« Certains disent que le monde finira dans les flammes,
D'autres dans la glace.
Le désir ayant embrasé mon âme,
Je suis de ceux qui penchent pour les flammes.
Mais s'il fallait que deux fois je trépasse,
Je crois connaitre assez sur la haine
Pour savoir que la destruction par la glace
Est tout aussi vilaine
Et on ne peux plus efficace » - Robert Frost, Feu et Glace
Chapitre 47 Le jour du Jugement Dernier
Ils sont en vie. C'est tout ce à quoi je peux me raccrocher. Ils sont tous les deux encore en vie.
La seule question c'est : pour combien de temps ?
Nous sommes tous les trois enfermés dans trois cages séparées faites de jolis fils argentés qui semblent si fragiles, mais ils ne le sont pas, bien évidemment. Ils sont aussi durs que le fer, et tout aussi incassables.
J'ai essayé de les briser plusieurs fois, au grand amusement de Bellatrix et de Avery.
Pour le moment, Lucius et Ron ne sont pas encore assis dans leur cage. Ils sont étalés à même le sol dans leur prison de fils, encore inconscients.
Mais ils respirent au moins.
Je savais qu'il n'y avait plus aucun espoir pour Lucius. Je l'ai su à partir de l'instant où le sort l'a frappé. Mais je pensais, j'espérais que Ron puisse au moins s'échapper.
Mais il ne pouvait pas rester caché sous l'eau éternellement, même si son sang le protégeait des créatures du lac. Bellatrix et Avery n'avaient plus qu'à attendre qu'il immerge à la surface.
Ils l'ont Stupefixé avant même qu'il ne se redresse totalement.
Et nous sommes donc ici. De retour dans cette maison. Dans la cave.
Je ne veux pas penser au fait que nous étions si proches de la liberté. Ca me fait mal rien que de me rappeler le cruel espoir que j'ai ressenti i peine une heure.
Bellatrix tourne autour de la pièce comme un lion en cage, la baguette de Lucius tournant dans sa main. En revanche, Avery est parfaitement immobile, examinant ses ongles.
Elle se tourne soudain vers lui. « Va chercher Drago. »
Il lève un sourcil. « Drago ? »
Elle acquiesce, sortant la petite clé de l'intérieur de sa cape. Ca peut tout aussi bien être la sienne ou bien celle de Lucius : elle a fouillé son corps inconscient avant que nous arrivions ici. « Prends ça et va le chercher » dit-elle sèchement. « Il faut qu'il voit ça. »
Avery se saisit de la clé, presque hésitant. « Es-tu certaine, Bella ? » dit-il. « Ne serait-ce pas plus… sage de lui faire voir- »
« Si j'avais eu besoin de tes conseils, je te l'aurais demandé, merde ! » elle crie. « Je suis sa tante, et c'est moi qui décide ce qu'il doit voir ou non. Il doit savoir ce qu'est son père avant qu'il ne meure. »
Meure ?
Non. Non.
C'est comme si un gémissement d'horreur remplissait chaque fibre de mon corps, menaçant de me consumer, de me bruler toute entière.
« Comme tu veux » dit Avery en douceur. « Mais je voulais juste que tu saches que je pense que c'est une mauvaise décision. »
« Pour quelle raison devrais-je regretter cette décision ? » elle siffle.
Il lève les sourcils tandis qu'il lève la clé au dessus de sa tête, l'examinant. « Rien du tout » il répond, « aussi longtemps que tu ne te soucies pas de ce que ton neveu puisse penser de toi. »
Il disparaît dans un scintillement de couleur rouge.
Elle fusille du regard l'espace vide qu'il vient juste de quitter, le front plissé, avant qu'elle ne secoue la tête et se retourne vers moi avec un grand sourire.
« Alors Sang-de-Bourbe » dit-elle les yeux brillants. « Enfin nous y sommes. »
Elle fait un pas vers moi.
« Je savais que quelque chose se passait, je le savais. J'avais seulement besoin de preuves, et voilà que ça me tombe dans les mains sous la forme d'un fœtus de Sang Mêlé ! » Son sourire scintille. « Il semble que je dois te féliciter. Même moi je n'aurai pas réussi ça de lui. Bravissimo ! »
Je suis froide devant ses railleries. « Oui, tu as raison Bellatrix. » Je garde mes yeux sur son visage. « Tu avais raison depuis le début. Lucius t'a laissé tomber pour une Sang-de-Bourbe. Voilà. Est-ce que ça te fait plaisir ? »
Elle me regarde soudain comme si elle avait avalé un citron. « Tu peux te vanter autant que tu le souhaites » elle marmonne. « C'est tout ce qu'il te reste à faire maintenant. Et bientôt, tu ne seras même plus en mesure de le faire. »
Elle s'arrête, se léchant les lèvres.
« Voler c'est mal, Sang-de-Bourbe » elle chuchote.
Je la regarde d'un air absent. « Ce qui veut dire ? »
« Ce qui veut dire que des voleuses comme toi doivent être punies ! » dit-elle hargneusement.
« Je suis consciente qu'il ne m'appartenais pas » je réponds dans un murmure. « Mais ce n'est pas à toi que je l'ai volé. Je l'ai volé à ta sœur. »
« Ne me parle pas comme ça, espèce de sale mioche ! » elle crie soudainement. « Penses-tu réellement que je me soucie de ce que tu as à me dire ? Qu'importe ce que tu penses de moi ? Tu n'es qu'une détestable putain ! »
Elle s'approche de moi à grands pas et je recule alors qu'elle soulève sa baguette… Mais elle se ravise et baisse à nouveau sa main, se contentant de me balancer des mots qui se veulent blessants comme des couteaux.
« Je te tuerais sur le champ si je n'étais pas si intéressée de voir sa réaction lorsque tu mourras » elle crache. « Crois-moi, je doute que j'aurai à nouveau une telle satisfaction dans ma vie. »
Elle se détourne, regardant le corps inconscient de Lucius.
« J'ai voulu maintes et maintes fois te gifler » dit-elle vicieusement en lui parlant comme s'il était réveillé. « Pour te faire reprendre conscience. Alors que tu pouvais m'avoir moi ! Des milliers d'hommes seraient prêts à tuer pour avoir une chance avec moi, et toi tu m'as tourné le dos ! »
Elle se retourne vers moi.
« Et au lieu de ça, il t'a choisi. » Ses lèvres se rigidifient sous un ricanement furieux. « Toi ! » elle crache ce mot. « Une pleurnicharde et inutile petite fille. Incapable de garder sa dignité, oubliant son amour-propre et sa morale face à la moindre petite douleur. »
Je détourne la tête, couvrant mes oreilles, ne voulant pas entendre tout ça, mais je n'arrive pas à atténuer le bruit.
« Je n'aurai jamais, jamais supporté de faire ce que tu as fait ! Tu as trahi tes amis, tes alliés, la cause pour laquelle tu te battais ! » Son visage est blanc de fureur. « Et au delà de tout ça, tu es allée pleurnicher aux pieds de ton ennemi ! Tu as imploré sa pitié ! N'as-tu aucune fierté, Sang-de-Bourbe ? »
Mes lèvres s'ouvrent involontairement, laissant échapper un minuscule sanglot d'agonie, et elle sourit d'un sourire haineux.
« Je ne l'aurais jamais laissé me voir pleurer, même pour tout l'or du monde. »
Je la fixe alors que je me ressaisis, et dans un instant de joie insouciante, j'arrive à dire quelque chose.
« Peut être que c'est justement ça le problème » je marmonne.
Elle me regarde, le visage absent de compréhension. « Qu'est-ce que c'est supposé vouloir dire ? »
Je m'arme de courage. « Peut être que si tu avais montré une autre émotion que la haine et la colère, alors il se serait un peu plus soucié de toi. »
Elle me fusille du regard, sa respiration s'accélérant et pendant un instant, je suis vraiment heureuse qu'une cage nous sépare.
« Cela montre à quel point tu le connais mal » dit-elle. « Il a besoin de quelqu'un comme lui. Quelqu'un qui ne montre pas ses émotions plus qu'il ne faut. Après tout, il suffit de voir ce qu'il est devenu face à tes émotions. Regarde où tes sentiments l'ont mené ! »
Je vais lui répondre. Je vais mourir de toute façon, alors elle peut savoir ce qu'il y avait vraiment entre moi et son beau frère. Elle va payer de la pire des manières possibles ce qu'elle nous a fait à Ron et moi.
« Peut être que les émotions ne sont pas ce dont il a besoin » je dis fermement. « Mais crois-moi, c'est ce qu'il veut vraiment. »
Elle hurle de rire. Cela me fait tiquer.
« Oh, alors il te veux toi ! » elle croasse. « Oh oui, tu es si fière de ça, pas vrai ? Si fière d'avoir été le sale petit secret de Lucius Malefoy. Mais qu'es-tu pour être fière ? Tu n'es qu'une petite Sang-de-Bourbe qu'il voulait seulement pour le frisson de l'interdit. Et maintenant, tu as écarté les jambes pour lui et il a eu ce qu'il voulait, mais il s'est retrouvé piégé, et il n'a donc eu d'autre choix que de s'enfuir avec toi. N'essaye pas de te convaincre que tu étais sa raison de partir. Il tentait seulement de sauver sa propre peau, désolée- »
« Ne fais pas comme si tu savais de quoi tu es en train de parler » je l'interromps presque calmement. « Tu ne le connais pas. »
Son visage se tord de rage. « Comment oses-tu ? » elle siffle. « Petite salope présomptueuse, comment oses-tu ? Je le connais depuis plus de vingt ans ! Je le connaissais intimement avant même que tu sois née- »
Je secoue la tête, totalement sure de moi. « Tu ne le connais pas. Pas autant que moi. Personne. » Je sens ma voix s'élever en dépit de moi même. « Il ne ressent rien pour toi. Il n'a jamais rien ressentis pour toi. »
Son visage blanchit. « Comment sais-tu ça ? Tu ne sais rien- »
« Comme je l'ai déjà dit, je le connais mieux que personne ! » je dis en criant presque maintenant. « Et je sais que tu n'as jamais rien signifié pour lui. »
Elle me lance un sort de sa baguette et je sens une petite coupure me bruler la joue.
« TU. NE. SAIS. RIEN. ! » elle hurle de rage absolue.
« Si, je le sais » je lui réponds, me forçant à rester calme. « Parce qu'il est allé contre tout ce qui lui a toujours été cher pour moi. Juste pour moi. Il a non seulement quitté sa femme et son fils pour moi, mais il est allé contre tout ce qu'il croyait : ses propres croyances qui étaient le centre même de son existence. Et maintenant, après avoir renoncé à tout, il a risqué nos deux vies pour que nous puissions avoir une chance de vivre notre vie ensemble ! »
Je m'arrête, reprenant mon souffle.
« Maintenant, Bellatrix Lestrange » je murmure. « Oses maintenant me dire que tu représentais un dixième de ce que je représente pour lui. »
Elle lève furieusement sa baguette. « Espèce de petite- »
« Ne la touche pas ! »
Je me redresse à cette voix.
Elle se retourne et je regarde au dessus de son épaule pour apercevoir Lucius debout dans sa cage. Debout et fier, lui criant dessus avant de tourner son regard vers moi.
Depuis combien de temps était-il conscient ? A-t-il entendu ce que je viens de dire ?
« Oh, le traitre à son sang décide enfin de se joindre à nous ! » elle croasse, triomphante.
Il l'ignore. Il se contente de me regarder.
« Est-ce que tu vas bien ? » il me demande calmement.
J'ai à peine le temps d'hocher la tête avant qu'elle ne commence ses déclamations.
« Oh, allez ! » elle crie. « Tu es sur le point de mourir, Lucius ! Ne me dis pas que tu te soucies de comment elle se sent alors qu'elle est totalement responsable de ta mort prochaine ! »
Le regard qu'il lui lance est dur comme la pierre. « Ne sois pas vexée sur le fait que ce n'est pas de toi que je me soucie. »
Sa bouche se plisse en une fine ligne. « J'espère que tu es satisfait de ton comportement » elle siffle. « Tu as tout foiré cette fois. Un Sang-Mêlé, Lucius ? Je me demande comment tu aurais été capable de te supporter toi même s'il y avait la moindre chance que tu ne sois pas découvert. A ta place, j'aurai rampé au sol, morte de honte. »
Il lève les yeux au ciel. « Calme-toi, Bella. Tu vas avoir une migraine. »
Un sourire s'étire sur mes lèvres, mais elle ne le remarque heureusement pas.
« Comment oses-tu ? » elle demande. « Comment oses-tu alors que tu es sur le point de mourir ? Non seulement cela, mais tu vas en plus mourir sous le titre le plus honteux qui soit, celui de traitre à ton sang ! »
Il passe son regard au dessus de son épaule, me regardant à nouveau. « Qu'a-t-elle pris ? » est tout ce qu'il demande, et je sais alors de quoi il parle.
« Ta baguette » je murmure, m'efforçant d'ignorer le rire triomphant de Bellatrix. « Et ta clé. Je suis désolée, je n'ai pas pu l'arrêter- »
« Ne t'inquiète pas » il murmure. « Je vais trouver quelque chose. Je ne les laisserais pas te blesser- »
Bellatrix crie alors de rage. « Pour l'amour de Dieu, il vient pour toi ! Tu ne le vois pas ? Comment peux-tu te soucier d'elle alors que tu es à l'article de la mort ? »
Il se tourne vers elle avec un regard si plein de haine qu'elle arrête immédiatement ses fausses paroles.
« Quand vas-tu enfin réaliser » dit-il d'une voix calme et venimeuse, « que tu ne signifies rien pour moi ? »
Elle se redresse. « Il ne s'agit pas de ça- »
« Avec toi, ça en revient toujours à ça » dit-il rapidement. « Non pas que tu aies vraiment besoin de moi, mais parce que tu es simplement trop orgueilleuse pour admettre que tu as bien moins à m'offrir par rapport à elle. »
Son visage se plisse. « Comment pourrait-elle avoir plus de choses à offrir que moi ? Regarde-la- »
« Oui, regarde-la » la coupe Lucius. « Regarde cette fille et ose me dire que tu vaux plus qu'elle. Cette fille qui a perdu ses parents, enduré des mois d'emprisonnement, et qui réussi toujours à s'accrocher à sa dignité, et après tout ce qui s'est passé, continue de se soucier bien plus des autres que de sa propre personne ! »
Un silence s'installe entre nous trois. Mon cœur palpite dans ma gorge.
Elle se force finalement à reprendre la parole.
« Mais tous ces moments » sa voix se brise. « Tous ces moments où tu m'as dit que j'étais belle, forte, sans peur, et où tu me disais que tu voulais- »
« Je voulais juste me divertir, Bella » il la coupe froidement. « C'est tout ce que j'ai toujours voulu de toi. Et crois-moi, à partir de l'instant où j'ai eu ce que je voulais, il ne m'a pas fallu longtemps pour que je réalise que tu ne valais pas toute cette peine. »
Elle ne répond pas pendant un moment. Ses lèvres bougent furieusement dans des paroles silencieuses.
« Tu as dit que j'étais ce que tu recherchais » elle chuchote finalement.
« J'ai menti » dit-il immédiatement.
Elle fait une pause, clignant rapidement des yeux.
« Espèce de salaud ! Cruel, insensible- »
Mais une lumière rouge vive vient lui couper son monologue, et nous nous retrouvons alors à six personnes dans la petite pièce, tandis que deux personnes apparaissent : Drago, les yeux écarquillés et nerveux, et Avery, calme et impassible comme un paysage enneigé.
Bellatrix me sourit de façon triomphante avant qu'elle ne se tourne pour affronter les nouveaux arrivants.
« Drago ! » elle carillonne, comme une hôtesse qui accueille chez elle un vieil ami. « Comme c'est merveilleux que tu te joignes à nous ! »
Les yeux de Drago se déplacent nerveusement entre sa tante et son père. « Que se passe-t-il ? »
Son sourire s'élargit. « J'ai simplement pensé que ta place devait être ici. Je dois dire que ça n'aurait pas été pareil sans ta présence. »
Avery lève les yeux au plafond mais il ne dit rien. Lucius se contente de fixer Bellatrix. Non pas pour essayer de l'arrêter, car à quoi cela servirait maintenant ?
Drago l'ignore.
« Père ? Que se passe-t-il ? » il répète. « Pourquoi es-tu… là-dedans ? »
Il y a un long silence alors que Bellatrix se lèche les lèvres. Lucius et Drago restent parfaitement immobiles.
« Il est arrivé » marmonne Avery, et je vois les yeux de Lucius se plisser tandis qu'ils les posent sur les miens. Il a peur. Pas pour lui. Mais pour moi.
« Va l'aider à traverser le lac, Bella. Il t'attend » dit Avery.
« Une minute » dit-elle hargneusement. « Je pense avoir le droit de voir son expression lorsque les nouvelles seront révélées. »
Avery penche légèrement la tête, se frottant le nez entre le pouce et l'index, laissant échapper un soupir exagéré qu'elle ne semble pas remarquer.
« Mais vu que le Seigneur des Ténèbres attend mon aide, je serais brève » dit-elle, avant de lâcher ce qu'elle avait sur le cœur depuis des mois maintenant. « Drago, ton père a baisé la Sang-de-Bourbe. »
Le visage de Drago devient soudain blanc comme du papier vierge.
« Et cela dure depuis plusieurs mois, qui plus est » elle poursuit, toujours souriante. « Il est allé au delà des vœux prononcés à son mariage, au delà des règles vouées à notre cause, en décidant de tripoter une Sang-de-Bourbe qui a le même âge que son propre fils. »
Lucius maudit quelques paroles dans un souffle, mais il ne dit rien.
Je ne ressens plus rien. Je me sens seulement engourdie, parce que j'ai déjà dû faire face à cette situation auparavant… Drago a déjà été au courant de ce qu'il se passe, même si la situation n'était au moment là pas aussi désespérée.
Mais sa réaction n'est pas ce que j'attends. Il se contente de laisser échapper un souffle et de hocher négativement la tête.
« Tu me dis ça depuis des mois maintenant, Tata » dit-il en regardant Bellatrix droit dans les yeux. « Mais je sais que ce n'est pas vrai. Il m'a dit que ce n'était pas vrai, et je le crois- »
Elle grogne de rire. « Ton père est un menteur professionnel, Drago. Tu le sais très bien. Mais il a été pris cette fois. »
Drago continue de secouer la tête. « Ce n'est pas vrai- »
« Alors pourquoi penses-tu qu'il est emprisonné, espèce de garçon stupide ? » dit-elle hargneusement, son sourire disparaissant de son visage.
Ses yeux s'écarquillent, malgré lui. « Mais- »
« Bella ! » l'interrompt Avery. « Il t'attend. Tu n'as pas de temps à perdre ici. Vas-y. »
Elle se tourne vers lui comme si elle était sur le point de lui crier dessus, mais après une seconde elle ferme sa bouche comme un piège, jetant un regard vicieux vers Lucius par dessus son épaule, et quitte la salle, laissant un horrible silence horrifié dans son sillage.
Ma main glisse jusqu'à mon ventre.
J'aurai dû m'en débarrasser lorsque j'en avais la possibilité.
Mais est-ce que ça aurait fait une différence de toute façon ? Avery l'aurait certainement quand même découvert.
« Père ? » la voix timide de Drago se fait entendre.
Lucius l'ignore. Il se tourne pour poser un bras contre le mur derrière lui, fixant la pierre.
« Père ? »
La voix de Drago se voit encore ignorée.
Il se tourne alors vers la seule personne qu'il connaît vraiment dans la pièce. Il se tourne vers moi.
« Est-ce que c'est vrai ? » il murmure.
Je ne lui réponds pas. A quoi ça servirait ? Tout est perdu de toute façon.
« J'ai bien peur que oui » dit Avery d'une voix trainante.
Drago avale durement, comme s'il avait avalé de l'acide.
« Mais… Mais tu as promis ! » il couine.
Lucius ne se retourne pas.
« PERE ! » crie soudain Drago, le rouge lui montant aux joues.
Les yeux gris de Lucius rencontrent ceux identiques de Drago, alors qu'il daigne enfin se retourner vers son fils.
« Je t'avais demandé » bégaie furieusement Drago, « et tu m'avais promis… »
Il s'arrête, ses lèvres bougeant encore quelques secondes en silence, avant qu'il ne parvienne à nouveau à sortir des mots.
« Pourquoi ? »
Lucius respire un rire amer. « Pourquoi ? » il murmure. « Drago, n'est-ce pas assez clair ? Ca devrait pourtant être évident pour toi. »
« Mais… » Drago bredouille désespérément. « Mais tu as promis- »
« Oh allez ! » dit Avery, souriant à Drago dans ce qui ressemble à un signe de consolation. « Ca ne doit surement pas être une grosse surprise pour toi. Tu as bien dû avoir quelques soupçons sur ce qu'il se passait. »
Il y a autre chose derrière ses paroles. J'en suis sure. Après la petite rencontre que nous avons eu lorsqu'il m'a effacé la mémoire, je pense que j'ai enfin commencé à le connaître...
Mon Dieu, je ne connais même pas son nom de famille, et il va pourtant être responsable de ma mort.
« Mais bon » il poursuit. « J'ai moi même été choqué par son comportement, après tout. Tu dois bien te rappeler du moment où je l'ai informé que tôt ou tard il devrait tuer la Sang-de-Bourbe, non ? La force de sa réaction a été quelque peu déconcertante, si tu te souviens- »
« Quoi ? » demande Drago, le front plissé. « Je veux dire… Es-tu sur que j'étais présent lorsque ça s'est passé ? »
Les rouages de mon esprit commencent à se mettre en route. Je me souviens que ça s'est passé bien sur, mais ce qu'il s'est réellement passé au moment là n'est pas important.
Mais ce qui est arrivé après cette scène, ça c'est une autre histoire.
« Tu ne peux pas me dire que tu ne t'en souviens pas » continue Avery, mais Lucius réagit.
« Arrête ça » il prévient, mais Avery lui sourit agréablement. Après tout, ce n'est pas comme s'il devait suivre les ordres de Lucius maintenant.
Un étrange sourire glisse sur son visage.
« Oh Lucius, tu n'as pas fait ça ? » dit-il d'une voix trainante.
« Fait quoi ? » dit hargneusement Drago.
Le sourire horrible de Avery s'élargit.
« Je dois avouer que je ne pensais pas que tu irais aussi loin. » Il sourit encore plus fort alors qu'il assène son coup fatal. « Lancer un Oubliettes à son propre fils. »
Drago devient blanc comme un linge, mais Lucius se contente de regarder Avery avec un regard meurtrier.
« Tu es un indescriptible salopard » il murmure.
Avery ne répond que par un sourire éclatant.
« Alors… Attends une seconde. » Drago regarde son père comme s'il ne l'avait jamais vu auparavant. « Je le savais ? C'est ce qu'il en train de dire ? »
« Je ne connais pas les tenants et les aboutissants » dit simplement Avery. « Mais je dois avouer qu'il est particulièrement étrange que tu ne te souviennes pas de la scène que je viens de te décrire. Si je me souviens bien de l'expression de ton visage au moment là, tout semblait indiquer que tu n'étais pas près de l'oublier. »
Drago porte sa main à son front.
« Je ne m'en souviens pas » dit-il désespérément. « Mais… Si tu les a vu… »
Il fait glisser sa main vers le bas de son visage pour révéler des yeux brillants de fureur tandis qu'il se tourne vers son père.
Le visage de Lucius reste impassible.
« Mais bon, ça ne serait pas la première fois, n'est-ce pas ? » marmonne Drago.
Je retiens mon souffle. Je sais de quoi il parle, même si je ne sais pas exactement ce que Lucius avait dit à son fils pour le convaincre de ne pas révéler le sort d'Oubliettes qu'il avait lancé sur Bellatrix lorsqu'elle m'avait coupé les poignets.
Mais à l'époque, Lucius ne mentait pas lorsqu'il a dit à son fils qu'il n'avait pas couché avec moi.
« Comment as-tu pu ? » murmure Drago.
La lèvre de Lucius se recroqueville. « Comment ai-je pu quoi ? » dit-il cruel. « Comment ais-je pu coucher avec une Sang-de-Bourbe, ou comment ais-je pu effacer ta mémoire sur cette affaire ? »
« Tu sais de quoi je parle ! » siffle son fils. « Bien sur que je n'ai pas dû sauter de joie lorsque je l'ai découvert… Mais pour l'amour de Dieu, pourquoi ne m'as-tu pas fait confiance ? »
Lucius fronce les sourcils. « Non » dit-il tout simplement. « J'aurai été fou de le faire, franchement. »
« JE. SUIS. TON. FILS ! » hurle Drago, totalement perdu.
« Bon Dieu, est-ce que tu vas la fermer ? » lui dit hargneusement son père. « Que veux-tu que je te dise ? Que je regrette de t'avoir enlevé la mémoire ? Tu ne recevras aucun remord et aucune excuse de ma part, Drago. Je n'ai aucun regret de t'avoir lancé un Oubliettes, parce que pour être franc, tu ne me laissais pas le choix. Si je t'avais laissé t'en souvenir, tu l'aurais mis elle en danger. Et ça, il en était hors de question. »
Drago regarde son père, blême. « Alors tu l'as choisis elle plutôt que moi ? » il murmure.
Lucius exhale. « Alors même que je suis déshonoré et enchainé en face de toi, sur le point de mourir pour mes pêchés, tu recherches encore mon affection ? » Il secoue la tête. « Tu voudrais l'amour d'un traitre à son sang ? N'as-tu aucune fierté ? »
Drago le regarde comme s'il l'avait giflé, et c'est Avery qui lui répond.
« Quel hypocrite tu fais, n'est-ce pas Lucius ? » il murmure. « Enseigner la fierté à ton fils. Je me demande si tous tes enfants recevront le même traitement. »
« Pardon ? » glapit Drago tandis qu'il fixe durement Avery, son visage rempli de haine.
« Elle est enceinte, Drago » dit Avery en agitant une main vers moi alors qu'il porte le coup meurtrier.
Je ferme les yeux, la honte coulant en moi.
Je ne peux pas regarder Drago. Je ne peux pas…
Si je peux.
Je le dois.
J'ouvre les yeux.
Il paraît physiquement malade. Il avale difficilement et laisse échapper un petit gémissement.
« Tu vas avoir un petit frère ou une petite sœur » dit Avery tout sourire. « N'est-ce pas merveilleux ? Tu dois être très fier de savoir que bientôt de la boue se répandra dans la lignée des Malefoy. »
Drago respire fortement ce qui ressemble à des nausées. Lucius fixe Avery d'un regard assassin avant de bouger son regard, non pas vers son fils, mais vers moi.
Je secoue la tête tristement. Il lâche un sourire amer vers moi.
« Enceinte ? » Drago peut à peine prononcer ce mot.
Lucius se tourne vers lui, sans aucune once de douceur sur le visage, mais il ne lui donne aucune réponse.
« De toi ? » demande Drago totalement perdu.
Il y a un long et horrible silence alors que sa mâchoire se contracte pendant qu'il réfléchit à ce qu'il pourrait bien dire, et je prends de grandes inspirations pour essayer de faire disparaître la rougeur d'humiliation que je sens sur mon visage.
« Pourquoi ? » dit-il finalement. « Alors que tu es marié avec une femme aussi belle que ma mère. Je veux dire… Pourquoi elle ? »
Les lèvres de Lucius se recroquevillent et ses yeux se posent à nouveau sur les miens.
« Je dois admettre, Lucius, que je comprends très bien la question de Drago » dit Avery d'une voix trainante. « Qu'est-ce qu'une fille comme elle a à t'offrir ? Elle ne représente pas vraiment ton fantasme, si ? »
« Je n'ai pas à m'expliquer devant toi » grommelle Lucius à travers ses lèvres fermées sans même regarder Avery. Ce dernier sourit en retour.
« Oh aller, je veux seulement savoir ce qui t'as au début attiré en elle. Je suis curieux, c'est tout. Parce que, je vais être honnête : je n'aurai certainement pas dit, rien qu'en la regardant, qu'elle mérite tous les problèmes qu'elle t'a causé. »
Lucius ne détourne pas ses yeux des miens, alors même que le regard d'Avery est également posé sur moi.
« Ou peut être que je peux imaginer ce que ça t'a fait. Si… jeune. » La voix d'Avery est douce comme une berceuse. « Si… faible. »
Ses mots serpentent entre moi et Lucius, et nous gardons tous deux résolument nos yeux l'un sur l'autre.
« Ca a dû être assez insupportable pour toi » continue Avery, « de devoir rester dans ta chambre nuit après nuit, alors qu'elle dormait dans la chambre à côté. Assez jeune, seule et naïve pour se mouler à tes propres désirs. »
J'avale rapidement. Il ne le sait pas, mais ses paroles sont très ressemblantes aux derniers mots prononcés par Dolohov.
« Ce n'était rien de tout ça » dit Lucius. Ses yeux sont deux puits profonds.
« Non ? » répond Avery.
« Arrête » dit Drago. Son visage a maintenant pris un ton citron.
« Et bien Drago ? Ne veux-tu pas connaître son point de vue ? » murmure Avery. « Certes, elle n'a pas grand chose pour elle… mais regarde ses yeux. »
Je frémis. Je m'attendais à tout, sauf à ce qu'il dise cela.
Drago me fusille du regard. « Et bien, qu'est-ce qu'ils ont de spécial ? » dit-il en bougeant à peine les lèvres.
« Laisse tomber, Avery » dit Lucius hargneusement. « Tu as eu ce que tu voulais, alors laisse la en dehors de ça maintenant. »
« On dit que les yeux sont les fenêtres de l'âme » continue Avery en ignorant totalement Lucius. « Et les siens sont particulièrement… expressifs. Tu peux dire ce que tu veux Drago, mais c'est la vérité. Après être passé par tout ce qu'elle a subi, il n'est pas étonnant qu'ils soient si émouvants. Il y a un millier d'années de souffrances dans ces yeux. »
Il me sourit benoitement tout du long de son monologue.
« C'est peut être ses yeux qui pourraient révéler une partie du mystère sur le pourquoi tu as été attiré par elle, Lucius » il murmure. « Ca a dû être une sorte d'aphrodisiaque de connaître la force de sa peur pour toi. Ses yeux t'ont montré toute la crainte que contenait son âme, et la plupart de ses peurs te concernaient directement. »
Un long silence s'installe et je ne fixe que Lucius. Je n'avais jamais réellement réfléchi à l'effet que mes propres yeux pouvaient avoir sur lui. J'étais bien trop occupée de l'effet de son propre regard sur moi.
J'aimerai lui parler. J'aimerai lui dire tout ce que je ressens pour lui, et j'aimerai connaître tout ce qu'il a ressenti pour moi. J'aimerai connaître tout de sa haine, sa puissance, ses envies.
Mais nous ne pouvons pas nous parler. Plus jamais. Parce qu'ils ne nous laisseront plus jamais seuls désormais.
Ma main se lève automatiquement, mais je la laisse retomber avant de faire le geste que je voulais faire.
Ses yeux scintillent, puis il hoche la tête. Il a compris.
Une lueur rouge vacillante apparaît, et Avery et Drago s'inclinent soudain faiblement, mais Lucius reste immobile.
La haute silhouette sombre devant laquelle ils s'inclinent, baisse lentement sa capuche et enlève sa cape pour la tendre à Bellatrix, qui se tient à ses côtés, un large sourire sur le visage.
Je tremble si fort que ça me fait mal. J'avais espéré ne jamais revoir ce visage à nouveau.
« Alors… » murmure Voldemort, balayant ses yeux rouges de moi à Lucius, un petit sourire sans joie s'étirant sur son visage déformé. « Alors… »
Son regard s'accroche à moi pendant quelques instants, avant qu'il ne secoue la tête de dégout et ne se tourne vers Lucius.
« Alors voilà l'enfant qui est responsable de ta traitrise, Lucius » dit-il.
Ce n'est pas une question.
Lucius ne répond pas. Il se contente de le regarder. Enfin non, pas le regarder, plutôt le fusiller du regard. Parce que son maitre est devenu son ennemi maintenant.
Un énorme bruit de toux se fait alors entendre dans la pièce.
Tout le monde se retourne pour apercevoir Ron à quatre pattes, toussant tandis que de l'eau coule de son nez et qu'il reprend conscience.
Voldemort glousse. « Je suis heureux que tu sois en mesure de nous rejoindre, Ronald. »
Ron lève la tête, et la peur s'empare de ses yeux lorsque ces derniers se posent pour la première fois depuis sa capture sur le visage de Voldemort.
Il y a un instant de silence tandis que Ron pousse de grandes respirations en se frottant la tête de douleur. Voldemort se remet alors à parler.
« Je dois admettre que ça n'aurait pas été si intéressant si tous les acteurs de cette farce tragique n'avaient pas pu être présents pour la scène finale. »
Ron prend une grande respiration saccadée. « Je vais vous dire » dit-il d'une voix lourde mais relativement stable, « Pourquoi vous n'arrêtez pas ces conneries mélodramatiques, pour changer ? Personne n'a réellement envie d'écouter votre discours bien rasoir. »
Bellatrix lève furieusement sa baguette mais Voldemort lève sa main pour l'arrêter. Il sourit, mais ses yeux sont dépourvus de tout sentiment humain.
« Nous n'avons pas eu l'occasion de parler beaucoup tous les deux » dit-il d'une voix qui me paralyse jusqu'à l'os. « Et je dois admettre que ce fait ne me dérange pas plus que ça. Je pense sincèrement que ta compagnie m'aurait fait perdre mon temps. »
Le visage de Ron s'empourpre violemment, mais Voldemort poursuit.
« Dans tous les cas ça n'a plus aucune importance, puisque tu ne seras plus avec nous bien longtemps » il murmure. « Tes parents ont veillé à cela. »
La confiance de Ron s'ébranle. Sa voix tremble lorsqu'il répond. « Qu'est-ce que ça veut dire ? »
Voldemort sourit. « Il semble que tu ne signifies pas autant pour eux que tu ne l'espérais, mon garçon » dit-il d'une voix trainante. « Ils ont refusé d'obéir à mes ordres de trop nombreuses fois. Ils doivent maintenant en subir les conséquences. »
Non. Non. S'il vous plait, pas lui aussi…
Le visage de Ron perd de sa couleur, mais Voldemort l'ignore royalement. Il se tourne vers Lucius, ses yeux rouges rétrécis.
« Mais je ne suis pas ici pour te parler, Ronald » il murmure. « Je suis ici pour un fait qui touche bien plus mes intérêts. »
Lucius le fixe derrière les barreaux de sa cage. Mais son regard est illisible. Est-ce un regard de mépris ou de peur ?
Ou des deux ?
« Lucius Malefoy » dit Voldemort. « Si… dévoué. Si fier. Impitoyable, efficace et absolu. »
Il marque une pause. Lucius aspire son souffle par son nez pointu avant que Voldemort ne fasse sa déclaration suivante.
« Lucius Malefoy, comme tu me déçois. »
Lucius relève le menton. « Vous oubliez mon Seigneur, que malgré toutes les erreurs que j'ai commis, je ne vous ai jamais trahi. Ce que j'ai fait ne regarde que moi même et la Sang-… et elle. » Il s'arrête. « Je n'ai rien fait pour nuire à votre objectif- »
Voldemort secoue la tête, presque tristement. « Oh Lucius, tu t'es creusé ta propre tombe » dit-il d'une voix trainante. « Tu m'insultes en espérant que je puisse être miséricordieux parce que tes actions ne me touchent pas directement. Laisses-tu sous-entendre que je ne suis pas un homme de principe ? »
Les yeux de Lucius se dirigent vers moi une seconde. Et je sais alors que nous sommes morts. Ses yeux sont vides. Il n'a aucun plan pour nous sortir de là.
« S'il vous plait ! » je crie automatiquement. « S'il vous plait, je vous en supplie… Ecoutez-le, s'il vous plait- »
Voldemort se tourne vers moi en souriant. « Ma chère Hermione, comment peux-tu me demander de pardonner à quelqu'un qui t'as traité de la pire des façons qui soit ? »
Bellatrix sourit derrière lui tandis que les yeux de Drago se déplacent désespérément autour de la salle.
Je prends une grande inspiration. Je dois essayer.
« S'il vous plait » je répète désespérément. « Dans toute votre vie, n'avez-vous jamais rien ressenti pour personne… »
Je m'arrête. Parce que un regard dur d'une joie stérile a illuminé ses yeux, et je sais alors qu'il ne sert à rien de chercher quelque chose qui n'existe pas.
Il laisse entendre un petit rire ravi. « Oh Lucius, qu'as-tu fait ? » il murmure. « Je t'applaudirai si son sang avait été pur. Quel coup de génie. Mais après tout, ce n'est pas pour rien que tu as réussi à t'élever au sein de mes rangs. Je dois admettre que je n'avais jamais réalisé que tu étais si talentueux en matière de sadisme. Quelle délicieuse torture psychologique cela doit être pour elle ! Tu l'as fait tomber amoureuse du meurtrier de ses parents. »
Cela me frappe comme un coup sur la tête. Je me sens malade, nauséeuse. Confuse.
Lucius me regarde un long moment avant de reporter son attention sur son maitre.
« Vous ne m'avez donné d'autre choix que de tuer ses parents, mon Seigneur, si vous vous souvenez bien » dit-il, le ton palpitant de haine.
« S'il te plait, ne rejette pas la faute à mes pieds » répond Voldemort froidement mais néanmoins en douceur. « J'étais presque heureux de la laisser mourir à la place. C'est toi qui a insisté pour qu'elle survive, peu importe le prix. Je me suis demandé pourquoi tu étais si insistant à l'époque, mais il semble que même au moment-là, tu plaçais tes propres désirs au dessus de la cause que tu as si souvent prétendu défendre. »
Il y a une longue pause alors que son discours traverse la salle.
« Qu'as-tu à dire pour ta défense ? »
J'observe Lucius tandis qu'il se ressaisit.
« Pour moi, je ne dirai rien » dit-il finalement la tête haute. « Je sais que je ne mérite pas votre clémence. Mais… Mais je demande seulement qu'elle soit mise hors de cause. »
Voldemort sourit mais Lucius continue de parler, sans un seul tremblement dans sa voix.
« S'il vous plait » dit-il, oubliant sa fierté. « En échange de toutes mes années de loyaux services- »
« De 'loyaux services' ? » crache Bellatrix. « Oh oui, tu as montré une grande fidélité au cours de ces derniers mois, n'est-ce pas ? »
Lucius ne lui jette même pas un coup d'œil. « Même si j'ai été… impliqué… avec une Née Moldue, je n'ai pas renoncé à vous, mon Seigneur. J'ai fait tout ce que vous avez exigé de moi, et plus encore, sans un seul murmure de protestation. J'ai été heureux de vous servir, et je n'ai jamais rien demandé en échange de mes services, mais maintenant je demande, humblement… »
Il s'arrête et reprend son souffle. Voldemort sourit plus largement, sans aucune lueur de curiosité dans ses yeux.
« S'il vous plait » murmure Lucius. « Laissez-la partir. »
De petits rires incrédules se font entendre de la part d'Avery et Bellatrix. Voldemort se contente de secouer la tête, presque avec pitié.
« Je suis conscient que ma demande peut être un peu excessive » dit précipitamment Lucius. « Mais si vous ne pouvez pas la libérer, alors laissez la au moins en vie, même en tant que prisonnière. »
L'espoir ne s'allume pas une seule seconde dans ma poitrine. Je connais déjà la réponse que Voldemort va donner. Je l'attends avec une attente résignée.
« Il est trop tard, Lucius » dit-il simplement.
La joue de Lucius se contracte. « Maitre- »
« Il est trop tard » répète Voldemort avec une finalité absolue. « Si tu voulais la protéger, alors tu aurais dû te contrôler. Tu aurais dû réaliser que la seule chose qui assurait sa propre destruction, c'était le fait de lui permettre de s'approcher trop près de toi. »
Il sourit et il se tourne vers moi, continuant de parler à Lucius à travers moi. « Si tu tenais tellement à elle, tu serais resté loin d'elle. Mais bon, tu as toujours été un homme égoïste. »
Je regarde Lucius, l'homme le plus égoïste que je connaisse.
Il se contente de me regarder alors que nous nous rendons silencieusement compte de la vérité de la situation.
« Pensais-tu réellement tenir ça secret ? Face à moi ? » demande Voldemort. « Alors que tu étais si indiscret que tout le monde dans cette maison se doutait de ce qu'il se passait au moment même où tu as mis les pieds ici, sinon avant ? Personnellement, j'ai trouvé ton comportement suspect une semaine à peine après sa capture. »
Etrange. Je ne sais pas pourquoi je n'ai pas réalisé depuis le début que le comportement de Lucius commençait à devenir bizarre. Cela semble si simple quand j'y repense. J'aurai dû comprendre la raison de son antipathie face à Ron. Mais je ne voulais pas y penser…J'ai laissé mes soupçons s'enfoncer dans mon subconscient, les permettant seulement de jouer avec mes plus sombres cauchemars.
Jusqu'à ce que mes cauchemars se fondent avec la réalité, et que je cesse de savoir ce que c'est d'avoir des rêves agréables.
« Mais j'ai espéré longtemps que je puisse m'être trompé. » L'horrible monologue de Voldemort est interminable. « Après tout, je ne voulais pas croire qu'un de mes plus fidèles alliés puisse me trahir pour une si légère tentation. »
Il s'arrête pendant une minute, laissant flotter sa petite insulte. Pense-t-il vraiment que cela puisse me toucher, après tout ce que j'ai enduré ?
« C'est lorsque tu as choisi de la laisser vivre alors que je t'ai laissé le choix que tu m'as confirmé que tu t'étais aventuré sur un terrain dangereux- »
« Si je puis me permettre, mon Seigneur ? » le coupe bellatrix.
Voldemort lève les yeux au ciel avant de lui faire un signe de la main. « Si tu le souhaites. »
Elle sourit, la respiration dure et rapide. « C'est également au moment là que j'ai commencé à le soupçonner. » Son empressement et son excitation rendent ses phrases particulièrement irrégulières. « Je savais que quelque chose se passait, parce que la nuit où il est revenu ici avec elle… il l'a porté dans ses bras jusqu'à sa chambre, saviez-vous cela ? »
Avery fronce durement les sourcils vers elle, mais Voldemort se contente de glousser.
« Oui, je le savais » dit-il.
« Et ensuite » elle continue en haletant, « il y a eu cette fameuse soirée à la maison des Weasley. Bon Dieu, même mon neveu a commencé à réaliser ce qu'il se passait ce soir-là ! »
Drago se tourne vers elle, les joues rosies. « Qu'est-ce que tu es en train de supposer ? » il lui demande brusquement.
Mais tout le monde l'ignore.
« En effet » murmure Voldemort, avant de se retourner vers Lucius. « Les évènements de cette soirée se sont révélés… instructifs. Mais je vais te dire ce qui m'a finalement montré la vérité, Lucius. Ce fut la Sang-de-Bourbe ici présente. »
Tout le monde se retourne vers moi alors que je sens ma respiration me quitter. Je n'ai pas pu… Oh mon Dieu, qu'est-ce que j'ai fait pour nous trahir ?
Voldemort sourit doucement en continuant à parler à Lucius. « Tu te souviens que je l'avais interrogé, je présume ? »
Je regarde Lucius, prise de panique. Il me regarde longuement et durement. Avec colère.
« Je n'ai rien dit. Lucius, je n'ai absolument rien- »
« Ah » dit Voldemort en souriant. « 'Lucius.' En effet. 'Lucius.' Tu as utilisé ce nom, et pas seulement devant lui. Lorsque je t'ai questionné sur lui, tu l'as appelé par son prénom, et à cet instant j'ai su que vous étiez devenus tous les deux trop proches l'un de l'autre. Après tout, quel prisonnier est assez familier avec son bourreau pour pouvoir l'appeler par son prénom ? »
Mon visage se durcit alors que je réfléchis. Je ne me souviens pas avoir dit cela, mais… mais peut être bien que j'ai pu. J'étais tellement habituée à l'appeler par son prénom que je n'y faisais plus attention.
C'est certainement le seul instant où je souhaiterais être un Serpentard. Un Serpentard n'aurait jamais fait une erreur aussi stupide.
Lucius secoue la tête.
« Je suis tellement désolée » je murmure.
« Ce n'est pas ta faute » il marmonne en retour.
Mais je ne le crois pas, et je ne pense pas qu'il se croit lui même. Mais il sait qu'il est trop tard pour changer les choses maintenant. Il paraît simplement résigné. Il est impossible de réparer ses erreurs, et qui sait cela mieux que lui ?
Voldemort me sort de ma rêverie lorsqu'il lève sa baguette, faisant quelques pas vers moi. « C'était la dernière fois que nous avons parlé tous les deux, n'est-ce pas ? » il murmure. « Tu n'avais pas voulu me donner une réponse claire au sujet de la relation que tu entretenais avec Lucius. Tes réponses étaient si prudentes… si intelligentes. Tu aurais très bien pu t'en sortir si tu n'avais pas fait cette stupide erreur. »
Il s'arrête en face de moi.
« Je veux des réponses, Hermione » dit-il presque simplement. « Et cette fois, elles seront exactes. »
Je regarde Lucius par dessus son épaule. Sa peau est blanche comme de la glace.
« Regarde-moi, pas lui » dit sèchement Voldemort.
Je fais ce qu'il dit, et je le regrette immédiatement tandis qu'il lève sa baguette.
« Je veux toute l'histoire cette fois » il murmure avant de donner un petit coup de baguette. « Legilimens ! »
Le sort auquel je n'ai jamais appris à me défendre s'empare de moi, m'emprisonne l'esprit et expose tous les souvenirs que j'ai connu et tous les secrets de mon âme…
- - - Moi me cachant sous les lavabos des toilettes des filles tandis que Harry et Ron combattent le Troll - - -
- Un bambin me regarde à travers le miroir, ses cheveux raides et souples attachés par sa mère avec des rubans étincelants…
- - - - - - Moi criant, pleurant, saignant. Les poings de Lucius me déchirent le visage, et soudain il s'envole vers l'arrière, propulsé loin de moi alors qu'une électricité magique coure à travers mes doigts - -
Ron m'embrassant, oh mon Dieu, il l'a enfin fait… Mais la porte s'ouvre à la volée, et Lucius est là, oh, pourquoi ne peut-il pas me laisser seule - -
- - - - - Une main coure sur mon corps, et une voix bruisse dans mon oreille. 'Serait-ce si grave de vous toucher ?' –
- - Les deux énormes yeux jaunes du serpent me suivent le long du corridor, mais ils ne peuvent pas, je dois prévenir Harry à propos des tuyaux - -
'Tu es à moi. Tu le seras toujours. A personne d'autre qu'à moi.'
- - Ron m'a encore une fois fait faire ses devoirs, ' Je t'aime, Hermione', et je rougis, oh mon Dieu, va-t-il le remarquer ? - -
- Il me quitte. Non. Il ne peut pas. Je vais mourir sans lui. Mais il me quitte - - -
Je ne peux pas être enceinte. C'est impossible. Je suis simplement malade - - -
- - - - Je me suis coupé le doigt, et oh, ça saigne, et ça fait tellement mal… Mais papa embrasse mon doigt pour enlever la douleur, et me dit que je suis une gentille fille qui ne doit pas pleurer - - -
'J'ai déjà appris tous les livres qui sont au programme, j'espère que ce sera suffisant…'
'Je t'aime, Lucius. Je te hais, oh mon Dieu, je te hais tellement, mais… ça va de pair avec toute ma haine, je… je ne peux pas… je ne sais pas, mais je t'aime-'
- 'Je t'avais blessé. Je suis désolé pour ça. Ce n'était… pas ce que je voulais.' - - -
Le sort quitte précipitamment mon esprit.
C'est comme si mon esprit était soudain rempli d'eau froide.
Je me retrouve accroupie. Sans souffle. C'est épuisant de voir votre vie défiler en si peu de temps.
« Peut être que j'aurai dû utiliser cette méthode la dernière fois, au lieu de miser sur le Veritaserum. » J'entends la voix de Voldemort comme si elle était à des kilomètres. « J'aurai alors peut être pu connaître le fin mot de l'histoire. »
Avant que je puisse me ressaisir, je vois de longs doigts fins comme des pattes d'araignée se faufiler à travers les barreaux de ma cage.
Sans même réfléchir, je me recule vivement mais je heurte immédiatement le mur de pierres derrière moi, et il peut encore m'atteindre… Il peut encore me toucher…
Je me hérisse alors que je le regarde.
« Et nous arrivons alors à l'essentiel » il murmure, souriant de son sourire sans lèvres. « Tu sais, je me demande bien pourquoi tu as choisi de garder en vie cette… abomination. »
Ses doigts serpentent jusqu'à mon ventre.
J'essaie de me tourner, mais c'est inutile. Je n'ai nul part où aller.
Je jette un œil à Lucius, qui fusille Voldemort du regard, ses poings se serrant et se desserrant de chaque côté de son corps.
« Un Malefoy Sang-Mêlé » murmure Voldemort, ses doigts caressant doucement mon ventre. « Quelle contradiction dans ces simples mots. »
Je me sens malade et étourdie. Je ne veux pas de sa main sur mon enfant… Il n'est pas censé le toucher… C'est malsain, c'est mal…
« Enlevez vos sales pattes ! »
Ce n'est pas Lucius qui vient de parler. C'est Ron.
Voldemort sourit et enlève sa main de la cage, loin de moi, Dieu merci.
Il se lève et se tourne pour faire face à Ron, qui le fusille du regard, la respiration lourde.
« Ah, Ronald Weasey » dit-il d'une voix trainante. « Je dois avouer que j'en avais presque oublié ta présence ici. Mais bon… » il sourit cruellement, « tu dois y être habitué. Tu as été le joueur totalement oublié dans cette petite comédie, n'est-ce pas ? »
Ron se met à rougir, les yeux brillants, et je ressens un coup de poignard en plein cœur pour lui.
Voldemort rit doucement. « Je lis dans ton esprit » il murmure. « Tu l'aimais depuis le début, je peux le voir. Tu l'aimais avant même que Lucius Malefoy ne connaisse le nom d'Hermione Granger. Tu l'as aimé à l'instant même où elle a montré le bout de son sale nez dans le train pour Poudlard. »
Ron rougit plus encore face à l'invasion de son esprit, mais Voldemort fait semblant de ne pas le remarquer.
« Dis-moi Ronald, aimerais-tu le voir souffrir ? » dit-il d'une voix basse et séduisante. « N'aimerais-tu pas voir l'homme qui t'as volé l'amour de ta vie, hurler d'agonie ? »
J'avale durement. Mon regard se dirige vers Ron, qui prend une forte inspiration par le nez alors qu'il regarde Voldemort dans les yeux, puis Lucius, qui lui ne regarde que moi.
« Dis-moi » murmure Voldemort, « et dis-moi honnêtement, m'en voudrais-tu si je le torturais ? Si j'utilisais le sortilège Doloris sur lui, ici et maintenant, ne voudrais-tu pas me remercier, même si chaque hurlement qu'il donnerait lui briserait son cœur à elle ? »
Il y a un long silence alors que Ron fusille en silence Voldemort du regard. Il ne veut pas répondre.
Les lèvres de Voldemort s'étirent dans un sourire. « Oh, alors tu le voudrais ? »
Et Ron ne répond toujours pas.
Voldemort se tourne donc vers Lucius, la baguette levée, et il prononce l'incantation.
« Endoloris ! »
Lucius tombe lourdement au sol, se tordant et frémissant de douleur. Et il crie. Il hurle et rugit de douleur, le sang coulant de son visage, sa peau devenant écarlate…
Je ne peux pas respirer. Je ne peux penser à rien d'autre qu'à l'envie de vomir face à cela, et oh mon Dieu, s'il vous plait –
« ARRETEZ ! » Les mots sortent de ma bouche sans même y penser.
Voldemort lève sa baguette et les hurlements s'arrêtent.
Je cligne des yeux, et les larmes se déversent sans un bruit.
Lucius soulève la tête, et regarde uniquement vers moi. Ses yeux sont comme une pierre brisée. Un filet de sang perle au coin de ses lèvres blanches.
« Je suis désolée » j'articule silencieusement sur mes lèvres.
Je ne sais pas pourquoi. Je ne sais pas pourquoi je suis désolée alors qu'il est à peine en train d'endurer le dixième de ce qu'il m'a lui même fait endurer, maintes et maintes fois.
Mais je suis vraiment désolée. Je l'ai tué. Et je suis certaine d'une chose : il va mourir avant qu'ils ne me tuent.
Il hoche la tête. Il sait.
Je regarde Ron, qui fixe résolument le sol. Il ne veut pas me regarder. Ses lèvres sont serrées et immobiles.
« Je vais te dire quelque chose » murmure Voldemort, parlant maintenant à Lucius. « Je ne t'ai jamais mis dans la même classe que notre vieil ami Dolohov. »
Mon sang se fige littéralement de glace.
Lucius pose son regard sur son maitre.
« Tu disais que tu le méprisais » continue Voldemort. « Mais bon, qui ne le méprisait pas ? Il était attiré comme un aimant par les Moldues. Aucune femme n'était en sécurité avec lui, pas même un spécimen comme elle. »
Il bouge sa tête vers moi, avant de lancer un sort de coupure sur la joue blanche comme le marbre de Lucius.
Lucius siffle de douleur, mais il ne dit rien.
« Alors, es-tu comme Antonin, Lucius ? » demande Voldemort. « Es-tu si faible, si dominé par tes désirs ? »
Il secoue sa baguette, envoyant un jet de torture de couleur verte vers Lucius, qui hurle d'agonie, se tordant sur le sol, avant que le sort ne soit levé.
« As-tu si peu d'auto contrôle ? » murmure Voldemort.
Lucius crache un jet de sang de sa bouche avant de répondre.
« Je vaux bien mieux que lui, je peux vous l'assurer » il marmonne.
Voldemort montre les dents dans ce que je suppose être un sourire.
« Mais lui, au moins, a réussi à se retenir face à elle » dit-il en me désignant d'un geste de la main. « Mais toi, tu n'as pas pu t'en empêcher, n'est-ce pas ? Au moins, Antonin avait une certaine intégrité, une certaine notion de la signification du devoir- »
« Non, c'est totalement faux ! » j'éclate. Tout le monde se tourne pour me regarder, mais je suis trop furieuse pour m'en soucier. « De l'intégrité ? Dolohov ? Mon Dieu, si seulement vous saviez… Je devais toujours garder mes yeux ouverts, être à l'écoute de ses pas rampant devant ma porte ! Dieu seul sait ce qu'il aurait pu faire, avant que- »
Je m'arrête, me mordant la langue.
Non. Oh mon Dieu, non. Je suis si stupide !
Voldemort se tourne vers moi, une expression de curiosité sur son visage.
« Avant que… Quoi ? » il murmure.
Je bégaie face à lui, essayant désespérément d'imaginer une stratégie pour me sortir de là.
« S'il vous plait mon Seigneur, ne la punissez pas pour sa simplicité d'esprit » dit Lucius après m'avoir lancé un rapide regard voilé.
« Ce qui veut dire ? » demande froidement Voldemort.
« Je veux simplement dire que ces nombreux mois de captivité ont parfois raison de son état mental » dit Lucius en douceur. « Elle dit parfois des choses dont elle n'a pas bien saisi le sens. Je ne pense pas qu'elle se rende exactement compte de ce qu'elle dit… »
Et je sais alors que son discours n'est pas très convaincant. Mais je suppose qu'il fallait le tenter.
Voldemort se contente de me regarder. « Si, elle sait très bien ce qu'elle dit » il marmonne. « Ne l'insulte pas en prétendant le contraire. Elle est au contraire très vive d'esprit pour son jeune âge. Ne me l'as-tu pas dit toi même de nombreuses fois lorsque tu as été chargé de t'occuper d'elle ? »
Lucius me regarde, me prévenant de ne rien dire.
« Avant quoi, Hermione ? » demande à nouveau Voldemort.
Je ne dis rien. Je ne vais pas nous condamner davantage.
Il lève les yeux au plafond. « Bien, peut être voudras-tu céder à une certaine persuasion. Avery ? »
« Mon Seigneur ? » dit Avery, tous ses sens en alerte.
Voldemort fait un geste vers moi. « Encourage-la, veux-tu ? »
Avery hoche la tête et soulève sa baguette.
« Mon Seigneur, ça ne sera pas nécessaire » dit rapidement Lucius.
Voldemort plisse les yeux. « Es-tu prêt à expliquer ce que ça signifie à sa place ? »
« Oui » répond Lucius d'une voix anormalement calme. « Antonin était un peu… pressant face à elle. Pour l'empêcher de souiller la pureté de son sang… »
Bellatrix grommelle et Lucius s'arrête un instant avant de continuer.
« Pour l'empêcher d'aller trop loin, je suis intervenu, et je lui ai rappelé son devoir envers vous. »
Avery regarde Lucius, sa tête inclinée d'une façon comique. « Et il n'y a que pour cette raison que tu es intervenu ? » il murmure. « Ton sens du devoir ? »
Lucius l'ignore. Il regarde fixement Voldemort, dont le front est plissé.
« C'était juste avant qu'il ne déserte, n'est-ce pas ? »
Mon sang se glace.
« Peut être que c'est l'implication de Lucius qui a provoqué sa colère à propos de son statut » rétorque Bellatrix. « Je me souviens à l'époque qu'il était toujours en train de pleurnicher sur le fait qu'il n'avait jamais été récompensé pour ses services. Je me suis souvent demandée ce qui avait amené un si subit complexe d'infériorité. »
Je serre et desserre les poings. Tout pourrait bien se passer.
Mais quelle différence cela ferait après tout ?
Voldemort n'écoute pas Bellatrix. Il me regarde longuement et durement.
« Est-ce que ça s'est passé comme ça, Hermione ? » il murmure.
Et avant même que je ne puisse détourner mon regard, son esprit s'insinue dans le mien. Ce n'est pas pour rien qu'il est connu comme étant le plus grand Legilimens au monde.
« Pourquoi ne puis-je rien voir de tout ça dans ton esprit ? » chuchote Voldemort, un froncement de sourcils pliant son front. « Pourquoi ta mémoire semble-t-elle si… vierge lorsqu'il s'agit de la disparition de Dolohov ? »
J'ouvre et ferme ma bouche comme un stupide poisson rouge alors que j'essaie de trouver quoi dire…
Mais comment pourrais-je expliquer le fait que ma mémoire concernant la disparition de Dolohov n'est non plus présente dans mon esprit, mais cachée quelque part dans la chambre de Lucius ?
Voldemort sourit tristement et soupire. « Bien, je suppose que je ne peux pas te forcer à me le dire » dit-il nonchalamment. « Mais peut être aurais-tu besoin d'un peu plus de… persuasion. »
Il fait un geste vers Avery, qui lève sa baguette. Pas vers moi, mais vers Lucius.
« Non ! » je dis automatiquement.
Voldemort soulève un sourcil. « Non ? »
« Il… » je postillonne ces mots comme une idiote. « Lucius… Il n'aimait pas l'attitude de Dolohov à mon égard, et il… il l'a forcé à partir. Il lui a dit qu'il le tuerait si jamais il revenait… »
Je sais que c'est inutile. Il me lance un simple regard.
« Menteuse. »
Il fait un geste vers Avery, qui soulève sa baguette. « Endoloris ! »
Les cris de douleur de Lucius me déchirent de l'intérieur. Chaque cri est comme un coup à l'estomac, et oh mon Dieu, que ça s'arrête…
Il ne voudrait pas que je parle. Il ne le voudrait pas.
Je dois juste faire la sourde oreille, comme il avait l'habitude de le faire lorsque c'était moi qui hurlait de douleur…
Mais comment puis-je faire la sourde oreille face à ses hurlements, et ça me fait mal d'entendre sa douleur, et encore plus de le voir se tordre sur le sol tandis qu'il se saisit de son crâne pour essayer sans succès de faire cesser cette agonie…
Je ne peux pas le supporter.
« NON, S'IL VOUS PLAIT ! » je hurle. « Je… je vais vous dire, je le jure ! »
« Vraiment, Hermione ? » dit Voldemort d'une voix trainante alors que Lucius gémit de douleur derrière lui. « Ou vas-tu à nouveau me mentir ? »
Lucius laisse échapper un nouveau rugissement d'agonie. Il ne s'en soucie pas.
« Dolohov… Dolohov n'est pas parti ! » je dis désespérément.
Voldemort me regarde un instant droit dans les yeux, avant de faire un geste vers Avery qui lève immédiatement la malédiction.
Lucius git sur le sol, poussant de profondes respirations.
« Il n'est pas parti ? » murmure Voldemort.
Lucius lève la tête, chacun de ses mouvements semblant lui causer une forte douleur. Sa peau est trempée de sueur et ses yeux sont rouges.
Il ne veut pas que je leur dise la vérité. Mais quelle autre option s'offre à moi ?
« Il est mort » je murmure.
Le silence qui suit est assourdissant.
Voldemort regarde profondément dans mes yeux.
« Mort ? » il murmure.
J'acquiesce, avalant durement dans une tentative désespérée de faire disparaître le rugissement dans mes oreilles.
Lucius ferme les yeux pendant une seconde, secouant la tête.
« Et… Comment est-il mort ? » chuchote Voldemort, bien qu'il connaisse déjà surement la réponse.
Je secoue la tête. Je ne sais pas quoi dire.
Il soupire et lève la main vers Avery qui soulève à nouveau sa baguette.
« Non ! » je crie. Le visage de Voldemort est immobile.
« Parle » dit-il sèchement.
Ais-je vraiment le choix ?
« Nous… Lui et moi… » Je pousse un souffle énorme. « Vous devez comprendre qu'il avait perdu l'esprit. Je veux dire qu'il l'avait vraiment perdu. Il… »
Je respire une nouvelle bouffée d'air.
« Il est venu dans ma chambre une nuit, et il… il a essayé de… » je m'arrête. « Ce n'était pas la première fois qu'il essayait. Mais Lucius… il l'a arrêté. Mais Dolohov ne l'a pas supporté, et ils se sont battu, et j'ai tiré Dolohov vers l'arrière, et… »
J'en ai assez dit.
Lucius se redresse lentement sur ses pieds. Il me fusille du regard, m'accusant de l'avoir sauvé de plus de torture.
Et lorsque je regarde le sourire épouvantable de Voldemort alors qu'il me regarde droit dans les yeux, je sais pourquoi Lucius se comporte ainsi.
« Tu as tué Antonin ? » chuchote Bellatrix à Lucius, son visage blanc trahissant son état de choc extrême. « Pour elle ? »
Il la fusille du regard. « Ne prétends pas que sa mort te dérange » dit-il hargneusement. « Tu étais loin de le porter dans ton cœur, si je me souviens bien- »
« MAIS JE NE L'AI PAS TUE, MOI ! » elle crie en retour.
Oh mon Dieu, qu'ais-je fais ?
Voldemort regarde Lucius, son expression insondable.
« Si tu voulais garder Antonin loin d'elle, tu n'avais pas besoin de le tuer » dit-il tranquillement. « Tu avais seulement à me faire part de ses actions, et je lui aurait demandé de quitter la maison. Tu sais cela. »
Il respire un petit rire face à l'absence de réponse de Lucius.
« Je n'aurai jamais pensé que tu puisses un jour être si dépassé par tes émotions, au point de perdre ton jugement, Lucius. Tu as toujours été si logique… »
Il ne termine pas sa pensée. Ses doigts se resserrent autour de sa baguette.
« Te rends-tu compte à quel point tu t'es dépravé au nom de cette Sang-de-Bourbe ? » il murmure.
« Mais… Mon Seigneur, mon père est un homme bon ! » dit soudain Drago. « Il n'a jamais rien fait de tel auparavant ! C'est de la faute de la Sang-de-Bourbe, pas de la sienne. Je veux dire, elle a eu de l'emprise sur lui. Je ne sais pas pourquoi, mais… »
Il s'arrête tandis que Voldemort tourne sa tête vers lui.
« Qu'es-tu en train de suggérer ? » il marmonne.
Drago se force à continuer. « Je dis juste que… Et bien, ce n'est pas… Ca doit surement être dû à… vous savez… la situation. »
Voldemort plisse ses yeux rouges. « La situation ? »
Drago avale durement, mais il hoche la tête, et je dois admirer son sang-froid. « Je veux dire, il a été enfermé ici pendant des mois, sans jamais voir ma mère… »
Avery respire un petit rire. « Bizarrement, je doute que les envies réprimées de Lucius aient été un réel problème- »
« Mon Seigneur ! » crie Bellatrix prise de panique. Avery continue de sourire à Drago, qui se tourne d'une personne à une autre, paraissant totalement perdu.
« Qu'est-ce que tu racontes ? » il demande.
« Il semble que tu as encore beaucoup à apprendre concernant ton père » dit Avery avec un grand sourire.
Drago se tourne vers lui comme un boulet de canon. « Est-ce que quelqu'un pourrait enfin me dire ce qu'il se passe, par Merlin ? »
Bellatrix fusille Avery du regard. « Ne t'avise pas ! » elle siffle.
Avery regarde Voldemort. « Puis-je avoir votre permission, mon Seigneur ? »
Voldemort lève les yeux au ciel, semblant presque ennuyé par la tournure de la conversation. « Tu l'as. »
Avery sourit face à l'horreur du visage figé de Bellatrix, et adresse la parole à Drago sans un autre regard vers elle. « La Sang-de-Bourbe n'a pas été la seule indiscrétion de ton père » murmure Avery. « Il semble que son appétit était… insatiable. Tout comme ta tante Bellatrix, en fait. »
Ron pousse un 'Ha !' de triomphe, mais Drago ne semble même pas l'entendre. Sa tête bascule sauvagement entre Lucius et Bellatrix, le visage marqué d'horreur.
« Oh ! » est la seule chose qu'il dit. Puis il se tourne vers son père.
« Tu… Elle ! » il bredouille. « C'est la sœur de ma mère- »
« Oui, j'en suis tout à fait conscient » dit sèchement Lucius. Il ne semble pas gêné par la découverte de Drago. Je suppose que je ne peux pas le lui reprocher. Etant donné notre situation actuelle, la découverte de Drago semble tout à fait futile.
« Drago » dit Bellatrix.
Lucius regarde son fils d'un air absent. « Crois-moi, je regrette amèrement l'implication que j'ai pu avoir avec elle » dit-il.
Drago laisse échapper un petit bruit d'étouffement alors qu'il secoue la tête. Il paraît presque nauséeux.
« Drago, je suis désolée » dit Bellatrix en se tordant les mains. « Mais c'est certainement plus supportable pour toi que ton père et moi- »
Drago amène ses doigts sur ses yeux, laissant échapper un gémissement. « Comment ça pourrait être plus supportable que toute autre chose ? »
Elle lève la main comme pour toucher son bras, mais se contente de chuchoter, « Au moins, je ne suis pas une Sang-de-Bourbe. »
Drago abaisse sa main de ses yeux, regardant alternativement sa tante et son père, comme s'il ne pouvait pas en croire ses oreilles.
« Vous êtes quelle sorte de famille ? » dit-il, incrédule.
Voldemort laisse apparaître une expression amusée sur son visage.
« Tu n'as pas à suivre leur exemple, mon garçon » il murmure. « Tu peux être bien mieux qu'eux, si tu le veux vraiment. Tu peux apprendre de leurs erreurs, et avec un sang aussi pur que le tien, qui sait jusqu'où tu pourrais aller ? »
Il se tourne pour faire face à Lucius.
« Après tout Drago, je ne te vois pas du tout faire les mêmes erreurs que ton père. Pas alors que tu vas être témoin de ce que sa trahison va lui couter. »
Drago sursaute mais Voldemort l'ignore, accordant son attention entière vers sa proie.
« Tu vas devoir mourir, Lucius » dit-il calmement. « Tu le sais bien. »
Les yeux de Lucius viennent rencontrer les miens durant une seconde. Et cet unique regard me donne les larmes aux yeux.
« Ah » ajoute Voldemort. « Mais la mort ne signifie probablement plus autant maintenant, n'est-ce pas ? »
Les yeux de Lucius reviennent sur Voldemort. « Que voulez-vous dire ? » il murmure.
Le sourire de Voldemort s'élargit. « Pour diverses raisons » dit-il en agitant la main vers moi, « cette Sang-de-Bourbe signifie bien plus pour toi, sinon pourquoi aurais-tu pris tant de risques pour elle ? »
Lucius ne répond pas.
« Je peux imaginer, » continue Voldemort, « que plus encore que ta mort, tu détesterais la voir souffrir. »
Il se tourne vers moi, son sourire encore gravé sur son visage, et il n'y a alors plus qu'un bruit diffus tandis que Ron et Lucius réagissent tous deux à ce qu'il vient de dire.
Pendant quelques instants, les voix de Lucius et de Ron se mélangent dans un bruit confus. Je peux seulement entendre des bribes de paroles, mais je ne peux même pas dire qui dit quoi.
« Pour l'amour de Dieu, que voulez-vous ? »
« Elle n'a rien fait, espèce de sale Frankenstein- »
« J'ai toujours été loyal, et elle n'a rien fait- »
« Punissez-le lui, si vous voulez vraiment faire souffrir quelqu'un ! »
Voldemort continue de montrer ses petites dents pointues dans un horrible sourire, et il lève la main pour se faire entendre d'eux.
« Donc, aurais-je raison de supposer que l'un de vous deux serait prêt à souffrir à sa place ? »
Mon cœur s'arrête.
Non. Non, ils ne peuvent pas !
Je les regarde l'un après l'autre, totalement paniquée.
« Ne vous avisez pas, aucun de vous deux ! »
Mais ils ne font même pas attention à mes paroles.
Ron est le premier à réagir. Il lève la tête et regarde droit vers Voldemort. « Oui. »
Mais Voldemort ne le regarde pas. Il fixe Lucius, n'attendant que sa réaction.
Les yeux de Lucius se dirigent vers moi avant qu'ils ne se reposent sur Voldemort, puis il hoche la tête. Sans aucune hésitation.
Bellatrix renifle avec dérision mais Voldemort se contente de glousser.
« Et bien, ça c'est intéressant. » Il se tourne vers moi. « Les deux amours de ta vie Hermione, prêts à mourir pour toi. N'est-ce pas le rêve de toute écolière ? »
Je le regarde fixement, respirant fortement. « Que voulez-vous de moi ? » je demande faiblement. Peut être que si je rentre dans son jeu, il fera en sorte que tout ça se finisse rapidement, sans forcement jouer avec nous avant.
« Je te donne l'opportunité de sauver l'homme que tu aimes » dit-il, en accentuant fortement sur le dernier mot.
Ma vision se trouble. « L'homme ? »
Au singulier. Pas au pluriel.
Il sourit. « Ma parole, tu es rapide à comprendre ! Lucius m'a souvent dit que tu étais brillante. »
Il tient sa baguette en face de lui, la balançant nonchalamment entre ses doigts frêles.
« Alors Sang-de-Bourbe, lequel choisis-tu ? »
C'est alors qu'un silence de pierre s'abat dur la pièce.
Les yeux de Bellatrix passent fébrilement de Voldemort à Lucius. Avery n'a aucune réaction. Je pense qu'il connaissait déjà les intentions de Voldemort.
Drago est le seul qui se met à parler, et sa voix paraît terrifiée.
« Non ! Je veux dire, s'il vous plait… S'il vous plait mon Seigneur, ne le tuez pas ! Ce n'est pas de sa faute. Tuez-la elle, ou bien Weasley- »
« Ce n'est pas ma décision, Drago » dit Voldemort en douceur. « C'est à Hermione de décider. Après tout, elle est celle qui a crée tout ce gâchis. »
Je regarde désespérément Ron, dont le visage est blanc comme la craie. Il respire lourdement et me regarde durement. Moitié terrifié, moitié accusateur. Je ne te blesserais jamais, Hermione. Je ne suis pas comme lui.
Et puis je regarde Lucius. Les yeux noirs et sa peau albâtre. Il ne souhaite pas plus que Ron que je le fasse mourir.
Je ne peux pas faire ça.
Je regarde Voldemort. « Je ne choisirais pas » dis-je en tremblant. « Vous n'avez qu'à me tuer à la place. »
J'entends un 'non !' de Ron et je vois Lucius faire un mouvement brusque alors qu'il essaye automatiquement de briser les barreaux qui l'entourent.
Voldemort laisse entendre une sorte de rire. « J'ai bien peur que ça ne soit pas une option » dit-il d'une voix trainante. Il ressemble à un chat qui joue avec une souris terrifiée. « Tu vois, je ne vois pas une punition plus parfaite pour mon cher ami Lucius. Peu importe l'option que tu choisiras, le résultat sera une punition insupportable pour lui. Soit il te voit mourir maintenant, soit il meure, et il meure avec la connaissance que tu as choisi Weasley plutôt que lui. »
Je le regarde fixement alors qu'il se délecte du silence qu'il installe.
« Ou bien si tu choisis de faire mourir Weasley, il devra vivre avec le fait que tu le haïra. Tu le haïras pour être celui que tu auras choisi de laisser en vie. Il ne fera que te rappeler ce que tu as perdu. Chaque fois que tu le regarderas dans les yeux, tu ne verras que Ronald Weasley. Et ce fait finira par le tuer. »
Je regarde Lucius. Ses yeux sont presque totalement noirs alors qu'il se contente de me regarder.
Je ne sais pas ce qu'il voudrait que je fasse. Je sais qu'il préfère mourir lui même plutôt que de me voir mourir, mais ce n'est pas une option pour moi… Et puis, ne m'avait-il pas dit qu'il souhaitait vivre pour moi plutôt que de mourir pour moi ?
Je regarde Ron. Il se contente de me regarder lui aussi. Il sait que ce qui s'applique pour Lucius, s'applique également à lui si je lui permets de vivre…
Et je ne sais pas non plus ce qu'il voudrait que je fasse.
Et même si je savais ce qu'ils voudraient que je fasse, comment pourrais-je condamner un des deux à mort ? Comment pourrais-je vivre le reste de ma vie sans revoir les yeux de Lucius, ou les taches de rousseur de Ron ?
« NE T'AVISE PAS DE TUER MON PERE, GRANGER ! » hurle Drago, rempli de peur et de fureur. « N'EN AS-TU PAS ASSEZ FAIT ? »
Je ferme les yeux, et une seule et unique larme coule le long de ma joue.
Mais une pensée me frappe alors. Voldemort ne peut pas me proposer cet ultimatum !
J'ouvre les yeux. « Vous avez besoin que Ron soit en vie » je dis tremblante. « Vous avez besoin de lui- »
« Non » il m'interrompt en douceur. « Ses parents nous ont prouvés qu'ils n'étaient pas disposés à servir notre cause. S'il meure, ça rappellera simplement à mes partisans que je ne tolère pas la subversion. »
Oh mon Dieu.
« Mais vous avez besoin de lui pour atteindre Harry- » je commence désespérément.
« Ah oui » s'emporte Voldemort. « Parce que cette technique a bien fonctionné jusqu'ici, n'est-ce pas ? »
Oh mon Dieu !
Comment dois-je prendre cette décision ?
Je ne peux définitivement pas vivre sans l'un ou l'autre.
Je peux à peine prononcer les prochains mots. « S'il vous plait, ne me faites pas choisir- »
Je m'arrête dans un sanglot. Je ne peux pas parler. C'est trop dur.
Respirer est trop dur.
Je veux seulement mourir.
Voldemort hausse les épaules. « Et bien, je suppose que ma seule option est de me débarrasser de vous trois. »
J'aurai aimé que Lucius m'ait tué lorsqu'il en avait la possibilité face à Voldemort. S'il m'avait tué, mes parents seraient encore en vie. Ron aurait été dévasté, mais il aurait été capable de continuer à vivre avec la connaissance que je ne l'ai pas trahi. Et je n'aurai jamais ruiné l'existence de Lucius, et il aurait pu continuer tranquillement sa vie, ne pensant à rien d'autre qu'à la Sang-de-Bourbe irritante qui aurait pu lui créer de graves problèmes s'il avait été assez fou pour lui permettre de vivre.
Mais au lieu de ça il m'a laissé vivre, et maintenant nous sommes tous les trois pris au piège dans cette toile d'araignée, et la mort est notre seul moyen d'y échapper.
Voldemort se tourne vers Bellatrix. « Je veux qu'ils soient tous les trois amenés dans mon Quartier Général demain soir à minuit. » Il jette un regard foudroyant à Lucius. « Je vais informer tous les Mangemorts que j'exige leur présence, et je veux qu'ils assistent tous à l'échec de Lucius. » Il sourit ensuite à Ron. « Et arrangeons-nous également pour que les Weasleys soient présents. Ils seront eux aussi témoins de leur propre échec. »
Je laisse échapper un souffle énorme. Au moins, nous avons un peu de temps. Seulement un jour, mais c'est au moins ça…
Même s'il s'agit simplement d'un sursis face à notre exécution.
« Bella, j'aurai besoin de ton aide pour retraverser le lac. »
La cape de Voldemort balaye alors la salle tandis qu'il sort majestueusement, Bellatrix sur ses talons.
