« Vous m'apprenez maintenant combien vous avez été cruelle… cruelle et fausse. Pourquoi m'avez-vous méprisé ? Pourquoi avez-vous trahi votre cœur ? Je ne puis vous adresser un mot de consolation. Vous avez mérité votre sort… Oui, vous pouvez m'embrasser, pleurer, m'arracher des baisers et des pleurs : ils vous dessécheront, ils vous damneront. Vous m'aimiez… quel droit aviez-vous alors de me sacrifier – quel droit, répondez-moi !
Alors que ni la misère, ni la dégradation, ni la mort, ni rien de ce que Dieu ou Satan pourrait nous infliger ne nous eût séparés, vous, de votre plein gré, vous l'avez fait. Je ne vous ai pas brisé le cœur, c'est vous-même qui l'avez brisé ; et en le brisant vous avez brisé le mien. » - Emily Bronte,Les Hauts de Hurle-Vent
« Il n'avait jamais eu l'intention de l'aimer. Mais c'était chose faite. Il avait traversé le gouffre pour aller à elle. Et tout ce qu'il avait laissé derrière lui s'était flétri, vidé de sens. » - DH Lawrence, La Fille du Marchand de Chevaux
Chapitre 43 Preuve
Hermione, tu as une mine horrible » chuchote Ron, me libérant de son étreinte au moment même où Avery quitte la chambre, fermant la porte derrière lui.
Je me contente de hocher la tête. Je suis épuisée. Je n'ai pas dormi depuis deux jours.
« Ce n'est rien » je murmure, espérant mettre fin à la conversation.
Je suis peut être lâche, mais je ne peux pas lui dire, je ne peux tout simplement pas. Ca le détruirait.
Il finira par le savoir de toute façon.
Il prend doucement mon menton dans sa main, me regardant dans les yeux.
« Est-ce que tu vas bien ? » il murmure. « Tu m'as foutu une belle frousse hier soir. Qu'est-ce qui t'est arrivé ? »
Qu'est-ce qui m'est arrivé ? Ah oui, l'évanouissement. Je l'avais presque oublié.
« Oh je… Je me suis sentie faible, c'est tout » je marmonne. « Je ne me souviens plus très bien. »
Mes yeux brulent de larmes irrationnelles. Stupide, stupide… Pourquoi est-ce que je pleure ? En quoi ça va m'aider ?
« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? » dit-il en frottant lentement mon bras dans un mouvement régulier. « Est-ce que… est-ce que c'est lui ? »
Ses yeux se durcissent un peu lorsqu'ils aperçoivent la réaction de mon visage face à ces paroles.
« C'était la nuit dernière, n'est-ce pas ? » Sa voix est devenue presque rigide. « Je savais que quelque chose s'était passé. Il était furieux lorsqu'il est revenu en bas après t'avoir porté jusqu'à ta chambre. Le seul moment où il a parlé, c'est pour envoyer balader quiconque essayait de lui adresser la parole. Qu'est-ce qui s'est passé entre vous ? Je pensais que c'était fini maintenant ? »
Je vais devoir lui dire. Il finira par le découvrir de toute façon.
« Oh Ron. » Je commence à respirer de lourds sanglots. J'apporte ma main à ma bouche, parlant à travers mes doigts. « C'est la pire chose que j'aurai pu imaginer. »
Il prend mes deux mains dans les siennes, me regardant droit dans les yeux.
« Ecoute-moi » dit-il rapidement. « Quoi que ce soit, on va le surmonter, je te le promet. Qu'est-ce que c'est ? Est-ce qu'il t'a blessé ? »
Je secoue négativement la tête, la respiration tremblante. Oh mon Dieu, est-ce que je peux faire ça ?
Est-ce que je dois faire ça ?
« Tu vas me haïr pour ça, je le sais. »
Ses yeux se rétrécissent un instant, avant qu'il ne secoue la tête. « Je ne pourrais jamais te haïr, Hermione » dit-il avec ferveur. « Alors maintenant dis-moi, qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce qui pourrait être si terrible pour que tu ne veuilles pas me le dire ? »
Je prends une profonde respiration et je me retiens pour la dernière fois à la possibilité d'un avenir avec Ron, puis je me lâche.
« Ron, je suis enceinte. »
Silence.
Ses yeux deviennent vitreux. Ils paraissent vides.
Il lâche mes mains, me laissant seule dans le froid.
Sa bouche se courbe dans une nausée apparente.
« Quoi… Quoi ? » il bégaye.
Ca y est. C'est fini. Tout. Oh mon Dieu, tout…
« Tu as bien entendu » je dis lamentablement.
Il paraît si pale qu'il en est presque vert. Il baisse les yeux, fixant le sol comme si ça pouvait lui fournir une certaine consolation.
« Oh mon Dieu » il murmure.
Je mords l'intérieur de ma joue et je sens la piqure des larmes dans mes yeux.
« Je suis tellement désolée, Ron » je murmure. « Je donnerais tout pour ne pas avoir eu à te dire ça mais… mais je le devais. »
Il hoche la tête, mais je ne pense pas qu'il m'ait vraiment entendu. Il paraît totalement perdu. Seul et abandonné.
« Et… et c'est le sien, n'est-ce pas ? » dit-il d'une voix tendue, aussi serrée qu'un élastique.
« Oui » je dis, peut être un peu trop fortement. « Ca pourrait être qui d'autre ? »
Il murmure des paroles silencieuses avant de serrer durement les lèvres et de hocher la tête.
« Je suis désolée » je murmure, et je le pense réellement.
« Ne le sois pas. Je ne voulais pas… C'est juste, tu sais, avec Avery et Drago dans les parages et tout… Ils auraient pu te blesser, je… »
Peut être que ça serait plus facile pour lui de croire que c'est l'enfant d'un violeur plutôt que de quelqu'un que j'ai choisis.
« Est-ce que… » il avale un peu d'air. « Est-ce qu'il le sait ? »
Oh mon Dieu, c'est si humiliant. J'aimerai juste me recroqueviller et mourir.
« Oui, il sait » je marmonne lamentablement.
Ses yeux se lèvent vers le plafond, comme s'il essayait de se ressaisir.
« Et qu'est-ce qu'il a dit ? » il me demande calmement.
Je laisse échapper un grognement minuscule. « Je suis sure que tu peux le deviner » je dis amèrement. « Il n'était pas très heureux. »
Ron exhale ce qui pourrait être un petit rire hystérique. « Non » il marmonne. « Ca expliquerait pourquoi il était si en colère… Tu lui as dit la nuit dernière je suppose ? »
« Oui » je murmure.
Il mord durement sa lèvre inférieure, si fort qu'un minuscule filet de sang apparaît.
« Donc… » Il semble lutter un instant pour trouver ses mots. Ses yeux s'illuminent. Ses yeux bleus flamboient de rage. « Est-ce que… est-ce que tu vas t'en débarrasser ? » dit-il, plus direct que jamais.
Oh, c'est une des choses les plus difficiles à dire. Comment puis-je lui dire que je souhaite garder la seule chose qui pourrait détruire tout ce que nous pourrions jamais avoir eu ensemble ?
« N-non » je balbutie. « Mais il le voulait. Il a essayé de me faire prendre une potion pour avorter, mais je… » je fais une pause, reprenant mon souffle. « Je n'ai pas pu. Peut être que j'aurai du le faire mais je… je n'ai pas pu. »
Il fronce durement les sourcils, comme s'il essayait de trouver ses mots. « Pourquoi… ? »
Il serre les lèvres et secoue la tête, semblant changer d'avis.
Je lui en suis reconnaissante. Je ne pense pas que j'aurai pu répondre à cette question.
« Ce… ce salaud. » Il étouffe ses paroles. « Ce malade, ce salopard de pervers ! Il est… Tu n'as que dix-huit ans, pour l'amour de Dieu… »
Je reste où je suis en me tordant les mains.
« Je sais Ron, mais c'est… »
Il ne m'écoute pas. Il arpente la pièce pendant quelques instants, en parlant d'une voix rapide. En partie pour moi, mais aussi pour lui même.
« Ce sale, visqueux… l'âge de son fils… et sa femme… oh mon Dieu ! »
Il se met soudain à hurler de rage, donnant un violent coup de pied à ma coiffeuse, si fort que le miroir oscille dangereusement, mais il semble à peine le remarquer.
« Je vais le TUER CET ENFOIRE ! » il explose. « Le salaud, je vais le tuer ! Cet enfant… Oh mon Dieu, il aurait dû… »
Il s'arrête avant d'aller plus loin. Il apporte ses mains à son visage, la respiration sifflante.
Mon estomac se serre sous l'impuissance. Je sais ce qu'il allait dire. Je le sais parce que je me le suis dit à moi même tant de fois.
« Oui, il aurait dû » je marmonne lamentablement. « Mais il ne l'est pas, et maintenant c'est fait. »
Un long silence avale mes paroles inutiles et sans valeur. Il ne me répond pas, continuant à fixer le sol.
« J'aurai voulu qu'il soit de toi, Ron » je dis en tremblant. « Je l'aurait vraiment voulu. »
« Peut être qu'il peut l'être. »
Mon front se plie sous mon froncement de sourcils.
Il lève la tête. Sa mâchoire est ferme et sa bouche serrée sous la résolution.
« Que veux-tu dire ? » je demande, même si je crois déjà savoir où il veut en venir.
Il fait un pas hésitant vers l'avant. « Ils savent… ils savent déjà que… Ils pensent tous que nous sommes proches l'un l'autre, en quelque sorte. Sauf… sauf lui. » Son visage se colore de ressentiment mais il continue. « Peut-être… »
Il s'arrête et se tourne, arpentant rapidement la pièce en me parlant, mais en regardant droit vers le sol.
« Je sais qu'on ne pourra jamais sortir d'ici » il marmonne. « Mais si jamais nous y arrivons… je serais heureux de faire semblant… »
Il s'arrête et me regarde les yeux brillants et un instant plus tard, il se retrouve en face de moi, ses mains dans les miennes.
« Est-ce que tu me laisseras m'occuper de toi, Hermione ? Si jamais nous sortons d'ici, est-ce que tu me laisseras te protéger ? »
Je le regarde, mes pensées s'emmêlant.
« Je ne pense pas que nous puissions un jour sortir d'ici- » je commence, mais il remue la tête.
« Même si nous ne sortons pas, je peux encore t'aider » dit-il résolument, sa voix dure sous la résignation et d'une pointe de ressentiment. « Est-ce que je ne pourrais pas… je ne pourrais pas dire que c'est le mien ? »
Je secoue la tête.
« Ils te tueraient pour avoir engendré un Sang-Mêlé, Ron- »
« Oh non, je ne pense pas » répond-t-il avec une certitude absolue. « Ils ont besoin de moi ! Pourquoi voudraient-ils me tuer alors qu'ils ont besoin de moi pour faire pression sur mes parents et pour atteindre Harry ? »
Je… Oh mon Dieu, je ne sais pas quoi penser !
« Mais qu'arrivera-t-il lorsqu'il sera né ? » je dis désespérément. « Que se passera-t-il s'il nait avec les cheveux blonds et la peau pale ? Ils ne sont pas stupides, ils sauront exactement ce qu'il s'est passé- »
« Neuf mois c'est long, Hermione » dit-il avec un regard presque heureux dans ses yeux. « Nous pourrions être loin d'ici, d'ici là. Et si nous sommes… »
Il s'arrête, et son emprise sur mes mains se resserre.
« Je prendrais soin de toi, je te le promet » dit-il en balbutiant. « Je sais que je ne suis pas aussi intelligent que toi, et je ne serais probablement jamais riche. Mais… Mais je t'aime. »
Mon cœur tambourine dans ma poitrine alors que je rencontre son regard lumineux.
« Et si tu me laisses faire, je t'aimerai pour le restant de ma vie » dit-il. « Je prétendrais que cet enfant est le mien. Même si nous devons rester enfermés ici, je prendrais ce risque. On pourrait simplement dire que nous… tu sais… quand on nous a laissé seuls tous les deux… »
Il s'arrête un instant avant de continuer.
« Et si nous sortons d'ici… je prendrais cet enfant comme si c'était le mien, si tu le souhaites. Tu n'auras jamais à supporter le moindre chuchotement ou reproche à propos de qui est le père. Nous dirons que c'est le mien, et l'enfant n'aura jamais à connaître la vérité. »
Je l'agrippe fermement. « Tu ferais vraiment ç-ça ? » je balbutie. « Tu élèverais l'enfant d'un Mangemort comme ton propre fils ? »
Il hésite une milli seconde avant de hocher la tête avec une certitude sombre. « Pour prendre soin de toi, je ferais absolument n'importe quoi. Et tout ce que j'ai toujours voulu, c'est prendre soin de toi. Si tu me laisses faire, si jamais nous sortons d'ici, alors je passerai le reste de ma vie à faire ça. »
Il tombe à genoux, gardant ses mains dans les miennes.
« Si nous parvenons à sortir d'ici… » il hésite, avant de continuer. « Hermione, voudras-tu m'épouser ? »
Je le regarde fixement, tous mes mots envolés. Je ne sais pas quoi dire, ni quoi penser.
J'ai rêvé d'innombrables fois de ce moment. Chaque fois que je souriais bêtement dans mon oreiller en pleine obscurité du dortoir, laissant mon esprit vagabonder à la façon dont il pourrait peut être un jour me l'annoncer.
Mais mes fantasmes d'écolière d'un diner aux chandelles et d'une bague en diamant, ont été brisés par Lucius Malefoy, et maintenant je me retrouve à faire quelque chose que je n'aurais jamais pensé : je me met à douter d'accepter ou non la demande en mariage de Ron.
Mais… Mais quelle autre option s'offre à moi ?
Je l'aime. Je l'aime vraiment. Il est gentil, courageux et bon. Il est mon rocher. Il ne me fera jamais souffrir, je le sais.
Mais il n'est pas Lucius.
Mais Lucius ne sera jamais, jamais… Il ne sera jamais en mesure de m'offrir cela, même s'il le voulait vraiment.
Et pourtant je l'aime. Je l'aime…
Ron me regarde, le visage rempli d'anxiété.
Je tombe à genoux avec lui, refusant de penser à ce que je fais, et je parviens à poser ma main sur sa joue.
« Oui, je me marierai avec toi. »
Il lâche son souffle dans un soulagement pur, et nous tombons dans les bras l'un de l'autre. J'ai le souffle coupé par un sanglot. Je ne ressens que ses bras autour de mes épaules, et je n'ai aucune idée de ce qu'il faut penser.
« Je me marierai avec toi » je murmure.
La porte s'ouvre violemment.
Je tourne ma tête tout contre l'épaule de Ron pour apercevoir Lucius, les sourcils durement froncés alors qu'il ferme la porte derrière lui. Il a cet ancien regard, celui qu'il a toujours à chaque fois qu'il me voit avec Ron. Celui que j'ai vu pour la première fois lorsque Ron a été capturé et que nous sommes tombés dans les bras l'un l'autre alors que Lucius nous regardait.
De la jalousie. De la jalousie pure et totale.
Mais si je m'attendais à ce qu'il réagisse violemment, alors je m'étais trompée. Il paraît presque… je ne sais pas. Il se contente d'avaler brutalement tandis qu'il nous regarde tous les deux avec un air de…
Résignation ?
Ron lève lui aussi la tête et nous nous remettons rapidement sur nos pieds, mais pour des raisons totalement différentes.
« Vous ! » siffle Ron, son visage inondé d'une colère pourpre. « Foutez le camp d'ici, espèce de salaud- »
« Restez calme et écoutez-moi, Weasley » le coupe Lucius.
Ce n'est pas le manque de ton dans sa voix qui me choque : après tout, Lucius est loin d'être l'ami de Ron. C'est la voix qu'il utilise lorsqu'il donne des ordres. Lorsqu'il a un plan précis qui doit être respecté.
Qu'a-t-il trouvé pour nous sortir de là cette fois ?
Je souhaite presque ne pas le savoir.
J'essaie de capter son regard, mais il reste résolument sur le visage de Ron, ne se déplaçant même pas un seul instant pour me regarder.
« Je n'ai absolument aucune envie de supporter votre compagnie, Weasley » il marmonne, sa voix teintée d'impatience. « Mais étant donné que ce que j'ai à dire vous concerne, je vous autorise pour le moment à rester ici. »
Ron grogne de dérision. « Et qu'est-ce qui vous fait penser que je serai intéressé par ce que vous avez à dire ? Pourquoi devrais-je écouter ce qu'a à dire un pervers de jeune écolière qui est deux fois plus jeune que lui ? »
La joue de Lucius tique légèrement, mais il continue de fixer Ron d'un regard froid comme un ciel d'hiver. « Je suis persuadé que vous serez très intéressé lorsque vous découvrirez l'objet exact de mon discours. »
Il fait une pause, et son regard vacille vers moi pendant une fraction de secondes, avant de se reposer une fois de plus sur Ron.
Pourquoi est-ce qu'il refuse de me regarder ?
« Je présume que vous êtes au courant de la…mésaventure qui nous est arrivé ? » demande-t-il avec délicatesse.
Les lèvres de Ron se recroquevillent. « La mésaventure ? Vous avez mis une adolescente enceinte, Malefoy : c'est un peu plus qu'une mésaventure- »
« Quoi qu'il en soit » dit Lucius d'une voix rigide d'impatience, « ça s'est produit. Et il faut maintenant régler le problème aussi rapidement que possible. »
Il s'arrête un instant, et pendant une brève seconde, j'ai l'impression qu'il va me regarder. Mais il ne le fait pas. Il tourne les talons et commence à arpenter la chambre, regardant partout sauf vers moi.
Je me sens gelée. Parce que j'ai un pressentiment sur ce qui va se passer, et… je ne sais pas…
« Si elle ne veut pas boire la potion d'avortement, alors elle ne peut pas rester ici. Tous les membres de ce manoir soupçonnent déjà qu'il se passe quelque chose entre nous, tout comme le Seigneur des Ténèbres lui même. Lorsqu'ils découvriront son état, ils me tueront immédiatement pour ma trahison. »
Il s'arrête un instant de marcher, et il déplace son regard sur un point du mur à ma gauche.
« Mais avant de faire cela, ils la tueront elle » dit-il d'une voix très calme. « Il était question de se débarrasser d'elle de toute façon. Le comportement de vos parents les a amené à croire que vous seriez plus utile pour atteindre directement Potter, plutôt que de vous utiliser pour garder vos parents à l'œil. »
Il hésite un moment, prenant une profonde respiration par le nez avant de continuer.
« Non seulement cela, mais ils voudront faire un exemple de ma trahison. » Il marque une pause, avalant brusquement. « Ils prendront un immense plaisir à le faire. La suppression d'un Sang Mêlé à naitre ne ferait qu'augmenter l'attrait de la tuer. »
Je frissonne involontairement.
Lucius secoue la tête et il se tourne une fois de plus pour faire face à Ron, qui est devenu presque aussi pale que l'homme en face de lui.
« Mais heureusement, tout cela peut être évité » dit doucement Lucius. « Et il semble que le destin soit de notre côté cette fois. »
Pourquoi ne me regarde-t-il pas ?
« Je pense que vous vous souvenez de la nuit où votre sœur a été envoyée ici ? » dit-il d'une voix trainante, une petite étincelle de malice illuminant ses yeux durant quelques secondes.
Le visage de Ron devient rouge brique. « Oui » il répond en serrant les dents.
Lucius ne s'y attarde pas cependant. Il semble qu'il n'ait pas assez de temps pour cela.
« Dans ce cas, vous vous rappellerez que c'est Bellatrix qui l'a amené jusqu'ici. Elle l'a capturé à Pré-au-Lard, a transplané avec elle jusqu'au lac, et l'a amené jusqu'ici pour servir sa cause. »
« Excusez-moi, mais en quoi c'est censé être pertinent – Aïe ! »
Ron est coupé par son halètement de douleur alors que Lucius a sa baguette levée vers lui. Il se saisit de son bras, grimaçant.
« C'est pertinent parce que sa capture peut nous fournir la clé de votre évasion. »
Nous restons tous les deux bouche bée devant lui.
« Notre évasion ? » demande Ron incrédule.
Oh… Votre évasion. Pas notre.
Il ne va pas venir avec moi.
Lucius hoche durement la tête, fixant Ron comme s'il venait d'avaler une gorgée de sel. « Oui, votre évasion » dit-il calmement. « Je crois que la seule option qu'il nous reste, c'est que j'informe l'Ordre de votre position, et de les faire venir à votre secours à une heure convenue à l'avance. S'ils viennent à la fin de la semaine, moi et Bellatrix ne seront pas sur place. Nous avons un travail à effectuer pour le Seigneur des Ténèbres ce weekend, ce qui va nous obliger à être absent pendant quelques jours. »
Je ne dis rien. Je reste totalement silencieuse. Tout comme Ron, bien que c'est pour des raisons totalement différentes des miennes, je pense.
J'essaie de regrouper mes pensées, mais je n'y arrive pas. Je commence donc à parler de la seule et unique question qui me vient à l'esprit.
« Mais Voldemort ne risque-t-il pas de se demander comment l'Ordre est au courant de l'endroit où nous nous trouvons ? » je demande calmement.
Lucius secoue la tête, regardant toujours loin de moi.
« C'est un risque, mais je pense que nous pouvons le contourner. C'est pourquoi la capture de Ginevra est si pertinente. Une fois Ginevra relâchée, elle a certainement dû décrire à ma nièce Nymphadora les lieux où Bellatrix l'a amené, et celle-ci a dû reconnaître la description. Ginevra est bien amie avec Nymphadora, n'est-ce pas ? »
Sans réellement réfléchir à la façon dont il est au courant de ce détail, je hoche positivement la tête, bien qu'il refuse toujours de me regarder. Mais Ron se contente de froncer les sourcils vers Lucius.
« Mais pourquoi ne sont-ils pas venus nous sauver avant ? » il demande. « Si Ginny a pu décrire où nous étions, alors pourquoi mes parents n'ont-ils pas dit à l'Ordre où je me trouvais ? »
Lucius laisse apparaître un sourire moqueur. « Ne réalisez-vous pas ? » dit-il d'une voix trainante. « Alors même que Dumbledore ait été tué par son plus fidèle allié, vous ne comprenez toujours pas que dans cette vie, on ne peut se fier à personne ? Même vos idiots de parents ont réalisé cela. Ils ont appris à ne faire confiance en personne. Ils savent que l'Ordre est envahi par nos espions, et que s'ils étaient capturés et dévoilaient des informations sur vos possibles allées et venues, vous seriez tués sur le champ avant même qu'une équipe de recherche soit envoyée pour vous sauver. Et puis, ils ne savent pas vraiment où se situe cette maison. Tout ce qu'ils connaissent, c'est une forêt, un lac et une cave. Ils ont seulement voulu vous garder en vie, et donc ils ont gardé pour eux le peu d'informations qu'ils ont eu. »
Pendant quelques instants, chacun de nous est silencieux, puis je me tourne vers Ron avec un petit sourire.
« Tu vois » je murmure. « Ils se soucient de toi, espèce d'idiot ! »
Ron laisse échapper un petit sourire involontaire, mais Lucius se contente de grimacer.
« En effet » il marmonne, et durant un instant, un instant électrisant, il glisse son regard vers moi, faisant s'évanouir le sourire de mon visage.
Mais cela ne dure pas longtemps. Son regard se décale légèrement vers la gauche, apparemment incapable de rester sur moi pendant plus de deux secondes.
« Je vais contacter l'Ordre ce soir » dit-il d'une voix dure et pragmatique. « Je devrais pouvoir sortir d'ici pendant une heure sans aucune méfiance. Avery m'a dit i peine cinq minutes qu'il devait se rendre devant le Seigneur des Ténèbres pour le couché du soleil. Il n'a pas expliqué pour quelle raison, mais je suppose que ça le tiendra à l'écart une bonne partie de la soirée. Et Bellatrix a été appelée par le Seigneur des Ténèbres avant l'aube. Elle est en ce moment avec lui, et ne sera donc pas de retour avant la nuit tombée, lorsque le bateau fonctionnera de nouveau. »
Je me sens engourdie. J'essaye de mettre de l'ordre dans mes pensées, mais je n'y arrive pas.
« Je suis presque certain de connaître lesquels des membres de l'Ordre sont fidèles à leur cause, et lesquels sont des espions pour le Seigneur des Ténèbres » dit Lucius d'une voix professionnelle. « Et donc, je sais exactement à qui m'adresser en premier lieu. »
« Tonks ! » je dis soudainement.
Ron se retourne pour me regarder, mais Lucius se contente de froncer les sourcils en fixant le sol.
« Et Andromeda » je murmure, déterminée à ne pas montrer à quel point il me fait souffrir. « Elles sont les seules à- »
« Les seuls membres de l'Ordre à pouvoir traverser le lac » Lucius termine la phrase à ma place. « Oui, je sais. Elles seront les premières à être informées de mon plan, avec les Weasley, le loup-garou Lupin, Fol-Œil et Shaklebolt. Ils devraient être assez forts pour combattre Avery et mon fils, et pour vous permettre à tous les deux de sortir d'ici. »
« Mais je ne comprends pas ! » dit Ron impatiemment. « Pourquoi est-ce que vous nous laissez tous les deux partir ? Vous n'êtes pas mon ami, et ce n'est pas comme si je vous portais dans mon cœur- »
« Réfléchissez un instant ! » le coupe Lucius avec impatience. « Essayez juste de réunir les deux morceaux de cerveau qui sont en votre possession pour réfléchir. Un Sang-de-Bourbe ne peut pas traverser le lac sans l'aide d'un Sang Pur et d'un membre de la famille Black. Si elle vient donc à disparaître, le Seigneur des Ténèbres saura que quelqu'un de la famille l'aura aidé. Cela ne laisse que moi, mon fils, et Bellatrix. Et à votre avis, qui se retrouverait en tête de liste des suspects, vu les soupçons qu'il devine déjà entre elle et moi ? »
Plus seulement des soupçons. Il en est probablement sur maintenant –
Quoi ?
Cette pensée ruisselle comme de l'eau claire entre mes doigts, et je ne peux pas la retenir…
Qu'est-ce que c'était ?
Oh, ça ne fait rien. Ca n'a probablement pas d'importance.
« Mais si l'Ordre vient jusqu'ici, alors Andromeda et sa fille seraient en mesure de vous aider à traverser le lac » continue Lucius. « Et ce serait plus naturel qu'ils vous sauvent tous les deux, plutôt que la Sang-de-Bourbe uniquement. S'ils viennent uniquement à son secours, alors les soupçons s'agrandiront d'autant plus. »
Il fait une pause, prenant une profonde inspiration, puis il se tourne finalement vers moi. Le monde semble s'arrêter tandis qu'il me regarde profondément dans les yeux.
« Si j'en avais le choix, ce n'est pas ce que je voudrais » il murmure. « Mais le choix est un luxe qui ne nous est pas attribué. Vous devez vous échapper de cet endroit… ensemble. »
Ses lèvres s'affinent alors qu'il lutte pour prononcer ce dernier mot, et durant un moment nous nous contentons de nous fixer : deux âmes perdues en pleine mer.
Il a finalement appris à prendre soin de quelqu'un. Il va faire la dernière chose qu'il souhaite pour assurer ma sécurité. Il a finalement réalisé que lorsqu'on se soucie de quelqu'un, on ne peut pas se permettre d'être égoïste…
Mais il avait déjà appris cela. Il l'avait déjà mis en pratique lorsqu'il avait essayé de mettre de la distance entre nous.
Peut être que je lui ai appris quelque chose, finalement.
Ron fusille Lucius du regard durant un instant, avant d'afficher un sourire sans joie et de secouer la tête.
« Alors tout se résume à ça, Malefoy ? » il jubile d'une voix dure. « Vous vous êtes creusé une bien jolie tombe. Vous avez donné tout ce que vous chérissiez pour Hermione, et maintenant vous allez la laisser partir. » Il s'arrête, les yeux brillants. « Je me demande ce que vous allez abandonner, quand tout ça sera fini. »
Je vois la joue de Lucius se contracter et ses doigts se resserrer alors qu'il tourne son visage vers Ron, mais Ron ne s'arrête pas là. Après tout, il ne connaît pas Lucius autant que moi, n'est-ce pas ?
« Vous savez ce que vous êtes ? » dit-il tranquillement. « Un faible. Un faible et hypocrite traitre à son sang. Quelle dommage que vous ne puissiez pas être plus fort alors que- »
Je vois Lucius réagir avant même qu'il ne bouge.
« Lucius, non ! »
Mais c'est trop tard. Il attrape Ron par les épaules et le plaque contre le mur, l'épinglant par la gorge.
Je les atteins rapidement. « Pour l'amour de Dieu, arrête ! » Je tire sur son bras, essayant de le faire lâcher prise, mais il m'ignore, se concentrant uniquement sur Ron.
« Ne vous avisez pas de me parler de cette façon ! » il siffle, son visage baigné de dégout. « Au cas où vous l'auriez oublié, vous avez une dette envers moi, Weasley. Je vais vous permettre de quitter ce lieu sans encombre alors que tous mes sens me crient de vous laisser pourrir ici- »
« Mais vous auriez très bien pu laisser Hermione s'échapper seule, n'est-ce pas ? » Ron sourit. Ou je devrais plutôt dire qu'il grimace en essayant de sourire. « Mais vous ne pouviez pas faire ça, hein ? Vous ne voudriez pas donner une bonne raison à votre précieux Seigneur des Ténèbres de vous soupçonner, je me trompe ? »
Je voie les jointures de Lucius blanchir. « Vous ne comprenez rien de tout ça, espèce de garçon stupide. »
Ron respire un rire moqueur. « Non, peut être pas. Je ne vais pas prétendre que je comprends que vos croyances tordues et votre fidélité à un psychopathe puissent être plus importantes pour vous que ne peut l'être Hermione. Oui Malefoy, je dois admettre que je suis totalement ignorant sur ce sujet. »
Lucius recule sa main, et j'ai à peine le temps de tendre ma main pour l'attraper et pour l'empêcher de fracasser son poing sur le visage de Ron.
« Ne fais pas ça ! » je murmure. « S'il te plait. »
Ses yeux glissent sur moi durant une brève seconde avant qu'il ne baisse rapidement son poing, exhalant de pure frustration tandis qu'il libère Ron du mur.
Ron tombe vers l'avant, massant sa gorge alors qu'il reprend son souffle, mais la lumière de triomphe ne quitte pas ses yeux.
« Vous êtes un perdant, Malefoy » il halète de façon venimeuse vers Lucius. « Vous avez échoué dans la seule chose qui vous tenait réellement à cœur : votre dévotion dans votre précieuse cause des Sangs Purs. »
Le visage de Lucius devient un instant rigide, et durant quelques secondes j'ai l'impression qu'il va de nouveau se jeter sur Ron. Mais ses lèvres s'étirent ensuite dans un sourire narquois.
« C'est possible » dit-il d'une voix très calme. « Mais je ne suis pas le seul perdant ici. »
Il s'arrête, et Ron se redresse, les yeux plissés avant qu'ils rencontrent le regard de pierre de Lucius. Je fais un léger pas vers l'avant, prête à m'interposer entre eux si cela est nécessaire.
« Qu'est-ce que vous êtes en train de supposer ? » demande calmement Ron.
Lucius sourit malicieusement vers Ron. « Vous pensiez entretenir un amour avec la Sang-de-Bourbe » dit-il d'une voix lourde de mépris. « Et pourtant, vous l'avez perdu. »
Il s'arrête, et lorsqu'il parle à nouveau, il y a un petit froncement de sourcils présent sur son visage.
« Vous l'avez perdu face à moi » il murmure.
Je le regarde fixement, totalement perdue, mais Ron ne le remarque pas. Il se contente d'avaler durement, son visage presque aussi pale que celui de Lucius.
« N'essayez pas de dire que vous avez gagné sur ce point » dit-il âprement. « Vous allez libérer Hermione. Lorsque cette semaine sera terminée, vous ne la reverrez jamais. La seule et unique personne à laquelle vous vous êtes jamais soucié, et vous allez la bannir de votre vie pour toujours. »
Durant un instant, je me sens essoufflée. Comme si quelque chose m'avait frappé à l'estomac. Et vu l'expression que donne le visage de Lucius, il ressent exactement la même chose. Mais il prend une grande inspiration par le nez, et répond d'une voix d'un calme que je ne lui connaissais pas.
« Je ne me soucie pas d'elle- » il commence, mais Ron l'interrompt d'un rire sans joie.
« Oh, ne me sortez pas cette merde ! » il s'exclame. « Si vous ne vous souciez pas d'elle, alors vous ne seriez pas allé contre tout ce que vous croyiez pour elle- »
Il s'arrête alors que Lucius lève à nouveau son poing, et je pousse un petit cri, portant mes mains à ma bouche face à ce qui va suivre, mais alors que les yeux de Lucius scintillent vers moi, il abaisse son poing, saisissant Ron par le col.
« C'est assez » il marmonne. « Vous allez retourner dans votre chambre, Weasley, et si vous êtes assez sensé, vous resterez hors de ma vue jusqu'à ce qu'il soit temps pour vous de quitter cet endroit. »
Il tire la petite clé de l'intérieur de sa cape, et elle commence à briller d'une couleur rouge terne…
Mais pendant les quelques précieuses secondes avant qu'ils ne disparaissent dans l'air, Ron tourne son visage vers moi et, invisible de Lucius, articule vers moi trois petits mots distincts.
« Je t'aime. »
Et puis ils sont partis.
Je reste debout, mes poumons privés d'air.
Après tout ce qu'il s'est passé, il m'aime encore.
Bien sur qu'il t'aime. Tu le savais déjà.
Je referme mes bras autour de moi.
Alors, ça y est. Ron et moi allons partir. Nous allons finalement être libres…
Mais pourquoi la liberté fait si mal ?
J'ai déjà eu cette pensée auparavant. Je m'en souviens. Au Terrier, juste avant que je ne comprenne à quel point Lucius pouvait tenir à moi…
Enfin non, pas vraiment tenir à moi. Je ne pense pas qu'il se souciait de moi à ce point. Il me désirait, si fort qu'il est allé contre tous les ordres de Voldemort pour me garder près de lui, mais il ne se « souciait pas encore de moi alors. Il me détestait pour ce que j'avais fait de lui.
Mais alors, quand a-t-il commencé à se soucier de moi ?
Je ne sais pas.
Mais Ron… J'ai toujours su qu'il se souciait de moi. Et maintenant, j'en ai la preuve concrète. Il est prêt à donner sa vie pour moi. Il va élever l'enfant d'un homme qu'il déteste, juste pour moi. Après tout ce que je lui ai fait, il tient encore à moi… Plus que Lucius ne le pourra jamais.
Cette pensée me fait plus mal que je ne l'aurais cru, mais… mais c'est la vérité, n'est-ce pas ? S'il se souciait de moi autant que Ron, alors il serait prêt à faire ce que Ron est prêt à faire. Il abandonnerait sa vie ici et il me suivrait pour élever son enfant.
Mais il ne le fait pas. Et ça doit donc être comme ça. Ron et moi allons nous marier, comme je l'ai toujours voulu. Nous allons vivre ensemble, certainement dans le pays. Nous aurons probablement des enfants en commun, une fois que l'enfant de Lucius sera né. Nous allons trouver un emploi. Nous emmènerons les enfants à l'école, nous ferons les courses hebdomadaires, et les taches ménagères. J'enfermerais mon existence entière dans la normalité, et je ferais tout pour oublier…
Lucius va rester ici et va continuer à servir Voldemort, et Ron et moi allons rentrer chez nous.
Et je ne le reverrais jamais.
Je presse mes doigts glacés contre mes lèvres alors qu'un sanglot menace de me submerger.
Je ne peux pas pleurer. C'est la seule solution. Il n'y a rien d'autre que l'on puisse faire.
Sauf si tu te débarrasses du bébé.
Mais… Mais je ne peux pas…
Si, tu pourrais.
Mais pourquoi le ferais-je, alors que c'est ma seule chance de salut ? Si je m'en débarrasse, Lucius n'aura plus aucune raison pour me laisser partir, et alors il me gardera ici, et il devra finalement me tuer à la fin…
Tu ne voudrais pas passer encore quelques mois avec lui, plutôt que de passer des années et des années sans plus jamais voir son visage ?
La porte s'ouvre dans un grincement et se referme à nouveau.
Je me retourne. Il se tient en face moi, me regardant longuement et durement, ses yeux d'acier rétrécis.
Le silence s'abat entre nous. Un silence insoutenable et total.
C'est un silence de non-dits et d'émotions indéfinissables.
Un silence que je décide finalement de rompre.
« Il semble que ton souhait va enfin se réaliser, n'est-ce pas ? » je dis froidement.
Ses yeux se rétrécissent. « Quoi ? »
Je pousse un long soupir d'amertume. « A la fin de la semaine, tu seras débarrassé de moi » je marmonne. « Je ne serais plus là pour te déranger. Tu n'auras plus jamais à me revoir. N'est-ce pas ce que tu as toujours voulu, Lucius ? »
Il me regarde longuement et durement. Sa peau est aussi blanche que de la glace. Il essaie de garder le contrôle. Il en a besoin…
« Il y a un temps peut être, Sang-de-Bourbe » il marmonne, sans quitter mon visage des yeux.
Je rencontre son regard de pierre. « Si tu ne veux pas que je parte, et que tu ne veux pas venir avec moi, alors que veux-tu exactement de moi ? »
Il me fixe pendant un long moment, sa bouche tirée en une fine ligne sur son visage de marbre, avant qu'il ne me réponde finalement d'une voix à peine plus forte qu'un murmure.
« « Je veux… » Il prend une profonde respiration. « Je veux que tu restes ici, avec moi. »
Mon cœur tressaute et s'arrête.
« Et puis ? » J'oppose un farouche combat pour garder ma voix aussi ferme et glaciale que je le souhaite, mais je sens mon contrôle craquer et ma voix devenir de plus en plus vacillante. « Même si je faisais ce que tu souhaites, et que je me débarrassais de notre bébé, qu'il y a-t-il pour nous ici ? Souhaites-tu que nous vieillissions ensemble dans ce donjon, c'est ça que tu veux ? »
Je deviens hystérique. Je prends une grande inspiration pour me calmer.
Il fronce les sourcils vers moi, ses yeux s'assombrissant d'une obscurité que je ne peux pas traverser, puis il secoue la tête.
« Ne sois pas ridicule » dit-il rapidement. « Tu sais très bien que ce n'est pas ce que je souhaite. »
« Et bien, étant donné que tu ne veux pas venir avec moi, c'est tout ce qui nous attendrait si je décidais de rester ici avec toi ! » je rétorque, sentant la brulure des larmes. « Et de toute façon, tu devras me tuer à la fin. Tu sais cela. Bellatrix et Avery disent que c'est ce que Voldemort voudra- »
« Je ne voudrais pas te tuer ! » dit-il brusquement.
Je le regarde fixement, mon cœur flottant dans ma poitrine.
Il semble mal à l'aise durant quelques secondes, avant qu'il ne lâche son regard du mien, le fixant dans un coin de la chambre.
« Je ne ferais jamais ça » il marmonne. « Je t'aurais gardé près de moi. J'aurais… » Il lutte un instant, contre quelque chose qui paraît particulièrement désagréable. « J'aurais fait en sorte que tu sois… bien traitée. »
Je le regarde incrédule. « Par qui ? Toi ? »
Il lève les yeux pour rencontrer les miens. Ils sont aussi durs que du silex. « Est-ce une notion si ridicule venant de moi ? » dit-il froidement. « J'ai passé ces derniers mois à prendre soin de toi. Tu as toujours, toujours été la première chose dans mon esprit, peu importe où j'étais, ou avec qui je me trouvais. Tout ce à quoi j'ai toujours pensé, c'est à toi ! »
Sa voix est légèrement plus forte. Il serre durement les lèvres et inspire une profonde respiration pour se calmer.
Un mince filet de peine empoisonnée se déplace vers le bas de mon ventre.
« Et où me garderais-tu ? » je dis finalement, mes mots tremblants d'émotion. « Que ferais-tu exactement avec une Sang-de-Bourbe ? Voudrais-tu m'enfermer dans ton grenier, comme Mrs Rochester ? »
« Qui ? » dit-il avec impatience.
« C'est de la littérature moldue, ignorant… »
Je m'arrête et respire profondément pour garder ma respiration stable.
« Nous finirons par être découverts à la fin » je murmure. « Tu sais cela. Voldemort nous suspecte déjà, pour l'amour de Dieu. C'est pourquoi tu as mis fin à ce qu'il y avait entre nous, n'est-ce pas ? On sait très bien que ce n'était pas ma décision- »
« C'est une décision que je devais prendre ! » dit-il, sa voix brulante de ressentiment. « Je ne le voulais pas, pas plus que je n'aurai voulu me couper mon propre bras ! Tu ne sauras jamais combien ce choix m'a couté ! »
« Vraiment ? » je dis d'une voix se fissurant, ma fureur me submergeant. « Est-ce que cela t'as couté autant qu'à moi ? Tu as brisé mon cœur ce soir là, Lucius. Le tien a-t-il aussi été déchiré en deux ? Je pensais que tu n'avais pas de cœur ! »
Il fait un pas vers moi, sa bouche s'ouvrant furieusement, mais tout ce qu'il s'apprête à dire meure sur sa langue. Il serre les lèvres un instant, les yeux brulants, avant qu'il ne parle finalement d'une voix tendue.
« Je l'ai fait pour te sauver » dit-il d'une voix sombre pleine d'amertume. « Pourquoi ne comprends-tu pas cela ? »
Je serre les dents, essayant d'arrêter mes lèvres de trembler d'émotion réprimée.
« Mais il y a tellement de choses que je ne comprends pas » je murmure. « Tellement. N'as-tu pas essayé de m'enseigner le fait que je sois si ignorante ? Alors, laisse moi t'éclairer sur le contenu de mon ignorance. »
Je fais une pause, aspirant mon souffle dans les profondeurs de mes poumons, avant de me forcer à continuer.
« Pourquoi me détestes-tu autant ? » je demande, presque simplement.
Il me fusille de regard. « Quoi ? »
Je me force à continuer, tremblante.
« Pourquoi suis-je si répugnante pour toi ? » Des sanglots commencent à poindre autour de mes paroles, malgré tous mes efforts pour garder ma voix régulière. « Qu'il y a-t-il de si insupportable avec moi pour que tu nous fasses cela, plutôt que de nous laisser être ensemble ? »
Je ne sais pas si je me fais des idées ou non, mais je pourrais jurer l'avoir vu tressaillir.
« Je vois que ça t'a blessé » il marmonne. « J'en suis désolé. Tu dois me croire lorsque je te dis qu'il s'est passé un temps considérable depuis la dernière fois que j'ai pris du plaisir à te faire souffrir. »
Je laisse couler ces paroles un instant, avant de me forcer à me rappeler que tout cela est faux. Je me rappelle des mots qu'il avait prononcé, il y a si longtemps. Des mots qui m'ont donné des cauchemars avant que je ne commence à m'accrocher à eux dans un espoir désespéré.
« Tu m'as dit une fois que tu préfèrerais mourir plutôt que de me libérer. Est-ce que tu te souviens, ou est-ce que ta mémoire est si sélective qu'elle a préféré oublier cela ? »
Et je sais alors que j'ai atteins son âme. Je le sais parce que ses yeux commencent à flamboyer. A flamboyer de colère, d'un feu désespéré.
« Pour l'amour de Dieu, pourquoi ne comprends-tu pas ? Avant que tu ne viennes tout détruire, j'aurai été heureux de mourir pour ce en quoi je croyais ! Mais maintenant… »
Il s'arrête, et se tourne en claquant vivement son poing contre le chambranle de la porte en chêne, respirant lourdement, avant de continuer à nouveau, sans un regard vers moi.
« Je ne comprends pas cela » il marmonne. « Je ne… Je ne veux pas mourir pour toi. Parce que si je venais à mourir, alors je ne te reverrais plus jamais. Je veux aller plus loin que cela. Je veux… Je veux vivre pour toi. »
Je… Oh mon Dieu, je ne peux pas le supporter. Je suis sur le point d'imploser, de me dissoudre de combustion spontanée. Il y a bien trop d'émotions pour que mon corps le supporte.
Il prend une respiration profonde, fermant les yeux. « Ne me parle pas comme ça » dit-il d'une voix sombre remplie de douleur. Il se tourne vers moi en rouvrant ses yeux pour me fixer. « Je ne peux pas le supporter. As-tu la moindre idée de ce que ça va être lorsque tu seras partie ? Et les mots que tu viens de prononcer seront les dernières paroles dont je me souviendrais… »
Il se déplace soudain, et en quelques enjambées il se retrouve en face de moi. Il s'arrête, m'atteignant lentement, et caresse doucement mon menton du bout des doigts.
L'intensité de son regard pourrait me bruler vive.
« As-tu la moindre idée de ce que je vais devenir sans toi ? » dit-il, sa voix ne tenant qu'à un fil.
J'aspire un souffle fragile, et je dépose ma paume sur sa joue, sentant la magnifique et familière rugosité de sa peau, de sa chaleur. Il ferme les yeux dans un instant de pure agonie, avant qu'il ne me regarde à nouveau.
« Ca n'a pas à se passer comme ça » je murmure. « Tu pourrais venir avec moi, tu sais que tu le pourrais. »
Il secoue la tête, et bien que chaque geste qu'il fait lui procure une douleur, il se détourne de moi.
« Je ne peux pas » dit-il en forçant ses mots. « Ca irait contre tout ce que j'ai toujours combattu, et ça ne signifierait pas seulement ma mort, mais également la tienne, tu ne vois pas ? Et… »
Il semble lutter un instant, mais se force finalement à continuer.
« Et le… l'enfant. Notre… » Il prend une profonde respiration qu'il lâche ensuite dans un soupir. « Notre enfant. Tu prétends que tu es prête à tout risquer pour le garder, et pourtant, tu serais prête à mettre ta vie en danger en me forçant à venir avec toi. Ils nous tueraient tous les deux, et ils tueraient également notre enfant pour faire bonne mesure. »
Je serre durement le bas de ma robe, mais je ne vais pas abandonner maintenant. Je ne vais pas abandonner, parce qu'il a dit notre enfant. Pas ton enfant. Notre enfant.
« Si… Si tu tenais vraiment avec moi… » je dis hésitante, forçant littéralement les mots à franchir la barrière de mes lèvres. « Si tu… Si tu m'aimais vraiment, tu serais prêt à prendre ce risque. » J'aspire mon souffle pour m'empêcher de bégayer. « J'y suis prête. Pourquoi ne l'es-tu pas ? »
Il serre les dents et secoue la tête. « Aimer ? » dit-il d'une voix basse et illisible. « Aimer. Qu'as-tu utilisé pour essayer de me parler d'amour ? Quels mots as-tu utilisé ? Incontrôlable, insupportable et horrible ? Je me demande bien pourquoi tu sembles tellement friande de ce concept, si cela te causes tant de souffrances. »
Je le dévisage, la colère montant en moi comme la marée. « Et bien, ce n'est pas comme si tu étais capable de comprendre ça, n'est-ce pas ? » je dis amèrement.
Il me regarde quelques instants d'une expression sombre et insondable. « Je ne l'ai jamais su » dit-il calmement. « Je n'ai jamais- »
« Tu n'as jamais essayé ! » je dis vivement, totalement perdue. « Ne me donne pas cette excuse stupide comme quoi tu n'en es pas capable, tu n'as jamais essayé une seule fois ! »
« Il n'a jamais été question que j'essaye d'aimer ! » il me crie en retour. « Depuis que tu es arrivée, j'ai au contraire tout fait pour ne pas… »
Il s'arrête avant d'en dire plus.
Le silence qui suit s'abat sur nous comme un cheval mort.
Je le regarde fixement, la respiration rude.
Ses joues sont blanches, d'un blanc pur, la respiration aussi irrégulière que la mienne.
Je ne dis rien. Je n'ose pas.
Ma tête… Elle est remplie de choses que je ne comprends pas, que je ne peux pas assimiler. Remplie de choses qui dépassent la compréhension humaine.
Et mon cœur… Oh mon Dieu, ça fait mal.
Il porte sa main à ses yeux, les cachant de mon visage, et je lui en suis reconnaissante pour cela. Je ne sais pas si je pourrais supporter de les regarder à nouveau sans devenir folle.
Ma tête va me tuer.
J'avale durement. « Si nous avons un peu de temps, peut être que… » je dis hésitante.
Il abaisse sa main de sur ses yeux et s'avance lentement vers moi, sa mâchoire serrée par la résolution.
« Nous avons du temps » dit-il doucement avant de se saisir de ma main et de la glisser dans la poche de sa cape.
« Que fais-tu ? » je murmure.
Il verrouille son regard sur le mien. « Tu vas voir. »
Il sort la petite clé de ses vêtements.
« Le Jardin. »
