Chapitre 12
Sebastian referma la porte de la chambre et se retourna vers son maître.
_ Vous avez l'habitude de voir des choses ignobles, n'est-ce pas ? Commença-t-il à se moquer. En effet, votre estomac reste bien accroché quant il voit des organes éparpillés un peu partout.
Ciel lui fit volte-face, blême.
_ Attention, Sebastian. Ne t'avise pas à me mettre de nouveau en colère. De plus, je t'ai formellement interdit de parler lors de cette soirée ! Une fois de plus, tu me désobéis ! Sale vermine !
Le majordome s'agenouilla aussitôt, se positionnant en temps que dominé.
_ Veuillez me pardonner, je me tais.
Il se leva de nouveau, fixant Ciel.
Ils restèrent un moment ainsi à se dévisager en silence puis, le jeune garçon vint s'assoir sur le lit.
_ Viens me changer, je voudrai dormir.
Dans un silence monacal, le majordome s'approcha et s'employa à la tâche. Il prit tout de même le temps de retirer un à un les habitats en touchant sa peau.
Ciel ne fit pas attention, histoire de ne pas encore se disputer avec lui. Cela le lassait.
Une fois que le majordome eut fini, le jeune noble se faufila entre les couvertures en gémissant d'épuisement. Il passa la main sur ses yeux, soupirant. Après quelques secondes dans le vague, il s'aperçut que la lumière était toujours allumée, sans compter le regard insistant de Sebastian.
Il le fixa.
_ Eteins les lumières. Et puis, ah oui, couche-toi en boule au pied du lit, envoya Ciel. Enlève ton frac et tes chaussures pour éviter de tout salir.
Les yeux luisirent légèrement, traduisant l'agacement du majordome. Toutefois, mâchoire serrée, il obéit. Il éteignit et se mit au pied du lit, en boule.
Ciel alla vers lui et lui tapota la tête.
_ C'est bien, brave bête. Dors bien Sebastian. Ahlala, tu me rappelles vraiment mon chien, c'est agréable. Sauf que lui, il était content de dormir à mes pieds.
Sur ces dernières paroles, il se recoucha. Le jeune garçon soupira un fois de plus et se tourna sur le côté, prêt à s'endormir. Il entendait la pluie battre les volets avec frénésie. Puis une bourrasque de vent la frappa de plein fouet. Et cela continua ainsi en empirant.
Ce n'est pas vrai, se plaignit-il. Il ne va quand même pas faire orage toute la nuit !
Comme pour contredire ses paroles, un violent éclair déchira le ciel en éclairant la chambre malgré les rideaux. Tout cela accompagné d'un grand rebondissement de tonnerre. Surpris, Ciel lâcha un gémissement plaintif et se mit en position de fœtus tout en bouchant ses oreilles. Chaque coup le faisait trembler de peur, se cachant le plus possible sous la couette et l'oreiller.
_ Et votre chien, il faisait quoi là ? Lâcha une voix agressive. Il vous léchait la main ?
Ciel ne répondit pas pendant un moment. Il n'était pas sur de l'avoir vraiment entendu et il ne voulait pas se montrer si pathétique devant lui alors qu'il roucoulait juste avant.
Néanmoins, et doucement, il leva l'oreiller. Ses yeux allèrent dans sa direction et il aperçut les orbites rouges briller. Avec les éclairs, il parvenait à voir Sebastian qui avait redressé la tête, le fusillant du regard.
Un coup de tonnerre plus puissant retentit, faisant trembler les vitres.
Ciel lâcha un nouveau gémissement et pris d'un réflexe, il bondit des couvertures pour se jeter sur Sebastian. Il cacha sa tête dans la chemise, tremblotant de peur.
Le majordome soupira bruyamment, dépité d'une telle réaction.
_ Vous avez encore peur de l'orage, se désespéra-t-il. Il ne va rien se passer. La tempête se calmera dans quelques heures, allons, détendez-vous.
Mais rien à faire, ses paroles n'avaient aucun effet sur le jeune garçon qui était agrippé à ses bras comme une vulgaire sangsue.
Il finit par l'enlacer et le serra contre lui. D'une main, il lui caressa les cheveux, voulant la rassurer.
_ N'ayez pas peur, Bocchan, souffla-t-il. Je suis près de vous.
Tout en disant cela, il allongea Ciel, l'obligeant à se détacher de lui. Le jeune garçon lui envoya un regard tantôt enragé, tantôt apeuré. Sebastian enleva sa chemise et son veston, puis son pantalon sans que son contractant ne dise rien. L'avait-il seulement remarqué au moins ?
D'un geste, il attrapa la couverture et il s'enveloppa dedans avec Ciel contre lui. Ce dernier tressaillit en sentant la peau nue du majordome. Puis, il positionna ses mains derrière la nuque du démon et cacha son visage dans la naissance de son cou. Ses jambes se mirent entre celles de Sebastian, quémandant à la fois de la chaleur et de la protection de manière inconsciente.
Le démon sourit.
_ Il est bien mieux de vous voir ainsi. Vous n'êtes plus arrogant, vous n'êtes plus le Comte Phan…
_ Et toi tu vas te la fermer sur le champ, répliqua Ciel en serrant les dents.
_ Je vois que vous avez repris votre langue, gratifia le majordome. Cela a été court. Enfin, vous voilà de nouveau contre moi. Je ne vais pas dire ce que je pense, mais je le pense très fort.
_ Oh ça va hein ! Cracha Ciel en voyant où voulait en venir le démon.
Sebastian ricana mais profita en même temps de cette proximité. Il baissa sa tête, humant l'odeur de son contractant.
Le tonnerre grondait encore. La pluie devenait encore plus violente, au moins que cela n'était peut-être que de la grêle.
_ Ce n'est pas près de s'arrêter encore, fit Sebastian.
_ C'est bien ma veine ! Se plaignit le jeune noble.
Il se lova tout de même un peu plus contre le démon, remontant ses genoux.
_ Vous levez un peu trop vos jambes.
_ Je sais. Si tu fais le moindre truc suspect, je te fous un coup. Ça te calmera illico.
_ Toujours aussi subtil…
Il continua de le caresser.
_ Je suis mieux que votre chien, non ?
Un moment de silence.
_ J'hésite. Au moins, il ne m'énervait pas, ni ne parlait tout le temps pour me faire chier. Sans compter qu'il n'essayait pas de me prendre à chaque occasion donnée.
Sebastian soupira, vaincu.
A suivre…
