Chapitre 18

Cinq jours passèrent.

Les voilà déjà mi-août et il n'y avait aucun indice à part ceux des cahiers et des rapports. Ciel et Sebastian partaient de leur côté dans les forêts, sans jamais rien trouver. Le jeune Comte en profitait en même temps pour chasser sur les terres du Vicomte, avec l'autorisation de ce dernier. Néanmoins, cela énervait le Limier qui perdait son temps à errer dans les forêts sans trouver un animal monstrueux. Même Sebastian n'avait rien senti.

C'était profondément frustrant.

Puis, vint ce jour du 16 août, alors qu'il faisait chaud, un vrai soleil de plomb.

Ciel et Arthur s'étaient installés dans la cour du château, profitant de ce jour ensoleillé. Toutefois, un haut-vent avait été installé afin que ni l'un, ni l'autre n'attrape de coups de soleil.

Le jeune garçon avait revêtu son ensemble ocre, choisi pour son majordome. Il tenait dans sa main un thé glacé et il respirait calmement, bercé par le chant des criquets autour de lui.

Arthur avait lui aussi choisi de se taire et profitait d'un peu de répit.

Leurs majordomes se tenaient dans l'ombre, silencieux. Sebastian regardait avec amusement son contractant si détendu. Il devait avouer qu'il appréciait d'être en mission. Depuis leur arrivée dans la résidence du Vicomte de Wood, il dormait chaque nuit avec son contractant. Oh, ils ne faisaient rien mais cela suffisait au démon de reprendre espoir de le séduire et pourquoi pas… de quémander une approche plus tactile. Après tout, avec les nombreux orages, Ciel réclamait sa présence et s'agrippait à lui chaque nuit. Pour une raison qui dépassait le démon, il s'avérait que la nouvelle lubie de son contractant était de dormir au pied du lit, et en travers, même pas correctement allongé. Mais il ne se plaignait pas car ils étaient collés l'un à l'autre avec ou sans couverture.

_ Maître ! S'exclama une voix.

Tout le monde se redressa et tourna la tête vers l'intérieur de la demeure. Un des jardiniers d'Arthur courait en portant une lettre. Victor arriva et prit la missive. Le Vicomte s'était déjà levé, tout comme Ciel.

Arthur prit la missive et lut. Il devint blême en fixant le jeune Comte.

_ La bête a attaqué, annonça-t-il enfin. Tout près de la forêt de Sutton. Une jeune paysanne apparemment.

Ciel partagea un rapide regard avec Sebastian.

_ Nous devons y aller, fit Arthur.

_ Bien sur, renchérit Ciel. Sebastian.

L'interpellé s'avança d'un pas en s'inclinant légèrement, la main sur le cœur.

_ Je m'en vais de ce pas préparer votre cheval ainsi que vos armes.

_ Prépare aussi un cheval pour toi, fit Ciel. Car j'imagine que c'est un loin et il est hors de question d'y aller en fiacre.

Il se tourna vers Arthur qui hocha la tête.

_ Oui, le lieu est inaccessible en voiture, il faudra y aller à cheval. Victor, veuillez me préparer mon cheval.

Ledit majordome répondit à l'affirmative et les deux domestiques se hâtèrent.

Ciel était dans sa chambre et enleva ses vêtements actuels, se retrouvant en sous-vêtement. Au même moment, on toqua à sa porte. Trois coups distincts.

_ Entre, Sebastian.

La poignée s'activa et le démon apparut, refermant afin qu'on ne puisse pas voir son contractant.

_ Vous avez déjà enlevé vos vêtements, c'est bien. Ils ne sont pas faits pour l'équitation.

_ Je sais, c'est pour cela que je les ai enlevés.

Ciel s'assit sur le lit et fixa Sebastian qui se dirigeait vers l'armoire, prenant un corsaire vert, une chemise à manche courte blanche ainsi qu'un veston beige orné de boutons noirs. Il prit au passage des chaussettes montantes et des bottes adaptées.

Ciel tendit les jambes et le démon commença à l'habiller.

_ J'espère qu'on trouvera quelques choses d'intéressants cette fois-ci, lâcha le jeune Comte. Voilà presque une semaine et nous pataugeons, sans rien trouver. J'en ai assez de trainer dans les forêts ou de m'étendre dans la cour. Tu as bien fait dévier les lettres pour ici ?

_ Oui, elles devraient arriver à partir de la semaine prochaine, rassura Sebastian. Ainsi, vous allez pouvoir vous occuper de votre entreprise. Et je vous donnerai aussi des leçons.

Ciel tiqua.

_ Je suis d'accord pour gérer l'Entreprise Phantom, pas pour apprendre des leçons !

_ N'est-ce pas vous qui vous plaignez à l'instant d'en avoir assez de vous ennuyer ? Répliqua Sebastian.

_ Si, mais j'aurai déjà bien à faire pour rattraper le retard de la fabrique lors de cette dernière semaine, d'autant plus que nous devons continuer à traquer cet animal.

Une fois le corsaire et les chaussettes mises, Sebastian lui enfila sa chemise d'un blanc immaculé.

_ Cette bête n'a pas l'air de se montrer et nous n'avons encore trouvé aucune trace, remarqua le démon. Ce qui est bien embêtant car je ne la sens même pas.

Ciel le regarda.

_ J'ai peur que cette bête soit une chose surnaturelle, confia-t-il. C'est peut-être pour cela que tu n'arrives pas à la sentir.

Sebastian haussa les épaules et s'entreprit de mettre le veston beige.

_ Ce n'est pas impossible.

_ D'autant plus que sa description est assez étrange pour un animal. Cela ne te dit rien de ce qui pourrait provenir de ton monde ? Se hasarda-t-il.

Le majordome lui mit maintenant ses bottes, boutonnant les côtés.

_ Je ne crois pas, non. Du moins, je ne connais rien de similaire à cette chose. Ensuite, cela fait un moment que je ne suis pas retourné dans mon monde alors il y a peut-être des nouvelles choses, qui sait.

Ciel le fixa.

_ Cela fait un moment que tu n'es pas retourné dans ton monde ?

Sebastian le regarda enfin, rencontrant son œil bleu. Le jeune garçon avait l'air vraiment surpris de cet aveu. Le démon réajusta certains détails et tendit des gants en cuir beige.

_ Nous devons y aller, Bocchan. Ne faisons pas attendre le Vicomte.

Il prit lui aussi une tenue adaptée qu'il enfila en quelques secondes.

Ciel le scruta un moment, mais n'en dit mot.

Ils partirent de la chambre et rejoignirent le Vicomte.


A suivre...