« Mon âme pressent qu'une amère catastrophe, encore suspendue à mon étoile, aura pour date funeste cette nuit de fête, et terminera la méprisable existence contenue dans mon sein par le coup sinistre d'une mort prématurée. Mais que celui qui est le nautonier de ma destinée dirige ma voile ! » - William Shakespeare, Roméo et Juliette
Chapitre 39 Destruction
Personne ne doit savoir. Personne ne doit jamais savoir.
Je croyais que tu ne voulais plus y penser ?
Oh, si seulement le fait de ne pas y penser permettait de faire tout disparaître ! Si seulement je pouvais me cacher sous mes couvertures et simplement attendre que le jour ne se lève, comme je le faisais lorsque j'étais petite fille et que j'avais peur du noir.
Si seulement. Si seulement. Tu ne devrais jamais dire 'si seulement', c'est ce que mon père avait l'habitude de dire.
Je ne dois pas y penser. Si je n'en parle à personne, y compris à moi même, alors personne ne le saura jamais.
Ne sois pas stupide. Ils s'en rendront compte à la fin. Ca deviendra bien trop évident.
Pas si… Pas si je meurs d'abord.
Alors tu espères mourir maintenant, après tout ce que tu as traversé ?
Je ne voulais pas dire ça. Mais bon… c'est ce qui va se passer à la fin, n'est-ce pas ? Lucius va devoir me tuer pour prouver sa loyauté à Voldemort. Non seulement cela, mais il va certainement devoir le faire bientôt.
Mais tu sais qu'il ne le fera pas. Il ne peut pas. Il te l'a déjà dit.
Qu'est-ce qu'il espère alors ? Que je me fasse discrète et que tout le monde finisse par m'oublier et me laisser tranquille ?
Mon Dieu, c'est ça qu'il doit espérer.
Et bien ce petit plan n'est pas près de se réaliser, hein ? Bientôt tu te feras bien trop remarquer.
Que puis-je faire ? Je ne peux pas le cacher, pas éternellement.
Mais je ne peux pas… je ne peux pas lui dire.
As-tu pensé une minute que ça pourrait être la seule chose qui pourrait te sauver ?
Me sauver ? J'en doute. Non, il ne doit pas savoir. Il me tuerai.
Il t'a déjà dit qu'il ne voudrait pas te tuer si Voldemort lui même lui ordonnerait de le faire. Pourquoi serait-ce différent ?
C'est juste… Ca l'est ! C'est probablement son pire cauchemar qui deviendrait réalité.
Et même s'il ne me tue pas lui même si (quand) il le découvrira… Nous serons tous les deux tués quand quelqu'un d'autre l'aura découvert, je le sais.
Que veux-tu faire alors ? Attendre qu'ils découvrent la vérité avant lui ? C'est ta seule chance de salut.
Mais comment pourrait-il nous sortir de cette situation ? Il n'abandonnera pas les rangs de Voldemort, j'en suis sure. Alors comment Diable va-t-il réussir à nous sauver cette fois-ci ?
Il te sauvera, Hermione. Il l'a toujours fait.
Mais… Pourquoi le ferait-il, lorsqu'il découvrira ce qui s'est passé ?
Parce que tu es la seule chose qui ait jamais signifié quelque chose pour lui.
Ce n'est pas vrai. Ses croyances signifiaient tout pour lui.
Et il les a abandonné pour toi.
Je m'affaire lentement autour de la table, versant du vin dans chaque verre qui passe devant moi, regardant à peine les gens que je sers.
J'ai eu d'eux un bon aperçu lorsque Ron et moi leur avons servi le repas il y a une heure. Je n'ai pas besoin de les regarder à nouveau. Si je les regarde, ils pourraient voir ce que je cache. Ca pourrait très bien être écrit sur mon visage.
Je lève mes yeux et regarde brièvement Ron alors qu'il verse du vin du côté opposé de la grande table. Il ne paraît pas aussi en colère qu'il l'était la dernière fois que nous avons eu à servir le diner à des Mangemorts. Son visage semble simplement vide. La lutte l'a quittée. Pour lui, il s'agit d'une corvée comme une autre maintenant.
C'est ma faute. C'est moi qui lui ai enlevé cette lutte en lui. J'ai été son espoir, mais je le lui ai rejeté en plein visage.
Je baisse à nouveau la tête, poussant ma culpabilité au fond de ma gorge et dans mes entrailles.
Et je verse le vin. Un gobelet, deux gobelets, trois, quatre, cinq…
Mon cœur s'arrête lorsque j'aperçois des doigts longs et pales posés sur le bois lisse de la table en face de moi. Sa main. Je la reconnais plus que toute autre.
Je prends une grande inspiration et je verse le liquide rouge dans son gobelet.
Respire. Respire et ne le regarde pas.
Malgré mes mains tremblantes, je parviens à verser le vin.
Mais je peux sentir ses yeux sur moi. Il me regarde.
Les poils du dos de mon cou se hérissent, et pour me distraire, je tourne légèrement ma tête sur le côté.
Avery est assis à quelques chaises de celle de Lucius. Ses yeux sont posés sur Lucius, le regardant alors qu'il me regarde…
Son regard bleu scintille et se dirige vers moi.
Je baisse la tête à la hâte et je me dirige vers le gobelet suivant.
Mais je peux voir du coin de l'œil que Lucius est toujours en train de me fixer.
Regarde ailleurs, bon Dieu ! Tout le monde nous regarde, tout le monde le sait, on ne peut pas le cacher.
Je rencontre le regard de Ron après quelques instants. Nous nous regardons l'un l'autre, hochant légèrement la tête, et nous nous dirigeons sans un mot vers le banc contre le mur, hors de vue de quiconque, cachés dans l'obscurité.
Nous restons assis en silence pendant un bon moment, aucun de nous n'osant parler. Ce n'est pas nécessairement un silence gêné : il sert peut être simplement à considérer tout ce qui s'est passé entre nous.
Enfin… je ne sais pas. Personnellement, je ne le ressens pas comme un silence gêné. Peut être qu'il l'est pour lui, mais pas pour moi. Pour être honnête, je suis silencieuse parce que je n'ai tout simplement pas assez d'énergie pour entretenir une conversation. Je suis si fatiguée.
Et ce n'est guère surprenant, n'est-ce pas ? Les gens disent qu'on l'est lorsque –
« Quand pensez-tu que tout ça sera fini ? » je demande, plus pour étouffer mes propres pensées qu'autre chose.
Il soupire de résignation. « Je pense que ça ne devrait plus être très long. Ils vont certainement partir avant le lever du soleil, non ? »
Je me tourne vers lui avec un froncement de sourcils. « Pourquoi ? »
Il me regarde. « Et bien… le bateau. Ils auront besoin de prendre l'embarcation pour rentrer chez eux, n'est-ce pas ? »
« Et tu ne peux pas le prendre après le lever du soleil ? »
Il secoue la tête. « Il ne fonctionne que la nuit. Je pensais que tu le savais. »
« Non » je marmonne. « Pourquoi ne fonctionne-t-il que la nuit ? »
Il fronce son nez en réfléchissant. « J'sais pas. J'avais entendu Bellatrix dire à Dolohov qu'il ne fonctionnait pas pendant la journée. » Il fait une pause, apparemment très concentré. « C'est peut être pour une protection supplémentaire ? Ca doit être plus difficile d'apercevoir le bateau dans l'obscurité, non ? »
Je considère la réponse durant une seconde, puis je hoche la tête. Je suppose que c'est logique, et puis quelle raison aurait Ron de mentir ? Et puis, ça pourrait expliquer pourquoi on a toujours traversé le lac pendant la nuit. Sans jamais revoir le soleil. Sans jamais, jamais revoir le soleil, jamais. Excepté dans mes rêves.
« C'est drôle quand on y pense, non ? » il murmure en regardant les gens en face de nous. « Les imaginer rentrer chez eux, je veux dire. Ils doivent tous avoir des vies normales en dehors de ce qu'ils font pour Tu-Sais-Qui. Une maison, une famille, un boulot… »
Il s'arrête.
C'est difficile de l'imaginer cependant. Que les personnes contre lesquelles nous luttons, les personnes qui font des choses horribles au nom de leur maitre, pourraient avoir une vie normale.
Mon regard se promène le long de la table, essayant désespérément d'éviter Lucius. Je peux voir ses cheveux clairs du coin de l'œil, mais je ne vais pas le regarder, je ne vais pas le regarder, non, non, non…
Mes yeux s'arrêtent de leur propre gré en dépit de mon désaccord, venant s'immobiliser sur Lucius.
Il me regarde toujours. Macnair est assis à côté de lui et lui parle avec animation, mais il ne semble pas l'écouter. Il se contente de me regarder.
Comment je suis censée lui dire ? Je sais que je dois lui dire, mais… par quoi vais-je commencer ? Ca va le détruire.
Le détruire comme il t'a détruit.
Je glisse ma main sur mon estomac.
Il me regarde toujours, me fixant avec cet ancien mélange de faim, d'envie et de haine, et… Mon Dieu, c'est tellement dangereux. N'importe qui pourrait voir ce qu'il se passe s'ils venaient à nous regarder. C'est écrit sur nos visages.
J'arrache mon regard de lui, et bien sur, je peux voir Avery me regarder également. Il me fixe avec des yeux horribles, le plus petit des sourires courbant ses lèvres.
Mon sang se gèle dans mes entrailles, et j'arrache ma main loin de mon estomac.
« Est-ce que tu vas bien, Hermione ? »
La voix de Ron. Je m'accroche à elle et l'utilise pour diriger mon regard vers son visage.
« Que se passe-t-il ? » il murmure.
J'avale difficilement. « Rien. » Ma voix tremble alors que je lui réponds. « Rien du tout. »
Il me regarde pendant quelques secondes avant de se retourner pour regarder la table des invités.
« Bellatrix n'a pas l'air très heureuse » il marmonne. « Regarde-la. Je te parie cinq Gallions qu'elle va devenir folle. »
Je suis son regard, et sans la moindre surprise, elle fixe Lucius, son regard noir et furieux scintillant occasionnellement entre lui et moi, et je baisse la tête à la hâte, afin de ne pas lui donner raison, de ne pas lui donner une nouvelle raison de nous soupçonner…
Une nouvelle raison de vous soupçonner ? Elle aura très vite bien trop de raisons pour vous soupçonner…
Oh Dieu tout puissant, que vais-je faire ?
« Je m'ennuie ! »
La salle devient silencieuse face à la soudaine déclaration de Bellatrix.
« Jésus » grommelle Ron, mais je ne souris pas. Qui sait ce que représenterait un divertissement pour Bellatrix ?
Je regarde la grande table. Drago sourit sournoisement à sa tante. Lucius ne me regarde plus, il dirige son regard vers Bellatrix qui s'est levé de sa chaise pour tourner avec animation autour de la salle.
« Notre compagnie ne te suffit-elle pas, Bella ? » dit Avery d'une voix trainante, souriant légèrement alors qu'il porte son gobelet à ses lèvres. « Je suis désolé. Nous essayeront de te divertir davantage à l'avenir- »
Elle agite une main vers lui. « Je n'ai jamais dit que vous n'étiez pas divertissants » dit-elle un peu trop rapidement. « Je pense juste que l'on pourrait trouver quelque chose pour nous divertir pendant que nous mangeons. »
Un poids rempli de peur tombe sur mon estomac alors que son regard scintillant vient se poser sur moi.
Non… Non…
Qu'est-ce qu'elle veut ? Quelques cris d'agonie pour divertir son diner ?
Mais elle ne dit pas ce que j'attends d'elle.
« Je veux de la musique. »
Un faible rire nerveux traverse la salle et une femme que je ne reconnais pas, prend la parole.
« Et bien, nous pourrions certainement trouver un enchantement pour te faire plaisir, si tu veux- »
« Oh, par Merlin » dit Lucius de sa voix trainante. « Devons-nous nous plier à tous tes caprices, Bella ? Es-tu si terriblement gâtée pour te permettre d'interrompre notre diner pour ton propre divertissement ? »
Je laisse échapper un sourire narquois.
Grosse erreur. Ses yeux se reposent sur moi et durcissent.
Le sourire disparaît de mon visage et je commence à trembler. Je tourne frénétiquement mon visage vers Lucius, mais il ne me regarde plus. Il fixe Bellatrix avec tant de haine qu'il semble qu'il l'aurait étranglé si nous avions été seuls.
Mais elle ne le remarque pas.
« Je pense que la Sang-de-Bourbe pourrait chanter pour nous. »
Je me sens me recroqueviller. Quoi… Pourquoi ?
Lucius fronce les sourcils. « Pour quoi faire ? » dit-il brusquement.
Elle se retourne vivement pour lui faire face. « Et pourquoi pas, Lucius ? Je suis sure qu'elle a une belle voix. »
Un petit rire calme et ricanant traverse la salle, et Bellatrix n'a pas besoin de motivation supplémentaire. Elle se dirige vers moi d'une démarche chancelante, avant de m'attraper par le bras et de me tirer sur mes pieds.
« Laissez-la tranquille » dit Ron en se mettant sur pieds, mais je secoue la tête vers lui. Je ne veux pas qu'il soit à nouveau blessé à cause de moi.
« Tais-toi Weasley, à moins que tu n'ais envie de gouter à un petit Doloris » dit-elle dangereusement. « Qui sait, ça pourrait être bien plus divertissant. »
Ron serre les lèvres, son regard passant de moi à Bellatrix, qui arbore un sourire triomphant sur son visage.
« Et bien ? » elle demande d'une voix dure et hystérique.
Le visage de Ron se tord et il se rassoit lentement sur son banc.
« Ha ! » croasse Bellatrix et je trébuche légèrement alors que je suis tirée à travers la pièce, et lorsqu'elle me lâche, je chancelle sur place, le mouvement brusque me donnant le tournis et mes yeux deviennent flous, et oh non, je ne me sens pas bien, pas bien du tout…
Je prends une grande respiration, et ma vision redevient nette.
Les yeux gris d'acier de Lucius se rétrécissent alors qu'ils me regardent moi et Bellatrix. Son visage est figé. Il est en colère, tellement en colère. En colère contre elle…
Bellatrix se jette sur sa chaise, souriante et haletante.
« Et bien » elle demande les sourcils levés et ses lèvres recourbées dans un sourire sadique. « Qu'est-ce que tu attends ? Chante ! »
Oh mon Dieu, ça ne peut pas se produire. Je ne peux pas faire ça, pas avec tous ces horribles visages en face de moi.
J'avale durement, la lèvre inférieure tremblante. « S'il vous plait, je ne peux pas- »
Elle frappe dans ses mains, laissant échapper une sorte de crissement aigue. « Oh, elle est si modeste ! » Sa voix se durcit. « Mais tu sembles ne pas me comprendre. Je veux un peu de divertissement, et pour ça tu vas chanter pour nous. Et ce que je veux, je l'obtiens- »
« Bellatrix » la coupe Lucius, sa voix l'avertissant comme une lame tranchante, « tu n'as pas besoin de ce genre de divertissement. Laisse la Sang-de-Bourbe en paix. »
Mais elle l'ignore, ses yeux se rétrécissant de rage.
« Chante ! J'ai dis chante ! » Elle frappe son poing sur la table après ce dernier mot.
Et je regarde Lucius, qui fronce les sourcils en fixant Bellatrix, la regardant comme s'il allait lui hurler dessus, et je sais que je ne peux pas le laisser faire ça, ça ne fera qu'éveiller les soupçons, et oh mon Dieu, s'il vous plait, faites-moi mourir maintenant.
J'ouvre la bouche, et au plus profond de mon humiliation, je tire une vieille chanson que me chantait ma mère lorsque j'étais gamine, une dont je serais capable de me rappeler les paroles si je suis chanceuse.
« Qu-quand nous chanterons le temps des cerises, et gai ro-rossignol, et merle moqueur… »
Quelqu'un se met à rire.
Je m'arrête, baissant la tête, une larme de pur embarras coulant sur ma joue.
« C'est assez » j'entends dire Lucius fortement.
« Oh allez, Lucius » j'entends un voix épaisse masculine que je ne reconnais pas. « C'est juste pour s'amuser. »
Je serre les poings, enfonçant mes ongles dans mes paumes en sueur, et ma tête tourne à nouveau, et oh, je ne me sens pas bien, pas bien du tout, et je me sens chanceler…
« Je ne vois pas en quoi l'humiliation publique peut être amusante » dit sèchement Lucius. « Tout ce que ça donne, c'est un éclat de rire pour toi et de l'humiliation pour elle. C'est inutile. »
« Tu as changé ton fusil d'épaule, Lucius » dit Bellatrix hargneusement.
Oh mon Dieu, ta gueule, ta gueule !
Je chancelle dangereusement et porte ma main à ma tête, essayant de me ressaisir, mais je lève les yeux et la salle commence à tourner à travers ma main.
« Oh pour l'amour de Dieu, tu as vu comment elle se tient ? » demande Bellatrix. « Je suis désolée si je t'ai bouleversé, petite Sang-de-Bourbe. »
« Ferme-la, Bella ! » s'élève la voix de Lucius. « Tu es pire qu'une enfant ! »
Je n'enregistre pas sa remarque. Je n'enregistre plus rien. Ma tête est engourdie et noyée, et c'est comme si j'étais tombée dans l'eau et que je ne pouvais plus rien voir…
Le raclement d'une chaise.
« Sang-de Bourbe ? »
La voix de Lucius est la dernière chose que j'entends avant que je ne sois engloutie par les ténèbres.
« … de la laisser ici. Elle est simplement évanouie, elle va bien- »
« Non, merci à toi. Retourne en bas. Je vous rejoins sous peu. »
Les ténèbres. Simplement les ténèbres, et leurs voix.
Mais… la chaleur aussi. Quelque chose de mou sous mon dos…
« Tu voudrais que je te laisse seul ici avec elle ? Ne me fais pas rire- »
« Oh pour l'amour de Dieu, n'en as-tu pas assez fait pour ce soir ? Contente toi de partir et essaye de ne pas à nouveau faire la timbrée une fois en bas ! »
Je bouge légèrement mes doigts et je sens le matériau familier sous mes paumes. Mon couvre-lit.
« Comment oses-tu me parler comme ça ? » elle bredouille.
« Je te parle comme je le veux. » Il lui crache ses mots à la figure. « Tu n'es rien d'autre qu'un parasite. »
Une pause.
Ma tête est remplie d'un brouillard épais. Elle cogne d'une douleur dure.
« Nous avons des invités, Lucius » elle siffle. « Veux-tu que je descende et que je fasse une petite annonce sur ce que tu fais avec elle ? Je suis sure qu'ils trouveraient ça très divertissant, pour ne pas dire incroyablement intéressant- »
« Bien » dit-il hargneusement. « Vas-y. Mais si tu insistes à vouloir diffuser ce genre de mensonges malveillants parmi nos amis, alors je pourrais me retrouver à avoir une conversation tout aussi intéressante avec ma femme à propos de ce que j'avais l'habitude de faire avec toi. » Sa voix trainante respire la confiance en lui. « Tu te souviens de ma femme, n'est-ce pas Bellatrix ? Vos chemins se sont croisés une ou deux fois. »
Pendant un moment, tout ce que je peux entendre est sa respiration.
J'aimerai ouvrir les yeux, mais je les garde fermés pour l'instant.
« Profites bien de ta petite pute Sang-de-Bourbe, d'accord ? » elle lui balance à la figure avant que ses pas ne traversent rapidement la pièce. Puis il y a un grincement, et un claquement de porte.
Je lèche mes lèvres asséchées, mais je n'ouvre toujours pas les yeux. Il… Il est là, seul avec moi pour la première fois depuis ce qui semble être une éternité, et je ne veux pas briser cela.
Un poids fait se creuser le matelas à côté de moi, et je sens une main (sa main, je pourrait la reconnaître entre toutes) me caresser la joue et repousser les mèches de cheveux de sur mon visage.
Je me force à garder ma respiration régulière, ce qui est loin d'être un mince exploit lorsque mon cœur bat à mille à l'heure.
Je commence à réunir mes pensées, essayant désespérément de leur donner un sens à travers toute cette brume qui emplit mon cerveau.
Il n'est pas en train de faire tout ça pour s'éloigner à nouveau de toi, si ?
Je ne veux pas encore ouvrir les yeux. Dès qu'il réalisera que je vais bien, il repartira, je le sais.
Et même s'il le fait ? Ne veux-tu pas que vous soyez tous les deux en sécurité ?
Oh, est-ce que je peux en rire ? Nous ne serons jamais en sécurité. Plus maintenant.
Une autre main se glisse dans la mienne, la serrant près de mon corps. Ses doigts s'enlacent dans les miens. Son pouce coure lentement sur le dos de ma main.
Dis lui.
Je ne peux pas.
Il mérite de savoir.
Il ne mérite rien ! C'est un monstre sans cœur.
Et pourtant tu es tombée amoureuse de lui.
Mon fil de pensée est brisé lorsque j'entends sa voix. Si basse, à peine plus forte qu'un murmure –
« C'est ce que tu as utilisé pour essayer de me parler, Sang-de-Bourbe ? »
Mon cœur bat la chamade sous la peur, mais… non, il ne veut pas… il ne peut pas vouloir dire ça. Il ne sait rien à ce sujet, Dieu merci.
Mais alors, que veut-il dire ?
Ce que j'ai utilisé pour essayer de lui parler ? Dieu seul sait ce que ça signifie. Il y a tant de choses que j'ai essayé de lui dire, maintes et maintes fois.
J'attends, pour voir s'il souhaite décrire ce qu'il a voulu dire.
Mais il ne le fait pas. Il pense que je suis inconsciente après tout.
Oh c'est stupide. Je dois arrêter de faire semblant. Il doit partir. Ca sera suspicieux s'il reste ici trop longtemps, et on ne peut pas se permettre cela, pas après tout ce qui s'est passé.
Et lentement, très lentement, j'ouvre les yeux.
Il se déplace immédiatement, se penchant sur moi, me regardant de si près que ça me fait presque loucher.
« Lucius ? » je murmure.
Ses doigts se resserrent autour des miens, si fort que j'ai l'impression qu'il va me broyer la main.
« Je suis là, Sang-de-Bourbe. »
J'éclate presque en sanglots à l'évocation de ces trois petits mots. Trois petits mots des plus soucieux, et en même temps si odieux. Ca le reflète totalement.
Nous restons ainsi pendant un bon moment : une de ses mains sur mon visage, l'autre enlacée dans la mienne. Sans rien dire, peut être même sans penser quoi que ce soit. Nous nous contentons de nous regarder l'un l'autre.
Mon cœur bat tellement fort que ça me fait mal. Peut-être… Peut-être que c'est le moment…
Il rompt finalement le charme, et je lui suis presque reconnaissante.
« Pouvez-vous vous asseoir ? » il demande calmement.
Je hoche la tête et je me hisse en position assise. Ma tête tourne un peu mais sa main est forte sur mon bras, et me retrouve avec un esprit complètement clair après une minute ou deux.
Il me regarde les yeux plissés alors qu'il m'étudie.
« Qu'est-ce qui vous est arrivé en bas ? » il demande finalement.
Dis-lui.
Comment le pourrais-je ?
J'avale. « Je ne sais pas. J'ai seulement eu le vertige, et… c'est la dernière chose dont je me souvienne. »
Il lève un sourcil.
J'improvise à la hâte. Je ne peux pas le laisser savoir ce qu'il se passe réellement. Pas encore. « Il m'arrivais d'être un peu faible parfois, lorsque j'étais plus jeune. Ce n'est rien d'inquiétant, vraiment… »
Oh mon Dieu, pourquoi suis-je si lâche ?
Son sourcil se soulève d'un millimètre de plus. Il ne croit pas un mot de ce que je dis.
« Si vous êtes malade, alors j'ai besoin de le savoir » dit-il d'une voix parfaitement calme. « Je peux vous aider à récupérer, mais vous devez d'abord me dire ce qui ne va pas. »
Malade ? Je pourrais presque en rire.
Presque.
Dis-lui.
Je sais. Je sais que je le dois. Il a besoin de savoir : lui seul peut me protéger. Rien d'autre ne le peut désormais.
Je prends une grande respiration, me préparant à parler, mais il me devance.
« Vous devez manger plus » dit-il avant d'invoquer un repas sur ma table de chevet. Un grand bol de soupe avec de la viande, un gros morceau de pain, une pomme et une tablette de chocolat.
Il me regarde droit dans les yeux.
« Vous n'avez pas mangé assez. » Il prend une profonde inspiration. « Mon attention pour vous a été un peu… laxiste ces derniers temps. Si je vous ai rendu malade, ce n'est pas ce que je voulais. »
Nous nous regardons à nouveau durant quelques secondes.
« Vous devriez retourner en bas » je murmure en gardant mon regard plongé dans le sien. « Vous ne devez pas passer plus de temps que nécessaire ici. Ca serait suspect pour tout le monde. »
Un muscle se crispe dans sa joue. « Je veux m'assurer que vous allez bien d'abord. »
Les larmes me piquent les yeux. Je serre les lèvres. Encore une fois, il risque tout pour moi.
Oh, pourquoi sommes-nous coincés ici ? Pourquoi ne pouvons-nous pas être libres tous les deux ? C'est ce que je veux, et je sais que c'est ce qu'il veut au fond de lui aussi.
Dis-lui.
« Est-ce que je vaux vraiment la peine de tout ça ? » je murmure. « Je suis juste une Sang-de-Bourbe, Lucius. Vous ne vous êtes jamais lassé de me le dire. Comment pourrais-je vraiment valoir tout ce mal ? »
Il prend une longue inspiration, ses lèvres s'étirant en une fine ligne. « Il s'agit seulement d'un diner » il murmure. « Il peut attendre. »
Et c'est la seule chose qu'il me dit, mais il me dit par là tout ce que j'ai besoin de savoir.
Je sens ma bouche se tordre.
« Mais est-ce que votre réputation peut attendre, Lucius ? » je dis d'une voix remplie de peur. « Votre devoir, vos croyances… Pouvez-vous vraiment les mettre de côté pour moi ? »
Une ligne apparaît entre ses sourcils alors que son front se plisse.
« Où voulez-vous en venir ? » dit-il, très calmement.
J'enfonce mes dents dans ma lèvre inférieure.
Je dois lui dire. Je le dois. C'est la seule chose qui pourrait me sauver. Et il a prit tant de risques pour m'aider ce soir, que risquera-t-il de plus pour me sauver maintenant ?
Mais comment puis-je lui dire ? Par où puis-je commencer ?
Un bon point de départ consisterait à ouvrir ta bouche et à dire ces mots.
Il va me tuer.
Tu vas mourir de toute façon. Par sa main ou par celle de quelqu'un d'autre lorsqu'ils découvriront ce qu'il s'est passé. Tu n'as rien à perdre mais tout à gagner.
Dis-lui.
« Je suis… Je… »
Son froncement de sourcils s'approfondit, et son visage entier semble gelé, et durant un instant je crois voir l'horreur encercler ses yeux.
« Quoi, Sang-de-Bourbe ? » Son murmure est si calme que je peux à peine l'entendre.
Dis-lui.
Je retiens mon souffle, et je me saisis de tout l'espoir qu'il me reste pour sortir ces mots.
« Je suis enceinte. »
