Chapitre 9

Ils étaient partis tôt et voilà que cela faisait une journée et demie que le fiacre parcourait les plaines de l'Est. Au fur et à mesure qu'ils s'approchaient, le temps se rafraichissait. Sebastian avait donc donné une redingote en velours noir et bordeaux à son jeune maître. Ils avaient passé la nuit à Bury Saint Edmund et le jeune Comte avait lu les nouvelles du journal régional. Il semblerait qu'une nouvelle attaque avait eu lieu la vieille, le cadavre d'un enfant avait été retrouvé atrocement mutilé.

Actuellement, Ciel Phantomhive fixait l'extérieur en triturant sa bague au Diamant Bleu, la faisant sans cesse tourner. Le plissement de son front indiquait qu'il était préoccupait et qu'il n'avait pas du tout envie de traquer un animal fou.

Sebastian l'observait du coin de l'œil, dans un silence total… mais qui était bien pesant. Le majordome regarda l'extérieur à son tour, apercevant des nuages noirs menaçants, puis, il tira sa montre à gousset à regarda l'heure.

_ Nous devrions arriver dans moins de deux heures, déclara-t-il afin de rompre ce silence pesant.

Ciel ne répondit pas et continua inlassablement de tourner sa bague.

_ Jeune Maître ? Que vous arrive-t-il ?

Encore le silence.

Sebastian se rapprocha et se mit en face de lui, le scrutant. Ceci eut pour effet de faire tourner la tête du jeune garçon et son œil saphir se posa froidement sur le majordome.

_ Que vous arrive-t-il ? Répéta le majordome.

Ciel hésita à répondre puis :

_ Rien, je pensais c'est tout.

_ Des pensées peu agréables vu votre absence totale, remarqua le domestique.

Le jeune Comte hocha les épaules.

_ Peu importe. Je me demande quand on va arriver, le ciel n'est pas beau.

_ Nous arriverons à Woodbridge dans moins de deux heures, répéta de nouveau le majordome. Il se peut qu'un gros orage nous accueille d'ailleurs.

Le jeune garçon eut un léger frisson, il n'avait pas vraiment envie de passer nuit blanche en entendant le tonnerre. Il soupira et retourna à sa contemplation du paysage.


Comme l'avait annoncé le démon, ils entrèrent dans la ville avec une grosse averse et des éclairs flamboyants accompagnés de bruit de tonnerre claquant. Toutefois, ils ne s'arrêtèrent pas à Woodbridge même et le fiacre continua jusqu'à un château* datant du XVIème siècle, près de Sutton. De loin, il ressemblait à une grande ferme en brique rouge pourvu d'un toit en pente à tuile. A chaque extrémité de la façade principale, on distinguait deux ailes menues à l'allure de petits pavillons au toit pointu. Au centre, un autre, bien plus petit, faisait penser à un hall. Une aile fut rajoutée sur un des côtés de la bâtisse. De grandes cheminées triplettes montaient haut dans le ciel, laissant penser qu'il devait avoir cinq pièces principales, probablement plusieurs salles de séjour. De grandes baies vitrées positionnées symétriquement permettaient un grand éclairage en temps ensoleillé.

Ciel la fixa d'un mauvais œil.

_ Elle parait lugubre, remarqua-t-il tout haut.

Sebastian se prépara à sortir en voyant que le fiacre s'arrêter devant l'entrée principale.

_ Je pense que ce petit domaine doit être merveilleux en été, gratifia le majordome.

_ Hum.

Après quelques secondes, des domestiques vinrent à leur rencontre. Aussitôt, ils s'occupèrent des bagages tandis que le majordome de la maison leur ouvrit la porte, présenta un parapluie.

_ Messieurs, venez donc, la tempête n'est pas prête de se calmer, prévint-il.

Sebastian sortit aussi un parapluie de sous sa banquette et sortit à son tour, le dépliant. Ciel vint s'abriter dessous et ils se hâtèrent de rentrer au chaud.

Le vent et la pluie les martelaient et le bruit assourdissant parasita leur ouïe.

Une fois à l'intérieur, Sebastian referma le parapluie et un des domestiques le prit en charge, l'emmenant dans leur aile afin de les sécher. Le majordome des Phantomhive prit le haut-de-forme et la redingote. Une domestique s'avança et proposa de s'en occuper. Sebastian les lui donna.

L'autre majordome s'éclaircit la gorge.

Il s'agissait d'un homme d'âge mûr, une petite moustache discrète et des favorites parfaitement lisses.

_ Je me nomme Victor, le majordome de la famille Wood**.

Ciel hocha un sourcil, surpris.

_ Je croyais que j'étais hébergé chez le Vicomte de Woodbridge ?

_ Laissez-moi vous expliquer, fit une autre voix.

Le Comte se tourna et aperçut un homme d'une trentaine d'année, bien soigné dans des habits carmins descendre un escalier droit. Il était imberbe, la peau lisse comme du marbre avec des yeux verts aux cheveux roux.

Un irlandais ? Se demanda Ciel.

L'homme vint vers lui en tendant la main. Le jeune garçon la lui serra en le dévisageant.

_ Je me nomme Arthur Wood, mais on me connait dans la haute société comme le Vicomte de Woodbridge. Bienvenu dans mon humble demeure, Comte de Phantomhive.

D'une main, il l'invita à le suivre, suivi de Sebastian et de l'autre majordome.

_ Vous devez être exténué, fit Arthur. Votre chambre est déjà prête, à vrai dire, je pensais que vous allez arriver plus tôt mais avec cette tempête, je me doutais bien que vous serez retardé !

_ Merci pour votre hospitalité, Vicomte.

_ Juste Arthur, reprit ce dernier en clignant de l'œil. Je ne suis pas un adepte de l'étiquette.

Après avoir monté les escaliers et déambulé dans de nombreux couloirs, Victor ouvrit la chambre de Ciel. Le Comte pénétra et regarda sa chambre. Pas aussi grande que la sienne, mais cela suffira pour son enquête. Il y avait une armoire, un mobilier sommaire mais suffisant ainsi qu'un grand lit deux personnes aux draps émeraude.

_ Vous avez votre propre salle d'eau, précisa Arthur.

Il se tourna vers Sebastian, puis vers son domestique.

_ Victor, veuillez montrer la chambre au majordome Phantomhive…

_ Pas besoin, coupa Ciel. Il reste avec moi.

L'œil saphir croisa le regard surpris des occupants de la pièce.

_ Je souhaite que mon majordome reste près de moi. De toute façon, je vois qu'il y a un fauteuil, ça lui sera bien suffisant.

Un petit silence, puis :

_ Comme vous voudrez, Comte, répondit Arthur. A moins que… puis-je vous appeler Ciel ?

Le susnommé hocha la tête.

_ Tant que vous ne le criez pas, oui, plaisanta-t-il.

Au début, cela laissa un froid, puis, Arthur se mit à rire.

_ Pas mal ! Je vous laisse prendre vos aises. Les domestiques ont déposé vos bagages près de l'armoire. Dans une heure nous dînerons. Vous devez avoir faim, non ?

_ Je suis affamé ! S'exclama Ciel.

_ Tant mieux, je vous ferai découvrir les plats régionaux et nous parlerons. Sur ce, à tout à l'heure. Vous pourrez sonner Victor afin qu'il vous montre la salle à manger.


* : Il existe vraiment, bien que je n'aie pas tout respecté…

** : Je me suis amusée avec ce nom car Woodbridge a eu un paléontologiste connu du nom de Searles Valentine Wood.


A suivre...