« En ce lieu d'opprobres et de pleurs,
Je ne vois qu'horreur et ombres
Les années s'annoncent sombres
Mais je ne connaîtrai pas la peur.

Aussi étroit soit le chemin,
Bien qu'on m'accuse et qu'on me blâme
Je suis le maître de mon destin,
Le capitaine de mon âme. » -

William Ernest Henley, Invictus


Chapitre 48 Apocalypse

Une nuit lorsque j'avais quatre ans, j'ai quitté mon lit et suis sortie pieds nus de ma chambre. Je suis venue me placer devant la porte de mes parents, serrant contre moi mon ours en peluche.

« Maman » je murmurais, tout en jetant des coups d'œil par dessus mon épaule, frissonnante dans ma chemise de nuit. « Maman ! »

Ma mère est finalement apparue dans le couloir, les yeux rouges, encore à moitié endormie. Derrière elle, je pouvais entendre mon père ronfler.

« Que se passe-t-il ma puce ? »

« J'ai peur » je murmurais en claquant des dents.

« De quoi ? »

« Du monstre. »

« Quel monstre ? »

« Je crois qu'il est sous mon lit. Il est là depuis longtemps. Il essaie de m'attraper, maman. »

« As-tu fait un cauchemar, ma chérie ? »

« Non, il est vraiment là ! Le monstre, maman- »

« Tout va bien, Hermione. Je suis là. »

Elle m'a soulevé dans ses bras et m'a ramené jusqu'à mon lit, m'a bordé avec les couvertures et m'a caressé les cheveux alors que je babillais à propos du monstre terrifiant qui hantait mes cauchemars. Lorsque mes murmures se sont finalement calmés, elle alla tirer les rideaux de la fenêtre de ma chambre.

« Regarde, ma chérie » dit-elle. J'ai regardé. Elle me montrait du doigt la ligne fine de lumière rose pale qui apparaissait derrière les toits des maisons de notre quartier.

« Les monstres ne peuvent pas apparaître face à la lumière du soleil » m'a-t-elle dit.

Je la regardais, les yeux écarquillés. « Pourquoi ? »

« Parce qu'ils ont peur de la lumière. » Elle me souriait. « Si nous laissons les rideaux ouverts, le monstre ne pourra plus jamais revenir. »

Je souriais, apaisée. Je savais que ma mère ne se trompait jamais, j'en étais persuadée. Je n'avais que quatre ans à l'époque, après tout.

Elle m'a embrassé sur le front et est retourné dans sa chambre, et je me suis retourné vers la fenêtre, m'endormant paisiblement alors que les rayons magnifiques du soleil levant s'infiltraient dans la chambre, repoussant au loin les ténèbres.


« Avery, qu'est-ce que tu veux ? » dit rapidement Lucius dès que la porte s'est refermée. « De l'argent ? Je peux t'en donner. Tu peux avoir chaque Gallion que je possède- »

« J'ai déjà bien assez d'argent, je te remercie » répond froidement Avery. « Et j'ose espérer que le Seigneur des Ténèbres me récompensera grassement avec l'argent qu'il saisira à Narcissa après ta mort. »

Narcissa. Un autre nom à rajouter à la liste des vies détruites cette nuit. Plus de mari, plus d'argent, et une réputation saccagée lorsque les gens entendront ce que son mari a fait dans son dos.

« Il ne te donnera rien de ça ! » siffle Lucius. « Je suis prêt à tout te donner ! L'argent, la maison, chacune de mes possessions. Tu peux tout prendre et être à l'autre bout du monde dès demain matin. »

Avery se contente de secouer la tête tristement. « C'est en effet une offre généreuse, mais j'ai bien peur de devoir la décliner. »

Lucius serre les dents. « Tu ne te rends pas compte de la somme d'argent que tu es en train de refuser- »

« Je peux bien l'imaginer, mais il semble que je ne suis tout simplement pas attiré par ce genre de gain personnel. C'est dans ce genre de chose que nous sommes si différents l'un l'autre je pense. Je suis capable de me tenir à mes convictions et à notre cause. Je ne ressens pas le besoin de les abandonner pour répondre à mes propres désirs, contrairement à certains. »

« Oh, pour l'amour de Dieu ! » s'exclame violemment Ron. « Et combien vous rapporte votre 'cause' ? Il se propose de vous offrir tout ce qu'il possède ! Ca doit se compter en dizaine de milliers de Gallions ! »

Mais il perd son temps. Ils perdent tous les deux leur temps. Avery doit probablement être la seule personne à pouvoir nous aider maintenant, mais c'est aussi l'une des seules personnes possédant le moins de motivation pour le faire.

« Je ne m'intéresse pas à l'argent, Weasley » dit-il calmement. « Et je souhaiterais que vous cessiez de m'insulter en me mettant dans le même panier que votre famille. Je ne prends pas les insultes à ma personne à la légère. »

Ron grogne. « Et comment pensez-vous me punir maintenant, alors que Hermione et moi allons mourir dans moins de vingt-quatre heures ? »

Avery soulève un sourcil. « Je n'ai aucune intention de vous 'punir'. Le Seigneur des Ténèbres le fait déjà très bien par lui même. Je souligne simplement que si vous pensez me corrompre avec vos insultes, alors vous et Lucius vous êtes royalement trompés. »

Ma tête me fait mal. Mon cœur me fait mal. Tout me fait mal. La salle entière se referme autour de moi, et je ne peux plus respirer –

« Tu n'as même pas à me laisser partir » dit désespérément Lucius après une courte pause. « Mais pour l'amour de Dieu- »

« Non, je ne la laisserais pas partir » le coupe laconiquement Avery, et il y a une note horrible de finalité dans sa voix. « Ca me déconcerte de voir que tu as l'arrogance de penser que je pourrais faire ça. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, je n'ai aucune envie de passer les deux prochaines heures à converser avec des traîtres à leur sang et une Sang-de-Bourbe. »

Il se tourne élégamment et s'arrête lorsqu'il atteint la porte. « Tu viens, Drago ? Nous avons le temps de diner avant de partir. »

Je m'étouffe dans mon propre cri de rage impuissante.

Les yeux de Drago roulent lentement vers Avery. Il s'est contenté de fixer le plancher depuis tout ce temps. Ses joues sont brulantes, et il a le regard de quelqu'un qui s'apprête à pleurer.

« O-Oui » dit-il d'une voix brisée. Il s'éclaircit la gorge. « D'accord. »

« Drago » je murmure.

Il se tourne vivement vers moi. « Ne m'adresse pas la parole » il marmonne.

« Drago. » Lucius utilise sa dernière chance. « Drago, je suis ton père- »

« Non » dit farouchement Drago. Il renifle et s'essuie vivement sa joue écarlate. « Non, tu ne l'es pas. »

Avery laisse apparaître un sourire glacial alors qu'il passe son bras autour des épaules de Drago. « Tout va bien, mon garçon. Viens. »

Drago se laisse trainer jusqu'à la porte, gardant ses yeux résolument fixés loin de son père.

« Tu aimes ton père ! » je crie désespérément. « Tu le sais très bien. Tout ce que tu faisais à l'école tournait toujours autour de lui. Et si tu n'as pas pu tuer Dumbledore, alors que tu disais pourtant le mépriser au plus haut point, alors comment peux-tu supporter aujourd'hui de regarder ton père se faire tuer ? »

Drago s'arrête, la main sur la poignée de la porte, et son regard se tourne finalement vers moi, si plein de haine que je frémis involontairement.

« Va te faire foutre » il murmure avant qu'il ne quitte vivement la pièce.

Avery sourit en regardant Lucius. « Quelles bonnes manières » dit-il d'une voix trainante. « Tu dois vraiment être fier de ton fils. »

La mâchoire de Lucius se crispe. S'il n'y avait pas eu la cage qui l'entoure, il se serait probablement jeté sur lui les mains nues.

« Tu ne dois pas t'inquiéter » continue Avery en douceur. « Je suis sur que sa tante prendra bien soin de lui. Ils ont une relation particulière, n'est-ce pas ? Elle a vraiment… de l'affection pour lui. C'est exceptionnel de sa part. »

Je ravale de la bile. C'est… quelque chose que je ne peux pas imaginer.

Lucius prend une profonde respiration. « Ma propriété vaut à elle seule deux millions de Gallions » dit-il calmement. « Elle est à toi si tu veux bien nous laisser partir. »

Avery respire un rire de pitié. « Oh, Lucius. Tout l'or du monde ne pourra pas me protéger contre le Seigneur des Ténèbres. Tu devrais le savoir plus que tous les autres. »

Je reconnais alors l'horrible vérité dans ses paroles. Rien ne vaut la vie elle même. Même Avery sait cela.

Peut être que quelqu'un aurait dû nous rappeler cela, à Lucius et à moi. Ca aurait peut être pu nous sauver.

Lucius le fusille du regard durant quelques secondes, avant qu'il ne se redresse et ne regarde d'un air hautain le visage froid d'Avery.

« Je te verrai en Enfer dans ce cas, Avery » dit-il en lui crachant presque ces mots à la figure.

Avery sourit. « Je m'en réjouis d'avance. »

Il se retourne alors et quitte la pièce, fermant la porte derrière lui.

Ron fusille Lucius du regard. « Et bien ? »

Lucius fronce les sourcils vers lui. « Et bien quoi ? »

« Qu'est-ce qu'on va faire maintenant ? » La voix de Ron s'élève en un cri furieux. « Hein ? N'avez-vous pas une merveilleuse idée pour nous sortir de cette situation ? Que faire maintenant, Monsieur le GRAND LUCIUS MALEFOY ? »

Une longue et horrible pause s'installe. Lucius se contente de fusiller Ron du regard, sans même trouver la moindre petite insulte à répliquer.

« Lucius ? »

Il aspire vivement son souffle au son de ma voix, et il lui faut quelques secondes pour réussir à tourner sa tête vers moi.

Je pensais avoir déjà vu la peur sur son visage auparavant. J'avais tort. Rien ne peut être comparé à l'expression du regard qu'il me jette en cet instant même.

« Nous ne pouvons offrir rien d'autre à Voldemort ? » je dis stupidement.

Il exhale un rire amer. « Non, à moins que nous puissions lui offrir la tête de Harry Potter sur un plateau. Et je sais très bien qu'aucun de vous deux n'envisagerais même une seconde cette opportunité, même si elle était possible. »

Je mords durement ma lèvre pour essayer d'arrêter les larmes qui menacent de couler de mes yeux.

« Alors, c'est fini ? » crache Ron. « Et bien, j'espère que vous êtes fier de vous, Malefoy. Vous êtes responsable de tout ce gâchis, et vous ne pouvez même plus nous en sauver maintenant. Vous nous avez tous tué ! »

Lucius secoue la tête. « Pas tous. Vous Weasley, vous auriez certainement été tué même sans mon influence sur la situation- »

« Je ne serais même pas ici si vous n'aviez pas poursuivi Hermione au lieu d'Harry lorsque vous étiez à ma maison ! » dit-il hargneusement. « Et vous ne pouvez pas nier que vous l'avez tué elle ! Si vous aviez seulement eu un minimum de maitrise de soi, elle aurait certainement pu survivre à cet endroit. »

Lucius ne peut même pas répondre. Il ne regarde même pas Ron. Il se contente de me fixer, avec un regard qui me rappelle les images que j'ai vu dans les livres médiévaux où des sorcières et des sorciers s'apprêtaient à mourir brulés vifs sur le bucher.

Je m'accroupis doucement, fermant les yeux, incapable de les regarder. « Non. C'est ma faute- »

« Ce n'est pas ta faute ! » hurle furieusement Ron. « Pour l'amour de Dieu, c'est lui qui t'a embarqué dans tout ça ! »

« Mais je ne me suis pas débarrassée du bébé » je murmure, les larmes coulant sur mes joues. « J'ai été si stupide ! Pourquoi ne m'en suis-je pas débarrassé ? »

Un bruit de pas. Je tourne la tête pour voir Lucius immobile dans sa cage, levant la main pour serrer ses doigts autour des barreaux tandis qu'il me regarde.

« Ils l'auraient découvert, de toute façon » il murmure. « Ca a duré trop longtemps. Tout le monde dans cette maison le savait, ce n'était plus qu'une question de temps. »

Mais ses paroles ne me consolent pas. Comment le pourraient-elles ? On aurait pu survivre si seulement… si seulement…

Si seulement.

Mon père avait l'habitude de me dire qu'il ne fallait jamais utiliser cette expression 'si seulement'.

Je regarde Lucius. Il semble aussi désolé que je le suis. Mais il ne pleure pas. Je me demande d'ailleurs s'il sait seulement encore pleurer.

Je suppose que je ne le saurai jamais maintenant.

Ses articulations sont blanches autour des barreaux de sa cage.

J'enfonce mes ongles dans mon ventre. Si j'en avais le courage et la capacité, j'arracherai ce bébé de mon corps ici et maintenant. Si seulement j'avais su où ça nous conduirait, j'aurai bu cette potion et aurait été heureuse de le faire.

« Par Merlin, comment tout ça est arrivé ? » murmure Ron.

Lucius expire, fixant le mur loin de mon regard. « Je n'ai pas à vous expliquer ce qu'il s'est passé entre nous- »

« Et je n'ai pas besoin de l'entendre, de toute façon ! » dit hargneusement Ron. « Ce que je voulais dire, c'est comment en est-on arrivé à ça ? »

Lucius secoue la tête, regardant toujours résolument le mur.

« C'est trop tard, Ron » je marmonne. « Il n'y a plus rien que nous puissions faire. »

Ron sourit tristement. « Je n'ai jamais pris pour acquis le fait que nous pourrions finir ensemble » il murmure. « Je l'espérais bien sur, mais je n'avais jamais considéré ça comme acquis. Mais si j'avais du te perdre contre quelqu'un, je n'aurai jamais pensé te perdre contre ce connard prétentieux. »

Lucius hausse les sourcils et exhale fortement, se frottant l'arcade. Il paraît trop épuisé pour rétorquer.

Je mords ma lèvre. « Tu ne m'a pas perdu, Ron. Je suis toujours ta Hermione, je l'ai toujours été. »

« Et sa Sang-de-Bourbe ? »

Les mots me frappent comme un coup de fouet.

J'avale difficilement, appuyant mes doigts froids contre mes lèvres. Que puis-je répondre à ça ?

« Nous n'aurions jamais pu vivre comme ça » murmure Lucius.

Je sursaute de surprise. Il dirige son regard vers moi, les yeux vides.

« Donc vous êtes en train de dire que c'est mieux que l'on soit sur le point de mourir plutôt que de faire face à la moindre petite difficulté, c'est ça ? » dit Ron, hargneux.

Lucius secoue la tête. « Non. Je ne souhaites pas mourir plus que vous. Mais j'ai toujours su… »

Il s'arrête quelques instants, secouant encore la tête avant de continuer.

« Ca n'aurait pas pu durer éternellement. Pas alors qu'aucun de nous ne savait vraiment ce que nous voulions- »

« Je sais ce que je voulais » dit amèrement Ron. « Je voulais être avec Hermione. C'est tout ce que je voulais. C'est tout ce que j'ai toujours voulu. Je n'étais pas assez stupide pour me convaincre qu'elle était indigne de moi. Pas comme vous, Malefoy. »

Je ferme les yeux, souhaitant bloquer la culpabilité qui me ronge la poitrine. Une vieille blessure qui n'aurait jamais guéri même en un million d'années.

Lorsque j'ouvre à nouveau les yeux, Lucius me regarde toujours.

« J'ai été un imbécile » il murmure. « Je l'avoue maintenant. »

Ron expire sous l'incrédulité mais je sais que Lucius dit la vérité. Je le connais, et je sais maintenant qu'il ne me mentira plus.

Et il a raison. Nous n'aurions pas pu continuer comme ça. Je ne pouvais pas vivre avec ma culpabilité. Ron ne pouvait pas vivre avec ma trahison. Lucius ne pouvait pas vivre face à lui même.

« Je suis désolée » je murmure. « Tous les deux, je… je suis désolée. »

La bouche de Ron se tord. « Nos trois vies se sont vraiment assemblées les unes aux autres, n'est-ce pas ? »

Mais Lucius ne dit rien. Il fait un petit geste de la main vers moi, mais se ravise.

Une larme coule sur ma joue. Je ne peux pas le regarder. Il a ruiné ma vie, et j'ai ruiné la sienne, et le pire est que je ne supporterais pas sa mort, et il ne me reste donc qu'à prier pour que je sois tuée avant lui.

Je savais au fond de moi que nous serions responsables de nos morts respectives.

La porte s'ouvre dans un grincement.

Je manque de suffoquer.

Ron est le premier à réagir. « Mais qu'est-ce que tu fais ici ? »

Drago ferme la porte derrière lui. Son visage est livide. Il ne répond pas à la question de Ron.

J'avale, me forçant à parler. « Drago, qu'est-ce que- »

« Tais-toi Sang-de-Bourbe, et écoute-moi » dit-il furieusement. « J'ai assommé Avery, mais je ne sais pas combien de temps cela nous laisse. Et ma tante sera de retour à tout instant, donc nous n'avons pas de temps à perdre. »

L'espoir bondit si soudainement dans ma poitrine que j'en ai le tournis. Je ne peux pas respirer, et la pièce se referme autour de moi.

« Dieu merci » chuchote Ron.

« Bien Drago » dit Lucius, un peu essoufflé. « Très bien. Est-ce que tu as ma baguette ? »

Le visage de Drago se renfrogne. « Non. Tata… Bellatrix l'a détruit avec la permission de Voldemort. »

J'expire rapidement. Sa baguette. Détruite. La baguette qui a tué mes parents, qui m'a torturé de nombreuses fois…

Partie.

Mais l'homme qui a fait tout ça, demeure toujours, là et maintenant.

Ca ne fait aucune différence.

Lucius avale rapidement. « Détruite ? »

Drago hoche la tête.

« Ma baguette ? » murmure Lucius. Il paraît comme s'il venait de perdre l'une de ses jambes.

Il sait maintenant ce que j'ai ressenti lorsqu'il a brisé ma baguette.

« Oui » répond Drago. « Mais j'ai toujours la mienne. »

« Je vois » répond Lucius, reprenant doucement son calme. « Bon, au moins on a quelque chose. Maintenant, si tu pouvais nous laisser sortir, on pourrait- »

« Nous ? » crache Drago. « Oh non Père, je suis seulement là pour toi. Si tu penses que je vais la laisser partir, tu te trompes totalement. »

Je le regarde fixement, ma voix envolée.

Ron exhale, incrédule. « Espèce de- »

« Ta gueule, Weasley ! Ca n'a rien à voir avec toi, ou la Sang-de-Bourbe. Je suis là pour mon père, et uniquement pour mon père. Ce qu'il vous arrive n'est pas mon problème. »

Les lèvres de Lucius s'affinent. « Tu ne vas pas la laisser partir ? » il demande.

Drago secoue la tête. « Non. Je ne vois aucune raison de le faire. »

Il fait un pas vers l'avant, mais Lucius lève la main.

« Alors je n'irais pas avec toi » dit-il calmement. « Je suis désolé. Mais si tu veux que je vienne avec toi maintenant, tu vas devoir la libérer aussi. »

« Et Ron » je dis rapidement. « Je ne partirais pas sans lui. »

Ron me sourit mais Drago se renfrogne.

« Pourquoi Diable devrais-je- »

« Parce que je ne partirais pas sans lui » je dis simplement.

« Et je ne partirais pas sans elle » s'exclame Lucius. « Crois-moi, si ça ne tenais qu'à moi Drago, je le tuerai moi même. Mais comme il est- »

Il s'arrête avant d'en dire plus.

« Alors c'est tous les trois ou aucun, c'est ce que tu es en train de dire ? » demande finalement Drago.

Lucius acquiesce. « C'est comme ça que ça doit se faire. »

Drago se met à grimacer. « Bien ! » il crache. « Donc, pour sauver la vie de mon propre père, je dois aussi sauver cette salope de Sang-de-Bourbe et celle de son petit ami transi ! » un éclat malicieux apparaît dans ses yeux. « Tu sais qu'elle t'utilise, Père ? Elle se sert de toi. Une fois qu'ils seront sortis d'ici, tu ne la reverras plus. »

« Tu ne sais rien de ce que je ferais ou pas, Drago » je dis furieusement.

Mais Lucius regarde fixement son fils. « Quoi qu'elle fasse, je veux qu'elle soit libre » dit-il tranquillement. « Et donc je ne partirais pas sans elle. »

Drago se crispe. « Je la laisserais partir à une seule condition » dit-il. « Juste une. Et ce n'est pas trop demandé, compte tenu ce que tu m'as fait, et ce que je suis en train de risquer pour te sauver. »

Lucius acquiesce. « Tu veux la maison ? Prend-la. Tout l'argent ? il est à toi. Fais-en ce que tu veux- »

« Je ne veux pas d'argent ! » crache Drago. « Ce que je veux… Je veux que tu la quittes. »

« Oui, bien sur » dit Lucius en douceur, mentant avec une aisance parfaite. « Maintenant, tu n'as plus qu'à- »

« Non, tu dois le promettre ! » dit Drago dans l'urgence.

« Oui, je le promet. Maintenant- »

« Non ! » crie Drago. « Non. Parce que tes promesses ne signifient absolument rien, n'est-ce pas ? Tu es un menteur, Père. Si je veux vraiment te croire aujourd'hui, je vais devoir te demander de faire un Serment Inviolable. »

Le sol disparaît sous mes pieds.

Après un long silence, Lucius reprend la parole.

« Je te demande pardon ? »

Sa voix se fait entendre de très loin. C'est comme si de l'eau me bloquait les oreilles.

Drago prend une profonde inspiration, et il se tourne pour diriger sa baguette vers la cage de Ron. Ron cligne des yeux tandis que les barreaux de sa cage disparaissent autour de lui, puis il se frotte les yeux comme pour vérifier qu'ils voient correctement.

Drago garde sa baguette sur Ron tandis qu'il parle à son père. « Avant que je ne la libère, je veux que tu fasse le Serment Inviolable, avec Weasley comme témoin, comme quoi tu ne devras plus jamais revoir la Sang-de-Bourbe lorsque nous serons sortis d'ici. »

Il y a une longue et insupportable pause.

Je… je ne comprends pas.

« Pourquoi ? » demande finalement Lucius.

Drago tressaute. « Pourquoi quoi ? »

« Pourquoi me demandes-tu ça ? »

Je peux à peine enregistrer sa voix. La pièce est étrangement floue autour de moi. Comment… Comment peut-on…

« A quoi Diable pensais-tu ? » demande Drago, incrédule. Il donne un petit coup de baguette vers la cage de Lucius, la faisant disparaître, avant qu'il ne tourne à nouveau sa baguette sur Ron, ne quittant pas son père des yeux.

Je cligne des yeux, et la pièce réapparait dans mon champ de vision. Je regarde les visages des deux hommes que j'aime. Celui rouge et furieux de Ron. Celui pale et immobile de Lucius.

« Pars, Lucius » je dis fermement. « Et toi aussi Ron. Partez- »

« Laisse Hermione partir, Drago » dit très calmement Lucius en m'ignorant.

Drago se crispe. « Je le ferais, dès que tu auras fait le serment. »

« Alors tu condamnes ton propre père à sa mort, parce que je ne resterais pas loin d'elle une fois que nous serons sortis d'ici » dit Lucius dans une certitude sombre.

Oh pour l'amour de Dieu, pourquoi ne se contente-t-il pas de partir ?

Tu sais pourquoi. Pourquoi partirait-il s'il ne t'a pas à ses côtés ?

« Drago pour l'amour de Dieu, tu dois nous sortir d'ici, s'il te plait ! » je dis désespérément. « Tu verras toujours ton père, tous les jours si tu le souhaites- »

Le visage de Drago se tourne vers moi, blanc et furieux. « Comment oses-tu me dire ce que je ferai ou non avec mon propre père ? »

Je fais un pas en arrière, levant les mains. « Je ne voulais pas dire- »

« Je sais ce que tu voulais dire, espèce de stupide vache ! Si tu penses que je vais te laisser gagner, après tout- »

« Bordel de merde, Malefoy ! » Ron éclate soudainement. « Penses-tu vraiment qu'elle a gagné ? »

« Bien sur que oui ! » Drago tourne sa baguette sur son père tandis qu'il répond à Ron. « Regarde-la. Elle a mis le grappin sur mon père- »

« Pauvre con ! » rétorque Ron. « Ne reste pas là à parler de quelque chose dont tu ne connais rien. Je les ai vu avant toi. J'en sais plus que toi sur ce qu'il se passe réellement entre eux. Et je peux te promettre qu'elle n'a rien gagné du tout ! »

« Alors pourquoi es-tu si désespéré sur le fait qu'ils s'échappent ensemble dans ce cas ? » crache Drago. « Le monde entier savait que tu lorgnais Granger à l'école- »

« Je ne souhaites pas qu'il s'échappe, si tu veux tout savoir ! » dit ardemment Ron. « Mais je n'ai pas le choix. Je peux accepter le fait que j'ai perdu, alors pourquoi pas toi ? Nous avons tous perdu. Moi, toi, Hermione, ton père. Il n'y a aucun gagnant ici, Malefoy, alors nous devrions en profiter pour tirer le meilleur de cette mauvaise situation. »

Il y a une longue pause alors que nous nous regardons tous les uns les autres.

« Et comment ? » demande finalement Drago.

« Ron prend une profonde respiration. « En sortant d'ici vivants. »

Drago laisse apparaître une grimace. « Et en vous laissant tous sortir d'ici vivants. Je vais le faire. Mais je ne le ferais pas tant que je n'aurais pas eu une garantie comme quoi mon père ne la reverra plus une fois sorti d'ici. Mais je ne supporterais pas de voir une Sang-de-Bourbe de la moitié de son âge jouer avec mon père. »

Il s'arrête, reprenant son souffle, se retournant vers son père.

« Il suffit que tu la laisses tomber, Père » dit-il calmement. « C'est tout ce que je te demande. »

Lucius prend une grande inspiration par le nez. « Tu n'as aucune idée de ce que tu me demandes- »

« Bien sur que si » rétorque Drago d'un ton mordant. « Je te demande de montrer du respect envers ta femme et ton fils, qui ont consacré toute leur existence à essayer de te plaire. »

J'avale un souffle énorme. « Drago, tu ne comprends pas- »

Il se retourne brusquement, gardant sa baguette sur son père alors qu'il me hurle dessus.

« TA GUEULE, GRANGER ! N'est-ce pas suffisant que je te laisse vivre, pauvre salope ? Alors que tu as détruit le mariage de mon père ? Alors que tu as ruiné sa vie, celle de ma mère et la mienne ? »

« Je suis désolée » je dis en tremblant, et Dieu sait que je le pense vraiment.

Un sourire de dément apparaît sur son visage, comme le sourire de sa tante, et –

Ron. Ron se déplace lentement derrière lui. Lentement et silencieusement.

« Oh, tu es DESOLEE ? » hurle Drago. « DESOLEE ? MAIS BIEN SUR QUE TU ES DESOLEE, PAUVRE PUTE ! DESOLEE ? DESOLEE ? »

Et Ron se jette tout à coup sur lui.

Il le traine vers l'arrière, le tenant fermement alors que Drago se débat comme un insecte épinglé, et Ron tire une grosse mèche de cheveux platine dans sa main, et alors qu'ils atteignent le mur, la main de Ron se saisit de la tête de Drago –

« PERE ! »

Un bruit sourd.

Je recule, portant mes mains jusqu'à ma bouche pour arrêter les cris horrifiés qui s'échappent de ma bouche.

Un autre bruit alors que Ron claque à nouveau la tête de Drago contre le mur impitoyable. Une fois. Deux fois. Trois fois…

Drago tombe au sol comme un tas de chiffon.

Ron le suit du regard, les mains tremblantes.

Oh… Mon Dieu.

Je ne peux pas reprendre mon souffle.

Ron lève les yeux vers moi, s'essuyant hâtivement la bouche avec sa manche.

« Désolé » il marmonne. « Je pensais qu'il n'allait jamais se taire. »

Je cligne des yeux, abaissant mes mains de ma bouche.

« Mon Dieu » je murmure.

Lucius marche lentement vers Ron, fronçant durement les sourcils, mais d'une façon étrange.

« Lucius, s'il te plait ! » je dis désespérément. « Il n'a pas… Il n'y avait rien d'autre à faire ! »

Lucius atteint Ron. Ron ne lève pas la tête pour rencontrer son regard.

« C'était tuer ou être tué » dit tranquillement Ron. « Au moins maintenant, nous avons une chance de nous échapper. »

Lucius le regarde quelques instants.

« Je n'aurais jamais pensé que vous me surprendriez, Weasley. »

Il s'agenouille aux côtés de son fils, tendant la main pour se saisir de sa baguette avant de poser ses doigts sur la peau tendre du cou de Drago.

Je retiens mon souffle, ma tête vrombissante d'horribles pensées.

Qu'allons-nous faire si jamais il est mort ?

Ron ne dit rien. Il serre les lèvres si fort que la peau autour devient translucide. Son visage a pris une teinte vert pale.

Après ce qui semble être une éternité, Lucius expire fortement et retire ses doigts du cou de son fils.

« Est-ce qu'il est vivant ? » je murmure.

Lucius hoche positivement la tête, regardant toujours Drago.

Je laisse échapper un souffle énorme, tombant presque à genoux sous le soulagement qui s'abat sur mes épaules.

« Oui, il est vivant. » Lucius donne un dernier regard à son fils et se tourne pour marcher jusqu'à ma cage. « Heureusement pour vous, Weasley. »

Ron renifle mais je peux voir le soulagement remplir son visage. « Oh allez, vous savez très bien qu'il- »

« En effet » dit froidement Lucius. « Mais il est toujours mon fils. Et si vous l'aviez tué, ne pensez pas une seconde que je ne vous l'aurais pas fait regretter. »

Il donne un coup de baguette sur mes barreaux, qui disparaissent dans les airs. Il met ses mains sous mes épaules et me redresse sur mes pieds.

« Tu vas bien ? » il demande, me regardant intensément.

« Oui »' je murmure.

« Tu n'as pas été blessée pendant que j'étais inconscient ? »

« Non. »

« Tu en es certaine ? Je dois le savoir si- »

« Oui, je te le promet. »

« Allez ! » crie Ron avec impatience. « On doit partir. »

Lucius hoche tristement la tête. « Tu peux te déplacer rapidement ? » il me demande.

J'acquiesce.

« Bien » dit-il tranquillement, ne parlant qu'à moi. « Maintenant, si nous sommes confrontés à Bellatrix ou à Avery, je veux que tu coures aussi vite que tu le peux. Tu ne dois pas essayer de m'aider sans baguette, est-ce que tu comprends ? »

Je hoche la tête sans dire un mot.

« Et moi ? » demande Ron. « Qu'est-ce que je suis sensé faire ? »

Lucius serre les lèvres et se détourne de moi. « Vous ferez de votre mieux pour la protéger » dit-il froidement.

Ron grimace. « Et lorsque nous serons sortis de là ? »

J'ai un mouvement de recul, mais Lucius se contente de ricaner tandis qu'il répond. « Lorsque nous serons sortis d'ici, vous pouvez bien aller en Enfer, peu m'importe- »

Nous nous figeons tous les trois comme un seul corps.

Des bruits de pas. Des bruits de pas tenaces s'approchant de la porte.

« Passez derrière moi ! » siffle Lucius, me saisissant la main et se plaçant devant moi.

« Ron ! » je murmure, lui saisissant le bras pour le tirer lui aussi derrière Lucius.

La porte s'ouvre.

« Stupefix ! »

« Protego ! »

Lucius me rejette vers l'arrière, loin de lui, tandis qu'il lance un jet de lumière violette vers Avery.

Je trébuche sur mes genoux. Merde. Merde.

Ron m'attrape le bras, me remettant debout. « Allez viens, sortons d'ici. »

Mes yeux restent fixés sur la bataille se déroulant en face de moi. Je peux à peine les apercevoir à travers les nombreux flashs de lumière multicolore qui jaillissent à travers la pièce. Mais je peux néanmoins apercevoir l'ombre d'un homme aux cheveux sombres, et un autre aux cheveux blonds.

Avery lance vers Lucius une flamme rouge vive, mais ce dernier parvient à l'esquiver.

Si je pensais que Lucius était en danger lorsqu'il s'est battu avec Dolohov, alors je m'étais lourdement trompée. La bataille qui se passe entre Avery et Lucius en ce moment même aurait fait pâlir d'envie Dolohov. Je ne peux même pas dire qui lance chacun des sorts.

« Hermione ! » Les doigts de Ron s'enfoncent dans mon bras.

Lucius envoie sort sur sort vers Avery, le visage contorsionné de rage.

« Bat-toi, espèce de lâche ! » gronde-t-il.

Avery fait rebondir chaque sort avec mépris. « Ce n'est pas mon boulot de te tuer, Lucius ! »

Ron me saisit durement. « Viens ! »

Je repousse sa main. « Je reste, Ron. Tu peux partir, si tu veux. Je te retrouverais lorsque nous serons sortis d'ici. »

« Ne sois pas idiote ! » dit-il incrédule, fermant sa main autour de mon bras, me trainant à moitié vers la porte. « Je ne vais pas partir sans toi ! Tout va bien se passer pour lui, viens ! »

Je me tourne pour voir Lucius dévier loin de lui un éclair de lumière blanche. Il va se fracasser contre le mur tout près du bras d'Avery, laissant une grosse marque de brulure dans la pierre.

Les deux combattants marquent alors une courte pause, à bout de souffle.

« Tu ne peux pas gagner » murmure Avery. « Bellatrix sera de retour d'une minute à l'autre- »

« D'ici là, ça fera longtemps que nous serons partis » gronde Lucius. « Et que tu seras mort ! »

Il lève sa baguette à cette dernière phrase, mais Avery est plus rapide, et avant même que je n'ai pu enregistrer ce qui vient d'être dit, la bataille fait à nouveau rage.

J'avale durement. « Je suis désolée, Ron, mais je ne peux pas. »

Ses yeux s'écarquillent. « Mais qu'est-ce que tu fais ? Si Avery le tue, quelle chance aurons-nous si nous ne nous enfuyons pas maintenant ? Nous devons partir ! »

« Non » je dis, sans quitter la bataille des yeux. « Je ne le quitterais pas. »

« Tu as promis ! » il crie d'une exaspération désespérée. « Tu lui as juré que tu fuirais si nous avions des ennuis ! »

« Et bien j'ai menti, parce que je ne vais pas le laisser ! » je lui crie en retour.

Nous marchons à quatre pattes alors qu'un jet de lumière verte rebondit près de nous. Je peux le sentir frôler mes cheveux.

Une lumière verte

Non. Il est encore vivant. Il vient d'évoquer une tornade de feu qui tourbillonne vers Avery, qui s'approche de plus en plus…

Un nuage bleu explose de la baguette de Avery, dissipant la tornade comme si elle n'avait jamais existé.

Je ne peux pas le laisser. Je n'ai pas pu le faire avec Dolohov, alors aucune chance que je puisse le faire maintenant.

Je me retourne vers Ron. « Je ne voudrais pas te laisser si c'était toi qui te battait. Tu peux fuir si tu le souhaites, je ne t'en voudrais pas. Sauve-toi. Mais je ne le laisserais pas. »

« Bordel, Hermione- »

Je m'empare de sa main. « Ecoute ! »

De nouveaux bruits de pas, et une voix à l'extérieur de la pièce. « Avery ? Drago ? AVERY ! Qu'est-ce que tu fais ? »

Nous nous regardons l'un l'autre, pris de panique.

Je n'ai pas le temps de réfléchir correctement. Je le pousse loin de moi. « Place-toi d'un côté de la porte, je me met de l'autre ! »

Ron hoche la tête, ses lèvres étirées par la détermination, et il s'est à peine positionné que la porte s'ouvre en grand, et une figure sombre apparait dans la pièce.

« MAINTENANT ! » je crie en me lançant vers l'avant, saisissant une mèche de cheveux alors que je lui saute sur le dos.

Elle hurle de rage, balayant ses mains comme les ailes d'un moulin, et je verrouille mes jambes autour de sa taille, serrant mon bras autour de son cou. Et Ron se saisit d'un de ses bras, son bras qui tient sa baguette -

« AVADA KEDAVRA ! »

Mais il tient son bras loin de nous maintenant, et le sort nous rate de quelques centimètres. Et il le tord dans tous les sens, et je serre mon bras autour de son cou et nous tombons tous les trois au sol mais je la tiens toujours sous moi –

Un fracas.

Je baisse les yeux.

« Sa baguette Ron ! Sa baguette ! »

Bellatrix hurle, se tordant tellement en dessous de moi que je dois resserrer l'étreinte de mes jambes sur elle. « NE LA TOUCHEZ PAS ! »

Mais il l'a déjà atteint. Il ferme ses doigts autour de la baguette tombée par terre, et la pointe alors sur elle.

Et puis elle se calme. Je resserre mon étreinte sur ses cheveux, reprenant mon souffle par de grandes bouffées.

Une détonation se fait entendre de la bataille à proximité de nous. Je me tourne automatiquement pour apercevoir des pierres exploser du mur dans un éclair de lumière.

Il est toujours vivant. Mais il a maintenant une entaille énorme sur sa joue, et une autre sur son bras. Du sang suinte à travers les déchirures de ses vêtements.

Mais Avery est lui aussi mal en point. De la sueur coule de son menton, et sa main libre sert durement sa hanche droite –

« Qu'est-ce que ça fait ? » Je me retourne au son de la voix de Ron, mais il ne me parle pas à moi. Il fusille du regard Bellatrix. « Qu'est-ce que ça fait d'avoir peur ? D'avoir sa vie dans les mains de quelqu'un d'autre ? »

Mon cœur palpite dans ma gorge. Ca y est. C'est le moment.

Bellatrix respire difficilement. « Tu tuerais une femme sans défense, Weasley ? » elle siffle. « Bon, je ne peux pas dire que je sois surprise. Avec ton tempérament, j'ai toujours pensé que tu pourrais tenir… parole. Si tu n'avais pas eu aussi mauvais gout pour choisir tes amis, tu aurais pu être un bon parti dans nos rangs. »

Le visage de Ron se durcit, mais ses yeux se mettent à briller d'une lueur étrange durant quelques secondes.

« Qu'est-ce que c'est supposé vouloir dire ? » il demande.

« Elle te provoque, Ron ! » je crie, grimaçant alors qu'un éclair de lumière se fracasse contre le mur près de nous.

Je me tourne pour regarder. Ils sont encore tous les deux en vie, se battant furieusement, mais ils sont plus proches qu'ils ne l'étaient auparavant.

Je me retourne vers Ron. Il a le visage blanc comme un linge, et il fixe durement la femme sous lui. « C'est le moment, Ron » je crie. « Fais-le ! »

« « Oui, fais-le Weasley ! » elle crie. « Fais-le, et fais de toi un meurtrier. »

« Ca ne sera pas un meurtre s'il s'agit d'auto défense ! » dit-il, mais sa main commence à trembler maintenant.

« Oh oui ! » elle croasse. « Parce que je représente vraiment une menace pour toi en ce moment, n'est-ce pas ? »

Ron fronce durement les sourcils.

« Ron ! » je crie de désespoir. « Elle ferais la même chose sur toi, tu le sais très bien ! »

Ron hoche la tête, ses lèvres se desserrant. Il baisse la baguette, visant le corps de Bellatrix coincé sous le mien.

Mais l'incantation ne vient pas. Il se saisit des deux extrémités de la baguette entre ses doigts, et la brise d'un seul coup contre son genou.

Bellatrix hurle comme si elle était soumise au sortilège Doloris, un long et douloureux hurlement, et Ron sourit.

« Ca, c'est pour ma sœur. »

Il balance sa tête vers l'arrière et lui crache dessus. Le crachat de salive mousseuse atterrit en plein milieu de son front.

« Et ça, c'est pour nous avoir utilisé comme esclave pour nettoyer vos saloperies d'argenterie ! »

Je rie sans aucune retenu avec lui, alors qu'elle crie, hurle en dessous de moi –

Le jet de lumière rouge le frappe sur le côté de sa tête.

Mon rire s'arrête net.

Ses yeux s'écarquillent de surprise avant qu'il ne s'effondre au sol.

« Ron ! » je crie. « RON ! »

Il ne bouge pas.

Bellatrix se tortille en dessous de moi. Je la tiens entre mes jambes, saisissant ses cheveux dans mes mains.

« Non ! » je crie, me saisissant frénétiquement de ses vêtements, ses cheveux, tout ce qui est à ma portée pour essayer de la garder immobile.

Elle se tortille plus fortement, abaissant sa main vers ses vêtements.

« Je te trouverais, Sang-de-Bourbe » elle siffle.

Je me penche et murmure à son oreille. « Ca m'étonnerais. »

« Oh si. Même si ça doit me prendre des années, je te trouverais. » Elle retire sa main de sa poche, et j'aperçois un petit éclat argenté entre ses doigts. « Et je peux attendre. Le temps ne signifie rien pour moi. »

Il me faut une fraction de seconde pour sauter sur elle, mais elle se met tout à coup à scintiller d'une lumière rouge, et –

Elle a disparu.

Bien. Je m'en fous. Je me dirige comme je peux vers Ron, faisant abstraction de tout élément extérieur. Il ne peut pas être mort. Je donnerais n'importe quoi, mais s'il vous plait, faites qu'il ne soit pas mort, oh mon Dieu –

Je presse mes doigts tremblant contre son cou, juste sous la mâchoire. J'appuie plus fortement…

Une respiration. Je peux sentir une respiration. Il est vivant. Les battements sous mes doigts me le prouvent.

Je me saisis de ses vêtements et le secoue. « Réveille-toi Ron, pour l'amour de Dieu, réveille-toi, réveille-toi ! »

« Expelliarmus ! »

Je me tourne. Oh mon Dieu. Oh non –

La baguette de Lucius vole de sa main, venant ricocher contre le mur près de lui. Le sang s'écoule de son visage horrifié.

Avery laisse échapper un grand rire. « Tu aurais du être plus rapide que ça, Lucius. »

Lucius le fusille du regard mais je ne peux pas voir le visage de Avery. Il se trouve dos à moi –

« Tu sais que je vais devoir informer le Seigneur des Ténèbres de ton comportement » dit Avery, légèrement essoufflé. « Mais ça ne doit pas t'inquiéter plus que ça. Après tout, ce n'est pas comme si la situation pouvait devenir encore pire pour vous deux, n'est-ce pas ? »

Les yeux de Lucius glissent jusqu'aux miens. Pas par avertissement. Mais par défi.

Je sais ce qu'il veut. Avery est dos à moi. Il a totalement oublié l'inutile Sang-de-Bourbe –

Sans même réfléchir, je saute à son cou, totalement engloutie par ma colère, et je le tire en arrière –

« Tu le touches et je te tue, je le jure- »

Et tout à coup, Lucius est à mes côtés, et je suis sur le dos d'Avery, Lucius tient sa gorge dans ses mains, et je saisis son poignet et plante mes dents dans sa chair, et sa baguette glisse progressivement de ses doigts –

« MAINTENANT, LUCIUS ! »

Mais Lucius ne se saisit pas de la baguette. Il frappe Avery au niveau des genoux, le faisant tomber au sol –

« Eloigne-toi, Hermione ! »

Je fais ce qu'il me dit tandis que Lucius attrape le devant des vêtements de Avery.

Avery sourit à Lucius, un filet de sang s'échappant de ses lèvres, et le poing de Lucius s'écrase contre son visage.

Il y a alors un bruit de martèlement. Un bruit sourd interminable. Le poing de Lucius frappe le visage d'Avery encore et encore, et sa tête part en arrière et vient s'écraser contre le sol, et son poing claque encore et encore le visage de Avery, et je recule, couvrant ma bouche, à peine capable de respirer, oh mon Dieu, tout ce sang, qui coule, qui coule, je ne peux plus regarder, je ne peux plus –

Un bruit d'étouffement.

Je jette un œil entre mes doigts.

Lucius se recule, dégageant le cou d'Avery, respirant sévèrement par le nez.

Je me contente de fixer le visage sanglant d'Avery.

Non, ce n'est plus un visage. Un visage a… des yeux, n'est-ce pas ?

Et un nez…

Je me recule plus encore, haletante, appuyant ma main contre ma bouche pour ravaler le vomi qui brule ma gorge.

La main de Lucius se referme sur mon bras. « Est-ce que tu vas bien ? »

Je voudrais le repousser, mais je ne le fais pas. Je me relève, avalant mon souffle.

« Oui. »

Après une courte pause, il hoche la tête puis se penche pour ramasser la baguette de Drago.

Avery tressaute, levant la main dans un petit geste incertain, comme le ferait un nouveau-né.

« Il est toujours vivant » je murmure.

Mais Lucius ne bronche même pas. Son visage est dur comme la pierre. « Mieux vaut être prudent que de le regretter, Avery » il marmonne. « C'est quelque chose que toi et moi avons toujours compris. »

La tête de Avery se lève et s'abaisse.

« Il ne peut pas t'entendre » je murmure.

Lucius sourit d'une certitude sombre. « Qu'il le puisse ou non, ça n'a plus d'importance maintenant » il marmonne, avant d'abaisser sa baguette. « Avada Kedavra. »

Les soubresauts de Avery s'arrêtent à l'instant même où le jet de lumière verte atteint sa poitrine.

Nous restons silencieux durant quelques instants, regardant la silhouette sanglante qui était encore un être humain quelques minutes auparavant.

Lucius me regarde. Il passe sa main le long de sa joue, laissant une marque sanglante sur son sillage.

« Jesus » je murmure.

Il ne dit rien. Il se contente seulement de me regarder.

J'avale une bouffée d'air. Je ne sais pas quoi dire, alors je redeviens la Hermione que j'étais autrefois. Elle était pragmatique au dessus de toute chose.

« Bellatrix est partie » je murmure. « Ron a détruit sa baguette, puis elle a transplané grâce à sa clé. »

Il hoche la tête, apparemment soulagé que la conversation change de terrain. « Est-ce qu'elle a dit où elle allait ? »

Je secoue la tête. « Non. Mais elle a dit… elle a dit qu'elle nous trouverait, même si ça doit prendre des années. »

Il lève les yeux au ciel, incrédule. « Et bien, ça ne m'empêchera pas de dormir, ça j'en suis sur » dit-il sarcastique.

« Je ne sais pas où elle est partie- »

Il balaye mon murmure de protestation. « Elle ne reviendra pas » dit-il d'une voix ferme. « Pas si elle a perdu sa baguette. Et même si elle revient, ça serait du suicide pour elle. Elle le sait très bien. »

Je hoche la tête, avalant difficilement, et je regarde à nouveau vers Avery.

En un instant, Lucius place sa main sous mon bras. « Ca devait être fait, tu en es consciente ? »

« Oui je sais » je dis en tremblant. « Ce n'est pas pire que ce que je t'ai vu faire auparavant, ne l'oublie pas. »

Ses yeux se rétrécissent, mais il se contente de dire, « Nous devons partir. »

« Attends ! » Je marche rapidement vers Ron. « On doit le ranimer d'abord. »

Il fronce les sourcils vers Ron. « Alors il est encore vivant. »

Je fronce moi aussi les sourcils, et j'acquiesce. « Oui, il est vivant » je dis brusquement. « Et on va le prendre avec nous. »

Son œil tique légèrement. « J'avais espéré… »

Il ne termine pas sa pensée.

« Tu avais espéré qu'il soit mort, c'est ce que tu es en train de dire ? » je dis, ma voix tremblant de rage.

Il lève un sourcil. « Je n'arrive pas à comprendre pourquoi ce fait te choque autant. »

Je secoue la tête en signe d'incrédulité totale. « Tu es incroyable. »

Ses lèvres s'amincissent. « Je vais le ranimer » dit-il lentement. « Mais lorsque nous serons sortis de là… Je sais que je ne serais pas capable de t'empêcher de le voir. Mais j'ai besoin de ta promesse absolue comme quoi tu seras avec moi, et pas avec lui. »

Je laisse tomber mes mains sur les côtés de mon corps. « Oui » je dis calmement. « Tu le sais aussi bien que moi. Tu n'as pas besoin que je te le confirme. »

Il hoche la tête. « Tu ne vas pas me quitter. » Ce n'est pas une question.

Je marche vers lui, prenant son visage entre mes mains. « Jamais, sauf le jour de ma mort. »

Ses doigts se referment autour de mes poignets et il se penche vers moi, posant son front contre le mien. « Et je ne te quitterais pas. »

Je mords ma lèvre. « Est-ce que tu aurais fait le serment ? » je murmure. « Si Ron n'était pas venu à notre secours face à ton fils, est-ce que tu aurais fait le Serment Inviolable ? »

Il fronce les sourcils et se penche vers l'arrière, comme si je lui avais demandé quelque chose de ridicule. « Non. Bien sur que non. »

« Mais nous serions morts- »

« Non, nous ne serions pas morts » dit-il, posant sa main sur ma joue. « Il n'était pas prêt à me laisser mourir. Le fait qu'il ait Stupefixé Avery en était une évidence. »

Je prends une grande respiration. « Mais s'il avait voulu- »

« Non, je n'aurai pas fait le serment » dit-il fermement. « Quel serait mon but de vivre si je ne pouvais pas t'avoir près de moi ? Que me resterait-il ? »

Je fronce les sourcils. « Et qu'en est-il de moi ? De ma liberté ? De mon choix ? »

Il serre les lèvres et il secoue la tête, fermant les yeux. « Je suis un homme égoïste, Hermione. Tu sais cela. »

Je tends la main et me saisis de son bras. « Je… Je t'apprendrais à ne pas l'être, si tu m'en laisses l'occasion. »

Il ouvre les yeux, me regardant comme s'il allait me sourire.

« Nous avons tout notre temps, après tout. »

Je lève un sourcil. « Oui. Nul doute que ça nous prendra des années. »

Il se met à rire. « Nul doute. »

Je souris. « Mais nous aurons ces années. »

Il me sourit en retour.

Je laisse échapper un petit rire hystérique.

« J'ai pensé que tu… J'ai pensé que c'était… Mais nous sommes vivants » je finis bêtement.

Il m'embrasse sur le front. « Oui, nous sommes vivants. »

Ca pourrait… Oh mon Dieu… Ca voudrait dire…

« Tout va bien se passer maintenant ? » je dis hors d'haleine.

Il prend mes mains, m'embrassant rapidement sur les lèvres avant de me regarder droit dans les yeux.

« Avery est mort, mon fils est inconscient, et Bellatrix a perdu sa baguette » dit-il simplement. « Tout ça la rend totalement impuissante. Alors oui, tout va bien se passer. Mais nous allons devoir- »

Il se gèle sur place.

Ses mots sont avalés par un bruit soudain de suffocation.

Que… Quoi ?

Ses yeux sont immenses, et ses lèvres peuvent à peine bouger alors qu'il se contente de dire, « Qu'as-tu fait ? »

Mes yeux s'abaissent au niveau de sa ceinture. Une main pale s'est glissée autour de son dos, les doigts solidement serrés autour d'une poignée sanglante incrustée de rubis…

Je la regarde, flottant pendant de longues secondes dans un vide rempli d'horreur.

Non. Non… Ce n'est pas possible… Comment…

Son visage se crispe, et il tombe à genoux, la lame encore enfoncée dans ses côtes.

« NON ! » est la seule chose que j'arrive à dire.

Et tout ce que je peux voir est alors Bellatrix. Elle ne sourit pas, mais semble au contraire furieuse.

Un cliquetis se fait entendre alors que la baguette de Lucius lui échappe de sa main. Sans même réfléchir, j'essaye de l'atteindre, mais elle est trop rapide, et avant que je puisse réfléchir, elle ferme ses doigts pleins de sang autour du manche –

« Avada Kedavra ! »

Mais le sort me manque de quelques millimètres alors que je me jette au sol en roulant, et oh mon Dieu, il est… Non, non, ne pense pas à ça, n'y pense pas –

Du sang. Le couteau, et du sang.

Je peux sentir ce couteau. Il est planté dans mon propre cœur.

« Finis de jouer, Sang-de-Bourbe ! » elle hurle. « D'habitude je joue avec mes victimes, mais pas cette fois. J'ai attendu trop longtemps. Je vais taillader ce marmot qui est en toi, et puis je m'occuperais de toi après, je vais t'achever, comme j'aurai dû le faire la première fois que tu es venue ici ! »

Sans faire de pause, je rampe derrière le corps d'Avery. Peut être… Peut être que je pourrais l'utiliser pour me protéger, le temps que je réfléchisse à ce que je pourrais faire…

Il est lourd alors que je le place devant moi, et mes mains glissent sur le sang qui le recouvre.

Son éclat de rire retentit dans l'air.

« C'est ça ! Cache-toi, stupide petite fille ! Fais la seule chose dont tu es capable, cours et cache-toi ! »

Mes sanglots sont incontrôlables. Ils englobent chaque atome de mon être. Je ne peux penser qu'à ma douleur. Il est… Il est… Et tout ce que je peux faire c'est de me recroqueviller sous la terreur.

« Tiens bon, Lucius ! » je crie. « S'il te plait, tiens bon ! Je suis là ! »

Elle hurle d'un rire incontrôlable. « Oh oui, elle est là ! Elle se cache, comme la lâche qu'elle est ! »

J'avale un autre sanglot.

« Hermione ! Cours… Cours… »

De nouveaux sanglots s'échappent de mes lèvres. Sa voix est calme, rauque, et interrompue par un nouveau rire.

« Oh non, ne cours pas ! Ca gâcherait tout. Allez, petite Sang-de-Bourbe ! » Croasse-t-elle. « Sors de là et viens jouer ! »

Je serre les lèvres et avale durement. Un sanglot réprimé se coince dans ma gorge, et je me redresse sur mes pieds et coure. Je ne sais pas comment, mais je dois le rejoindre, je dois le sauver –

Mais avant que je ne puisse faire trois pas, je reçois un coup à l'arrière de ma tête qui me fait tomber à genoux. Un feu d'artifice explose derrière mes paupières, alors qu'une baguette est plantée dans mes côtes, et je crie tandis que sa main libre me tire les cheveux vers l'arrière.

« POUR CA ? » elle hurle. « TU M'A QUITTE POUR CA ? »

Je mords durement ma lèvre inférieure, jusqu'à sentir mon sang. Où est-il ? Comment va-t-il ? Oh mon Dieu, il est en train de mourir, et tout ce que je peux faire c'est écouter cette folle –

« Cette petite chienne, laide et pleurnicharde ? »

Ses ongles me déchirent le cuir chevelu, et oh mon Dieu, je la hais et je lui crie, lui crie « Je te hais ! » encore et encore, mais elle s'en fous, et oh ! Lucius ne peut pas mourir ! J'ai besoin de lui.

Je l'aime.

Je le hais.

Je la hais.

L'amour et la haine et… quelque chose qui ne peut s'expliquer. Ce que je ressens, c'est –

« Je veux une réponse, Lucius ! »

De l'électricité.

Mon dos devient maintenant douloureux tandis qu'elle pousse son genou dans mes vertèbres. Je jette un œil sur le côté et je manque m'étouffer alors que je l'aperçois, gisant dans une mare écarlate, serrant sa main contre ses côtes. Ses lèvres sanglantes bougent sans un bruit alors que ses yeux sont concentrés sur les miens.

« Réponds-moi, sombre connard ! »

Il gémit, ses yeux roulant dans leurs orbites. « Her… mi… »

Un autre cri de rage la submerge, mais je l'entends à peine. Je peux sentir l'électricité courir en moi, remplissant mes veines.

« Oh, ta précieuse Hermione ! Ce n'est plus 'Sang-de-Bourbe' maintenant, hein ? Tu es pathétique ! »

Une douleur plus profonde dans mon dos, mais je m'en fous, je veux seulement qu'il vive, ainsi que Ron, et moi même, et l'électricité me brule les bras, je peux la sentir, et je sais ce qu'elle est, oui –

« Regarde-la ! Pleurnicharde, faible. Réponds-moi : est-ce vraiment pour cette chose que tu m'as quitté ? »

Une brulure me transperce les veines, du cœur jusqu'à mes doigts, et je crie de douleur et de désespoir, je crie –

JE CRIE.

Et soudain, le poids de son corps contre le mien a disparu.

Je tourne la tête, et elle vole vers l'arrière, loin, loin, atterrissant durement dans un bruit nauséabond sur le sol. La baguette de Lucius s'échappe de sa main et vient voler jusqu'à moi. Sans même réfléchir, je tends la main et ouvre mes doigts pour l'attraper au vol.

Pendant quelques secondes, je peux entendre sa respiration saccadée, et je regarde bêtement la baguette dans ma main, puis je lève les yeux pour la voir se remettre sur pieds, serrant d'une main ce qui ressemble à un bras cassé.

Son visage contient un flot de haine et de surprise. Son visage… est contorsionné de haine et d'amertume. Il est immonde et à peine humain.

Mes yeux se posent sur Lucius, dont les yeux reposent sur moi, le fantôme d'un sourire illuminant son visage agonisant.

Je regarde à nouveau Bellatrix, prenant deux profondes respirations, et je sais alors ce que je dois faire.

« Oui » je lui jette ses mots à son visage horrifié. « C'est pour ça qu'il t'as laissé. »

Je n'ai pas le temps de réfléchir. Je la vise de ma baguette, l'électricité courant toujours dans mon bras.

« AVADA KEDAVRA ! »

La lumière verte explose du bout de la baguette. La force de l'incantation me balaye les cheveux vers l'arrière, et une onde de choc se répand à travers la pièce.

Elle frappe Bellatrix en pleine poitrine.

Le choc ne quitte pas son visage, alors même que ses yeux roulent dans leurs orbites et qu'elle s'effondre au sol dans un tas de vêtements noirs.

Elle est morte.

Mais je ne m'en soucie pas.

Je trébuche vers Lucius, m'étouffant dans mes propres respirations haletantes.

Ses lèvres n'ont aucune couleur. Aucune.

Je tombe à genoux à côté de lui, prenant doucement son visage dans mes mains. Sa peau est livide, recouverte d'une mince pellicule de sueur.

« Tout va bien, je suis là » je murmure.

Il entrouvre ses lèvres dans ce qui semble être un effort incroyable, et arrive à refermer ses doigts autour de mon poignet.

« Je savais que tu y arriverais » dit-il d'une voix très faible.

Je hoche la tête, ma vision se brouillant de larmes, et je ferme mes doigts autour du manche du couteau qui est planté dans ses côtes, ma main tremblant tellement que j'arrive à peine à bouger les doigts.

Je le regarde, essayant de garder le contact avec ses yeux, qui commencent à se brouiller de plus en plus.

« Ne bouge pas » je dis aussi clairement que je peux. « Tu dois rester immobile. Lucius, tu m'entends ? »

Ses lèvres bougent à peine, mais il arrive néanmoins à articuler, « Oui. »

Je hoche la tête, mes yeux remplis de larmes, mais je dois maintenant trouver quoi faire.

Mais je ne sais pas quoi faire !

Respire. Bon, tout va bien, ça va, ça va, ça va…

Je resserre ma main autour de la poignée du couteau, et lentement, je commence à tirer.

Sa respiration devient rapide et désordonnée tandis que j'enlève lentement le couteau de sa chair. Je tressaute alors que du sang frais gicle de sa plaie entre les mains.

Il étouffe un cri d'agonie, mais il ne dit rien d'autre, et finalement le couteau est libéré de son corps.

Je laisse échapper un souffle énorme, et je presse rapidement une de mes mains sur la plaie béante laissée par le couteau, baissant mon regard vers lui. Ses yeux sont maintenant fermés, et sa respiration est lente et superficielle.

Je me saisis de sa main. « Lucius ? »

Ses yeux s'ouvrent. Ils sont sombres et vitreux –

Non. NON !

« Lucius, est-ce que tu m'entends ? »Je lui serre durement la main et lui écarte une mèche de cheveux trempés de son front.

Il lèche ses lèvres. « Je ne peux… pas te voir… »

Oui, je sais ce que c'est. Je n'arrivais plus à voir non plus lorsque Bellatrix m'avait coupé les poignets… Oh mon Dieu, comment m'avait-il sauvé au moment là ?

« Lucius » je dis très clairement, ignorant la boule dans ma gorge. « J'ai besoin de te faire une potion régénératrice. Est-ce que tu peux me dire comment ? »

Il prend plusieurs respirations difficiles, puis essaye de parler –

Mais il s'étouffe dans ses mots, et au lieu de cela, une petite goutte de sang apparaît au coin de sa bouche.

Je presse ma main plus fortement contre sa plaie, et je passe mon autre main sous ses épaules, le soulevant légèrement. Mes muscles se crispent sous l'effort.

« Lucius, s'il te plait ! » Ma voix s'élève hystérique. « Peux-tu au moins me dire s'il existe un livre qui pourrait me montrer comment faire ? Peux-tu faire ça ? »

Mais il se contente de faire à nouveau un bruit de suffocation. Je ne pense pas qu'il puisse parler, même s'il essaye.

Que puis-je faire ? Je ne peux pas transplaner avec lui, et je ne sais pas comment faire cette saloperie de potion, oh mon Dieu, ses pupilles, ses pupilles !

« S'IL TE PLAIT ! » je hurle. « S'il te plait, aide-moi ! Je ne sais pas quoi faire ! »

Mais sa respiration est calme maintenant, et le sang devient trop abondant, et non non nonnonnon, ça ne peut pas arriver, ça n'est tout simplement pas possible !

Je me penche et embrasse en tremblant ses lèvres sanglantes.

« Tu ne peux pas mourir, est-ce que tu m'entends ? » je murmure en désespoir de cause.

Ses yeux scintillent et il avale un souffle minuscule.

« …mi…ne… »

Son visage se détend.

Sa tête roule lentement sur le côté.

Je le regarde fixement, muette et hébétée alors que je regarde ses pupilles s'élargir, le noir engloutissant le gris.

Une perle de sang coule lentement le long de sa bouche.

« Lucius ? »

Je peux à peine murmurer le mot.

Il ne répond pas. Ses yeux vitreux et son visage livide restent parfaitement immobiles.

C'est fini.