Chapitre 14

Après un interminable moment aux yeux du jeune Comte, ils arrivèrent à Woodbridge, devant un petit hôtel, le Shire Hall. Sebastian vint leur ouvrir la porte du fiacre et les deux nobles en sortirent. Ciel suivit Arthur. Ce dernier se fit annoncer par l'un des domestiques et ils gravirent les escaliers jusqu'à arriver à la pièce principale.

Ils pénétrèrent dans la salle de séjour et Ciel aperçut plusieurs personnes assises ou occupées avec des activités réservées à la Haute Noblesse.

Le Vicomte s'approcha des deux hommes vers la cheminée imposante.

_ Bonjour chers amis ! Salua Arthur à tout à l'Assemblée. Je vous présente notre sauveur, le Comte Ciel de Phantomhive !

Une femme cachée derrière son éventail haussa un sourcil. Elle portait des habits rouges et ocre, surmontés de quelques fils d'or. Elle était rousse aux yeux verts.

_ Voici donc le Limier, commença-t-elle d'une voix froide.

Le susnommé la fusilla du regard, il ouvrit la bouche près à répliquer mais Arthur le devança :

_ Ne faites pas attention à ma sœur. Elle a mauvais caractère et n'aime pas trop les étrangers. Elle s'appelle Catherine.

_ Enchanté, Catherine, salua le jeune Comte avec un sourire en coin.

Cette dernière hocha juste la tête.

_ Voici Monseigneur Ferris, continua Arthur en montrant l'homme à gauche de la cheminée. C'est un bourgeois qui a fait fortune dans le pastel.

_ J'ai juste eu de la chance, se défendit ce dernier.

Ciel l'observa, il devait avoir pas plus de trente ans. Il était plutôt rond dans des vêtements luxueux mais choisis avec mauvais gout. Ne parlons même pas de la concordance ! Il avait les cheveux mi-longs, bruns aux yeux sombres.

_ Je vous présente le Duc Ufford, montra Arthur le deuxième homme appuyé à la cheminée. Autour de ses forêts, il a eu à déplorer de nombreuses pertes hélas.

C'était un homme d'un âge mur, dans des habits mornes et un monocle, il avait des favorites ainsi qu'une longue barbe grise. Il hocha la tête face à Ciel.

_ Enchanté, Comte, salua-t-il. Comme dit ce cher Arthur, mes terres ont été dévastées… Bien que je ne sois pas le seul à avoir ce problème.

_ J'ai cru comprendre, oui, répondit Ciel.

_ Mais maintenant que vous êtes là, reprit Arthur, tout devrait se passer pour le mieux ! Votre renommée est grande !

_ Tu es bien présomptueux, cher frère, envoya la dénommée Catherine.

_ Et vous, Catherine, intervint un autre homme, vous êtes bien trop insolente.

Cette dernière l'ignora et prit une petite pâtisserie qu'un domestique lui présenta.

_ Voici Monsieur Lasthec, fit-il en montrant un homme d'un âge avancé sur un fauteuil, entouré d'un jeune homme et d'une jeune fille. Et ses enfants, Etienne et Ophélia.

C'était cet homme qui avait parlé. Il se leva et tendit sa main au jeune Comte. Ciel la lui serra avec un semblant de sourire.

_ Il est vrai que nous plaçons tous nos espoirs en vous, rajouta ce Lasthec. Nous avons assez d'être torturés par cette bête.

_ Je ferai mon possible, Monsieur.

_ On s'entendait néanmoins à un homme, pas à un enfant, lança le dénommé Etienne.

_ Oh Etienne ! Voyons ! Le réprimanda son père.

_ Je suis désolé, mais c'est vrai. Néanmoins, si la Reine vous a envoyé, c'est que vous devez être compétent.

La jeune fille nommée Ophélia baissa la tête quand Ciel la regarda, elle se colla à son frère et cacha son visage. Etienne sourit.

_ Veuillez la pardonner, s'excusa-t-il. Elle est très timide et elle n'ose pas vous dire qu'elle adore votre fabrique de jouet, elle en a toute une collection ! Bien que nous soyons des Nouveaux Riches.

_ Tais-toi Grand Frère ! S'écria Ophélia rougissante. Je suis désolée, Comte.

Elle n'osait toujours pas la regarder.

_ Ce n'est pas grave, répondit Ciel avec un sourire faux mais ayant l'air amical. Si vous voulez, je peux vous faire parvenir certains jouets qui ne se trouvent pas à Suffolk.

Elle le fixa cette fois-ci. Elle avait les cheveux blonds cendrés, des yeux marrons clairs, presque or avec une figure assez ronde, voyant qu'elle passait doucement de l'enfance à l'adolescence.

_ C'est vrai ?

Ciel en fut presque attendri. Presque.

_ Bien sur.

Arthur se racla la gorge. Ciel s'en aperçut. Evidemment, il n'avait pas encore fait le tour des occupants.

_ Veuillez me pardonner, Arthur. Mademoiselle, s'excusa-t-il.

Ophélia hocha la tête et se cacha de nouveau dans l'épaule de son frère.

_ Voici le Commandant Bromeswell, présenta Arthur. C'est lui qui dirige les battues ainsi que les troupes de chasseurs.

_ Sans grand succès, cracha Catherine.

L'homme, qui devait avoir dans les quarante ans, rougit, ressortant sa large moustache. Il était assez rondelet avec de petits yeux bleus pétillants.

_ Je la trouverai, Madame, se défendit-il. Avec l'aide ou non du Comte, sans vouloir vous offenser.

_ Ne vous inquiétez pas, j'imagine que cela doit être exténuant, rassura Ciel.

_ En effet.

_ Nos gens sont aussi exténués, reprit le Duc d'Ufford. Ils n'en peuvent plus de ratisser les forêts sans trouver la trace de cette bête.

_ Mais nous l'avons déjà vu, s'exclama une femme.

Ciel se tourna et fut interloqué. Au début, il pensait que c'était un homme mais c'était bien une femme. Les cheveux bruns coupés courts, elle arborait des yeux de couleur du chêne massif et portait des vêtements d'homme, ou plutôt, d'un général.

_ Je vous présente la Générale Bredfield. Ne vous laissez pas impressionner par son style, elle parait certes autoritaire et décalée, mais c'est une personne digne de confiance.

_ J'aime les personnes qui sortent du lot, gratifia le Comte en souriant à cette femme.

_ Merci, My Lord, remercia-t-elle. J'ai accompagné certaines fois le Commandant Peter dans ses battues et je vous jure, nous l'avons vu une fois.

Ciel sembla intéressé.

_ Quand cela ?

_ A la dernière battue, soit il y a deux semaines.

_ A quoi ressemblait-elle ?

_ Elle ne ressemble à rien de ce que l'on connait. C'est un monstre, le Diable !

Ciel envoya un petit regard complice à Sebastian.