Chapitre 8
Du bout de ses doigts fins et pâles, Ciel testait le confort du matelas.
Le jeune garçon était en chemise de nuit et avait profité d'un bon repas préparé par son majordome qui s'était directement servi de la cuisine de l'hôtel.
_ Le lit ne vous sied guère ? S'inquiéta le domestique.
Les yeux vairons se posèrent sur lui puis, se dirigèrent sur la décoration de la chambre aux décors brocards.
_ Si ça va, ça devrait aller juste pour une nuit, répondit enfin le jeune noble en se laissant tomber sur le matelas.
Il s'étira et bailla. Il entendit marcher et ses yeux croisèrent le visage du majordome baissé sur lui. Il pouvait capter le souffle chaud sur son front, ainsi que quelques mèches ébène venant caresser ses joues. Ciel le scruta et remarqua ses yeux. Il les connaissait bien.
_ Non.
Il avait prononcé ce mot avec autorité, sans pour autant crier.
Sebastian cligna plusieurs fois des yeux, comme s'il ne comprenait pas.
Ciel soupira et poursuivit.
_ Tes yeux qui brillent, ta proximité, ta façon de me regarder, je sais très bien ce que ça veut dire ! Et non, c'est non.
Le majordome se redressa, tout comme Ciel.
_ Ah, vous pensez que j'ai envie de vous, c'est cela ?
_ Ose prétendre le contraire.
_ J'ose le prétendre. Je n'ai pas TROP envie de vous. Ne vous inquiétez pas, je me contrôle. Je n'ai pas envie que vous passiez une nuit blanche à cause de moi et que cela vous donne un prétexte à être de mauvaise humeur. Non, non, non. Je ne préfère pas réveiller la bête qui est en vous.
_ C'est l'hôpital qui se fout de la charité ! S'offusqua le jeune garçon en se mettant entre les draps.
Sebastian vint rabattre le reste et ne put s'empêchet de passer ses mains sur le tissu afin d'enlever les éventuels plis.
_ J'aime vous taquiner. Dormez bien, Jeune Maître.
Ciel ne répondit pas et se tourna, se cachant du majordome. Il entendit ce dernier souffler sur le chandelier et partir doucement afin de rejoindre le salon de la suite.
_ Sebastian.
Le susnommé se stoppa et tourna la tête, n'apercevant que le dos de son contractant.
_ Reste ici.
_ Oh ? Pourquoi donc ? Demanda le majordome en rebroussant chemin.
_ Tiens-moi juste compagnie cette nuit.
_ Donc je peux aller vous rej…
_ Ne rêve pas non plus ! S'écria le jeune garçon. Juste reste dans un coin de la chambre, comme tu le fais parfois quand mes nuits sont agitées.
Un des sourcils du majordome se leva.
_ Vous sentez que vous aller avoir des cauchemars.
C'était une affirmation, pas une question.
Ciel ne put retenir un tremblement que le démon perçut. En effet, depuis l'enquête sur la Rose Rouge, le jeune Comte pressentait quant il allait passer une mauvaise nuit. Bien que certains sujets de ces songes soient le démon, il demandait à son majordome de rester avec lui la nuit, se positionnant dans un coin de la pièce. Quand ce dernier dormait enfin, Sebastian le guettait et le réveillait s'il faisait un quelconque cauchemar.
Quelques minutes passèrent et Ciel était toujours autant tétanisé. Puis, il perçut le bruit de pas et une douce chaleur vint se presser contre ses lèvres.
Il avait recommencé. Il l'avait embrassé.
_ Je resterai près de vous, déclara le démon dont les yeux s'illuminaient dans l'obscurité. Dormez sans crainte, je veille sur votre sommeil.
Ciel le fixa, son œil maudit brillant lui aussi.
_ Tu n'étais pas obligé de m'embrasser, lança-t-il.
Il pourrait presque voir le sourire du diable.
_ Il semblerait que si car vous n'êtes plus crispé.
_ Tch.
Ciel se retourna de nouveau. Le démon ricana doucement et tapota la tête du jeune garçon. En fin de compte, il caressa ses cheveux et s'assit au bord du lit. Le jeune noble ne dit rien et se laissa border ainsi. De toute façon, ce n'était pas non plus la première fois que le démon avait ce genre d'écart…
