« Pour qu'un homme comprenne à quel point le matin peut être doux à son cœur et à ses yeux, il faut que la nuit lui ait été cruelle. » - Bram Stocker, Dracula

« Sois toujours avec moi… prends n'importe quelle forme… rends-moi fou ! Mais ne me laisse pas dans cet abîme où je ne puis te trouver. Oh ! Dieu ! C'est indicible ! Je ne peux pas vivre sans ma vie ! Je ne peux pas vivre sans mon âme ! » - Emily Brontë, Les Hauts de Hurlevent


Chapitre 49 La fuite de l'Eden

Le temps s'arrête comme un simple battement de cœur.

Une chaleur blanche se répand à travers mon cœur, le long de ma poitrine, jusqu'au bas de mon ventre, remontant le long de mes membres et venant finalement irradier ma tête, me donnant le vertige alors que mon cerveau se trouble.

Non.

Non.

Je le secoue de nouveau. « Réveille-toi ! »

Son corps tremble inutilement, ses yeux roulant dans leurs orbites.

Je ne veux pas renoncer. Il va bien, il n'est pas mort, il ne l'est pas, il ne l'est pas !

« Réveille-toi ! » je lui siffle, et je lui tape le torse. « Mais merde, réveille-toi ! »

Non. Je ne dois pas devenir hystérique. Je dois me concentrer. Je vais nous sortir de ce pétrin.

Je pointe la baguette sur lui. « Enervatum ! »

La lumière frappe son torse et se répand sur lui comme une vague.

Bien. Tout va bien. Il va se réveiller maintenant, et… Pourquoi ça ne marche pas ?

Je pousse un profond soupir désespéré, et j'essaye à nouveau. « Enervatum ! »

Pourquoi ça ne marche pas, bordel de merde ?

Tu sais pourquoi.

Non, je ne le sais pas ! Il va bien !

Je repousse les mèches de ses cheveux, appuyant désespérément mes doigts en dessous de sa mâchoire.

Rien.

Non. Il doit y avoir quelque chose. Je n'ai simplement pas placé mes doigts au bon endroit.

Je bouge mes doigts le long de sa jugulaire, les pressant plus profondément, plus profondément, mais… Mais…

Non. Ce n'est pas fini. Si un cœur peut s'arrêter, alors il peut redémarrer de nouveau.

Je jette la baguette inutile à côté de moi et je presse mes mains contre son torse, les appuyant furieusement en un rythme régulier, avant que je ne presse mes lèvres contre les siennes, lui bouchant le nez et expirant fortement dans sa bouche entrouverte, avant d'appuyer à nouveau fortement au niveau de son cœur…

Ca ne fonctionne pas.

Respire pour l'amour de Dieu, RESPIRE !

Je presse à nouveau ma bouche contre la sienne, expirant de toutes mes forces, puis appuyant sur sa poitrine –

J'appuie mes doigts contre sa gorge. Rien. Rien.

Parce qu'il n'y a rien en lui.

J'agrippe en criant le haut de ses vêtements, et le secoue furieusement. « REVEILLE-TOI ! » je hurle. « NE ME LAISSE PAS ! Ne t'avise pas de… Espèce de salaud… »

Mes derniers mots sont avalés par un énorme sanglot éclatant de moi, alors que je le secoue toujours de toutes mes forces.

Je n'arrive même pas à pleurer correctement.

Parce que je ne peux pas respirer.

Nous étions si proches, si proches de sortir d'ici, et oh mon Dieu, comment est-ce possible ?

Je jette ma tête vers l'arrière et me met à hurler, parce que je ne sais pas quoi faire d'autre.

Je presse mes doigts contre son front.

Je ne peux pas… je ne peux pas le supporter. Ce n'est pas possible. Comment mon monde va bien pouvoir continuer ?

Mais je n'ai pas à vivre…

Je baisse ma main, la respiration soudain un peu plus facile.

Non, je n'ai pas à vivre. Je n'ai pas à continuer dans ce trou noir dans lequel il m'a laissé…

Je me tourne et cherche la baguette à tâtons.

Je ne peux pas continuer. C'est aussi simple que ça. Il m'a laissé sans rien à part lui même, et maintenant même lui m'a quitté.

M'a quitté.

Oh –

Oui. Il m'a quitté. Et je pourrais le chercher le reste de ma vie, je ne le reverrais plus jamais –

Je n'ai donc aucune option. Je n'ai rien à gagner à rester en vie, et rien à perdre de mourir.

Retenant mon souffle, je lève ma main tremblante, pressant le bout de la baguette contre ma tempe, prête à prononcer les mots qui mettront fin à tout, pour toujours et à jamais, Amen.

Le bébé va mourir avec toi.

Et alors ? Je dois quoi à cet enfant ? Et puis ce n'est même pas un enfant, pour l'amour de Dieu. Qu'est-ce que je dois à ces putains de cellules qui sont responsables de sa mort ?

Rien.

Bien. C'est réglé alors.

Mais ne mérites-tu pas de vivre, Hermione ?

Non. Pas alors que ma propre stupidité l'a tué.

Tu es une personne formidable et pleine de courage. Tu sais cela. Tu l'as su. C'est pour cette raison qu'il est tombé amoureux de toi.

Oui, et regarde où ça l'a mené. Il avait raison lorsqu'il disait que l'amour ne méritait pas de mourir pour lui. Rien ne vaut cette agonie, je m'en rends compte maintenant.

Il sera mort pour rien si tu te tues maintenant.

Mais…

Tu dois survivre. Tu lui dois bien ça.

Non. Je ne lui dois rien. Il a ruiné ma vie.

Alors tu te le dois à toi même, après tout ce qui s'est passé.

A moi même…

Moi même.

Hermione Granger.

Sang-de-Bourbe. Moldue. Sorcière. Pècheresse. Sainte.

Hermione Granger.

Il m'a dit un jour, que je ne survivrai pas à plus d'un mois de captivité.

Et pourtant… Je suis vivante.

A moitié morte, mais toujours

Après tout ce qui s'est passé.

Je desserre mes doigts et la baguette tombe sur le sol dans un bruit sourd, et je pleure des larmes impuissantes.

Mais je n'ai pas à le quitter.

Je ne veux plus jamais bouger, jamais, jamais.

Je soulève son bras, appuyant ses doigts contre mes lèvres, avant de glisser sa main autour de mon cou. Je veux juste qu'il me serre à nouveau contre lui …

Il est encore chaud.

Oh mon Dieu, ça fait mal.

« S'il te plait, reviens » je murmure. « S'il te plait. »

Il ne donne aucune réponse. Ses yeux sont toujours ouverts, vitreux et sombres. Deux fenêtres d'une maison où plus personne ne vit.

Je ne peux pas faire ça.

Je peux à peine garder mes paupières ouvertes sous l'épuisement.

Je le roule sur le côté, et je me tourne moi aussi, apportant son bras autour de moi alors que je m'allonge collée à son corps, son bras autour de ma taille.

Il a toujours dormi avec son bras autour de ma taille. Mais dans ces moments là, c'est son pouls que je pouvais sentir tout contre mon dos, et non pas l'humidité de son sang.

J'apporte ses doigts à mes lèvres, fermant les yeux, puis l'obscurité miséricordieuse m'enveloppe de son doux manteau.


Un poids sur mon épaule, et une légère secousse.

Non, je ne laisserais pas les ténèbres me quitter. Si chaudes, si confortables.

« Hermione ? »

Ce n'est pas sa voix. Ca ne sera plus jamais sa voix…

Mais tout est chaud et doux pour l'instant, et je ne vais pas abandonner cette sensation –

Une autre secousse.

« Hermione ? Allez mon ange, nous devons partir. »

Impossible de bouger. Trop douloureux.

Impossible de penser. Encore plus douloureux.

« Laisse-moi ici » je marmonne.

Une longue pause.

« Je ne peux pas » répond finalement la voix. « Nous devons sortir d'ici, et je ne te laisserais pas. »

Des mains agrippent mon épaule.

« Viens. C'est fini. »

Des larmes apparaissent au coin de mes yeux, coulant dans mes cheveux.

Il prend une profonde respiration. Je peux l'entendre.

« Oh, Hermione. »

S'en est trop pour moi. Toute la douleur de ces derniers mois, la torture, les menaces de mort, l'envie, le besoin, l'angoisse, l'espoir et le désespoir, s'en est trop. Mon esprit, ou du moins ce qu'il en reste, a été définitivement brisé.

Je n'ai que dix-huit ans. C'est trop m'en demander.

Son bras se glisse sous mon épaule. « Viens. Tu peux le faire. »

Je me lève, ou plutôt il me met sur mes pieds, et je chancelle mais son emprise est ferme et je m'accroche à lui, parce que si je ne l'avais pas, je sombrerais dans un puits d'oubli dont je serai incapable d'en sortir.

Je ne peux pas quitter des yeux le corps de Lucius. Au cas où il bouge, ou qu'il ouvre les yeux, ou qu'il respire à nouveau –

Je n'aurai jamais pensé qu'il puisse paraître encore plus pale qu'il ne l'était avant. Mais bon, je ne l'avais encore jamais vu sans une goutte de sang dans ses veines.

Ron me donne une petite secousse. « Nous devons partir. Maintenant. Si un autre Mangemort apparaît, ou bien si Drago reprend conscience- »

« Je ne le quitterais pas » je dis en secouant la tête.

Il retient son souffle. « Il… Il n'aurait pas voulu que tu restes ici pour mourir. »

« Mais je ne vais pas le laisser seul » je dis en saisissant sa main. C'est vital qu'il comprenne cela. « Tu ne sais pas à quel point il se sentait seul. Il ne l'a jamais admis, mais c'était pourtant le cas. »

Ron hoche la tête, ses lèvres étirées en une ligne fine. « Oui d'accord, mais- »

« Il aime être avec moi » je dis simplement.

Il ferme les yeux un instant, avant de reprendre la parole. « Je sais, mais il est… Tu dois le laisser partir maintenant. C'est fini. »

Mais comment ça peut être fini ? Je peux le sentir comme un éclat de verre dans mon cœur.

Je tends la main et lui agrippe le bras. « Non. Ca ne sera jamais fini… »

Il m'attire dans une étreinte. Je ne peux tout à coup plus respirer. C'est trop… trop…

« Ron, ça fait mal » je murmure.

Il me tient farouchement. « Je sais. »

Oui, il sait. Parce que ça lui fait mal à lui aussi.

La porte s'ouvre.

Nous nous retournons tous deux, mais je ne ressens aucune peur. Qui que ce soit, peut être qu'il me fera la faveur de me tuer maintenant et tout de suite.

Mais cette personne est la dernière personne que je m'attendais à voir.

La première chose irrationnelle que je note, est la pagaille de ses cheveux. Sa coiffure d'habitude si élégante, tombe maintenant négligemment sur ses épaules. Elle a une éraflure sur sa joue, et il y a de la boue sur l'ourlet de sa robe.

Ron me saisit par le bras. « Nous avons une baguette ! » il crie en la brandissant pour affirmer ses dires.

Elle ne lui répond pas. Elle se contente de dire : « Où est mon fils ? »

« Ne m'avez-vous pas entendu ? » crie Ron.

Elle le fusille du regard. « Je suis désarmée. Vous pouvez faire ce que vous voulez de moi » dit-elle calmement, d'une voix dangereuse. « Mais d'abord, vous allez me dire où est mon fils. »

Oui. Elle doit savoir…

« Il est là » je dis en montrant un coin de la pièce de la tête.

Ses yeux tombent sur le corps de Drago, et elle laisse échapper un petit cri étouffé alors qu'elle se précipite sur lui.

« Il est vivant » dit précipitamment Ron. « Ne vous inquiétez pas, il est… Je ne pense pas qu'il soit gravement blessé. »

Mais elle n'a pas l'air de le croire. Elle place ses doigts sous son oreille, et sa respiration se détend alors qu'elle sent le pouls battre sous ses doigts.

Elle écarte les mèches de cheveux sur son visage. « Mon pauvre garçon... » elle murmure.

Elle pose un baiser sur son front, avant de se retourner vers nous avec une expression haineuse que je ne l'avais jamais vu utiliser jusqu'à aujourd'hui.

« Que lui avez-vous fait ? » elle murmure.

Peut être qu'elle me tuera si je lui dit ce que j'ai fait…

Mais Ron prend la parole. « Ca n'a rien à voir avec nous » dit-il clairement. « C'était Bellatrix. »

Je retiens mon souffle, mais son regard ne cille même pas.

Ses yeux se rétrécissent. « Ma propre sœur ? Elle aime son neveu- »

« Oui, mais il… Il a essayé de l'attaquer pour sauver son père, et elle… » Il hésite un peu avant de continuer. « C'était de l'auto défense je crois. Au moins, elle ne l'a pas tué ! » dit-il sur la défensive.

Elle nous regarde pendant quelques instants, avant de prendre une profonde respiration. « Et où est-elle ? »

Nous restons silencieux, mais elle n'a pas besoin de notre réponse. Son regard tombe sur le tas de vêtements noirs derrière nous.

Elle reste où elle se trouve, muette, regardant d'un air absent les trois cadavres, ne réagissant pas face à celui d'Avery, mais…

Elle se tient immobile pendant un instant. Et puis elle laisse échapper un sanglot minuscule, portant sa main à sa bouche et se tournant pour nous cacher son visage dans une tentative veine de nous cacher sa douleur.

Nous ne devrions pas être ici. C'est trop intime pour elle…

Mais je me sens trop engourdie pour me déplacer.

« Qu'as-tu fait ? » elle murmure, mais pas à moi, ni à Ron. Elle regarde le corps de son mari. « Pauvre fou, qu'as-tu fait ? »

Elle tombe à genoux à côté de lui, écartant le pli de sa cape pour voir la source de tout ce sang.

Je ne souhaite rien d'autre que de l'éloigner loin de lui. Il n'est pas à elle…

Mais si, il est à elle.

Il était à elle…

Je serre le poing, enfonçant mes ongles dans ma paume jusqu'à sentir le sang chaud et collant.

J'apporte ma main à ma bouche, gouttant le sang sur ma paume.

Elle se tourne pour regarder le corps de sa sœur, avant qu'elle ne se relève pour nous faire face. « Comment sont-ils morts ? »

Ron se tourne vers moi, me serrant la main d'avertissement. « Votre sœur a tué votre mari » lui dit-il. « Nous avons tous les trois essayé de nous échapper, et elle l'a tué. Et puis… et puis… »

Il s'arrête.

« Vous l'avez tué ? » elle murmure.

Ron se racle la gorge et secoue la tête. « Non. Votre mari l'a tué. Juste après qu'elle l'ai poignardé, il… il lui a lancé le sortilège. »

Je ne sais pas s'il croit vraiment en ce qu'il dit, ou non.

Mais je ne vais certainement pas le corriger.

Elle tourne son regard vers moi. « Et pourquoi est-ce que mon mari essayait de s'échapper avec vous ? » demande-t-elle, plus froide que la glace. « Hmm ? Pourquoi, Hermione ? »

J'avale rapidement avant de parler. « N… Mme Malefoy, je- »

« Ne m'appelez pas comme ça » dit-elle brusquement, les yeux rétrécis.

J'avale mes paroles alors qu'elle se tourne vers… vers…

Elle se tourne pour regarder le cadavre de son mari, son expression illisible.

« J'apprécierais que vous ne m'appeliez pas comme cela » dit-elle tranquillement.

Je laisse échapper un souffle profond. Je ne me soucie pas de la réponse que je vais lui donner. Plus rien ne compte maintenant.

« Vous saviez » je dis froidement. Ce n'est pas une question.

Le regard qu'elle me jette est froid comme la glace. « Bien sur que je savais » elle chuchote durement. « Je ne suis pas stupide. Et je vous rappelle que je le connaissais depuis bien des années, bien plus que vous. »

J'avale ma salive. J'aurai presque préféré qu'elle me gifle au visage.

Elle prend une profonde inspiration, essayant de retrouver une certaine sérénité.

« Nous n'avons pas vécu ensemble ces derniers mois, mais je le voyais fréquemment » elle continue. « Et je savais qu'il était votre geôlier, bien sur que je le savais. Mais chaque fois que je vous mentionnais devant lui… »

Elle s'arrête et fait un pas vers moi.

« Qu'avez-vous fait, pour qu'il tombe amoureux de vous ? »

Ce n'est pas la question. C'est la manière dont elle le dit. Non pas comme si elle voulait connaître le secret, mais comme si j'avais réussi quelque chose dont elle n'avait jamais cru possible, et qu'elle pensait que j'avais en quelque sorte triché.

« Je ne sais pas » est tout ce que j'arrive à dire.

Un grand silence s'abat entre nous comme un gouffre. Elle me fixe durement. Je secoue lentement la tête.

« Vous a-t-il dit qu'il vous aimait ? »

J'avale et je me tourne vers Ron. Il me regarde, une question sans réponse accrochée à son visage.

« S'il te plait » j'articule en silence, sans savoir réellement ce que je lui demande.

« Il a dit ça ? » il murmure. « Lui ? »

Narcissa laisse échapper un petit sanglot alors qu'elle baisse les yeux vers son mari, et porte ses doigts à ses lèvres.

Les mots se glissent de ma bouche. « Je ne m'attends pas à ce que vous me pardonniez pour ce que nous avons fait- »

« Et bien, ne vous inquiétez pas pour cela » dit-elle froidement en me regardant droit dans les yeux, « parce que je ne vous pardonnerais jamais. »

Je rassemble tout mon courage pour parler. « Il a dit que vous ne l'avez jamais aimé- »

« Ca ne signifie pas qu'il n'était pas mon mari ! » dit-elle brusquement. « Comment osez-vous ? Il était un époux, et un père. Quel droit aviez-vous ? »

J'enfonce mes dents dans ma lèvre inférieure. « Je donnerais n'importe quoi pour n'avoir jamais rencontré votre mari- »

Elle fait quelques pas rapides vers moi, et la gifle qu'elle me donne me prend totalement par surprise. « Ne me mentez pas ! »

Ron me saisit, me tirant derrière lui. « Laissez-la tranquille, pour l'amour de Dieu ! Vous ne pensez pas qu'elle en a subi assez ? »

Mais la douleur me submerge et je pousse Ron pour lui crier dessus. « Je ne mens pas ! Vous n'avez aucune idée de ce que j'ai vécu. Vous ne pensez pas que je donnerais n'importe quoi au monde pour être chez moi en lieu sur à l'heure qu'il est, avec mes parents toujours en vie ? J'aurai préféré le connaître comme autrefois, plutôt que d'avoir maintenant à vivre le reste de ma vie avec son absence ! Je sais que… Je sais que je ne le reverrais jamais… »

Mes mots sont avalés par un énorme sanglot. Je me retourne en couvrant mon visage. Oh, ça fait mal, ça fait tellement mal –

Une main sur mon épaule.

Je me tourne. Mais c'est sa main à elle sur mon épaule, pas celle de Ron.

Je la repousse vivement. « NE ME TOUCHEZ PAS ! »

Je ne peux pas le supporter. Je ne peux pas supporter cette agonie, ce trou béant dans ma poitrine. J'aimerai être insensible, et oh mon Dieu, tuez-moi, pour l'amour de Dieu, tuez-moi –

Je ne réalise pas que je suis en train de crier, avant de ne sentir les mains de Ron sur mes bras, essayant de me tirer dans une étreinte.

« NON ! » je le frappe, le repoussant loin de moi. « Non, non, non, nonononon ! »

Mais il me tient de force contre lui, et je frappe mes poings de toutes mes forces contre son torse.

Mes pleurs se poursuivent longuement. Nous tombons à genoux sur le sol, lui me berçant d'avant en arrière contre lui, comme une enfant. Et tout ce que j'arrive à faire est de sangloter des paroles sans aucun sens. Je ne sais même pas ce que j'essaye de dire.

Lucius comprendrait, lui.

J'ai besoin de lui, j'ai besoin qu'il me tienne tout contre lui pour me calmer –

Mais il ne me serrera plus dans ses bras. Plus jamais.

Je sanglote encore plus fort face à cette pensée.

Mais Ron est là. Il appuie ses lèvres contre mon oreille, murmurant des mots qui n'ont aucun sens pour moi. Des paroles lentes et réconfortantes qui ne font aucune différence.

Alors que mes sanglots commencent progressivement à ralentir, j'entends Narcissa me parler.

« Il n'y a pas beaucoup de temps » dit-elle calmement. « Mon fils reviendra bientôt à lui. Et le Seigneur des Ténèbres vous attends à son Quartier Général dans moins de vingt-quatre heures. Il vous reste à peu près une heure avant le lever du soleil, et vous avez besoin de traverser le lac avant les premiers rayons du matin si vous voulez avoir une chance de survie. »

Je lève la tête. Mes cheveux se collent contre mon visage collant.

Je m'en fous. Je ne veux pas partir. Comment pourrais-je le laisser tout seul ?

Mais aucun d'eux deux ne fait silence.

« Pourquoi voudriez-vous nous aider ? » demande Ron. « Comment pouvons-nous savoir s'il ne s'agit pas d'un leurre ou d'un piège ? »

Elle le regarde vivement. « Je suis venue ici parce que je savais, lorsque j'ai entendu que tous les Mangemorts étaient conviés à assister demain soir à l'exécution de Lucius Malefoy, que mon fils ne voudrait jamais laisser ça se produire. Je savais qu'il allait essayer de sauver son père, et quel que soit le risque qu'il prendrait. Je suis donc venue ici pour le trouver, avant que le Seigneur des Ténèbres ne s'en rende compte. »

« Et donc ? » demande Ron.

Elle respire un souffle irrité. « Alors pourquoi, si je voulais vous attirer dans un piège, ferais-je cela alors que mon fils serait alors puni par le Seigneur des Ténèbres pour interférer dans l'exécution de son père ? Je veux que mon fils survive à cette épreuve, et cela signifie donc que chacun de nous allons devoir nous cacher le plus rapidement possible. »

Je regarde le corps de Lucius, bloquant leurs paroles. Elles glissent sur moi comme de l'eau.

Ses yeux… Ils sont toujours ouverts, regardant quelque chose qu'ils ne peuvent plus voir.

Mais ils ne le représentent plus de toute façon.

« Mais pourquoi voudriez-vous que l'on s'échappe ? » continue Ron.

« Je ne le veux pas particulièrement. Mais je ne veux pas que vous soyez ici lorsque je réveillerais mon fils, ce que je ferais dès que nous aurons traversé le lac. En vérité, je ne compte pas lui laisser le moindre souvenir de cette nuit. »

Ces paroles me sortent des profondeurs dans lesquelles je flottais.

« Comment est-ce possible ? » je murmure. « Même si vous lui effacez la mémoire, tous les évènements lui seront néanmoins révélés lorsque… lorsque les corps seront découverts. »

Personne ne saura jamais l'effort que ça m'a demandé pour prononcer ces mots.

Elle me regarde. « Pas si je m'assure qu'il ne sera jamais en contact avec quelqu'un qui serait en mesure de le lui dire. Et si cela signifie altérer son esprit de façon permanente, et nous amener vivre en dehors de ce pays, alors je le ferais. Je n'ai aucune intention de lui rappeler que son père est mort parce qu'il a été assez faible pour tomber sous le charme d'une Sang-de-Bourbe. »

« Ne dites pas ce mot ! » je dis brusquement.

Un silence s'installe.

Je laisse échapper un souffle frémissant et je rampe vers le corps de Lucius. « Je… Je ne peux pas entendre ce mot… »

Je pose mes doigts contre sa joue. Il est froid maintenant.

Je m'étouffe dans un sanglot minuscule, berçant son visage entre mes mains. S'il pouvait simplement… S'il pouvait dire quelque chose, n'importe quoi.

Je donnerais le monde entier pour pouvoir le voir me sourire à nouveau. Même si les seules fois où il a déjà sourit, ont toujours été par accident.

Ron se met finalement à parler, mais pas à moi. « Je suis désolé de vous dire cela Madame, mais vous devez le savoir. Hermione… Elle est enceinte. »

Il y a une longue pause.

Je ne lève pas les yeux. Je me penche, laissant reposer ma tête contre le torse de Lucius.

Sa poitrine ne se soulève pas sous la respiration, bien sur.

Je me suis endormie comme cela une fois. Il avait posé ma tête contre son torse, et je m'étais endormie comme ça, un bras posé sur son épaule.

Je pouvais entendre son rythme cardiaque.

« Enceinte ? » elle murmure.

« Oui » dit Ron, comme s'il avouait un crime répugnant. « De votre mari. »

Je l'entends avaler durement. « Est-ce que Lucius le savait ? »

« Oui. »

Une autre pause.

« Est-ce que Drago le sait ? »

« Oui. »

« Bon, » dit-elle en essayant de garder contenance, « dans ce cas, je n'ai pas le choix. Je vais devoir l'amener à l'étranger une fois que sa mémoire aura oublié chaque détail de ce scénario. Il ne doit jamais savoir cela. Ca le détruirait. »

Ron laisse échapper un souffle tranchant. « Alors il ne nous dérangera pas ? Il ne viendra pas trouver Hermione dans un futur proche ou lointain ? »

« Non. Jamais. »

« Comment être surs que nous pouvons vous faire confiance ? »

« Je vous donne ma parole » dit-elle calmement. « Je ne laisserais pas mon fils se détruire. Je vais lui dire que son père est mort en se battant pour notre cause, et que nous avons tous les deux été démis de nos fonctions, comme pour nous gracier. »

Un petit gémissement se fait entendre.

Je tourne ma tête, chaque petite fibre de mon corps tendue par l'espoir –

Mais non. Drago remue, mais n'ouvre pas encore les yeux, ses lèvres remuant légèrement…

Puis il est à nouveau silencieux et immobile.

On ne devrait jamais espérer quoi que ce soit. Espérer ne finit que par une déception. Je pensais pourtant avoir appris cela, il y a déjà longtemps.

Je serre à nouveau les vêtements de Lucius. Je ne peux pas cesser de le toucher. Bientôt je ne serais plus en mesure de –

Non. Non. Non.

« Vous devez partir » dit-elle rapidement. « Maintenant. Donnez-moi cette baguette. »

Je lève la tête pour la regarder. Son expression est très sérieuse.

« Vous plaisantez » dit Ron catégoriquement.

« Je ne pense pas que la situation soit très appropriée pour faire de l'humour » dit-elle, sans une once de chaleur dans la voix. « Si vous voulez mon aide pour traverser le lac, sans laquelle votre amie ne pourra jamais survivre au voyage, alors vous allez devoir me donner cette baguette. Si mon fils et moi voulons avoir une chance de survie, nous devrons l'utiliser pour transplaner à l'étranger dès que nous serons sortis d'ici. »

« Oh, et c'est tout bénèf' pour vous, n'est-ce pas ? » siffle Ron. « Et nous alors ? Qu'est-ce que l'on est censé faire ? »

« En retour, » elle continue comme s'il ne l'avait jamais interrompu, « je suis prête à vous permettre de partir avant nous, de vous aider à traverser le lac, et de vous diriger vers le village moldu le plus proche. Il se trouve seulement à une heure ou deux de marche, et il n'est pas difficile à trouver. De là, vous pourrez trouver un moyen pour rentrer chez vous. Et franchement, ce que vous ferez après est au delà de mes préoccupations. »

Ron exhale en secouant la tête de façon incrédule. « Vous n'êtes qu'une salope insensible, voilà ce que vous êtes. »

Elle lève un sourcil. « Peut être. Mais vous ne pourrez pas sortir d'ici si vous ne me donnez pas cette baguette, Weasley. Prenez votre décision, et prenez la rapidement. »

Ils se fixent tous les deux durant plusieurs secondes. Je les ignore complètement. Le résultat sera le même pour moi, de toute façon. Lucius sera toujours mort.

« Je suppose que nous n'avons pas le choix » dit Ron en serrant les dents.

« Exactement » répond-t-elle rapidement.

Ron prend une profonde respiration, fait quelques pas vers l'avant et lui tend la baguette. Elle la prend sans aucune émotion.

« Bien » elle murmure, avant de se tourner vers moi et vers les cadavres jonchant le sol. « Lequel d'entre eux a une clé sur lui ? »

« Je ne sais pas » répond Ron. « Bellatrix, je pense. »

Narcissa se tourne et regarde le corps de sa sœur, et son visage se froisse légèrement. Elle tend la main avant de respirer durement, et de laisser retomber son bras le long de son corps.

« Voulez-vous… Voulez-vous que je me charge de la fouiller ? » dit Ron presque timidement.

Elle inspire, passant négligemment ses doigts le long de sa joue. « Si vous le voulez bien. S'il vous plait. »

Ron s'accroupit et fouille les poches de Bellatrix, sortant une petite clé rouge qu'il remet à Narcissa.

« Merci » dit-elle calmement.

« Attendez ! » je dis vivement.

Tous les deux se tournent pour me regarder.

« Que… que comptez-vous faire… d'eux ? » je murmure.

Ses yeux tombent sur Lucius. C'est seulement maintenant que je réalise que ma main est dans la sienne.

« Je ne sais pas » dit-elle, la voix un peu plus forte qu'un murmure. « Je suppose… que je vais devoir… les déplacer avant que Drago… »

Elle vacille, incapable de terminer sa phrase.

C'est difficile pour elle aussi, je le sais bien.

Oh Jesus, je ne peux pas faire ça. Je ne peux pas le quitter. Il a besoin de moi. Il a encore besoin de moi.

Les larmes viennent à nouveau.

Ron tousse. « Vous pourriez les jeter… les mettre dans le lac » dit-il avec hésitation. « Ca serait en quelque sorte comme un enterrement. »

Le lac ?

Non. Il n'ira pas là dedans. Il ne voudrait pas laisser ces créatures l'amener…

Mais je ne peux pas le laisser ici… à pourrir – Oh mon Dieu.

C'est trop. Je ne vais pas penser à ça. Je ne peux pas penser à ça. Ca va me rendre folle.

Trop tard.

Alors… Alors que puis-je faire ?

« Ce sont des Sangs Purs » elle chuchote. « Ils flotteront un moment à la surface- »

« Pas si… » J'avale difficilement avant de reprendre la parole. « Je sais qu'ils ne peuvent pas rester ici. Alors… alors vous pouvez utiliser mon sang, si vous le voulez. »

Ses yeux se rétrécissent. « Et en échange de quoi ? »

Je fais une pause, regardant Lucius.

« Est-ce que… est-ce que je peux le mettre moi même dans l'eau ? S'il vous plait. Je sais que c'est beaucoup demandé, mais… »

Elle me regarde froidement.

« Vous pensez que vous méritez ce geste plus que moi ? »

J'avale. Je ne veux pas dire ce que je pense. Comment le pourrais-je ?

Elle soupire, repoussant une mèche de cheveux derrière son oreille.

« Je ne l'ai jamais aimé » dit-elle tranquillement. « Mais il était mon mari, pas le votre. Il était mon ami et mon compagnon depuis vingt ans. Et peu importe ce qu'il était pour vous, il n'était pas votre ami. »

Je ferme mes yeux face aux larmes qui menacent de couler. Non, nous n'étions pas amis. Nous étions ennemis jusqu'à la fin.

Elle soupire à nouveau. « Cela étant dit, ça ne fait aucune différence pour moi » elle murmure. « Si cela signifie tellement pour vous, alors vous pouvez le faire si vous voulez. »

Je laisse s'échapper un souffle de soulagement. « Merci. »

Elle hoche la tête et tend sa main vers moi. « Donnez-moi votre bras. »

Je me lève et fais ce qu'elle me dit, ressentant à peine la douleur alors qu'elle utilise la baguette pour m'entailler le bras, laissant mon sang tomber goutte après goutte sur le torse de Lucius.

Je me concentre uniquement sur ce que je fais. Je ne m'attarde pas sur ce que je vais devoir faire très bientôt.

« Allons-y. Je vais vous conduire jusqu'au lac. »

Ron lui prend la main, ainsi que la mienne, et je me baisse pour attraper le bras de Lucius, et nous nous enfonçons tous les quatre dans des ténèbres obscures, tournoyant durant quelques secondes.

Nous émergeons sur la rive du lac. La lumière bleue de l'eau blesse mes yeux, après le rouge sombre de la cave.

Elle se tourne vers moi. « Puis-je lui faire mes adieux, s'il vous plait ? »

Je hoche la tête sans dire un mot, laissant tomber le bras de Lucius comme une pierre.

Elle s'approche du corps de son mari et s'agenouille près de lui.

Je détourne la tête, et Ron prend mon bras et me dirige un peu à l'écart. Nous nous concentrons alors sur la lueur bleue de la surface de l'eau.

Je ne peux pas voir ce qu'elle fait. Ni entendre ce qu'elle lui dit.

Je ne veux pas savoir. Ca ne me regarde pas.

« Je suppose qu'elle n'est pas si méchante, hein ? » murmure calmement Ron.

Je secoue la tête. « Non. Non, elle ne l'est pas. »

Puis nous sommes silencieux. Il ne sait pas quoi dire, et je ne veux rien dire.

J'aimerais rester ici pour toujours. Parce que je crains le moment qui va venir après ce moment de silence. Le moment où je vais devoir lui dire adieu.

« Je fais partie de la noble et très ancienne maison des Black » appelle Narcissa derrière nous. « Je demande un passage de la rivière. »

Nous nous tournons pour lui faire face. Elle appuie une petite fiole en verre contre la coupure sur son bras, collectant un peu de son sang. Elle guérit sa blessure une fois la fiole remplie, avant de se tourner vers nous.

Une petite déchirure scintille sur sa joue.

Elle tend le flacon rempli de sang à Ron.

« Lorsque vous aurez traversé le lac, dirigez-vous tout droit, à travers les bois » dit-elle. « Vous arriverez finalement à une colline. Marchez en haut de la colline, et vous trouverez une route de l'autre côté. Tournez à gauche et suivez cette route. Vous arriverez finalement à un village. De là, je suppose que vous trouverez un moyen pour rentrer chez vous. »

Ron se tourne vers moi. « Nous pourrions utiliser une de ces inventions Moldues, le téliphone, pour contacter l'ordre, non ? »

Je hoche la tête. Le moment est venu.

Il y a une pause alors que Narcissa me regarde.

« Allez-vous révéler à votre enfant la véritable identité de son père ? » elle demande.

Durant un instant je ne réponds pas, muette sous le choc. D'une part, je ne sais pas pour quelle foutue raison elle me demande cela, et quelle sorte de réponse elle s'attends que je lui donne, et d'autre part… Jesus, je ne sais pas…

Mais si, je le sais. Quelle autre option s'offre à moi ?

Je me tourne vers Ron. Il prend une profonde inspiration par le nez, et hoche la tête sans dire un mot.

Je sais ce que signifie ce hochement de tête. Je le sais, parce que je connais Ron.

Je secoue négativement la tête. « Non. »

Ses yeux se rétrécissent mais elle hoche la tête. « C'est probablement la meilleure chose à faire. »

Elle nous regarde l'un après l'autre, puis elle regarde son mari une dernière fois.

« Bonne chance à vous deux » elle murmure.

Ron se racle la gorge. « A vous aussi » dit-il calmement.

Elle lui fait un léger signe de tête avant de se saisir de la clé et de disparaître complètement.

Je me tourne vers Ron. « Est-ce que je peux avoir cinq minutes, s'il te plait ? » Il hoche la tête, se détournant vivement de moi et s'éloignant à plusieurs mètres de là, regardant résolument le sol.

Je me tourne pour regarder le cadavre à mes pieds.

A mes pieds.

Ses yeux sont toujours ouverts. Son corps existe toujours. Mais il n'est plus à l'intérieur.

« Elle était trop bien pour toi, tu sais. »

Mais il ne donne aucune réponse.

Je tombe à genoux à côté de lui. Ils s'enfoncent dans le sol boueux. « Et moi, je l'étais aussi ? »

Peut être qu'il le pensait aussi, secrètement. Ou peut être qu'il pensait encore que je n'étais pas assez bien pour lui. Je ne le saurais jamais car je ne serais jamais plus en mesure de lui demander maintenant.

Je tend la main, essuyant le sang de sur ses lèvres, et décollant ses cheveux de son front.

« Tu ne dois pas t'inquiéter » je murmure. « Je te pardonne… tout. Même mes… mes parents, je… »

Je m'étouffe dans mes larmes. Mes parents.

« Comment peux-tu me laisser toute seule ? » je murmure. « Tu m'as tout pris, tu ne m'a laissé que toi, et maintenant tu me quittes… »

Je me tiens fermement à son corps comme un animal blessé, tirant sur ses vêtements.

« Oh mon Dieu, comment peux-tu faire ça ? » je sanglote. « S'il te plait, ne fais pas ça… »

Mais ça ne sert à rien. Quels mots pourraient le faire revenir ?

Je passe mon bras sous son cou, soulevant sa tête, faisant reposer son dos sur mes genoux. Si lourd…

Je le tiens contre moi, comme il m'a déjà tenu, maintes et maintes fois. Une larme tombe sur sa joue. Je l'essuie du bout de mon pouce.

Je ne l'ai jamais vu pleurer.

Je ne le verrai jamais, maintenant.

« Tu ne dois jamais m'oublier » je murmure. « Je me fous de savoir combien de temps tu vas devoir m'attendre, tu ne dois jamais m'oublier. Parce que je ne peux pas t'oublier, tu comprends cela ? »

Pourquoi suis-je en train de parler à ce… cet objet ? Ca n'est pas lui…

Mais si, c'est lui.

Peut-il m'entendre de toute façon ? Qui le sait vraiment ? Pour autant que je sache, il a juste… cessé d'être.

Non… C'est trop. Cette douleur incessante dans ma poitrine, je ne peux plus respirer, je vais m'évanouir à nouveau –

Je ne peux pas y croire, même si c'est pourtant facile de s'en rendre compte. Pas si je tiens à ma santé mentale.

Ma santé mentale.

Ces mots sonnent comme un rêve impossible.

Comment, par l'Enfer, vais-je pouvoir continuer ?

Je lève son visage jusqu'au mien, et je dépose un baiser sur ses lèvres. Ses lèvres froides…

Froides.

Mortes.

Mon Dieu, laissez moi voir Lucius Malefoy souffrir. Laissez-moi le voir me supplier. Laissez-moi le voir mourir.

Peut être que quelqu'un avait entendu mes prières, après tout.

Comment aurais-je pu savoir ce que je demandais vraiment ?

Je peux gouter son sang sur mes lèvres.

Je m'éloigne de lui et je regarde son visage pour la dernière fois. Son visage. Ses traits fins et aristocratiques. Tellement… lui.

Je caresse à nouveau ses cheveux, et je regarde dans ses yeux qui ne peuvent plus voir. Ils ne sont plus gris maintenant. Ils sont noirs.

Je lève une main tremblante et ferme ses paupières, cachant ses yeux. Ce n'est pas important. Ce ne sont plus ses yeux, après tout.

« Je t'aime. »

Il n'y a rien de plus à dire.

Je le glisse je ne sais comment jusqu'au bord du lac et je m'empare de sa main alors que je le laisse rouler dans l'eau, le regardant couler à travers les larmes qui menacent de me submerger.

« Au revoir. »

Je m'agrippe à sa main, je vois encore son visage et ses cheveux tourbillonnant autour de lui, et je ne veux pas le laisser partir, je ne veux pas le lâcher, jamais…

Mais c'est alors qu'une force irrésistible l'agrippe, et j'étouffe un sanglot au moment où j'aperçois de longs doigts verts l'agripper et le tirer, et peut être que je devrais juste les laisser me prendre également…

Mais mes doigts desserrent automatiquement leur étreinte, et je le regarde, impuissante, être aspiré dans les profondeurs et l'obscurité. Lucius Malefoy, trainé dans les profondeurs par des créatures persuadées qu'il est un Sang-de-Bourbe.

Il est parti.

C'est la dernière fois que je voyais son visage.

Je gémis doucement, puis je m'allonge sur la rive, épuisée. Je veux juste m'endormir ici. Dormir, et ne jamais me réveiller.

Une main sur mon épaule.

« Allez, Hermione. Il est temps de partir. »

Non.

Je me roule en position fœtale, repoussant sa main. « Je ne veux pas partir. »

« Tu le dois, mon ange. Tu ne peux pas rester ici. »

Je referme mes mains autour de mon crane. Je veux simplement que tout disparaisse. « Je ne peux pas faire ça. »

« Si tu le peux. »

J'avale. « Non Ron. S'il te plait, laisse-moi ici. »

Mais il passe son bras autour de moi, et me secoue doucement.

« Ecoute-moi » dit-il fermement. « Tu as vécu tellement de choses. Nous avons vécu tellement de choses. Nous avons vu des choses que personne ne devrait voir, et nous avons survécu. »

Je m'étouffe dans mes propres gémissements de douleur.

Il passe son bras sous mes épaules, me tirant sur mes pieds et m'obligeant à rester debout.

« Il n'a pas survécu à ça, mais toi si » il murmure. « Tu as survécu. Regarde-moi, Hermione. Regarde-moi ! »

Je lève ma tête, lourde comme du plomb. Il me regarde droit dans les yeux.

« Tu as survécu » il murmure.

J'avale durement. Mes oreilles bourdonnent.

« Est-ce que tu te souviens lorsque j'ai été capturé ? » dit-il. « Bellatrix nous a dit qu'on allait mourir dès qu'ils n'auront plus besoin de nous. Mais nous sommes vivants, Hermione. Des mois plus tard, nous sommes encore vivants. »

Je pousse un soupir.

« Je suis si fatiguée, Ron. »

Il s'empare de mon menton, plongeant son regard dans le mien.

« N'abandonne pas » dit-il farouchement. « Pas maintenant. Pas après tout ce qui s'est passé. »

Je chute vers l'avant et appuie mon front contre son torse, tournant ma tête.

« Je ne sais pas si je peux le faire. »

Il fait glisser ses doigts dans mes cheveux.

« Tu n'as pas à faire ça toute seule, Hermione. »

J'arrive lentement à me raccrocher à ses paroles.

Il a raison, je le sais. Je dois vivre. Apprendre à vivre à nouveau.

Mais c'est tellement dur.

« Viens. »

Il prend ma main, m'aidant à monter dans la barque, puis pousse la rive de son pied.

J'observe l'habitation qui fut notre maison durant de nombreux mois, disparaître dans l'obscurité. Le manoir ressemblant tellement au palais des contes de fée que l'on lit étant petite.

Terrible.

Mais si beau.

Je détourne la tête. Je ne crois plus aux contes de fée.

Ron ne dit rien. Moi non plus.

Ce bateau semble tellement vide sans lui. Il avait toujours été avec moi, les fois précédentes.

Il y a bien longtemps, maintenant. Est-ce que tu te souviens ?

J'étouffe un sanglot silencieux. Comment a-t-il pu me demander si je m'en souvenais ?

Je peux sentir sa main dans la mienne, même si mes doigts sont ouverts dans le vide.

Le plafond de la grotte disparaît alors que nous sortons à l'air libre. Le ciel est d'un bleu profond, et une petite teinte rosée apparaît à l'horizon. Le soleil se lèvera bientôt.

Comment le soleil peut-il se lever ? Comment le monde peut-il continuer de tourner, alors qu'il est mort et que je suis morte avec lui ?

Une teinte verte dans l'eau attire mon attention.

Des yeux verts, vides et brillants me fixent sous la surface de l'eau. Une paire d'yeux. Deux. Trois…

Une pensée horrible me submerge alors : est-ce qu'il est devenu… l'un d'eux ?

Oh mon Dieu… J'espère que non.

Peut être que je devrais me laisser glisser dans l'eau, me laisser tomber dans l'abime sans fond. Nous pourrions tous les deux flotter ensemble dans les ténèbres, pour toujours et à jamais, Amen.

Mais au lieu de cela, Ron ouvre le flacon et déverse le sang dans l'eau, faisant disparaître les yeux dans les profondeurs. Le liquide visqueux tourbillonne dans l'eau, épais et pourpre. Le sang de Narcissa Malefoy, plus pur que le plus pur des Sangs Purs.

Il ressemble au mien pourtant.

« Pourquoi m'as-tu autant haï ? » je murmure. « Qu'est-ce qui faisait que ta femme était plus digne que moi ? »

Il n'y a aucune réponse. Il n'y aura jamais plus de réponse. Et il n'a jamais vraiment su me dire pourquoi il me détestait autant, parce que je n'ai jamais compris les réponses qu'il a su me donner.

Je le hais pour cela. S'il avait été honnête avec lui même, s'il avait été un peu moins lâche, alors nous aurions pu nous échapper depuis des semaines, et il serait encore en vie aujourd'hui, et nous serions ensemble. Non pas que nous pouvions imaginer un avenir tous les deux, mais simplement parce que nous voulions être ensemble sans penser au reste.

« Hermione ? » murmure Ron.

Je secoue la tête. « Rien. »

Je ferme les yeux, murmurant une prière silencieuse.

Je peux vivre. Je dois vivre Je peux vivre. Je dois vivre –

Le bateau a un sursaut.

J'ouvre les yeux.

Nous sommes arrivés. De l'autre côté. Du côté des vivants.

Ron quitte la barque, et me tend la main pour m'aider à l'enjamber moi aussi.

Mes pieds se posent sur la rive, et le bateau s'éloigne alors, disparaissant dans les ténèbres.

Je me tourne vers Ron. « Je peux avoir une seconde ? »

Ses lèvres s'amincissent mais il hoche la tête, et s'éloigne de moi de plusieurs pas.

Je me tourne vers l'eau.

Il a dit une fois qu'il mourrait avant de me laisser partir.

Il y a tellement de choses que j'aurai aimé lui demander. J'aurais aimé lui demander tout ce qu'il ressentait à mon sujet, au sujet de Ron, sa femme, son fils.

J'aurais aimé voir s'il aurait fait un meilleur père que pour Drago.

« Tu vas devoir m'attendre » je chuchote dans l'air froid. « Tu dois me promettre cela. »

Pas de réponse.

Harry a dit qu'il avait entendu des voix derrière le voile du Département des Mystères. Il l'avait juré. Je pensais qu'il avait perdu l'esprit, surtout lorsque Luna avait affirmé les avoir entendu elle aussi…

Mais certaines choses ne peuvent pas être comprises. C'est ce que Dumbledore a toujours dit.

Je ne peux alors qu'espérer qu'il m'attende. Même si c'est dans le néant.

Une légère brise apporte ses doigts invisibles à mes cheveux.

Comment cela pourrait être la même chose ? S'il y a vraiment quelque chose après la mort, comment ça pourrait être pareil que ce que c'était avant ?

Je me demande combien de temps il va pouvoir attendre ? Le temps peut passer tellement lentement lorsque l'on attend quelque chose.

Mais je dois attendre moi aussi. Pour le reste de ma vie. Mais pendant ce temps, je ne peux pas rester ici.

Des doigts effleurent les miens. Je me tourne, et c'est Ron qui est avec moi maintenant.

« Est-ce que tu es prête ? »

Non Ron, je ne suis pas prête. Je ne serais jamais prête. Mais je ne pourrais jamais te dire cela, jamais…

Je hoche la tête. « Je suis prête. »


Nous nous enfonçons dans les bois, et durant un instant je reste immobile, à regarder l'horizon, où une boule orange apparaît progressivement.

Il paraît qu'il ne faut pas regarder directement vers le soleil.

Mais bon, après ce que j'ai vu, mes yeux pourraient probablement survivre en fixant le puits de l'Enfer lui même.

L'Enfer. Nous nous sommes échappé de l'Enfer.

Je pensais que j'allais mourir là bas. Je pensais que Lucius lui-même allait me tuer.

Typique. Typique qu'il ait pris la solution de facilité, me laissant seule à souffrir, comme toujours. Il est toujours gagnant, même dans la mort.

Non. Non, j'ai gagné, finalement. Je l'ai fait tomber amoureux, et c'est ce qui a provoqué sa perte. En le sauvant, je l'ai tué.

Mais il n'a pas réussi à me tuer.

Je glisse ma main sur mon ventre.

Tout ce que je peux espérer, c'est que cet enfant en vaille la peine.

Un rayon de lumière perce l'horizon. Il me fait plisser les yeux, les brulant et me rendant temporairement aveugle.

Je n'avais pas vu le soleil depuis des mois entiers.

« Elle a dit qu'on devait continuer jusqu'à la colline » murmure Ron.

Je me tourne vers lui. Il laisse apparaître un petit sourire triste.

« Je suis toujours là, Hermione. Tout va bien se passer. »

Il prend ma main, emmêlant ses doigts dans les miens.

Ron.

Ronald Weasley.

Lucius malefoy.

Je ravale mes larmes, et nous faisons ensemble nos premiers pas hésitants face au lever du soleil, et face à la nouvelle vie qui nous attend au delà.