Chapitre 20
Ils étaient rentrés depuis un moment et le jeune noble était dans la salle de séjour. Arthur était absent, il avait accompagné le corps jusqu'à l'hôpital pour le faire étudier par le médecin légiste. En attendant, Ciel était assis sur le rebord d'une fenêtre, une jambe allongée et l'autre à moitié rabattue contre lui. Il ne regardait pas l'extérieur bien qu'un magnifique couché de soleil se dévoilait, se cachant peu à peu derrière la forêt. Non, il fixait avec insistance ce croc de fer.
Il le retournait dans tous les sens, étudiant ses moindres imperfections et son tranchant.
_ Bocchan, arrêtez donc de le fixer sans cesse.
Pour la première fois depuis plus d'une heure, l'œil saphir se dirigea ailleurs que sur cet objet. Il se leva, se tourna et rencontra les yeux rouges de son majordome.
_ Je ne fais pas que de le fixer, répliqua-t-il.
_ Le soleil est bientôt couché.
Ciel tiqua et tourna la tête de l'autre côté. Il constata avec surprise, en effet, que le soleil disparaissait. Le jeune garçon soupira et rangea la griffe dans une petite bourse en cuir qu'il avait accroché à sa ceinture. Puis, il se laissa glisser le long de la fenêtre et se mit debout, il avança vers Sebastian tout en demandant :
_ Qui a pu donc faire une chose pareille ? Et puis, quel animal peut faire ça tout de même !
_ J'en suis désolé, répondit-il, je n'en ai pas la moindre idée.
Ciel allait de nouveau parler quand la porte s'ouvrit sur le Vicomte. Le jeune noble et le majordome tournèrent la tête vers lui. Respectant sa position, Sebastian recula de quelques pas, tout en observant la scène.
_ Alors, commença Ciel, qu'avez-vous trouvé, Arthur ?
Le dénommé tira une chaise et s'installa dessus, soupirant d'épuisement.
_ Je n'ai pas pu assister à toute l'autopsie, mais Lasthec a pu du début à la fin. Néanmoins, il est clair que c'est la bête, encore une fois. Je leur ai demandé s'il avait déjà trouvé des crocs de fer sur les précédents cadavres, il m'a assuré que non.
_ D'ailleurs, reprit Ciel, vu que nous supposons qu'il s'agit d'un homme qui dompte cette bête, est-ce que, par hasard, il n'y aura pas les signes d'un viol ?
Arthur le regarda, surpris.
_ Après tout, rajouta le jeune Comte, il s'agit pour la plupart du temps de femmes et de jeunes enfants. Et ils ont été tous déshabillés, les vêtements en charpies.
_ Eh bien, je dois avouer que je n'ai pas demandé et que nous n'avons pas vraiment observé ce genre de choses. Néanmoins, il est trop tard car il s'est déjà occupé du corps.
Ciel soupira.
_ C'est dommage. Cela nous aurait bien aidés.
Le Vicomte soupira aussi.
_ Il est vrai…
Un ange passa.
_ La battue aura lieu dans quelques jours, reprit Arthur. Nous allons, une fois de plus, nous concentrer sur la forêt de Sutton. Avec de la chance, on trouvera peut-être ce monstre, même la voir serait pas mal.
Ciel hocha la tête.
_ Oui, mais je crains qu'on ne la verra pas.
_ Ça dépend. Le Commandant Bromeswell et la Générale Bredfield l'ont bien vue. Nous aurons peut-être cette chance.
On toqua à la grande porte et le petit groupe découvrit le majordome Victor attendre.
_ Monsieur, commença-t-il, j'ai plusieurs missives qui me sont parvenues durant votre absence.
_ Oh. Eh bien, j'arrive, il se tourna vers le jeune Comte. Je me dois de vous laisser, Ciel, mes obligations de Vicomte me rattrapent, hélas.
_ Faites-donc, salua l'intéressé.
Arthur se leva et se dirigea vers Victor.
_ A tout à l'heure pour le dîner.
Et il partit ainsi, sous l'œil saphir du jeune noble et des yeux carmin de son diable de majordome.
Ciel se retourna vers lui et le fixa.
_ J'ai envie d'un bain et d'un massage, envoya-t-il. Je voudrai être décompressé avant de passer à table et de dormir.
Le démon ne put s'empêcher de sourire vicieusement.
_ Bien sur, Bocchan. Venez donc, je vais vous faire couler un bon bain et utiliser à la perfection mes doigts.
Ils étaient déjà en train de marcher lorsqu'il disait cela. Par ailleurs, ceci eut le don de stopper Ciel dans son élan qui se retourna subitement vers lui, envoyant un regard peu amical.
_ Je te vois venir avec tes idées déplacées, lança-t-il. Et je te déconseille d'essayer de me toucher d'une manière perverse.
_ Mais loin de moi cette idée.
Ciel se retourna complètement vers lui et croisa les bras sur sa poitrine.
_ Tu ne dois jamais me mentir, rappela-t-il.
Les yeux sanguins roulèrent et Sebastian lâcha un bruyant soupir.
_ Soit. Je dois avouer que j'ai pensé à vous toucher un peu, mais rien de bien méchant. Juste de quoi vous embêter et entendre de nouveau votre petite bouche siffler des infamies envers ma personne.
Ciel haussa un sourcil.
_ Tu es terriblement blasant, mon pauvre Sebastian. Enfin…
Le jeune garçon reprit sa marche.
_ … je souhaite avoir mon bain et mon massage ! Clama-t-il.
