Chapitre 15

Ciel haussa un sourcil.

_ Le Diable ? Vous dites ?

La Générale hocha la tête.

_ Je sais que c'est complètement fou, mais je vous assure. Seul ce nom la décrit aussi bien !

_ Veuillez vous assoir, proposa Arthur en montrant un fauteuil en velours rouge vide.

Le Comte le remercia et prit place. Aussitôt, un domestique lui tendit un plateau avec une limonade et quelques pâtisseries. Ciel prit tout simplement le plateau qu'il déposa sur la table près de lui. Il aperçut le regard noir du démon lui interdisant de s'empiffrer. Mais le jeune garçon n'en avait cure.

_ Pourquoi donc ? Se ré-intéressa Ciel en fixant la militaire.

Cette dernière parut quelque peu mal à l'aise en voyant l'éclat de cet œil bleu. Mais elle n'en fit rien paraître, sauf Sebastian qui perçut sa gêne.

_ Nous avons tiré sur cette bête. Elle s'est écroulée, ne bougeant plus pendant quelques secondes et elle s'est relevée et elle est repartie. Elle a eu le temps d'arracher la moitié du visage à l'un des mes hommes, qui n'a pas survécu.

_ C'est sur lui que j'ai pu dessiner et mesurer au mieux la morsure, intervint Arthur.

Ciel resta silencieux quelques secondes, tandis que les autres nobles parlaient entre eux. Seuls Arthur, la militaire et le commandant le fixaient, attendant sa réaction.

_ Si vous l'avez vu, à quoi ressemblait-elle ?

_ C'était en pleine forêt, donc nous n'avons pas pu totalement la voir, s'exclama le Commandant Peter. Toutefois, elle est aussi grosse une vache et haute comme un cheval. Il y a des sortes de piquants tout autour d'elle.

_ Comme un hérisson ? Plaisanta à moitié Ciel.

_ Cela peut vous faire rire, rajouta la Générale, mais elle a bien pleins de piques sur elle, et haute sur pattes.

_ J'ai aussi plusieurs témoignages des survivants, intervint le Duc d'Ufford, s'intéressant à leur conversation. Si vous voulez jeter vous-même un coup d'œil.

Il accompagna les gestes à la parole et sortit une sorte de cahier de doléances de sa sacoche en cuir au jeune garçon. Ciel le prit et l'ouvrit. Il y avait plusieurs rapports des cadavres retrouves, à l'endroit où ils ont été découverts, dans quel état. De même pour les survivants, avec une description de la bête en plus. Cie fronça les sourcils.

_ Je vois cela. « Un monstre aussi grand qu'un cerf, possédant une couronne de bois » « Des dents en argent, de la taille d'un couteau de boucher » « Des yeux jaunes comme un animal enragé » « Aussi grande qu'un poney » « Un cri surnaturel » « Un monstre sorti de l'Enfer » « Le chien de Satan ». C'est donc cela vos témoignages ? Lâcha Ciel en montrant le cahier. C'est bien mince et vu ce que j'ai rapidement parcouru, ça diffère pas mal.

_ Mais il y a néanmoins des concordances, remarqua le Duc d'Ufford. Elle est grande !

_ Certes, cela ne fait aucun doute. Néanmoins, ces personnes qui ont pu survivre sont traumatisées. C'est facile d'exagérer les choses, surtout quand on a été à moitié bouffé par une bête enragée.

Ciel regarda encore le cahier en découvrant plusieurs cartes où était marqué toutes les attaques, à la fois dans les forêts, les campagnes et pour certaines fois, des villages isolés. Il en vit une les regroupant toutes. Il fronça les sourcils.

_ Il y a énormément d'attaques par chez vous, Duc d'Ufford, remarqua Ciel. Néanmoins, je constate aussi qu'il y en a pas mal près de Sutton, près de chez vous, Arthur.

_ Oui, fit ce dernier. C'est pour cela que nous organisons régulièrement des battues dans ces forêts-là.

Ciel hocha la tête.

_ Je peux le garder pour quelques jours ? Demanda le Comte au Duc. Je souhaiterai recopier tout cela.

_ Bien sur, je ne vois pas le problème.

_ Merci bien.

Il se tourna et prit une petite tartelette aux fraises en fixant Sebastian.

_ Sebastian, garde-le.

Le majordome approcha et s'empara du cahier.

Le jeune Comte se tourna vers Arthur.

_ Quand pourrons-nous aller voir les cadavres ?

Cette question parut choquée grand nombre de l'assemblée.

_ Tout à l'heure, répondit son hôte, mais en attendant, pourquoi ne pas profiter un peu de ces encas ?

Ciel sourit et prit une nouvelle pâtisserie.

_ Avec plaisir.

_ Vous n'avez pas peur de vomir après ? Demanda Catherine.

Le jeune garçon la fixa longuement et finit par lui sourire.

_ Je suis le Limier de la Reine, il m'est aisé de voir des macchabées. Mon estomac est assez accroché.

Comme pour argumenter ses dires, il croqua dans une meringue fourrée à la framboise.

_ Vous n'êtes pas très respectueux des morts, Comte Phantomhive, envoya Lasthec.

_ Parce que j'ai utilise le terme macchabées ?

_ Entre autre.

_ Je les respecte mais appelons un chat un chat et un chien un chien. Les gens morts entreposés sont des cadavres, des macchabées pourrissants. Je ne ternis pas leur mémoire, ni n'offense de ce qu'ils ont été. Je suis désolé de vous dire cela, mais nous ne sommes qu'un tas de viande, et eux, ils ne vivent plus, ils sont alors un tas de viande pourrissant.

_ Vous parlez bien étrangement pour quelqu'un de votre âge, pire encore, pour quelqu'un qui est à la tête d'une entreprise de jouets.

Ciel haussa les épaules.

_ Je n'en ai cure. Je suis là pour résoudre cette affaire et si cela vous plait ou non, vous êtes des nobles dans une région reculée. Alors je m'autorise à parler comme je veux, je ne suis pas là pour vous plaire.

Certains pâlirent mais d'autres acquiescèrent la tête, comme s'ils approuvaient son résonnement, dont Arthur. Par ailleurs, ce dernier déclara :

_ Cher Comte, cela vous dit d'aller voir la morgue ? Nous pourrons alors parler des blessures qu'infligent la Bête et vous pourrez voir l'étendu des dégâts.

_ Volontiers.

Ciel se leva.

_ Mesdames, Messieurs.


A suivre...