ce qui semble être une éternité, Lucius cligne des yeux et se tourne pour faire face à Ron, le visage figé et pragmatique.

Mais il y a un petit éclat d'urgence, de désespoir, qui coure dans sa voix.

« Alors Weasley ? » il murmure. « Allez-vous prendre votre revanche sur moi, et envoyer votre précieuse Sang-de-Bourbe à sa perte, ou allez-vous décider de garder notre… secret… pour nous ? »

Le regard que me lance Ron est presque accusateur. Et ce n'est pas étonnant. Je l'ai trahi de la pire des manières possibles, et maintenant j'ai le culot de lui demander son aide.

Mais… Mais j'ai besoin de son aide. S'il ne veut pas nous aider, alors ça signifiera la fin pour nous deux.

Je me contente de regarder Ron, mon esprit bouillonnant face au simple petit mot que je rêve de prononcer, mais que je n'ai tout simplement pas le courage de dire…

S'il te plait.

Il cligne des yeux, et comme si chaque mouvement était un effort considérable pour lui, il finit par hocher la tête.

« Je ne dirais rien » il marmonne.

J'ai presque envie de sourire de soulagement, mais je ne le fais pas. Mes yeux se contentent de se fermer dans une prière silencieuse, avant que je me souvienne que je ne crois plus en Dieu.

Désolé, je ne crois plus en vous. Je vous ai oublié.

J'ouvre à nouveau mes yeux, la respiration lourde. Ron me regarde pendant quelques secondes, ses yeux menaçant de déborder, avant qu'il ne se tourne vers Lucius.

« Mais je me tairai pour elle, pas pour vous » il murmure. « Croyez-moi, un jour, lorsque tout ça sera fini, je vous tuerai pour ce que vous avez fait, Malefoy, je le jure. »

Lucius lève les yeux au ciel, un soupir de soulagement à peine audible.

« Si vous le dites, Weasley. » Il se dirige vers la porte. « Maintenant, venez. Vous devez regagner votre chambre. Bellatrix et Avery vont certainement bientôt vous chercher, et ça serait suspicieux que vous ne soyez pas dans votre chambre. »

Ron le fusille du regard. « Et pourquoi devrais-je faire ce que vous me dites ? Au cas où vous l'auriez oublié, vous me devez beaucoup, Malefoy- »

Lucius se tourne, pointant directement sa baguette sur le visage de Ron, sa propre expression dure d'une colère contenue.

« Je sais que vous n'avez aucune envie de faire ce que je vous dis » il marmonne avant d'empoigner le bras de Ron « Et c'est pourquoi je ne vous donne pas le choix. Si vos geôliers trouvent votre chambre vide, ils vont vous chercher. Et je ne peux pas me permettre que leurs recherches les mènent jusqu'ici. »

Il retire une petite clé de ses vêtements en tenant toujours le bras de Ron, avant qu'il ne se tourne vers moi.

Son visage n'a aucune expression. Peut être qu'il ne se soucie pas de ce qu'il vient de se passer, après tout.

Bien. Ca rendra alors certainement la chose plus facile lorsque je lui dirai que je mets fin à la situation…

Mais comment puis-je y mettre fin ? Comment vais-je commencer ?

Mais je dois le faire, je le dois.

« Attendez ici mon retour, Sang-de-Bourbe » dit-il froidement.

Et il n'y a soudain plus que le vide de la pièce alors qu'ils disparaissent dans les airs.