Chapitre 11
Quant il fut enfin vêtu convenablement, Sebastian avait fait sonner le majordome du petit château. Ce dernier avait mené Ciel dans la salle à manger, suivi discrètement par le démon qui le fixait sans cesse.
Ils étaient à table depuis maintenant une vingtaine de minutes. Les sujets étaient nombreux jusqu'à que le Comte ramène ce qui l'amenait ici.
_ Arthur, j'aimerai savoir un peu plus de choses sur cette bête.
Le Vicomte reposa sa fourchette et soupira.
_ Normal, vous êtes là pour ça après tout. Par quoi commencer, elle sévit depuis bientôt huit mois.
_ Huit mois ? S'étonna Ciel. Pas six ?
Arthur hocha la tête de gauche à droite.
_ D'autres attaques ont eu lieu mais on ne sait pas à qui les attribuer. Au début, juste un accident, mais on en doute à présent. La bête tue nos gens depuis tout ce temps, elle laisse parfois quelques blessés quand d'autres hommes se trouvent dans les parages par pur hasard. Un hôpital a été ouvert dans Woodbridge afin de prendre soin des blessés.
_ Il y a eu combien de victimes alors ? Demanda Ciel. Blessées et mortes ?
_ Pour le moment, quinze blessés et vingt-trois morts.
_ Ah ce point ?
_ Oui, les journaux ne disent pas tout, peut-être les plus démembrés histoire de faire peur. Cette bête doit être énorme selon les dires des survivants et des marques qu'on a retrouvées.
_ C'est-à-dire ?
_ Les blessés parlent d'un animal aussi grand qu'un cerf et aussi gros qu'une vache. Il semblerait qu'elle possède une rangée d'épines noires sur le dos, ressemblant vaguement à un loup.
Ciel fronça les sourcils.
_ Ça me rappelle bien trop la Bête du Gévaudan.
_ N'est-il pas ? Renchérit le Vicomte. Il y a bien trop de choses qui indiquent qui pourrait s'agir du même animal… mais à un siècle d'écart.
Le jeune garçon soupira.
_ Vous avez commencé à organiser quelque chose ou pas ?
_ Plusieurs battues ont eu lieu. Toutefois, on ne tue que des loups normaux, pas de bête. J'ai donné l'ordre d'arrêter de tuer ces pauvres animaux vu qu'on sait que ce n'est pas un loup.
_ Mais si ce n'est pas un loup, qu'est-ce donc ?
_ Un monstre. Un horrible monstre. Sur l'une des victimes, on a relevé la trace d'une dent de trente centimètres environ, elle doit peser dans les cinq cent livres*.
_ Cinq cent livres ! Donc, vous avez autopsié les corps. Vous n'avez rien trouvé d'autre ? Pas de poils ? Des restes de griffes ou de dents ?
Arthur hocha la tête de gauche à droite.
_ Rien de tout cela. Les seules preuves que nous avons sont les victimes ainsi que quelques empreintes. Qui ne ressemble à rien de ce que nous connaissons !
Ciel haussa un sourcil.
_ C'est-à-dire ?
Arthur fixa son majordome.
_ Victor, apporte-moi mon carnet de croquis.
Ce dernier s'inclina légèrement et partit prestement de la pièce.
_ Vous l'avez dessinée ? Demanda Ciel intrigué.
_ J'aime observer la nature et classer les différentes plantes, ainsi que la faune sauvage. Depuis que les attaques ont commencé, on m'a rapporté que des traces y figuraient souvent. Les fois où je suis allé sur place, je les ai reproduites.
Ciel acquiesça.
_ Et vous n'avez pas tenté de suivre ces traces ?
_ Eh bien… on essaye mais à chaque fois, on les perd de vue dans la forêt. Impossible de la repérer avec les feuilles et les branchages. Même nos chiens n'arrivent pas à la flairer et pourtant, il y en a des vêtements réduits en charpie !
Victor réapparut et donna le petit carnet. Arthur l'ouvrit et chercha la bonne page, une fois fait il le donna à Ciel qui l'attrapa.
Le jeune Comte écarquilla son œil, surpris de cette empreinte cela ne ressemblait en rien à de ce qu'il connaissait.
_ Comme vous voyez, reprit Arthur, la patte possède des caractéristiques d'un prédateur, plus précisément celui d'un chat, ou d'un lion. On distingue les quatre coussinets ainsi que…
_ Oui, oui, je vois, coupa Ciel afin qu'il vienne au fait. Mais c'est quoi ces trucs ? Demanda-t-il en montrant des espèces d'excroissances.
_ C'est ce qui est étrange. Les empreintes possèdent une phalange en plus, situé au sol, et non en tant qu'ergot. Il est anormalement long, comme celui d'un rongeur ou d'un primate. De plus, vous voyez que chaque coussinet est précédé par ses excroissances allongées, j'en ai déduit que c'était les griffes.
_ C'est immense, souffla Ciel interloqué par ses pattes.
Arthur hocha la tête, en signe d'approbation.
Sebastian regardait par derrière l'épaule de son maître, observant en silence.
_ Si vous voulez, proposa le Vicomte, je peux vous emmener demain voir les blessés ainsi que les deux derniers cadavres que nous n'avons pas encore mis en terre.
Le Comte acquiesça.
_ Volontiers. J'aimerai voir les corps de plus près, voyant leur blessure accompagné du rapport du médecin.
_ Néanmoins, j'espère que vous avez l'estomac accroché.
Ciel tiqua.
_ Pourquoi ?
Arthur parut gêné.
_ Vous êtes encore jeune et l'une des deux victimes… même moi je me suis en allé pour vomir.
_ Bien que je paraisse jeune, reprit le Comte vexé, j'ai élucidé plus d'une enquête que Sa Majesté m'a confié. J'ai vu beaucoup de choses ignobles.
Arthur soupira et sembla sincèrement gêné.
_ Une des deux victimes a été complètement déchiquetée. Il manque des morceaux et certains de ses organes ont été préservés dans le formol afin d'étudier le tranchant des dents et des griffes de cet animal.
Ciel prit une gorgée de vin, voulant cacher son malaise. Il le reposa et resta pensif.
_ Je vois. Il n'y a pas à s'inquiéter, je souhaite tout de même les voir, même si elles sont coupées en petits morceaux.
_ Entendu. Maintenant, que dites-vous si on parlait d'autres choses ? Proposa Arthur. Parlez-moi de Londres, comment est-elle maintenant ? Et les gens ? Oh ! Et les théâtres, il paraît qu'il y a de nombreuses pièces qui s'y produisent.
Ciel sourit en coin et commença à lui répondre, voulant lui aussi ne pas rester dans cette atmosphère glauque.
* : 225 kilos en gros.
