« Mon ange, ne pleure jamais pour ce qui ne sera pas,

Pour ce que Dieu ne nous a pas donné.

Si le moindre rêve d'amour était une réalité,

Alors mon ange, nous devrions être au Paradis

Mais il n'y a que sur Terre, ma chère

Où l'amour véritable n'est pas permis. » – Elizabeth Siddal, Dead Love


Chapitre 44 Eden

L'herbe est la première chose que je remarque.

Je lève légèrement le bas de ma robe, et je regarde mes pieds nus se tortiller entre les longues touffes d'herbe fraiche.

Ca… chatouille.

Je ferme les yeux et je pousse un profond soupir.

Des doigts effleurent ma main.

« Sang-de-Bourbe ? »

Je souris, si choquée par l'émotion ressentie que j'arrive à peine à respirer.

« Je n'aurai jamais pensé pouvoir à nouveau ressentir le contact de l'herbe » je murmure, mon nez me brulant sous les larmes.

Ses doigts se referment sous mon menton, levant mon visage pour lui faire face. Je n'ouvre pas les yeux mais je peux sentir son visage se rapprocher du mien, de plus en plus, et je retiens mon souffle alors que ses lèvres viennent effleurer ma mâchoire, très légèrement, avant qu'il ne remonte pour les poser sur mon front.

Je laisse échapper un souffle tremblant et je le sens s'éloigner de moi.

J'ouvre les yeux et je détourne mon visage de lui, fixant l'obscurité du jardin.

Je commence à haleter. Je ne peux pas m'en empêcher. Je ne pense pas avoir déjà vu quelque chose d'aussi…

Beau ?

Est-ce que c'est beau ?

Oui, mais… Mais c'est aussi tellement irréel. C'est quelque chose de difficile à définir. C'est un endroit qu'on a du mal à imaginer. Nous ne sommes pas à l'extérieur, et pourtant…

Je lève malgré moi les yeux vers le plafond, m'attendant à voir des étoiles, la lune et le bleu nuit d'un ciel nocturne. Mais il n'y a rien. Juste un noir pur. Cet endroit doit se trouver sous terre, comme Ron l'avait soupçonné.

Mais la lumière… Le clair de lune je veux dire… D'où vient-il ?

Il semble venir des ruines. Ron avait raison. Elles ressemblent un peu aux abbayes Moldues, mais construites dans une pierre bien plus brillante. Je pense que la lumière vient de là, nous offrant une lumière argentée qui n'est pas sans nous rappeler celle de la lune.

Je frissonne, et comme pour me donner une réponse, une douce brise se faufile parmi les arbres, arrachant quelques feuilles des branches, les faisant virevolter vers nous. Elles flottent doucement dans les airs, prenant un temps infini à atteindre le sol.

Les feuilles. L'herbe. Le vent. Toutes ces choses que je ne m'attendais pas à voir de nouveau.

Pendant un instant, tout ça est trop pour moi. Je sens s'accumuler les larmes au fond de ma gorge, et j'avale. La seule chose que je pense dire est –

« Oh mon Dieu. »

Une rafale de vent, et le tintement argenté d'un bruit de cloches, puis –

Silence.

'Votre silence est d'or-'

Je retiens mon souffle, mon cœur battant soudain la chamade, prenant un rythme irrégulier.

Qu'est ce que c'était que ça ?

J'essaye… de le retenir…

Mais il n'y a rien à retenir. A quoi j'étais en train de penser ?

Les feuilles glissent derrière moi alors qu'il se rapproche, sa cape frôlant le sol comme un serpent qui rampe.

« Qu'il y a-t-il ? » il murmure.

Je secoue la tête, essayant de me ressaisir.

« Rien » je marmonne. « Rien. »

Il y a un long silence tandis que je regarde autour de moi, essayant désespérément de donner un sens à ce paradis caché.

« De quand date ce jardin ? » je murmure, sans me retourner pour le regarder.

Il y a une courte pause.

« Je pense que personne ne le sait vraiment » il murmure. « Une légende familiale dit que ce jardin était présent avant que la maison ne soit construite. Que c'est un site de la vieille magie qui résidait dans la grotte avant même que les Black ne se soient imposés comme dynastie, et bien avant qu'ils ne pensent à construire le manoir. »

Une brise fait frissonner les branches des arbres, laissant s'échapper un léger tintement dans l'air, si doux que l'on peut à peine l'entendre.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? » je demande, sentant la chair de poule se former sur mes bras.

Il exprime sa pensée dans un souffle.

« Ce site est rempli de vieille magie » il me répond. « C'est indéniable. Mais je ne saurais dire quelle sorte d'ancienne magie. »

De la vieille magie. J'en ai entendu parler. Ce n'est pas quelque chose que nous avions vraiment étudié en détail à l'école, c'était considéré comme un sujet beaucoup trop avancé pour nous. La magie est plus vieille que toutes les inventions. Certains disent qu'elle est aussi vieille que le temps lui même.

Je secoue la tête. Je dois être logique.

« N'est-ce pas un peu risqué que tu me fasses venir ici ? » je demande. « Ron m'a dit qu'il avait déjà été amené ici. Ca veut donc dire que les autres sont au courant de cet endroit. Et s'ils nous découvraient ici ? »

« Nous ne seront pas découverts » il me répond rapidement. « Ce lieu ne peut être atteint qu'avec la petite clé de téléportation, et il n'en existe actuellement que deux. L'une d'elles appartient à Narcissa et elle m'a confié sa clé quand je me suis installé ici. L'autre appartient à Bellatrix, qui est en ce moment même de l'autre côté du lac, bloquée sur l'autre rive jusqu'au couché du soleil. »

Je m'arrête, à la recherche d'un possible échappatoire. Il ne m'aurait pas amené ici s'il y avait un risque qu'on soit découvert, je le sais bien.

Il se déplace en face de moi, son regard sombre et intense.

« Alors nous avons du temps ? » je murmure.

Il se rapproche plus près de moi, attrapant une mèche de mes cheveux entre son pouce et son index tandis qu'il baisse ses yeux vers mon visage.

« Assez de temps » il murmure.

Mais je ne vais pas m'abandonner ainsi. Pas encore. Il y a encore des choses que j'ai besoin de savoir.

« Pourquoi ne m'as-tu pas amené ici avant ? »

Un léger froncement de sourcil apparaît sur son front. « Au début je n'en avais aucune envie » il murmure. « Je n'avais aucune envie de te donner une quelconque sorte de joie lorsque nous sommes arrivés ici. Et puis, quand les choses ont commencé à… changer, je n'avais aucune envie de te permettre de voir ça… C'est seulement lorsque j'ai réalisé que je pouvais te perdre que je me suis rendu compte à quel point je tenais à te montrer ce que tu représentes vraiment pour moi. »

Je lâche un amusement amer. Je le connais. Trop bien. Mieux que je ne l'ai jamais voulu.

« Quel beau menteur tu fais, Lucius Malefoy » je marmonne.

Un muscle se contracte dans sa joue tandis qu'il laisse tomber sa main de mes cheveux.

« Je ne te mens pas, Sang-de-Bourbe » dit-il brusquement. « Je ne t'ai jamais- »

« Oh oui, tu ne me mens jamais » je lui rétorque. « Et tu ne m'as jamais menti au sujet de ma mémoire, bien sur. »

Il sursaute presque et je laisse apparaître un sourire sans joie.

« Tu ne m'as jamais menti. » Je tourne mon visage vers lui. « Même ça, c'est un mensonge. Tu me mens en ce moment même, comme tu t'es menti à toi même sur ce que je représentais pour toi. De la même façon, tu m'as menti maintes et maintes fois sur la raison de pourquoi on ne devrait pas être ensemble. »

Ses doigts se referment durement sous mon menton, levant mon visage vers lui.

« Ce n'était pas un mensonge » dit-il farouchement. « Supposons que tu ne sois pas une Sang-de-Bourbe. Non, écoute-moi. » Il m'oblige à garder mon visage en face du sien alors que j'essaye de lui tourner le dos. « Supposons que ton sang ait été aussi pur que le mien. J'ai une femme. »

Je grimace. Je ne veux plus jamais me souvenir de cette femme parfaite qui m'a parlé si poliment alors que j'entretenais une liaison avec son mari. Mais il continue de parler.

« Tu savais cela depuis le début, je n'ai jamais essayé de te le cacher » dit-il crument. « Et un Mangemort n'avait pas le droit d'entretenir une liaison avec une prisonnière à sa charge. Encore moins avec une prisonnière aussi importante à notre cause que tu l'étais. Le statut concernant ton sang ne faisait pas tout. » Il s'arrête, et sa dernière phrase n'est plus qu'un murmure. « Et pourtant tu m'as laissé rentrer dans ton lit. »

« Je ne t'ai pas laissé entrer : tu as forcé le chemin. » J'arrache mon visage de sa main. « As-tu choisis d'oublier ce fait, Lucius ? »

C'est à mon tour d'être cruelle maintenant. Et vu l'expression de son visage, j'ai dû réussir.

Il ne dit rien pendant un long moment, et lorsqu'il se met finalement à parler, ses lèvres bougent à peine.

« Alors c'est ça ? » il marmonne amèrement. « Toute cette histoire n'a été qu'unilatérale de mon côté, c'est ce que tu es en train de dire ? »

Je m'immobilise, piquée au vif, avant de répondre.

« Pas totalement » je réponds. « Tu le sais très bien. Tu sais très bien que lorsque tu m'as quitté, tout ce que je voulais c'était que tu restes. Mais tu ne peux pas nier que lorsque ça a commencé, c'était uniquement de ton fait. Tu es venu vers moi, et tu m'as poussé dans une situation que je n'étais pas prête à assumer. »

« Je ne savais pas quoi faire d'autre ! » il siffle, sa colère l'inondant. « Tu n'as aucune idée de ce que c'était : de savoir jour après jour que tu étais là, si proche, toujours totalement… »

Il s'arrête, sa respiration dure de colère.

« Ce n'était pas seulement moi » dit-il finalement.

Je lui lance un regard furieux. « Tu ne peux pas me blâmer » je dis fermement. « Comment pourrais-tu me blâmer ? J'avais dix-sept ans, je n'étais qu'une enfant. Mais toi, tu es un homme cultivé, tu as une femme, et un fils de mon âge pour l'amour de Dieu. »

Il ricane. « Alors qu'aurais-tu préféré ? Aurais-tu aimé que je te tourne autour, comme l'a fait Weasley pendant sept ans ? Ce n'est pas ma façon d'être, Sang-de-Bourbe. Je prends ce que je veux, si je ne l'ai pas déjà. »

Je souris amèrement. « Bien sur » je marmonne. « Que pouvais-je attendre d'autre d'un Malefoy ? Ambitieux, impitoyable, gâté. Tout comme ton fils. »

« Et tu es grossière, sans grâce et imbue de toi-même : typique d'une Sang-de-Bourbe » me rétorque-t-il.

« A quoi t'attendais-tu ? » Je suis furieuse d'entendre ma voix se fissurer. « Tu m'as enlevé de chez moi. Tu as tué mes parents, pour l'amour de Dieu ! Tu m'as torturé, pas seulement pour me soutirer des informations, mais aussi pour ton propre divertissement ! »

Il sursaute légèrement. Il ne veut pas se souvenir de ce moment là, mais je ne le laisserais pas l'oublier.

« Tu ne supportais pas que je sois moi même, n'est-ce pas ? Tu ne supportais pas le peu d'auto estime que j'avais, alors tu as voulu le faire disparaître. Tu m'as harcelé, encore et encore… »

Je m'arrête, incapable d'en dire plus. Je me sens blessée. Ce n'est pas seulement une douleur psychologique. C'est une agonie physique et suprême, mais je suis incapable de mettre des mots sur cette douleur.

A la façon dont il me regarde, je suppose qu'il ressent la même chose.

« Ne reste pas immobile comme ça, et ose me dire que tout ça était unilatéral » dit-il froidement. « Ne prétends pas que tu ne m'as pas forcé la main. Je suis la dernière personne sur terre qui voulait ce qu'il s'est passé entre nous, tu sais cela ! »

« Alors pourquoi ne m'as-tu pas laissé ? » je rétorque. « Pourquoi ne m'as-tu pas laissé tranquille ? Pourquoi ne m'as-tu pas laissé à Ron, plutôt que de t'introduire dans ma vie ? »

Il ne répond pas à ma question.

« Tant qu'à échanger des aveux, pourquoi m'as-tu demandé maintes et maintes fois de te laisser tranquille, et que lorsque je t'ai finalement quitté tu m'as supplié de revenir vers toi ? » Ses paroles sont entourées de venin. « Pourquoi ? Si j'ai vraiment ruiné ta vie comme tu le prétends, pourquoi as-tu pris si mal mon départ ? »

J'avale durement ma salive. Je ne vais pas pleurer devant lui…

La première nuit où il m'a capturé, je me suis dis à moi même que je ne pleurerai pas devant lui. Je ne serai pas faible. Je ne savais pas quelle force ça allait me demander, au moment là. Je ne savais pas ce qu'il y avait à craindre.

« Je ne sais pas » je murmure, les larmes me brulant les yeux. « Tout ce que je sais, c'est que je ne pouvais pas supporter d'être loin de toi. C'est seulement lorsque je t'ai perdu, que j'ai réalisé à quel point je t'aimais. »

Il me regarde fixement alors que mes mots emplissent l'air. Il me regarde sans vraiment comprendre, comme s'il ne connaissait que trop bien maintenant ce que je suis en train de lui dire.

Je commence à pleurer.

« Je t'aime, Lucius » je dis finalement, avec une facilité qui me déconcerte. « Je te hais, oh mon Dieu, je te hais tellement, mais… ça va de pair avec toute ma haine, je… je ne peux pas… je ne sais pas, mais je t'aime- »

Et en un instant, je suis dans ses bras. J'ignore s'il m'a tiré vers lui ou bien si c'est moi qui ait bondit vers lui. Tout ce que je sais, c'est que nous nous serrons si fort l'un l'autre, que j'ai du mal à respirer par la force de notre étreinte. Nous sommes fusionnés l'un à l'autre, et je ne pense pas que quelqu'un puisse nous séparer sans tuer l'un ou l'autre, et il m'embrasse, et embrasse mes larmes, et je sanglote si fort que je prie Dieu pour mourir dans ses bras, parce que la mort est préférable à cette pure agonie.

« Tu ne peux pas être avec Weasley » dit-il désespérément.

« Si je ne peux pas être avec toi, alors pourquoi ne pourrais-je pas être avec Ron ? » je demande en prenant son visage dans mes mains. « Et si je ne suis pas avec Ron, alors les gens se demanderont qui est le père de mon enfant. Et lorsque Voldemort entendra ces rumeurs, il te tuera en un instant, et je préfèrerais me tuer moi même plutôt que de laisser ça se produire. »

Il inspire fortement, l'expression totalement désespérée. « Non » est tout ce qu'il arrive à dire. « Non, non… »

Nous glissons jusqu'à atteindre l'herbe, chatouillant mes jambes alors que ma robe se redresse au dessus de mes genoux. Il me regarde. Enfin non, il ne me regarde pas, il me fusille du regard.

Oh mon Dieu, peut-il encore me haïr ? Après tout ce que j'ai fait pour lui, et tout ce que je l'ai poussé à faire ? Peut-il me haïr pour lui causer autant de douleur, une douleur qu'il ne connaissait pas avant aujourd'hui ?

Sa bouche s'écrase à nouveau contre la mienne, meurtrissant mes lèvres, me faisant saigner par la force de son baiser, et je le tiens si près contre moi que j'ai l'impression que je ne pourrais jamais le lâcher, jamais, car même s'il me hait, ça sera pour la dernière fois, jamais, jamais plus…

Sa main se déplace rapidement vers le bas de ma cuisse, remontant ma robe jusqu'à ce qu'elle repose autour de mes hanches. Le bout de ses ongles rentre dans ma peau dans sa précipitation, et je glisse mes mains sous ses vêtements, essayant désespérément d'atteindre sa peau nue, et –

« Lucius ? »

Il s'arrête. Je m'arrête.

Nos yeux se rencontrent alors que notre respiration se calme un peu.

Je viens caresser sa joue de mes doigts, les enroulant dans les cheveux derrière sa nuque.

« Est-ce que tu m'aimes ? » je murmure.

J'entends un son doux et humide s'échapper de sa bouche alors que sa langue se détache de son palais, mais rien d'autre n'est dit. Pendant un long moment, nous nous tenons l'un contre l'autre en silence, mais il ne me répond pas, et cela me suffit.

Son silence est une réponse qui me suffit.

Mais les mouvements deviennent maintenant plus lents. C'est comme si le fait de savoir que ça sera la dernière fois, nous avait finalement noyé, et chaque mouvement que nous faisons nous amène dans un tourbillon d'eau oppressant.

Une vibration me parcoure le ventre alors que ses doigts glissent lentement jusqu'à l'intérieur de ma cuisse, et un halètement sort de mes lèvres lorsqu'il atteint l'intérieur de mes jambes. Ses yeux brulent les miens tandis qu'il bouge lentement ses doigts.

Je pense maintenant connaître l'état d'esprit des martyrs médiévaux : ceux qui étaient attachés au pied d'un poteau alors que leur corps entier était en train de bruler.

Je veux qu'il me fasse bruler de l'intérieur.

Sa main descend jusqu'à sa ceinture, et un tintement de métal se fait entendre lorsqu'il défait sa boucle. Il ne quitte pas mon visage des yeux, comme s'il avait peur que je disparaisse dans les airs s'il me quittait un instant du regard.

J'aimerais rester avec lui pour toujours. J'aimerais que nous flottions ensemble dans l'oubli, que nous ne soyons plus qu'un sans personne d'autre. Dans un monde sans fin, pour toujours et à jamais, Amen.

Il pousse en moi, et je ressens la douleur familière, qui n'est pas vraiment une douleur, au creux de mon estomac. Je serre mes bras autour de lui et il écarte plus mes jambes en poussant toujours plus loin en moi.

J'aimerai pouvoir escalader jusqu'en haut de ce ciel inexistant, et obliger ce Dieu dont je ne crois plus en l'existence, à descendre sur terre pour qu'il voit ce que j'ai fait. Il pourrait alors voir ce que j'ai fait du Lucius Malefoy qui existait autrefois. J'aimerai crier « regarde ! Regarde ce que j'ai crée ! »

Sa main reste entre mes jambes, entre nos deux corps, caressant et pinçant, et j'halète en inclinant ma tête alors que les doigts de sa main libre glissent jusqu'à mon cou.

J'aimerai pouvoir respirer son âme.

Ce n'est que lorsque je sens son pouce caresser ma joue, que je me rends compte que mon visage est baigné de larmes.

« Pourquoi pleures-tu ? » il murmure, ralentissant un instant ses mouvements.

Je lève les yeux, lâchant un souffle humide, et il pose sa main libre à plat sur ma joue.

« Pourquoi ? » il répète.

« Je ne sais pas. » Je verrouille mon regard sur le sien. « C'est juste que… Quand ça sera fini… Je ne te reverrai jamais. »

Il retient son souffle, et durant un instant, j'ai l'impression qu'il n'est pas en mesure de me répondre. « Ne dis pas ça » il murmure. « Ne… Ne parle pas de ça. »

Son pouce glisse vers le haut de mon cou, sur ma mâchoire, jusqu'à l'intérieur de ma bouche. Un gémissement s'échappe de ses lèvres tandis que je ferme inconsciemment mes dents sur sa peau, et les doigts de son autre main se déplacent alors plus vite, et je mords plus fortement, jusqu'à ce que mes entrailles explosent comme un feu d'artifice dans mon cœur et mon ventre, et quelques minutes plus tard il gémit à son tour, arquant son dos, et puis –

Le silence.

Je l'atteints et embrasse doucement l'intérieur de son cou tandis qu'il reprend sa respiration au dessus de moi.

Il se détache finalement de moi, s'allongeant dans l'herbe à mes côtés. Je baisse ma robe qui était montée jusqu'au dessus de mes hanches, mais je ne dis rien.

C'est lui qui brise finalement le silence.

« Je veux venir avec toi, Sang-de-Bourbe » il murmure.

C'est comme si j'avais avalé du miel empoisonné. Une douleur incroyable se répand en moi, côtoyant la douceur de cet instant unique…

Ron. J'ai accepté d'épouser Ron.

Mais Lucius…

Oh mon Dieu, tout ce que je veux c'est qu'il vienne avec moi. C'est ce que je souhaite le plus au monde.

Je glisse ma main dans la sienne, sentant ses doigts s'enrouler autour des miens. Je ne le regarde pas. Je fixe l'étendue noire du plafond, me sentant perdue dans ses ténèbres.

J'ai besoin de savoir. J'ai besoin de savoir plus que tout.

« Est-ce que tu m'aimes, Lucius ? »

Durant un temps indéterminable, il n'y a que le silence. Le plus profond silence que je n'ai jamais connu. On pourrait presque croire qu'il n'y a aucun être humain dans cet endroit, parce que nous avons tous deux arrêté de respirer alors qu'il choisit de me répondre ou non.

Mais ais-je vraiment besoin de connaître sa réponse ?

Est-ce que je ne le sais pas déjà ?

N'a-t-il déjà pas répondu à cette question, depuis tout ce temps, et avec des mots que je ne pourrais jamais, jamais oublier ?

Tenez bonPourquoi voulez-vous que je m'accroche… Vous savez pourquoi, Sang-de-Bourbe…

Mais sa réponse finit finalement par venir.

« Oui » il murmure.

Et il n'y a aucun coup de foudre. Aucun monde qui s'écroule. Les choses à la surface sont les mêmes qu'elles ont toujours été, mais je me sens comme si le sol s'était dérobé sous moi. C'est le même sentiment de pur et doux triomphe que je ressentais lorsque j'avais finalement résolu un problème en classe, mais en un million de fois plus intense. J'ai gagné. Après tout ce que j'ai vécu, j'ai finalement gagné.

Je pourrais mourir en ce moment même et m'en contenter, parce que chaque nerf de mon corps est en pleine explosion, me donnant l'envie de rire et de pleurer, et mon esprit s'illumine, mon monde s'effondre, et il m'aime, et…

C'est soudain.

Un étourdissement.

Sans aucune alerte ou quoi que ce soit, seulement le noir pur, et je tombe…

'Votre silence est d'or, Hermione.'

Que, pourquoi –

Des images. Des images floues qui clignotent, comme un téléviseur détraqué.

'Si vous n'êtes pas polie avec moi, alors je me vois forcé de vous faire taire. Vous devez être consciente que je déteste les mauvaises manières, notamment venant d'une race inférieure telle que la votre.'

Le visage d'Avery. Calme, curieux, serein.

'…les mauvaises manières, notamment…'

Un masque blanc avec un minuscule froncement de sourcils.

Mais tout scintille et se déplace, et je n'arrive pas à les retenir –

'Ne me prenez pas pour un imbécile… Et ne me mentez pas-'

Quand est-ce arrivé ?

'Ne me mentez pas…'

Des espaces vides.

'Ne mentez pas…'

Mes yeux commencent à picoter, et je ne peux toujours pas retenir les images. Ils me brulent sous l'effort de… quoi ?

'Voulez-vous citer son nom pour moi ?'

Qui

'Voulez-vous'

Quoi

'Voulez-vous…'

« Sang-de-Bourbe ? »

Mais je dois voir –

'Voulez-vous…'

Un bras autour de mes épaules, secouant mon corps comme une marionnette.

« Hermione ? Parle-moi, pour l'amour de Dieu ! »

Mon prénom. Mon prénom !

Lucius a dit mon prénom. Il a dit mon prénom, et il m'aime –

Mais Avery a dit mon prénom.

'Ne me demandez pas d'aide, Hermione' dit-il avec un faux soupçon d'excuse dans sa voix. 'Personne, ni moi, ni Dieu, ni même Lucius, ne peut vous sauver maintenant.'

J'ouvre à nouveau la bouche, mais il prend durant un instant du recul, pointant toujours sa baguette vers moi, et tout à coup –

'Oubliettes !'

Je prends de grosses bouffées d'air alors que mes yeux s'ouvrent, et le jardin au clair de lune tourbillonne et redevient net en face de moi tandis que je tremble de façon incontrôlable.

Les bras de Lucius sont autour de moi. L'une est sous mes épaules et me secoue, l'autre posée sur ma joue.

« Que se passe-t-il ? Qu'est-il arrivé ? »

Je ne peux pas le voir correctement. Son visage est trouble. J'essaie de parler, de mettre des mots sur ma peur inexplicable, mais je ne peux pas, et je dis donc –

« Dieu, aidez-moi. »

Avery a fait… quelque chose. Quelque chose dont il ne voulait pas que je me souvienne.

« Oh mon Dieu, oh mon- »

Lucius me secoue plus durement. Sa voix est tendue par la panique.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Dis-moi ! »

Je cligne des yeux, reprenant mon souffle.

Son visage redevient soudain net. Les traits tirés. Tendus.

Apeurés.

J'avale difficilement et j'essaye d'ordonner les cris dans mon esprit dans un ordre logique.

« Avery » je dis d'une voix hésitante. « Je me souviens… Mais je n'y arrive pas… »

« Que veux-tu dire ? » il murmure.

Je prends une grande inspiration, et j'essaye de continuer.

« Je crois… Je crois que Avery m'a effacé la mémoire » je dis rapidement. « Mais je ne sais pas ce qu'il a effacé… Je viens juste de voir, il y a un instant, j'ai vu- »

Je ferme mes yeux et je secoue la tête de pure frustration, et ma voix se fissure à nouveau lorsque je parle.

« Je n'arrive pas à m'en souvenir ! » je gémis. « Je ne peux pas. J'essaye, mais tout ce que je me souviens, c'est lui disant 'Oubliettes !' »

Il grogne dans un souffle et lorsque j'ouvre les yeux, je vois son regard se déplacer. Il réfléchit. Il réfléchit très vite.

Une nouvelle brise s'infiltre parmi les branches, mais il paraît froid et d'un bruit sinistre maintenant. Ce petit paradis a été brisé par ma mémoire effacée par Avery, glissant entre nous comme un immense serpent noir.

« Qu'allons-nous faire ? » je demande calmement.

Sa peau est blanche et glacée par la peur.

Je tends la main et agrippe le devant de ses vêtements. Il laisse échapper un souffle fragile, m'enveloppant et me ramenant tout contre lui.

« Je vais trouver quelque chose » il marmonne dans mes cheveux. « Je te le promet. Ne t'inquiète pas. Fais-moi confiance. »

J'enfouis mon visage dans ses vêtements.

« Je te fais confiance » je murmure.