« Ô rose, tu dépéris

L'insecte invisible

Qui vole la nuit

Dans le vent qui mugit,

A découvert ton lit,

De joie empourprée,

Et son amour secret et caché

Ronge et détruit ta vie. » - William Blake, La Rose Malade

Chapitre 34 Irrémédiable

'Vous ne vous éloignerez pas de moi. Je suis damné si je vous laisse vous échapper. Je ne vous laisserais jamais partir, vous m'entendez ?'

Ces mots. Ces mots qui datent déjà d'il y a si longtemps. Ces mots me donnent encore des cauchemars.

Bien que tout ce qu'il a dit cette nuit là s'est brouillé et déformé au fil du temps, ces mots restent néanmoins clairs dans ma mémoire. Il ne m'a pas laissé partir. Il le savait tout comme il le sait maintenant, même s'il ne comprenait même pas pourquoi.

Il ne mettra pas fin à ce qu'il se passe entre nous juste parce que Ron est au courant. Je le sais. Parce qu'il sait très bien que Ron gardera le secret pour moi.

La tache me revient donc.

Mais comment vais-je pouvoir y mettre fin ? Comment pourrais-je jamais y mettre fin ?

Me laissera-t-il seulement faire ?

Il ne me laissera pas faire si ce qu'il m'a dit il y a déjà si longtemps, est toujours vrai pour lui.

Et d'ailleurs, pourquoi ça ne serait pas ? Il n'y a rien qu'il a dit ou fait depuis, qui aurait pu indiquer le contraire.

'Vous ne vous éloignerez pas de moi… '

Peut être… Peut être que c'est le seul moyen pour sortir de cette situation. La seule solution irrévocable pour moi, pour nous deux.

Je ferais plaisir à Ron aussi. Il ne voudra probablement plus jamais me revoir, pas après ce que je lui ai fait.

Une larme ravage ma joue au souvenir du visage de Ron, mais je la chasse avec colère. Je ne peux pas m'apitoyer sur mon propre sort. Je ne mérite pas de pitié. Je suis responsable de ce qui m'arrive.

'Vous êtes responsable de tout cela, Hermione…'

Lucius avait raison. J'ai dû faire quelque chose pour qu'il me désire autant, au point qu'il aille à l'encontre de tout et n'importe quoi pour moi.

Ca doit être de ma faute. Je ne peux pas l'accuser de tout.

Mais… Mais je n'ai jamais essayé… Je n'ai jamais voulu que les choses prennent cette tournure ! Et ce n'est pas comme si je n'avais pas essayé d'y mettre fin. J'ai essayé d'innombrables fois. Mais il est toujours là, à me garder sous son emprise, même s'il m'a dit maintes et maintes fois qu'il ferait n'importe quoi pour être en mesure de mettre fin à ce qu'il se passe entre nous.

N'importe quoi, sauf me laisser partir.

'Je suis damné si je vous laisse vous échapper…'

C'est paradoxal. Un véritable paradoxe.

Un Sang Pur supremiste qui couche avec une Sang-de Bourbe. Un mari et un père incapable d'aimer. Un monstre au cœur de pierre couplé d'un aristocrate incroyablement élégant.

Je veux dire, regardez cette chambre. C'est magnifique. Si richement décoré. Il se soucie beaucoup des apparences, utilisant tous les petits subterfuges pour montrer son raffinement, et pourtant son âme est si noire et si tordue qu'elle est certainement la plus laide que j'ai jamais rencontrée dans ma vie.

'Vous ne vous éloignerez pas de moi…'

La noyade est l'une des meilleures façons pour mourir. C'est ce que les gens disent.

Mais comment puis-je croire à ça ? J'ai failli me noyer à deux reprises depuis que j'ai été capturée, et je ne pourrais jamais dire que l'une ou l'autre de ces expériences ait été des plus agréables.

Par ailleurs, la dernière fois que j'ai essayé… Il m'a arrêté encore une fois… Il m'a sauvée…

Juste avant d'avoir essayé de me noyer lui même.

'Je ne vous laisserais jamais partir…'

Je pourrais essayer la pendaison. Ca pourrait fonctionner. Je pourrais utiliser mes draps du lit et les tordre en un genre de corde…

Mais non. Il n'y a rien à quoi je puisse me pendre…

Et je ne peux pas à nouveau couper mes poignets. Je ne pense pas que j'en serais encore capable. Mes poignets ont été coupés à deux reprises, et à chaque fois ça a fait si mal que… Je ne pense pas que je pourrais le faire à nouveau.

Alors je suis coincée. Piégée dans cette horrible relation sans lendemain avec lui…

Ce n'est pas une relation, de toute façon.

Je m'accroupis au sol, me tenant durement les cheveux et essayant désespérément de calmer la palpitation douloureuse que je ressens en moi.

Parfois, je pense que le seul vrai bonheur que je puisse imaginer, c'est de mourir.

Comment puis-je faire ça à Ron ?

Je n'avais jamais vu quelqu'un avoir le cœur brisé avant ce soir. La façon dont il m'a regardé… avec un regard trahi…

Il ne me fera jamais plus confiance. Il ne sera probablement jamais plus capable de me regarder.

Des sanglots nerveux m'envahissent, des larmes coulant sur mes joues, avant que ces sanglots n'atteignent ma gorge et sortent de ma bouche, et je m'étouffe alors dans ma propre misère, me balançant d'avant en arrière sur mes talons.

Oh mon Dieu. Tout est gâché ! Tout ce qui aurait pu être entre Ron et moi est perdu à jamais. L'amour, l'amitié… peut être même le mariage, les enfants que nous aurions pu avoir, les anniversaires de famille, les fêtes de Noël… tout est parti.

Des doigts. Des doigts chauds se posent sous mon menton, relevant mon visage.

Je ne l'ai même pas entendu rentrer.

Je regarde son visage. Je n'ai pas le choix…

Mais ais-je jamais eu le moindre choix ?

Je regarde vers son visage, et je souhaiterais vraiment être morte. Son visage cruel, haineux et pale est tout ce qu'il me reste au monde maintenant. Je ne peux plus m'accrocher qu'à lui, parce que si je ne m'accroche pas à lui, tout ça aura été vain. J'ai tout perdu à cause de lui, et je n'ai donc maintenant pas d'autre choix que de me raccrocher à lui, pour que tout ça en vaille la peine…

Ce n'est pas une obligation. Tu peux vivre sans lui. Tu sais que tu le peux.

Je ne sais plus rien. Mon esprit, autrefois si rempli de connaissances, est vide. Tout ce qui le rempli à présent est de la matière grise toute simple.

Tout ce que je sais est ce que je ressens. La pensée ne me vient plus naturellement.

Son visage est tendu. Il est en colère, mais c'est une colère calme et contenue. Plus précisément, il n'est pas en colère contre moi.

Oh, qu'importe ? Est-ce que tout ça a une importance ?

Il tend sa main, essuyant mes larmes de son pouce.

Mon Dieu, pourquoi fait-il cela ? Pourquoi me laisse-t-il croire qu'il peut être capable de sentiments réels ? C'est tellement injuste, parce que je sais qu'il ne peut pas aimer, pas même un petit peu, mais il fait toujours des petites choses comme ça, comme lorsqu'il s'endort avec son bras autour de moi…

Tout spectacle de bonté ou de… d'affection de sa part, n'a jamais réussi à atteindre réellement mon cœur. Parce que ca ne peut être que de la fausse affection, des mensonges sur ce qu'il ressent.

Il bouge son pouce pour le reposer sur mon menton, et il se contente de me regarder pendant un long moment, me fixant comme s'il faisait tout pour me comprendre, mais il ne peut pas, peut importe les efforts qu'il fait dans ce sens. C'est le regard féroce de la détermination, de la concentration, mais du désespoir ultime que vous ressentez lorsque vous êtes poussé contre un mur de briques infranchissable.

Finalement, il prend une grande inspiration par le nez.

« Vous m'avez dit une fois, que je ne reverrais plus jamais vos larmes » il murmure. « Et pourtant, chaque fois que je vous voie, elles ne semblent jamais cesser. »

« C'est vous qui les provoquez » je murmure. « Si elles vous irritent tant, vous n'avez qu'à vous en prendre qu'à vous même. »

Sa bouche s'amincit en une fine ligne.

« Je n'ai jamais dit qu'elles m'irritaient » il marmonne.

Dieu, je ne peux pas le croire !

« Alors pourquoi vous affectent-elles ? » je demande, voulant blesser, mordre par mes paroles. « Je suppose que vous les appréciez, n'est-ce pas ? Le fait de voir mes larmes sur mon visage doit certainement être le point culminant de votre journée ? »

Il y a une courte pause alors qu'il se contente de me regarder, avant qu'il ne secoue légèrement la tête. « Vous semblez convaincue que j'apprécie la misère » il murmure, ses yeux ne quittant pas mon visage.

Je me sens cassée net. « Et alors, ce n'est pas le cas ? » je demande, sentant ma voix se fissurer. « Vous semblez passer votre temps à me rendre aussi malheureuse que possible ! »

Il laisse brusquement tomber sa main de mon visage, et je peux voir les débuts de la colère dans ses yeux.

« Et pourquoi voudrais-je vous rendre malheureuse ? » il demande doucement, vicieusement. « Pourquoi devriez-vous être aussi malheureuse et misérable que je ne le suis ? »

« Ne vous avisez pas… » je bégaie, à peine capable de parler sous la fureur. « Ne vous avisez pas de comparer ce que je ressens avec ce que vous ressentez vous ! Qu'avez-vous perdu à cause de ce qu'il se passe entre nous ? Vos croyances, vos idéaux… Sont-elles si importantes ? »

Il paraît en colère maintenant, très en colère, mais je ne m'arrête pas de parler. Je m'en désintéresse totalement. La compréhension est un lointain souvenir pour moi.

« Alors que je… que j'ai perdu tous ceux que j'ai jamais aimé, tous ceux en qui je me souciais réellement » je murmure, des larmes coulant encore sur mes joues, pour son plus grand plaisir. « Mes parents sont morts, je ne reverrais jamais plus mes amis, et Ron… Ron… »

Je m'étouffe dans mon propre désespoir, laissant tomber ma tête vers l'avant pour ne plus avoir à le regarder. Le regarder me rappelle tout ce que j'ai abandonné pour lui.

« Vous avez vraiment ce que vous vouliez maintenant, n'est-ce pas ? Maintenant, vous m'avez vraiment pour vous tout seul. Vous n'avez plus à vous soucier de Ron. Il me hait. Il me déteste certainement plus que tout au monde. »

J'arrête de respirer, essayant de maitriser les sanglots qui submergent ma poitrine.

Il soupire, puis il passe à nouveau ses doigts sous mon menton, m'obligeant à le regarder une fois de plus. Son visage paraît un peu plus blanc.

« Il ne dira à personne ce qu'il a vu » dit-il crûment. « Il se soucie trop de vous pour le faire, vous le savez bien. »

« Je me fous de savoir s'il le racontera ou non ! » je rétorque, lui criant presque dessus. « Ca ne peut pas être pire que ce que je ressens. Ne comprenez-vous pas : tout ce qui m'importe, c'est que j'ai pris la confiance de Ron et je l'ai déchirée en lambeaux ! Il était la meilleure personne que je connaisse, et je l'ai blessé de la plus cruelle des façons. »

Il respire fortement, ses yeux se rétrécissant légèrement. « Qu'importe ce qu'il pense de vous ? » il demande presque… hésitant.

Je me contente de rester bouche bée devant lui, nageant dans une mer d'incompréhension. « Ca importe ! » je murmure. « Ca importe plus que tout au monde, vous ne voyez pas ? Comment pouvez-vous même me poser cette question ? »

Sa bouche se rétrécit une fois de plus, avant qu'il ne réponde d'une voix toujours très calme.

« La nuit dernière, vous m'avez demandé pourquoi je m'intéressais à ce que Bellatrix pense de moi » dit-il d'une voix de fer. « Pourquoi devriez-vous vous en soucier, alors que moi non ? »

Je secoue la tête.

« Vous ne comprenez pas, n'est-ce pas ? » je grommelle. « Vous n'avez jamais aimé Bellatrix. Vous n'avez jamais aimé personne, pas même votre fils. Mais Ron… J'aimais Ron, vous ne voyez pas ? Je l'aime toujours. »

Un muscle se contracte sur sa joue. Ses yeux sont différents d'en temps normal. Alors que normalement ils sont aussi froids que deux lacs gelés, maintenant ils sont flamboyants de feu.

Il prend une profonde inspiration, après une longue pause angoissante.

« Vous êtes folle » il murmure. « Comment pouvez-vous encore, après tout ce qui s'est passé, vous accrocher à cette notion enfantine qu'est l'amour ? »

Je fais une pause, empêchant la réponse automatique qui me vient à l'esprit. Au lieu de cela, je laisse couler ses paroles, prenant un moment pour les examiner.

Peut être… Peut être qu'il a raison après tout. Peut être que l'amour… peut être que c'est réellement insensé. Quand est-ce que mon amour a été en mesure de faire du bien à une personne ? Tout ce qu'il a fait, c'est répandre la douleur et la misère sur quelqu'un qui m'est cher.

Mais je pense alors à Ron, et son visage remplit mon cœur, le gonflant comme un ballon, et je sais alors que Lucius a toujours été baigné de profonds mensonges.

Je regarde dans les yeux de Lucius, rencontrant son regard, et je me remets à parler.

« Parce que l'amour est la meilleure chose qui existe dans le monde » je murmure. « Il peut bien être incontrôlable, insupportable et même absolument horrible à certains moments, mais il est aussi merveilleux, tellement merveilleux que rien ne peut se comparer à lui. Etre en mesure de se soucier autant de quelqu'un, être capable de ressentir un sentiment aussi fort pour un autre être humain : c'est tout ce qui compte sur terre ! »

Il me regarde avec incompréhension. Il semble presque dégouté, mais je sais que ce n'est pas du dégout qu'il ressent. C'est comme s'il… comme si il voulait me comprendre, aussi étrange que cela puisse paraître, mais que c'était physiquement impossible pour lui.

Je secoue la tête en souriant amèrement.

« Je vous plaint. »

De la colère commence à pointer sur son visage. « Et pourquoi exactement, me plaignez-vous ? »

« Parce que vous êtes le seul en prison » je murmure. « Aucune de vos théories suprêmes de Sang Pur n'a jamais été vraie. Elles étaient des mensonges, simplement nourries par des générations gouvernées par la haine et la peur. Mais vous ne pouvez pas vous libérer vous même en vous contentant d'admettre que vous aviez tort. Le faire signifierait admettre que vous avez vécu dans le mensonge pendant toutes ces années. »

Il paraît furieux. Non, furieux est trop doux pour décrire la façon dont il me regarde. Il semble n'avoir envie que d'une chose : me fracasser la tête contre le mur.

« Vous êtes donc prise au piège, emprisonnée tout comme moi » il murmure, mes nerfs se tendant d'appréhension parce que je sais que je vais être punie pour cela, mais ça devait lui être dit. « Mais au moins, je n'ai pas d'autre choix que de rester ici. Vous, vous avez différentes options pour quitter votre prison, mais vous ne pouvez pas vous le permettre. Vous vous êtes condamnée vous même avec vos croyances stupides. »

Sa main se lève sous la rage et je sursaute, tendant ma tête vers l'arrière pour me préparer au coup, mais il abaisse à nouveau sa main. Il se contente simplement de me fixer.

« Ne me provoquez pas, Sang-de-Bourbe » dit-il, ses lèvres bougeant à peine. « Je ne vais pas vous permettre de rester assise ici et me prêcher des choses que vous ne serez jamais en mesure de comprendre- »

« Mais je les comprend » je dis calmement. Je me demande où je trouve la force de dire ça. Mais à ce moment, je sens que je n'ai rien à perdre. « Je sais exactement ce qu'il se passe dans votre esprit tordu. Et je sais quelle est la solution aussi. Je pourrais vous dire comment résoudre tous vos problèmes. »

Je fais une pause pour respirer.

« Vous pouvez me libérer » je murmure.

Et sa réaction est exactement celle que j'attends. Une expression sévère de fureur blanche et incrédule. « Quoi ? »

Je prends une grande inspiration saccadée, essayant de chasser la peur. Je n'ai rien à perdre et tout à gagner, alors je dois lui dire.

« Vous pourriez me laisser partir, et vous libérer par la même occasion. Vous pourriez vous débarrasser de toutes ces années de haine et de préjugés, en faisant la meilleure chose que vous pourriez faire pour moi, une Sang-de-Bourbe : vous pourriez me redonner l'opportunité de vivre. »

Pendant un long moment, l'air est rigide de sa fureur et de ma terreur. Mais si je m'attendais à ce qu'il me crie dessus et qu'il me frappe encore et encore, et bien je m'étais trompée, parce que tout ce qu'il finit par faire est de respirer un petit rire sans joie en secouant la tête.

« Non, je ne pense pas » il marmonne.

Je mords ma lèvre. Je ne peux perdre la partie. « Mais- »

« Non » il répète. « Je ne pense pas. Parce que même si j'étais assez fou pour vous libérer, je sais que vous ne voudriez pas partir. »

Il rit à nouveau face à l'expression de mon visage.

« Vous voyez Sang-de-Bourbe, vous n'êtes pas la seule ici à pouvoir faire des observations » dit-il de sa voix trainante. « Et je vous ai observée. Tout le temps observée. J'ai réussi à vous comprendre, à vous connaître, progressivement, et maintenant je n'ai plus jamais à m'interroger sur vos motivations, votre comportement, ou vos émotions. »

Je retiens mon souffle. Je… je ne sais pas pourquoi, mais je n'avais pas pensé qu'il aurait pu m'observer autant que je ne l'ai observé moi même, essayant de le décrypter, de percer son mystère.

Mais alors, s'il ne peut pas comprendre l'amour, ou tout autre émotion s'y rattachant, alors c'est peut être pour ça qu'il trouve si difficile le fait de me comprendre.

« Je pourrais vous libérer » il poursuit. « Mais je sais que vous ne voudrez pas partir si je le faisais. Vous me l'avez dit une fois : que vous décideriez de rester ici pour… pour me sauver. » Ces trois derniers mots semblent lui demander un effort, et il fait une pause avant de continuer à nouveau. « De plus, je sais que si je vous offrais votre liberté, une partie de vous ne voudrait pas être séparée de moi. »

Il ricane, et ses doigts viennent s'emmêler dans mes cheveux, approchant mon visage du sien. « Comment pouvez-vous affirmer que l'amour de Weasley peut être comparé à l'emprise que j'ai sur vous ? » Sa voix coule de sa bouche comme un poison.

Je sers les lèvres alors que ses paroles se frayent un chemin jusqu'à mon âme, et il ricane, savourant son triomphe.

« Vous ne voudrez jamais me quitter » il murmure. « Je le sais, et vous le savez. Et c'est pourquoi je ne vous libèrerais pas. Je vais être miséricordieux pour une fois. Je vais vous garder ici, et accorder à votre âme ses plus sombres désirs. »

Il appuie ses lèvres contre les miennes, et je sais que ce n'est pas vrai ! Je ne peux pas faire cela, pas à nouveau. J'ai besoin d'y mettre fin, pour l'amour de Ron ainsi que le mien.

Je lutte contre lui, mais sa main se referme autour de ma taille et m'approche plus près de lui, et je commence à faire des bruits de protestation, essayant aussi fort que je peux de me détacher de lui, mais son baiser se durcit, s'approfondit, me meurtrissant, me coupant, me blessant, me blessant encore et toujours…

Je romps le baiser et le gifle durement au visage.

Je peux sentir le sang sur mes lèvres.

« Vous voulez lutter contre moi, ma petite Sang-de-Bourbe ? » il marmonne, la voix remplie de colère, ou d'autre chose que je ne connais que trop bien…

Je peux à peine parler lorsque je lui réponds, alors que je tente désespérément de réprimer les sanglots qui menacent de submerger ma poitrine.

« C'est fini Lucius. Fini. Je ne ferai pas ça à Ron à nouveau. Je refuse. Je ne vais pas encore le faire souffrir. »

Son visage se tord d'un rire sardonique.

« Vous allez me jeter pour Weasley ? » il demande. « Vous croyez véritablement qu'il peut vous offrir plus que je ne le peux ? Et bien, mentez-moi si vous le voulez, mais ne vous mentez pas à vous même. »

« Oh, s'il vous plait ! » je dis furieusement. « Qu'avez-vous réellement à m'offrir ? Ron m'aime. Il peut me rendre bien plus heureuse que je n'ai jamais rêvé. Il peut s'occuper de moi, me chérir, me réconforter. Vous ne pouvez pas m'offrir cela ! »

Le rire meurt de son visage.

« Non, peut être que non » il marmonne. Sa main descend et ses doigts s'enlacent autour de mon poignet. « Mais ce que j'ai à offrir va bien plus loin que cela. »

Il déplace son visage plus près du mien, et je me penche vers l'arrière, si bien que je me retrouve assise au sol, lui accroupit au dessus de moi, un regard de possessivité féroce sur son visage.

« A quel point vous connait Weasley ? » il demande.

Je reste une seconde bouche bée devant lui, la question me prenant par surprise.

« Nous sommes meilleurs amis depuis sept ans ! Bon, on s'est disputé parfois, mais il a toujours été là pour moi. Il me connait mieux que personne d'autre- »

« Oh, permettez-moi d'avoir un avis différent » dit-il avec une supériorité exaspérante. « Vous savez très bien que je vous connais mieux qu'il ne l'a jamais fait, même si je vous connais depuis bien moins longtemps. Je vous ai vue à votre point le plus bas. Je vous ai vue saigner, brisée, sanglotante, suppliante. J'ai vu… » il laisse tomber son regard, le laissant courir lentement sur moi avant qu'il ne me regarde à nouveau, « chaque parcelle de vous. Personne d'autre n'a jamais été aussi intime que je ne le suis à chaque instant de chaque jour. »

Il m'embrasse à nouveau et ma bouche s'ouvre presque involontairement alors que son bras m'enserre à nouveau la taille, me rapprochant de lui, et je sais à quel point c'est mal, et maudit soit-il, il ne me laissera pas y mettre fin, et pourtant je le dois, comment puis-je faire ?

Je frappe mes poings contre son torse et ses bras, sanglotant dans l'effort, mais il conserve son emprise autour de moi comme un python.

« Laissez-moi tranquille ! » je sanglote, ma voix se brisant de tristesse. « S'il vous plait, je vous en supplie, laissez-moi seule ! Je ne peux pas… Je ne peux pas faire ça à nouveau… »

Je tombe vers l'avant, mon corps accablé sous l'épuisement alors que je sanglote si fort que s'en est douloureux.

Et pendant un instant, ses bras sont si chauds autour de moi alors qu'il me serre contre lui, que je me demande si nous ne pouvons pas rester comme cela. Le laisser me serrer contre le sol, jusqu'à ce que nous tombions dans les ténèbres et l'oubli, parce que c'est la seule façon pour que nous soyons libres, pas vrai ?

Mais il n'y a aucune pitié à avoir.

Il est implacable. Il desserre ses bras de mon corps et entoure ses doigts sous mon menton, soulevant ma tête pour lui faire face.

Il y a tant d'émotions qui se battent sur son visage, qu'il semble à peine humain, parce que aucun être humain ne pourrait ressentir autant d'émotions différentes, non ?

« Que voulez-vous, Sang-de-Bourbe ? » il murmure. « Que voulez-vous de moi ? »

Je lève les yeux vers lui, les larmes coulant sur mon visage, ma respiration lourde et douloureuse. « Je veux… » je bafouille ces mots, ayant du mal à parler à travers mes sanglots. Je n'ai aucun doute sur ce que je veux lui dire. « Je veux que vous me tuiez. Si vous avez un minimum de pitié, vous… vous me t-tuerez. »

Je m'arrête, stoppant mon sanglot. Il me regarde furieux.

« Ou alors, partez maintenant » je murmure, « Et laissez-moi mourir seule ici. »

Brusquement, il me pousse en arrière, et je crie sous le choc alors que je m'affale sur le sol impitoyable.

« Je n'ai aucune pitié ! » il siffle alors qu'il se penche au dessus de moi. « Grace à vous, je n'ai absolument plus rien ! Vous m'avez tout pris, tout ! »

Sa main libre se referme autour de ma gorge et je sais que ça y est. Il va me tuer et faire la seule chose décente qu'il puisse faire.

Des lumières blanches apparaissent derrières mes paupières, mais sa main se desserre alors que la fureur de son visage décline lentement pour être remplacée par une sorte de… calme. Bien que le calme soit une mauvaise façon de la décrire. C'est une horrible et terrible colère silencieuse.

Sa main libre se déplace vers le col de ses vêtements, les défaisant lentement, un bouton à la fois.

« Pourquoi serait-ce différent pour vous ? » il marmonne. « Si je n'ai plus rien, alors je suis damné si je vous permet de vous accrocher à quelque chose. »

Je ferme les yeux en entendant le bruissement de ses vêtements. A quoi bon le combattre ? Il va gagner de toute façon, parce que je n'ai pas vraiment envie de l'arrêter. Je ne l'ai plus combattu depuis qu'il a ruiné ma vie pour toujours. Depuis qu'il a enlevé la jeune fille innocente que j'étais, et l'a assassinée. Et c'était cette fille qui voulait encore se battre contre lui.

Sa main glisse sur le haut de ma cuisse, sous ma robe et le long de ma hanche, effleurant ma peau. Son poids me coupe presque le souffle lorsqu'il se penche contre moi.

« Si je ne peux rien avoir » il murmure, « alors vous n'aurez rien non plus. »

J'ouvre les yeux pour le voir me regarder avec une possessivité terrifiante.

« Vous n'aurez pas Weasley » il marmonne, ses doigts s'occupant des boutons de ma robe, les défaisant un à un. « Je m'assurerai de cela. »

Ma rage et ma colère contre lui, contre moi, submergent ma poitrine et je m'en prends à lui, essayant de me saisir de son bras.

« Allez-vous-en ! » je hurle, tentant de m'éloigner de lui et de ramper sur le sol. « Ce que vous m'offrez n'est rien comparé à ce qu'il peut m'offrir ! Il m'aime ! Je sais que vous ne savez pas ce que ça signifie, mais pour moi ça signifie plus que tout au monde ! Et je pourrais lui donner l'amour qu'il mérite, si seulement vous me laissiez- »

Et en moins de deux secondes il me tient à nouveau, m'enfonçant dans le sol froid, ses doigts mordant dans mes poignets.

« Etes-vous en train de me dire qu'il signifie autant que ce que je représente pour vous ? Ne me faites pas rire. Vous êtes à moi. Vous le serez toujours. »

Je sens mes doigts tendus se détendre de désespoir pur. J'aimerais juste qu'il m'emmène loin d'ici, dans un endroit où il n'y a rien, à part lui et moi, personne pour nous dire que ce n'est pas bien, que c'est contre nature, illégal…

Mais comment ça pourrait être comme ça, alors qu'il croit lui même que la situation est interdite ?

Ses yeux sont deux immenses piscines noires lorsqu'il me pousse de nouveau vers le sol, pesant de tout son poids sur moi.

« Vous savez cela » il murmure, caressant ma joue de sa main et faisant courir son pouce sur mes lèvres. « Pourquoi, alors que vous savez pertinemment que vous m'appartenez, pensez-vous toujours essayer de me résister ? »

« Je n'appartiens à personne- »

« Non ? »

Sa main descend, courant sur mon estomac, mais je serre mes genoux ensemble et lève à nouveau mes poings, martelant son torse, essayant de toutes mes forces de le repousser.

« Pensez-vous vraiment qu'après ce que j'ai fait à Ron aujourd'hui, je vais le trahir à nouveau ? Je l'aime. C'est vrai ! Arrêtez de ricaner comme ça, bordel ! Je ne vais pas le faire souffrir à nouveau, je ne veux pas ! »

Mais il saisit mes deux mains, les épinglant au sol de chaque côté de mon corps.

« Aimer ? » il ricane, mais sa grimace semble un peu forcée. « Ca n'existe pas, Sang-de-Bourbe. Vous avez pitié de lui, c'est tout. Ne confondez pas cela avec de l'amour. Vous avez pitié de lui, mais vous avez besoin de moi. Il n'y a aucune comparaison à faire entre les deux ! »

J'avale difficilement, sentant des larmes de désespoir se déployer dans mes yeux, et couler sur mes joues. Il a raison. Il a toujours eu raison sur ce… sur ce fait. Ce n'est pas à Ron que je pense lorsque je suis seule dans l'obscurité de ma chambre. Ce n'est pas de Ron dont j'ai besoin lorsque je souhaite qu'il me fasse à nouveau ressentir cela. Ce n'est pas de Ron dont j'ai besoin presque autant que l'air que je respire…

Mais dans le même temps, ce n'est pas Ron que je hais pour ce qui m'est arrivé, pour ce que je suis devenue.

Je déteste Lucius pour ce qu'il m'a fait.

Même lorsque ses doigts se déplacent entre mes jambes, je le hais. Alors même qu'il me touche, que ses doigts bougent plus lentement puis plus rapidement, je peux sentir la haine couplée au désir familier me bruler de l'intérieur, et je veux plus que tout le pousser loin de moi, mais je ne peux pas, je sais que je ne peux pas. Je le sais aussi instinctivement que je sais qu'il ne faut pas mettre sa main dans une flamme.

Bon Dieu, qu'a-t-il fait de moi ?

Et il me regarde droit dans les yeux alors que ses doigts bougent, m'observant alors que ma respiration devient plus rapide, ses yeux dans les miens.

Je ne peux pas. Je ne peux pas le laisser me regarder dans les yeux et connaître tous mes secrets, pas cette fois. Il ne doit pas savoir ce que je pense. Parce que s'il savait ce que je pense en ce moment, outre toute ma haine, ma colère et mon désir, il me quitterait pour toujours, je le sais.

Je ne pourrais jamais le lui dire. Jamais. Il ne pourrait pas comprendre.

Alors je ferme les yeux.

J'aimerais ne pas devoir respirer si rapidement. J'aimerais que mon corps tout entier ne hurle pas de désir alors qu'il pince et caresse, et alors qu'il penche son corps contre le mien, écartant mes jambes et enfouissant sa bouche entre mes cuisses brulantes, j'aimerais pouvoir haïr cela autant que je me hais moi même…

Mais je ne peux pas.

Je griffe mon visage, essayant de me faire mal, de me punir pour le laisser me faire ressentir cela.

Mais cette chaude démangeaison s'accumule entre mes jambes, et, et… Dieu…

Tout ce que je peux espérer, c'est qu'il me pousse sur le bord du néant, et qu'il m'apporte ce vide miséricordieux…

Mais je suis alors tirée de nouveau dans la véritable réalité, par une douleur aigue, brulante, tandis qu'il me mord durement.

Je crie de protestation, mais il remonte déjà le long de mon corps, et je tente presque de le repousser à nouveau, mais il attrape mes lèvres dans le plus léger des baisers, me tenant tranquille pendant un moment.

Aucun de nous ne bougeons pendant une douloureuse éternité. Nous nous contentons d'être serrés l'un contre l'autre dans une complète et totale immobilité.

Jusqu'à ce qu'il se détache de moi, me regardant intensément. Ses yeux gris sont totalement engloutis par le noir de ses pupilles.

« Même si tu finis avec lui un jour » il murmure, d'une voix très épaisse, « tu ne seras jamais en mesure de m'oublier. Lorsqu'il te touchera, tu ne seras capable de ne penser qu'à moi. » Il s'arrête, ses yeux me noyant. « Mais ça ne risque pas d'arriver. Tu ne me quitteras jamais. Je préfère mourir plutôt que de te laisser à quelqu'un d'autre, encore plus à un Weasley. »

Sa main se loge sous mon genou, et il écarte mes jambes, si largement que l'intérieur de mes cuisses me brule.

Muette, je le laisse faire ce qu'il veut.

« Tu es à moi pour toujours, Sang-de-Bourbe. »

Il pousse en moi tandis qu'il me mord l'intérieur du cou, ses dents ravageant ma peau, me violant d'une nouvelle façon, mais je m'accroche à lui, car je ne peux combattre le désir que je ressens, et je sais que je ne gagnerais jamais. Je ne pourrais jamais lutter contre mes propres sentiments, pas plus que je ne pourrais nager face à un courant déchainé.

Mais ça ne m'empêche pas de sangloter. Même si je gémis de désir et de douce agonie, je sanglote si fort que ça me donne envie de mourir.

Mais il se contente d'embrasser mes larmes, les léchant sur mes joues, alors qu'il bouge à l'intérieur de moi comme si elles étaient sa raison de vivre. Comme si le fait de me prendre mes larmes de l'innocence perdue, pourrait en quelque sorte le racheter…

Si seulement les choses pouvaient être aussi simples…

Il y a certaines choses qui sont tout simplement irrémédiables.