« Dans les temps anciens, des anges venaient prendre les hommes par la main pour les éloigner de la cité de ruine. Nous ne voyons plus leurs ailes blanches à présent. Et pourtant des hommes sont encore conduits loin de leur ruine imminente une main est placée dans la leur, qui les mène doucement vers une terre calme et resplendissante, en sorte qu'ils ne regardent plus derrière eux et cette main peut être celle d'un petit enfant. » - George Eliot, Silas Marner


Chapitre 40 Ma décision

Il me regarde.

Sa main glisse hors de la mienne.

Mes entrailles sont broyées sous la terreur qui terrasse mon corps…

Et il me regarde encore.

Son visage est dur comme la pierre. On pourrait presque penser que je n'ai rien dit du tout. Uniquement si on ne regarde pas dans ses yeux.

Ils sont… remplis d'horreur. Tout ce que je peux voir est l'horreur. Sans fin, sans limite…

Oh mon Dieu, que va-t-il faire ?

Rien apparemment. Il se contente de rester assis là, à me fixer.

Je bouge inconfortablement, mes lèvres serrées. J'aimerai dire quelque chose, mais que puis-je dire ?

Ses yeux ne bougent pas de mon visage. Il semble presque… désespéré. Comme s'il faisait tout pour se persuader que je mens…

Mais il doit se rendre compte que je ne mens pas. Il me connaît trop bien pour ça.

Je retiens mon souffle et ma voix tremble de panique lorsque je parle enfin.

« S'il vous plait, est-ce que… est-ce que vous pouvez juste… » Je serre la mâchoire d'une exaspération terrifiée. « Est-ce que vous pouvez juste cligner des yeux ou… dire quelque chose, pour l'amour de Dieu ! »

Sa joue est parcourue d'un tic. Ses yeux sont comme deux blocs de granit de peur. Et je réalise qu'il semble plus terrifié qu'il ne l'a jamais été auparavant. Plus effrayé que lorsque Drago l'a découvert, plus effrayé que lorsque nous avons tué Dolohov…

« Est-ce que… » Il s'éclaircit la gorge. « Est-ce que j'ai bien entendu ? »

Oh, pourquoi réagit-il comme ça, pourquoi ?

« Vous le savez très bien » je dis lamentablement.

Il ouvre la bouche comme s'il était sur le point de dire quelque chose, mais il la referme à nouveau, sa mâchoire se durcissant un instant avant qu'il ne se force finalement à parler.

« Vous… Vous en êtes certaine ? » il murmure.

Je pourrais tout lui dire. Je pourrais lui dire que oui, j'en suis certaine, parce que je vomis au moins deux fois par jour depuis près d'une quinzaine de jours maintenant, parce que je continue à avoir des étourdissements et des maux de tête, parce que j'ai des crampes d'estomac et des maux de ventre comme si j'allais avoir mes règles, mais que je ne les ai plus depuis une longue période maintenant… Depuis un bon mois je dirais.

Mais je ne lui dis pas tout cela. Tout ce que je dis est –

« Bien sur que j'en suis certaine. Je ne vous l'aurait pas dit sinon. »

Il se lève soudain du lit, me regardant comme si j'avais deux têtes. Comme si j'étais la chose la plus dégoutante, la plus répugnante qu'il ait eu le malheur de rencontrer…

Il se détourne de moi.

Je ne peux pas l'avouer, mais ça ne se passe pas exactement comme je l'attendais.

Je ne sais pas ce que j'espérais. Peut être qu'au plus profond de mon âme sombre, j'espérais qu'il me dise que tout va bien se passer, qu'il va s'occuper de moi, qu'il va quitter Narcissa et m'amener loin de cet endroit et prendre soin de moi et du bébé que nous allons avoir ensemble, et que ça n'a pas d'importance que ça soit un Sang Mêlé parce que je lui ai appris que le sang ne comptait pas, et qu'il m'aime…

Mais lorsqu'il se retourne pour me faire face à nouveau, avec un regard de dégout et de haine absolue, je sais qu'il n'y aura rien de tout cela pour Hermione Granger.

« Oh mon Dieu, qu'ais-je fait ? » il murmure.

Et soudain, la colère me frappe de plein fouet. Il me regarde comme s'il me haïssait à nouveau, mais c'est de sa faute après tout ! Il aurait dû être plus prudent.

Je passe mes jambes hors du lit et me met sur mes pieds.

Il fait un pas en arrière. Comme si l'impureté de mon sang pouvait être contagieuse. Il est si pale qu'il ressemble à un fantôme.

Je me sens brisée comme une brindille.

« Ne reculez pas devant moi ! » Ma voix hystérique se fissure. « Ce n'est pas de ma faute si nous sommes dans le pétrin ! »

L'horreur de son visage disparaît pour être remplacée par de la colère.

« Et c'est de la mienne je suppose ? » il murmure venimeux. « Oui, parce que c'est exactement ce que je voulais, n'est-ce pas ? Un… Un Sang M… »

Il s'estompe dans un petit bruit d'étouffement. Il ne peut même pas le dire. Il ne peut même pas se résoudre à dire à haute voix ce qu'il a crée.

« Vous auriez dû être plus prudent » je murmure, sentant une rougeur se répandre sur mes joues. « Vous auriez dû prendre des mesures pour éviter ça- »

« Des mesures ? » il me crache ce mot avant de secouer la tête, respirant un rire dur sans aucune gaieté. « J'avais oublié à quel point vous étiez innocente, Sang-de-Bourbe. Il n'existe pas de charme de contraception. Il n'y en a jamais eu, et il n'y en aura probablement jamais. »

Je le dévisage.

« Pourquoi ? »

C'est la seule chose qui me vient à l'esprit.

Ses yeux se brident. « Pourquoi il y en aurait-il besoin ? » dit-il brusquement. « Les maladies ont des remèdes magiques, et les grossesses peuvent être interrompues… »

Il s'arrête et son expression semble se détendre légèrement.

Une spirale désagréable se répand dans mon estomac.

« Oui » il murmure. « Oui. »

Il tourne les talons et commence à marcher vers la porte.

« Je reviendrais un peu tard ce soir » dit-il d'une voix dure et coupée, « et j'apporterai avec moi les moyens pour disposer de… de ce… »

Il s'arrête de parler tout en marchant, toujours incapable de dire ces mots.

« Attendez ! » je dis calmement d'une voix légèrement tremblante.

Il s'arrête et respire fortement, tournant à nouveau son visage vers moi, aussi dur que la pierre.

« Quoi ? » Sa voix est dure comme l'acier.

Je me sens déchirée par l'humiliation imminente, mais merde, je n'ai rien à perdre, et si je ne dis pas ça maintenant, je ne le dirais jamais.

« Je… Je pensais que l'on pourrait… » je balbutie.

Il ne dit rien. Tout ce qu'il fait est de secouer la tête. Un avertissement, un avertissement clair : ne me pousse pas à quelque chose que je ne peux pas donner…

Non. Il peut le donner. Il le pourrait si seulement il se le permettait.

Je pousse un profond soupir du fin fond de mes poumons.

« Je… Je ne veux pas vraiment me débarrasser de lui » je dis dans un souffle. « Je pensais qu'on pourrait peut être… Vous et moi, j'espérais que nous pourrions… »

Je m'arrête face à l'expression de son visage.

Il se contente de me regarder pendant un long moment, avec ce qui ressemble presque à de la douleur dans ses yeux.

Il ferme les yeux et secoue la tête. « Non » il marmonne d'un ton définitif. Il rouvre à nouveau les yeux et son regard se verrouille sur le mien. « Non. »

Je presse mes lèvres, sentant la première piqure perfide des larmes dans mon nez.

« Pourquoi pas ? » je murmure, ma voix remplie d'émotion.

Il me regarde, incrédule : comme si je venais de lui demander pourquoi il ne pouvait simplement pas s'arracher les yeux ou sauter d'une falaise.

« C'est… » il cherche ses mots un instant, avant de continuer. « C'est un Sang-Mêlé. C'est pourquoi on ne peut pas… pourquoi vous ne pouvez pas le garder. »

Je me sens voler en éclats. Mon âme est déchirée. Je me sens vide et étourdie. Après tout, tout ce que nous avons vécu, comment peut-il… »

« Mais qu'importe ? » Les larmes trouvent le moyen de sortir de mes yeux en roulant sur mes joues. « Vous pouvez certainement vous rendre compte maintenant, que le sang n'est pas vraiment- »

Je m'arrête lorsqu'il fait un pas rapide vers moi, mais il s'immobilise avant qu'il ne puisse m'atteindre.

Mais ce n'est pas ce mouvement soudain qui a stoppé mes paroles. C'est le regard de rage aveugle dans ses yeux.

Il prend une profonde inspiration par le nez, pour se ressaisir.

« Ne me parlez jamais plus comme ça, jamais plus » dit-il d'une voix grave et dangereuse. « C'est une insulte pour moi. Je ne vais pas vous permettre de rester là à me dire que mon existence entière n'est rien d'autre qu'un mensonge- »

« Mais elle l'est, Lucius ! » je siffle d'une rage bouillonnante. « Bien sur qu'elle l'est. Vous le savez bien. Comment ça pourrait en être autrement, après que vous ayez abandonné tous les principes que vous avez toujours eu ? Mais vous pouvez changer ça, ce n'est pas trop tard !»

C'est alors qu'il réagit.

Il se retrouve en face de moi en deux rapides enjambées, et il me gifle durement au visage. Il me gifle pour la première fois depuis que Ron a découvert ce qu'il se passait entre nous deux.

Je crie, plus face à la douleur de mon cœur, qu'à celle de mon visage, et je tombe au sol. Je lève les yeux pour le voir me regarder avec une horreur et une haine absolue, et durant un moment terrifiant je réalise qu'il va me frapper de coups de pieds.

« NON ! » je hurle en m'agrippant instinctivement l'estomac. « Vous ne pouvez pas… Le bébé ! »

Pendant un long moment, il semble que le temps se soit figé. Il n'y a plus que ma respiration hagarde et son visage arqué de dégout, mais il y a une ombre dans ses yeux qui n'était définitivement pas présente quelques secondes plus tôt…

Mais elle disparaît après un instant pour être remplacée par de la rage.

Il grogne avant de se pencher et de m'attraper par le bras, me remettant sur pieds et me trainant à travers la pièce pour venir finalement m'épingler au mur en me serrant la gorge. De petites lumières éclatent derrière mes paupières et une douleur palpite dans mon crane.

« Ecoutez-moi, Sang-de-Bourbe ! » il dit, chaque mot qu'il prononce me poignardant le cœur. « Ce… Ce misérable petit Sang-Mêlé n'a rien à voir avec moi ! Il ne mérite même pas le titre de 'bébé'. C'est une abomination ! »

Je pleure maintenant. A gros sanglots, parce que je me sens trahie, abandonnée, parce que j'espérais… Oh mon Dieu, j'espérais. Stupide, stupide, stupide, pourquoi je n'ai pas pu m'empêcher d'espérer ?

« C'est aussi votre bébé ! » je sanglote, impuissante, et je peux voir de la pitié ramper dans ses yeux mais il se force à la remplacer par une froide insensibilité.

« Oh, vous le croyez, n'est-ce pas ? » il murmure, en laissant échapper un des ricanements les plus froids que je n'ai jamais entendu de sa bouche. Il se penche plus près de moi, assez prêt pour m'embrasser, et je sens mon cœur tournoyer dans ma poitrine, mais alors qu'il écarte une mèche de mes cheveux derrière mon épaule, il me chuchote à l'oreille. « Pourquoi ne le prouvez-vous pas ? »

Mon sang se glace à ses paroles.

Il tire son visage vers l'arrière et enlève sa main de ma gorge, me regardant droit dans les yeux avec un regard dur comme la pierre. Et je sais qu'il se rend compte que ses paroles m'ont autant blessé qu'un sortilège Doloris. Il le sait.

« Vous êtes un monstre » je murmure, et il me sourit avec toute l'amertume dont il est capable.

« En effet » il marmonne. « Je ne vous ai jamais caché ce fait. Vous avez toujours su ce que je suis. » Il verrouille son regard sur le mien. « Vous saviez ce que j'étais lorsque vous m'avez laissé entrer dans votre lit. »

Ma tête tombe vers l'avant, les larmes coulant plus épaisses sur mon visage. Mais ses doigts se referment sous mon menton, m'obligeant à lui faire face alors qu'il me fixe d'un regard interrogateur.

Il prend une profonde respiration, semblant presque résigné.

« Je ne changerais pas pour vous » il dit catégorique. « Mais je ne vous mentirais pas non plus, Sang-de-Bourbe. Je ne veux pas ce… ça. » Ses traits se crispent un instant de dégout. « Je ne peux pas prétendre le contraire. Ca serait injuste envers vous. »

« Oh. » Ma bouche peut à peine sortir ce petit mot. Elle est gonflée de douleur. « Et donc, ce que vous faites là, c'est juste n'est-ce pas ? »

Il sursaute presque à mes paroles, mais je me force à continuer.

« Vous dites que vous ne voulez pas ce bébé » je murmure. « Mais vous me vouliez, Lucius ! Vous me vouliez tellement que vous êtes allez contre tout ce qui a toujours compté pour vous ! »

Il secoue la tête et détourne son visage du mien.

« Regardez-moi ! » je dis désespérément.

Et il le fait. Il n'est pas lâche finalement. N'est-ce pas ce qu'il m'a dit maintes et maintes fois ?

Ses yeux… Je ne peux même pas envisager toutes les émotions qu'ils contiennent. Je ne serai jamais capable de les comprendre. C'est comme ce qu'avaient l'habitude de dire les anciens sorciers théologiens lorsqu'ils parlaient de la mort et de ce qu'il se passait après : que c'est un concept trop grand pour que de simples mortels comme nous le comprenne…

« Vous avez voulu ce qu'il s'est passé entre nous. » Ma voix est aussi mince que du papier. « Je le sais. Vous avez menacé de renier votre propre fils pour ça. Vous avez tué Dolohov pour me garder en sécurité. Vous me serriez dans vos bras nuit après nuit lorsque je dormais dans votre lit, alors n'essayez pas de prétendre que ce bébé ne représente rien pour vous alors qu'il est une partie de tout ça. Alors qu'il est apparu à cause de ce que vous vouliez plus que tout au monde ! »

Il recommence à secouer la tête mais je tends la main et la dépose sur sa joue, et il arrête son mouvement.

« C'est une partie de vous » je murmure, sentant la piqure des larmes. « Et une partie de moi aussi. Ne voyez-vous pas comme c'est merveilleux ? »

« Vous ne comprenez pas » il marmonne en écartant vivement ma main de son visage. « Vous n'avez jamais été en mesure de comprendre, même si j'ai essayé de vous l'expliquer à plusieurs reprises. Votre sang et mon sang… ils ne peuvent pas être mélangés, pourquoi ne le voyez-vous pas ? Savez-vous quelle genre de progéniture cela créerait- »

« Quelque chose comme moi, Lucius » je dis passionnément. « Mon sang est pire que ce que serait celui de cet enfant, et pourtant je suis la seule chose dont vous vous êtes soucié dans votre vie entière. »

Il me regarde d'un regard sombre et illisible, avant qu'il ne se détourne de moi, me laissant debout dans le froid.

« Non » dit-il d'une voix très faible. « Non. Ca ne peut pas… Il faut s'en débarrasser. Il le faut. »

Il se dirige rapidement vers la porte, et sans même se retourner, il quitte la pièce en claquant la porte derrière lui.


J'ai attendu des heures et des heures qu'il revienne. L'attente la plus longue et la plus agonisante que je puisse imaginer.

Il entre dans la pièce, l'expression totalement fermée. Comme s'il était autre part. Il a besoin de prendre de la distance avec tout ça…

Il a une bouteille à la main. Une petite bouteille en verre d'un bleu profond, rempli d'un liquide qui ressemble à de l'eau…

Mais ce n'est pas de l'eau. Je le sais bien.

Il me regarde. Non, ce n'est pas tout à fait ça. Il ne me regarde pas moi. Il regarde un point juste au dessus de ma tête.

« Venez ici » dit-il sèchement.

Je me contente de le regarder, et son visage se fige dans un froncement de sourcils. Il se dirige rapidement vers moi et me saisit le bras en me tirant à travers la pièce.

« Vous allez… Vous allez me faire mal… » je balbutie, mais il me fait asseoir dans la chaise en face de ma table de toilettes, posant durement la bouteille en verre sur la table en face de moi.

Je la regarde. Une vie entière contrôlée par cette petite bouteille…

J'avale difficilement et je lève le regard vers le miroir en face de moi.

Je peux le voir derrière moi, reflété dans le miroir, mais il ne me regarde pas. Son visage est tourné, et tout ce que je peux voir est son profil. Son expression semble presque… calme.

« Ca devrait faire effet en moins d'une heure » il marmonne. « Le reste du manoir est endormi, ainsi personne ne te dérangera. »

Je remarque amèrement le retour du tutoiement. Il le peut bien, avec ce qu'il me demande de faire. « Si tu la prends maintenant, tout sera fini au petit matin. »

Tout sera fini. Si je la prends maintenant, je serais libérée de ce… ce…

Oh mon Dieu, je ne sais pas si je peux faire cela.

Ne veux-tu pas sauver sa vie ?

Bien sur que si mais… mais je…

J'avale durement. « Est-ce que vous pouvez… »

Je m'arrête, ne sachant pas si je peux finir ma phrase.

J'observe son visage se tourner vers moi dans le miroir, son expression toujours fermée.

« Je ne peux pas te forcer à la prendre, Sang-de-Bourbe » il marmonne, lisant comme toujours dans mes pensées. « La potion est enchantée. Seule la… seule la mère peut la prendre. »

La mère.

Je serre les lèvres avant de prendre la parole. « Vous allez rester avec moi ? » je murmure.

Une ombre passe sur son visage.

« Non » il murmure. « Je ne… »

Il s'arrête et s'éloigne rapidement de moi, ne s'arrêtant que lorsqu'il atteint la porte.

« Je reviendrais dans une heure » dit-il calmement avant qu'il ne quitte discrètement la chambre.

Je sais pourquoi il ne reste pas. Il ne veut pas voir ça. Il peut bien ne pas se soucier du bébé, mais il se soucie de moi cependant.

Je me demande ce qu'il va faire… Va-t-il se servir un verre de Brandy pendant que je me débarrasse de son bébé à naitre ? Va-t-il s'asseoir dans le silence, à se demander… à espérer…

Je me retourne pour regarder à nouveau la petite bouteille en face de moi. Elle repose sur le bois lisse de la table, semblant totalement bénigne et inoffensive.

Peut être que je devrais juste la boire maintenant, d'une traite, avant que je n'ai le temps d'y penser…

C'est pour le sauver, n'est-ce pas ? Et ne ferais-je pas n'importe quoi pour le sauver ?

Mais… Mais c'est son enfant. Une partie de lui et une partie de moi.

Sa vie ou celle de notre enfant. Ca se résume à cela, n'est-ce pas ?

Il a toujours voulu un contrôle total sur moi. Et bien je suppose que son souhait s'est réalisé aujourd'hui. Il me contrôle vraiment maintenant. Maintenant je porte une partie de lui en moi. Il grandit dans mes entrailles…

Enfin non, il ne grandit pas vraiment. Ce n'est pas vraiment un bébé. C'est trop tôt pour qu'il soit un bébé, si ? Ce n'est seulement qu'un tas de cellules.

Ma main glisse sur mon ventre. Paraît-il plus grand que d'habitude ? Plus arrondi ?

J'enfonce légèrement mes ongles au creux de mon ventre, tandis que mon autre main se saisit de la bouteille, faisant sauter le bouchon avec mon pouce. Elle s'ouvre avec un léger 'pop'.

Je dirige le flacon vers mes lèvres, essayant de ne pas penser à des bébés… des bébés potelés et qui sentent tellement bons…

Ma main tremble, et avant qu'elle n'atteigne mes lèvres, je claque la bouteille sur la table.

Je laisse mon souffle s'échapper du plus profond de mes poumons.

Je n'avais jamais pensé que ça finirait de cette façon. C'est le genre de choses qui arrive aux filles comme Pansy Parkinson ou Lavande Brown. Pas à moi. Pas à Hermione Granger.

C'est pour notre bien, vraiment. Lucius va mourir si on découvre ce qu'il se passe. Et même si je survis et que je sors de cet endroit, il ne me suivra jamais. Sa fierté ne le permettrait pas. Je devrais passer le reste de ma vie avec un bébé à m'occuper seule. Je n'irai jamais à l'université, et personne ne sera là pour m'aider, pas maintenant que mes parents sont morts. Et partout où j'irai, il y aura des chuchotements à propos du père du bébé, et de qui il peut être, et je ne pourrais rien faire lorsqu'ils commenceront à murmurer le nom de Lucius...

Tout ça n'est qu'immatériel de toute façon, parce que je ne sortirais jamais d'ici. Lucius ne quittera pas cet endroit pour moi. J'ai été stupide d'espérer ça, vraiment.

Je me mords durement la lèvre, si fort que je peux sentir le gout du sang alors que les larmes me brulent à nouveau les yeux. Des larmes pour ce qui aurait pu être… De ce qui aurait du être…

Oh mon Dieu, qu'est-ce qu'il va se passer maintenant ?

Je regarde dans le miroir. Mon reflet pale me fixe, éclairé par la lumière cireuse des chandelles sur les murs. Un regard de mort. Un regard sans vie.

Je me regarde dans le miroir pendant ce qui semble être une éternité, mes paupières tombant sous la fatigue. Je suis fatiguée, si fatiguée. Je ne veux rien de plus que de dormir, et ne jamais me réveiller…

Et je peux voir… Je peux me voir moi même. Je me vois d'en haut, comme si j'étais un oiseau. Je peux me voir, mais pas le moi que je suis maintenant. Je parais plus jeune, pas plus de douze ans…

Je cours dans le parc de Poudlard dans mon uniforme de l'école, les joues roses et les yeux scintillant sous l'irritation. Et je crie contre 'Ron' de ma voix professorale. « Ron, donne-le moi, ce n'est pas drôle ! »

Mais il y a un rire. Un rire bruyant et incontrôlé, et je peux voir Ron courir loin de moi, et oui je me souviens bien de quand c'était : il avait volé mon livre 'Histoire de la Magie' et je ne pouvais pas le rattraper.

« RON ! » je crie, et le rire de Ron s'intensifie, et c'est seulement alors que j'aperçois Harry. Il rit avec Ron, mais il est assez loin derrière nous. Je peux seulement l'apercevoir, mais je suis sure que c'est lui : je peux apercevoir ses cheveux en bataille et le reflet de ses lunettes sous la lumière du soleil…

Et puis la scène… change, et… et je retiens un cri de surprise lorsque je m'aperçois que Ron n'est plus Ron, mais une fille. Une fille qui pourrait presque être Ginny, mais ce n'est pas elle. Elle a un peu plus de douze ans, avec les mêmes cheveux roux et les mêmes taches de rousseur et le rire de Ron, courant de la même façon et tenant le même exemplaire de 'l'Histoire de la Magie' dans ses mains.

« Rends le MOI ! » Mais ce n'est plus moi qui crie, mais un garçon qui a peut être un ou deux ans de plus que la fille, avec les mêmes cheveux roux brillants et les taches de rousseur, et ce sont maintenant ses yeux qui scintillent d'irritation, tandis que sa sœur se moque de lui…

Mais son rire n'est pas le seul que je peux entendre.

Harry finit par les rattraper tous les deux, mais il ne s'agit plus de Harry non plus. C'est leur frère, leur frère ainé que je n'avais pas encore eu l'occasion de voir avant aujourd'hui, mais je peux le voir clairement maintenant.

C'est un athlète, comme sa petite sœur. Ses longues jambes le montrent clairement. Il rit alors qu'il les atteint, son visage illuminé de joie… Son visage pale…

Ses traits sont fins et pointus. Il ressemble à un aristocrate. Sa peau est blanche comme de la porcelaine, malgré le soleil d'été, et ses cheveux blonds presque blancs fouettent son front pendant qu'il coure pour rattraper son frère et sa sœur…

Il atteint sa sœur et lui fait une prise de rugby, la plaquant au sol. Elle couine et lui donne des coups de pieds, s'accrochant au livre de toutes ses forces, mais il la maitrise avec simplicité.

« Espèce de rabat-joie ! » elle gémit, et il se moque d'elle à nouveau alors qu'il tend le livre vers son frère reconnaissant.

« Ne l'embête pas autant » il lui répond, mais il continue de rire. Et alors qu'il rit, je remarque ses yeux. Ils ne sont pas gris d'acier comme je m'y attendais, mais d'un brun chaud et foncé. « Maintenant, arrête ça, nous avons un entrainement de Quidditch. »

« Pas lui ! » dit-elle en se remettant sur pied, et elle renifle d'un air désapprobateur, le visage cramoisi.

« Je préfère largement étudier plutôt que de perdre mon temps sur un balai- »

La scène disparaît alors que les trois adolescents débattent sur ce point, un point sur lequel je suis personnellement d'accord, et je sens mon cœur se gonfler inexplicablement de fierté et d'amour…

Je me réveille, revenant à moi si violemment que ça me fait mal.

Je regarde dans le miroir en face moi, et alors que je regarde dans mes yeux, je réalise que je peux apercevoir durant un instant le visage pale et pointu entouré de cheveux blonds presque blancs…

Cette prise de conscience est un véritable coup de pied à l'estomac.

Je ne crois pas en la divination. Je n'ai jamais cru que les humains pouvaient voir le futur…

Mais pourtant, je n'aurai jamais pu croire au mal absolu non plus. Je n'aurai jamais cru pouvoir donner tout ce en quoi je crois pour sauver ma propre peau. Et je n'aurai jamais, mais alors jamais cru que je serai tombée amoureuse de Lucius Malefoy et tombée enceinte de son enfant…

Alors est-ce que je peux commencer à croire en la divination maintenant ?

Je regarde la bouteille, qui repose au chaud dans ma main tremblante.

Je ne peux pas… Je ne peux plus, plus maintenant que j'ai vu ce que cet amas étrange de cellules au creux de mon ventre pourrait devenir…

Que Dieu me vienne en aide. Que Dieu nous aide tous les deux. J'ai pris ma décision, et ce sera la mort de Lucius et la mienne.

Je lève la main et je jette la bouteille à travers la pièce. Je la regarde se briser contre le mur d'un air absent, répandant de petits éclats de verre sur le sol.